Le Trouvère de Verdi avec Anna Netrebko à Vérone sur FRANCE 5

LIEGE. Jérusalem de Giuseppe Verdi FRANCE 5, sam 20 juillet 2019, VERDI : LE TROUVERE, 22h20. Un couple d’amants éprouvés, martyrisés ; un comte (di Luna), jaloux, haineux, sans scrupules… Verdi n’épargne rien ni personne pour que brûle le drame. Le choix du livret Cammarano d’après le roman de Guttiérrez (El Trovador, 1836) s’avère très efficace … au diapason de la musique : prenante, passionnée, où dominent les grands airs solistes et le chœur quasiment permanent. L’opéra est créé à Rome (Teatro Apollo, janvier 1953), puis représenté à Paris (Théâtre Italien, décembre 1854). Dans ce fantastique épique, pas de place pour la langueur car les héros ont à peine le temps d’exprimer leur passion avant de mourir…

Le point culminant de ce lyrique spectaculaire et saisissant étant porté par le personnage de la sorcière, Azucena – rôle inouï pour contralto dramatique (elle annonce Amneris dans Aida) : voix des ténèbres qui fait surgir le grand frisson lugubre de la mort et de la vengeance implacable… sans le savoir ici, les deux rivaux affrontés jusqu’à la mort, sont … deux frères auxquels on a caché leur réelle filiation.

Les Arènes de Vérone sont l’équivalent des Chorégies d’Orange en France : un lieu dévolu au genre lyrique qui couronne les stars lyriques.
Aucun doute que la soprano austro russe Anna Netrebko triomphe encore dans le rôle angélique ardent qu’elle a chanté à Salzbourg, Berlin entre autres. Sa Leonora brûle d’amour, se consume littéralement sur les planches.
A l’affiche de l’édition Vérone 2019, et pour 5 dates, dans la mise en scène de Franco Zeffirelli.
On reste moins convaincu par le Manrico (le Trouvère) du ténor Yusiv Eyvazov au chant beaucoup moins intense et fin de « La Netrebko » (son épouse à la ville).

 

 verone-trovatore-trouvere-netrebko-arte-france-musique-opera-critique-par-classiquenews-diffusion-juillet-2019

 

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PLUS d’infos sur la production véronaise sur le site du Festival d’opéra de Vérone
https://www.arena.it/arena/en/shows/trovatore-2019.html

Distribution
Autres chanteurs : Luca Salsi (Luna), Dolora Zajick (Asucena) … Arena di Verona Orchestra, Chorus, Corps de Ballet and Technical team / Pier Giorgio Morandi, direction. Mise en scène : Franco Zeffirelli.
Durée : circa 2h40 / entracte après les acte I et II


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APPROFONDIR

LIRE aussi nos articles et dossiers ANNA NETREBKO chante Leonora dans Le Trouvère / Il Trovatore de Verdi : http://www.classiquenews.com/tag/leonora/

Paris, Opéra Bastille. Anna Netrebko chante LeonoraARTE. Vendredi 15 août 2014, 20h50. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko.  Salzbourg, août 2014 : voici assurément l’un des événements lyriques du festival autrichien créé en 1922 par le trio légendaire Strauss / Hoffmannsthal / Reinhardt. C’est qu’aux côtés des Mozart, Beethoven, Strauss, les grands Verdi n’y sont pas si fréquents. Créé à Rome en 1853, d’après El Trovador de Gutiérrez, 1836), Le Trouvère de Verdi saisit par sa fièvre dramatique, une cohérence et une caractérisation musicale indiscutable malgré la complexité  romanesque de l’intrigue. L’action se déroule en Espagne, dans la Saragosse du XVème, où le conte de Luna est éconduit par la dame d’honneur de la princesse de Navarre, Leonora dont il est éperdument amoureux : la jeune femme lui préfère le troubadour Manrico.  Dans le camps gitan, Azucena, la mère de Manrico, est obsédée par l’image de sa mère jetée dans les flammes d’un bûcher, et de son jeune frère, également consommé par le feu. Manrico décide de fuir avec Leonora. Mais il revient défier Luna car sa mère est condamnée à périr sur le bûcher elle aussi.  Emprisonné par Luna avec sa mère, Manrico maudit Leonora qui semble s’être finalement donnée au Conte : elle a feint et s’est versée le poison pour faire libérer son aimé. En vain, Luna comprenant qu’il n’aura jamais celle qu’il aime (à présent morte), ordonne l’exécution par les flammes de Manrico. Au comble de l’horreur, Azucena lui avoue qu’il vient de tuer son propre frère : leur mère avait échanger les enfants sur le bûcher. De sorte que l’opéra s’achève sur la vengeance d’Azucena (elle a enfin vengé la mort de sa mère par Luna) et le sacrifice des deux amants (Leonora et Manrico). La mezzo apparemment démunie a manipulée le baryton jaloux, vengeur… aveuglé par sa haine jalouse pour son cadet qui s’avère être son propre frère… EN LIRE PLUS
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Nouveau Trouvère à Lille

giuseppe-verdi_jpg_240x240_crop_upscale_q95Lille, Opéra. Verdi : Le Trouvère. Du 14 janvier au 6 février 2016. Nouvelle production du Trouvère / Trovatore à l’Opéra de Lille, dans la mise ne scène de Richard Brunel. Compliqué l’histoire du Trouvère ? Rien de tel. Et même le succès inouï de la partition dès sa création et aujourd’hui encore, démontre les milles séductions d’un ouvrage hors normes. L’action plonge dans un creuset passionnel et fantastique où le feu, force purificatrice et hallucinante aussi opère embrasement et révélation. Deux frères ennemis qui ignorent leur lien de sang s’affrontent jusqu’à la mort ; une soprano éperdue, ivre, d’une rare intensité sensible (Leonora) s’abandonne elle aussi jusqu’à mourir, et c’est essentiellement la Gitane que l’on croyait folle ou trop maternelle, qui se venge dans un dernier tableau des plus terrifiants et précisément glaçants… Rien de mieux pour conclure une œuvre que l’effroi et le surnaturel.

verdi trouvere lille opera richard brunel presentation review compte rendu critique classiquenewsInspiré par le texte de Salvatore Cammarano, lui-même adaptant le roman espagnol de Antonio Garcia Gutiérrez-, Verdi signe alors à Rome en janvier 1853, l’un de ses opéras les plus noirs et les plus dramatiques qui fixe aussi le trio vocal désormais classique du romantisme musical : le ténor (Manrico) et la soprano (Leonora) s’aiment d’un amour impossible qu’éprouve et finalement détruit le baryton jaloux (Luna). Musicalement, Verdi, à peine sorti de la composition de son excellent Rigoletto (d’après Hugo), écrit un cycle de mélodies irrésistibles, caractérisant chacune des situations extrêmes et radicales (extase échevelée de l’amoureuse Leonora ; ballade hallucinée nocturne du Comte di Luna ; airs embrasés du Trouvère depuis la coulisse, et surtout, visions horrifiques de la Gitane Azucena dont l’air du II, puis le Miserere plongent de fait dans les profondeurs d’une vision traumatique centrale (IV)… Conçu entre Rigoletto et La Traviata, au début des années 1850, Le Trouvère / Il Trovatore revisite l’idée même du grand opéra français historique avec chœurs et grands airs et duos de solistes. Verdi y approfondit ce mélange des genres et ce nouveau réalisme dramatique, abordé et réussi dans Rigoletto, au souffle hugolien, mais adapté à l’épopée sentimentale espagnole, trouve ici une puissance expressive aux contrastes éblouissants. La succession des tableaux, très finement caractérisés (et précisément intitulés par le compositeur : le duel, la gitane, le fils de la bohémienne, enfin le supplice) saisit le spectateur du début à la fin, sans jamais le lâcher.

Le metteur en scène Richard Brunel aborde a contrario de la tradition le mythe du Trouvère… Plus qu’une lutte entre deux hommes pour la même femme, Le Trouvère est une lutte de deux femmes pour le même homme”, précise-t-il. Le scénographe met en lumière ses forces psychiques souterraines qui agissent sur la scène lyriques : “l’opéra met à jour la machine infernale qui transforme les vies en destin.”

