HAENDEL / HANDEL : les Oratorios anglais, partie 2. Les ouvrages de la maturité : Solomon, Theodora, Jephtha

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423INTRODUCTION… A l’étĂ© 2016, Decca publie un coffret « The Great oratorios », somme discographique de 41 cd, regroupant 16 oratorios principaux du Saxon Georg Friedrich Handel / Haendel (1685-1759). MĂŞme incomplet car il ne s’agit pas d’une intĂ©grale (sont absents des ouvrages pourtant majeurs tels concernant la pĂ©riode prĂ©londonienne : Il Trionfo del Tempo e del Disinganno de 1737 ou la BrockesPassion de 1719 ; puis entre autres, le sublime Allegro, Il Penseroso ed il Moderato de 1740 ; Susanna de 1749,…), le coffret Decca The Great oratorios offre un focus idĂ©al sur une double thĂ©matique : la carrière passionnante de Handel hors de l’Europe continentale, après son sĂ©jour miraculeux en Italie, après ses nombreux engagements en terres germaniques… et aussi, un regard sur l’interprĂ©tation moderne, principalement celle des chefs anglais, des drames non scĂ©niques de Haendel, soit des annĂ©es 1970 avec Mackerras (1977) jusqu’aux plus rĂ©cents McCreesh et Minkowski… sans omettre les passionnants Hogwood, Pinnock, Christophers et Gardiner… Certes le geste de Neville Marriner (nĂ© en 1924), pionnier visionnaire en l’occurrence n’est pas prĂ©sent non plus (d’autant que Decca dĂ©tient ses gravures les plus intĂ©ressantes), mais la somme ainsi rĂ©Ă©ditĂ©e se rĂ©vèle passionnante. OpportunitĂ© pour CLASSIQUENEWS d’Ă©voquer pas Ă  pas, l’avancĂ©e de l’Ă©popĂ©e de Haendel Ă  Londres dans les annĂ©es 1740 et 1750 : un travail qui l’occupe Ă  la fin de sa vie jusqu’Ă  l’Ă©puiser.

handel-haendel-londres-london-vignette-dossier-haendel-2016-sur-classiquenewsL’inventivitĂ© du crĂ©ateur trouve en Angleterre un terreau fertile et parfois Ă©prouvant, pour inventer une nouvelle forme dramatique : opĂ©ra seria, masques ou odes, enfin surtout Ă  partir de 1733 (2ème version d‘Esther), en langue anglaise, l’oratorio spĂ©cifiquement britannique. OĂą toute scĂ©nographie absente, permet Ă  la seule Ă©criture vocale et musicale, d’exprimer tous les enjeux et ressorts dramatiques comme le parcours moral et le sens spirituel des ouvrages, d’autant que l’action y est souvent plus psychologique que spectaculaire. LIRE notre prĂ©sentation et introduction complète (Les Oratorios de Haendel, dossier spĂ©cial, partie 1).

 



HAENDEL / HANDEL : les Oratorios anglais, partie 2

Les ouvrages de la maturité : Solomon, Theodora, Jephtha

 

Dossier : Haendel Ă  Londres, les oratorios anglaisBilan interprĂ©tatif… A l’heure du bilan, l’Ă©coute rĂ©trospective souligne l’engagement palpitant des chefs Hogwood (1941-2014), Trevor Pinnock (nĂ© en 1946), Harry Christophers (nĂ© en 1953)…, douĂ©s d’un raffinement expressif de premier ordre, soucieux aussi de cohĂ©rence s’agissant des distributions de solistes. Le second cycle d’oratorios ici prĂ©sentĂ©s et critiquĂ©s, souligne le geste particulièrement convaincant de Paul McCreesh, nĂ© en 1960  (Solomon, Theodora… en 1999 et 2000) surclassant aisĂ©ment par sa suprĂŞme Ă©lĂ©gance et sa fine caractĂ©risation, les lectures d’un Gardiner, en comparaison trop lisse et vocalement dĂ©sĂ©quibrĂ©. Les derniers ouvrages contenus dans le coffret DECCA “The gréât oratorios” dĂ©voile Ă©galement l’évolution du dernier Handel, de moins en moins spectaculaire, mais progressivement mĂ©ditatif, intime, d’une rare intelligence psychologique, confirmant la profondeur spirituelle des drames anglais, aux cotĂ©s de l’écriture chorale, d’une remarquable Ă©loquence… Pour nous les deux chefs d’oeuvres absolus demeurent après Le Messie, …Solomon et Theodora (version McCreesh donc, perle du prĂ©sent coffret).

 

 

 

Solomon, mars 1749

haendel handel londres oratorio anglaisCréé en mars 1749 au Théâtre Royal Covent Garden de Londres, Solomon illustre un épisode poétique inspiré du Livre des Rois et des Antiquités de Flavius Joseph. Le livret est resté anonyme. Le choeur y est un personnage principal, au même titre que les autres héros; l’orchestre, particulièrement raffiné ; et pour colorer sa partition, Handel emprunte à nouveau à ses confrères, nombres de mélodies qui lui plaisent (Muffat, Telemann, Steffani). L’élégance et le raffinement de l’écriture entendent exprimer cet âge d’or d’une Antiquité légendaire et hautement morale que le règne géorgien du vivant de Handel ressuscite : aux oratorios de Handel, la mission d’en argumenter le rapprochement. Salomon, comme Alexandre et Hercule en France, offrant un modèle pour le Souverain ainsi célébré allusivement par le compositeur.

