CD, critique. SPONTINI : Olympie (version 1826). Aldrich, Vidal, … J Rhorer (2 cd 2016 — Pal. Bru-Zane)

spontini olympie vidal aldrich cd critique classiquenews bru zane bz1035CD, critique. Gaspare SPONTINI : Olimpie (version 1826). Gauvin, Aldrich, Vidal, Rhorer (2 cd juin 2016 — Pal. Bru-Zane, collection « opéra français). Si Cassandre chez Berlioz (Les Troyens) fille de Priam, assiste sans issue ni espérance, à la chute de Troie, Cassandre chez Gaspare Spontini (1774-1851) dans Olimpie (1819) est… un homme, comme d’ailleurs Antigone. Autre œuvre, autre genre. Mais Spontini s’inspire de la pièce de Voltaire (1761). Tous deux s’opposent pour l’amour d’Aménaïs / Olimpie, fille d’Alexandre le grand. C’est d’ailleurs Cassandre qui la sauve à Babylone, et la jeune femme aime son sauveur… Mais la mère de la princesse, Statira refuse une telle union : pour elle, Cassandre a tué Alexandre. Spontini manie le sublime tragique (avant Meyerbeer) avec un génie que Berlioz fut le premier à applaudir. Ainsi dans la version de 1819, Olimpie et Statira, la filel et la mère se suicident avant que Antigone ne soit reconnu comme le meurtrier d’Alexandre. Laissant Cassandre innocenté, démuni et tragiquement esseulé.
Dans la version de 1821, retour au lieto finale et les deux amants, Olimpie et son sauveur peuvent se marier sous la bénédiction de la mère.
De Rossini, Spontini maîtrise l’élégance seria ; de Gluck, il prolonge la tension tragique, d’une inéluctable souffrance, d’un inflexible dignité. Comme ses prédécesseurs au carrefour du XVIIIè et du XIXè préromantique (Gossec, Piccini, Sacchini, …), Spontini embrase son orchestre d’accents guerriers (les trombones et les cors sont même « trop utilisés » selon Berlioz). On note l’usage pour la première fois du tuba historique ou ophicléïde.
La force de l’opéra revient à ses fabuleux contrastes, en règle à l’heure baroque, et qui ici, relance constamment la lyre tragique. Il en découle des enchaînements qui pourront heurter une écoute trop passive…Ainsi l’air de Cassandre (ténor) « Oh souvenir épouvantable » encadré de deux duos (avec Antigone), et surtout au début du II, la prière de Statira, entrecoupé, commenté par de soudaines intrusions du prêtre Hiérophante (Patrick Bolleire, basse) et surtout du chœur, d’une noblesse irrésistible. Tout cela intègre le collectif et les destinées individuelles avec un sens remarquable du drame et des équilibres poétiques.

Dans ce sens, la direction de Jérémie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie, manque singulièrement d’équilibre, de clarté, d’architecture, de nerveuse précision. Cela sonne sec, parfois brutal. Ce qui réduit évidemment les champs expressifs et les plans poétiques d’une oeuvre qui certes est tragique et spectaculaire mais pas moins humaine et profondément raffinée (ne serait-ce que dans le portrait de la fille et de la mère, de leur relation trouble et contradictoire : cf. subtile et superbe confrontation Olimpie-Statira au II ).
Voix du peuple Ă  Éphèse, le ChĹ“ur de la radio flamande par contre s’impose indiscutablement par des nuances linguistiques qui captivent. CĂ´tĂ© solistes, distinguons la mère Statira dont Kate Aldrich cisèle chaque facette, celle de la mère tendre et inflexible, et aussi de la veuve haineuse et vengeresse. Sur les traces de la crĂ©atrice, la lĂ©gendaire Caroline Branchu aux qualitĂ©s de tragĂ©dienne immenses, la chanteuse amĂ©ricaine trouve le ton et le style justes. Dans le rĂ´le-titre, Karina Gauvin ne parvient pas Ă  rendre son personnage rĂ©ellement passionnant, – un ĂŞtre capable de fureur, de tendresse (mozartienne), de vĂ©rité… qui ici Ă©chappe au concert. Saluons aussi l’excellente intelligibilitĂ© de Josef Wagner dans le rĂ´le du noir et jaloux Antigone. Remplaçant Charles Castronovo, dans le rĂ´le de Cassandre, rĂ´le clĂ© tant il est riche en registres Ă©motionnels, Mathias Vidal dĂ©ploie un talent rare de diseur et de tragĂ©dien, trouvant par contre les Ă©lĂ©ments psychologiques et les intonations idĂ©ales pour exprimer dĂ©sirs et dĂ©sillusions du prince hĂ©roĂŻque. L’ambitus de la tessiture est constamment sollicitĂ©, offrant au chanteur, une partie digne du théâtre. Rien ne semble flĂ©chir dans son chant tendu, nerveux, lui aussi très respectueux du texte. tant de nuances et de maĂ®trise contredisent souvent la brutalitĂ© dĂ©jĂ  relevĂ©e de l’orchestre. Dommage. VoilĂ  qui comble mais de façon dĂ©sĂ©quilibrĂ©e notre connaissance d’Olimpie, aux cĂ´tĂ©s des autes ouvrages du maĂ®tre adulĂ© de Berlioz : La Vestale, Fernand Cortez (1809), commande de NapolĂ©on, ou Agnès von Hauhenstanden (1829).

