CD, critique. KORNGOLD, ZEMLINSKY : Trio (Stefan Zweig Trio, ARS Produktion, mai 2018)

zweigtrio_cover KORNGOLD ZEMLINSKY trio cd review critique cdCD, critique. KORNGOLD, ZEMLINSKY : Trio (Stefan Zweig Trio, ARS Produktion, mai 2018). On ne saura assez souligner le redoutable dĂ©fi que reprĂ©sente le Trio du très jeune Korngold, dont la prĂ©cocitĂ© n’égale qu’un seul avant lui : Mozart. D’ailleurs le Viennois partageait avec le Salzbourgeois, le mĂŞme prĂ©nom, « Amadeus ». C’est essentiellement dans les passages très contrastĂ©s du second mouvement « Scherzo / Allegro » que les instrumentistes (jeunes) s’en tirent le mieux, exprimant ce caractère de caprice dĂ©tachĂ©, cette humeur burlesque et fantasque qui ressemble tant Ă  la versatilitĂ© bavaroise et nĂ©oviennoise d’un … Richard Strauss. Le Trio Stefan Zweig a fait ses dĂ©buts Ă  Vienne en 2012, ville oĂą il s’est naturellement crĂ©Ă© (et qui justifie le choix des oeuvres ici)… saluons le courage malgrĂ© leur faible expĂ©rience d’aborder deux oeuvres qui rĂ©clament finesse voire subtilitĂ©, maĂ®trise alogique et hypersensibilitĂ© expressive. L’élan, la passion, l’extase et sa parodie immĂ©diate, les vertiges nĂ©s d’une hypersensibilitĂ© Ă©perdue, ces allers retours permanents qui semblent faire la critique du style romantique et nĂ©obaroque (un point qui a permis au gĂ©nie straussien de briller spĂ©cifiquement) composent le terreau du style si virtuose et CLIC D'OR macaron 200Ă©clectique parfois dĂ©concertant de Korngold, Mozart du XXè, prĂ©coce et hyper douĂ© … Ă  l’opĂ©ra (Somptueuse, sensuelle et vĂ©nĂ©neuse partition de La ville morte / Die Töte Stadt) et donc en musique de chambre … comme l’atteste cet Ă©blouissant Trio Opus 1 conçue en 1909 / 1910, (dĂ©diĂ© Ă  son cher « papa »), vĂ©ritable synthèse  de toute l’histoire romantique viennoise.

  
 
 

KORNGOLD, MOZART ART NOUVEAU

  
 
 

Erich_Wolfgang_Korngold_1912Si l’on manque parfois ici de sĂ©duction au 3è degrĂ©, de nuances infimes et tĂ©nues (certes si difficiles Ă  obtenir), le mouvement III : Larghetto, fait valoir le sens de la respiration et de la ligne, donc de la profondeur et d’une nouvelle gravitas, assez dĂ©lectable. C’est moins Strauss que Wagner et ses climats suspendus qui paraissent en filigrane, un sentiment d’extase encore mais inquiet et interrogatif. Ainsi se prĂ©cise dans sa clartĂ© raffinĂ©e et presque Ă©nigmatique (selon les interprètes), la passion de Korngold, singulière, Ă  la fois classique et harmoniquement consciente des avancĂ©es de la seconde Ă©cole de Vienne (Berg, Schoenberg…) ; une passion marquĂ©e par la pudeur et l’hypersensibilitĂ© qui font de son Ă©criture le legs le plus impressionnant et  le plus bouleversant après Brahms. D’ailleurs Korngold naĂ®t l’annĂ©e de la mort de Johannes, 1897. On sait la prĂ©cocitĂ© du jeune Wolfgang capable d’écrire entre autres son premier opĂ©ra Apollo et Hyacinthus Ă  seulement 11 ans ! MĂŞme prĂ©cocitĂ© pour Korngold Ă  Vienne, qui Ă©labore son Trio pour piano Ă  …13 ans, avec une sensibilitĂ© qui Ă©gale selon nous le jeune Strauss, en raffinement, dramatisme, richesse poĂ©tique, exigence agogique… un dĂ©fi pour les instrumentistes. Les trois musiciens savent en effet comprendre la très fine structure de l’opus, faussement interrompu et sĂ©quentiel, en rĂ©alitĂ©, architecturĂ© par une constellation de micro Ă©pisodes, ayant chacun leur pulsion et couleur propre, que le geste instrumental doit unifier, rendre cohĂ©rent, envelopper. Ce qui est rĂ©alisĂ© ici avec un panache, une imagination, rĂ©els. Le gĂ©nie mordant, syncopĂ©, dĂ©lirant, lumineux, d’un Korngold frappĂ© prĂ©adolescent par la grâce de la justesse et de la profondeur, se rĂ©vèle dans cette lecture très fouillĂ©e, certes encore perfectible mais plus qu’attachante.

