CD, événement, critique. SALONEN : CONCERTO POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018).

salonen esa pekka cello concerto yo yoma os angeles philharmonic cd critique concert review  fev 2018 cd critique classiquenewsCD, événement, critique. SALONEN : CONCERT POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018). Somptuosité instrumentale, parure scintillante comme peut l’être suspendue, la texture du Ravel de Daphnis, l’orchestre de Salonen saisit par sa constante quête de transparence, sa volupté supérieure, comme l’élucidation allusive d’un chant murmuré, qui se déroule dans le repli et l’intime (violoncelle dans le II, confinant au silence et à la perte de tout cadre établi).

Hédoniste et adepte du mystère, le compositeur finlandais est comme sa consœur Kaija Saariaho, porté pour le rêve, le songe, l’irréalité, la surréalité même, mais énoncée ici comme une prière énigmatique, la manifestation d’un équilibre entre l’infiniment grand et le petit, entre cosmos et microrésonance. Ici, le timbre conduit le cheminement.
En ce sens, le II est le plus envoûtant, véritable explosion de couleurs et de teintes qui fait imploser toute forme et tour cadre construit, pour que se déploie une effloressence sonore suprême qui peut s’entendre comme une révélation comme un persistant mystère (ligne des cordes étirées jusqu’à l’ultime souffle).

Sous la direction de l’auteur et de l’ancien chef qui en fut le directeur musical de longue date, le Philharmonique de Los Angeles démontre une finesse expressive constante. Dans ce vortex scintillant, qui développe l’ombre et la pudeur, le violoncelle solo affirme un chant furtif, syncopé, agité et près d’une transe filigrané (III), scandé par la percu du tam tam : le dernier épisode est le plus dansant, ivre, convulsionné et souple, plutôt que convulsif. Toujours finement dansant. Trépidant, et dans ses pointes orchestrales, magnifiquement éruptif, comme des bourrasques fugaces et élégantes. Par sa concision, son sens de la synthèse et d’un développement contenu mais régulièrement fulgurant, l’écriture de Salonen rejoint le perfectionnisme formel d’un … Sibelius. Le III, presque de la même durée que le I, apporte un élément d’équilibre en miroir, mais aussi d’un caractère différent, presque opposé aux deux précédents, diffuse une agitation qui lui est propre, des irruptions délirantes (clarinette), qui portent aussi jusqu’au solo du violoncelle, élément moins concertant que diffus, jamais opposé au contexte orchestral, mais plutôt soulignant les accents de la masse organique, et semblant comme en exprimer l’essence. La percu plus présente inscrit par ses éclairs concrets et sa rythmique instable, un élément de réalité plus mordant. Mais fidèle à sa pensée pudique, Salonen achève ce formidable triptyque dans le murmure. Comme un serpent sinueux rejoignant l’éternelle nuit du silence et du secret.
Plastique, toujours hyperélégante, et d’un esthétisme instrumental ciselé, l’écriture de Salonen se magnifie avec le temps. Son Concerto est le moins bavard qui soit, critique sur la forme, soucieux de sa propre énergie, exigeant quant à chaque développement. Sublime musique. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019.

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CLIC D'OR macaron 200CD, événement, critique. SALONEN : CONCERT POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018). Enregistrement réalisé à Los Angeles au WAlt Disney Concert Hall, Los Angeles, février 2018.

CD, événement. Frederica von Stade, the complete Columbia recital albums (18 cd Sony classical)

von stade frederica the complete columbia recital albums coffret cd review  critique cd classiquenews 18 cd coffret box 51AiKLG6r5L._SY300_QL70_CD, événement. Frederica von Stade, the complete Columbia recital albums (18 cd Sony classical). SOMBRE VELOURS D’UNE DISEUSE FRANCOPHILE. Mezzo irradiée – ce qui la destine aux emplois sombres et tragiques, la jeune musicienne fait son voyage à Paris où alors qu’elle échouait à devenir pianiste, elle éprouve comme une sidération inexplicable, le choc du chant et de la voix en assistant à un récital de la soprano allemande Elisabeth Schwarzkopf alors diseuse hors paires dans les lieder de Hugo Wolf. Il y a chez Von Stade qui a beaucoup douté de ses capacités artistiques réelles, une ardeur intérieure, une hypersensibilité jaillissante qui a rappelé dès ses premiers grands rôles, les brûlures tragiques et graves d’une Janet Baker.

