HAENDEL / HANDEL : les Oratorios anglais, partie 2. Les ouvrages de la maturité : Solomon, Theodora, Jephtha

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423INTRODUCTION
 A l’étĂ© 2016, Decca publie un coffret « The Great oratorios », somme discographique de 41 cd, regroupant 16 oratorios principaux du Saxon Georg Friedrich Handel / Haendel (1685-1759). MĂȘme incomplet car il ne s’agit pas d’une intĂ©grale (sont absents des ouvrages pourtant majeurs tels concernant la pĂ©riode prĂ©londonienne : Il Trionfo del Tempo e del Disinganno de 1737 ou la BrockesPassion de 1719 ; puis entre autres, le sublime Allegro, Il Penseroso ed il Moderato de 1740 ; Susanna de 1749,
), le coffret Decca The Great oratorios offre un focus idĂ©al sur une double thĂ©matique : la carriĂšre passionnante de Handel hors de l’Europe continentale, aprĂšs son sĂ©jour miraculeux en Italie, aprĂšs ses nombreux engagements en terres germaniques
 et aussi, un regard sur l’interprĂ©tation moderne, principalement celle des chefs anglais, des drames non scĂ©niques de Haendel, soit des annĂ©es 1970 avec Mackerras (1977) jusqu’aux plus rĂ©cents McCreesh et Minkowski
 sans omettre les passionnants Hogwood, Pinnock, Christophers et Gardiner
 Certes le geste de Neville Marriner (nĂ© en 1924), pionnier visionnaire en l’occurrence n’est pas prĂ©sent non plus (d’autant que Decca dĂ©tient ses gravures les plus intĂ©ressantes), mais la somme ainsi rĂ©Ă©ditĂ©e se rĂ©vĂšle passionnante. OpportunitĂ© pour CLASSIQUENEWS d’Ă©voquer pas Ă  pas, l’avancĂ©e de l’Ă©popĂ©e de Haendel Ă  Londres dans les annĂ©es 1740 et 1750 : un travail qui l’occupe Ă  la fin de sa vie jusqu’Ă  l’Ă©puiser.

handel-haendel-londres-london-vignette-dossier-haendel-2016-sur-classiquenewsL’inventivitĂ© du crĂ©ateur trouve en Angleterre un terreau fertile et parfois Ă©prouvant, pour inventer une nouvelle forme dramatique : opĂ©ra seria, masques ou odes, enfin surtout Ă  partir de 1733 (2Ăšme version d‘Esther), en langue anglaise, l’oratorio spĂ©cifiquement britannique. OĂč toute scĂ©nographie absente, permet Ă  la seule Ă©criture vocale et musicale, d’exprimer tous les enjeux et ressorts dramatiques comme le parcours moral et le sens spirituel des ouvrages, d’autant que l’action y est souvent plus psychologique que spectaculaire. LIRE notre prĂ©sentation et introduction complĂšte (Les Oratorios de Haendel, dossier spĂ©cial, partie 1).

 



HAENDEL / HANDEL : les Oratorios anglais, partie 2

Les ouvrages de la maturité : Solomon, Theodora, Jephtha

 

Dossier : Haendel Ă  Londres, les oratorios anglaisBilan interprĂ©tatif… A l’heure du bilan, l’Ă©coute rĂ©trospective souligne l’engagement palpitant des chefs Hogwood (1941-2014), Trevor Pinnock (nĂ© en 1946), Harry Christophers (nĂ© en 1953)…, douĂ©s d’un raffinement expressif de premier ordre, soucieux aussi de cohĂ©rence s’agissant des distributions de solistes. Le second cycle d’oratorios ici prĂ©sentĂ©s et critiquĂ©s, souligne le geste particuliĂšrement convaincant de Paul McCreesh, nĂ© en 1960  (Solomon, Theodora
 en 1999 et 2000) surclassant aisĂ©ment par sa suprĂȘme Ă©lĂ©gance et sa fine caractĂ©risation, les lectures d’un Gardiner, en comparaison trop lisse et vocalement dĂ©sĂ©quibrĂ©. Les derniers ouvrages contenus dans le coffret DECCA “The grĂ©Ăąt oratorios” dĂ©voile Ă©galement l’évolution du dernier Handel, de moins en moins spectaculaire, mais progressivement mĂ©ditatif, intime, d’une rare intelligence psychologique, confirmant la profondeur spirituelle des drames anglais, aux cotĂ©s de l’écriture chorale, d’une remarquable Ă©loquence
 Pour nous les deux chefs d’oeuvres absolus demeurent aprĂšs Le Messie, 
Solomon et Theodora (version McCreesh donc, perle du prĂ©sent coffret).

 

 

 

Solomon, mars 1749

haendel handel londres oratorio anglaisCrĂ©Ă© en mars 1749 au ThĂ©Ăątre Royal Covent Garden de Londres, Solomon illustre un Ă©pisode poĂ©tique inspirĂ© du Livre des Rois et des AntiquitĂ©s de Flavius Joseph. Le livret est restĂ© anonyme. Le choeur y est un personnage principal, au mĂȘme titre que les autres hĂ©ros; l’orchestre, particuliĂšrement raffinĂ© ; et pour colorer sa partition, Handel emprunte Ă  nouveau Ă  ses confrĂšres, nombres de mĂ©lodies qui lui plaisent (Muffat, Telemann, Steffani). L’élĂ©gance et le raffinement de l’écriture entendent exprimer cet Ăąge d’or d’une AntiquitĂ© lĂ©gendaire et hautement morale que le rĂšgne gĂ©orgien du vivant de Handel ressuscite : aux oratorios de Handel, la mission d’en argumenter le rapprochement. Salomon, comme Alexandre et Hercule en France, offrant un modĂšle pour le Souverain ainsi cĂ©lĂ©brĂ© allusivement par le compositeur.