Chez Zemlinsky, auteur contemporain de la Secession Viennoise de 1897, – contemporain aussi de l’avènement du chef Gustav Mahler Ă  l’OpĂ©ra de Vienne-, l’emprise de Brahms est nettement durable, plus prĂ©sente encore que chez le jeune Korngold. Il est vrai que Zemlinsky fut très marquĂ© par sa rencontre avec Johannes lors du Concours auquel il se prĂ©senta en 1896 et pour lequel en hommage Ă  son modèle, il Ă©crivit un Trio pour clarinette, claire rĂ©fĂ©rence Ă  l’oeuvre de Brahms (Trio opus 114). Le Trio ici transcrit pour violon, violoncelle et piano est l’œuvre d’un compositeur jeune mais mĂ»r (25 ans), beaucoup moins audacieux et imaginatif que peut l’être Korngold lorsqu’il Ă©crit son propre Trio de 1909.
ZemlinskyMoins sollicités en microclimats et volubilité versatile, les instrumentistes du Stefan Zweig Trio relève les défis d’une partition qui impose surtout un climat presque pesant et étouffant du fait de sa richesse harmonique. Brahmsien certes, Zemlinsky sait alléger en synthèse et en classicisme, la pâte émotionnelle. Son sentiment est plus équilibré et donc peut-être moins ambivalent que celle de son maître.
En témoigne l’admirable mouvement central (Andante, de presque 9 mn) dont l’éloquencee est celle d’une âme aussi ardente que pudique… égalant l’effusion ineffable de Brahms lui-même. Zemlinsky s’est montré digne de l’intérêt que lui manifesta le grand Johannes. Bouleversant. Très bon récital, défendu par de jeunes et solides instrumentistes. CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2018.

  
 
 

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Présentation en allemand par l’éditeur ARS Produktion

Stefan Zweig Trio – Korngold, Zemlinsky
  
 
 

Mit den Klaviertrios von Alexander Zemlinsky (1871-1942) und Erich Wolfgang Korngold (1897-1957), in den Jahren 1896 und 1909/10 entstanden, vereint diese SACD Kompositionen, die – passend zur Wende vom 19. zum 20. Jahrhundert – Rückschau und Ausblick vereinen.
Das Stefan Zweig Trio wurde 2012 von Sibila Konstantinova (Klavier), Kei Shirai (Violine) und Tristan Cornut (Violoncello) in Wien gegründet. Seine an bedeutenden europäischen Musikuniversitäten ausgebildeten Mitglieder gingen als Preisträger aus wichtigen internationalen Wettbewerben wie dem Internationalen Wettbewerb der ARD München, der Melbourne International Chamber Music Competition und der Sendai International Music Competition hervor. 2013 erreichten die Musiker gemeinsam das Semifinale des Münchener ARD-Wettbewerbs, 2015 gewannen sie den Ersten Preis und den Publikumspreis beim Internationalen Joseph Haydn Kammermusikwettbewerb in Wien. Wichtige künstlerische Impulse erhielt das Ensemble durch Johannes Meissl, Avedis Kouyoumdjian und Hatto Beyerle im Rahmen der European Chamber Music Academy (ECMA).
2015 gab das Stefan Zweig Trio sein Debut in der Wigmore Hall London, 2016 tratt es zum ersten Mal im Gläsernen Saal des Musikvereins Wien auf.
Mit der Wahl des Wiener Schriftstellers Stefan Zweig zum Namenspatron ihres Ensembles bringen die drei Musiker zugleich ihre Affinität zur hiesigen Musiktradition und ihr künstlerisches Credo in Anlehnung an das charakter- und gefühlvolle Werk des Schriftstellers zum Ausdruck.
SITE SOURCE :
http://www.ars-produktion.de  
 
 

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Programme :

  
 
 

