vendredi 18 septembre 2026

Herbert von Karajan, documentaire. « Maestro, maestro! » Arte, Samedi 5 avril 2008 à 23h

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Herbert von Karajan
Maestro, maestro


Arte, Samedi 5 avril 2008 à 23h

Documentaire. Réalisation: Claire Alby et Patricia Plattner (1999, 52mn). Rediffusion du 19 février 2003.

Arte souffle le 5 avril 2008, le centenaire de la naissance de Herbert von Karajan, le chef le plus populaire du XXème siècle et selon les mots de Victor de Sabbata, auditeur ébahi de Tristan und Isolde dirigé par Karajan en 1938/1939, le maître musicien qui allait bouleverser la pensée musicale de la seconde moitié du dernier siècle… Réalisé pour les 10 ans de la disparition du Maître (1999), ce documentaire recueille les témoignages des admirateurs et collaborateurs du Karajan, expert dans l’engagement dramatique et de la précision du geste, allié à une obsession pour la sonorité (et l’image): Christa Ludwig, (célèbre mezzo soprano qui a fêté ses 80 ans en mars 2008), ou Seiji Osawa qui malgré la sécheresse des réparties du directeur musical, souligne combien son idole et mentor fut chaleureux, même s’il eut peur de lui pendant près de 10 ans… contradiction éloquente! Anne-Sophie Mutter souligne de son côté combien la rencontre avec Karajan fut déterminante et aussi douloureuse dans son cheminement personnel: elle put travailler le concerto pour violon de Beethoven, après avoir essuyé un refus laconique lors de leur première rencontre à Lucerne…

L’homme orchestre
Sous le feu sacré de la baguette, il y a le mythe qui déconcerte, impressionne, comme cette autre réalité concernant sa carrière qui demeure son adhésion documentée, avérée, longue au national-socialisme. La question de son implication politique est débattue sans réserve: le documentaire pose clairement la question, d’ailleurs au travers d’un entretien filmé entre l’écrivain Elie Weisel qui s’étonne que le pianiste Alexis Weissenberg ait joué avec un chef qui dirigea en uniforme nazi, sous la tutelle des pontes hitlériens… Difficile d’imaginer en effet (et d’amender surtout) le cas d’un artiste certes de génie, capable d’occulter totalement le contexte social et politique dans lequel il sut porter astucieusement sa propre carrière… jusqu’au sommet. La période de « rémission » après son implication au sein du régime nazi, à Londres, où Walter Legge, producteur chez Emi Classics est également bien évoquée: à la tête du Philharmonia, Karajan dirige plusieurs enregistrements qui restent des joyaux de la discographie.
Le film documente remarquablement plusieurs zones d’ombre comme les débuts de Karajan à Ulm, puis à Aix la Chapelle,…. ses difficultés avant de devenir chef à vie (à partir de 1955) du Philharmonique de Berlin… L’origine juive de sa seconde épouse Anita Guttermann, et surtout la prédominance du chef Wilhelm Furtwängler, jusqu’à sa mort en 1954, ont freiné (mais pas stopper) une ascension qui ne devait qu’être fulgurante… C’est surtout l’homme orchestre, soucieux peu à peu de tout contrôler: le son, en suivant les avancées de la technologie (avec l’avènement du cd), en réalisant le projet d’une salle dédiée au Philharmonique de Berlin, de façonner sa propre image devant la caméra (prenant ainsi la place de Clouzot au moment des tournages de la Symphonie Nouveau Monde de Dvorak et Symphonie n°5 de Beethoven…)… Mais il est une autre passion chez Karajan: le théâtre. Directeur du festival de Salzbourg, HVK s’implique pour les représentations, dirigeant lui-même les acteurs, en scénographe, metteur en scène et même décorateur. Etonnantes les scènes où le chef accompagne les chanteurs sur la scène de la Walkyrie, en mimant les gestes et les expressions… Le style Karajan s’est érigé en système Karajan, mais à la direction pharaonique et centralisée, il faut aussi ajouter l’exigence de l’artiste, connaissant en profondeur le sens et la psychologie des oeuvres, sa faculté à faire écouter par l’orchestre, les chanteurs, et vice versa. Christa Ludwig témoigne de cette attention à l’homogénéité et à l’écoute partagée… L’abondante illustration des clichés photographiques montre aussi la dimension avisée et soigneusement orchestrée d’un artiste d’envergure qui sut développer son rayonnement médiatique, posant dans les magazines, organisant chaque arrivée et sortie d’avion, comme ceux d’un chef d’état, aux côtés de sa troisième et dernière épouse, la française Eliette von Karajan: glamour, style, charisme. Karajan dans les années 1960/1970 avait déjà tout inventé. Son mythe s’est construit avec l’image qu’il a judicieusement propagée et ciselée. Le talent du musicien estompe les parts plus honteuses de sa carrière. Perfectionniste et grandiose, visionnaire et tyranique, Herbert von Karajan se dévoile sensiblement. Un précurseur, toujours captivant et toujours aussi troublant.

Illustration: Herbert von Karajan (DR). Avec le chef autrichien, la stature du maestro organise sa propre iconographie: lumière contrastée et dramatique, regard inspiré, coupe de cheveux dressés et lissés pour se grandir, tout indique l’aura surnaturelle de l’artiste. Un guide musical et spirituel.

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