CD, compte rendu critique. Rameau : Zaïs. Rousset, 2014 (3 cd Aparté, 2014)

rameau zais rousset review account of critique cd classiquenewsCD, compte rendu critique. Rameau : Zaïs. Rousset, 2014 (3 cd Aparté). On ne saurait contester à Christophe Rouset son sens du théâtre, développé, toujours nerveux sur une vaste palette de répertoire comme l’attestent ses dernières réalisations chez Aparté déjà : Amadis, Phaéton et Bellérophon, trilogie méritante de Lully pour le XVIIè, Hercule Mourant de Dauvergne pour le XVIIIè. Ce Rameau s’inscrit très honorablement parmi les meilleures approches du chef dont une sécheresse et parfois une direction certes précise mais mécanique et un peu courte atténue l’approfondissement de certaines lectures. D’autant que dans le cas de Zaïs, ouvrage de la pleine maturité et de l’année – 1748 – miraculeuse pour le Dijonais à Versailles, il s’agit d’un double défi : orchestral comme l’atteste dès le formidable prologue, son ouverture qui avant Haydn et sa Création de 1800, exprime rien de moins que le néant originel et l’organisation du monde (le Chaos et son débrouillement) ; puis autre défi, le profil psychologique de Zélidie et de Zaïs, cette dernière étant par sa couleur tragique sentimentale,  préfiguration de la tendre Pamina de La Flûte enchantée de Mozart.

Un entretien vidéo avec le chef pour classiquenews, lors des représentations de Zaïs à l’Opéra royal de Versailles (octobre 2014) avait démontré l’ampleur visionnaire et le souffle poétique de l’écriture d’un Rameau, génie de la fragmentation, et dans les choix instrumentaux, narrateur hors pair des climats et des situations. Hélas, le livret de Cahusac, poète si réformateur et vrai complice pour Rameau, s’enlise souvent au point de développer dans des longueurs parfois difficiles à tenir, certaines situations et de nombreux affrontements qui se répètent.

piau_sandrineL’action met à l’épreuve l’amour de la mortelle Zélidie pour le génie des airs Zaïs. D’une distribution cohérente, on eut préféré pourtant diseurs plus habités et nuancés que les voix serrés mais déjà routinières des chanteurs des seconds rôles. Seuls Zachary Wilder, Sylphe pétillant et fluide, et Hasnaa Bennani, Amour charmant et gracile caractérisent sans emphase leurs rôles respectifs. Pour le trio principal, Benoît Arnould fait un Condor un peu contraint et toujours très (trop) poseur dans son costume de faux séducteur, Julian Prégardien déploie en Zaïs, une véritable dentelle linguistique idéalement tendre et de plus en plus affectueuse, mais affecté par quelques aigus déjà tendus ; reviennent à Sandrine Piau (notre photo), toutes les palmes du style et de l’articulation inventive et pourtant stylée, d’une irrésistible autorité et vocale et dramatique : sa Zélidie affirme contre les préjugés tenaces sur l’opéra de Rameau, la profondeur psychologique du personnage féminin qui aurait dû donner son nom à la partition. Retenons l’éloquence de ses récitatifs, au relief, à la caractérisation vivante qui suit chaque inflexion du texte : une démonstration de vitalité palpitante qui ressuscite chaque inflexion du texte avec une diversité expressive remarquable. Rien de tel hélas chez ses partenaires cadets.

 

Evidemment, tout ballet héroïque comprend de nombreuses entrées, divertissements, séquences purement chorégraphiques où règnent le chatoiement superlatif du toujours excellent choeur de chambre de Namur, idéalement préparé, à la diction amoureuse et engagée, à l’articulation précises et suave : un modèle ici, et pour Rameau, l’autre personnage clé de l’opéra. Malgré les épisodes parfois circonstanciels et réellement conformistes, – qui finissent par appesantir le déroulement du drame, épisodes parfaitement et strictement redevables de l’esthétique Louis XV, Rousset sait colorer et articuler l’un des orchestres les plus raffinés de Rameau.