Erich Wolfgang Korngold (1897–1957)
Trio fĂĽr Klavier, Violine und Violoncello op. 1 D-Dur
1 I Allegro non troppo, con espressione | 10 : 44
2 II Scherzo. Allegro | 6 : 59
3 III Larghetto. Sehr langsam | 7 : 14
4 III Finale. Allegro molto energico | 7 : 40

Alexander Zemlinsky (1871–1942)
Trio fĂśr Klavier, Violine und Violoncello op. 3 d-moll
7 I Allegro ma non troppo | 12 : 56
8 II Andante | 8 : 54
9 III Allegro | 5 : 29

LIRE la présentation du cd des TRIOS de Korngold et Zemlinsky / par le Trio Stefan Zweig sur le site de l’éditeur ARS Produktion

  
 
 

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AGENDA, concerts à venir : les 3 instrumentistes du TRIO Stefan ZWEIG joueront le programme de leur premier disque (Trios de Korngold et Zemlinsky), mercredi 27 février 2019 au KONZERTHAUS BERLIN GER

  
 
 

CD, compte rendu critique. ” Dämmerung “. Sonates violoncelle piano de Zemlinsky, Erno von Dohnanyi (Larissa Groeneveld, violoncelle. Franck Van de Laar, piano, 1 cd Gutman Records, 2014 / 2015). Enregistrements rĂ©alisĂ©s en septembre 2014 et fĂ©vrier 2015 au Pays-bas.

Groeneveld larissa violoncelle cello review compte rendu critique cd classiquenews zemlinsky dohnanyi cd gutman records CLIC classiquenews 2 visuel artistes cover cd CLIC de classiquenewsCD, compte rendu critique. ” Dämmerung “. Sonates violoncelle piano de Zemlinsky, Erno von Dohnanyi (Larissa Groeneveld, violoncelle. Franck Van de Laar, piano, 1 cd Gutman Records, 2014 / 2015). Enregistrements rĂ©alisĂ©s en septembre 2014 et fĂ©vrier 2015 au Pays-bas. La violoncelleiste nĂ©erlandaise Larissa Groeneveld signe dans ce double cd un exceptionnel album rĂ©vĂ©lant de secrètes affinitĂ©s avec l’hĂ©ritage brahmsien tardif, celui de Zemlinsky et surtout avec le chambrisme scintillant et versatile de Dohnanyi. Trop rare en France, l’artiste offre donc une opportunitĂ© de la dĂ©couvrir dans ce programme exaltant et saisissant. Superbe et somptueuse sensibilitĂ© artistique que celle de la violoncelliste Larissa Groeneveld qui signe ici un album d’une maturitĂ© filigranĂ©e, sertie d’intelligence et de profondeur sans effet ni diluation : les phrasĂ©s sont finement ciselĂ©s, et le rubato d’une libertĂ© de ton particulièrement prĂ©cis qui lui permet de sentir de l’intĂ©rieur, la grande versatilitĂ© expressive des Ĺ“uvres sĂ©lectionnĂ©es. Tant de contrĂ´le et de maĂ®trise s’impose Ă  nous dès les 3 StĂĽcke pour violoncelle de 1891 de Zemlinsky : texture vif argent, crĂ©pusculaire et d’un post romantique brahmsien d’une totale finesse d’intonation qui sait – magistralement Ă©viter toute surenchère et tout pathos. La subtilitĂ© et la mesure de la violoncelliste sont irrĂ©sistibles. La Sonate de Fock (1884, rĂ©visĂ©e en 1931) est plus lisse, ouvertement brahmsienne, mais le jeu toute en nuances de Larissa Groenveld sait en Ă©clairer les multiples Ă©clairs et accents Ă©motionnels. Sa sonoritĂ© dĂ©licate, Ă  fleur de peau reste constamment vive et palpitante. Un modèle d’articulation sobre et pourtant chantante (allegretto grazioso).