Acte I. Salomon le sage. L’ouvrage souligne la sagesse de Solomon qui trouve sa force dans sa foi en Dieu. Fortifié encore par les louanges du grand prêtre, Zadock, le jeune roi écoule des jours heureux avec son épouse, la fille de Pharaon.
Acte II. Le jugement de Salomon. Deux prostituées se querellent la maternité d’un même enfant. Contraste saisissant entre le récit des deux mères : la première tendre, la seconde, haineuse et vindicative. Solomon ordonne de couper en deux moitiés égales le bébé : la seconde femme, tout autant victorieuse et sauvage, révèle sa nature mauvaise et son action mensongère (n°19). Seule la vraie mère, soucieuse de la vie de son enfant, reste affligée, digne et douloureuse, prête à renoncer pour sauver l’enfant (n°20 : « Can I see my infant gor’d »). L’imposture étant dévoilée, Solomon chasse la 2ème femme : réconfortant la 1ère mère (duo sublime n°22 : « Thrice bleds’d be the King »…)…
Acte III : Louange monarchique. Salomon le sage chante son bonheur avec son épouse, célébré par Zadock : est ce bien la Judée ou l’Angleterre géorgienne que célèbre ici Handel ? Le choeur entonne un cycle d’airs contrapuntiques d’un souffle miraculeux, aussi exigeants que Israel en Egypte et Le Messie.

mc-creesh-oratorios-ahendel-Paul-McCreesh_0335_credit-Ben-Wrightoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423InterprĂ©tation. LE MIRACLE MCCREESH. En 1999, – prĂ©ludant au miracle de sa Theodora l’annĂ©e suivante (avec certains mĂŞmes solistes dont Susan Gritton ou Paul Agnew), au service d’une flexibilitĂ© souvent chorĂ©graphique, pleine de souple caractĂ©risation, le geste de Paul McCreesh et ses Gabrieli Consort & Pslayers excellent dans un drame hautement moral oĂą aux cĂ´tĂ©s de la plasticitĂ© aimable des choeurs, Ă©blouit une distribution très cohĂ©rente sur le plan expressif : la tendresse habitĂ©e de Susan Gritton (Reine de Sheba), la basse toute aussi onctueuse et si musicale de Peter Harvey (un Levite : sublime caractĂ©risation humaine pour ce rĂ´le de seconde importance mais capitale dans l’humanitĂ© du sujet, dès son premier air au I), sans omettre le Zadock de grande classe de Paul Agnew, comme le timbre Ă©gal, juvĂ©nile, Ă©clatant de la haute-contre Andras Scholl, au sommet de ses possibilitĂ©s vocales, pour la figure axiale de Solomon. Tout cela coule comme une langue naturelle, d’une Ă©lĂ©gance irrĂ©sistible : McCreesh Ă©gale la science ductile, la flexibilitĂ© souveraine, poĂ©tique et expressive de William Christie chez Rameau ou chez Handel (cf son magnifique Belshazzar rĂ©alisĂ© en 2012) : c’est dire la rĂ©ussite totale de cet enregistrement de 1999, suivi en 2000, d’une tout aussi somptueuse Theodora. 2 enregistrements qui sont des must pour comprendre la langue dramatique et poĂ©tique de Haendel dans le genre de l’oratorio anglais.

 

 

 

Theodora, mars 1750

Oratorio en 3 actes, d’une longueur significative, Theodora est créé au Théâtre Royal Covent Garden en mars 1750 et retrace l’épopée de la martyre chrétienne au début du IVè siècle. Le librettiste Thomas Morell s’inspire moins de la pièce de Pierre Corneille que reprend le roman moralisateur publié en 1687 par Robert Boyle. Trop psychologique, la partition suscita une nette réserve de la part des Londoniens. Car l’écriture se fait de plus profonde et épurée, expression croissante d’un mouvement intérieur de plus en plus serein et donc extatique où la martyre Theodora emporte avec elle, ceux qui l’entourent et l’admirent : Irène ; surtout le jeune romain Didymus -qui aime la jeune fille-, sur la voie du renoncement, du sacrifice et de la mort, car il s’est converti au christianisme et entend affirmer sa liberté de conscience tout en restant fidèle à Rome (ce que n’accepte pas l’autoritaire Préfet d’Antioche, Valens). Du médiocre texte de Thomas Morell, Handel observe avec un soin particulier le cheminement spirituel des âmes justes, sur lesquels les épreuves glissent, toutes absorbées par la réalisation de leur martyre final. Ce focus psychologique est le point central de l’évolution des oratorios de Haendel, certes capable de scènes collectives et spectaculaires, mais aussi concepteur de sublimes portraits intimes, d’une haute valeur morale.

oratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423mc-creesh-oratorios-ahendel-Paul-McCreesh_0335_credit-Ben-WrightInterprĂ©tation. Souffle d’une grande tendresse, le geste tout aussi vif et nerveux de McCreesh en 2000 rĂ©ussit mieux que Gardiner, la suprĂŞme vivacitĂ© du drame orchestral et l’incisive et très pĂ©nĂ©trante acuitĂ© psychologique ; dans la rĂ©alisation des Gabrieli Consort & Players, tout y est idĂ©al : le cynisme arrogant et expressif des romains paĂŻens (Valens – excellent baryton :Neal Davies, qui a l’ardeur des bourreaux ; le choeur des romains) ; l’inatteignable sĂ©rĂ©nitĂ© des chrĂ©tiens, d’une croyance extatique, ineffablement tendre : Theodora, Irene, Didymus, soit Susan Gritton, Susan Buckley, Robin Blaze). MĂŞme Septimus, l’ami de Didymus est superbement portraiturĂ© par le tĂ©nor Paul Agnew (dans son chant s’écoule tous les enchantements arcadiens : premier air n°6, « Descend, kind pity »…). Le tempĂ©rament de McCreesh signe l’un de ses meilleurs enregistrements haendĂ©liens par sa fougue, son articulation, et souvent un Ă©tat d’urgence dramatique, totalement absent chez le plus lisse Gardiner. D’autant qu’outre la relief chorĂ©graphique des intermèdes orchestraux, le chef sait aussi Ă©clairer la suprĂŞme Ă©lĂ©gance du Handel, compositeur Ă©rudit et lettrĂ©, poète sĂ©ducteur et esthète de premier plan. Cette vivacitĂ© rappelle Pinnock et Hogwood : le raffinement et l’imagination de McCreesh dans la caractĂ©risation de chaque profil et dans chaque situation suscitent une totale adhĂ©sion. Enregistrement majeur.

