ENTRETIEN avec LEIF OVE ANDSNES : Mozart rĂ©inventé 

andsnes-leif-ove-mozart-concertos-critique-reveiw-concerts-classiquenews-MOZART-opera-concert-Leif-ove-andsnes-piano-mozart-concertos-classiquenewsENTRETIEN avec LEIF OVE ANDSNES : Mozart rĂ©inventé  plus romantique et moderne que vraiment « classique ». Le pianiste Leif Ove Andsnes questionne pendant quatre ans avec les instrumentistes du Mahler Chamber Orchestra, l’écriture concertante de Mozart, Ă  travers son nouveau projet musical intitulĂ© « MOZART MOMENTUM 1785/1786 ». AprĂšs un cycle dĂ©diĂ© aux Concertos de Beethoven, le pianiste Leif Ove Andsnes interroge le sens et la modernitĂ© des Concertos de Mozart dont il Ă©claire l’écriture personnelle, classique certes, mais surtout prĂ© romantique. Un tĂ©moignage qui passionne l’interprĂšte dont les compĂ©tences s’élargissent Ă  la direction d’orchestre car il retrouve le MAHLER CHAMBER Orchestra, en une sĂ©rie de concerts et de propositions musicales d’un nouveau genre
 Entretien exclusif pour classiquenews.com

 

 

 

andsens piano concert review critique classiquenews decembre 2015 leif-ove-andsnes

 

 

 

CNC : Beethoven est considĂ©rĂ© comme l’ultime figure du triumvirat classique Ă  Vienne, aprĂšs Haydn et Mozart. Suite Ă  votre « Beethoven Journey » avec le Mahler Chamber Orchestra, pourquoi aujourd’hui (re)venir Ă  Mozart ?

Leif Ove Andsnes : Cela a beaucoup Ă  voir avec ma collaboration avec le Mahler Chamber Orchestra / MCO : notre travail autour du Beethoven Journey, s’est traduit par plusieurs enregistrements et concerts. C’est une sensation unique de travailler exclusivement avec un ensemble pendant des annĂ©es. Pour les concerts, je dirigeais l’orchestre depuis le piano. J’ai senti pour la premiĂšre fois de ma vie ce que les grands chefs accomplis doivent ressentir : une sorte d’osmose, de complicitĂ© totale avec l’orchestre par rapport aux Ă©motions, aux couleurs, dans la plus grande spontanĂ©itĂ© et une libertĂ© totale. En tant qu’artiste en rĂ©sidence chez MCO, on s’est questionnĂ© par rapport aux projets et dans le contexte, il nous a paru tout a fait naturel et logique chez Mozart, voire encore plus que chez Beethoven, de diriger l’orchestre depuis le piano.

A LA CHARNIERE DES ANNEES 1785 – 1786
 Ceci est d’autant plus lĂ©gitime qu’il y a ce dialogue entre le piano et l’orchestre chez Mozart, qui est vraiment parfait pour ce contexte, comme une sorte de musique de chambre augmentĂ©e, mĂȘme s’il y a quand mĂȘme un soliste. Donc on a dĂ©cidĂ© Mozart, et j’ai proposĂ© de choisir une pĂ©riode prĂ©cise de la vie de Mozart, les annĂ©es 1785 / 1786, qui sont trĂšs particuliĂšres. Je crois que quelque chose de remarquable s’est passĂ© en 1785, avec son Concerto pour piano n° 20, qui est, d’abord, son premier dans une tonalitĂ© mineure, trĂšs dramatique, aux couleurs sombres, par rapport aux prĂ©cĂ©dents, mais au-delĂ  de ça, encore plus remarquable est le fait que l’orchestre commence avec une musique complĂštement diffĂ©rente par rapport au piano. L’orchestre dĂ©bute de façon exubĂ©rante et le piano, lui, entre en une voix Ă  la fois intime et solitaire ; c’est la premiĂšre fois que cela arrive dans le genre. L’usage est que l’orchestre commence le concerto, puis le piano reprend la mĂȘme musique et la dĂ©veloppe ensuite. Cela a dĂ» ĂȘtre trĂšs surprenant pour l’audience de Mozart, et je pense il a bien aimĂ© l’effet, parce qu’il a continuĂ© Ă  utiliser ce procĂ©dĂ© dans ses concertos ultĂ©rieurs.

 

 

 

L’intimitĂ©, la solitude…

MOZART invente un nouveau canevas dramatique pour le Concerto pour piano

 

 

 

andsnes-leiv-mozart-concerts-annonces-critique-entretien-mozart-classiquenewsLes compositeurs aprĂšs lui, de toute Ă©vidence, ont bien aimĂ© cette idĂ©e, comme Beethoven, qui fait des choses de plus en plus radicales par rapport Ă  l’entrĂ©e du piano dans ses concertos. C’est un peu la graine du futur concerto « hĂ©roĂŻque », plutĂŽt romantique, oĂč le soliste s’exhibe « Here I am ! » (Je suis lĂ ), comme chez Schumann. Mozart fait ainsi grandir la narration, l’histoire
 le concerto pour piano devient quelque chose de beaucoup plus complexe, avec l’apparition d’un drame psychologique oĂč l’individu (le soliste) parle Ă  la sociĂ©té  Et il a aussi donnĂ© des rĂŽles importants aux instruments, notamment aux vents, ce qui rĂ©vĂšle davantage, bien sĂ»r, l’influence de l’opĂ©ra. Mozart Ă©tait alors en train d’écrire Les Noces de Figaro.

 

 

 

CN : Mozart est l’icĂŽne par excellence du Classicisme musical ; pourtant les annĂ©es 1780 dĂ©voilent une grande diversitĂ© et complexitĂ© dans sa crĂ©ation. En particulier les piĂšces Ă©crites entre 1784 et 1786. A ce titre, certains musicologues estiment que Mozart est le premier compositeur romantique. Qu’en pensez-vous ?

LOA : Oui, d’une certaine façon cela se voit dĂ©jĂ  dans les inventions de Mozart Ă  cette Ă©poque, par exemple dans le Concerto n° 20, l’entrĂ©e du piano avec une voix trĂšs individuelle, c’est un peu le germe du romanticisme musical. Et cette voix est vraiment trĂšs particuliĂšre, trĂšs personnelle, trĂšs touchante. Il y a plein des moments dans les concertos de Mozart oĂč l’on peut entendre cette voix sensible, sentimentale, mais Mozart ne tombe jamais dans une dĂ©marche d’exploitation romantique pleine de douleur et de souffrance exacerbĂ©e comme chez
 Schumann ou Wagner. Ces derniers le font de façon dĂ©libĂ©rĂ©e ; chez eux, c’est formellement fantastique, mais parfois un peu trop Ă©cƓurant. On peut ĂȘtre touchĂ© au plus profond de soi avec Mozart, par exemple dans le mouvement lent du Concerto en La, sans que cela ne soit jamais indigeste. C’est un de morceaux les plus poignants dans la vie, et pourtant il y a une puretĂ© dans l’harmonie, tout Ă  fait classique. Au final qu’est-ce que c’est le romanticisme ? Il y a des gens qui trouvent Mozart romantique grĂące Ă  toutes les Ă©motions prĂ©sentes dans sa musique
 Il y a quelque de cet ordre. Son dĂ©veloppement est impressionnant. J’aime bien quand on se sĂ©pare un peu de l’image du gĂ©nie prĂ©coce et immaculĂ© ; ce qu’il Ă©tait bien Ă©videmment, mais il y a une progression et une maturation Ă©vidente chez Mozart tout au long de sa vie. C’est tout autant impressionnant l’assurance qu’il a dans ces gestes crĂ©ateurs, le dĂ©but de la Symphonie Prague par exemple, est inattendu, d’un formidable impact, et sans le moindre doute. Quelle maĂźtrise ! Par rapport Ă  la question Ă©motionnelle, une chose m’a toujours interpellĂ©e : la capacitĂ© qu’a Mozart Ă  bouleverser de façon soudaine ; on croirait que tout est lisse, que tout va bien, et lĂ  il y a une surprise, souvent courte, oĂč quelque chose d’inattendu se prĂ©sente ; tu ressens alors ton cƓur se serrer sans avertissement. Tous ces bouleversements font partie de la richesse de sa musique, et plus il y a des voix, plus il est capable d’exprimer les contrastes, comme d’Ă©clairer la complexitĂ©.

 

 

 

CN : Liszt est souvent considéré comme la premiÚre rockstar de la musique classique, voire de la musique tout court. Mozart, quant à lui, serait-il alors le premier auto-entrepreneur de la musique populaire ?

LOA : (rires) Peut-ĂȘtre ! J’aurais tout fait pour assister Ă  l’un de ses concerts de son vivant. Parfois il nous est difficile Ă  notre Ă©poque de mesurer Ă  quel point ses piĂšces sont virtuoses
 comparĂ©es Ă  Rachmaninov ou Bartok qui ont Ă©crit des piĂšces extrĂȘmement difficiles. On peut s’imaginer le moment juste avant le dĂ©but d’un Concerto de Mozart, disons le 21Ăšme par exemple, … comment il a du se faire plaisir, page aprĂšs page ; dans la partition se voit clairement la volontĂ© de plaire Ă  son auditoire, une claire ambition d’affirmer ses compĂ©tences. Comment il a fait avancer le piano, c’est impressionnant, notamment en comparaison avec Haydn. Il y a une grande joie chez Mozart, y compris dans sa virtuositĂ©. Je dois aussi dire qu’il y a une joie physique pour le pianiste Ă  interprĂ©ter ces concertos. Un vrai plaisir pour les mains de les jouer. Je pense qu’il Ă©tait un pianiste tout Ă  fait spectaculaire !

 

 

 

A VENIR
 suite de notre entretien avec Leif Ove ANDSNES, lundi prochain (20 mai 2019)

 

 

 

LIRE AUSSI notre annonce du cycle de concerts MOZART MOMENTUM par Leif Ove Andsnes

Propos recueillis en avril 2019 par notre envoyé spécial Sabino PENA ARCIA

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MOZART MOMENTUM 1785/1786 : LE MOZART du pianiste Leif Ove Andsnes


MOZART MOMENTUM 1785/1786 : LE MOZART du pianiste Leif Ove Andsnes
 Plus romantique et moderne que vraiment « classique », le pianiste Leif Ove Andsnes questionne pendant quatre ans avec les instrumentistes du Mahler Chamber Orchestra, l’écriture concertante de Mozart, Ă  travers son nouveau projet musical intitulĂ© « MOZART MOMENTUM 1785/1786 ».

AprĂšs leur Beethoven Journey, le Mahler Chamber Orchestra et Leif Ove Andsnes se retrouvent pour explorer deux annĂ©es particuliĂšrement remarquables dans la vie de Mozart : 1785 et 1786
 un nouveau projet de concerts et d’enregistrements qui durera quatre ans (2019-2022).

 
 
 
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Voir la vidéo teaser du projet (sous-titres français à sélectionner) :

 
 
 

https://www.youtube.com/watch?v=IZd9zkdBg0o&feature=youtu.be

 
 
 

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VOIR LA VIDEO Mozart Momentum 1785 1786

 
 
 

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MOZART MOMENTUM 1785/1786

 
 
 

VIENNE, 1785
 MOZART compositeur, pianiste, improvisateur
 Wolfgang Amadeus Mozart est alors Ă  Vienne, donnant libre cours Ă  une crĂ©ativitĂ© inĂ©dite qui rĂ©alise une nouvelle Ăšre pour le concerto pour piano. Au cours des deux annĂ©es 1785 et 1786, il conçoit une sĂ©rie de chefs-d’Ɠuvre qui rĂ©inventent la nature du concerto pour piano, ouvrant la voie aux Romantiques : Ă  Beethoven et Ă  ses successeurs. Mozart redĂ©finit les rĂŽles du soliste et de l’orchestre, en un dialogue rĂ©inventĂ© oĂč chacun se rĂ©ponde et discute. Les interprĂštes soulignent aussi la facilitĂ© de Mozart dans les autres genres musicaux que le Concerto pour piano, dans la musique de chambre, pour l’orchestre. Comme dans Beethoven Journey, Leif Ove Andsnes dirige les instrumentistes du Mahler Chamber Orchestra depuis le piano.

« Quand on se rend compte de la rapiditĂ© avec laquelle Mozart s’est dĂ©veloppĂ© au dĂ©but des annĂ©es 1780, on ne peut que se demander : pourquoi est-ce arrivĂ© ? Que s’est-il passĂ© ? », commente Leif Ove Andsnes. « Et c’est tout l’objet de ce projet. Il s’agit de l’élan de sa crĂ©ativitĂ© Ă  l’époque, qui doit avoir Ă©tĂ© inspirĂ©e par la nĂ©cessitĂ© de ce genre de concerts et de piĂšces dans lesquels il pourrait dĂ©ployer toutes ses capacitĂ©s en tant que compositeur, interprĂšte et improvisateur. (…) Dans le style d’un vĂ©ritable festival, notre projet explore Ă©galement la musique de chambre, et les piĂšces pour soliste, toutes tĂ©moignant de l’extrĂȘme diversitĂ© de la vie crĂ©ative de Mozart Ă  cette Ă©poque. Pour rĂ©sumer, notre projet est destinĂ© Ă  montrer les diffĂ©rentes facettes de Mozart. En rassemblant toutes ces Ɠuvres, nous explorons Mozart en tant que compositeur et interprĂšte, savourant un niveau de crĂ©ativitĂ© que peu d’artistes dans l’histoire ont atteint et qu’aucun ne surpassera », prĂ©cise encore Leif Ove Andsnes.

 
 
 

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CONCERT ET DISQUE

 
 
 

CONCERTS… DĂ©but de la tournĂ©e des concerts, les 11 et 12 mai 2019 Ă  Francfort (sur deux jours, dans un format festival), le 14 mai Ă  Berlin, le 16 mai Ă  Grenoble, le 17 mai Ă  Evian, le 18 mai Ă  Paris et le 19 mai 2019 Ă  Lisbonne. Le projet culminera en 2022 avec des rĂ©sidences dans le monde entier, notamment Ă  Londres, New York et Tokyo.

CD… MOZART MOMENTUM 1785/1786 sera enregistrĂ© pour une prochaine publication Ă©ditĂ©e chez Sony Classical. Les premiĂšres sessions auront lieu au Rudolfinum de Prague en mai 2020. Le premier volume comprendra les Concertos pour piano n°20, 21 et 22, la Fantaisie pour piano en do mineur, le Quatuor en sol mineur pour piano et cordes, et la Marche funĂšbre maçonnique.

Programme des premiers concerts

Mozart, Maurerische Trauermusik (Musique funÚbre maçonnique)
Mozart, Concerto pour piano n° 20 K 466 en ré mineur
Haydn, Symphonie n° 83 (La Poule)
Mozart, Concerto pour piano n° 21 K 467

 
 
 

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Les concerts MOZART MOMENTUM 1785 – 1786 en FRANCE

Grenoble MC2 le jeudi 16 mai 2019,
Evian Grange au Lac le vendredi 17 mai 2019
Paris Théùtre des Champs-Elysées le samedi 18 mai 2019.

 
 
 

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UNBOXING MOZART : JEU DE RÔLES, INTERACTIF ET EDUCATIF

 
 
 

En plus des concerts, MOZART MOMENTUM 1785/1786 comprend un volet Ă©ducatif faisant partie intĂ©grante du projet intitulĂ© UNBOXING MOZART, un Ă©vĂ©nement interactif en direct qui entend « rĂ©volutionner » l’expĂ©rience d’initiation au concert traditionnel.