Acte I. Salomon le sage. L’ouvrage souligne la sagesse de Solomon qui trouve sa force dans sa foi en Dieu. FortifiĂ© encore par les louanges du grand prĂȘtre, Zadock, le jeune roi Ă©coule des jours heureux avec son Ă©pouse, la fille de Pharaon.
Acte II. Le jugement de Salomon. Deux prostituĂ©es se querellent la maternitĂ© d’un mĂȘme enfant. Contraste saisissant entre le rĂ©cit des deux mĂšres : la premiĂšre tendre, la seconde, haineuse et vindicative. Solomon ordonne de couper en deux moitiĂ©s Ă©gales le bĂ©bĂ© : la seconde femme, tout autant victorieuse et sauvage, rĂ©vĂšle sa nature mauvaise et son action mensongĂšre (n°19). Seule la vraie mĂšre, soucieuse de la vie de son enfant, reste affligĂ©e, digne et douloureuse, prĂȘte Ă  renoncer pour sauver l’enfant (n°20 : « Can I see my infant gor’d »). L’imposture Ă©tant dĂ©voilĂ©e, Solomon chasse la 2Ăšme femme : rĂ©confortant la 1Ăšre mĂšre (duo sublime n°22 : « Thrice bleds’d be the King » )

Acte III : Louange monarchique. Salomon le sage chante son bonheur avec son Ă©pouse, cĂ©lĂ©brĂ© par Zadock : est ce bien la JudĂ©e ou l’Angleterre gĂ©orgienne que cĂ©lĂšbre ici Handel ? Le choeur entonne un cycle d’airs contrapuntiques d’un souffle miraculeux, aussi exigeants que Israel en Egypte et Le Messie.

mc-creesh-oratorios-ahendel-Paul-McCreesh_0335_credit-Ben-Wrightoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. LE MIRACLE MCCREESH. En 1999, – prĂ©ludant au miracle de sa Theodora l’annĂ©e suivante (avec certains mĂȘmes solistes dont Susan Gritton ou Paul Agnew), au service d’une flexibilitĂ© souvent chorĂ©graphique, pleine de souple caractĂ©risation, le geste de Paul McCreesh et ses Gabrieli Consort & Pslayers excellent dans un drame hautement moral oĂč aux cĂŽtĂ©s de la plasticitĂ© aimable des choeurs, Ă©blouit une distribution trĂšs cohĂ©rente sur le plan expressif : la tendresse habitĂ©e de Susan Gritton (Reine de Sheba), la basse toute aussi onctueuse et si musicale de Peter Harvey (un Levite : sublime caractĂ©risation humaine pour ce rĂŽle de seconde importance mais capitale dans l’humanitĂ© du sujet, dĂšs son premier air au I), sans omettre le Zadock de grande classe de Paul Agnew, comme le timbre Ă©gal, juvĂ©nile, Ă©clatant de la haute-contre Andras Scholl, au sommet de ses possibilitĂ©s vocales, pour la figure axiale de Solomon. Tout cela coule comme une langue naturelle, d’une Ă©lĂ©gance irrĂ©sistible : McCreesh Ă©gale la science ductile, la flexibilitĂ© souveraine, poĂ©tique et expressive de William Christie chez Rameau ou chez Handel (cf son magnifique Belshazzar rĂ©alisĂ© en 2012) : c’est dire la rĂ©ussite totale de cet enregistrement de 1999, suivi en 2000, d’une tout aussi somptueuse Theodora. 2 enregistrements qui sont des must pour comprendre la langue dramatique et poĂ©tique de Haendel dans le genre de l’oratorio anglais.

 

 

 

Theodora, mars 1750

Oratorio en 3 actes, d’une longueur significative, Theodora est crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre Royal Covent Garden en mars 1750 et retrace l’épopĂ©e de la martyre chrĂ©tienne au dĂ©but du IVĂš siĂšcle. Le librettiste Thomas Morell s’inspire moins de la piĂšce de Pierre Corneille que reprend le roman moralisateur publiĂ© en 1687 par Robert Boyle. Trop psychologique, la partition suscita une nette rĂ©serve de la part des Londoniens. Car l’écriture se fait de plus profonde et Ă©purĂ©e, expression croissante d’un mouvement intĂ©rieur de plus en plus serein et donc extatique oĂč la martyre Theodora emporte avec elle, ceux qui l’entourent et l’admirent : IrĂšne ; surtout le jeune romain Didymus -qui aime la jeune fille-, sur la voie du renoncement, du sacrifice et de la mort, car il s’est converti au christianisme et entend affirmer sa libertĂ© de conscience tout en restant fidĂšle Ă  Rome (ce que n’accepte pas l’autoritaire PrĂ©fet d’Antioche, Valens). Du mĂ©diocre texte de Thomas Morell, Handel observe avec un soin particulier le cheminement spirituel des Ăąmes justes, sur lesquels les Ă©preuves glissent, toutes absorbĂ©es par la rĂ©alisation de leur martyre final. Ce focus psychologique est le point central de l’évolution des oratorios de Haendel, certes capable de scĂšnes collectives et spectaculaires, mais aussi concepteur de sublimes portraits intimes, d’une haute valeur morale.

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423mc-creesh-oratorios-ahendel-Paul-McCreesh_0335_credit-Ben-WrightInterprĂ©tation. Souffle d’une grande tendresse, le geste tout aussi vif et nerveux de McCreesh en 2000 rĂ©ussit mieux que Gardiner, la suprĂȘme vivacitĂ© du drame orchestral et l’incisive et trĂšs pĂ©nĂ©trante acuitĂ© psychologique ; dans la rĂ©alisation des Gabrieli Consort & Players, tout y est idĂ©al : le cynisme arrogant et expressif des romains paĂŻens (Valens – excellent baryton :Neal Davies, qui a l’ardeur des bourreaux ; le choeur des romains) ; l’inatteignable sĂ©rĂ©nitĂ© des chrĂ©tiens, d’une croyance extatique, ineffablement tendre : Theodora, Irene, Didymus, soit Susan Gritton, Susan Buckley, Robin Blaze). MĂȘme Septimus, l’ami de Didymus est superbement portraiturĂ© par le tĂ©nor Paul Agnew (dans son chant s’écoule tous les enchantements arcadiens : premier air n°6, « Descend, kind pity » ). Le tempĂ©rament de McCreesh signe l’un de ses meilleurs enregistrements haendĂ©liens par sa fougue, son articulation, et souvent un Ă©tat d’urgence dramatique, totalement absent chez le plus lisse Gardiner. D’autant qu’outre la relief chorĂ©graphique des intermĂšdes orchestraux, le chef sait aussi Ă©clairer la suprĂȘme Ă©lĂ©gance du Handel, compositeur Ă©rudit et lettrĂ©, poĂšte sĂ©ducteur et esthĂšte de premier plan. Cette vivacitĂ© rappelle Pinnock et Hogwood : le raffinement et l’imagination de McCreesh dans la caractĂ©risation de chaque profil et dans chaque situation suscitent une totale adhĂ©sion. Enregistrement majeur.