 

 

 

Jephtha, février 1752
L’ultime oratorio HWV 70 est créé le 26 février 1752 au Théâtre royal Covent Garden et démontre la dernière manière de Handel à Londres, soit 7 années avant sa mort. A la marge du choeur concluant l’acte II, le compositeur diminué et à bout de souffle, écrit : « incapable de continuer à cause de l’affaiblissement de la vue de mon oeil gauche ». De fait, après une période de repos total, mais de plus en plus aveugle, le compositeur achève tant bien que mal Jephtha et sombre dans la cécité, condamné à 66 ans, à cesser toute activité musicale. C’est un déchirement et une fin tragique qui s’accordent au sujet de son dernier oratorio… celui du renoncement et de l’adieu au monde. La composition a duré du 21 janvier au 30 août 1751. A nouveau, Handel réserve le rôle central de Jephtha au ténor John Beard.
Acte I. Zebul invite les Juifs à choisir son demi frère Jephtha pour les conduire à la victoire sur les Ammonites. Iphis, la fille de Jephtha promet à Hamor qu’elle l’épousera après la victoire de son père. Allégresse et ivresse collective emportent les Juifs et dans un élan d’enthousiasme irréfléchi, Jephtha promet au Seigneur que s’il gagne la bataille, il sacrifiera la première personne qu’il rencontre.
Acte II. Hélas, Iphis se prépare et accueille son père conquérant au son d’une gracieuse symphonie en sol (extraite d’Ariodante) : elle chante sa joie sur une gavotte. Le père invite sa fille à quitter aussitôt les lieux mais il est trop tard. Iphis se soumet au sacrifice cependant que le père résiste à sa promesse.
Acte III. Iphis fait ses adieux dans un air déchirant (« Farewell, ye limpide springs and floods »). Tel un Deus ex Machina, Thomas Morell réécrit l’action que Carrissimi avait rendu bouleversante : en accord avec Handel, un ange paraît et suspend l’arrêt divin si Iphis accepte de vouer sa vie à Dieu : elle aura la vie sauve. En liaison avec sa propre situation, le compositeur brosse un portrait éblouissant de la fille Iphis, insouciante et joyeuse au I, frappée par l’ordre divin au II, capable au III d’une gravité nouvelle et d’un renoncement admirables. Les auteurs semblent se soumettre aux lois impénétrables et insaisissables de la destinée.

 

gardiner-john-eliot-gardiner-maestro-handel-haendel-oratorio-cd-decca-coffret-review-critique-classiquenewsoratorios the great oratorios coffret beox review critique cd classiquenews 41 cd deccaCvr-00028948301423Interprétation. Gardiner en 1989 signe l’un de ses premiers oratorios avec un soin particulier à l’orchestre : tout coule, tout se réalise sans cependant cette élégance détachée impériale qui fait de l’écriture haendélienne, l’expression d’une grâce aristocratique. La tenue des deux premiers solistes : Zebul et Jephthah restent conformes, un peu trop lisse : Stephen Varcoe et Nigel Robson. De sorte qu’en un regard global, la caractérisation n’atteint pas l’étonnante vivacité de ses ainés : Hogwood, Pinnock, Christophers ; ni même l’éloquence palpitante de McCreesh. Il y manque ce raffinement royal, cette élégance suprême résolvant le tragique et la tendresse que l’on peut souvent a contrario retrouver dans les meilleures versions de William Christie. Anne Sofie von Otter offre au rôle de Storge, sa gravité douloureuse et princière qui semble la distinguer comme étant la seule qui en véritable Cassandre, a l’intuition de l’horreur à venir… Lynne Dawson fait une Iphis rien que… gracieuse qui au moment de l’ultime sacrifice et renoncement du III manque sérieusement de profondeur et de vérité : pourtant Jephtah recueille le dernier sentiment du Handel anéanti et usé ; dans « Farewell… » n°34, grand air de suprême détachement, soliste et chef restent à la surface, d’une mesure jolie et … précieuse voire apprêtée / offrant une belle réalisation sans guère d’hallucinants vertiges. Il faut réécouter ici la profondeur poétique atteinte par Sir Neville Mariner, à rééditer chez … Decca.

 

 

 

 

Compléments…
Le Coffret Decca ajoute l’Ode Alexander’s Feast ou le pouvoir de la musique en l’honneur de Sainte Cécile, en deux parties, composée d’après Dryden (1697), et présentée en création à Londres au Théâtre Royal Covent garden en février 1736. Immédiatement, le public londonien applaudit cette ode, fière et princière allégorie, au souffle philosophique chantée en anglais (26 représentations de 1736 à 1755).
Partie 1. Selon Plutarque, Alexandre vainqueur de Darius, célèbre en présence de la belle Thaïs, sa victoire à Persepolis lors d’un grand et somptueux banquet : hymne à Zeus, à Bacchus, évocation de la mort de Darius, célébration des joies de l’amour et des plaisirs, grâce à la musique (incarné par le chantre Thimotée dont le chant suscite divers passions par son éloquente maîtrise).
Partie 2. Le ténor chante un air guerrier et la basse justifie l’acte des Grecs contre les Perses car ces derniers avaient incendié Athènes. Juste retour des choses. Alors qu’on célèbre la destruction de Persepolis, le choeur final compare le chant de Thimotée au pouvoir salvateur de la musique et de Sainte-Cécile. Handel n’organise pas son sujet en un drame cohérent comprenant personnages et situations dramatiques enchaînées. C’est une succession d’airs, duos et de choeurs exclamatifs, fortement expressifs, le plus souvent allègres.

Interprétation. Pourtant avec ses fabuleux Monteverdi Choir et les English Baroque Solists, Gardiner en 1988 réalise un soutien choral et orchestral très séduisant mais trop lisse et finalement d’une tenue mécanique peu caractérisée sur la durée. Les solistes sont plus intéressants, permettant d’exprimer aves justesse le sentiment et le caractère de chaque séquence : Donna Brown, Carolyne Watkinson, Stephen Vercoe… Pour autant l’engagement des interprètes manquent de souffle et d’urgence et l’on reste en attente d’une version plus mordante et vive.

