CD, critique. Francesco Tristano, piano : TOKYO Stories (1 cd SONY classical, sept 2018).

FRANCESCO-TRISTANO-cd-critique-piano-critique-classiquenews-sony-mai-2019-francesco-tristano-piano-ft_tokyo_stories_cover600CD, critique. Francesco Tristano : Tokyo Stories (1 cd SONY, Tokyo, oct 2018). Au registre piano, Sony classical mise sur deux « jeunes » figures, affirmant la sainte vertu (marketing?) de l’équation : juvénilité et inspiration. Aux côtés de la pétaradante et parfois surexpressive Khatia Buniatishvili, Francesco Tristano (né en 1981) relève d’une inspiration autre, plus subtile à notre avis, essentiellement intérieure, et ici, époque digitale et people oblige (voir l’activité des réseaux twitter, instagram et autres, plus image que texte, c’est à dire humeur que sens), d’une autocélébration qui confine au narcissisme. Mais l’époque n’est-elle pas à l’intimisme exhibitioniste, au jardin secret (qui ne l’est plus)… aussi le beau pianiste, au look rock androgyne (quand d’autres cultivent le baroque plus précieux, ou le classicisme austère intemporel) écrit donc ses chroniques intimes… à Tokyo. Il en résulte un choix apparemment éclectique voire chaotique de pièces disparates que seul l’humeur et le goût de celui qui les a sélectionnées, unifie et tend à la cohérence. Pour autant tout cela a-t-il du sens ? Du sens justement notre époque hystérique / épidermique, rien qu’émotionnelle et spectaculaire… en manque terriblement. De ce point de vue, le présent disque reflète un travers contemporain.
L’itinéraire prend donc la route d’une évocation personnelle, soit 16 stations musicales, entre compositions personnelles pour piano, références et filiations évocatrices, toutes centrées autour de l’affection que porte le jeune pianiste compositeur pour la capitale nippone (visitée, aimée dès 2000 à 18 ans).

 

 

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Retour en 2009, entre autres, soit après 40 voyages à Tokyo, l’interprète auteur se raconte en « une bande-son » plus qu’intime : personnelle. Ce qui ne manquera pas de déranger les puristes du clavier.
Le piano y est préparé, fusionné à l’électro, aux percussions, selon un séquençage remixé qui se joue des assemblages, des citations, des effets de sonorisations. Tristano déplace le curseur hors classique, en une temporalité et une métrique qui se laisse pénétrées par les courants musicaux actuels des nuits branchées, du jazz aux DJs, avec un goût prononcé (systématique ?) pour la syncope et la pulsion hâchée, un rien hystérique (« Electric mirror »).
Heureusement la plage 8, « Insomnia » envisage des univers planants plus intĂ©ressants, entre impro et colorations. MĂŞme ivresse plus canalisĂ©e avec le concours de la clarinette basse de Michel Portal dans l’évocation du cafĂ© Shinjuku. Les 16 tableaux revendiquent une introspection allusive, dont la source reste Tokyo. A chacun de se retrouver dans cette jungle personnelle oĂą les traces d’un Japon revisitĂ© certes, sont prĂ©sentes, incarnĂ©es, justifiĂ©es par le concours des artistes japonais Keiichiro Shibuya (Gate of entry, plage 13), ou Hiroshi Watanabe, dans Bokeh tomorrow (plage 15, la plus enivrante Ă  notre avis et clairement extrĂŞme-orientale dans ses recherches de timbres et de spatialisation avec le dernier “hommage Ă  Tokyo” : Kusakabe-san)… Voici l’un des albums les plus personnels du jeune pianiste luxembourgeois Francesco Tristano. Le trentenaire ne finit pas de nous surprendre. Ce qui n’est pas si mal, au sein de la multitude de pianistes classiques qui sont rares Ă  rĂ©ussir leurs essais comme compositeurs / arrangeurs. A suivre.

 

 

 

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CD, critique. Francesco Tristano, piano : TOKYO Stories (1 cd SONY classical, sept 2018).

CD, événement, critique. SALONEN : CONCERTO POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018).

salonen esa pekka cello concerto yo yoma os angeles philharmonic cd critique concert review  fev 2018 cd critique classiquenewsCD, événement, critique. SALONEN : CONCERT POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018). Somptuosité instrumentale, parure scintillante comme peut l’être suspendue, la texture du Ravel de Daphnis, l’orchestre de Salonen saisit par sa constante quête de transparence, sa volupté supérieure, comme l’élucidation allusive d’un chant murmuré, qui se déroule dans le repli et l’intime (violoncelle dans le II, confinant au silence et à la perte de tout cadre établi).