 

 

 

Le Trouvère (Il Trovatore) à l’Opéra de Lille
Drame en 4 actes de Giuseppe Verdi (1813-1901),
livret de Salvatore Cammarano.
Créé au Teatro Apollo, Rome, le 19 janvier 1853

 

 

9 représentationsboutonreservation
Jeu 14, mer 20, mar 26, ven 29 janvier 2016, lun 1er et jeu 4* fév 2016 à 20h
dim 17 janvier* à 16h, sa 23 janvier**, sa 6 fév** à 18h

Durée : 2h40 avec entracte
Nouvelle production

Direction musicale : Roberto Rizzi Brignoli
Mise en scène : Richard Brunel

Le Comte de Luna : Igor Golovatenko
Leonora : Jennifer Rowley
Manrico : Sung Kyu Park * (distribution modifiée en juillet 2015)
Ferrando : Ryan Speedo Green
Inès : Evgeniya Sotnikova
Azucena : Mairam Sokolova
Ruiz : Pascal Marin

Orchestre national de Lille
Chœur de l’Opéra de Lille

Production reprise au Théâtre de Caen les 19,22 et 25 juin 2016

Compte rendu, opéra. Chorégies d’Orange. Giuseppe Verdi , Il Trovatore. Samedi 1er août 2015. ONF, chœurs et solistes, direction B. de Billy ; mise en scène, Ch.Roubaud

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402Verdi est sans doute le compositeur dominant (en nombre d’ouvrages représentés) l’histoire des Chorégies, et 2015 offre sous le Mur Romain une reprise du Trovatore, cet opéra dont le récit dramaturgique rend perplexe si la musique emporte d’enthousiasme. C’est justement la direction très subtile  de Bertrand de Billy qui mène le jeu, au-delà d’une mise en scène inventive-mais-sans-trop de Charles Roubaud, et permet à  Hui He, Roberto Alagna et Marie-Nicole Lemieux  d’exalter leur chant verdien.

 Mur et Limes d’hier et aujourd’hui

Ah le Mur d’Orange ! (Et celui-là ne « repousse » pas, suivez mon regard vers les antiques « limes » type Hadrien ou Muraille de Chine , sans oublier les modernes suréquipés-flingueurs, style Berlin-89, filtre-hispanique d’Etats Unis, et collier de perles-israéliennes  en terre de Palestine)… Ah les fins d’après-midi incertains, où malgré la météo locale si sophistiquée on craint jusqu’au dernier moment quelque orage  qui n’ait un remords, à moins que ce fou de mistral ne se lève car longtemps il n’a de (bonne) heure pour s’aller coucher… !  En cette soirée du 1er d’août, la canicule ayant fait courte relâche, c’était  idéal : pas de nuit torride, plus de peur d’averse attardée, juste un soupçon de brise fraîche (et en observant bien les bases du podium, on y pouvait  saluer  le courage des deux  jeunes femmes en situation de suppliantes antiques qui, du bras droit ou gauche douloureusement  tendu, tenaient chaque page tournée par le dieu-chef), en somme le meilleur  d’une soirée Chorégies.

Anthropologie du spectacle d’opéra 

Il est vrai aussi  que dans la conque des gradins adossée à la colline on se sent aggloméré d’esprit sinon de corps à un public de huit mille âmes (comme on dit), et donc parfois un peu emprisonné par la spontanéité souvent intempestive de certains  spectateurs d’opéra qui, parmi la nébuleuse Mélomane, mériteraient  une étude anthropologique très particulière. Je me souviens qu’à l’orée des années 70, quand à Lyon Louis Erlo voulait imposer (tenace,  il y arriva) son éthique d’Opéra Nouveau (donc le XXe mais aussi le Baroque dans tous leurs états), ce moderniste architecte de(s)Lumières raillait le lobby d’une « Clientèle du souvenir » qui lui menait la vie dure  en Triple Alliance avec les Fan-clubs wagnériens  et  les Addictés du contre-ut. Et des T.(roubles) O.(bsessionnels) C.(ompulsifs), dieux savent que cela  subsiste dans les Maisons d’Opéra fermées ou à ciel ouvert. Une part du public –d’ailleurs peu intéressée par tout autre art que « lyrique »,  sacrifie…parfois  la continuité d’une pensée musicienne  au déversoir de l’enthousiasme (ou son contraire), air par air, performance vocale par exploit calibré, comparaison mécaniste par échelle routinière des valeurs… Telle vocalise imparfaite ou simplement laborieuse peut y entrainer  protestation borderline grossière, telle interprétation techniquement adéquate mais sans rayonnement scénique susciter la tempête des bravos, ainsi qu’on le vécut ici à propos de Roberto Alagna et de George Petean.

Présence d’un démiurge musicien                      .

Alagna Roberto-Alagna-350Mais revenons aux faits, justement d’après une conception  dramaturgique plus complexe, telle que  celle dont nous avions indiqué la lecture  dans l’article d’Alberto Savinio. Il est exact et déterminant que la trame du récit-livret, fort bourrée d’invraisemblances et tarabiscotée,  tient comme support d’un parcours où le mélodrame se nourrit d’une  rhétorique exaltée des passions amoureuses, « patriotiques »,guerrières, familiales. Et peut tout emporter dans son torrent, pourvu qu’une paradoxale unité y impose sa loi du visible et de l’audible. On songe donc d’abord à celle-là pour juger de la beauté d’ensemble. Ici pourtant, c’est celle-ci  qui prime, enveloppe et ne quitte plus. Grâces en soient rendues à celui qui se fait démiurge sans tonitruer ou gesticuler, émeut sans larmoyer. Bertrand de Billy a un sens magnifique des volumes sonores, des grandes lignes qui armaturent un discours tantôt héroïque,  tantôt attendri  jusqu’au plus profond, voire inattendu, de l’intime. Il rejoint ainsi – mais a-t-il lu ces textes du grand  Savinio ?- les intentions prêtées à Verdi devant le livret réellement lyrique de Cammarano, adaptateur de l’Espagnol  Guttierez : « moins livret d’opéra que texte d’oratorio, ce qui a permis au compositeur de créer une libre succession de tableaux sonores… Verdi, toujours avare de polyphonie, est particulièrement économe de notes, il faut le traiter avec la même délicatesse, la même prudence qu’une statue exhumée dans des fouilles. »

Mélodies de timbres

En effet,  Bertrand de Billy conduit le bel et  délicat Orchestre National de France selon la maxime novalisienne, « le chemin mystérieux mène à l’intérieur » : non qu’il néglige les « scènes musicales d’action », voire de tumulte   constituant la part qui dans cet opéra de mouvement demeure « premier »(et plus évident) « moteur ». Mais on sent que l’attirent encore davantage ces moments précieux (acte I, sc.2, 3 ; acte II, instants de la 4 ; acte III, moments de la sc.4 ; acte IV, sc.1), où une esthétique de l’attente, de la suspension du temps (les choeurs de religieuses et de moines) puis  de la menace dévoilent  une poésie (du) nocturne. Et où on croit entendre surgir le pré-écho d’une « mélodie de timbres » (ah les magnifiques sonorités des bois, les murmures des cordes !) qui eussent pu faire dire à Schoenberg : Verdi  le progressiste ! Il en va de même dans ce qui est bien mieux qu’un accompagnement instrumental des airs et des ensembles, une manière pour les solistes vocaux d’approfondir leur rôle, et d’en ourler l’ombre projetée par la lumière et la violence mêmes.

Naturalisme, poésie et rantanplan

On ne voit  pas de contradiction trop  fondamentale entre cette vision où le mystère ne s’absente pas et ce qui est donné à voir par la mise en scène de Charles Roubaud,  assez  efficacement partagée entre l’évocation d’hier et les ouvertures sur un proche d’aujourd’hui, l’action collective et le repliement plus économe sur duos, trios et quatuors où rayonnent  d’abord les vocalités affrontées. Ainsi lui sait-on gré de « concentrer » le 4e  Acte dans un quasi-huis clos de prison, sans les débordements de châtiments et punitions  qui sont seulement suggérés « derrière les portes », et en se servant d’une façon plus générale de « la matière noire » en fond de scène, à l‘aide minimaliste du plan diagonal très ombreux, quitte à « autoriser » en contrepoint fugitif de la musique  une frémissante vidéo d’arbres dans le vent (Camille Lebourges). Côté naturaliste, on pouvait d’emblée tout craindre, avec l’installation préparatoire d’une chambrée où les gardes du palais d’Alifiera  font bataille de polochons  et déambulent en « marcel » (« sous » le mystérieux roulement de timbales de l’ouverture !). D’ autres scènes plus proprement rantanplan  qui suivront (avec, dit Savinio, « certains roulements inutiles de timbales, certaines harmonies misérables, certains unissons de fer blanc ») appellent l’irrésistible formule de Clémenceau : « la musique  militaire est à la musique ce que la justice militaire est à la justice »…

Les guerres civiles

Jusque dans l’habillement, on croit comprendre  que C.Roubaud a voulu chercher des « correspondances » d’Histoire entre XVe et XXe, via l’évocation probable du temps de la Guerre Civile : mais outre que les casquettes plates et les calots ont été employés – si on regarde les photographies d’époque -  aussi bien chez les républicains que dans le camp franquiste, il faudrait que cela repose sur une interprétation moins improbable  du « conflit de succession à la couronne d’Aragon » : des « pré-fascistes » figurés par les troupes de la famille de Luna et des « plus sympathiques », soutiens du « Comte d’Urgel », intégrant des partisans bohémiens (alias tziganes), faction de  « rebelles » à la tête de laquelle  Manrico semble avoir été (ou s’être) placé. Comprenne qui  pourra s’y retrouver en cette (fausse ?) bonne idée de modernisation, que d’ailleurs je force peut-être sans autorisation, faute d’explication sur  les intentions portées par le livre-programme ! En tout cas, le meilleur d’une mise en scène réaliste et bien vivante se donne à voir dans les montagnes de Biscaye, grâce à un cortège bohémien haut en couleurs et fort bien joué-chanté-dansé (l’enfant au premier plan) par les trois Chœurs d’Avignon, Nice et Toulon.