 

 

gardiner-john-eliot-gardiner-maestro-handel-haendel-oratorio-cd-decca-coffret-review-critique-classiquenewsLe coffret ajoute aussi un oratorio de jeunesse, en anglais parmi les premiers essais : Acis & Galatea, HWV 49, masque en deux parties d’après le livret de John Gay, créé à Cannons en 1718… En 1978, soit l’une de ses premières lectures haendéliennes, Gardiner et ses English Baroque Soloists frappent un grand coup, d’une fraicheur de ton admirable, d’une vivacité expressive passionnante. D’une grâce purcelliennes, le masque est une savoureuse et suave pastorale où perce déjà le souffle des choeurs, surtout le solitude langoureuse de la brute Polyphème pour Galatea, qui écrase l’amant de la belle, Acis. La verve théâtrale, l’acuité du geste saisissent et convainquent totalement, assurant à ses débuts, la justesse poétique de Gardiner aux côtés duquel brillent la grâce et tendresse des solistes : Norma Burrowes, Anthony Rolfe Johnson, Willard White soit Galatea, Damon et Polyphemus. Superbe premier geste originel d’un Gardiner non encore « standardisé » (comme il tendra à l’être dans les années 1980 et 1990). La version, précédemment rééditée dans le coffret Archiv, analogue archives / ARCHIV Produktion / analogue stereo recordings (1959-1981) – 50 cd limited edition (parution de mai 2016) — LIRE notre présentation et critique 

LIRE aussi le volet 1 de notre grand dossier HAENDEL / HANDEL, les Oratorios 1/2

 

 

 

Compte rendu, oratorio. Paris, TCE, le 10 octobre 2015. Haendel : Theodora. Katherine Watson, D’Oustrac, Thorpe… William Christie, direction

Compte rendu, oratorio. Paris, TCE, le 10 octobre 2015. Haendel : Theodora. Katherine Watson, D’Oustrac, Thorpe… William Christie, direction. Grand retour de Theodora, l’oratorio du silence et de la lenteur, au TCE Ă  Paris, sublimĂ© par le geste concentrĂ©, noble et introspectif de William Christie Ă  la tĂŞte de ses troupes des Arts Florissants. C’est un comble mĂ©ritant en effet que l’oratorio, forme abstraite et spirituelle, de surcroĂ®t celui qui est le plus allĂ©gorique, ne nĂ©cessitant doncpas de mise en scène, soit ici scĂ©nographie : pas facile de rendre dramatique, une partition qui l’est dĂ©jĂ  par la seule musique, ses contrastes et Ă©pisodes enchaĂ®nĂ©s. Hymne fraternel pour la tolĂ©rance, contre l’oppression sous toute ses formes, Theodora malgrĂ© son sujet chrĂ©tien est une fresque saisissante qui dĂ©passe l’anecdote pour atteindre Ă  l’universel. C’est toute la comprĂ©hension profonde et subtilement intĂ©rieure qu’apporte William Christie dont on ne cessera jamais de remarquer cet Ă©quilibre souverainentre l’élĂ©gance de la forme et la profondeur de chaque inflexion. Ce poli formel, cette perfection de l’intonation dont de ses Haendel, des rĂ©fĂ©rences absolues (ses rĂ©cents enregistrements d’un autre oratorio Belshaazar, qui inaugurait son propre label, puis Musiques pour les FunĂ©railles de la Reine Caroline ont confirmĂ© une affinitĂ© viscĂ©rale entre le chef et le compositeur saxon. Les 2 cd ont Ă©tĂ© Ă©lus CLIC de classiquenews Ă  juste titre.

 

 

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Après Glyndebourne en 1996, William Christie reprend Theodora à Paris

Magie haendélienne au TCE

 

 

Le metteur en scène Stephen Langridge a le mérite de travailler la clarté de l’action ; des soldats d’une époque et d’un lieu indéfini oppriment un peuple de croyants (qui peuvent être aussi de toute époque et de tout continent) : ce n’est donc pas un narration restituée dans son milieu et dans son histoire qui importe ici mais la violence et la barbarie de la situation qui prime sur le reste (les spectateurs sont confrontés à des scènes allusives cependant très fortes : exécution, prostitution obligée dont celle de la chrétienne Theodora… emblèmes ordinaires d’un pouvoir totalitaire qui exerce la terreur).
Ainsi l’oratorio de 1749 gagne une grandeur symbolique évidente ; et dans une scène épurée, la force psychologique des protagoniste est particulièrement mise en avant, d’autant que William Christie a le secret de leur caractérisation. Le chef s’entend à merveille à exprimer la gravité digne du dernier Haendel, celui qui aux portes de la mort et de la nuit (à cause de sa cécité grandissante) s’économise et cible l’essentiel.
Si l’on attendait le sopraniste Philippe Jaroussky en Didyme (honnête il est vrai mais pas mémorable : trop lisse, trop plastiquement poseur), c’est surtout Katherine Watson, partenaire familière de Wiliam Christie (elle a déjà chanté à son festival vendéen de Thiré : Dans les Jardins de William Christie), qui captive par sa très fine présence, offrant au caractère de Theodora, la puissance calme et serine des élus : certitude intérieure, d’une inaltérable conviction servie par un tempérament extérieur entre maîtrise et sensibilité (les détracteurs diront froideur et rigidité anglosaxonne). Le style est parfait et la langue, idéalement articulée. Les voix graves, Stéphanie d’Oustrac en Irène (embrasée) et Callum Thorpe (hier lauréat d’un précédent Jardin des voix) en Valens (gouverneur dictateur juvénil, un parfait « effeminato », pervers/autoritaire à la façon du Nerone de Monteverdi et Busenello), tempèrent cette fresque angélique et profonde, de teintes plus âpres et déchirantes ; inquiet et tiraillé, le compagnon de Didymus, et comme lui soldat romain, trouve en Kresimir Spicer, un être palpitant à l’âme ardente et en déséquilibre (quoique parfois une rien retenu, presque naît et trop candide). Remarquables figures.

 

 

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A la ligne noble et mordante des solistes rĂ©pond la masse ciselĂ©e du choeur, l’un des plus mĂ©ditatifs et spirituels de Haendel (chrĂ©tiens inspirĂ©s, hallucinĂ©s ; romains quoiqu’ils en disent, admirateurs d’une telle passion), grâce Ă  la direction ample, mesurĂ©e, structurelle d’un Christie, expert en la matière. Souvent le chef peste contre la rĂ©action bruyante du public, mais il est soucieux de la tension continue et de la fluiditĂ© de son incroyable mĂ©canique musicale. Les spectateurs oublieraient-ils qu’ils assistent Ă  un oratorio, et non un opĂ©ra ? On se souvient d’une Susanna inoubliable Ă  Ambronay et d’une Theodora dĂ©jĂ  lĂ©gendaire il y a 20 ans Ă  Glyndebourne (1996, scĂ©nographiĂ©e alors par Peter Sellars avec les torches incandescentes Lorraine Hunt et Richard Croft) : cette Theodora parisienne, grâce Ă  la magie envoĂ»tante d’un Christie plus handĂ©lien que jamais, – et inĂ©galĂ© dans ce rĂ©pertoire : entre finesse et spiritualitĂ©-, est en passe de renouveler le prodige, tout au moins sur le plan instrumental et choral.