CLIC_macaron_2014AU DEBUT DES 70′S… Jeune tempérament à affiner et à ajuster aux contraintes et exigences de la scène, Frederica Von Stade est engagée dans la troupe du Met de New York par Rudolf Bing (1970) : elle n’est pas encore trentenaire ; très vite, elle prend son envol comme soliste, avec l’essor augural des opéras baroques  (elle chante Penelope de l’Ulysse monteverdien). Mais la diva est une diseuse qui se taille une très solide réputation chez Mozart  (Cherubino qui sera son rôle fétiche, et Idamante) et Rossini dont elle maîtrise la virtuosité élégante et racée grâce à des vocalises précises et des phrasés ciselés  (Tancredi, Rosina, la donna del lago: surtout le chant noble mais désespéré de Desdemona dans Otello…). La Von Stade est aussi une bel cantiste à la sûreté musicale impressionnante.
Le timbre sombre, essentiellement tragique colore une suavité qui est aussi pudeur et articulation : la mezzo s’affirme de la même façon chez Massenet  (Charlotte de Werther, Chérubin là encore et aussi Cendrillon. ..), et Marguerite embrasée par un éros  qui déborde (La Damnantion de Faust), et Béatrice (Beatrice et Benedicte d’après Shakespeare) chez Berlioz dont elle chante aussi évidemment les Nuits d’été (de surcroît dans ce coffret, sous la direction de Ozawa lire ci après).

 

 

 

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COFFRET MIRACULEUX… Qu’apporte le coffret de 18 cd réédités par Sony classical ? Pas d’opéras intégraux, mais plusieurs récitals thématiques où scintille la voix ample, cuivrée, chaude d’un mezzo dramatique et suave, plus clair que celui de Janet Baker, aussi somptueux et soucieux d’articulation et de couleurs que Susan Graham (sa continuatrice en quelque sorte)… C’est dire l’immense talent interprétatif et la richesse vocale de la mezzo américaine Frederica von Stade née un 1er juin 1945, qui donc va souffler en ce début juin 2016, ses 81 ans. Le coffret Columbia (the complete Columbia recital albums) souligne la diversité des choix, l’ouverture d’un répertoire qui a souvent favorisé la musique romantique française, la fine caractérisation dramatique pour chaque style, une facilité expressive, une élasticité vocale, – dotée d’un souffle qui semblait illimité car imperceptible, et toujours une pudeur presque évanescente qui fait le beauté de ses rôles graves et profonds. Les 18 cd couvrent de nombreuses années, en particulier celles de toutes les promesses, et de la maturité, comme de l’approfondissement des partitions, soit de 1975 (CD où règne la blessure et le poison saignant de la Chanson perpétuelle de Chausson, déjà l’ivresse ahurissante de son Cherubino mozartien, ce goût pour la mélodie française : très rare Le bonheur est chose légère de Saint-Saëns, ou la question sans réponse de Liszt d’après Hugo : “Oh! quand je dors S 282, récital de 1977, cd3) ; jusqu’aux songs de 1999 et même 2000 (Elegies de Richard Danielpour, né en 1956, avec Thomas Hampson).

 

 

 

Dans les années 1970 et 1980, la mezzo Frederica von Stade chante Mozart, Massenet, Ravel avec une gravité enivrée

VELOURS TRAGIQUE

 

 

frederica von stade woolfe2-von_stade_frederica_eric_melear_0Salut à la France… La mesure, le style, une certaine distanciation lui valurent des critiques sur sa neutralité, un manque d’engagement (certaines chansons de ses Canteloube)… Vision réductrice tant la chanteuse sut dans l’opéra français exprimer l’extase échevelée par un timbre à la fois intense, clair d’une intelligence rare, à la couleur précieuse, à la fois blessée, éperdue, brûlée : un exemple ? Prenez le cd 2 : French opera arias (de 1976 sous la direction de John Pritchard) ; sa Cavatine du page des Huguenots de Meyerbeer ; sa Charlotte du Werther de Massenet (noblesse blessée de “Va, Laisse couler mes larmes”), l’ample lamento grave de sa Marguerite berlozienne (superbe D’amour l’ardente flamme, au souffle vertigineux), ne doivent pas diminuer l’éclat particulier de la comédienne plus amusée, piquante, délurée chez Offenbach (Périchole grise ; Gerolstein en amoureuse déchirée : voyez le récital totalement consacré à la verve du Mozart des boulevards : Offenbach : arias and Overtures, 1994, cd14), d’un naturel insouciant et douée de couleurs exceptionnellement raffinées pour le Cendrillon de Massenet, surtout Mignon d’Ambroise Thomas, notre Verdi français. La pure et fine comédie, la gravité romantique, le raffinement allusif : tout est là dans un récital maîtrisé d’une trentenaire américaine capable de chanter l’opéra français romantique avec un style mesuré, particulièrement soucieuse du texte.