Hédoniste et adepte du mystère, le compositeur finlandais est comme sa consœur Kaija Saariaho, porté pour le rêve, le songe, l’irréalité, la surréalité même, mais énoncée ici comme une prière énigmatique, la manifestation d’un équilibre entre l’infiniment grand et le petit, entre cosmos et microrésonance. Ici, le timbre conduit le cheminement.
En ce sens, le II est le plus envoûtant, véritable explosion de couleurs et de teintes qui fait imploser toute forme et tour cadre construit, pour que se déploie une effloressence sonore suprême qui peut s’entendre comme une révélation comme un persistant mystère (ligne des cordes étirées jusqu’à l’ultime souffle).

Sous la direction de l’auteur et de l’ancien chef qui en fut le directeur musical de longue date, le Philharmonique de Los Angeles dĂ©montre une finesse expressive constante. Dans ce vortex scintillant, qui dĂ©veloppe l’ombre et la pudeur, le violoncelle solo affirme un chant furtif, syncopĂ©, agitĂ© et près d’une transe filigranĂ© (III), scandĂ© par la percu du tam tam : le dernier Ă©pisode est le plus dansant, ivre, convulsionnĂ© et souple, plutĂ´t que convulsif. Toujours finement dansant. TrĂ©pidant, et dans ses pointes orchestrales, magnifiquement Ă©ruptif, comme des bourrasques fugaces et Ă©lĂ©gantes. Par sa concision, son sens de la synthèse et d’un dĂ©veloppement contenu mais rĂ©gulièrement fulgurant, l’écriture de Salonen rejoint le perfectionnisme formel d’un … Sibelius. Le III, presque de la mĂŞme durĂ©e que le I, apporte un Ă©lĂ©ment d’équilibre en miroir, mais aussi d’un caractère diffĂ©rent, presque opposĂ© aux deux prĂ©cĂ©dents, diffuse une agitation qui lui est propre, des irruptions dĂ©lirantes (clarinette), qui portent aussi jusqu’au solo du violoncelle, Ă©lĂ©ment moins concertant que diffus, jamais opposĂ© au contexte orchestral, mais plutĂ´t soulignant les accents de la masse organique, et semblant comme en exprimer l’essence. La percu plus prĂ©sente inscrit par ses Ă©clairs concrets et sa rythmique instable, un Ă©lĂ©ment de rĂ©alitĂ© plus mordant. Mais fidèle Ă  sa pensĂ©e pudique, Salonen achève ce formidable triptyque dans le murmure. Comme un serpent sinueux rejoignant l’éternelle nuit du silence et du secret.
Plastique, toujours hyperélégante, et d’un esthétisme instrumental ciselé, l’écriture de Salonen se magnifie avec le temps. Son Concerto est le moins bavard qui soit, critique sur la forme, soucieux de sa propre énergie, exigeant quant à chaque développement. Sublime musique. CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019.

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CLIC D'OR macaron 200CD, événement, critique. SALONEN : CONCERT POUR VIOLONCELLE / CELLO CONCERTO (Yo-Yo Ma / Los Angeles Philharmonic, Salonen, 1 cd Sony classical, 2018). Enregistrement réalisé à Los Angeles au WAlt Disney Concert Hall, Los Angeles, février 2018.

CD, événement. Frederica von Stade, the complete Columbia recital albums (18 cd Sony classical)

von stade frederica the complete columbia recital albums coffret cd review  critique cd classiquenews 18 cd coffret box 51AiKLG6r5L._SY300_QL70_CD, Ă©vĂ©nement. Frederica von Stade, the complete Columbia recital albums (18 cd Sony classical). SOMBRE VELOURS D’UNE DISEUSE FRANCOPHILE. Mezzo irradiĂ©e – ce qui la destine aux emplois sombres et tragiques, la jeune musicienne fait son voyage Ă  Paris oĂą alors qu’elle Ă©chouait Ă  devenir pianiste, elle Ă©prouve comme une sidĂ©ration inexplicable, le choc du chant et de la voix en assistant Ă  un rĂ©cital de la soprano allemande Elisabeth Schwarzkopf alors diseuse hors paires dans les lieder de Hugo Wolf. Il y a chez Von Stade qui a beaucoup doutĂ© de ses capacitĂ©s artistiques rĂ©elles, une ardeur intĂ©rieure, une hypersensibilitĂ© jaillissante qui a rappelĂ© dès ses premiers grands rĂ´les, les brĂ»lures tragiques et graves d’une Janet Baker.