Invitant le public spectateur, le jeu – sous forme physique et virtuelle – crĂ©e une convergence de la musique classique, de la performance collaborative et du jeu urbain. Les participants d’UNBOXING MOZART expĂ©rimentent directement l’interaction musicale et humaine avec un ensemble musical, le joueur fait alors partie de l’orchestre sous forme de jeu de rĂŽle, joue en solo ou en groupe pour crĂ©er des dialogues au sein d’une communautĂ©. UNBOXING MOZART sera lancĂ© Ă  Francfort le 11 mai 2019, et des projets sont en cours pour prĂ©senter le projet Ă  d’autres pays au fur et Ă  mesure de son dĂ©veloppement.

 
 
 

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CD, critique. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2019. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philharmoniker / CHRISTIAN THIELEMANN 5 1 cd SONY classical)

nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1CD, critique. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2019. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philharmoniker / CHRISTIAN THIELEMANN 5 1 cd SONY classical). A 59 ans, le wagnĂ©rien et straussien (Richard), Christian Thielemann, plus habituĂ© de Dresde et de Bayreuth que de Vienne, affecte un geste un rien prussien, 
 possĂšde-t-il rĂ©ellement le sens de l’élĂ©gance viennoise, celle des Johann Strauss fils et pĂšre, Josef et Edouard aussi ? Car les valses et Ă©pisodes symphoniques de Johann fils, vedette viennoise majeure pour cet esprit lĂ©ger, et davantage, appellent un caractĂšre spĂ©cifique entre abandon et allusion, suggestion et subtilitĂ© qui doit Ă©blouir non pas dans cette « lĂ©gĂšreté » partout annoncĂ©e (qu’est ce que cette musique dite “lĂ©gĂšre” en rĂ©alitĂ© ? Le vocable comprend une infinitĂ© d’acceptations
). Ici, dans l’écrin dĂ©signĂ© du rituel Straussien, le Musikverein, il ne doit ĂȘtre question que de finesse, subtilitĂ© mĂ©lodique, orchestration raffinĂ©e, ivresse Ă©vocatoire


 

 

 

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AprĂšs les Welser-Möst, Dudamel, Jansons, … voici Thielemann : cravatte rayĂ©e, le directeur du festival de PĂąques de Salzbourg (les directeurs du Festival estival autrichien Ă©taient prĂ©sents dans la salle), qui est aussi le directeur musical de la Staatskapelle de Dresde, retrouve le Wiener Philharmoniker pour ce programme festif. Les connaisseurs retrouvent dans la disposition typiquement viennoise de l’orchestre, les 6 contrebasses placĂ©es en fond, face au chef sous l’orgue du Musikverein de Vienne, vĂ©ritable colonne sonore assurant une structure et une carrure emblĂ©matiques. Le chef a dĂ©jĂ  dirigĂ© les Wiener Philharmoniker : on ne peut donc pas parler de baptĂȘme orchestral. Le programme d’emblĂ©e est trĂšs classique : rien que des valses et des polkas ; pas d’étrangers, ni de chanteurs invitĂ©s (comme l’a fait Karajan Ă  son Ă©poque, Ă  la fin des annĂ©es 1980). Mis Ă  l’honneur aux cĂŽtĂ©s des frĂšres Strauss (Johann II, Josef et Edouard), une autre dynastie de compositeurs et musiciens viennois, les Hellmesberger, pĂšre et fils


Thielemann : UN GESTE UN RIEN MARTIAL ? Le programme annoncĂ© rĂ©solument austro-hongrois, commence par la Schönfeld March op. 422 de Carl Michael Ziehrer: le ton est donnĂ©, martial et un rien sec et tendu dans la scansion rythmique. Ziehrer a composĂ© opĂ©rettes et ballets (comme Johann Strauss II) : l’écriture est assez quelconque, dĂ©ployant un caractĂšre ronflant, fort en panache dĂ©monstratif, Ă  la façon d’une marche militaire, ou d’une parade appuyĂ©e, rythme et accents prussiens Ă  l’envi; baguette Ă©paisse et ronde, d’une martialitĂ© trop revendiquĂ©e, Thielemann n’est guĂšre dans le style Ă©lĂ©gantissime qui a fait les meilleurs fait qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ© dans cet exercice. Pourtant le Musikverein est plus connu pour l’élĂ©gance de sa programmation et la finesse des auteurs programmĂ©s. On craint le pire pour la suite


strauss josef portrait classiquenewsHeureusement, le chef respecte le code et l’esprit du rituel de l’an neuf Ă  Vienne avec la trĂšs belle valse qui suit, la premiĂšre du programme : « Transactions Waltz » op. 184 de Josef Strauß: Josef est le premier cadet malheureux de Johann : mort en 1870 (Ă  43 ans) : l’ingĂ©nieur qui rejoint l’entreprise familiale et orchestral en 1850 (Ă  23 ans car son ainĂ© Johann est lui-mĂȘme Ă©puisĂ©) – mort Ă©reintĂ© en tournĂ©e en Pologne
  Or le gĂ©nie de Josef musicalement est aussi Ă©levĂ© que celui de Johann : on s’en aperçoit Ă  chaque session de ce concert du nouvel an. Josef serait mĂȘme souvent plus sombre et ambivalent, riche et profond que son ainé  De fait, Transactions Wazl s’affiche immĂ©diatement plus sombre, et grave au dĂ©but, pour mieux faire surgir le thĂšme principal, dans le raffinement des timbres des bois, Ă©noncĂ© par les cordes et des flĂ»tes aĂ©riennes : la finesse s’invite enfin, enivrĂ©e dans cette sĂ©quence, qui s’avance Ă  pas feutrĂ©e en pleine magie
 saluons l’intelligence des climats, le raffinement de l’orchestration, la caresse de la mĂ©lodie principale, dĂ©licate nostalgie grĂące Ă  un Ă©quilibre trĂšs subtil entre cordes et les bois
 avec la harpe, d’une ineffable nostalgie. Soulignons la profondeur et la sensibilitĂ© Ă©tonnante de Josef Strauss fauchĂ© trop tĂŽt, son aptitude spĂ©cifique pour le dĂ©veloppement symphonique, Ă  la fois dramatique et allusif, et aussi de façon gĂ©nĂ©ral, une rĂ©flexion sur le sens mĂȘme de la valse, entre dĂ©sir et mort. Josef nous paraĂźt plus sombre encore que Johann II. Un maĂźtre Ă  mieux connaĂźtre et plus Ă©couter assurĂ©ment.

Thielemann nous rĂ©serve ensuite une surprise qui pourrait ĂȘtre rĂ©vĂ©lation : de Josef Hellmesberger (fils): Elfin Dance. ImmĂ©diatement saisissante, la finesse Ă©tincelante grĂące aux nuances aiguĂ«s, vibrĂ©es, rondes du « xylophone »d’une partition inscrite dans les nuages. Hellmesberger fut professeur de violon au Conservatoire de Vienne et aussi fondateur avec son fils du Quatuor Hellmesberger (1849). Avouons que le compositeur ne manque pas d’inspiration ni de subtilitĂ©. ÉthĂ©rĂ© et aĂ©rien est cet elfe, un pur esprit – le style et l’écriture sont trĂšs sensuels (pizz des cordes, doublĂ©es par les flĂ»tes) – comme Mendelssohn dans Le Songe d’une nuit d’étĂ© (envol et boucle aĂ©rienne de Puck)? Thielemann est dans son Ă©lĂ©ment : ambassadeur d’une musique pleine d’élĂ©gance et de finesse, rĂ©solument et littĂ©ralement « lĂ©gĂšre ».

Enfin voici le premier morceau du compositeur vedette : Johann STRAUSS II (fils): sur un rythme effrĂ©nĂ©, l’Express, polka schnell op. 311 est bien une Polka rapide – on regrette cependant la nervositĂ© un peu sĂšche ; un rien hystĂ©rique (lĂ  encore systĂ©matique et trop appuyĂ©e) de Thielemann qui dirige comme un prussien, vif, nerveux, droit. de toute Ă©vidence, et dans ce tableau prĂ©cis, il manque de souplesse comme de retenue.

Du mĂȘme Strauss fils, « Pictures of the North Sea », waltz op. 390 / Images de la mer du nord dĂ©veloppe Ă©criture et texture orchestrales. L’épisode symphonique Ă  l’essence poĂ©tique et chorĂ©graphique dĂ©bute dans le sombre 
 dĂ©roulant un premier tapis envoĂ»tĂ©, quasi tragique, puis un souffle profond grave pour que surgisse enfin l’éblouissante mĂ©lodie (wagnĂ©rien dans sa houle et ses phrases continues : d’emblĂ©e Thielemann le wagnĂ©rien est Ă  son affaire ici) : on admire le mĂ©tier du chef, capable d’heureux Ă©quilibres sonores, la finesse des flĂ»tes, le chant ciselĂ© des clarinettes parfaitement dĂ©taillĂ©es, comme enivrĂ©es, caressantes

Pourtant Ă  l’inverse, et dans le mĂȘme temps, regrettons quelques Ă©carts de conduite dans la direction : des contrastes trop marquĂ©s, et appuyĂ©s : la frĂ©nĂ©sie du geste empoigne la valse avec une duretĂ© prussienne propre au chef berlinois : il n’a pas la finesse de son aĂźnĂ© le regrettĂ© Nikolaus Harnoncourt (nĂ© en 1929 et dĂ©cĂ©dĂ© en 2016), spĂ©cialiste et passionnĂ© de valses viennoise qui dirigea le Wiener en de nombreuses occasions les Philharmoniker et le Concert du Nouvel An, Ă  2 reprises : 2001 et 2003. Ronflant, sec, Thielemann déçoit globalement, malgrĂ© les trouvailles sonores Ă©voquĂ©es prĂ©cĂ©demment. Sa baguette manque de fluiditĂ© malgrĂ© le sujet aquatique de la valse choisie.

Autre frĂšre, pas assez connu et mis dans l’ombre de Johann, leur ainĂ© : Eduard Strauß: « Post-Haste », est une polka schnell op. 259, pour laquelle Thielemann cisĂšle la coupe et l’esprit de syncope (Ă©vocation de la course de la diligence) ; ici encore, on remarque les limites du chef car Thielemann dĂ©taille certes l’instrumentation mais manque de prĂ©cision comme d’imagination: sa direction relĂšve d’un systĂšme mĂ©trique, militaire dans cette cadence au galop, trĂ©pidant, trop mĂ©canique

STRAUSS eduard edouard classiquenews valses de viennes concert nouvel an vienne 2019 220px-EduardStrauss edouard syraussFotoUn petit mot sur Edouard, le dernier fils Strauss et l’hĂ©ritier de la dynastie. Il est mort en 1916, en pleine guerre, trouve sa voie spĂ©cifique, comparĂ©e Ă  celle de ses deux frĂšres ainĂ©s, par une Ă©criture plus frĂ©nĂ©tique, qui s’est spĂ©cialisĂ© dans les polkas rapides / ainsi cette « Polka-schnell ». RongĂ© par le ressentiment contre ses frĂšres, et pourtant hĂ©ritier enviable de la dynastie familiale (et orchestrale), il dissout cependant en 1901, l’orchestre Strauss et, surtout, pendant trois journĂ©es (honteuses) d’octobre 1907, brĂ»le nombre de papiers, manuscrits et forcĂ©ment partitions de ses frĂšres Strauss : destruction catastrophique d’un hĂ©ritier insensĂ© devenu fou. Nombre de documents et de partitions de Josef et de Johann seraient ainsi partis en fumĂ©e.  L’histoire de la famille Strauss relĂšve d’un roman feuilleton, et l’on s’étonne malgrĂ© le succĂšs populaire de leurs valses et mazurkas, qu’aucune sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e ne soit encore emparĂ© de leur saga. A suivre


AprĂšs la pause de la mi journĂ©e (le concert a commencĂ© Ă  11h), reprise avec l’évocation du Johann compositeur d’opĂ©rettes : c’est Offenbach qui pourtant son rival en France, aurait exhortĂ© le Viennois Ă  composer des opĂ©rettes. Grand bien que cette proposition confraternelle et constructive. Ainsi l’ouverture du Baron Tzigane
 la plus cĂ©lĂšbre avec celle de La Chauve Souris, 
 ainsi le motif de la valse dĂ©passe la seule occurrence Ă©pisodique, pour atteindre une Ă©vocation pleine de nostalgie 
 tzigane et purement symphonique (par le motif ourlĂ© de la clarinette) ; dans cette piĂšce de caractĂšre, Ă  l’ambition dramatique manifeste, Thielemann soigne le panache sombre et grave, avec un trĂšs bel effet de texture caressant chaque motif, en particulier au hautbois, sinueux et pastoral. LĂ  encore on peut regretter le geste un peu lourd du chef plus prussien que viennois.

Pourtant, se dĂ©tache ensuite finesse et lĂ©gĂšretĂ© dans « La Ballerine » opus 227 de Josef Strauß, polka française, et ses fin de phrases, suspendues en deux accents, dĂ©tachĂ©s, retenus
 vĂ©ritable hymne Ă  la souplesse Ă©lastique. Avec La vie d’artiste opus 316, de Johann II, le ballet de l’OpĂ©ra de Vienne s’invite au concert : comme un rĂ©veil au matin, le premier couple du corps de ballet de l’OpĂ©ra (Wiener Staatsballet) s’ébranle sur la terrasse et dans les couloirs et circulations du bĂątiment : l’élĂ©gance et la facĂ©tie (gestuelles des mains) des 5 couples en blanc et noir imposent une leçon de souplesse acrobatique, – un moment de raffinement collectif magnifiĂ© Ă©videmment pas la somptueuse musique, moins allusive que descriptive, dans la cadre des dĂ©cors et intĂ©rieurs de l’OpĂ©ra viennois. L’institution fĂȘte ses 150 ans en 2019, ayant Ă©tĂ© inaugurĂ© en 1869. Prestige revendiquĂ© et histoire cĂ©lĂ©brĂ©e au moment oĂč ce sont deux français qui dirigent la Maison, Dominique Meyer, intendant gĂ©nĂ©ral et l’ex danseur Ă©toile Ă  Paris, Manuel Legris, directeur de la danse. Johann Strauss redouble de tendresse feutrĂ©e dans cette page trĂšs raffinĂ©e qui est l’objet d’une rĂ©alisation tĂ©lĂ©visuelle audacieuse (plans inclinĂ©s de la camĂ©ra dont jouent les danseurs, trĂšs complices).

Puis, d’Eduard Strauß: « Opera SoirĂ©e » / Une soirĂ©e Ă  l’opĂ©ra est une polka française op. 162 (Ă  deux temps), polka assez lente, au rythme plus appuyĂ© que la polka mazurka qui est encore plus lente et ralentie avec des temps suspendus
  : Une soirĂ©e Ă  l’opĂ©ra semble mieux convenir Ă  la carrure prussienne de Thielemann – sans Ă©carter facĂ©tie ni dĂ©licatesse avec une palette de nuances (piccolo) trĂšs finement dĂ©taillĂ©es ; voici la sĂ©quence oĂč le chef dĂ©voile une direction plus nettement enjouĂ©e, pleine de sous entendue comme d’élĂ©gance.