 

 

von stade frederica concert 1024x1024Italianisme. Bel cantiste par la longueur de son legato et un souffle naturellement soutenu, aux phrasés fins et finement ciselés, Von Stade fut aussi une interprète affichant son tempérament tragique et sombre, d’une activité mesurée toujours, chez Pénélope de Monteverdi (Le Retour d’Ulysse dans sa patrie), chez Rossini où sa distinction profonde fait miracle dans Tancredi et Semiramide (airs et aussi récitatifs merveilleusement articulés / déclamés, cd4, 1977)… Evidemment son métal sombre et lugubre va parfaitement aux lieder bouleversants de Mahler (cd5, 1978 : Lieder eines Fahrenden gesellen, Rückert lieder) ; mais la passion vocale et l’étendue de son velours maudit, comme blessé mais si digne et d’une pudeur intacte ne se peuvent concevoir sans ses prodigieux accomplissements dans le répertoire romantique et post romantiques français : Chants de Canteloube avec Antonio de Almeida (2 albums, de 1982 et 1985, où l’ivresse mélodique s’accompagne d’une volupté comme empoisonnée à la Chausson… le timbre enivré de la mezzo américaine s’impose par sa volupté claire et son intensité charnelle ; exprimant tout ce que cette expérience terrestre tend à l’évanouissement spirituel,… une Thaïs en somme : charnelle en quête d’extase purement divine). Ces deux recueils sont des must, indémodables (même si pour beaucoup sa partenaire et contemporaine Kiri te Kanawa a mieux chanté Canteloube, sans “s’enliser”).

 

 

Berliozienne et Ravélienne, Von Stade a exprimé son amour à la France. Même style irréprochable dans ses Nuits d’été de Berlioz d’après Gautier de 1983 sous la direction de Ozawa ; et aussi Shéhérazade, Mélodies et Chansons de Ravel à Boston avec Ozawa toujours en 1979…
Avec son complice au piano, Martin Katz, la divina s’expose sans fards, voix seule et clavier dans plusieurs récitals qui ne déforment pas son sens de la justesse et de la musicalité allusive d’une finesse toujours secrètement blessée : deux cycles sont ici des absolus eux aussi, le récital de 1977 comprend Dowland, Purcell, Debussy Canteloube dont il faut écouter Quand je dors S 282 de Liszt sur le poème d’Hugo : maîtrise totale du souffle et du legato avec une articulation souveraine : quel modèle pour les générations de mezzos à venir. Plus aucune n’ose aujourd’hui s’exposer ainsi en concert. Puis le récital de 1981 se dédie aux Italiens, de Vivaldi, Marcello, Scarlatti à Rossini sans omettre évidemment Ravel et Canteloube

 

 

stade von stade frederica coffret complete columbia recital albums sony classical cd review 1024x1024Sur le tard, Stade, appelée affectueusement “Flicka“, sait aussi se réinventer et goûte selon l’évolution de sa voix, d’autres répertoires, d’autres défis dramatiques : comme le montrent les derniers recueils du coffret Columbia : après celui dédié à la comédie encanaillée mais subtile d’Offenbach (Offenbach arias & Overtures, Antonio de Almeida,1994), les cd 15 (Elegies et Sonnets to Orpheus de Richard Danielpour), cd 18 (Paper Wings et Songs to the moon… de Jake Heggie) soulignent la justesse des récitals (de 1998 et 1999) : celle d’une voix mûre qui a perdu son agilité mais pas sa profondeur ni sa justesse expressive… CONCLUSION. Pour nous, française de coeur, Frederica Von Stade laisse un souvenir impérissable dans deux rôles chez Massenet qu’elle a incarné avec intensité et profondeur : Cendrillon (cd16, 1978) et Cherubin (cd17, 1991), sans omettre son Mignon de Thomas (Connais tu le Pays, cd2, 1976). Bel hommage. Coffret événement CLIC de mai 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, coffret événement. Frederica von Stade : the complete Columbia recital albums (18 cd, 19975-2000). Extraits d’opéras, mélodies, songs, lieder de Massenet, Thomas, Ravel, Mahler, Schuebrt, Berlioz, Bernstein… CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

 

 