CLIC_macaron_2014AU DEBUT DES 70′S… Jeune tempĂ©rament Ă  affiner et Ă  ajuster aux contraintes et exigences de la scène, Frederica Von Stade est engagĂ©e dans la troupe du Met de New York par Rudolf Bing (1970) : elle n’est pas encore trentenaire ; très vite, elle prend son envol comme soliste, avec l’essor augural des opĂ©ras baroques  (elle chante Penelope de l’Ulysse monteverdien). Mais la diva est une diseuse qui se taille une très solide rĂ©putation chez Mozart  (Cherubino qui sera son rĂ´le fĂ©tiche, et Idamante) et Rossini dont elle maĂ®trise la virtuositĂ© Ă©lĂ©gante et racĂ©e grâce Ă  des vocalises prĂ©cises et des phrasĂ©s ciselĂ©s  (Tancredi, Rosina, la donna del lago: surtout le chant noble mais dĂ©sespĂ©rĂ© de Desdemona dans Otello…). La Von Stade est aussi une bel cantiste Ă  la sĂ»retĂ© musicale impressionnante.
Le timbre sombre, essentiellement tragique colore une suavitĂ© qui est aussi pudeur et articulation : la mezzo s’affirme de la mĂŞme façon chez Massenet  (Charlotte de Werther, ChĂ©rubin lĂ  encore et aussi Cendrillon. ..), et Marguerite embrasĂ©e par un Ă©ros  qui dĂ©borde (La Damnantion de Faust), et BĂ©atrice (Beatrice et Benedicte d’après Shakespeare) chez Berlioz dont elle chante aussi Ă©videmment les Nuits d’Ă©tĂ© (de surcroĂ®t dans ce coffret, sous la direction de Ozawa lire ci après).

 

 

 

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COFFRET MIRACULEUX… Qu’apporte le coffret de 18 cd rĂ©Ă©ditĂ©s par Sony classical ? Pas d’opĂ©ras intĂ©graux, mais plusieurs rĂ©citals thĂ©matiques oĂą scintille la voix ample, cuivrĂ©e, chaude d’un mezzo dramatique et suave, plus clair que celui de Janet Baker, aussi somptueux et soucieux d’articulation et de couleurs que Susan Graham (sa continuatrice en quelque sorte)… C’est dire l’immense talent interprĂ©tatif et la richesse vocale de la mezzo amĂ©ricaine Frederica von Stade nĂ©e un 1er juin 1945, qui donc va souffler en ce dĂ©but juin 2016, ses 81 ans. Le coffret Columbia (the complete Columbia recital albums) souligne la diversitĂ© des choix, l’ouverture d’un rĂ©pertoire qui a souvent favorisĂ© la musique romantique française, la fine caractĂ©risation dramatique pour chaque style, une facilitĂ© expressive, une Ă©lasticitĂ© vocale, – dotĂ©e d’un souffle qui semblait illimitĂ© car imperceptible, et toujours une pudeur presque Ă©vanescente qui fait le beautĂ© de ses rĂ´les graves et profonds. Les 18 cd couvrent de nombreuses annĂ©es, en particulier celles de toutes les promesses, et de la maturitĂ©, comme de l’approfondissement des partitions, soit de 1975 (CD oĂą règne la blessure et le poison saignant de la Chanson perpĂ©tuelle de Chausson, dĂ©jĂ  l’ivresse ahurissante de son Cherubino mozartien, ce goĂ»t pour la mĂ©lodie française : très rare Le bonheur est chose lĂ©gère de Saint-SaĂ«ns, ou la question sans rĂ©ponse de Liszt d’après Hugo : “Oh! quand je dors S 282, rĂ©cital de 1977, cd3) ; jusqu’aux songs de 1999 et mĂŞme 2000 (Elegies de Richard Danielpour, nĂ© en 1956, avec Thomas Hampson).