Un Bohème romantique et son rival de caserne

Tiens, le seul interprète qui échappe à cette remise en costumes « historique» décalée, c’est le Trouvère, qui avec sa chemise ouverte paraît plutôt sorti d’une Bohème… romantique. Roberto Alagna a gardé sa triomphante jeunesse, vaillante dans les décisions et les réalisations du combat individuel ou collectif,  «préparé » subtilement de l’espace extérieur,  mais si ardent  avec  la belle Leonora,  et d’une tendresse bouleversante avec sa  « mère » Azucena. L’engagement scénique et vocal est superbe, on y  prend des risques (dont parfois un éclat virtuose- dont Verdi aurait dû se dispenser !- fait…heureusement les frais ) pour imposer la noble image d’un chanteur-et-acteur jamais lassé ou guidé par la routine, en somme un Gérard Philipe du lyrique. Et le contraste est ravageur avec le rival Luna (George Petean), dont certes on ne  contestera pas  la compétence musicale (nous ne disons pas forcément: musicienne), mais qui au début ressemble à un scrogneugneu de ligne Maginot pour se mettre ensuite à évoquer tout bonnement celui que le surréaliste G.Limbour nommait  « le cruel satrape fessu », alias Francisco Franco. Histoire de se faire mieux détester ? Et dire que la bio nous évoque sans rire les débuts de cet artiste roumain en …Don Giovanni, mille e tre volte impossibile identificazione (à moins qu’il n’ait muté depuis vingt ans !)…

L’irrémédiablement seul des héros verdiens

Une telle erreur de casting (puis de travail sur le terrain) a évidemment le « mérite » de faire rejaillir les protagonistes de la tragédie, non seulement donc Manrico mais avant tout l’obscur et frénétique objet du désir « lunesque », une Leonora, figure de la pureté aimante jusqu’au sacrifice  au début masqué en  trahison. Hui He, peut-être initialement  un peu réservée – mais qui n’aurait crainte et tremblement  à ses débuts devant le Mur ? -, épanouit ensuite une grande vision du rôle, elle vraiment musicienne, et entrant sans vanité virtuose – au contraire, une humilité supérieure -  dans ce que l’excellent « prière d’insérer » du programme confié à Roselyne Bachelot nomme « l’irrémédiablement seul »  des héros verdiens, leur confrontation  aussi  avec  « l’atmosphère nocturne et maléfique, où tourments et passions résonnent en nous avec  une force étrange ». La part d’ombre, elle, affleure et en quelque sorte  s’épanouit dans le tragique – voix grave, éclats de fureur, sentiment rendu lisible du destin – dont  Marie-Nicole Lemieux conduit avec  admirable rigueur mais abandon à cette injustice qu’écrivent les « méchants » sous la dictée de Là-Haut.

On y ajoute les interventions fort justes  des interprètes « adjoints » au récit (Ludivine Gombert, Nicolas Testé, Julien Dran, Bernard Imbert), et on amasse la mémoire d’une soirée  certes sans « révolution » scénique, mais dont le « chant général » invite à l’approfondissement  pour mieux rejaillir, comme écrit Savinio, « en affectueuse apothéose, vers la poésie extraordinaire d’un tel opéra ».

Chorégies  d’Orange. Giuseppe Verdi (1831-1901), Il Trovatore. Samedi  1er août  2011. Orchestre National  de France, Chœurs, solistes sous la direction de Bertrand de Billy. Mise en scène de Charles Roubaud.

Roberto Alagna chante Le Trouvère de Verdi

Passion Verdi sur ArteFrance 2. Verdi : Le Trouvère, en direct d’Orange, le 4 août 2015, 22h. Jean-François Zygel présente l’événement lyrique des Chorégies d’Orange 2015, il en explique les enjeux, en direct, depuis le Théâtre Antique. Sous la direction musicale du chef français Bertrand de Billy, avec le ténor Roberto Alagna associé aux cantatrices Marie-Nicole Lemieux et Hui He dans les rôles de Azucena et de Leonora, respectivement la mère et la fiancée du Trouvère.

france2-logoCréé en 1853 au Teatro Apollo de Rome, Il Trovatore n’est en rien cette partition compliquée voire confuse que certains aiment à regretter. Verdi fin connaisseur des poètes, soucieux du drame autant que de l’enchaînement des tableaux avait suffisamment de discernement et d’autorité pour imposer ses vues et donc préserver la cohérence et le rythme de son opéra; c’est même dans l’oeuvre verdienne, l’une de ses partitions les plus spectaculaires, régénérant ce style frénétique hérité de Gluck. Les prières de l’angélique et ardente Leonora, l’ivresse extatique de son amant le Trouvère, Manrico et face à eux les noirs et diaboliques Luna comme Azucena, grand rôle de mezzo-alto, la gitane à demi sorcière,vraie manipulatrice au final qui venge le meurtre de son fils et expie les visions incandescentes et de flammes qui dévorent chacune de ses nuits. Verdi renouvelle ici et l’opéra romanesque et le genre fantastique : au final, l’amoureuse se suicide par poison et Luna décapite Manrico avant d’apprendre par Azucena qu’il s’agissait de son frère ! Pour relever les défis d’une histoire aussi sanglante et noire, la musique de Verdi s’enflamme elle même en crépitements et éclairs, ajustant chaque épisode pour mieux faire rugir une action saisissante. Energie, rythme, lyrisme flamboyant : Le Trouvère / Il Trovatore fera vos délices. Remercions France 2 de diffuser ce temps fort lyrique de l’été avec d’autant plus de pertinence que notre ténor national Roberto Alagna s’empare du rôle-titre. L’opéra fait aussi les délices des festivaliers de Salzbourg en août 2015 avec Anna Netrebko autre tempérament de braise, idéal pour enflammer l’ardente amoureuse Leonora.

” LE TROUVÈRE ” de Giuseppe Verdi
en direct sur France 2 et sur France Musique
Opéra en 4 actes de Giuseppe Verdi,
sur un Livret de Salvatore Cammarano
d’après El Trovador d’Antonio Garcia Gutiérrez


Orchestre national de France et Chœurs des Opéras de Région
Direction musicale : Bertrand de Billy
Mise en scène : Charles Roubaud
Scénographie : Dominique Lebourges
Costumes : Katia Duflot
Eclairages : Jacques Rouveyrollis
Vidéos : Camille Lebourges



Avec :
Manrico : Roberto Alagna / Leonora : Hui He / Azucena : Marie-Nicole Lemieux
Inès : Ludivine Gombert / Il Conte de Luna : George Petean / Ferrando : Nicolas Testé
Ruiz : Julien Dran/ Un Vecchio Zingaro : Bernard Imbert / Un Araldo : Yann Toussaint
Durée : 2h 40mn

Le Trouvère en direct sur France Musique

Passion Verdi sur Artelogo_france_musique_DETOUREVerdi : Le Trouvère, en direct d’Orange, les 1er et 4 août 2015. France musique retransmet l’opéra le 1er août à partir de 21h30. Puis sur France 2, le 4 août à 22h, Jean-François Zygel présente l’événement lyrique des Chorégies d’Orange 2015, il en explique les enjeux, en direct, depuis le Théâtre Antique. Sous la direction musicale du chef français Bertrand de Billy, avec le ténor Roberto Alagna associé aux cantatrices Marie-Nicole Lemieux et Hui He dans les rôles de Azucena et de Leonora, respectivement la mère et la fiancée du Trouvère.

france2-logoCréé en 1853 au Teatro Apollo de Rome, Il Trovatore n’est en rien cette partition compliquée voire confuse que certains aiment à regretter. Verdi fin connaisseur des poètes, soucieux du drame autant que de l’enchaînement des tableaux avait suffisamment de discernement et d’autorité pour imposer ses vues et donc préserver la cohérence et le rythme de son opéra; c’est même dans l’oeuvre verdienne, l’une de ses partitions les plus spectaculaires, régénérant ce style frénétique hérité de Gluck. Les prières de l’angélique et ardente Leonora, l’ivresse extatique de son amant le Trouvère, Manrico et face à eux les noirs et diaboliques Luna comme Azucena, grand rôle de mezzo-alto, la gitane à demi sorcière,vraie manipulatrice au final qui venge le meurtre de son fils et expie les visions incandescentes et de flammes qui dévorent chacune de ses nuits. Verdi renouvelle ici et l’opéra romanesque et le genre fantastique : au final, l’amoureuse se suicide par poison et Luna décapite Manrico avant d’apprendre par Azucena qu’il s’agissait de son frère ! Pour relever les défis d’une histoire aussi sanglante et noire, la musique de Verdi s’enflamme elle même en crépitements et éclairs, ajustant chaque épisode pour mieux faire rugir une action saisissante. Energie, rythme, lyrisme flamboyant : Le Trouvère / Il Trovatore fera vos délices. Remercions France 2 de diffuser ce temps fort lyrique de l’été avec d’autant plus de pertinence que notre ténor national Roberto Alagna s’empare du rôle-titre. L’opéra fait aussi les délices des festivaliers de Salzbourg en août 2015 avec Anna Netrebko autre tempérament de braise, idéal pour enflammer l’ardente amoureuse Leonora.