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spontini olympie vidal aldrich cd critique classiquenews bru zane bz1035CD, critique. Gaspare SPONTINI : Olimpie (version 1826). TragĂ©die lyrique en trois actes. Livret d’Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, d’après la pièce de Voltaire. Karina Gauvin, Kate Aldrich, Mathias Vidal, Josef Wagner, Patrick Bolleire, Philippe Sauvagie. ChĹ“ur de la Radio flamande. Cercle de l’Harmonie, JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction (2 cd juin 2016 — Pal. Bru-Zane, collection « opĂ©ra français)

LIRE aussi notre présentation de l’opéra Olympie de Spontini (1819) : http://www.classiquenews.com/olympie-de-spontini-1819/

Olympie de Spontini (1819)

XIR224998France Musique. Samedi 11 juin 2016, 19h. SPONTINI : Olympie. EnregistrĂ© Ă  Paris, le 3 juin 2016. Enfin une omission rĂ©parĂ©e : si Gaspare Spontini (1774-1851) a disparu des scènes lyriques europĂ©ennes et surtout française, Berlioz le tenais pour le gĂ©nie lyrique le plus important en France après Gluck. C’est dire. CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris (AcadĂ©mie royale), le 22 dĂ©cembre 1819, Olympie – ouvrage en 3 actes, d’après Voltaire, relève de la veine tragique et pathĂ©tique propre au grand opĂ©ra français hĂ©ritĂ© du Chevalier, ex favori de Marie-Antoinette. Plus qu’il ne “prĂ©pare” le romantisme français, Spontini le cultive dĂ©jĂ . Olympie est dirigĂ© pour sa crĂ©ation par Rodolphe Kreutzer (dont Berlioz admirait au delĂ  de tout, son oratorio rĂ©cemment ressuscitĂ© La mort d’Abel). L’orchestration, ses effets spectaculaires et dĂ©chirants, d’une couleur gluckiste, l’importance du choeur, le profil d’Antigone comme l’irrĂ©sistible tendresse dĂ©chirante de Statira, la veuve d’Alexandre, sur scène : Ă©toile pathĂ©tique et morale dont le chant est alors transcendĂ© par la diva de l’Ă©poque Caroline Branchu, – comme la fibre hĂ©roĂŻque et sensible de sa fille Olympie,- annoncent de fait l’AntiquitĂ© telle qu’elle s’impose dans Les Troyens de Berlioz. La tragĂ©die en 5 actes de Voltaire – Ă©ditĂ©e en 1762, inspire aux deux librettistes de Spontini, Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, ce registre “sublime” si rĂ©ussi par Gluck. Le compositeur adulĂ© sous l’Empire par NapolĂ©on, auteur de La Vestale, le triomphe de sa vie, rĂ©ussit nĂ©anmoins dans Olympie, ce pathĂ©tique Ă©difiant qui touche le cĹ“ur par la justesse de ses accents dramatiques et psychologiques.

 

 

StupĂ©fiante Statira, veuve d’Alexandre…
OPERA TRAGIQUE ET SUBLIME de 1819

 