 

 

 

Dans les années 1970 et 1980, la mezzo Frederica von Stade chante Mozart, Massenet, Ravel avec une gravité enivrée

VELOURS TRAGIQUE

 

 

frederica von stade woolfe2-von_stade_frederica_eric_melear_0Salut Ă  la France… La mesure, le style, une certaine distanciation lui valurent des critiques sur sa neutralitĂ©, un manque d’engagement (certaines chansons de ses Canteloube)… Vision rĂ©ductrice tant la chanteuse sut dans l’opĂ©ra français exprimer l’extase Ă©chevelĂ©e par un timbre Ă  la fois intense, clair d’une intelligence rare, Ă  la couleur prĂ©cieuse, Ă  la fois blessĂ©e, Ă©perdue, brĂ»lĂ©e : un exemple ? Prenez le cd 2 : French opera arias (de 1976 sous la direction de John Pritchard) ; sa Cavatine du page des Huguenots de Meyerbeer ; sa Charlotte du Werther de Massenet (noblesse blessĂ©e de “Va, Laisse couler mes larmes”), l’ample lamento grave de sa Marguerite berlozienne (superbe D’amour l’ardente flamme, au souffle vertigineux), ne doivent pas diminuer l’Ă©clat particulier de la comĂ©dienne plus amusĂ©e, piquante, dĂ©lurĂ©e chez Offenbach (PĂ©richole grise ; Gerolstein en amoureuse dĂ©chirĂ©e : voyez le rĂ©cital totalement consacrĂ© Ă  la verve du Mozart des boulevards : Offenbach : arias and Overtures, 1994, cd14), d’un naturel insouciant et douĂ©e de couleurs exceptionnellement raffinĂ©es pour le Cendrillon de Massenet, surtout Mignon d’Ambroise Thomas, notre Verdi français. La pure et fine comĂ©die, la gravitĂ© romantique, le raffinement allusif : tout est lĂ  dans un rĂ©cital maĂ®trisĂ© d’une trentenaire amĂ©ricaine capable de chanter l’opĂ©ra français romantique avec un style mesurĂ©, particulièrement soucieuse du texte.

 

 

von stade frederica concert 1024x1024Italianisme. Bel cantiste par la longueur de son legato et un souffle naturellement soutenu, aux phrasĂ©s fins et finement ciselĂ©s, Von Stade fut aussi une interprète affichant son tempĂ©rament tragique et sombre, d’une activitĂ© mesurĂ©e toujours, chez PĂ©nĂ©lope de Monteverdi (Le Retour d’Ulysse dans sa patrie), chez Rossini oĂą sa distinction profonde fait miracle dans Tancredi et Semiramide (airs et aussi rĂ©citatifs merveilleusement articulĂ©s / dĂ©clamĂ©s, cd4, 1977)… Evidemment son mĂ©tal sombre et lugubre va parfaitement aux lieder bouleversants de Mahler (cd5, 1978 : Lieder eines Fahrenden gesellen, RĂĽckert lieder) ; mais la passion vocale et l’Ă©tendue de son velours maudit, comme blessĂ© mais si digne et d’une pudeur intacte ne se peuvent concevoir sans ses prodigieux accomplissements dans le rĂ©pertoire romantique et post romantiques français : Chants de Canteloube avec Antonio de Almeida (2 albums, de 1982 et 1985, oĂą l’ivresse mĂ©lodique s’accompagne d’une voluptĂ© comme empoisonnĂ©e Ă  la Chausson… le timbre enivrĂ© de la mezzo amĂ©ricaine s’impose par sa voluptĂ© claire et son intensitĂ© charnelle ; exprimant tout ce que cette expĂ©rience terrestre tend Ă  l’Ă©vanouissement spirituel,… une ThaĂŻs en somme : charnelle en quĂŞte d’extase purement divine). Ces deux recueils sont des must, indĂ©modables (mĂŞme si pour beaucoup sa partenaire et contemporaine Kiri te Kanawa a mieux chantĂ© Canteloube, sans “s’enliser”).

 

 