De Johann STRAUSS II (fils): « Eva Waltz », la valse d’Eva extrait de l’opĂ©ra Le Chevalier Pazman se distingue en un dĂ©but magnifique (somptuositĂ© profonde et noble des cors, puis en dialogue avec les contrebasses – valse attĂ©nuĂ©e comme un rĂȘve, une rĂ©itĂ©ration onirique liĂ©e au personnage d’Eva dans l’opĂ©rette de Johann II. C’est Cendrillon rĂ©inventĂ©e, sa prĂ©sentation au bal
 puis du mĂȘme opĂ©ra, Thielemann a sĂ©lectionnĂ© une nouvelle piĂšce de caractĂšre, extrait du mĂȘme opĂ©ra : « CsĂĄrdĂĄs ». Comme celle de la sublime Chauve Souris, celle qui permet Ă  la comtesse hongroise de s’alanguir jusqu’à la pĂąmoison, et aussi Ă  la soprano requise, d’éblouir par sa virtuositĂ© profonde, voici une autre facette du gĂ©nie de Johann II, pleine de facĂ©tie heureuse, d’intelligence sauve et lumineuse, de grĂące et de finesse. Le Concert tĂ©lĂ©visĂ© Ă©tant aussi une carte postale soulignant les trĂ©sors patrimoniaux autochtones, voici les danseurs du Ballet de l’OpĂ©ra de Vienne, soit dans un chĂąteau de basse Autriche, un couple de touristes, parodique, dĂ©calĂ© qui s’ennuie puis s’éveille Ă  la pure danse, en rejoignant 3 autres couples de danseurs dans la galerie haute Renaissance. LĂ  encore reconnaissons que la rĂ©alisation comme l’alliance de Strauss et de la danse sont idĂ©alement complĂ©mentaire, dans un tableau qui s’achĂšve en extĂ©rieur, sur une collection de rythmes et de folklores bien trempĂ©s, oĂč rĂšgne la noblesse du thĂšme hongrois principal (la czardas est de style aristocratique), jouĂ© selon la tradition par les paysans pour les moissons ou les noces villageoises.

Johann fils rĂšgne en maĂźtre absolu avec la Marche Ă©gyptienne op. 335 : festival de timbres et d’effets orientalisants et rutilants, parfaitement caractĂ©risĂ©s et utilisĂ©s Ă  bon escient : d’abord grosse caisse, clarinette mystĂ©rieuse, cordes voluptueuse : c’est une sĂ©quence entonnĂ©e comme une marche militaire, mais enchantĂ©e – panache onirique des trompettes et des cors, au souffle inouĂŻ, qui Ă©gale le meilleur Saint-SaĂ«ns, celui oriental de l’orgie / bacchanale dans Samson et Dalila. Thielemann est chez lui, dirigeant sans baguette avec une dĂ©contraction affichĂ©e, assumĂ©e ; lorsque les instrumentistes viennois entonnent en « la la la », le chƓur du motif Ă©gyptien (qui rappelle aussi Verdi dans ses ballets d’Aida). Tout s’achĂšve dans le lointain en second plan, superbe effet de spatialisation : festif et interactif, le tableau suscite l’enthousiasme de la salle, et la joie des musiciens, heureux d’avoir ainsi surpris l’audience internationale.

Enfin, aprĂšs “la Valse entracte” de Joseph Hellmesberger fils: d’une dĂ©licatesse soyeuse et enivrante (les pizzicati dĂ©licats des violons), celle d’un rĂȘve Ă©veillĂ©, auquel Thielemann rĂ©serve son attention la plus nuancĂ©, ce sont deux pages parmi les plus raffinĂ©es des fils Strauss, Johann II, l’incontournable : « In Praise of Women », polka mazur op. 310 / Eloge des femmes : hymne fĂ©ministe qui tombe Ă  pic aprĂšs nos hontes contemporaines (cf les mouvements #Metoo, et #balancetonporc) oĂč rĂšgnent flĂ»tes, piccolo, clarinettes et bassons : (finesse d’élocution, irrĂ©sistible Ă©lĂ©gance et souveraine retenue
 en un Ă©quilibre impeccable cordes et cuivres)
 et le rythme trĂšs lent, le plus lent, de la polka mazurka ; puis la musique des sphĂšres opus 235 du cadet tout aussi gĂ©nial, Josef : grande valse, et la plus inspirĂ©e du compositeur, oĂč flĂ»tes / harpe se dĂ©tachent, signifiant lĂ  aussi une aube qui se lĂšve
 pourtant, le bas blesse : Ă  la dĂ©licatesse suggestive de la partition, nous regrettons l’enflure qui finit par ĂȘtre ennuyeuse, et mĂȘme agaçante du chef, 
 trop pompier, ignorant volontaire de toute lĂ©gĂšretĂ©. Quel dommage.
nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1Enfin c’est le rituel de fin, pour tout concert du nouvel An qui se respecte. AprĂšs proclamer les vƓux de l’Orchestre, chef et musiciens jouent d’un seul tenant et sans interruption – quand les prĂ©dĂ©cesseurs commençaient les premiĂšres mesures, puis prononçaient les vƓurs, enfin reprenaient Ă  son dĂ©but la partition : voici l’extase fluviale promise et tant attendue, emblĂšme de l’art de vivre viennois : Le Beau Danube Bleu (Johann STRAUSS fils) : avouons que Thielemann sait Ă©carter toute Ă©paisseur et boursoufflure, instillant ce climat du rĂȘve qui fait briller les cors, recherche les effets de textures moins la transparence, d’oĂč ce sentiment d’opulence, de grain sensuel (les clarinettes) – sommet de naturel et de grĂące – la partition d’abord chorale, finit ainsi sa course d’une Ă©loquence et sublime maniĂšre, comme chant lĂ©gitimement cĂ©lĂ©brĂ© de l’élĂ©gance viennoise Ă  l’international.

Oui certains nous rĂ©torquerons : pourquoi boudez ainsi son plaisir ? Le Beau Danube Bleu suffit Ă  rĂ©pondre et militer finalement en faveur de la baguette explicitement symphonique de Thielemann. Nous ne parlons pas sciemment de La marche de Radetsky de Johann Strauss le pĂšre : bonus pour amuser un public qui souhaite participer en claquant des mains, soulignant encore et encore la frĂ©nĂ©sie rythmique d’un tube plus que cĂ©lĂ©brĂ©. Daniel Barenboim avait bien raison de bouder cette sĂ©quence car la partition fut composĂ©e pour cĂ©lĂ©brer la victoire sur des manifestants et Ă©tudiants tuĂ©s outrageusement contre leur appel Ă  libertĂ©. Qu’on se le dise.

Carrure prussienne mais sensibilitĂ© instrumentale d’un gourmand gourmet, Christian Thielemann nous ravit quand mĂȘme, dans ce concert qui sans ĂȘtre mĂ©morable – ceux de Georges PrĂȘte, Nikolaus Harnoncourt, Gustavo Dudamel, Mariss Jansons (2016) l’ont Ă©tĂ© – , nous permet de marquer dans la lĂ©gĂšretĂ© moyenne, Ă  dĂ©faut d’exquise finesse, ce 1er jour de l’annĂ©e nouvelle 2019.

Retrouvez le cd et le dvd du CONCERT DU NOUVEL AN Ă  VIENNE, 1er janvier 2019, sous la direction de Christian Thielemann, Ă  paraĂźtre mi janvier chez Sony classical.

 

 

 

 

 

 

 

 

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COMPTE RENDU, concert. VIENNE, Musikverein. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philhamroniker / CHRISTIAN THIELEMANN (1er janvier 2019) : Valses, polkas, extraits d’opĂ©ras, ouverture de Johann STRAUSS II, Josef STRAUSS, Edouard STRAUSS, Josef Hellmesberger…

 

 

 

 

 

 

 

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 Nos autres comptes rendus et critiques des CONCERTS DU NOUVEL AN à VIENNE :

 

Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. Wiener Philharmoniker, Mariss Jansons, direction. Valses de Strauss johann I, II; Josef ; Eduard. Waldtaufel


mariss-jansons_c_jpg_681x349_crop_upscale_q95Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. En direct de la Philharmonie viennoise, le Konzerthaus, le concert du nouvel An rĂ©alise un rĂȘve cathodique et solidaire : succĂšs planĂ©taire depuis des dĂ©cennies pour ce rendez vous diffusĂ© en direct par toutes les chaĂźnes nationales du monde et qui le temps des fĂȘtes, rassemblent toutes les espĂ©rances du monde, en une trĂšs large diffusion pour le plus grand nombre (les places sont vendues Ă  un prix exorbitant destinĂ© aux fortunĂ©s de la planĂšte) pour un temps meilleur riche en promesses de bonheur. Cette annĂ©e c’est le chef Mariss Jansons, maestro letton (rĂ©sident Ă  Saint-PĂ©tersbourg), autant lyrique que symphonique bien trempĂ© qui dirige les divins instrumentistes viennois, ceux du plus subtil des orchestres mondiaux et qui pour l’évĂ©nement cĂ©lĂšbre l’insouciance par la finesse et l’élĂ©gance, celle des valses des Strauss, Johann pĂšre et fils bien sĂ»r, ce dernier particuliĂšrement Ă  l’honneur, et aussi Joef et Eduard ses frĂšres (tout aussi talentueux que leur ainĂ©), Eduard dont 2016 marque le centenaire.

 

gustavo-dudamel-dirigiert vignette maestro classiquenews -erstmals-wiener-neujahrskonzertCompte-rendu critique, concert. VIENNE, Musikverein, dimanche 1er janvier 2017. Wiener Philharmoniker.  Gustavo Dudamel, direction. Depuis 1958, le concert du Nouvel An au Musikverein de Vienne est retransmis en direct par les tĂ©lĂ©visions du monde entier soit 50 millions de spectateurs ; voilĂ  assurĂ©ment Ă  un moment important de cĂ©lĂ©bration collective, le moment musical et symphonique le plus mĂ©diatisĂ© au monde. En plus des talents dĂ©jĂ  avĂ©rĂ©s des instrumentistes du Philharmonique de Vienne, c’est Ă©videmment le nouvel invitĂ©, pilote de la sĂ©quence, Gustavo Dudamel, pas encore quadra, qui est sous le feu des projecteurs (et des critiques). A presque 36 ans, ce 1er janvier 2017, le jeune maestro vĂ©nĂ©zuĂ©lien a concoctĂ© un programme pour le moins original qui en plus de sa jeunesse – c’est le plus jeune chef invitĂ© Ă  conduire l’orchestre dans son histoire mĂ©diatique, crĂ©e une rupture : moins de polkas et de valses tonitruantes, voire trĂ©pidantes, mais un choix qui place l’introspection et une certaine retenue intĂ©rieure au premier plan ; pas d’esbroufe, mais un contrĂŽle optimal des nuances expressives, et aussi, regard au delĂ  de l’orchestre, comme habitĂ© par une claire idĂ©e de la sonoritĂ© ciblĂ©e, une couleur trĂšs suggestive, mesurĂ©e, intĂ©rieure qui s’inscrit dans la rĂ©flexion et la nostalgie
? VoilĂ  qui apporte une lecture personnelle et finalement passionnante de l’exercice 2017 : Gustavo Dudamel dont on met souvent en avant la fougue et le tempĂ©rament dĂ©bridĂ©, affirme ici, en complicitĂ© explicite avec les musiciens du Philharmonique de Vienne, une direction millimĂ©trĂ©e, infiniment suggestive, d’une subtilitĂ© absolue, qui colore l’entrain et l’ivresse des valses, polkas et marches des Strauss et autres, par une nouvelle sensibilitĂ© introspective. De toute Ă©vidence, le maestro vĂ©nĂ©zuĂ©lien, enfant du Sistema, nous Ă©pate et convainc de bout en bout. Relevons quelques rĂ©ussites emblĂ©matiques de sa maestriĂ  viennoise. En lire PLUS

 

 

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Zubin Mehta / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2015
L’hommage au gĂ©nie de Josef Strauss
http://www.classiquenews.com/cd-concert-du-nouvel-an-a-vienne-2015-philharmonique-de-vienne-zubin-mehta-1-cd-sony-classical/

 

Daniel Barenboim / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2014
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-vienne-konzerthaus-le-1er-janvier-2014-concert-du-nouvel-an-oeuvres-de-johann-strauss-i-et-ii-edouard-josef-et-richard-strauss-avec-les-danseurs-de-lopera-de-vienne-wiener-phil/

 

Franz Welser-Möst / Concert du Nouvel An à VIENNE 2013
http://www.classiquenews.com/neujahrskonzert-new-years-concert-concert-du-nouvel-an-vienne-2013franz-welser-mst-1-cd-sony-classical/

 

Mariss Jansons / Concert du Nouvel An Ă  VIENNE 2012
http://www.classiquenews.com/vienne-musikverein-le-1er-janvier-2012-concert-du-nouvel-an-wiener-philharmoniker-mariss-jansons-direction/

 

Georges PrĂȘtre / Concert du nouvel AN Ă  VIENNE 2010

 

CONCERT DU NOUVEL AN Ă  VIENNE

nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1FRANCE MUSIQUE, Mardi 1er janvier 2019, 11h. CONCERT DU NOUVEL AN. C’est dĂ©sormais le rituel de chaque nouveau passage au nouvel an : les valses de Johann Strauss pĂšre et fils : une dose irrĂ©sistible de raffinement et d’élĂ©gance (viennoise) pour souligner (et fĂȘter) le passage Ă  la nouvelle annĂ©e. Que nous rĂ©servera 2019 ? Augurons Ă  tout le moins, de nouvelles offres accessibles pour la transition Ă©cologique, une justice fiscale enfin rĂ©alisĂ©e, moins d’arrogance de nos politiques et de nos Ă©lus sensĂ©s nous reprĂ©senter, une façon nouvelle, collective et pacifiste de manifester
 et un pouvoir plus humain, proche, rĂ©actif. Evidemment Ă  l’époque des Strauss pĂšre et fils, dans ce tte Vienne fin de siĂšcle, les Ă©vĂ©nements historiques et les Ă©volutions sociĂ©tales avaient peu de chose en commun avec notre actualitĂ©, celle des gilets jaunes et du Jupiter Ă©lysĂ©en
 Gageons que 2019 amĂ©liore la vie de chacun. Avec toujours, l’émotion musicale en partage et en intensitĂ©.
strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888Cette annĂ©e pour le 1er janvier 2019, le chef autrichien Christian Thielemann grand wagnĂ©rien et straussien de grande classe (autrichienne) assure le pilotage du concert philharmonique le plus mĂ©diatisĂ© de l’annĂ©e. LIRE aussi notre critique LIVRE la dynastie STRAUSS pĂšre & fils (Actes Sud)

 

 

FRANCE MUSIQUE, Mardi 1er janvier 2019, 11hlogo_france_musique_DETOURE
Vienna Philharmonic / Christian Thielemann, direction
2019 New Year’s Concert
VISITER le site du Philharmonique de Vienne / Christian Thielemann
http://www.wienerphilharmoniker.at/concerts/concert-detail/event-id/%209913

Diffusion en direct sur France 2

 
Programme annoncé :

Carl Michael Ziehrer: Schönfeld March op. 422*

Josef Strauß: Transactions Waltz op. 184

Josef Hellmesberger (ii): Elfin Dance

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Express, polka schnell op. 311**

Pictures of the North Sea, waltz op. 390

Eduard Strauß: Post-Haste, polka schnell op. 259

pause

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils) : Overture to the operetta The Gypsy Baron

Josef Strauß: The Ballerina op. 227**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Artists’ Life, waltz op. 316

The BayadĂšre, polka schnell op. 351

Eduard Strauß: Opera SoirĂ©e, polka française op. 162**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Eva Waltz from the opera Knight Pázmán**

CsĂĄrdĂĄs from the opera Knight PĂĄzmĂĄn

Egyptian March op. 335

Joseph Hellmesberger (ii): Entr’acte Waltz**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): In Praise of Women, polka mazur op. 310

Josef Strauß: Music of the Spheres, waltz op. 235

RITUEL DE FIN :

Marche de Radetzky (Johann STRAUSS pĂšre)

Le Beau Danube Bleu (Johann STRAUSS fils)

 

 

CD événement. Kerll / Fux : Requiems. Vox Luminis, Lionel Meunier (1 cd Ricercar).

lionel-meunier_lrCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Kerll / Fux : Requiems. Vox Luminis, Lionel Meunier (1 cd Ricercar).D’emblĂ©e voici l’un de meilleurs disques de Vox Luminis, un ensemble dĂ©sormais emblĂ©matique de l’excellence vocale collective, menĂ© par le baryton-basse Lionel Meunier, directeur inspirĂ© qui a trouvĂ© rĂ©cemment Ă  Saintes, – lieu emblĂ©matique des derniĂšres recherches de Philippe Herreweghe (et son orchestre des Champs ElysĂ©es), son modĂšle absolu-, un lieu d’approfondissement et mĂȘme de dĂ©fi (en juillet dernier, Vox Luminis ouvrait le festival estival de Saintes avec King Arthur de Purcell : vraie nouveautĂ© lyrique pour l’ensemble, et certainement une Ă©tape dĂ©cisive pour la maturitĂ© dramatique du collectif belge).

