Yannick Nézet-Séguin dirige la Femme sans ombre de R STRAUSS

Le STRAUSS de Yannick Nézet-SéguinPARIS, TCE, Lun 17 fév 2020, 18h30. STRAUSS: Die Frau ohne Schatten. Yannick Nézet-Séguin dirige à Paris : cela ne se manque pas. Même malgré la toux particulièrement présente au TCE… A la tête du Philharmonique de Rotterdam, le chef quadra québécois, Yannick Nézet-Séguin dirige une version de concert de la sublime Femme sans ombre de Richard Strauss… Grande première au Théâtre des Champs-Elysées : La Femme sans ombre de Richard Strauss, qui n’avait jamais été donnée auparavant Avenue Montaigne, permet d’écouter le maestro Yannick Nézet-Séguin pour lequel l’œuvre est aussi une première fois. Il ne posera sa baguette que pour remonter sur scène dès le lendemain et diriger la 5e de Mahler (mar 18 fév 2020, même lieu, 19h30).
Le clou de cette présence à Paris reste l’opéra que Strauss écrit avec son librettiste familier, l’écrivain Hugo von Hofmannsthal avec lequel il conçoit aussi Ariadne auf Naxos et Le Chevalier à La Rose : un duo exceptionnel comme celui qui formèrent Mozart et da Ponte, et avant eux encore Monteverdi et Busenello.

PARIS, TCE
Lundi 17 février 18h30

La Femme sans ombre / Richard Strauss
Die Frau ohne Schatten

Avec Lise Lindstrom, Michaela Schuster, Elza van den Heever, Stephen Gould, Michael Volle, Katrien Baerts, Bror Magnus Tødenes, Andreas Conrad, Michael Wilmerin, Thomas Oliemans, Nathan Berg.

Rotterdams Philharmonisch Orkest
Rotterdam Symphony Chorus
Maîtrise de Radio France (direction : Sofi Jeannin)

Richard Strauss, un "génie contesté"Après Elektra, Le Chevalier à la rose et Ariane à Naxos, Hugo von Hofmannsthal écrit en 1919 un quatrième livret pour Richard Strauss. La Femme sans ombre, prend la forme d’un conte initiatique, dans l’esprit de la Flûte enchantée de Mozart, – comme Le Chevalier à la rose ressuscitait l’esprit des Noces de Figaro…. Ce conte n’oppose pas comme on peut le lire souvent, mais relie plutôt le couple formé par l’empereur et l’impératrice au modeste ménage du teinturier et de la teinturière.
Sésame indispensable à une future maternité, car l’empereur pétrifié souhaite une descendance, l’Impératrice infertile se met en quête de l’ombre qui lui fait défaut. La nourrice la mène dans le monde barbare des hommes : les déflagrations et le bruit de l’humanité imparfaite s’entendent alors ; c’est le vacarme des combats et de la guerre qui déchire l’Europe de la première guerre. La partition est dans ce sens inouïe. Bouleversante même.
L’impératrice se rapproche du teinturier (Barak) et de sa femme ; elle convainc la pauvre mortelle d’échanger son ombre contre richesses et amour.
Mais la faute morale, et la culpabilité rongent l’impératrice ; elle juge que la femme du teinturier a été trompée ; prise de remords, elle refuse de boire le breuvage qui résoudrait son problème (de couple), et c’est ce sacrifice compassionnel – au centre d’une scène orchestrale et dramatique parmi les plus déchirantes du théâtre straussien, qui lui confère finalement une ombre humaine. Le rite et le passage ont été bénéfique pour l’impératrice qui a su se montrer à la hauteur de l’épreuve : d’ombre flottante et évanescente au début, elle a gagné une âme, une conscience humaine, car elle a souffert avec la femme du teinturier, a éprouvé l’indigence de sa condition. Elle a vu l’autre. Et l’a considéré. Voilà qui fait de La Femme sans ombre un ouvrage clé dans la quête théâtral, poétique et spirituelle de Strauss : l’opéra n’est pas une apologie de la conjugualité et de la maternité ; c’est davantage en réalité : l’accomplissement d’un rite de fraternité où l’on comprend, l’impératrice en premier lieu, que le sort de chacun est lié aux autres.

hofmannsthal Hugo_von_Hofmannsthal richard straussL’Orient convoqué, l’incertitude où flotte l’impératrice, hors du monde des hommes ; les apparitions de l’empereur (avec superbe solo de violoncelle) ; l’irréalité du faucun qui paraît comme un guide constant pour l’initiée… orchestre une partition flamboyante, féerique, fantastique, énigmatique mais aussi terrible et terrifiante même dans sa représentation de l’humanité (chez le couple de Barak et de sa femme). Il faut beaucoup de contrôle, un sens des équilibres, pour manier l’orchestre démesuré de Strauss, pourtant aux accents mozartiens, conjugué au choeur et aux solistes. Un vrai défi pour tout maestro. Qu’en sera-t-il le 17 fev au TCE à Paris ?
Prochaine critique à venir sur CLASSIQUENEWS
Diffusion sur France Musique le 21 mars 2020 à 20h