 

 

 

VOIR le reportage vidéo de classiquenews sur ZAIS de Rameau à l’Opéra royal de Versailles par Sandrine Piau et Christophe Rousset, novembre 2014

 

 

 

 

 

 

 

Cd, compte rendu critique. Rameau : Zaïs. Julian Prégardien, Sandrine Piau, Aimery Lefèvre, Benoît Arnould, Amel B-Djelloul, Hasnaa Bennani, Zachary Wilder. Choeur de chambre de Namur. Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction. 3 cd Aparte. Enregistrement réalisé à Versailles en novembre 2014.

Reportage vidéo. Rameau : Zaïs (1748), recréation par le CMBV (novembre 2014)

rameau 2014 logo 2014VIDEO. Recréation : Zaïs (1748) de Rameau à l’Opéra royal de Versailles. Temps fort de l’année Rameau 2014, le 18 novembre 2014, à l’Opéra royal de Versailles, le CMBV présente la recréation de la Pastorale héroïque ZAïS, ouvrage merveilleux inspiré par les idées des Lumières. C’est en vérité la ténacité de Zélidie, très éprouvée par son amant Zaïs soupçonneux, qui triomphe ici malgré les épreuves et les tromperies qu’elle doit subir. Pour la soprano Marie Fel et la haute contre Jélyotte, – deux chanteurs d’exception, Rameau écrit deux rôles d’une grâce et d’un charme irrésistibles. Recréation événement. Reportage vidéo © CLASSIQUENEWS.TV 2015

Compte rendu, opéra. Versailles. Opéra Royal, le 18 novembre 2014. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Zaïs, Pastorale héroïque en quatre actes avec prologue. Livret Louis de Cahusac. Créée à l’Académie Royale de Musique de Paris, le 29 février 1748. Avec : Zaïs, Julian Prégardien ; Zelidie, Sandrine Piau ; Oromasès, Aimery Lefèvre ; Cindor, Benoît Arnould ; Sylphide, la Grande prêtresse de l’amour, Amel Brahim-Djelloul; L’Amour, Hasnaa Bennani ; Un Sylphe, Zachary Wilder. Choeur de Chambre de Namur, direction du chœur, Thibaut Lenærts. Les Talens Lyriques ; Direction et clavecin, Christophe Rousset.

rousset christophe talens lyriques amadis phaeton roland, bellerophonAvant le grand gala Rameau organisé dans le somptueux écrin de la galerie des glaces ce 22 novembre 2014, Versailles poursuit ces célébrations dans le cadre de l’année Rameau 2014. L’année Rameau touche à sa fin, du moins à Versailles. Elle a, grâce au travail des équipes du CMBV Centre de musique baroque de Versailles, été fêtée avec un certain faste dans le monde et en France, permettant de faire découvrir ou de redécouvrir certaines œuvres d’un Rameau plus mal connu qu’inconnu du public. Ce soir, c’est Zaïs qui nous était proposé en version concert à l’Opéra Royal, après une recréation à Beaune l’été dernier et un passage par Amsterdam quelques jours auparavant. Zaïs que les Talens Lyriques auront enregistrés à l’occasion de cette fin de tournée est une pastorale dont le livret de Louis de Cahusac est des plus simplissimes et des plus « naïfs ». C’est une histoire de bergers et de bergères, d’amours légèrement contrariés.

Zaïs inabouti

Le génie des airs, Zaïs, déguisé en berger, met à l’épreuve une jolie bergère, Zélidie, dont il est follement épris. Il est aidé par son complice, Cindor, mais ni l’un ni l’autre ne parviennent à détourner la belle bergère, qui fait preuve de constance dans ses sentiments. Zaïs renonce alors à son immortalité pour elle. Mais pour les récompenser, Oromazès, le roi des génies leur offre à tous deux de vivre à jamais ensemble, car le temps ne doit pas s’opposer au bonheur.