 

CLIC_macaron_2014De Kerl Ă  Fux : joyaux de la tradition sacrĂ©e viennoise. D’abord, louons ici le focus ainsi opĂ©rĂ© sur l’écriture de Johann Caspar Kerl (1627-1693), compositeur raffinĂ© qui doit sa formation Ă  Rome auprĂšs des meilleurs, soit Carissimi et Frescobaldi (excusez du peu!). Figure tutĂ©laire de l’essor de la musique Ă  Munich puis Ă  Vienne (oĂč il est organiste Ă  Saint-Etienne), Kerl laisse une somme incontournable Ă  la fin du XVIIĂš : recueil de Messes intitulĂ© « Missae sex, sum instrumentis concertantibus » de 1689, dĂ©diĂ© Ă  l’empereur trĂšs mĂ©lomane et compositeur lui mĂȘme, Leopold Ier, – c’est Ă  dire Ă  l’époque de la peste Ă  Vienne (1679-1682) et aussi du siĂšge de la citĂ© impĂ©riale par les turcs (1683). Soit l’une des Ă©critures les plus inspirĂ©es en une Ă©poque particuliĂšrement dure et barbare pour la chrĂ©tientĂ© en l’Europe de l’est. D’un bout Ă  l’autre, – et mĂȘme si l’on pense aujourd’hui que la « SĂ©quence / Sequenza » (Ă©crite Ă  quatre voix soliste) serait d’une pĂ©riode autre que le reste de la partition (conçu Ă  5 parties), on reste convaincu par la profonde unitĂ© du cycle et par l’intensitĂ© de sa lecture. C’est essentiellement la plĂ©nitude recueillie et exceptionnellement opulente des chanteurs qui souligne sans dĂ©faut ce sentiment de sĂ©rĂ©nitĂ© angĂ©lique, offrant dans cette Missa pro defunctis, une approche apaisĂ©e et sublimĂ©e de la mort. MĂȘme le Dies ire Dies illa est d’une noble prestance (une section que Kerl – d’aprĂšs ses propres Ă©crits-, destinait pour son office funĂšbre semble-t-il) et les dramatiques Quantus tremor pour basse, Tuba mireur (pour tĂ©nor), Mors stupebit pour alto (ici masculin) demeurent d’une articulation mesurĂ©e, d’une impĂ©riale tenue, d’une constante Ă©lĂ©gance (Vienne dĂšs avant Haydn et Mozart est capitale de l’élĂ©gance). La plainte plus individualisĂ©e et presque en style direct, – implorante, incarnĂ©e du Quid sum miser pour soprano (cantus) complĂšte intelligemment une succession de vagues collectives d’une formidable Ă©pure, d’une permanente pudeur. MĂȘme implication plus personnelle dans le Lacrimosa dies illa, Ă©galement pour soprano (cantus) d’une claire et lĂ  aussi, constante sensibilitĂ© pudique. OrfĂšvre et trĂšs investi dans l’intonation pieuse et pourtant active, Vox Luminis affirme enfin une pleine maĂźtrise dans l’apaisement total et cette fusion des timbres vocaux magnifiquement canalisĂ©e jusqu’à la paix ineffable du dernier Lux aeternam.

Dans la succession de la Missa de Kerl, les premiĂšres notes du Requiem pour l’Empereur / Kaiserrequiem de Fux semblent approfondir et comme accomplir l’expĂ©rience prĂ©cĂ©demment Ă©prouvĂ©e : la continuitĂ©, le sens de la progression dramatique de Vox Luminis est d’une remarquable intelligence sonore. Exprimer la parentĂ© Ă©vidente des deux oeuvres renforce la pertinence du programme d’en composer comme les deux volets distincts mais complĂ©mentaires d’un mĂȘme retable.

 

vox luminis requiem fux kerl cd ricercar clic de classiquenews ete 2016 RIC368Plus tardif que Kerl, Johann Joseph Fux (1660-1741), lĂ©gende vivante Ă  son Ă©poque Ă  Vienne, incarne la noblesse et l’opulence au coeur du XVIIĂš, car il est nĂ© en 1660, soit plus de 30 ans aprĂšs Kerl. ImmĂ©diatement c’est la profonde cohĂ©sion du son d’ensemble qui frappe et saisit Ă  nouveau, portĂ© davantage encore par la ductilitĂ© plastique et caressante des instruments de l’excellent ensemble concertant Scorpio collectief (fusion parfaite entre timbres instrumentaux et vocaux) : Vox Luminis comprend et exprime de l’intĂ©rieur tous les enjeux tragiques et mĂȘme angoissĂ©s d’une cĂ©lĂ©bration de la mort, et bien sĂ»r, fort heureusement, de la rĂ©surrection. La clartĂ© et la transparence inonde d’une lumiĂšre continue, intense, vibrante, la claire articulation du texte, mais aussi la succession trĂšs diversifiĂ©e (quant aux effectifs choisis) des sĂ©quences (en particulier du Dies Irae
 au Pie Jesu
 de la Sequenza fervente, soit le centre mĂȘme de cette fresque palpitante de prĂšs de 15 mn d’une action collective et individuelle vivante et flamboyante. Surprenante rĂ©vĂ©lation, le Dies ire, Dies illa : ferme et expressif semble annoncer directement Mozart. MĂȘme constat pour le dernier Ă©pisode : Lux aeterna, dont la premiĂšre mesure se rĂ©vĂšle trĂšs proche du Requiem de Mozart lĂ  aussi, Ă  tel point que l’on se pose la question : Wolfgang a-t-il pu connaĂźtre prĂ©cisĂ©ment les partitions de son prĂ©dĂ©cesseur alors qu’il menait des recherches Ă  la CathĂ©drale Saint-Etienne de Vienne ? La justesse du sentiment recueilli, la profonde tendresse qui s’en dĂ©gage aussi, le climat de certitude arienne et angĂ©lique 
 sont en partage chez l’un et l’autre compositeur. Le prĂ©sent enregistrement, d’une idĂ©ale rĂ©alisation, pose cette question de la filiation directe qui dĂ©termine aussi une certaine tradition viennoise dans le domaine sacrĂ©, du XVIIĂš au XVIIIĂš. De Kerl Ă  Fux circule une Ă©lĂ©gance sacrĂ©e fraternelle qui annonce – en connaissance intime de la musique, Mozart lequel serait comme la conclusion d’une boucle marquĂ©e par le sublime. Superbe rĂ©alisation. Donc CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2016.

 

 

CD, compte rendu critique. KERL, FUX : Requiem. Vox Luminis. Lionel Meunier 1 cd Ricercar. EnregistrĂ© en novembre 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS – Ă  paraĂźtre en septembre 2016.

vox luminis lionel meunier festival musique et memoire juillet 2015Approfondir : VOIR notre reportage vidĂ©o exclusif rĂ©alisĂ© Ă  Saintes pendant le festival estival 2015, oĂč Vox Luminis prĂ©sentait le Requiem impĂ©rial de Fux : Lionel Meunier explique son attachement Ă  l’Abbaye aux Dames de Saintes et prĂ©sente la ligne artistique de son ensemble Vox Luminis

 

 

 

Vox Luminis / Requiems de Kerl et de Fux
Septembre 2016 – 1 cd Ricercar – RIC 368

 

 

Fux
Vox Luminis
Zsuzsi TĂłth, Kristen Wittmer, Sara JĂ€ggi, Stefanie True – sopranos
Barnabás Hegyi, Jan Kullmann – countertenors
Olivier Berten, Robert Buckland – tenors
Lionel Meunier, Matthias Lutze – basses
Scorpio Collectief
Jacek KurzydƂo, Jivka Kaltcheva – violin
Manuela Bucher – viola
Matthias MĂŒller – violone
Kris Verhelst – organ
Jeremie Papasergio – dulciane
Simen van Mechelen, Adam Woolf – trombone
Frithjof Smith, JosuĂ© MelĂ©ndez, Lambert Colson – cornet

 

 

 

Kerll
Vox Luminis
Zsuzsi TĂłth, Sara JĂ€ggi – sopranos
Barnabás Hegyi, Jan Kullmann – countertenors
Dávid Szigetvári, Philippe Froeliger, Olivier Berten, Robert Buckland – tenors
Lionel Meunier, Matthias Lutze – basses
Bart Jacobs – organ
L’AchĂ©ron
François Joubert-Caillet
Marie-Suzanne de Loye
Andreas Linos
Lucile Boulanger

 

 

CD, annonce : Antonio Bertali, La Maddalena. Scherzi Musicali. Nicolas Achten, direction (1 cd Ricercar, 2015)

CD, annonce : Antonio Bertali, La Maddalena. Scherzi Musicali. Nicolas Achten, direction (1 cd Ricercar, 2015). EnregistrĂ© en Belgique en fĂ©vrier 2015, l’enregistrement de La Maddalena d’Antonio Bertali dĂ©montre les qualitĂ©s expressives de l’ensemble Scherzi Musicali, dĂ©jĂ  constatĂ©es dans leurs gravures prĂ©cĂ©dentes : Catena d’Adone de Domenico Mazzocchi, 2010 ; Il Pianto d’Orfeo, 2013. Mais ce nouveau travail affirme une nouvelle maturitĂ© du groupe. CaractĂ©risation affĂ»tĂ©e pour la langueur sombre et un certain dolorisme, autant aux instruments que dans le chant des voix : l’oratorio fervent, construit comme une ample lamento que Bertali livre Ă  Vienne en 1663 accrĂ©dite Ă©videment le goĂ»t hautement italien de la Cour impĂ©riale Habsbourg. Le baryton Nicolas Achten (et directeur musical de l’ensemble) met en regard les Ɠuvres sur le mĂȘme thĂšme de la repentie, conçues par Monteverdi, Effrem, Guivizzani, Salomone Rossi et Domenicho Mazzochi (dont du Lagrime Amare de 1638, les larmes de Madeleine, exprimĂ©es en contournements harmoniques dissonants d’une ineffable langueur…). Autant de courtes sections qui pourraient bien avoir Ă©tĂ© intĂ©grĂ©es dans la continuitĂ© d’une reprise de l’oratorio de Bertali Ă  Mantoue…

 

 

 bertali la maddalena scherzi musicali nicolas achten cd review maxresdefault

 

 

CLIC_macaron_2014ACUITE LINGUISTIQUE ET JUSTESSE POETIQUE DES SCHERZI MUSICALI… Il en ressort un programme dĂ©diĂ© Ă  la ferveur implorante du premier baroque italien Ă  Vienne, Ă  Rome, … L’Ɠuvre de Bertali s’inscrit dans la tradition essentielle au moment de la Semaine Sainte, des Sepolcri, oratorios de douleurs, cĂ©lĂ©brant le Sacrifice de JĂ©sus au moment de PĂąques. De nombreuses gravures ont illustrĂ© la richesse de cette forme musicale et sacrĂ©e propre Ă  la Vienne du XVIIĂš : Valentini, Sances, Draghi, et donc Bertali dont La Maddalena est construite en trois temps / parties : Ă©vocation allĂ©gorique, puis et c’est le plus rĂ©ussi dans ce recueil dĂ©fendu par Scherzi Musicali, confrontation, exaltation des deux Marie : Marie et Marie-Madeleine ; enfin, conversation, monologue, Ă©mois partagĂ©s des deux pĂȘcheurs (excellents David Szigedvvari, tĂ©nor et Nicolas Achten dont le sens du texte articulĂ©, ciselĂ© offre une caractĂ©risation vivante voire palpitante de la situation et de sa signification sacrĂ©e). La partition au moment de la reprĂ©sentation doit Ă©difier l’auditeur et le spectateur (car ici, la scĂšne reprĂ©sente Ă  Vienne le SĂ©pulcre et le miracle de la RĂ©surrection qui y est central dans la mĂ©ditation collective qui se prĂ©cise de sĂ©quence en sĂ©quence…). Si l’on avait pu regretter un manque de certitude, un aplomb individuel comme collectif dans certaines de leurs rĂ©alisations antĂ©rieures, chanteurs et instrumentistes des Scherzi Musicali atteignent dans ce programme Bertali une Ă©tonnante maĂźtrise de la caractĂ©risation linguistique ; le choix de chaque soliste pĂšse de tout son poids identitaire fort : Marie et Madeleine exhortant, hallucinĂ©es (Deborah Cachet, Lucina Mancini aux tempĂ©raments suaves, incarnĂ©s, irrĂ©sitibles) ; duo palpitant entre les deux chanteurs tĂ©nor et baryton ci dessus nommĂ©s). C’est de loin la meilleure rĂ©alisation des Scherzi Musicali. L’appel des vanitĂ©s en fin de partition, l’exhortation Ă  l’humilitĂ© n’en ont que de plus Ăąpres attraits : “Sache, ĂŽ mortel, qu’Ă  la fin, il ne reste plus / Que pĂ©nitence, terreur, sĂ©pulcre et vermine“… concluent mes deux PĂȘcheurs, rejoints par les deux Marie en un quatuor saisissant. L’effroi soustend la langueur ; le lugubre, la sensualitĂ© rayonnante. Tout cela est trĂšs bien compris des solistes rĂ©unis autour de Nicolas Achten…

 

 

Critique complĂšte et dĂ©veloppĂ©e Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

 

 

Partitions, découverte : Mozart et Salieri auraient travaillé ensemble

partition Per la ricuperata di Ophelia mozart salieri nancy storace manuscrit decouvert prague classiquenews janvier 2016Partitions, dĂ©couverte : Mozart et Salieri auraient travaillĂ© ensemble Ă  la composition d’une cantate inĂ©dite. DĂ©couvert dans une BibliothĂšque Ă  Prague, un manuscrit inconnu jusqu’alors aurait Ă©tĂ© formellement identifiĂ© : il s’agit d’une cantate composĂ©e Ă  quatre mains par Mozart et Salieri, deux compositeurs de deux gĂ©nĂ©rations diffĂ©rentes (et de deux styles distincts) que l’Histoire et la lĂ©gende (entretenu par le mythe de l’assassinat du premier par le second, par la nouvelle de Pouchkine de 1830, traitĂ© au cinĂ©ma par Forman) ont aimĂ© opposer.