Mais Ă  l’Ă©poque d’Olympie, Spontini est dĂ©jĂ  hors de Paris, vers Berlin oĂą il s’installe le 1er fĂ©vrier 1820 car il vient d’ĂŞtre nommĂ© Generalmusikdirektor : ancien napolĂ©onien ralliĂ© aux Bourbons, Spontini eut raison de quitter la France et les nombreuses critiques du parti libĂ©ral… Le sujet d’Olympie aborde le rĂ©gicide : ici, l’assassinat d’Alexandre le Grand puis le destin de sa famille (un thème dĂ©licat et douloureux Ă  l’Ă©poque du crime perpĂ©trĂ© aux portes du théâtre de la crĂ©ation : l’assassinat du Duc de Berry, le 13 fĂ©vrier 1820) ; acte odieux rendant difficile toute reprise de l’opĂ©ra… C’est Ă  Berlin ainsi – om il a recouvrĂ© statut et considĂ©ration que Spontini confie Ă  ETA Hoffmann une nouvelle version d’Olympie, rĂ©Ă©crite en allemand, nouvel avatar lyrique crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Berlin le 14 mai 1821. C’est cette nouvelle version plus intense et contrastĂ©e encore qui triomphera en Europe et Ă  Paris, … en 1826, avec la mĂŞme Branchu qui fait alors ses adieux Ă  la scène. Spontini poursuit cette simplification narrative, moralisatrice parfois solennelle (dĂ©fĂ©rence au mythe impĂ©rial voir La Vestale et surtout Fernand Cortez) que les suiveurs de Gluck Ă  Paris avaient peu Ă  peu formuler dans la veine tragique : Salieri, Cherubini, Sacchini… BientĂ´t Scribe allait rĂ©former encore davantage, par ses livrets mĂ©diĂ©vaux, le modèle du grand opĂ©ra français, pour Adam, Rossini, HalĂ©vy (La Muette de Portici en fĂ©vrier 1828, puis Guillaume Tell, Les Huguenots). En 1819 et mĂŞme 1826, Voltaire est un modèle dramatique toujours vĂ©nĂ©rĂ©. Olympie fut pour le gĂ©nie de Ferney, une oeuvre tardive, Ă©crite en 6 jours par un Ă©crivain fatiguĂ© septuagĂ©naire, voulant jouer au jeune auteur… Pourtant la tragĂ©die convoquĂ©e par Voltaire – en un mĂŞme lieu, le temple de Diane Ă  Ephèse, est celle des tragĂ©diennes et des femmes blessĂ©es toujours dignes : reconnaissance entre Statira et Olympie (II), les mĂŞmes rejoignant les flammes d’un vaste bĂ»cher (V).
Pour Spontini, comme dans La Vestale, il s’agit de retrouver la grandeur et le sublime tragique de l’AntiquitĂ© Ă  travers ses rituels grandioses, d’une froideur parfois trop solennelle, voire monumentale (au III, le couronnement de Statira avec les lauriers d’Alexandre, oĂą Antigone paraĂ®t triomphante sur un Ă©lĂ©phant (! cf les didascalies d’Ă©poque) mais toujours grave : fouillant les ressources contrastĂ©es nĂ©es de l’opposition entre sacrĂ© et profane, oĂą brille la dĂ©votion de Statira pour la dĂ©fense des Dieux; scènes finales avec choeurs grandioses Ă  la clĂ© (dont l’effusion du peuple Ă©phĂ©sien pour cĂ©lĂ©brer la concorde entre Antigone et Cassandre). Si le spectaculaire a jouĂ© intensĂ©ment son rĂ´le dans la conception du l’opĂ©ra, Spontini parvient cependant Ă  tisser une fibre psychologique solide et fluide entre les scène, grâce Ă  son rĂ©citatif, l’un des mieux Ă©crits qui soit et qui exige des interprètes une maĂ®trise (en finesse comme en expressivitĂ©) absolue. Mais que l’on ne s’y trompe pas : la vĂ©ritable hĂ©roĂŻne, touchante autant que digne demeure la sublime mère d’Olympie, Statira. Olympie, en son suicide final ne fait suivre les traces maternelles.

L’Olympie de Spontini, 1819
A l’affiche du TCE Ă  PARIS, le 3 juin 2016

RADIO
Sur France Musique, samedi 11 juin 2016, 19h

Opéra en trois actes (1819)
Livret de Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, d’après la pièce éponyme de Voltaire

Karina Gauvin:  Olympie
Kate Aldrich:  Statira
Charles Castronovo:  Cassandre
Josef Wagner:  Antigone
Patrick Bolleire:  Le hiérophante
Conor Biggs: Hermas, un PrĂŞtre
Le Cercle de l’Harmonie
Vlaams Radio Koor
Jérémie Rhorer, direction

VIDEO : voir la soprano Jennifer Borghi chanter Olympie de Spontini — concert “Grandeurs et dĂ©cadence : Gluck, Spontini, Cherubini… ” / Namur, 2012 © reportage exclusif clasiquenews.tv – Ă  1h46 : air de Statira invoquant les mânes de Darius et d’Alexandre, implorant sa fille Olympie…

LIRE aussi notre dossier spécial sur La Vestale de SPONTINI (Paris, octobre 2013)

LIRE aussi notre prĂ©sentation critique de La Mort d’Abel de Rodolphe Kreutzer, 1810

 

LIRE le texte originel de la tragédie de Voltaire

CD. Catel : Les Bayadères, 1810 (Talpain, 2012)