CD événement. Le Beethoven idéal de Nikolaus Harnoncourt (Symphonies n°4 et 5 de Beethoven)

beethoven symphonies 4, 5 nikolaus harnoncourt cd sony review compte rendu CLASSIQUENEWS critique CLIC de classiquenewsCD événement. Beethoven : Symphonies n°4, 5 (Concentus Musicus de Vienne, Nikolaus Harnoncourt, 2015 1 cd Sony classical). Harnoncourt a depuis fin 2015 fait savoir qu’il prenait sa retraite (LIRE notre dépêche : Nikolaus Harnoncourt prend sa retraite pour ses 86 ans, décembre 2015), cessant d’honorer de nouveaux engagements. Cet été le verra à Salzbourg, encore, dernière direction qui de principe est l’événement du festival estival autrichien en juillet 2016 (pour la 9ème Symphonie de Beethoven, le 25 juillet, Grosses Festpielhaus, 20h30, avec son orchestre, Concentus Musicus Wien). Or voici que sort après sa sublime trilogie mozartienne – les 3 dernières Symphonies, conçues comme un “oratorio instrumental” (CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2014)-, deux nouvelles Symphonies de Beethoven, les 4 et 5, portées avec ce souci de la justesse et de la profondeur poétique grâce au mordant expressif de ses instrumentistes, ceux de son propre ensemble sur instruments d’époque, le Concentus Musicus de Vienne. Alors que se pose avec sa retraite, le devenir même de ses musiciens et le futur de la phalange, le disque enregistré pour Sony classical en 2015 à Vienne, démontre l’excellence à laquelle est parvenu aujourd’hui l’un des orchestres historiques les plus défricheurs, pionniers depuis les premiers engagements, et ici d’une sensibilité palpitante absolument irrésistible : bois, cuivres, cordes sont portés par une énergie juvénile d’une force dynamique, d’une richesse d’accents, saisissants.

 

 

 

En insufflant aux Symphonies n°4 et n°5, leur fureur première, inventive, incandescente et mystérieuse…

Harnoncourt façonne un Beethoven idéal

 

harnoncourt nikolaus maestro chef concentus musicusIDEAL ORCHESTRAL CHEZ BEETHOVEN… Le souffle intérieur, l’urgence, la tension, toujours d’une articulation somptueuse, avec ce sens de la couleur et du timbre paraissent de facto inégalables, voire … inatteignables en particulier pour les orchestres sur instruments modernes. Si l’on conçoit toujours de grands effectifs et des instruments de factures modernes dans les grands halls symphoniques et pour les grandes célébrations médiatiques et populaire (voire les manifestations en plein air, véritables casse têtes accoustiques), ici en studio, le format original, et la balance des instruments d’époque sont idéalement rétablis dans un espace réverbérant idéal. Quelle délectation ! c’est une expérience unique et désormais exemplaire que tous les orchestres institués du monde et sur instruments modernes se doivent d’intégrer dans leur évolution à venir : on ne joue plus Beethoven à présent comme en 1960/1970. Certes les instruments historiques ne font pas tout et la direction de Harnoncourt le montre : l’intelligence et l’acuité expressive du chef sait exploiter totalement toutes les ressources de chacun de ses partenaires instrumentistes. Un régal pour les sens (un festival de timbres caractérisés) et aussi pour l’intellect car le relief caractérisé des timbres (cuivres en fureur millimétrée ; cordes souples et mordantes à la fois ; bois d’une ivresse rageuse échevelée : quel orchestre est capable ailleurs d’une telle somptuosité furieuse?) souligne la puissance du Beethoven bâtisseur et conceptuel. L’architecture, la gradation structurelle comme le flux organique de chaque mouvement en sortent décuplés, dans une projection régénérée, inventives, d’une insolence première : on a l’impression d’assister à la première de chaque Symphonie, sentiment inouï, profondément marquant.
harnoncourt nikolaus portraitGESTE BOULEVERSANT. Pour sa retraite, le magicien Harnoncourt à la tête de son orchestre légendaire, revient à Beethoven (on se souvient de son intégrale phénoménale et déjà justement célébrée avec les jeunes musiciens de l’Orchestre de chambre d’Europe). ici, le vétéran, d’une acuité poétique et instrumentale supérieure encore nous lègue deux Symphonies parmi les mieux inspirées de la discographie : un must absolu qui révise le standard actuel de la sonorité beethovénienne pour tous les orchestres modernes et contemporains dignes de ce nom. Même l’Orchestre Les Siècles n’atteint pas une telle intensité expressive, ce caractère d’urgence et d’exacerbation poétique, cette fureur lumineuse, entre Lumières et Révolution, destruction et création-, ce sentiment de plénitude radicale. Voilà qui exprime au plus juste l’humeur révolutionnaire du génial Ludwig. Ce geste qui à la fin d’une carrière de défricheur, ouvre une esthétique embrasée par la lumière et l’espoir d’une aube nouvelle (tranchant nerveux insouciant du piccolo dans le Finale de la 5ème Symphonie entre autres…), se révèle bouleversant. Merci Maestro ! CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2016. Incontournable.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD événement. Beehtoven : Symphonies n°4, 5 (Concentus Musicus de Vienne, Nikolaus Harnoncourt, 2015 1 cd Sony classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2016. LIRE aussi notre compte rendu complet dédié aux 3 Symphonies 39, 40, 41 de Mozart, un “oratorio instrumental”… septembre 2014