” LE TROUVÈRE ” de Giuseppe Verdi
en direct sur France 2 et sur France Musique
Opéra en 4 actes de Giuseppe Verdi,
sur un Livret de Salvatore Cammarano
d’après El Trovador d’Antonio Garcia Gutiérrez


Orchestre national de France et Chœurs des Opéras de Région
Direction musicale : Bertrand de Billy
Mise en scène : Charles Roubaud
Scénographie : Dominique Lebourges
Costumes : Katia Duflot
Eclairages : Jacques Rouveyrollis
Vidéos : Camille Lebourges



Avec :
Manrico : Roberto Alagna / Leonora : Hui He / Azucena : Marie-Nicole Lemieux
Inès : Ludivine Gombert / Il Conte de Luna : George Petean / Ferrando : Nicolas Testé
Ruiz : Julien Dran/ Un Vecchio Zingaro : Bernard Imbert / Un Araldo : Yann Toussaint
Durée : 2h 40mn

DVD. Verdi : Il Trovatore (Tcherniakov, 2012)

Verdi il trovatore dmitri tcherniakov La Monnaie juin 2012DVD. Verdi : Il Trovatore (Tcherniakov, 2012). Les metteurs en scène passent…l’opéra résiste. Ou pas. On a connu son Macbeth (Verdi) à l’opéra Bastille (2008-2009), surtout à Garnier son formidable Eugène Onéguine (Tchaïkovsky)… et déjà beaucoup moins apprécié son Mozart (Don Giovanni), à  Aix 2013 : vrai ratage pour cause de décalage dépoétique et de tempo confusionnant. Las ce Trouvère de Verdi qui peut inspirer les grands metteurs en scène en dépit de l’intrigue à tort jugée compliquée du livret, confirme les délires néfastes du nouvel ex génie de la mise en scène, après les Sellars ou Zarlikovski… c’est l’éternel problème sur la scène lyrique : trop de théâtre tue l’opéra ; trop de musique dilue l’action et fait un jeu sans consistance. Pas facile de trouver l’équilibre idéal. avec Tcherniakov, on sait d’emblée que l’homme de théâtre tire la couverture vers lui et oblige l’action lyrique à rentrer dans sa grille. Pour peu que l’opéra soit surtout un théâtre psychologique, l’enjeu peut trouver une forme satisfaisante ; si comme ici, les épisodes et séquences dramatiques très contrastées composent les rebonds de l’intrigue, la lecture rien que théâtrale s’enlise. Voici donc la première mise en scène de Tcherniakov à Bruxelles. Le théâtre prime immédiatement dans un huit clos où les personnages se voit recevoir par Azucena en maîtresse de cérémonie et hôtesse pour un jeu de rôles à définir, leur fiche indiquant clairement le rôle qui leur est dévolu le temps de l’opéra.

Très vite dans une série de confrontations orales puis physiques, les vieilles haines, jalousies, passions refont surface ; ils innervent l’action présente d’une nouvelle violence, de sorte que l’opéra se fait règlement de compte… ce qui en soit est juste et pertinent puisque le trouvère raconte en réalité la réalisation d’une vengeance par enfants interposés. La Bohémienne se venge de la mort de sa mère et faisant en sorte que son meurtrier tue sans le savoir son propre frère (qu’il ne connaissait pas comme tel pendant l’ouvrage évidemment…). A trop vouloir rendre explicite les tensions souterraines, Tcherniakov produit une caricature dramatique : Luna exaspéré tue Ferrando, puis le trouvère Manrico bien que Leonora se soit donnée à lui ; cette dernière s’effondre sur le cadavre de son aîmé. A nouveau Tcherniakov en dépit de son engagement à restituer un jeu brûlant, plus psychologique que dramatique, finit par agacer par confusion, le point culminant de son travail d’implosion dramaturgique étant le final du II où des nombreux personnages sur scène (soldats de Luna, nonnes et Leonora) on ne sait plus bien qui est contre qui et pour quelles raisons toute cette foule diffuse se présente sur la scène !
Donc sur les planches, démentèlement puissant du drame verdien mais force voire violence de la reconstruction théâtrale, cependant dénuée de son suspens haletant car dès le départ (ou presque), Azucena paraissant avec les Bohémiens dès le 2ème épisode, dévoile toute la machination qui la hante donc ôte à ce qui suit tout son mystère et sa tension. Sérieux déséquilibre quand même.

Dans la fosse, Minko fait du… Minko : direction violente, contrastée parfois très brutale et engagée. Ici Verdi n’a aucune finesse; en homme d’armes voué au service du comte Luna, Ferrando (Giovanni Furlanetto) est honnête ; mais la Leonora de Marina Poplavskaya n’a rien d’ardent ni de touchant (aigus tirés et forcés donc douloureux pour l’auditeur). Le Trouvère / Manrico de Misha Didyk n’a rien lui aussi de souple et de vaillant : carré et franc comme un boxeur ; même cosntat pour le Luna de Scott Hendricks : certes le prince n’a rien de tendre mais quand même il souffre d’un amour incandescent que lui refuse Leonora (seul son air “Il balen del suo sorriso” : aveu de son désir impuissant pour la jeune femme est justement placé et plutôt vraissemblable). Seule rayonne le diamant de l’Azucena de Sylvie Brunet : couleurs du medium ardent et profond qu’atténue cependant des aigus par toujours aisés. Mais la Bohémienne ici retrouve ses droits : droit au chant rugissant et incantatoire voire halluciné, chant de vengeance et douleur haineuse…
un seul chanteur au niveau, est ce pour autant réellement suffisant ? On reste sur notre réserve. De toute évidence, ce Trouvère n’a pas la classe ni l’aplomb fantastique et onirique de la production d’Il Trovatore de Berlin (décembre 2013) sous la direction de Barenboim, avec Anna Netrebko, incandescente et touchante Leonora (dans la mise en scène très réussie de Philippe Stölzl).

Verdi : Il Trovatore / Le Trouvère. Marc Minkoswki, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scène. Enregistré à la Monnaie de Bruxelles, en juin 2012.

Anna Netrebko chante Leonora du Trouvère sur France Musique

il_trovatore_netrebko_c_sf_forsterFrance Musique, ce soir. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko. Le 31 août 2014, 20h. Salzbourg, août 2014 : France Musique diffuse l’un des événements lyriques du festival autrichien : Le Trouvère de Verdi. L’ouvrage saisit par sa fièvre dramatique, une cohérence et une caractérisation musicale indiscutable malgré la complexité  romanesque de l’intrigue. Au sommet d’une distribution idéale, le timbre charnu et digne de la soprano Anna Netrebko, diva glamour et depuis une décennie, idole de Salzbourg. Sa Leonora est subtilement blessée, amoureuse ardente, d’un romantisme fiévreux… d’autant que ses partenaires, Franceso Meli (Manrico le trouvère, celui qu’elle aime), et surtout l’infatigable et stylé Placido Domingo, devenu baryton à présent (Luna père) défendent avec la même incandescence chacun de leur personnage. Les auditeurs de France Musique ne verront pas la mise en scène muséale, offrant une somptueuse galerie de peinture des chefs d’oeuvres picturaux de la Renaissance européenne surtout italienne (de Bronzino au Titien, sans omettre le froid et léché Fouquet…). Leonora y est une gardienne, rêvant d’être une princesse en robe de velours rouge passion. L’Orchestre philharmonique de Vienne achève le tableau, rutilant, parsemé d’éclairs dramatiques (sous la baguette un rien épaisse de Gatti…). Mais qu’importe, l’ivresse et l’extase lyriques sont au rendez vous de cette passionnante diffusion en différé…  Ce soir, dimanche 31 août 2014, 20h.  Lire aussi notre compte rendu critique du Trouvère de Verdi avec Anna Netrebko et Placido Domingo à Salzbourg 2014.