CD-CATEL-BAYADERES-Talpian-Bru-zane-cd-Chantal-Santon-Vidal-do-1810-ediciones-singulares-glossaCD. Catel: Les Bayadères, 1810. Deux annĂ©es après un Amadis pĂ©tillant et lĂ©ger (2010), d’un dramatisme finement ciselĂ©, -coup de gĂ©nie du fils Bach invitĂ© en France Ă  servir le genre tragique en 1779-,  le chef Didier Talpain nous revient dans cet enregistrement de la mĂŞme eau, dĂ©voilant un Catel datĂ© de 1810 : fresque lyrique Ă  grand effectif, d’un orientalisme enchanteur pour lequel l’Ă©quipe de musiciens rĂ©unis renouvelle un sans faute ; le chef retrouve la quasi mĂŞme Ă©quipe de chanteurs et surtout le formidable orchestre Musica Florea, articulĂ©, jamais Ă©pais ni lourd, d’une expressivitĂ© naturelle indiscutablement idĂ©al s’agissant d’un opĂ©ra nĂ©omozartien (les 3 Bayadères rappellent les 3 dames de La FlĂ»te entre autres), regardant aussi du cĂ´tĂ© de Haydn, dont l’enjeu entend renouveler l’hĂ©ritage trop rĂ©ducteur et contraignant de l’inĂ©vitable Gluck… Talpain Ă©claire cet orientalisme oĂą l’Orient rĂŞvĂ© et ses bayadères, convoquent une Inde fantaisiste – qui proche de l’ouvrage contemporain de Weber (Abu Hassan, 1811), renouvelle la trame sentimentale du cadre théâtral : s’il est question d’orientalisme, la question est plutĂ´t d’Ă©mouvoir et de s’alanguir… dans l’esprit des comĂ©dies et opĂ©ras ballets galants de Rameau. La danseuse inaccessible, LamĂ©a, protagoniste et rĂ´le impressionnant, offre peu Ă  peu un portrait de femme amoureuse admirable, inspirĂ©e par des qualitĂ©s morales au dĂ©but insoupçonnables.

Nouveau jalon rĂ©estimĂ© de l’opĂ©ra romantique français

Grâce héroïque des Bayadères de Catel

CLIC_macaron_2014CATEL Charles-Simon_CatelAlors que règne l’impressionnante lyre terrible et frĂ©nĂ©tique d’un Spontini, vrai champion de l’opĂ©ra hĂ©roĂŻque impĂ©rial, – La Vestale (1807)-, Charles-SImon Catel et ses Bayadères fascinent alors de la mĂŞme façon par le dĂ©ploiement souple et remarquablement agencĂ© des scènes et tableaux aux effectifs impressionnants : on ne compte plus les choeurs, les danses, les affrontements et les situations les plus contrastĂ©s convoquant tout ce qu’un opĂ©ra peut offrir en possibilitĂ©s vocales, chorales, orchestrales… le style est cependant toujours parfaitement Ă©lĂ©gant comme si l’Ă©criture de Catel ne se laissait jamais aller Ă  la solennitĂ© ni Ă  l’Ă©paisseur d’un dĂ©corum naturellement prĂ©sent par l’ambition des dĂ©cors et machineries: l’Inde Ă©voquĂ©e, aux riches effets visuels fait partie de ce spectacle qui annonce dĂ©jĂ  le grand opĂ©ra Ă  venir (celui de Meyerbeer)… harem du Rajah au I, son palais au III, la place Ă  BĂ©narès au II. La direction du chef restitue dans sa continuitĂ© souple la succession des Ă©pisodes ; tout cela s’enchaĂ®ne avec une grâce inhabituelle d’autant plus mĂ©ritante dans le genre officiel voire solennel.
D’une distribution sans dĂ©faillance notable, la LamĂ©a de Chantal Santon se distingue par son intensitĂ© sensuelle, sa diction enivrante, la clartĂ© brillante du timbre, sa tenue Ă©gale malgrĂ© l’exigence du rĂ´le principal oĂą brilla avant elle la fameuse Caroline Branchu, Ă©toile du chant français dramatique et tragique, tout aussi convaincante chez Gluck puis Spontini. Chantal Santon exprime la dignitĂ© puissante de la danseuse sacrĂ©e attachĂ©e au culte de Brahma et montre un engagement respectueux de cette fine caractĂ©risation vocale dont fait preuve Catel dans le portrait de son hĂ©roĂŻne…