 

 

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CD. Stravinsky : Le Sacre du printemps, 1947. Teodor Currentzis, MusicAeterna, 2013, 1 cd Sony classical)

currentzis, stravinsky, sacre du printempsCD. Stravinsky : Le Sacre du printemps, 1947. Teodor Currentzis, MusicAeterna, 2013, 1 cd Sony classical).  Tout est fait dans ce nouveau cd pour brouiller les cartes et provoquer l’acuité critique de l’auditeur. La couverture dérange en son alignement optique trouble et courbe comme un Vasarely pointilleux critique acide, ou une figure mouvante et géométrique qui dérange l’oeil : Teodor Currentzis, lui dérange l’oreille et au-delà l’écoute/. Une vision plus soutenue décèle cachées sous cette grille, les lettres du titre : “CURRENTZIS STRAVINSKY”. Le chef vedette de l’écurie Sony classical réitère un coup d’éclat, un coup de maître ici, alors qu’il parachève son intégrale de la trilogie Mozart / Da Ponte (et avec le même fabuleux orchestre : Le Nozze di Figaro puis Cosi fan tutte font toujours débat… on attend Don Giovanni courant 2016).

currentzis teodor portrait sacre du printemps stravinsky cd sony review critique compte rendu CLASSIQUENEWSAucune Å“uvre n’a mieux pressenti les secousses telluriques de son époque que Le Sacre du Printemps, entre sauvagerie et gouffres poétique, sensualité instrumentale et abstraction musicale. La partition de Stravinsky que le chef d’origine grecque a choisi est celle de 1947, plus instrumentalement calibrée, plus incisive dans sa portée musicale aux timbres affinés, à l’équilibre des pupitres plus homogènes et plus mordants aussi, est enregistrée à Cologne en octobre 2013. La vitalité caractérisée des instrumentistes de MusicAeterna fait merveille dans la ciselure symphonique avec une acuité gorgée d’énergie, de précision et de souffle dramatique qui font du ballet imaginé par Stravinsky à Paris pour Diaghilev, la partition la plus moderne et la plus visionnaire du XXè. Tout cela fourmille d’idées, d’éclats, d’éclairs sertis au service d’une vision allante et poétique, où enjeu premier de l’ouvrage, l’éloquence orgasmique voire extatique des instruments requis est mise en avant : exposée, optimisée, radicalisée : la Danse des adolescentes est rugueuse et étincelante, habitée par les convulsions primitives que souhaitaient le compositeur en imaginant son ballet inspiré par l’idée d’un paganisme des premiers âges. Les Rondes printanières où convulsent les cordes, rugissent les cuivres, font entendre la grande crispation de la terre matricielle et le jaillissement des énergies primitives : ce Sacre organique dont les palpitations régulières obligent l’orchestre à tout donner (frénésie et aspiration, enfin résonance sauvage des Jeux des cités rivales). Puis c’est l’immersion dans le mystère le plus léthal du sage et de son Cortège, avant la dernière convulsion la plus engageante et ses frottements inouïes aux cordes dans une Danse de la terre qui semble concentrer la vitalité de toutes les forces rassemblées.
La Sacrifice débute comme le décompte d’un champs de ruines, nocturne et dépressif (la séquence la plus longue du ballet) à mesure que s’étend une ombre menaçante et mystérieuse et qui s’achève par une courte phrase de conclusion au violoncelle : l’ivresse éperdue du Cercle mystérieux des adolescentes, entre apaisement (flûte, clarinettes…) et inquiétude fait toute la valeur de la séquence suivante… Avec la Glorification de l’Elue (triste désignation jusqu’à son sacrifice finale), les spasmes de l’orchestre redoublent entre hystérie sanguinaire et derniers cris de la victime consciente de son futur sacrifice.
L’action rituelle des Ancêtres se fait danse sacrificielle aux lueurs secrètes d’une dangereuse séduction à 1’05 : de la flûte au basson, c’est un décompte méticuleux qui cache son intention criminelle… avant le déferlement de la Danse sacrale finale : où Sacre signifie sacrifice et pour l’orchestre,un défi permanent aux équilibres redoutables, à la mise en place rythmique éruptive autant que millimétrée (en deux séquences symétriques avec une courte respiration, brêve pause à 2’57, avant la mise à mort de l’adolescente ainsi désignée).