logo_francemusiquesalzbourg logoFrance Musique. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko. Le 31 août 2014, 20h. Avec Anna Netrebko (Leonora), Francesco Meli (Manrico), Marie-Nicole Lemieux, Placido Domingo. Philharmonique de Vienne. Daniele Gatti, direction. L’écoute de cette diffusion France Musique est d’autant plus incontournable que l’opéra en juin, proposant 6 dates du 9 au 24 août 2014, était déjà sold out (complet) : affichant le Philharmonique de Vienne, Anna Netrebko, Lemieux (Azucena), Domingo (Luna), la production salzbourgeoise permet de mesurer l’évolution de la voix et du chant de la soprano vedette Anna Netrebko dans un rôle qui semble taillé pour elle. Réponse le 31 août sur les ondes de France Musique. En lire + 

Compte rendu, opéra. Salzbourg, Grosses festspielhaus, le 15 août 2014. Verdi : Le Trouvère, il Trovatore. Anna Netrebko, Francesco Meli, Placido Domingo, Marie-Nicola Lemieux… Orchestre Philharmonique de Vienne. Daniele Gatti, direction. Alvis Hermanis, mise en scène.    

300xCompte rendu, opéra. Salzbourg 2014. Verdi : Le Trouvère avec Anna Netrebko (Leonora)… C’est assurément la production événement du festival de Salzbourg 2014. Non pas que le chef, Daniele Gatti soit des plus fins et nuancés ; au contraire sa battue épaisse et sans vraie subtilité fait regretter le nerf carnassier et la brûlure que savait y instiller un Karajan. On regrette tout autant la finesse chambriste d’un Philippe Jordan capable de ciseler des climats jamais écouté avant lui dans Don Carlo par exemple, comme récemment sur l’ample plateau de Bastille. La valeur de la production salzbourgeoise vient de la distribution vocale – irréprochable- et de la mise en scène, d’une justesse surprenante qui dévoile en cours d’action, sa pertinence, ses multiples finesses, sachant trouver d’évidentes lectures poétiques entre le dispositif visuel (que des toiles et bois peints de maîtres puisque nous sommes dans la pinacothèque d’un grand musée européen) et les situations ainsi traitées. Sur les murs, un festival de chef d’oeuvres de la peinture italienne et flamande des XVè et XVIè, de Carpaccio, Raphael et Leonard à Bellini, Lotto et … Titien pour le plus récent, -sans omettre l’éblouissant portrait d’Agnès Sorel par Jean Fouquet en Vierge impériale : cf. dernière photo ci-dessous. Les chevaliers en armure y disputent la place avec de nombreux portraits (sublimes Bronzino), et de nombreuses nudités allégoriques ou mythologiques et plusieurs Madones à l’enfant. D’ailleurs, on aura noté qu’au moment du duo le plus poignant entre Azucena et son fils adoptif, Manrico, une série de Vierges à l’enfant défilent astucieusement en second plan (histoire de souligner ce qui pose justement problème entre les deux protagonistes alors sur scène, la nature réelle de leur lien, c’est à dire : Manrico est-il vraiment le fils de la Bohémienne ? La question de l’origine et de l’identité réelle du Trouvère est au cœur de l’action.

luth joueur de luth busiPlus tard quand l’action entraîne un peu plus les protagonistes jusqu’à leurs derniers avatars, -au bord de la mort-, : plus de peintures, mais des cimaises nues dont le pourpre mural porte la marque sans poussière à l’emplacement de la toile disparue… Car et c’est bien l’idée phare de la mise en scène, l’histoire (fantastique et tragique) du Trouvère est en réalité le rêve éperdu romantique de Leonora qui ici, n’est pas à Saragosse, la dame de compagnie de la princesse de Navarre, mais une … gardienne de musée que la proximité avec les sommets de la peinture européenne a probablement marqué jusqu’à échafauder des visions romantiques délirantes. Voilà qui explique avec beaucoup de justesse, le caractère extatique, enivré de Leonora. Le personnage n’évolue guère pendant l’opéra : il est déjà dès le début, emporté, embrasé par ses visions d’amour, que suscite le ténor transi comme elle ; chacune des apparitions de Leonora, vêtue d’une somptueuse robe de velours rouge exprime un désir incommensurable, celui d’une âme qui brûle : en somme, une parente d’Yseult ou d’Elsa chez Wagner.

Soit elle s’enivre de son propre amour, soit elle s’évanouit (à deux reprises!), soit elle meurt (par le poison dans la dernière partie) : Leonora est une figure amoureuse blessée mais digne, radicale dans son aspiration à vivre le grand amour (avec Manrico, le trouvère).

 

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Le rêve de la gardienne de musée…

Netrebko performs as Leonora during a dress rehearsal of Giuseppe Verdi's "Il trovatore" in SalzburgIci s’inscrit dans sa carrière (11 ans qu’elle chante à présent), l’un des jalons lyriques et scéniques de la soprano austro-russe, Anna Netrebko. Le velouté royal du timbre, en dépit de quelques hésitations dans l’agilité s’impose à nous, d’autant plus que la cantatrice trouve constamment le ton juste assurant à son chant, une musicalité de rêve qui force l’admiration. Nous n’irons pas comme certains à dire qu’elle chante mieux que Callas tant sa Leonora a la classe et la sincérité des très grandes interprètes, mais sa sublime plastique, son aura musicale, sa finesse vocale s’imposent. Anna a tout pour elle et sa Leonora salzbourgeoise marque assurément un nouvel accomplissement dans son parcours (à Salzbourg après sa mémorable Traviata).

 

 

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A ses côtés, les deux garçons sont … excellents : dans le rôle titre, le ténor génois Francesco Meli relève tous les défis d’un rôle très éprouvant : ardeur, constance, clarté et aigus insolents, son Manrico-trouvère est lui aussi de première classe : que le chanteur assure avec endurance et abattage l’un des rôles les plus exigeants du répertoire verdien. Placido Domingo qui fêtera en 2015 ses 40 ans de carrière à Salbzourg a chanté plusieurs fois Manrico… en ténor. Aujourd’hui baryton, son Luna déborde d’énergie et de passion ; il dévore Leonora des yeux, prêt à étreindre la jeune femme qui grâce à Netrebko a assurément l’apparence d’une irrésistible sirène. Sens du texte, musicalité juste, intonation saisissante, présence scénique, le lion Domingo offre au Comte, une dimension viscérale et passionnelle, une urgence théâtrale qui manque à beaucoup de ses cadets. Surprenante tout autant, l’Azucena de Marie-Nicole Lemieux surprend elle aussi, en cours de soirée; elle se bonifie, depuis son premier air entonné gaiement comme une parodie fantastique (elle aussi travaille au musée mais comme guide conférencière) jusqu’à son ultime duo avec Manrico et le trio avec ce dernier et Leonora – un épisode final d’une force vocale inouïe : un tempérament dramatique dont le seul défaut demeure l’articulation du texte. C’est la seule dont on ne comprend pas le moindre mot italien s’il n’était les sous-titres.

L’esthétisme de la mise en scène, sa justesse poétique ; la cohérence du plateau vocal, confirmant l’exceptionnelle musicalité de la soprano Anna Netrebko, à défaut d’un chef lyrique véritablement subtil, font de ce trouvère 2014, l’événement lyrique que l’on espérait. Le dvd du Trouvère avec Anna Netrebko (capté à Berlin), est annoncé cet automne chez Deutsche Grammophon. Aucun doute, a contrario de Bayreuth qui s’enlise et peine à régénérer son offre et son image, Salbzourg retrouve la magie de sa légende. Ce Trouvère est l’une des meilleures productions récentes que nous ayons vues lors du festival d’été.

 

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Compte rendu, opéra. Salzbourg, Grosses festspielehaus, le 15 août 2014. Verdi : Le Trouvère, il Trovatore. Anna Netrebko, Francesco Meli, Placido Domingo, Marie-Nicola Lemieux… Orchestre Philharmonique de Vienne. Daniele Gatti, direction. Alvis Hermanis, mise en scène.