Interprète vive et subtile de Zemlinsky et Dohnanyi,

Les Zemlinsky et Dohnanyi enchantés de Larissa Groeneveld

Groeneveld larissa violoncelle cello review compte rendu critique cd classiquenews zemlinsky dohnanyi cd gutman records CLIC classiquenewsClassique mais d’un romantisme d’une tendre Ă©lĂ©gance, racĂ©e et vive, la Sonate pour violoncelle en la mineur de 1894 de Zemlinsky couronne la rĂ©ussite du cd1 : ivresse suspendue de son premier mouvement notĂ© “Mit Leidenschaft” dont la soliste exprime les miroitements intĂ©rieurs avec une maturitĂ© et une clartĂ© saisissantes. Entre âpretĂ© et lyrisme tendre au caractère Ă©chevelĂ©, l’instrumentiste très investie restitue avec panache et prĂ©cision, la fine architecture interne du mouvement. L’Andante et sa marche intĂ©rieure sont intensĂ©ment vĂ©cus. Quand Ă  l’Allegretto final, il gagne une profondeur active d’une vitalitĂ© enthousiasmante, Ă©grènant mille nuances de scintillements crĂ©pusculaires et lunaires. Le chant mordant, judicieusement incarnĂ© de la violoncelliste, d’une beautĂ© intĂ©rieure superlative, trouve en Franck Van de Laar un complice en parfaite affinitĂ©.
L’Ă©criture de Zemlinsky s’en trouve comme revivifiĂ©e : d’une vĂ©ritĂ© nouvelle, d’une force prĂ©servĂ©e, intacte et franche, loin des lectures mièvres et sirupeuses habituelles.
Le cd2 est tout aussi Ă©poustouflant dans sa rĂ©alisation et sa justesse poĂ©tique. DĂ©diĂ© Ă  cet autre mĂ©connu, mĂ©sestimĂ© – comme Zemlinsky, soit Erno von Dohnanyi (1877-1960), Ă©lève de d’Albert ; pianiste virtuose et adulĂ© mondialement, Dohnanyi est cette Ă©toile musicale entre Liszt et Bartok dont il fut le condisciple : un Hongrois mĂ©sestimĂ© et pourtant scintillant d’une sensibilitĂ© ardente et grave. C’est peu dire que les deux instrumentistes totalement en phase, savent exprimer le volcan intĂ©rieur qui soustend la passion versatile du premier mouvement de l’Ă©blouissante Sonate tripartite opus 8 de 1899, entre morsure amère et tendresse vive, d’une eau jaillissante et pure, libĂ©rĂ©e avec une grâce d’intonation exceptionnelle. Inscrit dans la pĂ©riode la mieux inspirĂ©e du maĂ®tre de Solti – c’est Ă  dire avant la première guerre mondiale, l’Opus 8 atteint ici des sommets d’expressivitĂ© fine et d’une suractivitĂ© syncopĂ©e que le jeu tout en flexibilitĂ© de la violoncelliste rĂ©tablit dans sa profonde cohĂ©sion organique (Ă©blouissant Scherzo / Vivace assai). L’ampleur mĂ©ditative et pleine de dĂ©tachement en renoncement du dernier et troisième Ă©pisode – adagio no troppo, touche par sa candeur Ă©merveillĂ©e et tĂ©nue, lĂ  aussi d’une sobriĂ©tĂ© expressive, digne des plus grands. Les deux instrumentistes ne font pas que dĂ©voiler l’extrĂŞme maĂ®trise d’Erno von Dohnanyi, ils en expriment aussi, aux cĂ´tĂ©s de la gĂ©ographie harmonique d’une originalitĂ© suprĂŞme, tous les Ă©lans, dĂ©sirs, aspirations les plus intimes avec une justesse de ton d’une saisissante vĂ©ritĂ©. Superbe rĂ©cital chambriste.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Dämmerung. Sonates violoncelle piano de Zemlinsky, Erno von Dohnanyi (Larissa Groeneveld, violoncelle. Franck Van de Laar, piano, 1 cd Gutman Records, 2014 / 2015). Enregistrements réalisés en septembre 2014 et février 2015 au Pays-bas. VISITER le site de la violoncelliste Larissa Groeneveld

 

 

 

 

 

tracklisting :

CD 1

Alexander von Zemlinsky (1871-1942)

Drei StĂĽcke for cello and piano (1891)

1 Humoreske 3:14

2 Lied 2:57

3 Tarantell 1:43

Gerard von Brucken Fock (1859-1935)

Sonata for piano and cello in E minor (1884,

revision 1931)

4 Allegro non troppo 8:07

5 Allegretto grazioso 4:18

6 Adagio 1:57

7 Allegro non troppo, ma con spirito 6:30

Alexander von Zemlinsky (1871-1942)

Sonata for cello and piano in A minor (1894)

8 Mit Leidenschaft 10:53

9 Andante 8:28

10 Allegretto 8:12

CD 2

Ernő von Dohnányi (1877-1960)

Sonata for cello and piano in B-flat major, op.8 (1899)

Sonate pour violoncelle et piano en la majeur opus 8

11 Allegro ma non troppo 8:32

12 Scherzo. Vivace assai 5:09

13 Adagio non troppo -Tema con variazioni. Allegro Moderato 13:17

LIRE ici le texte intégral (anglais) de la notice livret qui accompagne les 2 cd et présentent compositeurs et oeuvres jouées.