Ce n’est donc pas l’histoire qui compte mais bien la musique de Rameau. La page la plus connue de cette œuvre exceptionnelle est son prologue. Il résume à lui seul, toute la puissance, l’effervescence, le bouillonnement, la violence des éléments qui rend si unique la musique de ce compositeur. Mais de ci de là, on a parfois déjà entendu en particulier dans le somptueux CD d’Ausonia « Que les mortels servent de modèles aux dieux », certains airs, dont la beauté onirique et évanescente comme « Chantez-oiseaux » ou tempétueuse et tellurique comme « Aquilons, rompez vos chaînes », y révélaient toutes leurs splendides nuances.

C’est donc avec une certaine impatience que nous attendions cette recréation complète de l’œuvre par les Talens Lyriques, d’autant plus lorsqu’on connait les affinités électives de Christophe Rousset avec la musique du compositeur dijonnais. Las, il y a des soirées avec et des soirées sans. On ne peut pas dire que tout fût décevant ce soir, loin s’en faut. C’est une addition de petits riens, de petites fautes, qui ont fini par nous laisser un sentiment d’incomplétude, un rien agaçant, d’autant plus lorsqu’on sait combien les Talens Lyriques nous offrent généralement bien mieux.

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)Christophe Rousset avait réuni autour de lui une très belle, voir exceptionnelle distribution. Mais malheureusement, on a dû relever ce qui est une erreur de casting. Cette dernière est d’autant plus regrettable que Zachary Wilder, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous avait révélé de magnifiques qualités d’interprétation en compagnie de Leonardo Garcia Alarcon dans la production d’Elena de Cavalli, il y a quelques mois. Son timbre de haute – contre est inadapté pour la musique du XVIIIe, a fortiori celle de Rameau. En revanche, même si Aimery Lefèvre semble en légère difficulté en première partie, il se reprend ensuite, donnant dans la séquence finale,  toute sa noble solennité  à Oramasès dans la célébration de l’union de Zaïs et Zélidie. Benoît Arnould est un Cindor, à peine roué et plein de charmes, tandis qu’Hasnaa Bennani est un Amour suave et Amel Brahim-Djelloul une grande – prêtresse de l’Amour, au céleste envoutement. Enfin les deux grands triomphateurs de la soirée, sont Julian Prégardien et Sandrine Piau. Lui est un Zaïs au timbre et à la diction d’une grande séduction. Tandis que la soprano est une bergère à l’élégance élégiaque, sensible, raffinée, pourtant si combattive. Le Chœur de chambre de Namur est quasi parfait, particulièrement redoutable comme dans « Aquilons, brisez vos chaînes ». Leur phrasé, leur musicalité en font un acteur essentiel.

Ce soir, ce sont les Talens Lyriques nous ont semblé en légère méforme. Bien sûr, il y a eu de beaux moments, mais aussi de manière assez surprenante, chez eux des fautes de justesse et de légers décalages avec le chœur qui ont troublé cette harmonie parfaite que nous attendions d’eux. Certes Christophe Rousset est parvenu à rétablir une situation très instable, mais la fatigue de ses troupes -et tout particulièrement des flûtes et des hautbois-, aura laissé au cours de la soirée un sentiment d’inaccompli.

Compte rendu, opéra. Versailles. Opéra Royal, le 18 novembre 2014. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Zaïs, Pastorale héroïque en quatre actes avec prologue. Livret Louis de Cahusac. Créée à l’Académie Royale de Musique de Paris, le 29 février 1748. Avec : Zaïs, Julian Prégardien ; Zelidie, Sandrine Piau ; Oromasès,  Aimery Lefèvre ; Cindor, Benoît Arnould ; Sylphide, la Grande prêtresse de l’amour, Amel Brahim-Djelloul; L’Amour, Hasnaa Bennani ; Un Sylphe, Zachary Wilder. Choeur de Chambre de Namur, direction du chœur, Thibaut Lenærts. Les Talens Lyriques ; Direction et clavecin, Christophe Rousset.