CLIC D'OR macaron 200currentzis teodor chef maestro review presentation classiquenews sacre du printemps de stravinsky trilogie mozart da ponte critique compte rendu cdIntention. Les mots intentionnels de  Teordor Currentzis pour expliquer son approche sont “sacre” évidemment, subconscient et délire, “steppe de l’art tribal”, où le printemps éternel revient cycliquement par un sacrifice “cruel et vertical”, une révolution, une rupture rédemptrice ; de fait dans la Danse sacrale finale, on ne pense pas barbarie mais bien régénération et ascension vers la lumière. Une rampe de plus en plus éblouissante. Currentzis dans sa préface assez sybilline où curieusement prophétique, il laisse aller son admiration lyrique pour Stravinsky dont l’audace et la vérité ont réinscrit l’esprit rural (celui de la steppe) comme facteur premier de modernité. En mettant le feu, Stravinsky produit la petite étincelle d’un grand brasier rédempteur : celui de la transe collective qui à l’échelle des danseurs ou ici des instrumentistes, se fait énergie primitive d’essence folklorique. Il faut savoir parfois se brûler pour prendre conscience. Et voir et ressentir. Si le texte de Currentzis reste confus et alambiqué (il faut absolument le lire relevant d’une mystique post moderne et bourgeoise), son Å“uvre comme chef reste elle passionnante et infiniment plus vivante. De fait cette lecture du Sacre compte autant que celle des Siècles dirigé par François-Xavier Roth, autre ambassadeur zélé inspiré de Strasvinsky et qui a été comme nul autre avant lui, très très loin dans la restitution criante de vérité des instruments parisiens, utilisés, adaptés, voulus par Stravinsky lui-même au moment de la création, en 1913. Evidemment la posture idéologique et artistique du chef perturbateur provocateur en agacera plus d’un ; mais le geste qui déconstruit pour reconstruire proposant une vision entière cohérente passionnée donc subjective donc discutable de Currentzis nous paraît stimulante, face au politiquement correct de tant de versions et productions que l’on nous sert comme toujours plus faussement neuves et constructives. Sa force de curiosité, son désir de défrichement critique rappelle les meilleurs artisans de la dernière révolution musicale, celle des Baroqueux : Christie, Harnoncourt en tête. Pour nous, l’avenir de la musique et du classique a encore de beaux jours, grâce à des personnalités comme Teodor Currentzis. Lecture événement.

CD. Stravinsky : Le Sacre du printemps, 1947. Teodor Currentzis, MusicAeterna, 2013, 1 cd Sony classical). Enregistrement réalisé à Cologne en octobre 2013.

CD. Jonas Kaufmann en crooner 1920 : nouveau programme Du bist die Welt für mich (1 cd Sony classical, à paraître le 15 septembre 2014)

jonas_kaufmann crooner berlin You mean the entire worlf to me cd sony classical You mean the entire worlf to meCD. Jonas Kaufmann en crooner 1920 : nouveau programme Du bist die Welt für mich (1 cd Sony classical, à paraître le 15 septembre 2014). Vous le connaissiez wagnérien (Siegmund, Tannhaüser, Parsifal…), le voici en crooner des années 1920 à Berlin. Le ténor vedette munichois, Jonas Kaufmann publie chez Sony un nouveau disque événement à paraître le 15 septembre 2014. Face à un micro savamment choisi pour l’occasion, le visuel de couverture ne laisse pas indifférent : le chanteur en style rétro, a pris le chemin du studio pour graver de nouveaux standards lyriques, non pas signés Verdi (comme l’a montré son remarquable récital discographique The Verdi album),  mais Lehar, Tauber, Kalman, Korngold ou Stolz, soit les auteurs actifs à Berlin, en vogue à l’époque des débuts du cinéma parlant…