santon chantalL’opĂ©ra reproduit allusivement la fonction de la tragĂ©die lyrique du XVIIIè : le hĂ©ros DĂ©maly, objet de l’amour victorieux de Lamea, par sa prĂ©sence lumineuse et les vertus morales qui le font triompher, incarne symboliquement la figure du guide Ă  aimer : NapolĂ©on lui-mĂŞme. Outre la marche du III (claire assimilation des pauses introspectives de La FlĂ»te mozartienne), on reconnaĂ®t le raffinement gĂ©nĂ©ral d’une partition qui sait ĂŞtre dramatique.
La plupart des personnages n’ont pas d’airs dĂ©veloppĂ©s autonomes (surtout au III) mais un rĂ©citatif souple et intense qui accĂ©lère le flux de l’action ; de ce point de vu la dĂ©clamation dĂ©fendue par Mathias Vidal se rĂ©vèle exemplaire. MĂŞme constat pour Chantal Santon qui comme nous l’avons dit, dessine avec sensibilitĂ©, naturel et sincĂ©ritĂ©, le portrait de la vĂ©ritable hĂ©roĂŻne de la partition : Lamea. A ses cĂ´tĂ©s, Demaly paraĂ®t souvent lourd et systĂ©matique dans un verbe outrĂ©, si peu nuancĂ© : quel dommage car le timbre est sĂ©duisant. Question de style : le tĂ©nor en aurait Ă  apprendre auprès de Mathias Vidal.
On regrette aussi l’imprĂ©cision linguistique comme parfois l’Ă©paisseur du choeur qui visiblement ne maĂ®trise pas la langue française.

Cependant, le bon goĂ»t qui prĂ©side Ă  la rĂ©alisation, le souci des Ă©quilibres dĂ©fendu par le chef manifestement inspirĂ© par la rĂ©surrection de l’Ĺ“uvre, l’implication d’une soprano sĂ©duisante et expressive dans le rĂ´le de la danseuse loyale et courageuse… suscitent notre enthousiasme. Les Bayadères de Catel de 1810 prĂ©parent au grand opĂ©ra de Meyebeer ; c’est ainsi par le disque, un nouveau jalon rĂ©estimĂ© de l’opĂ©ra romantique français Ă  l’Ă©poque de NapolĂ©on. RedĂ©couverte marquante.

Charles-Simon Catel (1773-1830) : Les Bayadère, 1810. Chantal Santon (LamĂ©a), Philippe Do, Andre Heyboer, Mathias Vidal, Katia Velletaz, Jennifer Borghi. ChĹ“ur Solamente Naturali, Musica Florea. Didier Talpain, direction. 2 cd Singulares.  Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  sofia en novembre 2012. Collection “OpĂ©ra français”.

Spontini : La Vestale, 1807

Spontini: La Vestale. Paris, TCE, du 15 au 28 octobre 2013. Rhorer, Lacascade. Nouvelle production    

La Vestale
On doit donner encore La Vestale… que je l’entende une seconde fois !… Quelle Ĺ“uvre ! comme l’amour y est peint !… et le fanatisme ! Tous ces prĂŞtres-dogues aboyant sur leur malheureuse victime… Quels accords dans ce finale de gĂ©ant !… Quelle mĂ©lodie jusque dans les rĂ©citatifs ! Quel orchestre ! Il se meut si majestueusement… les basses ondulent comme les flots de l’OcĂ©an.  Les instruments sont des acteurs dont la langue est aussi expressive que celle qui se parle sur la scène.

Hector Berlioz, dans sa 12è SoirĂ©e des SoirĂ©es de l’orchestre ne faiblit d’Ă©loges quant Ă  l’oeuvre de son confrère compositeur.  Le style frĂ©nĂ©tique, l’exacerbation terrible du style sanguin et expressif de Spontini ont de toute Ă©vidence saisi le Romantique français, par ailleurs si difficile ou critique Ă  l’endroit de ses contemporains.

 

SPONTINI_buste_190Aux cĂ´tĂ©s de Berlioz, Wagner qui dirigea l’oeuvre en allemand (Dresde, 1844), tĂ©moigne de sa profonde estime pour l’oeuvre de Spontini. La Vestale demeure l’un des grands Ă©vĂ©nements lyriques du XIXè, suscitant un choc unanime et enthousiaste partout en Europe, dès sa crĂ©ation.  A 33 ans, l’auteur fusionne style gluckiste et dĂ©clamation tragique française, prend acte de toutes les critiques constructives qui lui sont avancĂ©es pendant la composition de son opĂ©ra : après une annĂ©e de travail, Spontini remet son manuscrit et l’ouvrage est crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris, devant l’Empereur et JosĂ©phine, le 14 dĂ©cembre 1807.  Verve, Ă©clat, grâce, fulgurance tragique, noble et spectaculaire …  la critique et les spectateurs enchaĂ®nent les Ă©loges face Ă  une oeuvre forte, emblĂ©matique du goĂ»t de la France impĂ©riale et romantique, au dĂ©but du XIXème. Par ses nombreux motifs et citations empruntĂ©s Ă  l’antiquitĂ© romaine, l’opĂ©ra de Spontini, protĂ©gĂ© de JosĂ©phine, offre un ouvrage stylistiquement accordĂ© Ă  l’esthĂ©tique impĂ©riale façonnĂ©e par NapolĂ©on.