 

 

 

Theodora de Haendel par William Christie, à l’affiche du TCE à Paris, les 16, 18 et 20 octobre 2015.

 

 

INTERNET. Theodora de Haendel par William Christie

arte_logo_2013Internet. “Theodora” de Haendel, vendredi  16 octobre, 20h, en direct du Théâtre des Champs ElysĂ©es sur ARTE Concert ; Ă  voir depuis le lien suivant, en direct puis pendant plusieurs mois :

http://concert.arte.tv/fr/theodora-de-haendel-au-theatre-des-champs-elysees

 

L’oratorio mis en scène, sera diffusĂ© Ă  l’antenne d’Arte, courant 2016. Nouvelle production dirigĂ©e par William Christie et Les Arts Florissants. Avec Philippe Jaroussky et Katherine Watson… dans les deux rĂ´les principaux, Dydimus et Theodora, amants chrĂ©tiens, unis jusque dans la mort…

William Christie,  direction
Stephen Langridge,  mise en scène
Philippe Giraudeau,  chorégraphie
Alison Chitty,  décors et costumes
Fabrice Kebour,  lumières

Katherine Watson, Theodora
Stéphanie d’Oustrac, Irène
Philippe Jaroussky, Dydime
Kresimir Spicer, Septime
Callum Thorpe, Valens

Orchestre et Chœur Les Arts Florissants

 

LIRE notre présentation complète de l’oratorio Theodora de Haendel par William Christie, grand spécialiste de Haendel et connaisseur de l’oratorio Theodora.

 

 

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates événements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprète le mieux inspiré. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et créateur récent du festival enchanteur à Thiré en Vendée, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque dernière semaine d’août). “Bill” connaît Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractériser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un récent album dédié aux musiques funèbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (édité par le label des Arts Florissants) a encore confirmé les affinités du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maîtrise rare dans l’art expressif et lyrique sans déploiement théâtral… émotions, enjeux et action étant seulement portés par les élans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durée indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’après l’histoire chrétienne : Theodora est une martyre chrétienne du IVè siècle, incarnant avec une rare réussite la plénitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraîne avec elle son fiancé Didymus : aucune épreuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espérance intérieures qui portent la vierge martyre. EN LIRE +

 

 

William Christie reprend Theodora de Haendel

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates Ă©vĂ©nements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprète le mieux inspirĂ©. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et crĂ©ateur rĂ©cent du festival enchanteur Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque dernière semaine d’aoĂ»t). “Bill” connaĂ®t Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractĂ©riser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un rĂ©cent album dĂ©diĂ© aux musiques funèbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants) a encore confirmĂ© les affinitĂ©s du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maĂ®trise rare dans l’art expressif et lyrique sans dĂ©ploiement théâtral… Ă©motions, enjeux et action Ă©tant seulement portĂ©s par les Ă©lans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durĂ©e indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’après l’histoire chrĂ©tienne : Theodora est une martyre chrĂ©tienne du IVè siècle, incarnant avec une rare rĂ©ussite la plĂ©nitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraĂ®ne avec elle son fiancĂ© Didymus : aucune Ă©preuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espĂ©rance intĂ©rieures qui portent la vierge martyre.

 

 

 

L’oratorio anglais selon Haendel

En 1750, Haendel accomplit une forme remarquablement raffinĂ© de l’oratorio anglais

 

Les chĹ“urs sont magnifiquement Ă©crits : chrĂ©tiens puissamment contrapuntiques et d’une sĂ©duction rare – spirituelle et d’une ineffable Ă©lan mystique en rĂ©sonance avec le parcours fervent de l’hĂ©roĂŻne ; Romains paĂŻens non moins engagĂ©s, mais d’une simplicitĂ© homorythmique pourtant très orchestrĂ©e.
Le profil des personnalitĂ©s montre le travail de Haendel pour caractĂ©riser avec beaucoup de finesse chacun des protagonistes : tant de subtilitĂ© dans le traitement des personnages dĂ©montre l’humanitĂ© qui inspire Haendel, son humanisme compatissant Ă  la douleur des ĂŞtres, Ă  la souffrance des âmes Ă©prouvĂ©es sur l’autel de l’intolĂ©rance. Au delĂ  de la lĂ©gende chrĂ©tienne, Haendel s’intĂ©resse Ă  la tragĂ©die des justes, sacrifiĂ©s par la machine de la barbarie.

 

 

synopsis

Haendel handel oratorio opera baroqueActe I. Pour fĂŞter l’anniversaire de l’Empereur DioclĂ©tien, le prĂ©fet romain d’Antioche Valens ordonne que le peuple sacrifie Ă  Jupiter. Pourtant le jeune officier romain Didymus s’oppose Ă  cette tyrannie religieuse : lui-mĂŞme converti secrĂŞtement au christinianisme milite pour la libertĂ© de conscience. La jeune noble Theodora dĂ©fie l’autoritĂ© romaine : elle est arrĂŞtĂ©e pour ĂŞtre prostituer dans le temple de VĂ©nus. DĂ©jĂ , l’âme languissante de Theodora, habitĂ©e par la mort de dĂ©livrance, se recommande aux anges (scène 5). Didymus jure de la libĂ©rer.
Acte II. Didymus rĂ©ussit Ă  revoir Theodora dans sa loge (grâce Ă  l’acceptation de Septimus), cependant que la suivante de la jeune prisonnière, Irène, prie pour son salut. Didymus propose Ă  Theodora de revĂŞtir son armure pour s’Ă©chapper pendant que le jeune homme, qui l’aime et qui est prĂŞt Ă  mourir, prendra sa place.
Acte III. Theodora libĂ©rĂ©e exprime le seul air gracieux presque insouciant dans une succession de lamentations langoureuses. Mais Didymus a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort. Theodora pour sauver le jeune homme se livre Ă  Valens.Le dernier chĹ“ur des chrĂ©tiens cĂ©lèbrent l’abnĂ©gation et la courage des deux chrĂ©tiens marchant Ă  leur supplice.