Zaïs de Rameau à l’Opéra royal de Versailles

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)Versailles, Opéra royal. Le 18 novembre 2014, 20h. Rameau : Zaïs, 1748. Oeuvre du compositeur officiel de Louis XV, récemment couronné par ses contemporains pour l’insolente, mordante, délirante Platée (comédie lyrique de 1745), Rameau livre les divertissements de la Cour la plus raffinée et la plus innovante l’Europe en matière musicale. Pour preuve, le ballet-héroïque Zaïs sur un livret de Cahuzac, complice de Rameau dans la modernité : rien que l’Ouverture qui organise le Chaos est un défi orchestral inouï à l’époque ; il souligne combien Rameau est ce génie expérimental soucieux d’exprimer les phénomènes naturels comme l’expression des passions humaines. Propre à la légèreté sensuelle et pastorale de l’époque de La Pompadour, l’intrigue amoureuse évoque en quatre actes les épreuves qu’impose l’amant soupçonneux Zaïs (Julian Prégardien) à l’endroit de sa maîtresse Zélidie (Sandrine Piau)… d’acte en acte, le génie aérien redouble de manigances et d’intrigues (avec la complicité de son confident le roublard Cindor) pour confondre celle qu’il aime mais dont il doute… à force d’épreuves et de défis masqés, Zaïs ne risque-t-il pas de détruire le lien qui le lie à Zélidie ? L’amour éprouvé fait contraste ici avec les danses et les divertissements qui permettent le déploiement de la souveraine musique, celle du génie ramélien riche en enchantements formels des plus divers.

 

 

 

L’amour éprouvé

 

Prologue. Après que le roi des génies élémenaires Oromazès ait débrouiller le chaos, l’Amour vient s’emparer des cœurs pour mieux les éprouver.

Acte I. Zaïs, génie de l’air aime la belle mortelle Zélide, simple bergère : il lui apparaît comme un berger répondant à sa flamme.

Acte II. Cindor, confident de Zaïs, éprouve l’amour de Zélide : il l’emporte dans sa cour céleste : lui avoue son amour, l’effraie par un tonnerre, lui offre l’immortalité ; rien n’y fait : Zélidie réclame Zaïs qu’elle pense en danger car il est resté sur terre. Zélidie parvient à dénoncer Cindor à Zaïs : la loyauté de la bergère semble sans défaut.

entracte

Acte III. Zélidie ainsi éprouvée douteà présent des sentiments de Zaïs. D’autant que zaïs déguisé à présent en Cindor propose à la bergère de se venger de l’infidèle… Zélidie détruite, émue, s’enfuit.

Acte IV. en un geste final d’apaisement, Zaïs rassuré déclare aimer à jamais Zélidie, et renoncer à son immortalité comme génie : car comme l’a précisé l’oracle : “Le véritable amour se suffit à lui-même”. Mais pour récompenser une amante si dévouée, le roi Oromazès restitue à Zaïs son immortalité et l’étend même à Zélidie. Le couple par la pureté partagé de son amour a conquis l’immortalité.

Visiter le site de l’Opéra royal de Versailles, voir les infos sur Zaïs à l’Opéra royal de Versailles

Rameau : Zaïs, 1748 à l’Opéra royal de Versailles
version de concert

Julian Prégardien, Zaïs
Sandrine Piau, Zelidie
Aimery Lefèvre, Oromasès
Benoît Arnould, Cindor
Amel Brahim-Djelloul, Sylphide, la Grande prêtresse de l’amour
Hasnaa Bennani, L’Amour
Zachary Wilder, Un Sylphe

Choeur de Chambre de Namur
Thibaut Lenærts, direction du choeur
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction et clavecin

Entretien avec Benoît Babel, directeur musical de Zaïs. Jouer Rameau et Haendel.

babel-benoit-zais-rameau-handel-ENTRETIEN avec Benoît Babel, directeur musical de Zaïs. Jouer Rameau et Haendel. Avec son ensemble sur instruments d’époque, baptisé Zaïs en hommage au génie raméllien, le claveciniste Benoît Babel vient de publier chez Paraty, un programme discographique réjouissant : enchaînant Concertos pour orgue de Handel et transpositions d’après Rameau. La vitalité exquise, le sens du drame, le festival des saveurs instrumentales servies comme un buffet de combinaisons rares font les délices d’une réalisation superlative, d’autant plus bienvenue pour l’année Rameau 2014. Mais mettre en regard Haendel et Rameau, deux génies contemporains de la musique baroque n’est pas si anodin que cela. Explications. Entretien avec Benoît Babel, directeur musical de Zaïs.