NĂ©oclassique comme peuvent l’ĂŞtre Canovas et Ingres, Spontini offre le premier cadre du grand opĂ©ra français impĂ©rial. NapolĂ©on premier auditeur de l’ouvrage avant sa crĂ©ation parisienne reste admiratif vis Ă  vis de la maĂ®trise de Spontini.  Trombones, trompettes … le compositeur n’hĂ©site pas Ă  nourrir la texture et le format de l’orchestre, mĂŞme Rossini se souviendra de son solo de clarinette pour Tancredi … C’est dire l’apport de Spontini après Gluck et avant Berlioz et Meyerbeer.

Servi par Melle Branchu (grande habituĂ©e des rĂ´les tragiques Ă  l’OpĂ©ra de Paris) dans le rĂ´le de  la vestale Julia, l’opĂ©ra triomphe grâce aux tempĂ©raments vocaux que la production a su regrouper pour la crĂ©ation parisienne. PortĂ© par le succès de son livret, Etienne de Jouy (plus tard librettiste de Rossini), signe une adaptation plus comique de La Vestale (dans le genre  vaudeville, La marchande de modes), parodie crĂ©Ă©e elle aussi triomphalement au Théâtre du Vaudeville, oĂą la jeune vestale Julia devient Julie, ouvrière dans un magasin de mode parisien. C’est Maria Callas qui Ă  la Scala de Milan en 1954 ose remonter l’ouvrage et incarner le tempĂ©rament de la bouillonnante et digne Julia.  L’oeuvre n’avait pas investi une scène parisienne depuis 1854.

 

La production de La Vestale au TCE Ă  Paris

Le TCE prĂ©sente la version parisienne de la crĂ©ation en français.  Julia, vestale obligĂ©e Ă  la soumission Ă  l’ordre et au dieu qu’elle sert, demeure fidèle Ă  son serment de virginitĂ© malgrĂ© la passion que lui voue le gĂ©nĂ©ral vainqueur Licinius. C’est au dĂ©but du siècle romantique une figure quasi mythique qui offre l’exemple d’une vierge sublime, inflexible et loyale mais qui est aussi une grande amoureuse, choisissant jusqu’Ă  la mort, le sacrifice de son bonheur individuel.

 

spontini_et_epouse_448La production choisit une lecture universelle, ni historique ni dĂ©calĂ©e, que met en lumière l’Ă©pure tragique d’un plateau dĂ©nudĂ© … afin que s’illustre et s’affirme la violence admirable d’une action qui cite le théâtre classique tragique. Tout en soulignant le tempĂ©rament de chaque protagoniste et l’intensitĂ© des confrontations dramatiques, la lecture prĂ©sentĂ©e sur la scène du TCE en octobre 2013, laisse aussi la place au choeur omniprĂ©sent pendant l’accomplissement du drame : “… peuple de vestales, de prĂŞtres, de  guerriers, de citoyens, foule bigarrĂ©e et mĂ©langĂ©e, toujours au bord de l’explosion qui fait aussi la puissance de l’œuvre “ainsi que le prĂ©cise le metteur en scène.

 

SPONTINI_buste_190La Vestale, tragédie lyrique en trois actes
Gaspare Spontini (1774-1851)

Texte de Etienne de Jouy, création en 1807.
Version française -  nouvelle production

Spectacle en français
Durée de l’ouvrage  : 2h10 environ
6 représentations
mardi 15, vendredi 18, mercredi 23,
vendredi 25, lundi 28 octobre 2013,19h30
dimanche 20 octobre 2013, 17h

Jérémie Rhorer  direction
Eric Lacascade  mise en scène

Ermonela Jaho  Julia
Andrew Richards  Licinius
Béatrice Uria-Monzon  La Grande Vestale
Jean-François Borras  Cinna
Konstantin Gorny  Le Souverain Pontife
Le Cercle de l’Harmonie
Chœur Aedes


La Vestale
Argument

Dans la rome antique.

acte I
Le forum romain et, à gauche, l’atrium avec les appartements  des vestales.  Le général Licinius, vainqueur de la guerre contre les Gaulois, aime la belle Julia.  Entretemps, celle-ci est devenue vestale en l’honneur de son  père disparu et s’est engagée à  rester chaste sa vie durant, faute de quoi elle prendra la vie. Julia est désignée pour remettre au général Licinius la couronne du vainqueur ; celui-ci en profite  pour s’annoncer chez la vestale le soir même, bien décidé à  l’enlever.