Amoureux voire rivaux, Mozart et Salieri composent de concert pour Nancy Storace….

nancy-storace-1345730156-article-0Rivaux les deux musiciens par si sĂ»r… Le musicologue Timo Jouko Hermann vient d’annoncer sa brillante dĂ©couverte d’autant que le texte de la cantate, Ă©crite en hommage au talent de la jeune et belle soprano Nancy Storace (la crĂ©atrice du rĂŽle de Susanna dans les Noces de Figaro de Mozart en 1786, nĂ©e Ă  Londres en 1765), serait de Da Ponte. La cantate Ă©voque la convalescence de la cantatrice qui s’est sortie alors d’une maladie… Nancy Storace serait l’une des divas les plus captivantes de l’Ă©poque : jeune, belle, superbe actrice et chanteuse de premier plan… Elle fut l’Ă©lĂšve du castrat Venanzio Rauzzini (pour lequel Mozart avait Ă©crit son cĂ©lĂšbre motet virtuose Exsultate Jubilate). La soprano employĂ©e dans la troupe impĂ©riale Ă  Vienne fut une artiste adorĂ©e, cĂ©lĂ©brĂ©e, et donc convoitĂ©e par les deux compositeurs en vue sous Joseph II, Salieri et Mozart (dont on ne compte plus les aventures extra-conjugales). Nancy Storace fit ses dĂ©buts Ă  Vienne dans L’Ă©cole des Jaloux (La Scuola De’Gelosi) ; c’est Ă  ce moment que Mozart la dĂ©couvre et tombe amoureux d’elle… Avec son frĂšre aĂźnĂ©, Stephen, Nancy est une habituĂ© du couple Mozart Ă  Vienne. C’est pour elle encore que Mozart Ă©crit le fameux air de concert, joyau nĂ©oclassique : “Ch’io mi scordi di te ?”. Nancy Storace meurt en 1817 Ă  51 ans.
MentionnĂ©e dans le catalogue des Ɠuvres de Mozart (KƓchel : K477a : “Per la ricuperata di Ophelia”), la cantate que l’on croyait perdue, serait donc composĂ©e pour la guĂ©rison dĂ©finitive de Nancy Storace qui devait chanter le rĂŽle de… Ophelia dans l’opĂ©ra buffa de Salieri, La grotta di trofonio (dont il existe une bonen version par Les Talens Lyriques, Ch. Rousset).
MĂȘme incomplet, le manuscrit devrait prochainement ĂȘtre recrĂ©Ă© par une Ă©quipe du Mozarteum de Salzbourg.
A suivre.

Mariss Jansons dirige le Concert du Nouvel An 2016

JANSSONS-320-JANSONS-MARISS-nouvel-an-2016-konzert-wien-presentation-classiquenews-jansons1002_marco_borggreve_hochfrance2 logo-france2France 2. Concert du Nouvel An 2016 Ă  Vienne, le 1er janvier 2016, 11h. AprĂšs Barenboim (2014), Mehta (2015), Mariss Jansons dirige le concert orchestral le plus mĂ©diatisĂ© et populaire de l’annĂ©e : le Concert du Nouvel An Ă  Vienne Neujahrskonzert 2016. Le maestro avait dĂ©jĂ  pilotĂ© orchestre et concert festif Ă  Vienne en 2006 puis 2012. C’est donc sa troisiĂšme Ă©dition Ă  la tĂȘte du Philharmonique de Vienne pour le concert du Nouvel An. Au programme, sous la voĂ»te dorĂ©e de la salle viennois lĂ©gendaire, Grosser Saal du Musikverein, valses et Ɠuvres symphoniques de Robert Stolz, Johann Strauss fils, Carl Michael Ziehrer, Eduard Strauss, Josef Strauss, Èmile Waldteufel, Josef Hellmesberger pĂšre, Johann Strauss pĂšre
 Chaque annĂ©e, au premier jour d’un nouveau cycle, le monde classique se met en queue de pie, compositions florales et vues touristiques (viennoise) Ă  l’appui, dans ce style perçois kitch dont les Viennois entretiennent le secret et la flamme
. tĂ©lĂ©gĂ©nique. En complĂ©ment du somptueux Orchestre Philharmonique de Vienne, le meilleur orchestre au monde par sa fluiditĂ© et son Ă©lĂ©gance expressive, les danseurs de l’OpĂ©ra de Vienne participent aussi dans des dĂ©cors de rĂȘve.

musikverein saal concert du nouvel an 2016njk14_TRY_0497Au premier jour de l’an 2016, la culture et le fleuron du raffinement europĂ©en s’afficheront sur votre Ă©cran domestique – diffusĂ© en direct sur France 2, avec la prĂ©cision et le souci de la vitalitĂ© propre au chef letton Mariss Jansons nĂ© Ă  Riga en 1943 (72 ans). Le fils du chef Arvid (assistant de Mravinsky en 1960), se forme Ă  Riga, Ă  Vienne puis Salzbourg (oĂč il est assistant de Karajan en 1969). NommĂ© assistant de Mravinsky comme son pĂšre en 1973, au Philharmonique de Leningrad, Mariss Jansons devient directeur musical du Pittsburgh symphonique en 1997, Ă  la succession de Lorin Maazel. En 2004, il succĂšde Ă  Riccardo Cahilly Ă  la direction musicale du Concertgebouw d’Amsterdam.

 france2 logo-france2France 2. Concert du Nouvel An 2016 à Vienne, le 1er janvier 2016, 11h
 

Programme du Concert du Nouvel An 2016 – Neuejahrskonzert Wien 2016 sous la direction de Mariss Jansons

Robert Stolz
Uno-Marsch

Johann Strauß (Sohn)
Schatz-Walzer. op. 418
Violetta. Polka francaise, op. 404
VergnĂŒgungszug. Polka (schnell), op. 281

Carl Michael Ziehrer
Weaner Madl’n. Walzer op. 388

Eduard Strauß
Mit Extrapost. Galopp, op. 259

entracte

Johann Strauß (Sohn)
OuvertĂŒre zu Eine Nacht in Venedig (Wiener Fassung)

Eduard Strauß
Ausser Rand und Band. Polka schnell, op. 168

Josef Strauß
SphÀrenklÀnge. Walzer, op. 235

Johann Strauß (Sohn)
SĂ€ngerslust. Polka francaise, op. 328

Josef Strauß
Auf Ferienreisen. Polka schnell, op. 133

Johann Strauß (Sohn)
FĂŒrstin Ninetta – Entr’acte zwischen 2. und 3. Akt

Èmile Waldteufel
Espana. Walzer, op. 236

Josef Hellmesberger sen.
Ball-Szene

Johann Strauß (Vater)
Seufzer-Galopp, op. 9

Josef Strauß
Die Libelle. Polka mazur, op. 204

Johann Strauß (Sohn)
Kaiser-Walzer, op. 437
Auf der Jagd. Polka schnell, op. 373

 

 

 

VOIR le site du Philharmonique de Vienne

VOIR la page dédiée au Concert du Nouvel An

CD. Concert du nouvel An Ă  Vienne 2015. Philharmonique de Vienne. Zubin Mehta (1 cd Sony classical)

josef_strauss_modifiedCD. Concert du nouvel An Ă  Vienne 2015. Philharmonique de Vienne. Zubin Mehta (1 cd Sony classical). C’Ă©tait un cru standard dans la longue histoire des Concerts viennois du 1er janvier. Le charisme fĂ©dĂ©rateur de Zubin Mehta qui n’en est pas Ă  son premier programme viennois dans la Goldener Saal des Wiener Musikvereins, opĂšre une indiscutable fluiditĂ© Ă  un exercice oĂč toute la complicitĂ© entre les musiciens et le chef fait la diffĂ©rence. Le chef indien dirige ainsi l’orchestre fondĂ© en 1843, pour la 5Ăšme fois en janvier 2015. Le programme reste classique mais pas tant que cela qui laisse une part lĂ©gitime et remarquable Ă  l’autre Strauss, celui aussi virtuose et inspirĂ©, raffinĂ© et Ă©lĂ©gantissime que Johann II son frĂšre aĂźnĂ© : Josef, l’ingĂ©nieur qui Ă  dĂ©faut de se dĂ©dier Ă  une carriĂšre technique, expĂ©rimentale, d’ingĂ©nierie, fit bon grĂ© mal grĂ©, comme les garçons de la famille, de la musique. Bien lui en prit car ses dons de compositeurs sont aussi bon que ceux de Johann fils, le champion du clan (portrait de Josef Strauss, auteur rĂ©vĂ©lĂ© lors de ce Concert du Nouvel An Ă  Vienne 2015).

 

 

 

Josef : l’oubliĂ© des Strauss

 

cd-neujahrskonzert-cd-nouvel-an-vienne-2015-zubin-mehta-sony-classicalMehta ouvre le bal avec une ouverture trĂšs rossinienne signĂ©e SuppĂ© : Ein Morgen ein Mittag : lever de rideau majestueux qui comme le Guillaume tell de Rossini et prĂ©figurant aussi le jeune Verdi, offre  un somptueux solo de violoncelle. Chef et instrumentistes savent nourrir le final Ă©chevelĂ©.  Premier Johann II, et clin d’oeil aux origines indiennes du maestro nĂ© Ă  Bombay : la Marche orientale qui suit (Contes de l’Orient) dĂ©ploie une fine suavitĂ©, voire une franche lascivitĂ© qui flatte la fluiditĂ© des cordes. Josef trĂšs en vedette dans ce programme fait son entrĂ©e avec une polka française qui se fait scintillement perpĂ©tuel : le raffinement de l’orchestrateur se rĂ©vĂšle ici (pizzicato de la harpe entre autres…). MĂȘme inspiration irrĂ©sistible et jamais tapageuse pour Hirondelles de printemps : l’Ă©lĂ©gance de cette valse trĂšs suggestive, portĂ© par son thĂšme printanier subjugue littĂ©ralement (au solo de la premiĂšre clarinette rĂ©pond la 2Ăšme clarinette particuliĂšrement caressante…). La subtilitĂ© du ton, la tendresse infinie de l’inspiration classent cette valse de Josef parmi ses meilleures partitions. AInsi s’achĂšve la premiĂšre partie.

A la dĂ©licatesse ondulante de Josef, rĂ©pond en dĂ©but de seconde partie, le gĂ©nial trait expressif du Perpetuum mobile opus 356, qui fait se siccĂ©der le basson, piccolo, clarinette, triangle : la finesse de l’orchestration dĂ©montre le gĂ©nie de Johann, l’aĂźnĂ© de la fratrie. AccĂ©laration pourrait avoir pour origine de son Ă©nergie quasi fiĂšvreuse, l’hommage du compositeur aux avancĂ©es technologiques de l’Ă©poque : pour se faire, les tĂ©lĂ©spectateurs du concert ont pu suivre le dĂ©veloppement de la valse Ă  travers les jeunes danseurs du ballet de l’OpĂ©ra de Vienne, dans les espaces (escaliers, salle de lecture) de l’UniversitĂ© technique de Vienne. LĂ  encore au service d’une Ɠuvre entraĂźnante, les instrumentistes viennois font entendre les qualitĂ©s qui les distinguent depuis des annĂ©es : la transparence, la clartĂ©, la mesure et l’Ă©lĂ©gance du style.

La Valse Les bords de l’Elbe est l’une des derniĂšres composĂ©es par Johann Strauss II, ici mĂȘme dans la salle dorĂ©e du Musikverein : au raffinement omniprĂ©sent, Zubin Mehta apporte le sens de la couleur et une exquise caractĂ©risation qui en fait une piĂšce d’atmosphĂšre.

Concert du Nouvel An Ă  Vienne : Zubin Mehta dirige StraussPour le 2Ăšme rv dans l’UniversitĂ© technique de Vienne oĂč l’on retrouvait sur le petit Ă©cran, le corps de Ballet de l’OpĂ©ra de Vienne, Zubin Mehta inscrit une plus rare valse, celle des Ă©tudiants. Clin d’oeil aussi enjouĂ© que le Perpetuum mobile, l’Annen Polka du mĂȘme Strauss fils opus 117 transporte par sa facĂ©tie Ă©lectrique et scintillante, c’est un hymne plein de pĂ©tillance et d’ivresse premiĂšre. Mais tout concert du NOuvel An viennois ne serait pas digne de ses prĂ©dĂ©cesseurs s’il ne programmait en conclusion les deux sommets absolus de la famille : Le beau Danube bleu, Ă©ternel scintillement en tendresse et nostalgie liquide puis la Marche de Radetzky : prĂ©texte ainsi Ă  rĂ©concilier les compositeurs antagonistes, car Johann le fils s’Ă©tait fĂąchĂ© avec Johann le pĂšre… lequel avait abandonnĂ© femme et enfants. A la fois ferme et nerveuse, d’une gĂ©nĂ©rositĂ© allante et racĂ©e, le direction de Zubin Mehta porte l’ultime tension de ses deux piĂšces maĂźtresses que le public attend depuis le dĂ©but de la performance comme deux joyaux symphonique d’une irrĂ©pressible activitĂ©. Saluons Sony classical de nous offrir dans le prolongement du concert viennois la trace d’une nouvelle Ă©tape plus que convaincante dans l’histoire des Philharmoniker, toujours enthousiastes et unis pour que rĂ©sonne de la façon la plus Ă©lĂ©gante qui soit, la cĂ©lĂ©bration de l’an neuf.

Concert du Nouvel An Ă  Vienne / Neujahrskonzert – New Year’s concert 2015  : 1er janvier 2015. Valses, polka, galop, piĂšces diverses et ouverture de SuppĂ©, Johann I et II Strauss, Josef et Eduard Strauss.  Wiener Philharmoniker. Zubin Mehta, direction. 2 cd Sony classical. Enregistrement rĂ©alisĂ© au Musik verein de Vienne le 1er janvier 2015.

Zubin Mehta dirige le Concert du Nouvel An 2015

neujahrskonzert4.5113996VIENNE, Concert du Nouvel An. 1er janvier 2015, 11h15. Zubin Mehta dirige le Phil. de Vienne. Le Concert du nouvel an Ă  Vienne jouĂ© par l’Orchestre philharmonique de Vienne est un Ă©vĂ©nement qui a lieu traditionnellement chaque annĂ©e le matin du 1er janvier dans la Goldener Saal (Salle dorĂ©e) du Musikverein. Le programme musical met Ă  l’honneur les joyaux orchestraux de la famille Strauss : le pĂšre Johann, son fils surtout Johann II – exceptionnel gĂ©nie qui Ă©tait le premier rival de son pĂšre avec lequel il entretint une mĂ©salliance tenace; ses frĂšres Edouard et Josef, trĂšs douĂ©s eux aussi. Tous incarnent l’élĂ©gance, le raffinement artistique de la Vienne impĂ©riale, celle de François Joseph quand Johann Strauss II Ă©tait nommĂ© Ă  juste titre « Empereur de la Valse ».  Aux Valses, Polkas, Galops, marches
 l’Orchestre philharmonique de Vienne ajoute aussi les ouvertures des opĂ©rettes dont le sommet inĂ©galĂ© Ă  ce jour : l’ouverture de La Chauve Souris de Johann II.

mehta zubin portrait maestroLe maestro indien Zubin Mehta (77 ans) dirige la nouvelle Ă©dition du Concert du Nouvel An 2015. AprĂšs 1990, 1995, 1998 et 2007, c’est sa cinquiĂšme participation Ă  l’évĂ©nement. Avec Willi Boskovsky, Clemens Krauss, Lorin Maazel, il fait partie du cercle des chefs qui comptent le plus grand nombre d’invitations Ă  l’évĂ©nement, il est d’ailleurs membre honoraire de l’Orchestre : trĂšs mĂ©diatisĂ©, le Concert du Nouvel An Ă  Vienne est un exercice de haute voltige, qui expose tout maestro choisi. Pour les instrumentistes viennois, Zubin Mehta doit son charisme Ă  un humanisme puissant qui exalte et fĂ©dĂšre.