 

 

En jouant les deux compositeurs qu’avez vous souhaité exprimer comme singularités respectives ? 

Ce qui est curieux avec Handel et Rameau, c’est que leur musique différente de prime abord se complète parfaitement. Handel a cette spontanéité, ce naturel et cette fluidité qui font penser à l’Italie. Rameau a pour lui la légèreté, ce côté spirituel, humoristique mais jamais naïf. Mais ces deux génies ont en commun une incroyable maîtrise de leur art.
Avec Paul Goussot, titulaire de l’orgue de Ste-Croix, nous avons souhaité composer un programme le plus vivant possible. Nous avons pour cela utilisé deux « disciplines » que Rameau et Handel eux même ont beaucoup pratiquées : l’improvisation et la ré-écriture.
Handel, dans ses concertos, laisse à l’organiste d’immenses possibilités de création par des mentions « ad libitum ». Notre enregistrement compte au moins quatre grandes parties improvisées : trois au sein des concertos et également une ouverture en trois mouvements, ce qui est assez rare au disque. C’est d’ailleurs une joie immense pour l’ensemble Zaïs de découvrir chaque fois que nous donnons ce programme les nouvelles trouvailles de Paul. C’est très inspirant pour nous.
babel-bonit-zais-582-concert-maestro-rameau-handelLa démarche de ré-écriture et elle aussi très historique. Tous les opéras de Rameau contiennent des pièces ré-écrites, adaptées pour l’occasion. Paul Goussot a passé des mois entiers à inventer des parties de violon, alto, hautbois, bassons … à partir de la version en trio de Rameau. Il a ainsi créé une conversation constante entre l’orgue et les parties d’orchestre. Un immense travail ! C’était notre manière à nous de célébrer l’année Rameau en montrant que la pratique de la musique ancienne passe aussi par des expériences et que l’on peut de cette façon continuer à faire vivre ce répertoire et à le renouveler.

 

 

 

Réécriture, improvisation…

 

A propos de Rameau, que diriez vous en quelques mots pour définir son génie particulier au regard des oeuvres jouées ?

Rameau est pour moi le meilleur ambassadeur de la musique française du XVIIIème siècle et de l’esprit des Lumières. Bien que sa musique soit souvent intellectuellement complexe et virtuose, jamais elle ne contraint l’auditeur à une concentration extrême pour se laisser toucher par les affects. C’est ce que Rameau lui même appelait « cacher l’art par l’art ». Sa musique mérite d’être jouée et défendue. Je crois que, comme pour tout notre répertoire de musique ancienne, même après des siècles, cette musique parle directement à l’auditeur du XXIème siècle. C’est une musique sincère, honnête, dans le sens où elle invite directement l’auditeur à entrer dans son jeu, dans ses émotions. Pas besoin de distance, elle est faite pour que chacun la vive en soit.

Quels sont les caractères distinctifs de votre ensemble Zaïs et en quoi ce programme met il en avant ses qualités propres ? 

Tous les musiciens se sont énormément investis dans ce projet. Ils m’ont fait confiance et chacun a apporté le meilleur de ce qu’il pouvait faire. Je leur en suis extrêmement reconnaissant. Beaucoup ne me connaissaient pas ou n’avaient encore jamais joué avec moi. C’est une réussite collective. Pourtant les obstacles ne manquaient pas. Jouer avec un grand orgue, se fondre dans sa justesse et donner vie à ces transcriptions de Rameau … tout cela constituait des défis énormes ! Je pense que nous proposons dans ce CD quelque chose de vraiment original et singulier. Chacun pourra juger, mais nous sommes fiers de ce que nous proposons. Beaucoup de travail nous attend encore, l’aventure ne fait que commencer ! Propos recueillis par Alexandre Pham. Illustrations : ©ecliptique/Laurent Thion.