 

 

 

Jephtha, février 1752
L’ultime oratorio HWV 70 est crĂ©Ă© le 26 fĂ©vrier 1752 au ThĂ©Ăątre royal Covent Garden et dĂ©montre la derniĂšre maniĂšre de Handel Ă  Londres, soit 7 annĂ©es avant sa mort. A la marge du choeur concluant l’acte II, le compositeur diminuĂ© et Ă  bout de souffle, Ă©crit : « incapable de continuer Ă  cause de l’affaiblissement de la vue de mon oeil gauche ». De fait, aprĂšs une pĂ©riode de repos total, mais de plus en plus aveugle, le compositeur achĂšve tant bien que mal Jephtha et sombre dans la cĂ©citĂ©, condamnĂ© Ă  66 ans, Ă  cesser toute activitĂ© musicale. C’est un dĂ©chirement et une fin tragique qui s’accordent au sujet de son dernier oratorio
 celui du renoncement et de l’adieu au monde. La composition a durĂ© du 21 janvier au 30 aoĂ»t 1751. A nouveau, Handel rĂ©serve le rĂŽle central de Jephtha au tĂ©nor John Beard.
Acte I. Zebul invite les Juifs Ă  choisir son demi frĂšre Jephtha pour les conduire Ă  la victoire sur les Ammonites. Iphis, la fille de Jephtha promet Ă  Hamor qu’elle l’épousera aprĂšs la victoire de son pĂšre. AllĂ©gresse et ivresse collective emportent les Juifs et dans un Ă©lan d’enthousiasme irrĂ©flĂ©chi, Jephtha promet au Seigneur que s’il gagne la bataille, il sacrifiera la premiĂšre personne qu’il rencontre.
Acte II. HĂ©las, Iphis se prĂ©pare et accueille son pĂšre conquĂ©rant au son d’une gracieuse symphonie en sol (extraite d’Ariodante) : elle chante sa joie sur une gavotte. Le pĂšre invite sa fille Ă  quitter aussitĂŽt les lieux mais il est trop tard. Iphis se soumet au sacrifice cependant que le pĂšre rĂ©siste Ă  sa promesse.
Acte III. Iphis fait ses adieux dans un air dĂ©chirant (« Farewell, ye limpide springs and floods »). Tel un Deus ex Machina, Thomas Morell rĂ©Ă©crit l’action que Carrissimi avait rendu bouleversante : en accord avec Handel, un ange paraĂźt et suspend l’arrĂȘt divin si Iphis accepte de vouer sa vie Ă  Dieu : elle aura la vie sauve. En liaison avec sa propre situation, le compositeur brosse un portrait Ă©blouissant de la fille Iphis, insouciante et joyeuse au I, frappĂ©e par l’ordre divin au II, capable au III d’une gravitĂ© nouvelle et d’un renoncement admirables. Les auteurs semblent se soumettre aux lois impĂ©nĂ©trables et insaisissables de la destinĂ©e.

 

gardiner-john-eliot-gardiner-maestro-handel-haendel-oratorio-cd-decca-coffret-review-critique-classiquenewsoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. Gardiner en 1989 signe l’un de ses premiers oratorios avec un soin particulier Ă  l’orchestre : tout coule, tout se rĂ©alise sans cependant cette Ă©lĂ©gance dĂ©tachĂ©e impĂ©riale qui fait de l’écriture haendĂ©lienne, l’expression d’une grĂące aristocratique. La tenue des deux premiers solistes : Zebul et Jephthah restent conformes, un peu trop lisse : Stephen Varcoe et Nigel Robson. De sorte qu’en un regard global, la caractĂ©risation n’atteint pas l’étonnante vivacitĂ© de ses ainĂ©s : Hogwood, Pinnock, Christophers ; ni mĂȘme l’éloquence palpitante de McCreesh. Il y manque ce raffinement royal, cette Ă©lĂ©gance suprĂȘme rĂ©solvant le tragique et la tendresse que l’on peut souvent a contrario retrouver dans les meilleures versions de William Christie. Anne Sofie von Otter offre au rĂŽle de Storge, sa gravitĂ© douloureuse et princiĂšre qui semble la distinguer comme Ă©tant la seule qui en vĂ©ritable Cassandre, a l’intuition de l’horreur Ă  venir
 Lynne Dawson fait une Iphis rien que
 gracieuse qui au moment de l’ultime sacrifice et renoncement du III manque sĂ©rieusement de profondeur et de vĂ©ritĂ© : pourtant Jephtah recueille le dernier sentiment du Handel anĂ©anti et usĂ© ; dans « Farewell  » n°34, grand air de suprĂȘme dĂ©tachement, soliste et chef restent Ă  la surface, d’une mesure jolie et 
 prĂ©cieuse voire apprĂȘtĂ©e / offrant une belle rĂ©alisation sans guĂšre d’hallucinants vertiges. Il faut rĂ©Ă©couter ici la profondeur poĂ©tique atteinte par Sir Neville Mariner, Ă  rĂ©Ă©diter chez 
 Decca.

 

 

 

 

Compléments

Le Coffret Decca ajoute l’Ode Alexander’s Feast ou le pouvoir de la musique en l’honneur de Sainte CĂ©cile, en deux parties, composĂ©e d’aprĂšs Dryden (1697), et prĂ©sentĂ©e en crĂ©ation Ă  Londres au ThĂ©Ăątre Royal Covent garden en fĂ©vrier 1736. ImmĂ©diatement, le public londonien applaudit cette ode, fiĂšre et princiĂšre allĂ©gorie, au souffle philosophique chantĂ©e en anglais (26 reprĂ©sentations de 1736 Ă  1755).
Partie 1. Selon Plutarque, Alexandre vainqueur de Darius, cĂ©lĂšbre en prĂ©sence de la belle ThaĂŻs, sa victoire Ă  Persepolis lors d’un grand et somptueux banquet : hymne Ă  Zeus, Ă  Bacchus, Ă©vocation de la mort de Darius, cĂ©lĂ©bration des joies de l’amour et des plaisirs, grĂące Ă  la musique (incarnĂ© par le chantre ThimotĂ©e dont le chant suscite divers passions par son Ă©loquente maĂźtrise).
Partie 2. Le tĂ©nor chante un air guerrier et la basse justifie l’acte des Grecs contre les Perses car ces derniers avaient incendiĂ© AthĂšnes. Juste retour des choses. Alors qu’on cĂ©lĂšbre la destruction de Persepolis, le choeur final compare le chant de ThimotĂ©e au pouvoir salvateur de la musique et de Sainte-CĂ©cile. Handel n’organise pas son sujet en un drame cohĂ©rent comprenant personnages et situations dramatiques enchaĂźnĂ©es. C’est une succession d’airs, duos et de choeurs exclamatifs, fortement expressifs, le plus souvent allĂšgres.

