Xavier de Maistre, harpe. Concert et cd de mai 2008

Xavier de Maistre,
Harpe


France Musique
Vendredi 2 mai 2008 à 16h

Concert enregistré en avril 2008, Palais des Sports de Bordeaux

Manuel de Falla
: L’Amour sorcier, danse rituelle du feu

Alberto Ginastera
: Concerto pour harpe

(Xavier de Maistre
, harpe)
Modest Moussorgski: Tableaux d’une exposition

Orchestre National Bordeaux Aquitaine
Jonathan Stockhammer, direction

Harpiste magicien
Toulonais, Xavier de Maistre, né en 1973, maîtrise la harpe avec élégance et puissance. Elève de Vassilieva Briano au Conservatoire de Toulon, le jeune musicien se perfectionne à Paris avec Catherine Michel et Jacqueline Borot. Sa formation porte ses fruits lorsqu’il remporte lors de l’USA International Harp competition de Bloomington 1998, le premier prix ainsi que deux prix d’interprétation. Année faste qui voit le jeune homme de 25 ans aussi intégrer (une première pour un instrumentiste français), la prestigieuse Philharmonie de Vienne. Mais le musicien d’orchestre mène en parallèle, une carrière de soliste à commencer par la Philharmonie de Vienne dont il est le premier harpiste en solo à donner une série de concert dans le cadre de la saison annuelle de musique, dès 2002. A 35 ans, le harpiste français vient de signer un contrat exclusif avec Sony Bmg. Son premier album intitulé “Nuit d’étoiles” est dédié à l’oeuvre pour harpe de Claude Debussy.

Rare les cd thématisés entièrement consacrés à la harpe. Celui ci s’inscrit d’emblée parmi les meilleures réalisations du genre, d’autant qu’il bénéficie aussi de la présence d’une cantatrice que nous n’attendions pas dans le répertoire français, Diana Damrau, pour 7 mélodies dont la première “Nuit d’étoiles” donne son titre au récital. La délicatesse, à la fois musclée et murmurée à laquelle Xavier de Maistre parvient dans cette série de perles Debussystes, rend pleinement justice à des oeuvres souvent taxées de divertissements pour salon. De la Suite bergamasque, “Clair de lune“, emblématique du thème général, dévoile cette agilité arachnéenne de l’interprète qui est visiblement parfaitement à son aise dans tel répertoire: en plus de la technique infaillible, l’artiste crée les climats justes avec une maîtrise des dynamiques qui ne s’embarrasse jamais d’effets ou de maniérisme. L’idée de transcrire le cycle des mélodies initialement accompagnées au piano, pour la harpe se défend d’autant plus dans le cas de Debussy (1862-1918), que le compositeur n’a jamais caché sa passion de l’instrument. Il a lui-même encouragé la harpiste Henriette Renié, à arranger ses pièces pour piano (instrument qu’il maîtrisait davantage que la harpe).
Xavier de Maistre qui a réalisé lui-même les transcriptions du présent album, sauf les deux danses avec orchestre de cordes (écrits par Henriette Renié), démontre une palette de couleurs d’un fini accompli, soucieux de souligner la liquidité flottante, à la fois franche et douce du timbre de son instrument (subtilité des Arabesques). L’accord harpe/voix (et quel engagement doué en prime d’une articulation délectable de la part de Diana Damrau) insiste tout autant et sur l’admirable fusion des deux timbres, et sur la variété des caractères exprimés par la harpe: “Beau soir” et “Apparition” suffisent à révéler l’accord supérieur des deux artistes, ambassadeurs des atmosphères flottantes, diaphanes, suggestives. Quant aux deux Danses, tour “sacrée” et “profanes”, (enregistrées avec les cordes du Wiener Philharmoniker), elles montrent à l’évidence dans un style plus nerveux et musclé, le tempérament du harpiste français, qui sait projeter le timbre éclatant de son instrument sans jamais perdre le fin d’une lecture continûment poétique. Récital événement.

Xavier de Maistre, harpe. Nuit étoilée: oeuvre pour harpe de Claude Debussy. Diana Damrau, soprano. Dans le livret documenté, l’instrumentiste apporte de riches commentaires sur un programme qu’il a conçu lui-même. Il y explique l’esthétique de son instrument qu’il distingue de celui du piano. 1 cd Rca red seal (Sony Bmg). Parution: mai 2008.

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