 

 

LIRE aussi notre critique complète du cd Rameau & Handel par l’ensemble Zaïs et Benoît Babel : CLIC de classiquenews de septembre 2014.

 

 

DOM BEDOS Rameau handel orgue PARATY visuel_cd_handelrameau_reelCD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, Pièces pour clavecin… (Zaïs, Paul Goussot, Paraty, 2013). Attention, programme remarquablement audacieux. Et sur le plan interprétatif : quelle fulgurance dans un jeu à la fois noble, généreux et aussi percutant voire d’une mordante énergie ! Sans réserve, voici le cd que nous attendions pour l’année Rameau 2014 : d’une plénitude enthousiasmante et par le choix de son programme, dans les œuvres retenues et transcrites, l’expression la plus sincère et la plus directe de cette furie musicale, doublée d’élégance propre au génie raméllien : l’affinité des interprètes (instrumentises de l’ensemble Zaïs et organiste) avec le compositeur est totale et aussi d’une inventive audace comme l’atteste l’intelligence des transcriptions proposée s’agissant des Pièces de Rameau, originellement pour clavecin et transférées ici à l’orgue.

CLIC D'OR macaron 200D’abord au service du premier Concerto pour orgue de Haendel (HWV 309), la gravité (couleurs sombres d’un lugubre solennel grâce aux bassons vrombissants) de l’Adagio & organo ad libitum captive dès le début ; la précision mordante, -pulsionnellement  pertinente de l’Allegro qui suit montre à quel point la musicalité rayonnante de l’ensemble Zaïs (Benoît Babel, direction) sait s’affirmer avec une exceptionnelle volupté assurée, complice à chaque mesure de l’orgue bordelais, royal, et même impérial dans sa démesure réellement impressionnante. De ce fait, la cohérence et l’équilibre dans la prise de son, résolvant l’ampleur réverbérante de l’orgue avec le relief des instrumentistes est exceptionnellement réussie. Outre sa justesse artistique convaincante, le programme satisfait donc aussi sur le plan de sa réalisation technique, préservant une balance idéale malgré la disparité des instruments en jeu. Un exemple même de naturel et de prise de son vivante. Bravo aux ingénieurs du son!

ECOUTER quelques extraits de l’ensemble Zaïs en concert

 

CD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, Pièces pour clavecin… (Zaïs, Paul Goussot, Paraty, 2013)

DOM BEDOS Rameau handel orgue PARATY visuel_cd_handelrameau_reelCD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, Pièces pour clavecin… (Zaïs, Paul Goussot, Paraty, 2013). Attention, programme remarquablement audacieux. Et sur le plan interprétatif : quelle fulgurance dans un jeu à la fois noble, généreux et aussi percutant voire d’une mordante énergie ! Sans réserve, voici le cd que nous attendions pour l’année Rameau 2014 : d’une plénitude enthousiasmante et par le choix de son programme, dans les œuvres retenues et transcrites, l’expression la plus sincère et la plus directe de cette furie musicale, doublée d’élégance propre au génie raméllien : l’affinité des interprètes (instrumentises de l’ensemble Zaïs et organiste) avec le compositeur est totale et aussi d’une inventive audace comme l’atteste l’intelligence des transcriptions proposée s’agissant des Pièces de Rameau, originellement pour clavecin et transférées ici à l’orgue.

 

CLIC D'OR macaron 200babel-benoit-zais-rameau-handel-D’abord au service du premier Concerto pour orgue de Haendel (HWV 309), la gravité (couleurs sombres d’un lugubre solennel grâce aux bassons vrombissants) de l’Adagio & organo ad libitum captive dès le début ; la précision mordante, -pulsionnellement  pertinente de l’Allegro qui suit montre à quel point la musicalité rayonnante de l’ensemble Zaïs (Benoît Babel, direction) sait s’affirmer avec une exceptionnelle volupté assurée, complice à chaque mesure de l’orgue bordelais, royal, et même impérial dans sa démesure réellement impressionnante. De ce fait, la cohérence et l’équilibre dans la prise de son, résolvant l’ampleur réverbérante de l’orgue avec le relief des instrumentistes est exceptionnellement réussie. Outre sa justesse artistique convaincante, le programme satisfait donc aussi sur le plan de sa réalisation technique, préservant une balance idéale malgré la disparité des instruments en jeu. Un exemple même de naturel et de prise de son vivante. Bravo aux ingénieurs du son!