InterprĂ©tation. Pourtant avec ses fabuleux Monteverdi Choir et les English Baroque Solists, Gardiner en 1988 rĂ©alise un soutien choral et orchestral trĂšs sĂ©duisant mais trop lisse et finalement d’une tenue mĂ©canique peu caractĂ©risĂ©e sur la durĂ©e. Les solistes sont plus intĂ©ressants, permettant d’exprimer aves justesse le sentiment et le caractĂšre de chaque sĂ©quence : Donna Brown, Carolyne Watkinson, Stephen Vercoe
 Pour autant l’engagement des interprĂštes manquent de souffle et d’urgence et l’on reste en attente d’une version plus mordante et vive.

 

 

gardiner-john-eliot-gardiner-maestro-handel-haendel-oratorio-cd-decca-coffret-review-critique-classiquenewsLe coffret ajoute aussi un oratorio de jeunesse, en anglais parmi les premiers essais : Acis & Galatea, HWV 49, masque en deux parties d’aprĂšs le livret de John Gay, crĂ©Ă© Ă  Cannons en 1718
 En 1978, soit l’une de ses premiĂšres lectures haendĂ©liennes, Gardiner et ses English Baroque Soloists frappent un grand coup, d’une fraicheur de ton admirable, d’une vivacitĂ© expressive passionnante. D’une grĂące purcelliennes, le masque est une savoureuse et suave pastorale oĂč perce dĂ©jĂ  le souffle des choeurs, surtout le solitude langoureuse de la brute PolyphĂšme pour Galatea, qui Ă©crase l’amant de la belle, Acis. La verve thĂ©Ăątrale, l’acuitĂ© du geste saisissent et convainquent totalement, assurant Ă  ses dĂ©buts, la justesse poĂ©tique de Gardiner aux cĂŽtĂ©s duquel brillent la grĂące et tendresse des solistes : Norma Burrowes, Anthony Rolfe Johnson, Willard White soit Galatea, Damon et Polyphemus. Superbe premier geste originel d’un Gardiner non encore « standardisé » (comme il tendra Ă  l’ĂȘtre dans les annĂ©es 1980 et 1990). La version, prĂ©cĂ©demment rĂ©Ă©ditĂ©e dans le coffret Archiv, analogue archives / ARCHIV Produktion / analogue stereo recordings (1959-1981) – 50 cd limited edition (parution de mai 2016) — LIRE notre prĂ©sentation et critique 

LIRE aussi le volet 1 de notre grand dossier HAENDEL / HANDEL, les Oratorios 1/2

 

 

 

Compte rendu, oratorio. Paris, TCE, le 10 octobre 2015. Haendel : Theodora. Katherine Watson, D’Oustrac, Thorpe… William Christie, direction

Compte rendu, oratorio. Paris, TCE, le 10 octobre 2015. Haendel : Theodora. Katherine Watson, D’Oustrac, Thorpe… William Christie, direction. Grand retour de Theodora, l’oratorio du silence et de la lenteur, au TCE Ă  Paris, sublimĂ© par le geste concentrĂ©, noble et introspectif de William Christie Ă  la tĂȘte de ses troupes des Arts Florissants. C’est un comble mĂ©ritant en effet que l’oratorio, forme abstraite et spirituelle, de surcroĂźt celui qui est le plus allĂ©gorique, ne nĂ©cessitant doncpas de mise en scĂšne, soit ici scĂ©nographie : pas facile de rendre dramatique, une partition qui l’est dĂ©jĂ  par la seule musique, ses contrastes et Ă©pisodes enchaĂźnĂ©s. Hymne fraternel pour la tolĂ©rance, contre l’oppression sous toute ses formes, Theodora malgrĂ© son sujet chrĂ©tien est une fresque saisissante qui dĂ©passe l’anecdote pour atteindre Ă  l’universel. C’est toute la comprĂ©hension profonde et subtilement intĂ©rieure qu’apporte William Christie dont on ne cessera jamais de remarquer cet Ă©quilibre souverainentre l’élĂ©gance de la forme et la profondeur de chaque inflexion. Ce poli formel, cette perfection de l’intonation dont de ses Haendel, des rĂ©fĂ©rences absolues (ses rĂ©cents enregistrements d’un autre oratorio Belshaazar, qui inaugurait son propre label, puis Musiques pour les FunĂ©railles de la Reine Caroline ont confirmĂ© une affinitĂ© viscĂ©rale entre le chef et le compositeur saxon. Les 2 cd ont Ă©tĂ© Ă©lus CLIC de classiquenews Ă  juste titre.

 

 

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AprĂšs Glyndebourne en 1996, William Christie reprend Theodora Ă  Paris

Magie haendélienne au TCE

 

 

Le metteur en scĂšne Stephen Langridge a le mĂ©rite de travailler la clartĂ© de l’action ; des soldats d’une Ă©poque et d’un lieu indĂ©fini oppriment un peuple de croyants (qui peuvent ĂȘtre aussi de toute Ă©poque et de tout continent) : ce n’est donc pas un narration restituĂ©e dans son milieu et dans son histoire qui importe ici mais la violence et la barbarie de la situation qui prime sur le reste (les spectateurs sont confrontĂ©s Ă  des scĂšnes allusives cependant trĂšs fortes : exĂ©cution, prostitution obligĂ©e dont celle de la chrĂ©tienne Theodora
 emblĂšmes ordinaires d’un pouvoir totalitaire qui exerce la terreur).
Ainsi l’oratorio de 1749 gagne une grandeur symbolique Ă©vidente ; et dans une scĂšne Ă©purĂ©e, la force psychologique des protagoniste est particuliĂšrement mise en avant, d’autant que William Christie a le secret de leur caractĂ©risation. Le chef s’entend Ă  merveille Ă  exprimer la gravitĂ© digne du dernier Haendel, celui qui aux portes de la mort et de la nuit (Ă  cause de sa cĂ©citĂ© grandissante) s’économise et cible l’essentiel.
Si l’on attendait le sopraniste Philippe Jaroussky en Didyme (honnĂȘte il est vrai mais pas mĂ©morable : trop lisse, trop plastiquement poseur), c’est surtout Katherine Watson, partenaire familiĂšre de Wiliam Christie (elle a dĂ©jĂ  chantĂ© Ă  son festival vendĂ©en de ThirĂ© : Dans les Jardins de William Christie), qui captive par sa trĂšs fine prĂ©sence, offrant au caractĂšre de Theodora, la puissance calme et serine des Ă©lus : certitude intĂ©rieure, d’une inaltĂ©rable conviction servie par un tempĂ©rament extĂ©rieur entre maĂźtrise et sensibilitĂ© (les dĂ©tracteurs diront froideur et rigiditĂ© anglosaxonne). Le style est parfait et la langue, idĂ©alement articulĂ©e. Les voix graves, StĂ©phanie d’Oustrac en IrĂšne (embrasĂ©e) et Callum Thorpe (hier laurĂ©at d’un prĂ©cĂ©dent Jardin des voix) en Valens (gouverneur dictateur juvĂ©nil, un parfait « effeminato », pervers/autoritaire Ă  la façon du Nerone de Monteverdi et Busenello), tempĂšrent cette fresque angĂ©lique et profonde, de teintes plus Ăąpres et dĂ©chirantes ; inquiet et tiraillĂ©, le compagnon de Didymus, et comme lui soldat romain, trouve en Kresimir Spicer, un ĂȘtre palpitant Ă  l’ñme ardente et en dĂ©sĂ©quilibre (quoique parfois une rien retenu, presque naĂźt et trop candide). Remarquables figures.