acte II
L’intérieur du temple de Vesta, avec au centre la flamme sacrée sur un grand autel en marbre. Julia est  gardienne de la flamme pour la nuit, qui ne doit jamais s’éteindre. Licinius arrive  pour enlever la jeune femme, mais celle-ci résiste à la tentation. La flamme s’éteint pendant leur altercation. Le souverain pontife exige le nom du coupable, mais Julia s’y refuse ; elle est condamnée à mort.

acte III

Tableau 1 : Les tombes en forme de pyramide de la Porta Collina. Licinius implore  vainement le ciel que Julia survive et avoue sa culpabilitĂ©. Julia nie ces allĂ©gations et entre dans la tombe pour y ĂŞtre enterrĂ©e vivante. Elle dĂ©pose  son voile de vestale devant l’autel, qu’enflamme un Ă©clair. C’est le signe que la  dĂ©esse lui pardonne. PardonnĂ©e, Julia peut Ă©pouser celui qu’elle aime et qui l’aime en retour.
Tableau 2 : Le temple de Vénus à Eryx.  L’union de Licinius et de Julia est célébré dans la joie.

 

Spontini : La Vestale, 1807

Spontini: La Vestale. Paris, TCE, du 15 au 28 octobre 2013. Rhorer, Lacascade. Nouvelle production…NĂ©oclassique comme peuvent l’ĂŞtre Canovas et Ingres, Spontini offre le premier cadre du grand opĂ©ra français impĂ©rial. NapolĂ©on premier auditeur de l’ouvrage avant sa crĂ©ation parisienne reste admiratif vis Ă  vis de la maĂ®trise de Spontini.  Trombones, trompettes … le compositeur n’hĂ©site pas Ă  nourrir la texture et le format de l’orchestre, mĂŞme Rossini se souviendra de son solo de clarinette pour Tancredi … C’est dire l’apport de Spontini après Gluck et avant Berlioz et Meyerbeer.

La Vestale
On doit donner encore La Vestale… que je l’entende une seconde fois !… Quelle Ĺ“uvre ! comme l’amour y est peint !… et le fanatisme ! Tous ces prĂŞtres-dogues aboyant sur leur malheureuse victime… Quels accords dans ce finale de gĂ©ant !… Quelle mĂ©lodie jusque dans les rĂ©citatifs ! Quel orchestre ! Il se meut si majestueusement… les basses ondulent comme les flots de l’OcĂ©an.  Les instruments sont des acteurs dont la langue est aussi expressive que celle qui se parle sur la scène.

Hector Berlioz, dans sa 12è SoirĂ©e des SoirĂ©es de l’orchestre ne faiblit d’Ă©loges quant Ă  l’oeuvre de son confrère compositeur.  Le style frĂ©nĂ©tique, l’exacerbation terrible du style sanguin et expressif de Spontini ont de toute Ă©vidence saisi le Romantique français, par ailleurs si difficile ou critique Ă  l’endroit de ses contemporains.

 

SPONTINI_buste_190Aux cĂ´tĂ©s de Berlioz, Wagner qui dirigea l’oeuvre en allemand (Dresde, 1844), tĂ©moigne de sa profonde estime pour l’oeuvre de Spontini. La Vestale demeure l’un des grands Ă©vĂ©nements lyriques du XIXè, suscitant un choc unanime et enthousiaste partout en Europe, dès sa crĂ©ation.  A 33 ans, l’auteur fusionne style gluckiste et dĂ©clamation tragique française, prend acte de toutes les critiques constructives qui lui sont avancĂ©es pendant la composition de son opĂ©ra : après une annĂ©e de travail, Spontini remet son manuscrit et l’ouvrage est crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris, devant l’Empereur et JosĂ©phine, le 14 dĂ©cembre 1807.  Verve, Ă©clat, grâce, fulgurance tragique, noble et spectaculaire …  la critique et les spectateurs enchaĂ®nent les Ă©loges face Ă  une oeuvre forte, emblĂ©matique du goĂ»t de la France impĂ©riale et romantique, au dĂ©but du XIXème. Par ses nombreux motifs et citations empruntĂ©s Ă  l’antiquitĂ© romaine, l’opĂ©ra de Spontini, protĂ©gĂ© de JosĂ©phine, offre un ouvrage stylistiquement accordĂ© Ă  l’esthĂ©tique impĂ©riale façonnĂ©e par NapolĂ©on.