 

 

 

Programme du Concert du Nouvel An 2015
En direct du Musikverein de Vienne, sur France 2 et France Musique

france2 logo-france2 logo_francemusique

1Ăšre PARTIE Ă  11h15
Franz von Suppé, ouverture Ein morgen, ein Mittag, ein Abend in Wein
Johann Strauss Jr, MĂ€rchen aus dem Orient. Valse, op.444
Joseph Strauss, Wiener Leben. Polka française, op. 218
Eduard Strauss, Wo man lacht und lebt. Polka rapide, op.108
Joseph Strauss, Dorfchawalben, aus Osterreich. Valse, op.164
Johann Strauss Jr, Vom Domaustrande. Polka Rapide, op.35

 

2Ăšme PARTIE Ă  12h15
Johann Strauss Jr, Perpetuum mobile. Musikalischer Scherz, op.257
Accelarationen. Valse op. 234
Elektro-magnetische Polka, op.110
Eduard Strauss, Mit dampf, Polka rapide, op.70
Johann Strauss Jr, An der Elbe. Valse op.477
Hans Christian Lumbye, Champagner-Galopp, op.14
Johann Strauss Jr, Studenten-Polka. Polka française, op.263
Johann Strauss sen., Freiheits-Marsch, op 226
Johann Strauss Jr, Annen-Polka, op.117
Wein, Weib un Gesang Valse, op.333
Eduard Strauss, Mit Chic. Polka rapide, op.221

Johann Strauss fils : Le Beau Danube bleu
Johann Strauss pĂšre : Marche de Radetzky

 
 
 

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LIRE notre présentation complÚte du Concert du Nouvel An à Vienne 2015 avec Zubin Mehta 

 

 

Johann Strauss II : Le Beau Danube bleu (1866)

Nouvelle Chauve Souris Ă  l'OpĂ©ra de ToursLes 1er, 4 janvier 2015. Johann Strauss II : Le Beau Danube Bleu (1866). L’histoire de la partition du Beau Danube bleu relĂšve du roman…   Danube impĂ©tueux. Le fleuve Ă  l’Ă©poque oĂč le jeune Strauss vit Ă  Vienne, n’est pas encore rĂ©gulĂ© : ses crues font dĂ©placer les habitants de Leopoldstadt (actuel 2 Ăšme ardt de Vienne), et lors d’un dĂ©bordement inĂ©dit, le grand pĂšre de Johann fut emportĂ©. L’Ɠuvre pourrait bien rendre hommage Ă  son ancĂȘtre. La partition s’inscrit aussi dans un pĂ©riode belliqueuse. En pleine humiliation autrichienne, face Ă  la suprĂ©matie prussienne menĂ©e par l’indomptable et irrĂ©sistible Bismark, Johann Strauss fils compose la premiĂšre version de sa valse chantĂ©e : le beau Danube bleu en fĂ©vrier 1867. C’est une commande de la SociĂ©tĂ© chorale masculine, soucieuse de rĂ©conforter le bon peuple de Vienne : hĂ©las, le concert est une fiasco retentissant et Johann II remise sa partition pour ne plus y penser !

 

 

 

 

Le Danuble, un triomphe parisien

 

Nouvelle Chauve Souris de Johann II Strauss Ă  l'OpĂ©ra de ToursLa France de NapolĂ©on III se rapproche alors de l’Autriche affaiblie : Pauline de Maetternich, Ă©pouse de l’Ambassadeur d’Autriche Ă  Paris, intime de l’ImpĂ©ratrice EugĂ©nie, invite Johann Strauss Ă  Paris : le compositeur devient l’Ă©lĂ©ment central du rapprochement Paris-Vienne : le 28 mai 1867, en pleine Exposition Universelle, le compositeur autrichien joue ses compositions et suscite un vaste engouement populaire : il rĂ©Ă©crit alors Le beau Danuble bleu mais uniquement pour l’orchestre. C’est un triomphe parisien sans prĂ©cĂ©dent et l’auteur est nommĂ© Ă  paris, roi de la valse. L’Ɠuvre est d’abord un triomphe parisien pour lequel Johann II gagne ses galons de popstar, tout en incarnant la rĂ©ussite de l’alliance franco-autrichienne contre la Prusse.
Le Beau Danube Bleu connaĂźt une seconde reconnaissance phĂ©nomĂ©nale Ă  Boston oĂč la partition est jouĂ©e par 20 000 instrumentistes et 100 chefs sous la conduite du compositeur autrichien auquel on avait indiquĂ© le dĂ©but du concert par un coup de canon. A partir de cette passion mondiale pour la valse viennoise, le clan Strauss dĂ©veloppe une industrie familiale qui emploie outre Johann II, ses deux frĂšres : Josef – le plus douĂ© : autiste et dĂ©pressif mais d’un raffinement que Johann son ainĂ© trouvait supĂ©rieur au sien-; et le cadet Eddy ou Edouard, lui aussi commis Ă  la direction qui rechignait toujours car il se voyait plutĂŽt ingĂ©nieur comme Josef ; Edouard en un acte inimaginable et de revanche, brĂ»lera toutes les partitions de la sociĂ©tĂ© Strauss !! Johann II devra ensuite rĂ©Ă©crire de mĂ©moire la partition du Beau Danube Bleu…
La saga de la dynastie est loin d’ĂȘtre un long fleuve tranquille : Johann II n’eut guĂšre de rapport paisible avec son pĂšre ; aprĂšs que ce dernier abandonne le foyer, c’est sa mĂšre qui l’Ă©lĂšve seule, favorisant ses dons de violoniste et de compositeur.
Le beau Danube bleu est une partition parmi les plus raffinĂ©es de Strauss : elle est construite simplement faisant succĂ©der Ă  une superbe ouverture, une partie centrale qui met en avant les bois puis un final spectaculaire. Brahms (comme Wagner) qui y reconnaissait la maĂźtrise de l’orchestration (en particulier favorisant ses instruments de prĂ©dilection : cors et violoncelles) admire Johann II. Le compositeur incarne jusqu’Ă  la position gĂ©ographique de Vienne : enclave trĂšs Ă  l’Est entre l’Allemagne et l’italie. Son Ă©criture mĂȘle profonde mĂ©lancolique slave, technicitĂ© germanique, suavitĂ© italienne.

danube bleu portes de fer serbie roumanieLe Danube (2875 km) est le second fleuve d’Europe (aprĂšs la Volga qui coule en Russie) : puisant ses sources en Allemagne mĂ©ridionale (ForĂȘt noire) et en Suisse, il traverse l’Autriche, sĂ©pare la Slovaquie de la Hongrie, et la Croatie de la Serbie, enfin la Roumanie de la Bulgarie et de l’Ukraine, puis remonte Ă  l’est de la Roumanie oĂč il se jette dans la Mer noire.

 

 

france2 logo-france2France 2 : Concert du Nouvel An Ă  Vienne, le 1er janvier 2015 dĂšs 11h. En direct du Musikverein de Vienne. Philharmonique de Vienne. Zubin Mehta, direction.

 

logo_francemusiqueFrance Musique, dimanche 4 janvier 2015, 20h30. La tribune des critiques de disques. Pour nous rien ne saurait Ă©galer l’enchantement et la magique ivresse de Karajan dirigeant le Philharmonique de Vienne.

 

 

Zubin Mehta dirige le Concert du Nouvel An 2015

neujahrskonzert4.5113996VIENNE, Concert du Nouvel An. 1er janvier 2015, 11h15. Zubin Mehta dirige le Phil. de Vienne. Le Concert du nouvel an Ă  Vienne jouĂ© par l’Orchestre philharmonique de Vienne est un Ă©vĂ©nement qui a lieu traditionnellement chaque annĂ©e le matin du 1er janvier dans la Goldener Saal (Salle dorĂ©e) du Musikverein. Le programme musical met Ă  l’honneur les joyaux orchestraux de la famille Strauss : le pĂšre Johann, son fils surtout Johann II – exceptionnel gĂ©nie qui Ă©tait le premier rival de son pĂšre avec lequel il entretint une mĂ©salliance tenace; ses frĂšres Edouard et Josef, trĂšs douĂ©s eux aussi. Tous incarnent l’élĂ©gance, le raffinement artistique de la Vienne impĂ©riale, celle de François Joseph quand Johann Strauss II Ă©tait nommĂ© Ă  juste titre « Empereur de la Valse ».  Aux Valses, Polkas, Galops, marches
 l’Orchestre philharmonique de Vienne ajoute aussi les ouvertures des opĂ©rettes dont le sommet inĂ©galĂ© Ă  ce jour : l’ouverture de La Chauve Souris de Johann II.

mehta zubin portrait maestroLe maestro indien Zubin Mehta (77 ans) dirige la nouvelle Ă©dition du Concert du Nouvel An 2015. AprĂšs 1990, 1995, 1998 et 2007, c’est sa cinquiĂšme participation Ă  l’évĂ©nement. Avec Willi Boskovsky, Clemens Krauss, Lorin Maazel, il fait partie du cercle des chefs qui comptent le plus grand nombre d’invitations Ă  l’évĂ©nement, il est d’ailleurs membre honoraire de l’Orchestre : trĂšs mĂ©diatisĂ©, le Concert du Nouvel An Ă  Vienne est un exercice de haute voltige, qui expose tout maestro choisi. Pour les instrumentistes viennois, Zubin Mehta doit son charisme Ă  un humanisme puissant qui exalte et fĂ©dĂšre.

 

 

 

Programme du Concert du Nouvel An 2015
En direct du Musikverein de Vienne, sur France 2 et France Musique

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1Ăšre PARTIE Ă  11h15
Franz von Suppé, ouverture Ein morgen, ein Mittag, ein Abend in Wein
Johann Strauss Jr, MĂ€rchen aus dem Orient. Valse, op.444
Joseph Strauss, Wiener Leben. Polka française, op. 218
Eduard Strauss, Wo man lacht und lebt. Polka rapide, op.108
Joseph Strauss, Dorfchawalben, aus Osterreich. Valse, op.164
Johann Strauss Jr, Vom Domaustrande. Polka Rapide, op.35

 

2Ăšme PARTIE Ă  12h15
Johann Strauss Jr, Perpetuum mobile. Musikalischer Scherz, op.257
Accelarationen. Valse op. 234
Elektro-magnetische Polka, op.110
Eduard Strauss, Mit dampf, Polka rapide, op.70
Johann Strauss Jr, An der Elbe. Valse op.477
Hans Christian Lumbye, Champagner-Galopp, op.14
Johann Strauss Jr, Studenten-Polka. Polka française, op.263
Johann Strauss sen., Freiheits-Marsch, op 226
Johann Strauss Jr, Annen-Polka, op.117
Wein, Weib un Gesang Valse, op.333
Eduard Strauss, Mit Chic. Polka rapide, op.221

Zubin-Mehta-4-aprile-2011-Mosca-672x372ZUBIN MEHTA,biographie.  NĂ© Ă  Bombay en 1936, Zubin Mehta poursuit son Ă©ducation musicale Ă  Vienne. De 1954 Ă  1957, il Ă©tudie la direction d’orchestre auprĂšs du “fabricant de chefs d’orchestre”, Hans Swarowsky, professeur Ă  l’AcadĂ©mie de musique. AprĂšs ses dĂ©buts aux États-Unis en 1960, il est nommĂ© directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles en 1962, alors qu’il est ĂągĂ© d’à peine 26 ans. Puis le New York Philharmonic lui offre le poste de directeur musical, qu’il occupe dĂšs 1978 (42 ans), succĂ©dant Ă  Pierre Boulez. Il y reste jusqu’en 1991, soit pendant 13 annĂ©es, – un record. En 1998, Zubin Mehta prend la direction musicale de l’OpĂ©ra d’État de BaviĂšre, oĂč il reste jusqu’en 2006.

 

 

 

Approfondir

Decca vient de publier en dĂ©cembre 2014, un sublime coffret de 64 cd retraçant une partie de l’histoire discographique du Philharmonique de Vienne : ses grands chefs, ses compositeurs favoris dont Ă©videmment l’emblĂ©matique Johann Strauss II, mais aussi les 4 “B” de l’Ă©cole romantique viennoise : Beethoven, Brahms, Bruckner… (c’est qu’ici, le Philharmonique de Vienne est plus idoine et mieux expressif par son Ă©lĂ©gance racĂ©e que le Philhamronique de Berlin… Ă  chacun son goĂ»t)…
 

wiener-philharmoniker-decca-coffret-the-orchestral-edition-decca-CD, coffret. Wiener Philharmoniker : The Orchestral Edition (64 cd DECCA). Depuis 1842, l’Orchestre Philharmonique de Vienne, le Wiener Philharmoniker, crĂ©Ă© par Otto Nicolai, incarne le rĂȘve de tout orchestre : la phalange, vĂ©ritable mythe musical, enchante le monde par ses qualitĂ©s interprĂ©tatives et surtout une sonoritĂ© fluide, voluptueuse, coulante, magistralement onctueuse qui ne cesse de convaincre : chaque Concert du Nouvel retransmis sur toutes les chaĂźnes du monde renouvelle le miracle attendu : on y dĂ©cĂšle l’éloquence oxygĂ©nĂ©e de ses cordes  flexibles, la puissance ronde et chaude de ses cuivres (les cors en particulier), la clartĂ© individuelle de son harmonie (bois)
 et l’on se dit Ă  chaque concert, voici indiscutablement le meilleur orchestre au monde. Et pourtant depuis l’essor des orchestres sur instruments d’époque, notre perception a changĂ© : timbres petits, dĂ©licats caractĂ©risĂ©s contre puissance et cohĂ©rence lisse voire creuse. Or parmi les phalanges sur instruments modernes, le Wiener Philharmoniker se distingue toujours par son Ă©loquence suprĂȘme, majestueuse et raffinĂ©e, une Ă©lĂ©gance superlative (la respiration des cordes, ce matelas sonore transparent et ductile qui s’accorde idĂ©alement Ă  tous les solistes qu’ils soient chanteurs ou instrumentistes
- qui fait le plus souvent les plus grandes expĂ©riences au concert comme Ă  l’ opĂ©ra
 VoilĂ  pourquoi l’Orchestre outre ses compĂ©tences symphoniques, excelle dans le ballet et donc le programme de musique lĂ©gĂšre infiniment Ă©lĂ©gante et subtile qui caractĂ©rise essentiellement les valses de Strauss II
 Superbement Ă©ditĂ©, le coffret publiĂ© par Decca pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e ravira tous les passionnĂ©s de symphonisme  grande classe, dont les annĂ©es d’enregistrements couvrent au final une pĂ©riode riche en maniĂšres personnelles, celles des grands chefs du XXĂšme siĂšcle , des annĂ©es 1950 aux annĂ©es 1980: c’est donc une mine, une somme passionnante qui constitue aujourd’hui la mĂ©moire vive de l’orchestre viennois. Evidemment pas de romantique français, ni mĂȘme d’impressionisme debussyste ni ravĂ©lien
 mais un rĂ©pertoire “viennois” depuis l’aprĂšs guerre centrĂ© sur Haydn, Mozart (Concertos pour piano, clarinette, Symphoies
), Beethoven, quelques Schubert, Bruckner, surtout Brahms
 dont les intĂ©grales s’agissant des B (Beethoven, Bruckner, Brahms, constituent les piliers du rĂ©pertoire). LIRE notre critique complĂšte du coffret Wiener Philharmoniker : The Orchestral Edition (64 cd DECCA), paru pour les fĂȘtes de fin d’annĂ©e 2014