 

 

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A la ligne noble et mordante des solistes rĂ©pond la masse ciselĂ©e du choeur, l’un des plus mĂ©ditatifs et spirituels de Haendel (chrĂ©tiens inspirĂ©s, hallucinĂ©s ; romains quoiqu’ils en disent, admirateurs d’une telle passion), grĂące Ă  la direction ample, mesurĂ©e, structurelle d’un Christie, expert en la matiĂšre. Souvent le chef peste contre la rĂ©action bruyante du public, mais il est soucieux de la tension continue et de la fluiditĂ© de son incroyable mĂ©canique musicale. Les spectateurs oublieraient-ils qu’ils assistent Ă  un oratorio, et non un opĂ©ra ? On se souvient d’une Susanna inoubliable Ă  Ambronay et d’une Theodora dĂ©jĂ  lĂ©gendaire il y a 20 ans Ă  Glyndebourne (1996, scĂ©nographiĂ©e alors par Peter Sellars avec les torches incandescentes Lorraine Hunt et Richard Croft) : cette Theodora parisienne, grĂące Ă  la magie envoĂ»tante d’un Christie plus handĂ©lien que jamais, – et inĂ©galĂ© dans ce rĂ©pertoire : entre finesse et spiritualitĂ©-, est en passe de renouveler le prodige, tout au moins sur le plan instrumental et choral.

 

 

 

Theodora de Haendel par William Christie, à l’affiche du TCE à Paris, les 16, 18 et 20 octobre 2015.

 

 

INTERNET. Theodora de Haendel par William Christie

arte_logo_2013Internet. “Theodora” de Haendel, vendredi  16 octobre, 20h, en direct du ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es sur ARTE Concert ; Ă  voir depuis le lien suivant, en direct puis pendant plusieurs mois :

http://concert.arte.tv/fr/theodora-de-haendel-au-theatre-des-champs-elysees

 

L’oratorio mis en scĂšne, sera diffusĂ© Ă  l’antenne d’Arte, courant 2016. Nouvelle production dirigĂ©e par William Christie et Les Arts Florissants. Avec Philippe Jaroussky et Katherine Watson
 dans les deux rĂŽles principaux, Dydimus et Theodora, amants chrĂ©tiens, unis jusque dans la mort…

William Christie,  direction
Stephen Langridge,  mise en scÚne
Philippe Giraudeau,  chorégraphie
Alison Chitty,  décors et costumes
Fabrice Kebour,  lumiÚres

Katherine Watson, Theodora
StĂ©phanie d’Oustrac, IrĂšne
Philippe Jaroussky, Dydime
Kresimir Spicer, Septime
Callum Thorpe, Valens

Orchestre et ChƓur Les Arts Florissants

 

LIRE notre prĂ©sentation complĂšte de l’oratorio Theodora de Haendel par William Christie, grand spĂ©cialiste de Haendel et connaisseur de l’oratorio Theodora.

 

 

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates Ă©vĂ©nements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprĂšte le mieux inspirĂ©. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et crĂ©ateur rĂ©cent du festival enchanteur Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque derniĂšre semaine d’aoĂ»t). “Bill” connaĂźt Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractĂ©riser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un rĂ©cent album dĂ©diĂ© aux musiques funĂšbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants) a encore confirmĂ© les affinitĂ©s du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maĂźtrise rare dans l’art expressif et lyrique sans dĂ©ploiement thĂ©Ăątral
 Ă©motions, enjeux et action Ă©tant seulement portĂ©s par les Ă©lans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durĂ©e indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’aprĂšs l’histoire chrĂ©tienne : Theodora est une martyre chrĂ©tienne du IVĂš siĂšcle, incarnant avec une rare rĂ©ussite la plĂ©nitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraĂźne avec elle son fiancĂ© Didymus : aucune Ă©preuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espĂ©rance intĂ©rieures qui portent la vierge martyre. EN LIRE +

 

 

William Christie reprend Theodora de Haendel

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates Ă©vĂ©nements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprĂšte le mieux inspirĂ©. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et crĂ©ateur rĂ©cent du festival enchanteur Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque derniĂšre semaine d’aoĂ»t). “Bill” connaĂźt Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractĂ©riser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un rĂ©cent album dĂ©diĂ© aux musiques funĂšbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants) a encore confirmĂ© les affinitĂ©s du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maĂźtrise rare dans l’art expressif et lyrique sans dĂ©ploiement thĂ©Ăątral… Ă©motions, enjeux et action Ă©tant seulement portĂ©s par les Ă©lans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durĂ©e indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’aprĂšs l’histoire chrĂ©tienne : Theodora est une martyre chrĂ©tienne du IVĂš siĂšcle, incarnant avec une rare rĂ©ussite la plĂ©nitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraĂźne avec elle son fiancĂ© Didymus : aucune Ă©preuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espĂ©rance intĂ©rieures qui portent la vierge martyre.

 

 

 

L’oratorio anglais selon Haendel

En 1750, Haendel accomplit une forme remarquablement raffinĂ© de l’oratorio anglais

 

Les chƓurs sont magnifiquement Ă©crits : chrĂ©tiens puissamment contrapuntiques et d’une sĂ©duction rare – spirituelle et d’une ineffable Ă©lan mystique en rĂ©sonance avec le parcours fervent de l’hĂ©roĂŻne ; Romains paĂŻens non moins engagĂ©s, mais d’une simplicitĂ© homorythmique pourtant trĂšs orchestrĂ©e.
Le profil des personnalitĂ©s montre le travail de Haendel pour caractĂ©riser avec beaucoup de finesse chacun des protagonistes : tant de subtilitĂ© dans le traitement des personnages dĂ©montre l’humanitĂ© qui inspire Haendel, son humanisme compatissant Ă  la douleur des ĂȘtres, Ă  la souffrance des Ăąmes Ă©prouvĂ©es sur l’autel de l’intolĂ©rance. Au delĂ  de la lĂ©gende chrĂ©tienne, Haendel s’intĂ©resse Ă  la tragĂ©die des justes, sacrifiĂ©s par la machine de la barbarie.