 

CD. Berg / Schoenberg : Resonanz, Jean Guihen Queyras (Harmonia Mundi)

berg schoenberg queyras resonanz cd harmonia mundi cd clic classiquenewsCD. Berg / Schoenberg : Resonanz, Jean Guihen Queyras (Harmonia Mundi). Deux partitions jalons de la musique viennoise : deux expĂ©riences amoureuses radicales… Le talentueux violoncelliste Jean-Guilhen Queyras et son ensemble chambriste ” Resonanz” mettent en parallèle deux partitions marquĂ©es par une forte expĂ©rience amoureuse, de part et d’autre du choc de la Première guerre, Ă©crites par deux auteurs de la SĂ©cession Viennoise  ; la première post romantique qui semble faire la synthèse de Strauss, Wagner, Liszt, commente musicalement la traversĂ©e nocturne d’un couple Ă©prouvĂ©e par une annonce imprĂ©vue : le texte s’appuie sur le poème de Richard Dehmel (1896) ; Schoenberg y dĂ©veloppe un Ă©pisode crĂ©pusculaire, d’un lyrisme irrĂ©sistible qu’il dĂ©die secrètement Ă  sa future Ă©pouse, Mathilde von Zemlinsy. “La Nuit transfigurĂ©e” composĂ©e Ă  l’extrĂ©mitĂ© du siècle (1899) exprime comme nul autre auparavant si ce n’est Wagner, auteur de la langueur extatique de Tristan, l’itinĂ©raire d’un amour absolu : ici, l’amant apprenant que l’enfant que son amie porte, n’est pas de lui, lui pardonne naturellement, transformant le climat d’inquiĂ©tude et de doute en nuit de rĂ©vĂ©lation et de consolidation des sentiments… De l’ombre Ă  la lumière, un serment amoureux qui prend valeur de fiançailles pour Mathilde et Arnold.

CLIC D'OR macaron 200Il en va tout autrement et mĂŞme a contrario dans La Suite Lyrique de Berg. MĂŞme si elle Ă©voque aussi la relation tĂ©nue entre deux ĂŞtres, la partition de Berg, composĂ©e après la guerre (1925-1926) est d’un tout autre climat, très en phase avec les temps chaotiques de sa genèse : elle tĂ©moigne d’une expĂ©rience vĂ©cue diffĂ©remment : Berg aime secrètement la jeune Hanna Fuchs mais son dĂ©sir absolu, radical, entier et terriblement passionnĂ© (qui s’est rĂ©vĂ©lĂ© rĂ©cemment Ă  la lueur de lettres passionnĂ©es) … n’est pas partagĂ©. C’est un basculement progressif dans l’implosion sourde, la destruction dĂ©sespĂ©rĂ©e des forces vitales jusqu’Ă  l’anĂ©antissement ; de fait la partition s’achève en un murmure qui pourrait ĂŞtre le dernier soupir, l’ultime souffle d’une âme vaincue, extĂ©nuĂ©e, accablĂ©e, abandonnĂ©e, dĂ©sespĂ©remment seule. Comme La nuit transfigurĂ©e, la Suite Lyrique cite Wagner (en particulier Tristan), source de ce poison amoureux, du venin des passions dĂ©cisives dont personne ne se remet vraiment. Mais ici, en une course irrĂ©pressible, on passe de l’espĂ©rance aux tĂ©nèbres, celles d’une irrĂ©alisation amère.