 

Nouvelle Chauve Souris Ă  Tours

Johann_Strauss_IITours, OpĂ©ra. La Chauve Souris : 27>31 dĂ©cembre 2014. Johann Strauss fils, roi de la valse Ă  Vienne, est aussi un gĂ©nie de l’opĂ©rette. Pour preuve le raffinement dĂ©lirant jamais dĂ©menti de son joyau lyrique, La Chauve Souris
 Elle avance masquĂ©e,  reste insaisissable et symbolise la folie raffinĂ©e d’une nuit d’effervescence absolue offrant aux chanteurs des rĂŽles dĂ©jantĂ©s travestis, à l’orchestre grĂące Ă  l’inspiration superlative de Johann Strauss fils, une texture instrumentale ciselĂ©e,  qui incarne depuis la crĂ©ation de l’oeuvre en 1874,  le sommet de la culture viennoise associant valses envoĂ»tantes hypnotiques et dramaturgie cocasse,  drolatique, dĂ©lirante. Ainsi Ă  l’Ă©poque oĂč Paris dĂ©couvre les impressionnistes (exposition au salon de 1874),  Vienne s’abandonne dans l’ivresse d’une musique flamboyante et d’un thĂ©Ăątre dĂ©jantĂ© qui peut aussi se comprendre comme le miroir de sa propose vanitĂ©, comme une satire mordante autant qu’élĂ©gante de la sociĂ©tĂ© puritaine,  hypocrite,  hiĂ©rarchisĂ©e. C’est l’Ă©poque de l’empire vacillant celui qui aprĂšs le choc de 1870 qui voit Ă©merger la Prusse conquĂ©rante,  va bientĂŽt ĂȘtre entraĂźnĂ© avec la fin de la premiĂšre guerre en 1918.
Les choeurs virtuoses,  la magie mĂ©lodique et le raffinement de l’orchestration qui synthĂ©tise le meilleur Strauss,  sans omettre la dĂ©licatesse de l’intrigue qui revisite les standards des comĂ©dies de boulevards mais sur un mode lĂ©ger et infiniment subtil comme les grands airs isolĂ©s (celui de la comtesse hongroise chantant dans Heimat un grand solo nostalgique d’une irrĂ©sistible sensibilitĂ© pendant la fĂȘte chez Orlofski au II)…. sont autant de qualitĂ©s complĂ©mentaires d’un spectacle d’une profondeur poĂ©tique rare et d’une expressivitĂ© palpitante pour peu que le chef et les chanteurs rĂ©unis dont la fameuse invitĂ©e surprise (gala dans l’opĂ©ra) aient Ă  coeur d’en ciseler toutes les facettes, hors de la caricature.
Fortement pĂ©nĂ©trĂ© par l’esprit de la fin comme dĂ©jĂ  conscient de la chute des valeurs impĂ©riales,  l’ouvrage enchante autant par ses formidables audaces dramatiques que le raffinement d’une partition parmi les plus bouleversantes qui soient.  Sous le masque de la comĂ©die et de la farce,  le ton est bien celui d’une parodie de la vie sociale oĂč en une nuit de travestissement et d’ivresse, les vĂ©ritables sentiments se rĂ©vĂšlent. Les masques, les identitĂ©s croisĂ©es, usurpĂ©es symbolisent la crise et le dĂ©litement d’une sociĂ©tĂ© malade.  Rares les mise en scĂšne capables de jouer sur les deux tableaux: la sincĂ©ritĂ©,  l’Ă©lĂ©gance mais aussi la verve et l’intelligence parodique. Souhaitons que la nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours rĂ©unisse l’une ou l’autre et probablement les deux car le souci du chef,  l’engagement des musiciens du Symphonique maison comme souvent la cohĂ©rence du plateau vocal rĂ©alisent d’indiscutables rĂ©ussites Ă  Tours.

 

 

Johann Strauss II
Die fledermaus, La Chauve Souris
Opérette viennoise en 3 actes, livret de Richard Genée
Création à Vienne, Theater an der Wien, le 5 avril 1874
Edition BĂ€renreiter (Ă©dition critique) – ChantĂ©e en Allemand, dialogues en français, surtitrĂ© en français

Tarifs : sĂ©rie E (de 7€ Ă  65€) le 31/12/2014 : sĂ©rie E+ (de 7€ Ă  70€)
RĂ©servations : 02 47 60 20 20 / www.operadetours.fr

4 représentations à Tours :

Samedi 27 décembre,  20h
Dimanche 28 décembre, 15h
Mardi 30 décembre, 20h
Mercredi 31 décembre, 20h

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre – Tours
ChƓurs de l’OpĂ©ra de Tours
(Direction : Emmanuel Trenque)

Nouvelle co-production Opéra de Tours,
Opéra de Reims, Art musical et Opéra Théùtre Grand Avignon

Avec le soutien exceptionnel de l’Association des Amis du Centre Lyrique de Tours, à l’occasion de ses soixante ans

Direction  : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Jacques Duparc
Décors Christophe Vallaux et Art musical Costumes, accessoires : Art musical LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Rosalinde : Mireille Delunsch
Adele : Vannina Santoni
Prince Orlofsky : Aude Extremo
Gabriel von Eisenstein : Didier Henry
Dr Falke : Michal Partyka*
Franck : Frédéric Goncalves*
Frosch : Jacques Duparc
Alfred : Eric Huchet
Dr Blind : Jacques Lemaire

* DĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Conférence des Amis du Centre Lyrique de Tours
Conférence ACLT
Samedi 13 décembre, 14h30
Salle Jean Vilar, Grand Théùtre de Tours Intervenant : Didier Roumilhac

 

Argument – synopsis
Un matin, revenant tous deux d’un bal masquĂ©, le rentier Gaillardin contraignit son ami Duparquet, notaire, Ă  traverser la ville, revĂȘtu de son dĂ©guisement : une Ă©norme Chauve-souris. Duparquet feignit d’en rire avec les autres mais jura de se venger.

Acte I : Ă  Pontoise chez Gaillardin
Une altercation avec un garde-champĂȘtre a valu Ă  Gaillardin huit jours de prison. Il dĂ©cide d’oublier son chagrin dans le fumet d’un bon diner. Duparquet lui propose de passer cette derniĂšre soirĂ©e en joyeuse compagnie chez le Prince Orlofsky. Gaillardin enthousiaste accepte, au grand soulagement de Caroline, son Ă©pouse qui va ainsi pouvoir diner en tĂȘte Ă  tĂȘte avec Alfred, un ami venu lui demander un rendez-vous. Survient Tourillon, le directeur de la prison. Alfred ne voulant pas rĂ©vĂ©ler son identitĂ©,  achĂšve la soirĂ©e en prison, sous le nom de Gaillardin.

Acte II : Chez le Prince Orlofsky
Caroline ayant eu vent de l’équipĂ©e de son mari, se rend aussi Ă  la soirĂ©e chez le Prince, se faisant passer pour une « comtesse hongroise ». Duparquet la reconnaĂźt. Gaillardin sous le nom du Marquis de Valengoujar fait une cour assidue Ă  la prĂ©tendue Comtesse et Caroline se fait confier en gage d’amour sa montre, auquel son chevalier servant tient beaucoup.

Acte III : A la prison de Pontoise, à l’aube
Sous le faux nom de Baron de Villebouzin, Tourillon a Ă©tĂ© Ă  la fĂȘte lui aussi et n’est rentrĂ© qu’au petit matin. Gaillardin, alias marquis de Valengoujar, arrive Ă  la prison au grand Ă©bahissement de Tourillon qui lui dĂ©clare que le « vrai » Gaillardin est enfermĂ© depuis la veille. Gaillardin trĂšs intriguĂ© se fait passer pour un avocat et interroge Alfred dans sa cellule ; sa femme Caroline, munie de la montre, arrive Ă  son tour avec Duparquet. Celui-ci avoue ĂȘtre l’auteur de cette machination. Gaillardin se souvient de la « chauve-souris », honteux et confus il ne sera pas le dernier Ă  en rire.

Sur la mise en scĂšne de La Chauve Souris Ă  l’opĂ©ra de Tours

Un mot de Jacques Duparc, metteur en scĂšne

Die FLEDERMAÜS , LA CHAUVE SOURIS
.quel drĂŽle de titre pour une Ɠuvre musicale d’opĂ©ra
 ! Ces ouvrages portent souvent des titres ronflants: “Princesse Czardas”, “Valses de Vienne”, “Quadrille Viennois”, etc… Et puis ces histoires racontent souvent des romans de Prince et de Princesse.
Dans la Chauve-souris, rien de tel : nous nageons dans une existence banale de petits bourgeois Ă©triquĂ©s, incultes et avec pour dĂ©co sur les murs des tĂȘtes de sangliers de cerfs ou de biches et un renard empaillĂ© prĂšs de l’escalier! Et un prince androgyne blasĂ© par la vie!
Et pour clĂŽre le tout, un 3Ăšme acte qui se passe dans une prison! Nous pourrions alors penser que cet ouvrage raconte une histoire Ă  la Feydeau avec un amant dans le placard: mĂȘme pas! L’hĂ©roĂŻne est une femme mariĂ©e, fidĂšle avec nobles valeurs et sentiments!
Alors bien sĂ»r, tout cela excite nos papilles par l’originalitĂ© du propos! Et la beautĂ© de la musique bien sĂ»r! Strauss est au sommet de son art! On peut peut-ĂȘtre mĂȘme oser dire que cette Ɠuvre est une comĂ©die musicale avant l’heure, mais une “comĂ©die musicale- opĂ©ra” ! Je pense notamment Ă  tout le final du 2Ăšme acte chez Orlovsky.

Car la partition mĂ©rite des belles voix et au delĂ  des airs de Valse ou de polkas – je pense notamment Ă  l’air de Rosalinde “CZARDAS” au 2Ăšme acte”, Strauss et les librettistes nous conduisent dans un tourbillon de duos, de trios et d’ensemble musicaux qui font oublier le rythme des Valses pour donner de vrais contenus aux situations thĂ©Ăątrales qui nous sont proposĂ©es : je pense notamment au Trio du 3Ăšme acte dans la Prison. Je ne vous parle pas de l’Ouverture Ă  l’orchestre qui reste l une des plus belles de ce rĂ©pertoire
.
Bref, cette Chauve-souris, (Der FledermaĂŒs titre original) reste un magnifique divertissement musical et thĂ©Ăątral , colorĂ© et festif , qui mĂ©rite de rester au rĂ©pertoire des belles et grandes Ɠuvres Ă  proposer Ă  tous les amateurs de musique et de thĂ©Ăątre chantĂ©!

Elina garanca chante Octavian Ă  l’OpĂ©ra de Vienne

Elina GarancaVienne, OpĂ©ra. Strauss: Le Chevalier Ă  la rose. Avec Elina Garanca. 20 novembre 2014 > 12 avril 2015. Le Chevalier Ă  la rose de Strauss jouĂ© Ă  Vienne avec le concours du Philharmonique de Vienne est un Ă©vĂ©nement un soi, difficile Ă  Ă©viter, d’autant que la distribution de ce pilier du rĂ©pertoire dans la Capitale des Habsbourg compte un Quin-Quin de grande valeur, le mezzo ample et chaud, terriblement sensuel et flexible de la divine Elina Garança. La diva lettone incarne un Octavian palpitant et idĂ©alement juvĂ©nile, l’un des rĂŽles travestis chez Strauss parmi les plus rĂ©ussis de l’opĂ©ra germanique depuis le Cherubin mozartien des Noces de Figaro. Elina Garanca vient de publier un rĂ©cital sacrĂ© et sincĂšre intitulĂ© Meditation chez Deutsche Grammophon, coup de coeur de la rĂ©daction de classiquenews.  Aux cĂŽtĂ©s de sa Carmen, Jeanne Seymour, son Oktavian, amant de la belle marĂ©chale et bientĂŽt fou amoureux de la jeune Sophie devrait embraser la scĂšne viennoise dans l’une des partitions les plus baroques de Richard Strauss.

Hogarth der rosenkavalier strauss hofmannstahl 1024px-William_Hogarth_038ComĂ©die de moeurs Ă  la façon des peintures de William Hogarth (lequel inspirera aussi Igor Strawinsky pour son Rake’s progress), mais aussi Ă©vocation nostalgique de la Vienne baroque Ă  l’époque de l’ImpĂ©ratrice Marie-ThĂ©rĂšse, le Chevalier Ă  la rose, est surtout, un opĂ©ra nĂ© de l’accord exemplaire entre un compositeur et son librettiste: Richard Strauss et Hugo von Hoffmannsthal. Ce dernier n’hĂ©site pas Ă  solliciter la connaissance des convenances aristocratiques de l’Ancien RĂ©gime auprĂšs du Comte Harry von Kessler, afin de renforcer la vraisemblance de la fresque historique dont l’action commence ans le salon d’une princesse MarĂ©chale…‹Mais l’art transcende l’anecdote et mĂȘme si la remise d’une rose d’argent Ă  la jeune fiancĂ©e Sophie, Ă©lue par le Baron Ochs, n’est que pure fiction, la partition et le livret produisent un ouvrage d’une rare subtilitĂ© psychologique. Les auteurs interrogent les rapports des ĂȘtres les uns vis Ă  vis des autres, la fuite du temps et la quĂȘte (vaine) de chacun pour s’en dĂ©faire et trouver un (impossible) bonheur, bien Ă©phĂ©mĂšre. VanitĂ© des plaisirs, illusion de la vie, tout en ciselant chaque tableau social, la musique exprime la quĂȘte Ă©perdue et dĂ©jĂ  futile d’une identitĂ© fragile. “Qui suis-je rĂ©ellement? Que suis-je pour les autres? Tout passe et tout s’efface”, semble se dire Ă  elle-mĂȘme La MarĂ©chale.‹MĂȘme jeune, tout juste trentenaire, la jeune femme exprime la vanitĂ© de toute chose, y compris l’amour ardent que lui voue son jeune amant, “Quinquin” (Octavian). Son cousin le Baron Ochs est lui aussi un aristocrate assez “rustique” mais moins Ă©pais qu’on veut bien le chanter ordinairement (la plupart des productions oublient le profil subtil et raffinĂ© d’un jeune homme bien nĂ© qu’ont imaginĂ© pourtant les deux auteurs car la plupart des spectacles soulignent la caricature et l’Ă©paisseur du personnage). Reste, le portrait en triptyque de La MarĂ©chale, Octavian et Sophie qui sous la plume du compositeur demeure le plus bouleversant trio final, Ă©crit pour trois voix de femme, portĂ© sur la scĂšne d’un thĂ©Ăątre lyrique, d’une irrĂ©sistible nostalgie tendre, final Ă©blouissant d’un opĂ©ra baroque et crĂ©pusculaire.
Le Chevalier Ă  la rose, crĂ©Ă© Ă  Dresde le 26 janvier 1911, est le cinquiĂšme opĂ©ra de Richard Strauss, aprĂšs Guntram, Feuersnot, SalomĂ© et Elektra. C’est le second ouvrage nĂ© de la collaboration avec le poĂšte Hofmannsthal. Du mĂȘme duo crĂ©ateur naĂźtront ensuite, Ariane Ă  Naxos (1912), La Femme sans ombre (1919), HĂ©lĂšne d’Egypte (1928) et Arabella (1933)


Richard Strauss : Der Rosenkavalier
Ă  l’OpĂ©ra de Vienne
7 représentations : les 20, 23, 26, 28 novembre 2014 puis 6, 9 et 12 avril 2015.