 

Servi par Melle Branchu (grande habituĂ©e des rĂ´les tragiques Ă  l’OpĂ©ra de Paris) dans le rĂ´le de  la vestale Julia, l’opĂ©ra triomphe grâce aux tempĂ©raments vocaux que la production a su regrouper pour la crĂ©ation parisienne. PortĂ© par le succès de son livret, Etienne de Jouy (plus tard librettiste de Rossini), signe une adaptation plus comique de La Vestale (dans le genre  vaudeville, La marchande de modes), parodie crĂ©Ă©e elle aussi triomphalement au Théâtre du Vaudeville, oĂą la jeune vestale Julia devient Julie, ouvrière dans un magasin de mode parisien. C’est Maria Callas qui Ă  la Scala de Milan en 1954 ose remonter l’ouvrage et incarner le tempĂ©rament de la bouillonnante et digne Julia.  L’oeuvre n’avait pas investi une scène parisienne depuis 1854.

 

La production de La Vestale au TCE Ă  Paris

Le TCE prĂ©sente la version parisienne de la crĂ©ation en français.  Julia, vestale obligĂ©e Ă  la soumission Ă  l’ordre et au dieu qu’elle sert, demeure fidèle Ă  son serment de virginitĂ© malgrĂ© la passion que lui voue le gĂ©nĂ©ral vainqueur Licinius. C’est au dĂ©but du siècle romantique une figure quasi mythique qui offre l’exemple d’une vierge sublime, inflexible et loyale mais qui est aussi une grande amoureuse, choisissant jusqu’Ă  la mort, le sacrifice de son bonheur individuel.

 

spontini_et_epouse_448La production choisit une lecture universelle, ni historique ni dĂ©calĂ©e, que met en lumière l’Ă©pure tragique d’un plateau dĂ©nudĂ© … afin que s’illustre et s’affirme la violence admirable d’une action qui cite le théâtre classique tragique. Tout en soulignant le tempĂ©rament de chaque protagoniste et l’intensitĂ© des confrontations dramatiques, la lecture prĂ©sentĂ©e sur la scène du TCE en octobre 2013, laisse aussi la place au choeur omniprĂ©sent pendant l’accomplissement du drame : “… peuple de vestales, de prĂŞtres, de  guerriers, de citoyens, foule bigarrĂ©e et mĂ©langĂ©e, toujours au bord de l’explosion qui fait aussi la puissance de l’œuvre “ainsi que le prĂ©cise le metteur en scène.

 

SPONTINI_buste_190La Vestale, tragédie lyrique en trois actes
Gaspare Spontini (1774-1851)

Texte de Etienne de Jouy, création en 1807.
Version française -  nouvelle production

Spectacle en français
Durée de l’ouvrage  : 2h10 environ
6 représentations
mardi 15, vendredi 18, mercredi 23,
vendredi 25, lundi 28 octobre 2013,19h30
dimanche 20 octobre 2013, 17h

Jérémie Rhorer  direction
Eric Lacascade  mise en scène

Ermonela Jaho  Julia
Andrew Richards  Licinius
Béatrice Uria-Monzon  La Grande Vestale
Jean-François Borras  Cinna
Konstantin Gorny  Le Souverain Pontife
Le Cercle de l’Harmonie
Chœur Aedes


La Vestale
Argument

Dans la rome antique.

acte I
Le forum romain et, à gauche, l’atrium avec les appartements  des vestales.  Le général Licinius, vainqueur de la guerre contre les Gaulois, aime la belle Julia.  Entretemps, celle-ci est devenue vestale en l’honneur de son  père disparu et s’est engagée à  rester chaste sa vie durant, faute de quoi elle prendra la vie. Julia est désignée pour remettre au général Licinius la couronne du vainqueur ; celui-ci en profite  pour s’annoncer chez la vestale le soir même, bien décidé à  l’enlever.

acte II
L’intérieur du temple de Vesta, avec au centre la flamme sacrée sur un grand autel en marbre. Julia est  gardienne de la flamme pour la nuit, qui ne doit jamais s’éteindre. Licinius arrive  pour enlever la jeune femme, mais celle-ci résiste à la tentation. La flamme s’éteint pendant leur altercation. Le souverain pontife exige le nom du coupable, mais Julia s’y refuse ; elle est condamnée à mort.

acte III

Tableau 1 : Les tombes en forme de pyramide de la Porta Collina. Licinius implore  vainement le ciel que Julia survive et avoue sa culpabilitĂ©. Julia nie ces allĂ©gations et entre dans la tombe pour y ĂŞtre enterrĂ©e vivante. Elle dĂ©pose  son voile de vestale devant l’autel, qu’enflamme un Ă©clair. C’est le signe que la  dĂ©esse lui pardonne. PardonnĂ©e, Julia peut Ă©pouser celui qu’elle aime et qui l’aime en retour.
Tableau 2 : Le temple de Vénus à Eryx.  L’union de Licinius et de Julia est célébré dans la joie.