 
Illustrations : Le Trouvère à Salzbourg (DR), Giovanni Busi : le joueur de luth (DR), la toile du vénitien provoque chez Leonora ses visions amoureuses extatiques… Dans la mise en scène d’Alvis Hermanis, le Trouvère appartient au monde fantasmatique de Leonora : il n’apparaît qu’en costume gothique et chacune de ses apparitions est évoquée par le portrait du joueur de luth du peintre vénitien Busi…
 

En direct de Salzbourg, Anna Netrebko chante Leonora du Trouvère

netrebko trouvere salzbourgARTE. Ce soir, vendredi 15 août 2014, 20h50. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko.  Salzbourg, août 2014 : voici assurément l’un des événements lyriques du festival autrichien créé en 1922 par le trio légendaire Strauss / Hoffmannsthal / Reinhardt. C’est qu’aux côtés des Mozart, Beethoven, Strauss, les grands Verdi n’y sont pas si fréquents. Créé à Rome en 1853, d’après El Trovador de Gutiérrez, 1836), Le Trouvère de Verdi saisit par sa fièvre dramatique, une cohérence et une caractérisation musicale indiscutable malgré la complexité  romanesque de l’intrigue. L’action se déroule en Espagne, dans la Saragosse du XVème, où le conte de Luna est éconduit par la dame d’honneur de la princesse de Navarre, Leonora dont il est éperdument amoureux : la jeune femme lui préfère le troubadour Manrico.  Dans le camp gitan, Azucena, la mère de Manrico, est obsédée par l’image de sa mère jetée dans les flammes d’un bûcher, et de son jeune fils, également consommé par le feu. Manrico décide de fuir avec Leonora. Mais il revient défier Luna car sa mère est condamnée à périr sur le bûcher elle aussi.  Emprisonné par Luna avec sa mère, Manrico maudit Leonora qui semble s’être finalement donnée au Conte : elle a feint et s’est versée le poison pour faire libérer son aimé. En vain, Luna comprenant qu’il n’aura jamais celle qu’il aime (à présent morte), ordonne l’exécution par les flammes de Manrico. Au comble de l’horreur, Azucena lui avoue qu’il vient de tuer son propre frère : leur mère avait échanger les enfants sur le bûcher. De sorte que l’opéra s’achève sur la vengeance d’Azucena (elle a enfin vengé la trovatore verdi netrebko domingo DVDmort de sa mère par Luna) et le sacrifice des deux amants (Leonora et Manrico). La mezzo apparemment démunie a manipulée le baryton jaloux, vengeur… aveuglé par sa haine : la production de Salzbourg promet d’être mémorable, grâce en partie à la distribution réunie pour l’occasion : la divine Anna Netrebko au timbre sensuel (Leonora : la cantatrice a inauguré le rôle au Berliner Staatsoper à l’hiver 2013), Placido Domingo (Luna), Francesco Meli (Manrico), Marie-Nicole Lemieux (Azucena)… Qu’en sera-t-il de la mise en scène signée Alvis Hermanis et de la direction musicale assurée par Daniele Gatti ? Réponses ce 15 août sur Arte… EN LIRE +



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Netrebko Anna NetrebkoARTE, vendredi 15 août 2014, 20h50.
 Giuseppe Verdi : Le Trouvère. Avec Anna Netrebko (Leonora), Francesco Meli (Manrico), Marie-Nicole Lemieux, Placido Domingo. Philharmonique de Vienne. Daniele Gatti, direction. L’écoute de cette diffusion France Musique est d’autant plus incontournable que l’opéra en juin, proposant 6 dates du 9 au 24 août 2014, était déjà sold out (complet) : affichant le Philharmonique de Vienne, Anna Netrebko, Lemieux (Azucena), Domingo (Luna), la production salzbourgeoise permet de mesurer l’évolution de la voix et du chant de la soprano vedette Anna Netrebko dans un rôle qui semble taillé pour elle. Réponse le 31 août sur les ondes de France Musique.

Verdi : Le Trouvère. L’œuvre au noir (1853)

Passion Verdi sur ArteVerdi : Le Trouvère. L’œuvre au noir (1853). Rien d’absurde ni d’incohérent dans l’intrigue du Trouvère de Verdi. On a tort d’y reconnaître un conte fantastique alambiqué et sans intérêt sur le plan dramatique (ainsi les Marx Brothers dans leur parodie de l’opéra, Une nuit à l’Opéra, ont fait du Trouvère l’archétype du romantisme aussi sombre échevelé qu’invraisemblable : triste lecture, brillante par son inexactitude). C’est tout l’inverse : le génie de Verdi a suffisamment de discernement poétique et littéraire pour éviter les fiascos. En puisant l’action de son opéra dans le roman d’un disciple de Hugo,  Garcia Guttiérez (El Trovador, 1836), le compositeur sait qu’il peut y trouver une action remarquablement intense, haletante et même hallucinante où les flammes obsessionnelles qui dévorent le pauvre esprit de la sorcière Azucena, finissent par emporter le déroulement dramatique : c’est à dire venger celle qui à cause du conte Luna père a perdu sa mère et son propre fils.  Pour se venger, l’incomparable manipulatrice sacrifie ici les deux figures de l’amour sincère : Manrico le Trouvère (qu’elle a pourtant aimé comme un fils) et Leonora, qu’aime en vain, l’ignoble Luna fils. Mais celui-ci ne sachant pas que son rival Manrico est bien son frère, le fait emprisonner, et certainement torturer, avant de l’exécuter manu militari.
En plus d’une instrumentation quasi mozartienne que Karajan au début des années 1960 a su réévaluer avec cette hypersensibilité chambriste qui le caractérise, Verdi réunit un quatuor vocal exceptionnel, accordé aussi à un choeur qui doit être tout autant… halluciné : une soprano ardente et conquérante (Leonora), un ténor, son amant à la fois tendre et héroïque (Manrico), un baryton dévoré par la jalousie et l’impuissance amoureuse (Luna), enfin, tirant les ficelles de ce drame noire et fantastique, une alto, Azucena, qui vocifère, hypnotise et finalement emporte les clés de l’action : l’histoire du Trouvère est la réalisation irrépressible de sa vengeance.

Embrasé par une musique inspirée, – assurément l’une des meilleures de Verdi-, Le Trouvère fut à sa création à Rome, un triomphe populaire immédiat. C’est l’un des volets de la fameuse Trilogie triomphante d’abord Rigoletto (1851), puis La Traviata créée aussi en 1853. Les deux précédents, musicalement et dramatiquement parfait, montre à quel point de perfection esthétique est parvenu Verdi à l’époque du Trouvère.

Les flammes, la mort, la vengeance

Le Trouvère est marqué par la mort… Sur le chantier de son nouvel opéra dès 1851, Verdi ne cesse de relancer son librettiste Salvatore Cammarano, pour qu’il achève l’adaptation du roman espagnol. Verdi ne répond pas à une commande : il entreprend lui-même de traiter sous forme d’opéra, le roman espagnol de Gutierrez.  Cammarano avait déjà collaboré avec Verdi pour l’excellente Luisa Miller (1849), lumineuse et ténébreuse action tragique d’après Schiler où le poison achève les amoureux impuissants. Verdi déjà veuf et marqué par le décès de son épouse et de ses deux filles, perd sa mère avant que Cammarano meurt lui aussi en juillet 1852. Le jeune librettiste, Bardare terminera finalement le livret tant attendu par le compositeur. La mort règne alentour inspirant une histoire noire elle aussi où l’illusion dépressive et tragique, destructrice annule toute liberté, extermine tout échappatoire. Les 3 protagonistes : Luna l’infâme et jaloux, Manrico et Leonora succombent face au sortilège d’Azucena.
Dans ce monde sans espoir, surgit comme un chant éperdu, la romance en coulisse du trouvère, à la fois chevalier et poète qui exprime son amour pur à son aimée Leonora. Manrico incarne toutes les facettes d’une société torturée, violente, barbare : fils d’une gitane (Azucena qui est en réalité sa mère adoptive), il est le frère de Luna (qui ignore ce parent dont il ne voit que le rival). Verdi dut être comme nous frappé par la tension romantique et gothique, fantastique et éperdue de ce drame de l’impossibilité absolue, de la barbarie répétitive, de la malédiction irrépressible.

 

 

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Au coeur de cet opéra sublime, la figure du feu et du bûcher reste primordiale. A la fois, foyer de la souffrance, mais aussi cadre de la délivrance : par le feu, Azucena a perdu sa mère condamnée par le père de Luna ; dans les flammes, elle a aussi perdu son propre fils croyant qu’il s’agissait du fils de l’assassin de sa mère; de sorte que surgit ici une autre figure de l’horreur inhumaine : l’esprit barbare de la vengeance et de la haine à travers les générations. Le fils de mon ennemi est mon ennemi ; et les enfants des meurtriers de mes parents doivent payer pour les actions de leur tribu. Ainsi se prolonge encore et encore l’acte ignoble des guerres fratricides… jusqu’à l’élimination pure et simple des deux parties.  Par le feu, Azucena se vengera tout autant. Elle qui est comme sa mère condamnée au bûcher par Luna fils mènera à la mort aussi son fils adoptif, Manrico, le frère de Luna. Ainsi, les crimes passés sont vengés par le sang des combattants d’aujourd’hui. Leonora éplorée, Luna sadique, Manrico implorant, Azucena hallucinée… jamais à l’opéra, le public n’avait vu ni écouté chant si expressif (vulgaire et laid diront les critiques toujours aussi peu inspirés lors de créations).
Au coeur du drame, entre liberté individuelle et devoir de vengeance, le personnage d’Azucena est de loin le plus saisissant sous la plume de Verdi : Azucena qui sait la vérité sur le lien entre Luna et Manrico, est tiraillée entre venger sa mère et préserver ce fils adoptif qu’elle a appris à aimer… Pourtant, au comble de l’inhumaine horreur, Azucena se révèle agent de la barbarie la plus cynique : elle sacrifie l’amour pour celui qui fut son fils, et le donne à l’épée de Luna dont il est pourtant le seul frère. La haine a triomphé de l’amour. La violence et l amont, aboli toute humanité.