 

 

boutonreservationParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10, 13, 16, 18, 20 octobre 2015. 5 dates événements. Mise en scène : Stephen Langridge. Oratorio en trois actes créé en 1750, Livret de Thomas Morell.

 

William Christie  direction
Stephen Langridge  mise en scène
Philippe Giraudeau  chorégraphie
Alison Chitty  décors et costumes
Fabrice Kebour  lumières

Katherine Watson Theodora
Stéphanie d’Oustrac Irène
Philippe Jaroussky Dydime
Kresimir Spicer Septime
Callum Thorpe Valens

Orchestre et Chœur Les Arts Florissants

 

 

William Christie vous ouvre les portes de ses jardins enchantĂ©s15 ans après son enregistrement lĂ©gendaire, William Christie reprend Theodora avec l’intense caractĂ©risation qui lui est propre : le chef fondateur des Arts Florissants s’entoure d’une nouvelle distribution vocale dont l’excellente soprano Katherine Watson dans le rĂ´le titre, cependant que StĂ©phanie d’Oustrac prĂŞte son somptueux timbre âpre et chaud au personnage d’Irène (la suivante de la jeune noble Theodora), Philippe Jaroussky chante la partie du jeune officier romain converti, Didymus (premier emploi dans un oratorio anglais pour le chanteur français), et que la basse Callum Thorpe (laurĂ©at du Jardin des Voix 2013) incarne l’implacable gouverneur d’Antioche, bourreau des deux fiancĂ©s chrĂ©tiens, Valens.

 

 

handel-haendel-portrait-grand-formatContexte. Avec Theodora, oratorio de l’indĂ©fectible ferveur de la vierge martyre, Haendel perfectionne encore sa maĂ®trise dans le genre dont il s’est le champion inatteignable : l’oratorio anglais. Après le succès de l’oratorio Judas Maccabaeus de 1746, Haendel renoue avec le succès Ă  Londres dans le genre de l’oratorio. En 1749, le compositeur surenchĂ©rit dans l’excellence et toujours en langue anglaise, avec deux nouveaux accomplissements : Solomon et Susanna. Theodora de 1750 marque avec Jephta de 1752, un sommet de son inspiration sur un livret rĂ©digĂ© par le rĂ©vĂ©rend Thomas Morell (recommandĂ© par le prince de Galles). On ne saurait insister sur la couleur spĂ©cifique dans le genre de l’oratorio anglais de Theodora, unique drame inspirĂ© de la passion chrĂ©tienne. Morell s’inspire du drame de Corneille (ThĂ©odore, vierge et martyre de 1646) dont il puise ce souffle poĂ©tique souvent irrĂ©sistible. On ne saurait insister sur la justesse poĂ©tique et la profonde cohĂ©rence de l’oeuvre : l’ouverture en sol mineur affirme la tonalitĂ© dĂ©sormais associĂ©e Ă  Theodora, sa foi inextinguible et indestructible, laquelle conclut aussi la partition.

 

 

christie-william-les-arts-florissants-3-cd-critique-review--handel-theodora-erato-cd-reference-clic-de-classiquenews-compte-rendu-critiqueCD. Handel : Theodora, 1750. William Christie, Les Arts Florissants (3 cd Erato). EnregistrĂ© Ă  Paris Ă  l’Ircam en mai 2000, la version de Bill de l’oratorio oriental de Handel (l’action se dĂ©roule Ă  Antioche) captive de bout en bout grâce Ă  un travail spĂ©cifique sur la caractĂ©risation dramatique de l’action : situations et protagonistes gagnent un relief revivifiĂ© dans un cycle continu qui frappe par sa cohĂ©rence et son souffle. William Christie a poursuivi son exploration du théâtre de Handel : ses rĂ©centes lectures de Belshaazar puis des Musiques pour la reine Caroline (2 titres Ă©ditĂ©s en 2014 et 2015, sous le nouveau label des Arts Florissants) ont confirmĂ© la profonde comprĂ©hension du chef, fondateur des Arts Florissants, de l’écriture haendĂ©lienne. Ici prĂ©valent l’intensitĂ© spirituelle, surtout le parcours Ă©motionnel du couple des martyrs chrĂ©tiens, Theodora et son fiancĂ© Didymus, jeune officier romain converti au christianisme. Toujours plus contraints, les chrĂ©tiens renforcent leur certitude et leur croyance. EprouvĂ©s, humiliĂ©s, inquiĂ©tĂ©s (par l’inflexible et furieux Valens), les deux Ă©lus savent garder leur conviction en une droiture intĂ©rieure saisissante que la musique exprime directement. L’importance des chĹ“urs, chrĂ©tiens et romains, remarquablement Ă©crits, souligne l’ampleur spirituelle souhaitĂ©e par Handel. Erato rĂ©Ă©dite le coffret de 3 cd Ă  l’occasion de la nouvelle lecture de Theodora par William Christie en octobre 2015. Sophie Daneman dans le rĂ´le titre signe l’un de ses derniers rĂ´les parmi les plus habitĂ©s. Dès son premier air  : “Fond; flatt’ring world, adieu!” la soprano exprime le caractère Ă  la fois Ă©thĂ©rĂ© et abandonnĂ© une inĂ©luctable mort sacrificielle d’une Theodora, totalement embrasĂ©e par son destin qui la voue au martyre.En Dydimus, Daniel Taylor a des aigus faciles et un medium bien assurĂ© : le contre tĂ©nor (Ă  l’origine le rĂ´le fut confiĂ© au castrat alto Gaetano Guadagni affirme la certitude du jeune officier romain converti. Le Septimus de Richard Croft gagne un relief lui aussi finement caractĂ©risĂ© grâce Ă  sa tessiture de tĂ©nor tendre : le chanteur exprime la sensibilitĂ© d’un romain qui sait ĂŞtre permĂ©able Ă  la conversion de Didymus. L’Irène de Juliette Galstian fait valoir un timbre plus neutre, moins nuancĂ© et flexible que Sophie Daneman. Emblème d’une direction articulĂ©e et claire, le geste de William Christie sait rĂ©aliser cette texture pointilliste de l’orchestre, Ă  la fois parfaitement dĂ©taillĂ©e, et tout autant d’une onctuositĂ© flexible et chaude qui convoque l’Ă©popĂ©e et la transfiguration spirituelle. Bill semble nous rappeler combien le tempĂ©rament de Haendel mĂŞme en eaux sacrĂ©es et oratoriennes, demeure viscĂ©ralement sensuel, d’un esthĂ©tisme aristocratique, raffinĂ©, chaleureux, toujours onctueux. Flamboyant, spirituel. Du très grand Haendel, rĂ©vĂ©lĂ©, magnifiĂ© par un interprète princier.

