Wagner: Lohengrin (Vogt, Nelsons, Bayreuth, 2011) 2 dvd Opus Arte

Que n’a ton dit sur cette production de Lohengrin créée à Bayreuth à l’été 2010 et ici enregistrée en août suivant avec un ténor sublime ! La laideur de la vision, la vulgarité des options scéniques (une armée de rats blancs et noirs entre autres, sans omettre un foetus sortant de l’oeuf et distribuant des morceaux du cordon ombilical en guise de tableau final…) ont frappés les esprits.
Reconnaissons que la mise en scène et la réalisation visuelle de Hans Neuenfels sont bien les pires que nous ayons vues; elles accusent la perte de l’inspiration du metteur en scène et un ratage complet sur la colline verte; preuve est encore donnée que l’originalité à tout prix ne fait pas le renouvellement de la ” féerie ” bayreuthienne.
Heureusement il y a les musiciens… sans lesquels cette excellente production artistique n’aurait pas suscité le succès si présent au moment des applaudissements.

La distribution est proche de l’idéal: Ortrud vociférante et délirante de Petra Lang; Elsa manipulable et musicale d’Annette Dasch (sauf quelques aigus parfois tirés et tendus), surtout Lohengrin anthologique: Klaus Florian Vogt confirme sa maestrià dans un rôle qui semble taillé pour le bel canto fluide et angélique de son chant: chant pur et legato, d’une finesse d’émission, d’une justesse chambriste, dune vérité superlative qui en impose à beaucoup et confirme que chanter Wagner en diseur réalise un miracle vocal; le chant wagnérien est depuis des générations le sujet d’un malentendu: chanter sur l’orchestre de Wagner ne signifie pas hurler ni surjouer; tout en subtilité et mesure, retenue et pudeur, Klaus Florian Vogt transmet tout par sa seule voix; il démontre sans appui combien son chant élégiaque d’une clarté saisissante apporte au style vocal wagnérien: quelle leçon ! En lui s’incarne la stature suprahumaine du héros céleste, venu du ciel, envoyé par le Graal pour sauver les hommes indignes…

D’autant que dans la fosse de Bayreuth, séduit la direction toute en vives nuances et volume maîtrisée du non moins convaincant Andris Nelsons. L’équilibre fosse/plateau est ici exemplaire. Et les choeurs sont tout simplement fabuleux.

Voilà une réalisation artistique jubilatoire qui souligne a contrario l’indigence des idées scéniques. Les co directrices du festival de Bayreuth Eva Wagner-Pasquier et Katharina Wagner font preuve d’un manque de discernement; à trop vouloir jouer la carte du visuel et du scéniquement audacieux, les héritières qui sont loin de s’entendre, pourraient bien casser la magie bayreuthienne. Il n’es tpas sur non plus qu’en voulant dépoussiérer ainsi le théâtre de leur ancêtre, elles gagnent de nouveaux spectateurs plus jeunes plus curieux: l’incohérence et la confusion règnent trop souvent sur le plateau de Neuenfels. Honneur aux chanteurs, au chef: ils font seuls la pleine réussite du spectacle. Les vrais amateurs de théâtre en seront pour leurs frais.

Wagner: Lohengrin. König Heinrich: Georg Zeppenfeld.
Lohengrin: Klaus Florian Vogt.
Elsa Von Brabant: Annette Dasch.
Friedrich Von Telramund: Jukka Rasilainen.
Ortrud: Petra Lang.
Der Heerrufer Des Königs: Samuel Youn.
Bayreuth Festival Orchestra & Chorus.
Hans Neuenfels, mise en scène.
Andris Nelsons, direction.
Enregistré en août 2011, festival de Bayreuth.
2 dvd Opus Arte, réf.: OA 1071D (existe aussi en Blu Ray OA BD7103 D)
Illustration: Klaus Florian Vogt, vrai héros de cette production scéniquement indigne de Bayreuth.

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