L’œuvre est d’abord créée au Teatro Apollo de Rome en 1853. Créé à Paris au Théâtre Italien en 1854, puis adapté en 1857 sur la scène de l’Opéra de Paris, dans une forme compatible avec la forme du grand opéra français.

La partition suivant le déroulement dramatique du roman de Gutiérrez est remarquablement structurée, en 4 parties, chacune portant un titre.

1ère partie : le Duel. Saragosse au XVème. Dans le palais de la princesse d’Aragon : Leonora, dame d’honneur se languit du Trouvère Manrico dont elle a fait son champion lors d’un tournoi, cependant que ce dernier chante son amour à sa fenêtre (l’air d’exposition de la soprano, associé au chant en coulisse du troubadour est remarquable). Surgit le ténébreux et sadique comte de Luna qui reconnaissant en lui le chef des rebelles, dégaine l’épée. Ils se battent tandis que Leonora s’évanouit.

2ème partie : La Bohémienne. C’est le tableau où s’exprime un double traumatisme. Alors que les gitans frappent l’enclume (superbe chœur ” Vedi! le fosche ” : ce concert métallique est une nouveauté absolue à l’opéra, avant Wagner et ses Nibelungen), la sorcière gitane Azucena raconte comment sa mère a été dévorée par les flammes du bûcher que le père de Luna a fait réaliser (air fantastique et halluciné : “Stride la vampa…”). La sorcière ne peut s’empêcher de songer alors à la malédiction de sa mère qui l’a exhorté à la venger coûte que coûte. Azucena songe aussi à son propre fils que, dans la confusion, elle a elle-même jeté dans les flammes, croyant qu’il s’agissait du fils de Luna père, qu’elle avait précédemment enlevé. Revenant à elle, Azucena, littéralement en transe, confirme cependant à Manrico qu’il est bien son fils véritable.  La fin de ce 2ème tableau, est la plus heureuse de l’opéra : car Manrico enlève Leonora à la barbe de Luna (lequel pourtant avait exprimé son amour pour Leonora : Il balen del duo sorriso) … c’est le triomphe fragile et fugitif de l’amour.

3ème partie : Le Fils de la Bohémienne. Dans la version de 1857 pour l’Opéra de Paris, Verdi ajoute ici le ballet. Devant la forteresse où Manrico s’apprête à célébrer ses noces avec Leonora, Luna est parvenu à capturer Azucena qu’il condamne au bûcher. Manrico tente une sortie pour sauver sa mère…

4ème partie : Le Supplice. C’est l’acte le plus sanguinaire : périssent Leonora qui livrée à Luna s’empoisonne (après avoir obtenu de Luna qu’il gracie Manrico… en vain) ; Manrico exécuté par les hommes de Luna. Alors Azucena peut avouer le triomphe de sa vengeance : Manrico est bien le frère de Luna que ce dernier a tué. La mère de la sorcière est vengée, peut-être moins le fils d’Azucena. Au début de ce dernier tableau, Verdi compose un exceptionnel ensemble réunissant : Leonora (D’amor sull’ali rosee), Manrico (et son chant lointain) auquel est associé le chant funèbre du Miserere par le choeur. Jusqu’au dernier moment, le doute persévère quant à la décision d’Azucena : sacrifiera-t-elle son fils Manrico, fut-il adoptif, pour venger sa mère ?

 

 

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Illustrations : Verdi (DR). John Williams Waterhouse : The Decameron (DR). Edmund Blair Leighton : Tristan und Isolde (DR)

Anna Netrebko chante Leonora en direct de Salzbourg

netrebko anna netrebko_Il_Trovatore_Netrebko_Domingo_c_SF_Forster-1-373x500ARTE. Vendredi 15 août 2014, 20h50. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko.  Salzbourg, août 2014 : voici assurément l’un des événements lyriques du festival autrichien créé en 1922 par le trio légendaire Strauss / Hoffmannsthal / Reinhardt. C’est qu’aux côtés des Mozart, Beethoven, Strauss, les grands Verdi n’y sont pas si fréquents. La nouvelle production verdienne fait déjà figure d’événement lyrique aux côtés de l’excellent Chevalier à la rose dirigé par Welser-Most, et du plus terne opéra en création : Charlotte Salomon du Français Marc-André Dalbavie… Créé à Rome en 1853, d’après El Trovador de Gutiérrez, 1836), Le Trouvère de Verdi saisit par sa fièvre dramatique, une cohérence et une caractérisation musicale indiscutable malgré la complexité  romanesque de l’intrigue. L’action se déroule en Espagne, dans la Saragosse du XVème, où le conte de Luna est éconduit par la dame d’honneur de la princesse de Navarre, Leonora dont il est éperdument amoureux : la jeune femme lui préfère le troubadour Manrico.  Dans le camp gitan, Azucena, la mère de Manrico, est obsédée par l’image de sa mère jetée dans les flammes d’un bûcher, et de son jeune frère, également consommé par le feu. Manrico décide de fuir avec Leonora. Mais il revient défier Luna car sa mère est condamnée à périr sur le bûcher elle aussi.  Emprisonné par Luna avec sa mère, Manrico maudit Leonora qui semble s’être finalement donnée au Conte : elle a feint et s’est versée le poison pour faire libérer son aimé. En vain, Luna comprenant qu’il n’aura jamais celle qu’il aime (à présent morte), ordonne l’exécution par les flammes de Manrico. Au comble de l’horreur, Azucena lui avoue qu’il vient de tuer son propre frère : leur mère avait échanger les enfants sur le bûcher. De sorte que l’opéra s’achève sur la vengeance d’Azucena (elle a enfin vengé la trovatore verdi netrebko domingo DVDmort de sa mère par Luna) et le sacrifice des deux amants (Leonora et Manrico). La mezzo apparemment démunie a manipulée le baryton jaloux, vengeur… aveuglé par sa haine : la production de Salzbourg promet d’être mémorable, grâce en partie à la distribution réunie pour l’occasion : la divine Anna Netrebko au timbre sensuel (Leonora : la cantatrice a inauguré le rôle au Berliner Staatsoper à l’hiver 2013), Placido Domingo (Luna), Francesco Meli (Manrico), Marie-Nicole Lemieux (Azucena)… Qu’en sera-t-il de la mise en scène signée Alvis Hermanis et de la direction musicale assurée par Daniele Gatti ? Réponses ce 15 août sur Arte… EN LIRE +


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arte_logo_2013ARTE, vendredi 15 août 2014, 20h50.
 Giuseppe Verdi : Le Trouvère. Avec Anna Netrebko (Leonora), Francesco Meli (Manrico), Marie-Nicole Lemieux, Placido Domingo. Philharmonique de Vienne. Daniele Gatti, direction. L’écoute de cette diffusion France Musique est d’autant plus incontournable que l’opéra en juin, proposant 6 dates du 9 au 24 août 2014, était déjà sold out (complet) : affichant le Philharmonique de Vienne, Anna Netrebko, Lemieux (Azucena), Domingo (Luna), la production salzbourgeoise permet de mesurer l’évolution de la voix et du chant de la soprano vedette Anna Netrebko dans un rôle qui semble taillé pour elle. Réponse le 31 août sur les ondes de France Musique.

Programme retransmis ensuite sur France Musique. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko. Le 31 août 2014, 20h.

Le DVD Blu ray du Trouvère (Trovatore) de Verdi avec Anna Netrebko (production berlinoise de l’hiver 2013) est déjà annoncé en septembre 2014 chez Deutsche Grammophon.