 

 

 

William Christie relit Theodora de Haendel

William Christie rejoue Theodora de HaendelParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10-20 octobre 2015. 5 dates Ă©vĂ©nements (10,13,16,18,20 octobre) pour le sommet spirituel de Haendel par son interprète le mieux inspirĂ©. Grand retour (d’autant plus attendu) de Wiliam Christie (fondateur des Arts Florissants et crĂ©ateur rĂ©cent du festival enchanteur Ă  ThirĂ© en VendĂ©e, “Dans les jardins de William Christie”, – chaque dernière semaine d’aoĂ»t). “Bill” connaĂ®t Haendel comme personne : il en fait respirer les moindres nuances, sachant caractĂ©riser comme peu avant lui, chaque profil psychologique, chaque situation dramatique. Un rĂ©cent album dĂ©diĂ© aux musiques funèbres de Haendel pour son amie et protectrice, la Reine Caroline (Ă©ditĂ© par le label des Arts Florissants) a encore confirmĂ© les affinitĂ©s du chef avec la lyre hautement mystique du saxon. Ses derniers oratorios dont Theodora (1750) illustrent une maĂ®trise rare dans l’art expressif et lyrique sans dĂ©ploiement théâtral… Ă©motions, enjeux et action Ă©tant seulement portĂ©s par les Ă©lans et vertiges du chant, solistique ou choral.
L’ouvrage d’une durĂ©e indicative de 2h, est le seul oratorio de Haendel, d’après l’histoire chrĂ©tienne : Theodora est une martyre chrĂ©tienne du IVè siècle, incarnant avec une rare rĂ©ussite la plĂ©nitude fervente et la certitude spirituelle du croyant. Sa passion entraĂ®ne avec elle son fiancĂ© Didymus : aucune Ă©preuve y compris la mort ne peut entraver la croyance et l’espĂ©rance intĂ©rieures qui portent la vierge martyre.

 

 

 

L’oratorio anglais selon Haendel

En 1750, Haendel accomplit une forme remarquablement raffinĂ© de l’oratorio anglais

 

Les chĹ“urs sont magnifiquement Ă©crits : chrĂ©tiens puissamment contrapuntiques et d’une sĂ©duction rare – spirituelle et d’une ineffable Ă©lan mystique en rĂ©sonance avec le parcours fervent de l’hĂ©roĂŻne ; Romains paĂŻens non moins engagĂ©s, mais d’une simplicitĂ© homorythmique pourtant très orchestrĂ©e.
Le profil des personnalitĂ©s montre le travail de Haendel pour caractĂ©riser avec beaucoup de finesse chacun des protagonistes : tant de subtilitĂ© dans le traitement des personnages dĂ©montre l’humanitĂ© qui inspire Haendel, son humanisme compatissant Ă  la douleur des ĂŞtres, Ă  la souffrance des âmes Ă©prouvĂ©es sur l’autel de l’intolĂ©rance. Au delĂ  de la lĂ©gende chrĂ©tienne, Haendel s’intĂ©resse Ă  la tragĂ©die des justes, sacrifiĂ©s par la machine de la barbarie.

 

 

synopsis

Haendel handel oratorio opera baroqueActe I. Pour fĂŞter l’anniversaire de l’Empereur DioclĂ©tien, le prĂ©fet romain d’Antioche Valens ordonne que le peuple sacrifie Ă  Jupiter. Pourtant le jeune officier romain Didymus s’oppose Ă  cette tyrannie religieuse : lui-mĂŞme converti secrĂŞtement au christinianisme milite pour la libertĂ© de conscience. La jeune noble Theodora dĂ©fie l’autoritĂ© romaine : elle est arrĂŞtĂ©e pour ĂŞtre prostituer dans le temple de VĂ©nus. DĂ©jĂ , l’âme languissante de Theodora, habitĂ©e par la mort de dĂ©livrance, se recommande aux anges (scène 5). Didymus jure de la libĂ©rer.
Acte II. Didymus rĂ©ussit Ă  revoir Theodora dans sa loge (grâce Ă  l’acceptation de Septimus), cependant que la suivante de la jeune prisonnière, Irène, prie pour son salut. Didymus propose Ă  Theodora de revĂŞtir son armure pour s’Ă©chapper pendant que le jeune homme, qui l’aime et qui est prĂŞt Ă  mourir, prendra sa place.
Acte III. Theodora libĂ©rĂ©e exprime le seul air gracieux presque insouciant dans une succession de lamentations langoureuses. Mais Didymus a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort. Theodora pour sauver le jeune homme se livre Ă  Valens.Le dernier chĹ“ur des chrĂ©tiens cĂ©lèbrent l’abnĂ©gation et la courage des deux chrĂ©tiens marchant Ă  leur supplice.

 

 

boutonreservationParis, TCE. Theodora de Haendel par William Christie. 10, 13, 16, 18, 20 octobre 2015. 5 dates événements. Mise en scène : Stephen Langridge. Oratorio en trois actes créé en 1750, Livret de Thomas Morell.