Kaufmann en crooner berlinois des années 1920

A l’instar du tube populaire qui donne son titre à l’album : Du bist die Welt für mich (Tu es le monde pour moi / You mean the entire world to me) de Richard Tauber, – une chanson souvent reprise en bis lors de ses récitals, Jonas Kaufmann a organisé son programme en collectionnant plusieurs standards restitués ici dans leur orchestration originale, remontant à la période 1925-1935. L’interprète diseur en or (chez Schubert entre autres), magicien du verbe incarné, remarquable acteur lyrique par son intériorité intimiste et puissante, sait ici ciseler l’arête expressive de chaque auteur, qu’on a tort de classer parmi les compositeurs mineurs, auteurs de musiques légères. Il retrouve ce legato mordant et très coloré que ses prédécesseurs, tels Fritz Wunderlich  ou Rudolf Schock, ont su avant lui affirmer, rendant au répertoire mésestimé, ses lettres de noblesse… Le programme évoque l’âge d’or de la chanson berlinoise propre aux années 1920 et 1930 dont l’insouciance raffinée contraste avec les événements politiques à venir. cd sony classical kaufmann jonas2Au total 17 chansons et airs d’une sensualité ciselée où Jonas Kaufmann affirme davantage son intelligence vocale et dramatique, son sens du texte, son goût de la situation, son brio naturel pour la caractérisation émotionnelle.  Pour ce nouvel album, Jonas Kaufmann est rejoint par la soprano Julie Kleiter pour Abraham et Korngold ; ils sont accompagnés par les instrumentistes du Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, dirigés par Jochen Rieder.

 

1 cd Sony classical à paraître le 15 septembre 2014.  Prochaine grande critique dans le mag cd de classiquenews.com

CD. Coffret Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)

abbado claudio rca sony recordings sony classical cdCD. Coffret Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)  … Récemment décédé (le 20 janvier 2014) suite à un long cancer qui l’aura détruit peu à peu (depuis sa première hospitalisation en 2000), sans affecter sa puissante concentration musicale toujours si palpable en concert, Claudio Abbado – né en 1933-, méritait évidemment ce coffret édité par Sony qui réédite avec quelle pertinence plusieurs lectures maîtresses avec les orchestres que le chef italien aura marqué, façonné, «  rencontré » au sens le plus profondément humain du terme… Son dernier né, l’orchestre du Festival de Lucerne fondé en 2003, reste composé par les plus grands instrumentistes des orchestres déjà professionnels : chacun souhaite partager ce sens musical intègre, philosophe, généreux que Abbado a su instaurer dans chacune de ses sessions de travail. A la diversité des enregistrements qui nous parviennent, s’ajoute indication mémorielle qui en rappelle le poids à l’époque de leur publication, la réédition des pochettes originelles ; elles réinscrivent ainsi Abbado dans son jus, dans son époque. Les 39 cd réédités par Sony (qui puise donc abondamment dans son catalogue RCA) sont absolument incontournables tant l’art du maestro se révèle dans toute son évidente élégance sertie de profondeur et de dramatise aigu, puissant, raffiné. A cela s’ajoute un charisme plutôt modeste et si humble, qui fait de Claudio Abbado, un chef courtois et peu demandeur, plutôt soucieux de la qualité de l’échange et du partage, vers ses musiciens, vers les publics.

Ouvrier humaniste de la musique

 

abaddo claudio cd rca sony album colelction 38 cdLes lectures réunies dans le coffret RCA et SONY regroupent surtout les meilleures bandes de l’ère berlinoise quand de 1989 à 2002, Abbado succède à Karajan à la tête du Philharmonique de Berlin. Le geste recherche l’écoute, favorise la réponse souple et fluide du collectif traité comme un ensemble chambriste d’instrumentistes égaux, des pairs réunis par le premier d’entre eux en une cohésion fraternelle. Avec Abbado, fini le carcan despotique du Karajan de la fin, tyrannique, obsessionnel, exclusif. Avare en paroles, y compris en répétition, Abbado favorise l’immersion collective, le contact et l’épreuve avec la musique, le dépassement de l’ensemble fondé sur l’interaction multiple. Moins hédoniste et marmoréenne que celle sculptée par Karajan, la sonorité du Berliner version Abbado gagne en rondeur, en chaleur, en moelleux : plus habitée, plus incarnée, intérieure sans démonstration ni grandeur artificielle : Abbado aura réhumanisé en quelque sorte toute l’esthétique du Berliner. Rajeunissant l’orchestre grâce à une série d’engagements nouveaux, Abbado dès 1991, réoriente la politique artistique de l’Orchestre ; inventant des cycles thématiques qui organise autour du noyau musical et du choix des partitions, des événements complémentaires transdisciplinaires avec d’autres institutions berlinoises : expositions, conférences… Ainsi naissent des programmations thématiques autour de Prométhée, Hölderlin. En plus de cette curiosité à 360° qui rétablit la musique à sa place première, – motrice, fédératrice -, Abbado marque aussi l’interprétation en intégrant les dernières recherches nées de la pratique historiquement informée sur instruments anciens, sans pourtant adopter l’instrumentarium concerné selon les Å“uvres choisies. De fait, ses lectures avec les Berliner gagnent aussi une nouvelle finesse, une articulation renforcée qui cisèle l’expressivité du geste et de la sonorité globale, qui allège le son, fluidifie la richesse de nouvelles dynamiques. Emblématique de sa curiosité d’esprit, le cycle Schumann en 1994 qui produit ici d’inoubliables Scènes de Faust, absolu incontournable servies par une distribution irrésistible (dont Karita Mattila) …