 

 

synopsis

Haendel handel oratorio opera baroqueActe I. Pour fĂȘter l’anniversaire de l’Empereur DioclĂ©tien, le prĂ©fet romain d’Antioche Valens ordonne que le peuple sacrifie Ă  Jupiter. Pourtant le jeune officier romain Didymus s’oppose Ă  cette tyrannie religieuse : lui-mĂȘme converti secrĂȘtement au christinianisme milite pour la libertĂ© de conscience. La jeune noble Theodora dĂ©fie l’autoritĂ© romaine : elle est arrĂȘtĂ©e pour ĂȘtre prostituer dans le temple de VĂ©nus. DĂ©jĂ , l’Ăąme languissante de Theodora, habitĂ©e par la mort de dĂ©livrance, se recommande aux anges (scĂšne 5). Didymus jure de la libĂ©rer.
Acte II. Didymus rĂ©ussit Ă  revoir Theodora dans sa loge (grĂące Ă  l’acceptation de Septimus), cependant que la suivante de la jeune prisonniĂšre, IrĂšne, prie pour son salut. Didymus propose Ă  Theodora de revĂȘtir son armure pour s’Ă©chapper pendant que le jeune homme, qui l’aime et qui est prĂȘt Ă  mourir, prendra sa place.
Acte III. Theodora libĂ©rĂ©e exprime le seul air gracieux presque insouciant dans une succession de lamentations langoureuses. Mais Didymus a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort. Theodora pour sauver le jeune homme se livre Ă  Valens.Le dernier chƓur des chrĂ©tiens cĂ©lĂšbrent l’abnĂ©gation et la courage des deux chrĂ©tiens marchant Ă  leur supplice.

 

 

boutonreservationParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10, 13, 16, 18, 20 octobre 2015. 5 dates événements. Mise en scÚne : Stephen Langridge. Oratorio en trois actes créé en 1750, Livret de Thomas Morell.

 

William Christie  direction
Stephen Langridge  mise en scÚne
Philippe Giraudeau  chorégraphie
Alison Chitty  décors et costumes
Fabrice Kebour  lumiÚres

Katherine Watson Theodora
StĂ©phanie d’Oustrac IrĂšne
Philippe Jaroussky Dydime
Kresimir Spicer Septime
Callum Thorpe Valens

Orchestre et ChƓur Les Arts Florissants

 

 

William Christie vous ouvre les portes de ses jardins enchantĂ©s15 ans aprĂšs son enregistrement lĂ©gendaire, William Christie reprend Theodora avec l’intense caractĂ©risation qui lui est propre : le chef fondateur des Arts Florissants s’entoure d’une nouvelle distribution vocale dont l’excellente soprano Katherine Watson dans le rĂŽle titre, cependant que StĂ©phanie d’Oustrac prĂȘte son somptueux timbre Ăąpre et chaud au personnage d’IrĂšne (la suivante de la jeune noble Theodora), Philippe Jaroussky chante la partie du jeune officier romain converti, Didymus (premier emploi dans un oratorio anglais pour le chanteur français), et que la basse Callum Thorpe (laurĂ©at du Jardin des Voix 2013) incarne l’implacable gouverneur d’Antioche, bourreau des deux fiancĂ©s chrĂ©tiens, Valens.

 

 

handel-haendel-portrait-grand-formatContexte. Avec Theodora, oratorio de l’indĂ©fectible ferveur de la vierge martyre, Haendel perfectionne encore sa maĂźtrise dans le genre dont il s’est le champion inatteignable : l’oratorio anglais. AprĂšs le succĂšs de l’oratorio Judas Maccabaeus de 1746, Haendel renoue avec le succĂšs Ă  Londres dans le genre de l’oratorio. En 1749, le compositeur surenchĂ©rit dans l’excellence et toujours en langue anglaise, avec deux nouveaux accomplissements : Solomon et Susanna. Theodora de 1750 marque avec Jephta de 1752, un sommet de son inspiration sur un livret rĂ©digĂ© par le rĂ©vĂ©rend Thomas Morell (recommandĂ© par le prince de Galles). On ne saurait insister sur la couleur spĂ©cifique dans le genre de l’oratorio anglais de Theodora, unique drame inspirĂ© de la passion chrĂ©tienne. Morell s’inspire du drame de Corneille (ThĂ©odore, vierge et martyre de 1646) dont il puise ce souffle poĂ©tique souvent irrĂ©sistible. On ne saurait insister sur la justesse poĂ©tique et la profonde cohĂ©rence de l’oeuvre : l’ouverture en sol mineur affirme la tonalitĂ© dĂ©sormais associĂ©e Ă  Theodora, sa foi inextinguible et indestructible, laquelle conclut aussi la partition.

 

 