2 partitions majeures, 2 expériences amoureuses contraires

Le Berg, aux cĂ´tĂ©s de La Nuit transfigurĂ©e, emportĂ©e avec prĂ©cision et souffle, est le plus emblĂ©matique du travail fourni. L’intĂ©rĂŞt de la prĂ©sente lecture offre après l’avoir crĂ©Ă©e en France en 2010, la version pour orchestre Ă  cordes par Theo Verbey, d’après la version finale validĂ©e par Alban Berg (1929). Aux mouvements II,III,IV orchestrĂ©s par Berg, Verbey ajoute les 3 autres restant (I, V, VI), totalisant 6 Ă©pisodes sĂ©quences (comme les 6 sections de la Symphonie lyrique de Zemlinsky, dĂ©dicataire de l’Ĺ“uvre). Les Resonanz habitent les vertiges obsessionnels, les dĂ©flagrations silencieuses, transfigurĂ©es par la langue dodĂ©caphonique en autant de cris et prières tues, Ă©noncĂ©es Ă  l’adresse de l’aimĂ©e dĂ©finitivement inaccessible. Sans rentrer dans le cryptage intime qui fusionne pensĂ©e musicale très construite et ressentiment personnel,- entre Ă©criture et vie rĂ©elle -, (lire ici le commentaire explicitant dans la notice les milles joyaux d’une Ĺ“uvre idĂ©alement structurĂ©e), il revient aux interprètes de rĂ©ussir Ă  en exprimer le sens profond, le noeud de l’inĂ©luctable et du dĂ©sir, la force amoureuse suscitĂ©e de façon toujours souterraine, semĂ©e d’inquiĂ©tude voire d’angoisse muette-, confrontĂ©e et donc exacerbĂ©e par l’impossibilitĂ© de vivre une relation tant espĂ©rĂ©e.

Actes Sud a publiĂ© une rĂ©cente et remarquable Ă©tude de la partition : – Alban Berg et Hanna Fuchs : Suite lyrique pour deux amants. Par Constantin Floros-, Ă  la lueur des lettres de Berg adressĂ©es sans rĂ©ponse Ă  la sĹ“ur de Franz Werfel et d’Alma Mahler, elle-mĂŞme Ă©pouse honorable. Jamais l’Ă©criture d’un musicien n’a paru autant reflĂ©ter les tumultes et tourments des pulsions de sa vie intime et personnelle  : la musique et sa syntaxe micropulsionnelle, d’une activitĂ© rĂ©troactive comme manifeste d’un dĂ©sĂ©quilibre psychique profond rejoint les meilleurs partitions  lyriques de Berg :  Wozzeck et Lulu ; les ressorts de la psychĂ© scrupuleusement et comme cliniquement notĂ©s puis exprimĂ©s, s’y organisent comme la radiographie d’une âme et d’un cĹ“ur malades. C’est ce que comprennent et rĂ©ussissent Ă  partager les musiciens de Resonanz grâce Ă  une Ă©coute très subtile les uns des autres, grâce au respect des microĂ©quilibres qui Ă©claire la syntaxe dodĂ©caphonique telle l’algèbre du cĹ“ur et de l’âme humaine. Chacun des 6 Ă©pisodes y gagne une lisibilitĂ© et une activitĂ© puissante et prĂ©cise, sans que ce souci du dĂ©tail n’entame jamais la cohĂ©rence dramatique globale. Une gageure en soi que l’engagement millimĂ©trĂ© des instrumentistes rĂ©unis par JG Queyras rĂ©alise avec d’autant plus de justesse convaincante que les deux Ĺ“uvres Ă  25 ans de distance semblent se rĂ©pondre l’une l’autre dans l’intensitĂ© intime de leur manifestation, dans la sincĂ©ritĂ© âpre et franche et Ă´ combien distincte, de leur sensibilitĂ© propre. Il est vrai que Berg Ă©tant le disciple de Schoenberg, ne pouvait manquer d’une façon ou d’une autre d’inscrire leur lien musical qui d’un cĂ´tĂ© comme de l’autre rĂ©capitule ce que l’Ă©cole de Vienne a conçu de plus fascinant dans l’histoire de la musique.
Les amateurs désirant en savoir davantage quant à la relation maudite Berg/Fuchs, se reporteront avec profit au livre Alban Berg et Hanna Fuchs : Suite lyrique pour deux amants. Par Constantin Floros (Actes Sud) :  et dont nous avons récemment rendu compte dans nos colonnes.  Superbe sensibilité des musiciens.

Berg : Lyrische Suite, Suite lyrique. Schoenberg : Verklärte Nacht, La nuit transfigurée. Ensemble Resonanz. Jean-Guihen Queyras, violoncelle et direction. 1 cd Harmonia Mundi HMC 902150, enregistré à Hambourg en juin et septembre 2013.