 

William Christie  direction
Stephen Langridge  mise en scène
Philippe Giraudeau  chorégraphie
Alison Chitty  décors et costumes
Fabrice Kebour  lumières

Katherine Watson Theodora
Stéphanie d’Oustrac Irène
Philippe Jaroussky Dydime
Kresimir Spicer Septime
Callum Thorpe Valens

Orchestre et Chœur Les Arts Florissants

 

 

William Christie vous ouvre les portes de ses jardins enchantĂ©s15 ans après son enregistrement lĂ©gendaire, William Christie reprend Theodora avec l’intense caractĂ©risation qui lui est propre : le chef fondateur des Arts Florissants s’entoure d’une nouvelle distribution vocale dont l’excellente soprano Katherine Watson dans le rĂ´le titre, cependant que StĂ©phanie d’Oustrac prĂŞte son somptueux timbre âpre et chaud au personnage d’Irène (la suivante de la jeune noble Theodora), Philippe Jaroussky chante la partie du jeune officier romain converti, Didymus (premier emploi dans un oratorio anglais pour le chanteur français), et que la basse Callum Thorpe (laurĂ©at du Jardin des Voix 2013) incarne l’implacable gouverneur d’Antioche, bourreau des deux fiancĂ©s chrĂ©tiens, Valens.

 

 

handel-haendel-portrait-grand-formatContexte. Avec Theodora, oratorio de l’indĂ©fectible ferveur de la vierge martyre, Haendel perfectionne encore sa maĂ®trise dans le genre dont il s’est le champion inatteignable : l’oratorio anglais. Après le succès de l’oratorio Judas Maccabaeus de 1746, Haendel renoue avec le succès Ă  Londres dans le genre de l’oratorio. En 1749, le compositeur surenchĂ©rit dans l’excellence et toujours en langue anglaise, avec deux nouveaux accomplissements : Solomon et Susanna. Theodora de 1750 marque avec Jephta de 1752, un sommet de son inspiration sur un livret rĂ©digĂ© par le rĂ©vĂ©rend Thomas Morell (recommandĂ© par le prince de Galles). On ne saurait insister sur la couleur spĂ©cifique dans le genre de l’oratorio anglais de Theodora, unique drame inspirĂ© de la passion chrĂ©tienne. Morell s’inspire du drame de Corneille (ThĂ©odore, vierge et martyre de 1646) dont il puise ce souffle poĂ©tique souvent irrĂ©sistible. On ne saurait insister sur la justesse poĂ©tique et la profonde cohĂ©rence de l’oeuvre : l’ouverture en sol mineur affirme la tonalitĂ© dĂ©sormais associĂ©e Ă  Theodora, sa foi inextinguible et indestructible, laquelle conclut aussi la partition.

 

 

christie-william-les-arts-florissants-3-cd-critique-review--handel-theodora-erato-cd-reference-clic-de-classiquenews-compte-rendu-critiqueCD. Handel : Theodora, 1750. William Christie, Les Arts Florissants (3 cd Erato). EnregistrĂ© Ă  Paris Ă  l’Ircam en mai 2000, la version de Bill de l’oratorio oriental de Handel (l’action se dĂ©roule Ă  Antioche) captive de bout en bout grâce Ă  un travail spĂ©cifique sur la caractĂ©risation dramatique de l’action : situations et protagonistes gagnent un relief revivifiĂ© dans un cycle continu qui frappe par sa cohĂ©rence et son souffle. William Christie a poursuivi son exploration du théâtre de Handel : ses rĂ©centes lectures de Belshaazar puis des Musiques pour la reine Caroline (2 titres Ă©ditĂ©s en 2014 et 2015, sous le nouveau label des Arts Florissants) ont confirmĂ© la profonde comprĂ©hension du chef, fondateur des Arts Florissants, de l’écriture haendĂ©lienne. Ici prĂ©valent l’intensitĂ© spirituelle, surtout le parcours Ă©motionnel du couple des martyrs chrĂ©tiens, Theodora et son fiancĂ© Didymus, jeune officier romain converti au christianisme. Toujours plus contraints, les chrĂ©tiens renforcent leur certitude et leur croyance. EprouvĂ©s, humiliĂ©s, inquiĂ©tĂ©s (par l’inflexible et furieux Valens), les deux Ă©lus savent garder leur conviction en une droiture intĂ©rieure saisissante que la musique exprime directement. L’importance des chĹ“urs, chrĂ©tiens et romains, remarquablement Ă©crits, souligne l’ampleur spirituelle souhaitĂ©e par Handel. Erato rĂ©Ă©dite le coffret de 3 cd Ă  l’occasion de la nouvelle lecture de Theodora par William Christie en octobre 2015. Sophie Daneman dans le rĂ´le titre signe l’un de ses derniers rĂ´les parmi les plus habitĂ©s. Dès son premier air  : “Fond; flatt’ring world, adieu!” la soprano exprime le caractère Ă  la fois Ă©thĂ©rĂ© et abandonnĂ© une inĂ©luctable mort sacrificielle d’une Theodora, totalement embrasĂ©e par son destin qui la voue au martyre.En Dydimus, Daniel Taylor a des aigus faciles et un medium bien assurĂ© : le contre tĂ©nor (Ă  l’origine le rĂ´le fut confiĂ© au castrat alto Gaetano Guadagni affirme la certitude du jeune officier romain converti. Le Septimus de Richard Croft gagne un relief lui aussi finement caractĂ©risĂ© grâce Ă  sa tessiture de tĂ©nor tendre : le chanteur exprime la sensibilitĂ© d’un romain qui sait ĂŞtre permĂ©able Ă  la conversion de Didymus. L’Irène de Juliette Galstian fait valoir un timbre plus neutre, moins nuancĂ© et flexible que Sophie Daneman. Emblème d’une direction articulĂ©e et claire, le geste de William Christie sait rĂ©aliser cette texture pointilliste de l’orchestre, Ă  la fois parfaitement dĂ©taillĂ©e, et tout autant d’une onctuositĂ© flexible et chaude qui convoque l’Ă©popĂ©e et la transfiguration spirituelle. Bill semble nous rappeler combien le tempĂ©rament de Haendel mĂŞme en eaux sacrĂ©es et oratoriennes, demeure viscĂ©ralement sensuel, d’un esthĂ©tisme aristocratique, raffinĂ©, chaleureux, toujours onctueux. Flamboyant, spirituel. Du très grand Haendel, rĂ©vĂ©lĂ©, magnifiĂ© par un interprète princier.