christie-william-les-arts-florissants-3-cd-critique-review--handel-theodora-erato-cd-reference-clic-de-classiquenews-compte-rendu-critiqueCD. Handel : Theodora, 1750. William Christie, Les Arts Florissants (3 cd Erato). EnregistrĂ© Ă  Paris Ă  l’Ircam en mai 2000, la version de Bill de l’oratorio oriental de Handel (l’action se dĂ©roule Ă  Antioche) captive de bout en bout grĂące Ă  un travail spĂ©cifique sur la caractĂ©risation dramatique de l’action : situations et protagonistes gagnent un relief revivifiĂ© dans un cycle continu qui frappe par sa cohĂ©rence et son souffle. William Christie a poursuivi son exploration du thĂ©Ăątre de Handel : ses rĂ©centes lectures de Belshaazar puis des Musiques pour la reine Caroline (2 titres Ă©ditĂ©s en 2014 et 2015, sous le nouveau label des Arts Florissants) ont confirmĂ© la profonde comprĂ©hension du chef, fondateur des Arts Florissants, de l’écriture haendĂ©lienne. Ici prĂ©valent l’intensitĂ© spirituelle, surtout le parcours Ă©motionnel du couple des martyrs chrĂ©tiens, Theodora et son fiancĂ© Didymus, jeune officier romain converti au christianisme. Toujours plus contraints, les chrĂ©tiens renforcent leur certitude et leur croyance. EprouvĂ©s, humiliĂ©s, inquiĂ©tĂ©s (par l’inflexible et furieux Valens), les deux Ă©lus savent garder leur conviction en une droiture intĂ©rieure saisissante que la musique exprime directement. L’importance des chƓurs, chrĂ©tiens et romains, remarquablement Ă©crits, souligne l’ampleur spirituelle souhaitĂ©e par Handel. Erato rĂ©Ă©dite le coffret de 3 cd Ă  l’occasion de la nouvelle lecture de Theodora par William Christie en octobre 2015. Sophie Daneman dans le rĂŽle titre signe l’un de ses derniers rĂŽles parmi les plus habitĂ©s. DĂšs son premier air  : “Fond; flatt’ring world, adieu!” la soprano exprime le caractĂšre Ă  la fois Ă©thĂ©rĂ© et abandonnĂ© une inĂ©luctable mort sacrificielle d’une Theodora, totalement embrasĂ©e par son destin qui la voue au martyre.En Dydimus, Daniel Taylor a des aigus faciles et un medium bien assurĂ© : le contre tĂ©nor (Ă  l’origine le rĂŽle fut confiĂ© au castrat alto Gaetano Guadagni affirme la certitude du jeune officier romain converti. Le Septimus de Richard Croft gagne un relief lui aussi finement caractĂ©risĂ© grĂące Ă  sa tessiture de tĂ©nor tendre : le chanteur exprime la sensibilitĂ© d’un romain qui sait ĂȘtre permĂ©able Ă  la conversion de Didymus. L’IrĂšne de Juliette Galstian fait valoir un timbre plus neutre, moins nuancĂ© et flexible que Sophie Daneman. EmblĂšme d’une direction articulĂ©e et claire, le geste de William Christie sait rĂ©aliser cette texture pointilliste de l’orchestre, Ă  la fois parfaitement dĂ©taillĂ©e, et tout autant d’une onctuositĂ© flexible et chaude qui convoque l’Ă©popĂ©e et la transfiguration spirituelle. Bill semble nous rappeler combien le tempĂ©rament de Haendel mĂȘme en eaux sacrĂ©es et oratoriennes, demeure viscĂ©ralement sensuel, d’un esthĂ©tisme aristocratique, raffinĂ©, chaleureux, toujours onctueux. Flamboyant, spirituel. Du trĂšs grand Haendel, rĂ©vĂ©lĂ©, magnifiĂ© par un interprĂšte princier.

 

 

 

William Christie relit Theodora de Haendel

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates Ă©vĂ©nements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprĂšte le mieux inspirĂ©. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et crĂ©ateur rĂ©cent du festival enchanteur Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque derniĂšre semaine d’aoĂ»t). “Bill” connaĂźt Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractĂ©riser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un rĂ©cent album dĂ©diĂ© aux musiques funĂšbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants) a encore confirmĂ© les affinitĂ©s du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maĂźtrise rare dans l’art expressif et lyrique sans dĂ©ploiement thĂ©Ăątral… Ă©motions, enjeux et action Ă©tant seulement portĂ©s par les Ă©lans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durĂ©e indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’aprĂšs l’histoire chrĂ©tienne : Theodora est une martyre chrĂ©tienne du IVĂš siĂšcle, incarnant avec une rare rĂ©ussite la plĂ©nitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraĂźne avec elle son fiancĂ© Didymus : aucune Ă©preuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espĂ©rance intĂ©rieures qui portent la vierge martyre.

 

 

 

L’oratorio anglais selon Haendel

En 1750, Haendel accomplit une forme remarquablement raffinĂ© de l’oratorio anglais

 

Les chƓurs sont magnifiquement Ă©crits : chrĂ©tiens puissamment contrapuntiques et d’une sĂ©duction rare – spirituelle et d’une ineffable Ă©lan mystique en rĂ©sonance avec le parcours fervent de l’hĂ©roĂŻne ; Romains paĂŻens non moins engagĂ©s, mais d’une simplicitĂ© homorythmique pourtant trĂšs orchestrĂ©e.
Le profil des personnalitĂ©s montre le travail de Haendel pour caractĂ©riser avec beaucoup de finesse chacun des protagonistes : tant de subtilitĂ© dans le traitement des personnages dĂ©montre l’humanitĂ© qui inspire Haendel, son humanisme compatissant Ă  la douleur des ĂȘtres, Ă  la souffrance des Ăąmes Ă©prouvĂ©es sur l’autel de l’intolĂ©rance. Au delĂ  de la lĂ©gende chrĂ©tienne, Haendel s’intĂ©resse Ă  la tragĂ©die des justes, sacrifiĂ©s par la machine de la barbarie.

 

 

synopsis

Haendel handel oratorio opera baroqueActe I. Pour fĂȘter l’anniversaire de l’Empereur DioclĂ©tien, le prĂ©fet romain d’Antioche Valens ordonne que le peuple sacrifie Ă  Jupiter. Pourtant le jeune officier romain Didymus s’oppose Ă  cette tyrannie religieuse : lui-mĂȘme converti secrĂȘtement au christinianisme milite pour la libertĂ© de conscience. La jeune noble Theodora dĂ©fie l’autoritĂ© romaine : elle est arrĂȘtĂ©e pour ĂȘtre prostituer dans le temple de VĂ©nus. DĂ©jĂ , l’Ăąme languissante de Theodora, habitĂ©e par la mort de dĂ©livrance, se recommande aux anges (scĂšne 5). Didymus jure de la libĂ©rer.
Acte II. Didymus rĂ©ussit Ă  revoir Theodora dans sa loge (grĂące Ă  l’acceptation de Septimus), cependant que la suivante de la jeune prisonniĂšre, IrĂšne, prie pour son salut. Didymus propose Ă  Theodora de revĂȘtir son armure pour s’Ă©chapper pendant que le jeune homme, qui l’aime et qui est prĂȘt Ă  mourir, prendra sa place.
Acte III. Theodora libĂ©rĂ©e exprime le seul air gracieux presque insouciant dans une succession de lamentations langoureuses. Mais Didymus a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort. Theodora pour sauver le jeune homme se livre Ă  Valens.Le dernier chƓur des chrĂ©tiens cĂ©lĂšbrent l’abnĂ©gation et la courage des deux chrĂ©tiens marchant Ă  leur supplice.

 

 

boutonreservationParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10, 13, 16, 18, 20 octobre 2015. 5 dates événements. Mise en scÚne : Stephen Langridge. Oratorio en trois actes créé en 1750, Livret de Thomas Morell.