Côté Rameau, le Portrait de La Poplinière – clin d’œil à son protecteur parisien, est la première transcription opérée : dans son transfert à l’orgue accompagné par les musiciens de Zaïs, elle ne perd rien  de son panache ni de son caractère hautement enjoué,  avec propre au jeu tout en finesse de l’organiste Paul Goussot, une nuance de facétie élégantissime : quelle intelligence dans le style. De facto on se prend à imaginer comment Rameau jouait à son époque, prêt à tous les risques, à toutes les boutades provocantes (rapportées par ses contemporains)… à tous les délires d’un musicien – comme Haendel- : improvisateur hors pair… Comment jouait  Rameau à son époque ? : probablement comme dans cet enregistrement qui ose cette évocation à laquelle tous les spécialistes et les connaisseurs ont un jour pensé !

 

 

Un Rameau inédit à l’orgue

La monumentalité à l’épreuve de l’intimité facétieuse

 

Rameau_CarmontelleHélas non transcrit à l’orgue (ce qui aurait été tout autant légitime car les témoignages rapportent que Rameau improvisait à l’orgue d’après ses propres mélodies lyriques), le souffle épique, de fière allure de la Ritournelle extraite du premier chef d’œuvre lyrique, Hippolyte et Aricie saisit par son mordant aristocratique d’un dramatisme lui aussi irrésistible. L’ensemble Zaïs est visiblement inspiré par son sujet.
S’agissant des 3 Pièces pour clavecin en concerts du Livre IV  (La Forqueray, La Cupis, La Marais), le même constat s’impose à la faveur des interprètes : le gigantisme spatialisé qui aurait pu noyer la fine expressivité et l’intelligence mordante voire satirique de chaque propos n’affecte en rien la prodigieuse invention de Rameau, ni ses qualités chambristes ni son raffinement expressif. Orchestre et orgue accomplissent un prodige de conversation dialoguée qui étonne par son assise, sa clarté, une superlative complicité. Chapeau bas. Energie et feu – voire embrasement- de la Forqueray ; intériorité pudique de La Cupis… ; festin à tous les étages de La Marais. Les instrumentistes ne se brident pas : ils savent trouver ce naturel et cette liberté du geste qui font tant défaut chez bon nombre de leurs confrères.

paul-goussotSous les doigts aériens, magiciens de Paul Goussot, l’alternance des Pièces de Rameau avec les 3 Concertos pour orgue de Handel se réalise avec cohérence : l’exercice de la monumentalité s’y déploie avec un naturel et une précision au service de l’expressivité la plus fine. Le jeu habité et très intérieur de l’organiste (superbes respirations) fait valoir dans le grand format sonore, ses qualités de détails et de nuances. Voici un Handel certes majestueux mais si humain, si subtil. Comme son Rameau : fin, volubile, enjoué. Programme superlatif, donc logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2014.

PARATY rameau handel babel benoit zais concertos pieces pour clavecin et orgueRameau : Pièces pour clavecin (Concerts III et IV, 1741, transcrits pour orgue et orchestre). Handel : Concertos pour orgue. Paul Goussot, grand orgue Dom Bedos 1748 (Ste-Croix de Bordeaux). Zaïs. Benoit Babel, direction (1 cd Paraty). Enregistrement réalisé en septembre 2013 à l’Abbatiale Sainte-croix de Bordeaux, France. Parution annoncée mi octobre 2014.

 

 

ZAIS benoit babel

 

 

LIRE aussi notre ENTRETIEN avec Benoît Babel, à propos du cd Rameau & Handel

ECOUTER un extrait du cd Rameau & Handel sur le site du label Paraty