Adam Fischer | direction musicale
Otto Schenk | mise en scĂšne
distribution :
Martina Serafin | Feldmarschallin
Wolfgang Bankl | Baron Ochs auf Lerchenau
Elīna Garanča | Octavian
Erin Morley | Sophie

CD. Coffret Giulini in Vienna (15 cd Deutsche Grammophon).

giulini in vienna deutsche grammophonCD. Coffret Giulini in Vienna (15 cd Deutsche Grammophon). 2014 est l’annĂ©e des cĂ©lĂ©brations de grands chefs : aprĂšs Kubelik, le Karajan straussien, voici pour son centenaire (nĂ© en 1914), Giulini in Vienna. A la tĂȘte du Simphoniker et du Philharmoniker, Carlo Maria Giulini se dĂ©voile en 15 cd d’une portĂ©e esthĂ©tique et d’une profondeur artistique indiscutables.
L’italien qui grandit Ă  Bolzano c’est Ă  dire dans le Tyrol encore trĂšs nettement germanophone, cultive depuis toujours une fascination pour les grands romantiques allemands : Beethoven, Brahms, Bruckner, les 3 “B” de Giulini sont ici ses favoris, lui permettant d’atteindre le grand frisson symphonique, surtout chez Brahms et plus encore chez Bruckner oĂč le colossal rejoint l’intime millimĂ©trĂ© avec des couleurs Ă©blouissantes de tension intĂ©rieure, et une lumiĂšre solaire qui surgit de l’ombre inquiĂ©tante. Ses Bruckner sont en cela plus captivants encore que ses Brahms dont voici une intĂ©grale exceptionnelle. Il y ouvre des perspectives inexplorĂ©es avant lui, crĂ©ant des passages mordorĂ©s, peignant en plans multiples atteignant des Ă©tagements et une spatialisation inouĂŻe. Les 3 derniĂšres symphonies de Bruckner (7,8 et 9 enregistrĂ©es avec le Philharmoniker de Vienne entre 1984 et 1988) affirment une intensitĂ© d’apocalypse pourtant trĂšs finement ciselĂ©e d’un esthĂ©tisme lĂ  aussi solaire. Une hauteur de vue qui rejoint celle d’un autre immense wagnĂ©rien : Gunter Wand.

Solaire Giulini

Le seul compositeur italien est ici Verdi (2 cd sur 15): enregistrĂ© en 1979, le Rigoletto de Giulini est d’un dramatisme Ă©lĂ©gantissime, incandescent et fulgurant comme son Don Giovanni, et servi par une distribution idĂ©ale : Placido Domingo (le duc), Piero Cappuccilli (Rigoletto), surtout Ileana Cotrubas en Gilda, ardente, embrasĂ©e, d’un angĂ©lisme filiale Ă  couper le souffle. Quel style pour chaque protagoniste.

Plus anciens, les Liszt de 1976, Concertos 1 et 2 avec Lazar Berman, ne sont pas les plus convaincants, ils confirment néanmoins le geste ample et souple, toujours noble et racé du chef mais avec un orchestre qui sonne un peu court (Simphoniker) et un piano certes virtuossisime mais trop extérieur et souvent sophistiqué que la captation met malheureusement un peu trop en avant.

L’autre joyau avec les Bruckner et Rigoletto reste chez Brahms, le superbe Requiem aux arrĂȘts suspendus, d’une intĂ©rioritĂ© et d’une profondeur irrĂ©sistibles : le live de 1987 prĂ©cise l’art d’un Giulini, maĂźtre des architectures chorales, sachant en esthĂšte aussi perfectionniste et exigeant que Karajan, ciseler le dĂ©tail et nourrir les arches colossales avec ce souci des phrasĂ©s, absolument confondant. Avec Giulini, il semble que c’est ici toute l’humanitĂ© qui joue son destin : une pleine conscience que les deux solistes ont totalement intĂ©grĂ© (Andreas Schmidt et Barbara Bonney, cette derniĂšre capable d’enivrer son grand air enchantĂ©, hallucinĂ© qui s’Ă©lĂšve en lĂ©vitation : “Ihr habt nun Traurigkeit”). L’orchestre semble battre l’ocĂ©an, suscitant une houle de crĂ©ation du monde.
Le cycle Brahms enregistrĂ© de 1989 Ă  1991 bĂ©nĂ©ficie d’une prise exceptionnellement fouillĂ©e qui Ă©tincelle dans la suractivitĂ© maĂźtrisĂ©e de la 4Ăšme, saisie sur le vif. La direction fourmille de dĂ©tails, en couleurs et nuances de timbres sans que jamais l’allant ni l’Ă©quilibre structurelle ne soient diluĂ©s. Giulini fouille trĂšs loin l’Ă©nergie et ce bouillonnement tragique qui est coeur de la malĂ©diction brahmsienne. Le chef tend jusqu’au dĂ©chirement les contrastes et trouve dans les passages plus apaisĂ©s, un sentiment de pure sĂ©rĂ©nitĂ© extĂ©nuĂ©e (avec une rondeur des bois et des cuivres confondantes de noblesse caressante). La 4Ăšme est de ce point de vue totalement stupĂ©fiante.
Des 3 concertos pour piano de Beethoven (tous enregistrĂ©s en live avec le Simphoniker et un partenaire de galĂšre et de triomphe, Arturo Benedetti Michelangeli en 1979), les deux premiers sont les plus emblĂ©matiques : mozartiens dans cette articulation Ă©lĂ©gantissime mais traversĂ©s par une urgence dramatique que le piano de Michelangeli, astucieux et mĂȘme facĂ©tieux, d’un style enivrant-, sait exalter, dans des rubatos et une libertĂ© du jeu interprĂ©tatif, magistralement inventifs. Une connivence magistrale (les deux avancent main dans la main, portĂ©s chacun par le balancement de l’autre jusqu’Ă  Ă©tirer le tempo ou suspendre la mesure au-delĂ  de tout) qui fait aussi la rĂ©ussite du 5Ăš Empereur : n’Ă©coutez que la magie embrasĂ©e de son mouvement central, Adagio un poco mosso : solaire, irradiant. D’une ivresse gorgĂ©e de tendresse. Un must absolu (avec en prime, le toucher facĂ©tieux du pianiste trĂšs inspirĂ© lĂ  encore grĂące au soutien indĂ©fectibal que sait lui assurer le maestro).
Beethoven, Brahms, Bruckner : et dans l’ordre magicien : l’Empereur, le Deutsches Requiem et la 4Ăšme ; puis de Bruckner : les 8Ăšme et 9Ăšme, enfin Rigoletto au sommet : voici l’inoubliable Giulini viennois. Bouleversant.

CD. Coffret Giulini in Vienna. 15 cd Deutsche Grammophon.

Télé. France 2, Concert du Nouvel An,mardi 1er janvier 2012,11h

Télé, France Musique. Concert du Nouvel An 2013. Mardi 1er janvier 2013,11h

Vienne, concert du Nouvel An 2013

logo_fmusiqueLe Concert du Nouvel an 2013, est dirigé par le chef autrichien Franz Welser-Möst ; comme chaque année il est retransmis le 1er janvier, à partir de 11h, en direct, dans plus de 70 pays (son audience est évaluée à plus de 40 millions de téléspectateurs).

L’édition 2013 ne dĂ©roge pas Ă  la tradition et met Ă  l’honneur les cĂ©lĂšbres valses de la dynastie Strauss: Johann I et II, Joseph, Oscar… ; Ă  ce titre le chef autrichien Franz Welser-Möst a un lien affectif spĂ©cial avec les Strauss, puisque sa propre grand-mĂšre possĂ©dait le CafĂ© Dommayer Ă  Vienne (une institution pour chaque Viennois si attachĂ© aux cafĂ©s et salons de thĂ© oĂč se rĂ©alise le jeu social), lieu historique oĂč Johann Strauss pĂšre, a fait jouĂ© au XIX e siĂšcle, ses fameuses valses pour la premiĂšre fois.

Concert du Nouvel An 2013

Mardi 1er janvier 2013, 11h

France 2
France Musique 
en direct

Orchestre Philharmonique de Vienne
Franz Welser-Möst
, direction

Le chef est aussi le directeur musical gĂ©nĂ©ral de l’OpĂ©ra d’état de Vienne, un piste qui lui permet de diriger souvent les instrumentistes du Wierner Philharmoniker. En vĂ©ritĂ©, le maestro connaĂźt bien les instrumentistes Ă  l’occasion de la cĂ©lĂ©bration du Nouvel An: Franz Welser-Möst avait dĂ©jĂ  dirigĂ© l’Orchestre pour le Nouvel An 2011

Comme chaque annĂ©e, le programme du Concert du Nouvel an, restera secret jusqu’à ce que l’Orchestre Philharmonique de Vienne n’en dĂ©voile le contenu lors de sa confĂ©rence de presse, le 28 dĂ©cembre.

On sait que l’édition 2013 comprendra les chefs d’Ɠuvre habituels auxquels s’ajouteront des « premiĂšres » jamais entendues auparavant, et qui constitueront de belles surprises. Les danseurs de l’Opera seront-ils de la partie? Et le charisme du chef, hier estimĂ© pour ses choix et son discernement artistique comme directeur musical de l’OpĂ©ra de Zurich, saura-t-il galvaniser l’orchestre ? RĂ©ponse ce 1er janvier 2013.

Le double cd du concert du nouvel an 2013 paraĂźt chez Sony classical, le 7 janvier 2013, le dvd, le 21 suivant.

Radio. France Musique. Concert du Nouvel An 2013. Mardi 1er janvier 2012, 11h

Radio, France Musique. Concert du Nouvel An 2013. Mardi 1er janvier 2013,11h

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logo_fmusiqueLe Concert du Nouvel an 2013, est dirigé par le chef autrichien Franz Welser-Möst ; comme chaque année il est retransmis le 1er janvier, à partir de 11h, en direct, dans plus de 70 pays (son audience est évaluée à plus de 40 millions de téléspectateurs).

L’édition 2013 ne dĂ©roge pas Ă  la tradition et met Ă  l’honneur les cĂ©lĂšbres valses de la dynastie Strauss: Johann I et II, Joseph, Oscar… ; Ă  ce titre le chef autrichien Franz Welser-Möst a un lien affectif spĂ©cial avec les Strauss, puisque sa propre grand-mĂšre possĂ©dait le CafĂ© Dommayer Ă  Vienne (une institution pour chaque Viennois si attachĂ© aux cafĂ©s et salons de thĂ© oĂč se rĂ©alise le jeu social), lieu historique oĂč Johann Strauss pĂšre, a fait jouĂ© au XIX e siĂšcle, ses fameuses valses pour la premiĂšre fois.

Concert du Nouvel An 2013

Mardi 1er janvier 2013, 11h

France 2
France Musique 
en direct

Orchestre Philharmonique de Vienne
Franz Welser-Möst
, direction

Le chef est aussi le directeur musical gĂ©nĂ©ral de l’OpĂ©ra d’état de Vienne, un piste qui lui permet de diriger souvent les instrumentistes du Wierner Philharmoniker. En vĂ©ritĂ©, le maestro connaĂźt bien les instrumentistes Ă  l’occasion de la cĂ©lĂ©bration du Nouvel An: Franz Welser-Möst avait dĂ©jĂ  dirigĂ© l’Orchestre pour le Nouvel An 2011

Comme chaque annĂ©e, le programme du Concert du Nouvel an, restera secret jusqu’à ce que l’Orchestre Philharmonique de Vienne n’en dĂ©voile le contenu lors de sa confĂ©rence de presse, le 28 dĂ©cembre.

On sait que l’édition 2013 comprendra les chefs d’Ɠuvre habituels auxquels s’ajouteront des « premiĂšres » jamais entendues auparavant, et qui constitueront de belles surprises. Les danseurs de l’Opera seront-ils de la partie? Et le charisme du chef, hier estimĂ© pour ses choix et son discernement artistique comme directeur musical de l’OpĂ©ra de Zurich, saura-t-il galvaniser l’orchestre ? RĂ©ponse ce 1er janvier 2013.

Le double cd du concert du nouvel an 2013 paraĂźt chez Sony classical, le 7 janvier 2013, le dvd, le 21 suivant.

Concert du Nouvel An 2013

Mardi 1er janvier 2013, 11h

France 2

France Musique  en direct

Orchestre Philharmonique de Vienne

Franz Welser-Möst, direction

Le Concert du Nouvel an 2013, est dirigé par le chef autrichien Franz Welser-Möst ; comme chaque année il est retransmis le 1er janvier, à partir de 11h, en direct, dans plus de 70 pays (son audience est évaluée à plus de 40 millions de téléspectateurs).

L’édition 2013 ne dĂ©roge pas Ă  la tradition et met Ă  l’honneur les cĂ©lĂšbres valses de la dynastie Strauss: Johann I et II, Joseph, Oscar… ; Ă  ce titre le chef autrichien Franz Welser-Möst a un lien affectif spĂ©cial avec les Strauss, puisque sa propre grand-mĂšre possĂ©dait le CafĂ© Dommayer Ă  Vienne (une institution pour chaque Viennois si attachĂ© aux cafĂ©s et salons de thĂ© oĂč se rĂ©alise le jeu social), lieu historique oĂč Johann Strauss pĂšre, a fait jouĂ© au XIX e siĂšcle, ses fameuses valses pour la premiĂšre fois.

The Mona Lisa

The Mona Lisa

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Le chef est aussi le directeur musical gĂ©nĂ©ral de l’OpĂ©ra d’état de Vienne, un piste qui lui permet de diriger souvent les instrumentistes du Wierner Philharmoniker. En vĂ©ritĂ©, le maestro connaĂźt bien les instrumentistes Ă  l’occasion de la cĂ©lĂ©bration du Nouvel An: Franz Welser-Möst avait dĂ©jĂ  dirigĂ© l’Orchestre pour le Nouvel An 2011

Comme chaque annĂ©e, le programme du Concert du Nouvel an, restera secret jusqu’à ce que l’Orchestre Philharmonique de Vienne n’en dĂ©voile le contenu lors de sa confĂ©rence de presse, le 28 dĂ©cembre.

On sait que l’édition 2013 comprendra les chefs d’Ɠuvre habituels auxquels s’ajouteront des « premiĂšres » jamais entendues auparavant, et qui constitueront de belles surprises. Les danseurs de l’Opera seront-ils de la partie? Et le charisme du chef, hier estimĂ© pour ses choix et son discernement artistique comme directeur musical de l’OpĂ©ra de Zurich, saura-t-il galvaniser l’orchestre ? RĂ©ponse ce 1er janvier 2013.

Le double cd du concert du nouvel an 2013 paraĂźt chez Sony classical, le 7 janvier 2013, le dvd, le 21 suivant.