Claudio AbbadoContenu du coffret. Les oeuvres enregistrées témoignent majoritairement de la politique artistique développée par Abbado à Berlin dans les années 1990 quand il dirigeait le Berliner Philharmoniker. Ses choix de répertoire: les fondamentaux classiques tels Mozart et Beethoven ; les romantiques méconnus ou peu joués (ou leurs Å“uvres oubliées) : Schumann, Mendelsohn, Dvorak,  surtout Tchaikovski dont il défend le génie symphonique, réhabilitant désormais nettement le statut du faiseur de ballets à l’égal des grands symphonistes du romantisme tardif.

Des années berlinoises, voici donc Abbado défricheur et classique alliant ancien et moderne : symphonies (Linz, Haffner, Paris…) et oeuvres concertantes de Mozart, avec l’accomplissement dans la lumière et la finesse grave de la Messe en ut (1990) dont la maîtrise du collectif (vocal et choral) associée au dramatisme orchestral lance un pont vers l’autre massif incontestable qui demeure la 9 ème de Beethoven (Salzbourg,  avril 1996) ; ici et là,  le plateau des chanteurs s’avère extrêmement convaincant.

Le coffret Sony classical n’oublie ce qui reste comme deux grands accomplissements lyriques des années 1990 avec le Berliner : le très méconnu et pourtant délirant Viaggio a Reims de Rossini de 1992,  suivi en 1993 par Boris Godounov somptueuse et somptuaire production particulièrement complète – c’est à dire en 4 actes, comprenant l’acte III polonais.

CLIC_macaron_2014Mais le coffret apporte aussi un éclairage plus ancien sur la direction pré berlinoise d’Abbado lorsqu’il dirigeait à la fin des années 1970 le London symphony orchestra : Concerto n°3 de Rachmaninov avec le pianiste Lazar Bermann (1977), sans omettre de trépidantes et nerveuses Ouvertures des opéras de Rossini et de Verdi  (1978) … Autre immense apport ce dès les années 1985-1988, les symphonies de Tchaikovsky avec le Symphonique de Chicago, d’un approfondissement là encore visionnaire qui apporte à l’écriture du compositeur russe, son écoulement organique, sa prodigieuse couleur humaine : mises en regard avec les mêmes symphonies réalisées près de 10 ans plus tard avec les Berliner Philharmoniker (Symphonies 1 et 5 précisément), les premières réalisations avec Chicago gagnent d’autant plus de profondeur.

Une même comparaison peut être d’ailleurs réalisée chez Moussorgski (avec les mêmes commentaires positifs) dont Abbado  extrait des fragments passionnants de l’opéra méconnu mais éblouissant La Khovantchina : réalisés à Londres dès 1980, puis repris lors d’un cyclique thématique à Berlin en 1995/1996.

 

abbado claudioLa boîte miraculeuse recèle bien d’autres joyaux encore comme le live de l’Opéra de Vienne de mars 1984 pour un Simon Boccanegra de Verdi où perce et captive la gravité sombre et tragique du drame (avec un plateau somptueux : Bruson,  Ricciarelli,  Raimondi …) ; le concert de la Saint-Sylvestre 1992 où sous la conduite du maestro, les oeuvres concertantes de Richard Strauss dont Burlesque pour piano (avec la complicité de sa fidèle partenaire Martha Argerich) agrémentées du final du Chevalier à la rose valent bien alors le rituel plus médiatisé du Konzerthaus de Vienne ; enfin l’on ne saurait mettre à l’écart non plus le très beau programme Luigi Nono et Gustave Mahler qui associe Il Canto sospeso du premier aux Kindertotenlieder du second, en un geste déchirant d’intense et humble vérité (cycle thématique enregistré à Berlin en 1992)… superbe coffret composant un très bel hommage au regretté Claude Abbado.

Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)