 

William Christie  direction
Stephen Langridge  mise en scÚne
Philippe Giraudeau  chorégraphie
Alison Chitty  décors et costumes
Fabrice Kebour  lumiÚres

Katherine Watson Theodora
StĂ©phanie d’Oustrac IrĂšne
Philippe Jaroussky Dydime
Kresimir Spicer Septime
Callum Thorpe Valens

Orchestre et ChƓur Les Arts Florissants

 

 

William Christie vous ouvre les portes de ses jardins enchantĂ©s15 ans aprĂšs son enregistrement lĂ©gendaire, William Christie reprend Theodora avec l’intense caractĂ©risation qui lui est propre : le chef fondateur des Arts Florissants s’entoure d’une nouvelle distribution vocale dont l’excellente soprano Katherine Watson dans le rĂŽle titre, cependant que StĂ©phanie d’Oustrac prĂȘte son somptueux timbre Ăąpre et chaud au personnage d’IrĂšne (la suivante de la jeune noble Theodora), Philippe Jaroussky chante la partie du jeune officier romain converti, Didymus (premier emploi dans un oratorio anglais pour le chanteur français), et que la basse Callum Thorpe (laurĂ©at du Jardin des Voix 2013) incarne l’implacable gouverneur d’Antioche, bourreau des deux fiancĂ©s chrĂ©tiens, Valens.

 

 

handel-haendel-portrait-grand-formatContexte. Avec Theodora, oratorio de l’indĂ©fectible ferveur de la vierge martyre, Haendel perfectionne encore sa maĂźtrise dans le genre dont il s’est le champion inatteignable : l’oratorio anglais. AprĂšs le succĂšs de l’oratorio Judas Maccabaeus de 1746, Haendel renoue avec le succĂšs Ă  Londres dans le genre de l’oratorio. En 1749, le compositeur surenchĂ©rit dans l’excellence et toujours en langue anglaise, avec deux nouveaux accomplissements : Solomon et Susanna. Theodora de 1750 marque avec Jephta de 1752, un sommet de son inspiration sur un livret rĂ©digĂ© par le rĂ©vĂ©rend Thomas Morell (recommandĂ© par le prince de Galles). On ne saurait insister sur la couleur spĂ©cifique dans le genre de l’oratorio anglais de Theodora, unique drame inspirĂ© de la passion chrĂ©tienne. Morell s’inspire du drame de Corneille (ThĂ©odore, vierge et martyre de 1646) dont il puise ce souffle poĂ©tique souvent irrĂ©sistible. On ne saurait insister sur la justesse poĂ©tique et la profonde cohĂ©rence de l’oeuvre : l’ouverture en sol mineur affirme la tonalitĂ© dĂ©sormais associĂ©e Ă  Theodora, sa foi inextinguible et indestructible, laquelle conclut aussi la partition.

 

 

christie-william-les-arts-florissants-3-cd-critique-review--handel-theodora-erato-cd-reference-clic-de-classiquenews-compte-rendu-critiqueCD. Handel : Theodora, 1750. William Christie, Les Arts Florissants (3 cd Erato). EnregistrĂ© Ă  Paris Ă  l’Ircam en mai 2000, la version de Bill de l’oratorio oriental de Handel (l’action se dĂ©roule Ă  Antioche) captive de bout en bout grĂące Ă  un travail spĂ©cifique sur la caractĂ©risation dramatique de l’action : situations et protagonistes gagnent un relief revivifiĂ© dans un cycle continu qui frappe par sa cohĂ©rence et son souffle. William Christie a poursuivi son exploration du thĂ©Ăątre de Handel : ses rĂ©centes lectures de Belshaazar puis des Musiques pour la reine Caroline (2 titres Ă©ditĂ©s en 2014 et 2015, sous le nouveau label des Arts Florissants) ont confirmĂ© la profonde comprĂ©hension du chef, fondateur des Arts Florissants, de l’écriture haendĂ©lienne. Ici prĂ©valent l’intensitĂ© spirituelle, surtout le parcours Ă©motionnel du couple des martyrs chrĂ©tiens, Theodora et son fiancĂ© Didymus, jeune officier romain converti au christianisme. Toujours plus contraints, les chrĂ©tiens renforcent leur certitude et leur croyance. EprouvĂ©s, humiliĂ©s, inquiĂ©tĂ©s (par l’inflexible et furieux Valens), les deux Ă©lus savent garder leur conviction en une droiture intĂ©rieure saisissante que la musique exprime directement. L’importance des chƓurs, chrĂ©tiens et romains, remarquablement Ă©crits, souligne l’ampleur spirituelle souhaitĂ©e par Handel. Erato rĂ©Ă©dite le coffret de 3 cd Ă  l’occasion de la nouvelle lecture de Theodora par William Christie en octobre 2015. Sophie Daneman dans le rĂŽle titre signe l’un de ses derniers rĂŽles parmi les plus habitĂ©s. DĂšs son premier air  : “Fond; flatt’ring world, adieu!” la soprano exprime le caractĂšre Ă  la fois Ă©thĂ©rĂ© et abandonnĂ© une inĂ©luctable mort sacrificielle d’une Theodora, totalement embrasĂ©e par son destin qui la voue au martyre.En Dydimus, Daniel Taylor a des aigus faciles et un medium bien assurĂ© : le contre tĂ©nor (Ă  l’origine le rĂŽle fut confiĂ© au castrat alto Gaetano Guadagni affirme la certitude du jeune officier romain converti. Le Septimus de Richard Croft gagne un relief lui aussi finement caractĂ©risĂ© grĂące Ă  sa tessiture de tĂ©nor tendre : le chanteur exprime la sensibilitĂ© d’un romain qui sait ĂȘtre permĂ©able Ă  la conversion de Didymus. L’IrĂšne de Juliette Galstian fait valoir un timbre plus neutre, moins nuancĂ© et flexible que Sophie Daneman. EmblĂšme d’une direction articulĂ©e et claire, le geste de William Christie sait rĂ©aliser cette texture pointilliste de l’orchestre, Ă  la fois parfaitement dĂ©taillĂ©e, et tout autant d’une onctuositĂ© flexible et chaude qui convoque l’Ă©popĂ©e et la transfiguration spirituelle. Bill semble nous rappeler combien le tempĂ©rament de Haendel mĂȘme en eaux sacrĂ©es et oratoriennes, demeure viscĂ©ralement sensuel, d’un esthĂ©tisme aristocratique, raffinĂ©, chaleureux, toujours onctueux. Flamboyant, spirituel. Du trĂšs grand Haendel, rĂ©vĂ©lĂ©, magnifiĂ© par un interprĂšte princier.