 

Divina Netrebko : sa Leonora incandescente à Salzbourg

Anna Netrebko chante Leonora en direct de Salzbourg

NETREBKO-anna--Anna_Netrebko_-_Romy_2013_bARTE. Vendredi 15 août 2014, 20h50. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko.  Salzbourg, août 2014 : voici assurément l’un des événements lyriques du festival autrichien créé en 1922 par le trio légendaire Strauss / Hoffmannsthal / Reinhardt. C’est qu’aux côtés des Mozart, Beethoven, Strauss, les grands Verdi n’y sont pas si fréquents. Créé à Rome en 1853, d’après El Trovador de Gutiérrez, 1836), Le Trouvère de Verdi saisit par sa fièvre dramatique, une cohérence et une caractérisation musicale indiscutable malgré la complexité  romanesque de l’intrigue. L’action se déroule en Espagne, dans la Saragosse du XVème, où le conte de Luna est éconduit par la dame d’honneur de la princesse de Navarre, Leonora dont il est éperdument amoureux : la jeune femme lui préfère le troubadour Manrico.  Dans le camps gitan, Azucena, la mère de Manrico, est obsédée par l’image de sa mère jetée dans les flammes d’un bûcher, et de son jeune frère, également consommé par le feu. Manrico décide de fuir avec Leonora. Mais il revient défier Luna car sa mère est condamnée à périr sur le bûcher elle aussi.  Emprisonné par Luna avec sa mère, Manrico maudit Leonora qui semble s’être finalement donnée au Conte : elle a feint et s’est versée le poison pour faire libérer son aimé. En vain, Luna comprenant qu’il n’aura jamais celle qu’il aime (à présent morte), ordonne l’exécution par les flammes de Manrico. Au comble de l’horreur, Azucena lui avoue qu’il vient de tuer son propre frère : leur mère avait échanger les enfants sur le bûcher. De sorte que l’opéra s’achève sur la vengeance d’Azucena (elle a enfin vengé la mort de sa mère par Luna) et le sacrifice des deux amants (Leonora et Manrico). La mezzo apparemment démunie a manipulée le baryton jaloux, vengeur… aveuglé par sa haine. EN LIRE +


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arte_logo_2013ARTE, vendredi 15 août 2014, 20h50.
 Giuseppe Verdi : Le Trouvère. Avec Anna Netrebko (Leonora), Francesco Meli (Manrico), Marie-Nicole Lemieux, Placido Domingo. Philharmonique de Vienne. Daniele Gatti, direction. L’écoute de cette diffusion France Musique est d’autant plus incontournable que l’opéra en juin, proposant 6 dates du 9 au 24 août 2014, était déjà sold out (complet) : affichant le Philharmonique de Vienne, Anna Netrebko, Lemieux (Azucena), Domingo (Luna), la production salzbourgeoise permet de mesurer l’évolution de la voix et du chant de la soprano vedette Anna Netrebko dans un rôle qui semble taillé pour elle. Réponse le 31 août sur les ondes de France Musique.

Programme retransmis ensuite sur France Musique. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko. Le 31 août 2014, 20h.

Anna Netrebko chante Leonora du Trouvère à Salzbourg

NETREBKO-anna--Anna_Netrebko_-_Romy_2013_bFrance Musique. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko. Le 31 août 2014, 20h. Salzbourg, août 2014 : France Musique diffuse l’un des événements lyriques du festival autrichien créé en 1922 par le trio légendaire Strauss / Hoffmannsthal / Reinhardt. C’est qu’aux côtés des Mozart, Beethoven, Strauss, les grands Verdi n’y sont pas si fréquents. Créé à Rome en 1853, d’après El Trovador de Gutiérrez, 1836), Le Trouvère de Verdi saisit par sa fièvre dramatique, une cohérence et une caractérisation musicale indiscutable malgré la complexité  romanesque de l’intrigue. L’action se déroule en Espagne, dans la Saragosse du XVème, où le conte de Luna est éconduit par la dame d’honneur de la princesse de Navarre, Leonora dont il est éperdument amoureux : la jeune femme lui préfère le troubadour Manrico.  Dans le camps gitan, Azucena, la mère de Manrico, est obsédée par l’image de sa mère jetée dans les flammes d’un bûcher, et de son jeune frère, également consommé par le feu. Manrico décide de fuir avec Leonora. Mais il revient défier Luna car sa mère est condamnée à périr sur le bûcher elle aussi.  Emprisonné par Luna avec sa mère, Manrico maudit Leonora qui semble s’être finalement donnée au Conte : elle a feint et s’est versée le poison pour faire libérer son aimé. En vain, Luna comprenant qu’il n’aura jamais celle qu’il aime (à présent morte), ordonne l’exécution par les flammes de Manrico. Au comble de l’horreur, Azucena lui avoue qu’il vient de tuer son propre frère : leur mère avait échanger les enfants sur le bûcher. De sorte que l’opéra s’achève sur la vengeance d’Azucena (elle a enfin vengé la mort de sa mère par Luna) et le sacrifice des deux amants (Leonora et Manrico). La mezzo apparemment démunie a manipulée le baryton jaloux, vengeur… aveuglé par sa haine.

Drame gothique tragique

verdi_582_face_portrait_boldiniDans la production parisienne de l’ouvrage, Verdi ajoute un ballet selon le goût français du grand opéra (3ème partie : la Bohémienne). La violence de l’écriture, l’omniprésence des flammes dans la résolution du jeu dramatique, l’exacerbation des passions qui s’opposent (Luna contre Leonora et Manrico, l’apparente impuissance de la sorcière bohémienne Azucena…)…tout œuvre ici pour l’essor d’une tragédie gothique prenante, à l’expressivité progressive. D’après le roman gothique romantique de Gutiérrez, Verdi offre une remarquable caractérisation des rôles solistes : Manrico (ténor), Leonora (soprano), Luna (baryton), surtout Azucena (mezzo soprano) dont il fait une sorte d’autorité féminine sombre et lugubre (cf. le Miserere, chœur funèbre de la 4ème partie : intitulée ” Le Supplice”). Contemporain de La Traviata, Le Trouvère est une partition flamboyante, sur un prétexte emprunté au roman historique dont la vocalité très investie des 4 solistes frappe immédiatement : Verdi réussit un tour de force. Chaque air répond à la nécessité de l’action.

A 43 ans, Anna Netrebko (né en 1971) est la tête d’affiche de cette production produite à Salzbourg en août 2014 ; la diva russe a donné quelques indices (déjà très convaincants) de sa prise de rôle de Leonora, dans un disque Verdi, salué par la Rédaction cd de classiquenews (cd Verdi par Anna Netrebko, 1 cd Deutsche Grammophon).

Voici les termes de la critique de notre rédacteur au moment de la sortie du cd Verdi par Anna Netrebko en octobre 2013 :

Anna Netrebko chante Verdi chez Deutsche Grammophon…dans Il Trovatore : sa Leonora palpite et se déchire littéralement en une incarnation où son angélisme blessé, tragique, fait merveille : la diva trouve ici un rôle dont le caractère convient idéalement à ses moyens actuels (s’il n’était ici et là ses notes vibrées, pas très précises)… mais la ligne, l’élégance, la subtilité de l’émission et les aigus superbement colorés dans ” D’amore sull’ali rosee ” …  (dialogués là encore avec la flûte) sont très convaincants. Elle retrouve l’ivresse vocale qu’elle a su hier affirmer pour Violetta dans La Traviata. Que l’on aime la soprano quand elle s’écarte totalement de tout épanchement vériste : son legato sans effet manifeste une musicienne née. Sa Leonora, hallucinée, d’une transe fantastique, dans le sillon de Lady Macbeth, torche embrasée, force l’admiration : toute la personnalité de Netrebko rejaillit ici en fin de programme, dans le volet le plus saisissant de ce récital verdien, hautement recommandable. Concernant Villazon, … le ténor fait du Villazon … avec des nuances et des moyens très en retrait sur ce qu’il fut, en comparaison moins aboutis que sa divine partenaire. Anna Netrebko pourrait trouver sur la scène un rôle à sa (dé)mesure : quand pourrons nous l’écouter et la voir dans une Leonora révélatrice et peut-être subjugante ? Bravissima diva.

Lire la critique du cd complète.

logo_francemusiquesalzbourg logoFrance Musique. Verdi : Le Trouvère. Anna Netrebko. Le 31 août 2014, 20h. Avec Anna Netrebko (Leonora), Francesco Meli (Manrico), Marie-Nicole Lemieux, Placido Domingo. Philharmonique de Vienne. Daniele Gatti, direction. L’écoute de cette diffusion France Musique est d’autant plus incontournable que l’opéra en juin, proposant 6 dates du 9 au 24 août 2014, était déjà sold out (complet) : affichant le Philharmonique de Vienne, Anna Netrebko, Lemieux (Azucena), Domingo (Luna), la production salzbourgeoise permet de mesurer l’évolution de la voix et du chant de la soprano vedette Anna Netrebko dans un rôle qui semble taillé pour elle. Réponse le 31 août sur les ondes de France Musique.