Approfondir
Alain Galliari : Alban Berg 1935, éditée en octobre 2013 chez Fayard.
Alban Berg et Hanna Fuchs : Suite lyrique pour deux amants. Par Constantin Floros (Actes Sud)

Compte-rendu : Nancy. Opéra National de Lorraine, le 29 juin 2013. Zemlinsky : Der Zwerg. Erik Fenton, Helena Juntunen, Eleonore Marguerre, Oleg Bryjak. Christian Arming, direction musicale. Philipp Himmelmann, mise en scène

Der Zwerg Nancy HimmelmannL’Opéra National de Lorraine achève sa saison 12-13 de manière éclatante avec cette superbe et émouvante production du Nain de Zemlinsky. Créé en 1922 à Cologne sous la direction d’Otto Klemperer, cet ouvrage doit beaucoup de sa force émotionnelle au rôle-titre, dans lequel le compositeur a mis à l’évidence beaucoup de lui-même, de ses peurs et de ses doutes. Pour dépeindre l’amour malheureux de ce pauvre Nain ignorant sa laideur, il a su trouver le juste équilibre entre lyrisme des lignes vocales et modernité des harmonies, accouchant d’une musique aux reflets audacieux mais résolument traditionnelle dans sa forme.

 

 

La bouleversante intensité du Nain

 

Cet aspect, le chef Christian Harming l’a parfaitement saisi, sculptant les phrases musicales, soutenant les chanteurs et galvanisant un Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy décidément en grands progrès, à la pâte sonore splendide et aux pupitres superbes.
Le metteur en scène Philipp Himmelmann a imaginé une cour espagnole à la froide beauté et au charme trompeur, telle que la voit le personnage principal, aveugle à l’hypocrisie de cette noblesse. Cette scénographie oblige en outre l’interprète du Nain à se tenir constamment à genoux, pour que l’impression de nanisme soit parfaite, et à chanter ainsi durant toute la longueur écrasante de ce rôle quasi-interrompu, une performance en soi. Sanglé dans un somptueux costume de chevalier espagnol, Erik Fenton se révèle ainsi époustouflant de vérité dans ce personnage amoureux et malmené, assumant avec vaillance et musicalité l’écriture terrifiante qui lui incombe, exigeant largeur de la voix du grave à l’aigu. Une prestation à marquer d’une pierre blanche.
A ses côtés, tous les autres rôles sont excellemment tenus, de la cruelle et bien chantante Infante d’Helena Juntunen jusqu’aux deux jeunes filles d’Elena Le Fur et Catherine Lafont. La Ghita d’Eleonore Marguerre sait se faire touchante par sa compassion et sa belle voix de soprano léger devenu lyrique, tandis que le Majordome du baryton Oleg Byrak emplit le théâtre de son superbe instrument mordant et percutant. Mention spéciale pour les trois servantes de Yuree Jang, Olga Privalova et Aude Extrémo, toutes trois en totale symbiose, telles les Trois Dames dans la Flûte Enchantée mozartienne.
Et c’est bouleversé, submergé par l’émotion, qu’on sort de l’Opéra National de Lorraine, à l’unisson d’un public reconnaissant pour une réussite d’une telle intensité.

Nancy. Opéra National de Lorraine, 29 juin 2013. Alexander von Zemlinsky : Der Zwerg. Livret de George Klaren, d’après la nouvelle L’anniversaire de l’Infante d’Oscar Wilde. Avec Le Nain : Erik Fenton ; Donna Clara, l’Infante : Helena Juntunen ; Ghita : Eleonore Marguerre ; Don Estoban, le majordome : Oleg Bryak ; Première servante : Yuree Jang ; Seconde servante : Olga Privalova ; Troisième servante : Aude Extrémo ; Première fille : Eléna Le Fur ; Deuxième fille : Catherine Lafont. Chœur des femmes de l’Opéra National de Lorraine, Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz. Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy. Christian Arming, direction musicale ; Mise en scène : Philipp Himmelmann. Décors : Raimund Bauer ; Costumes : Bettina Walter ; Lumières : Gérard Cleven ; Création perruques, maquillages : Cécile Kretschmar ; Assistant direction musicale : Bart van Reyn ; Assistant mise en scène : Christian Carsten ; Assistante décors : Rena Donsbach.