Berliozienne et RavĂ©lienne, Von Stade a exprimĂ© son amour Ă  la France. MĂŞme style irrĂ©prochable dans ses Nuits d’Ă©tĂ© de Berlioz d’après Gautier de 1983 sous la direction de Ozawa ; et aussi ShĂ©hĂ©razade, MĂ©lodies et Chansons de Ravel Ă  Boston avec Ozawa toujours en 1979…
Avec son complice au piano, Martin Katz, la divina s’expose sans fards, voix seule et clavier dans plusieurs rĂ©citals qui ne dĂ©forment pas son sens de la justesse et de la musicalitĂ© allusive d’une finesse toujours secrètement blessĂ©e : deux cycles sont ici des absolus eux aussi, le rĂ©cital de 1977 comprend Dowland, Purcell, Debussy Canteloube dont il faut Ă©couter Quand je dors S 282 de Liszt sur le poème d’Hugo : maĂ®trise totale du souffle et du legato avec une articulation souveraine : quel modèle pour les gĂ©nĂ©rations de mezzos Ă  venir. Plus aucune n’ose aujourd’hui s’exposer ainsi en concert. Puis le rĂ©cital de 1981 se dĂ©die aux Italiens, de Vivaldi, Marcello, Scarlatti Ă  Rossini sans omettre Ă©videmment Ravel et Canteloube

 

 

stade von stade frederica coffret complete columbia recital albums sony classical cd review 1024x1024Sur le tard, Stade, appelĂ©e affectueusement “Flicka“, sait aussi se rĂ©inventer et goĂ»te selon l’Ă©volution de sa voix, d’autres rĂ©pertoires, d’autres dĂ©fis dramatiques : comme le montrent les derniers recueils du coffret Columbia : après celui dĂ©diĂ© Ă  la comĂ©die encanaillĂ©e mais subtile d’Offenbach (Offenbach arias & Overtures, Antonio de Almeida,1994), les cd 15 (Elegies et Sonnets to Orpheus de Richard Danielpour), cd 18 (Paper Wings et Songs to the moon… de Jake Heggie) soulignent la justesse des rĂ©citals (de 1998 et 1999) : celle d’une voix mĂ»re qui a perdu son agilitĂ© mais pas sa profondeur ni sa justesse expressive… CONCLUSION. Pour nous, française de coeur, Frederica Von Stade laisse un souvenir impĂ©rissable dans deux rĂ´les chez Massenet qu’elle a incarnĂ© avec intensitĂ© et profondeur : Cendrillon (cd16, 1978) et Cherubin (cd17, 1991), sans omettre son Mignon de Thomas (Connais tu le Pays, cd2, 1976). Bel hommage. Coffret Ă©vĂ©nement CLIC de mai 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, coffret Ă©vĂ©nement. Frederica von Stade : the complete Columbia recital albums (18 cd, 19975-2000). Extraits d’opĂ©ras, mĂ©lodies, songs, lieder de Massenet, Thomas, Ravel, Mahler, Schuebrt, Berlioz, Bernstein… CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

 

 

CD événement. Le Beethoven idéal de Nikolaus Harnoncourt (Symphonies n°4 et 5 de Beethoven)

beethoven symphonies 4, 5 nikolaus harnoncourt cd sony review compte rendu CLASSIQUENEWS critique CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. Beethoven : Symphonies n°4, 5 (Concentus Musicus de Vienne, Nikolaus Harnoncourt, 2015 1 cd Sony classical). Harnoncourt a depuis fin 2015 fait savoir qu’il prenait sa retraite (LIRE notre dĂ©pĂŞche : Nikolaus Harnoncourt prend sa retraite pour ses 86 ans, dĂ©cembre 2015), cessant d’honorer de nouveaux engagements. Cet Ă©tĂ© le verra Ă  Salzbourg, encore, dernière direction qui de principe est l’Ă©vĂ©nement du festival estival autrichien en juillet 2016 (pour la 9ème Symphonie de Beethoven, le 25 juillet, Grosses Festpielhaus, 20h30, avec son orchestre, Concentus Musicus Wien). Or voici que sort après sa sublime trilogie mozartienne – les 3 dernières Symphonies, conçues comme un “oratorio instrumental” (CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2014)-, deux nouvelles Symphonies de Beethoven, les 4 et 5, portĂ©es avec ce souci de la justesse et de la profondeur poĂ©tique grâce au mordant expressif de ses instrumentistes, ceux de son propre ensemble sur instruments d’Ă©poque, le Concentus Musicus de Vienne. Alors que se pose avec sa retraite, le devenir mĂŞme de ses musiciens et le futur de la phalange, le disque enregistrĂ© pour Sony classical en 2015 Ă  Vienne, dĂ©montre l’excellence Ă  laquelle est parvenu aujourd’hui l’un des orchestres historiques les plus dĂ©fricheurs, pionniers depuis les premiers engagements, et ici d’une sensibilitĂ© palpitante absolument irrĂ©sistible : bois, cuivres, cordes sont portĂ©s par une Ă©nergie juvĂ©nile d’une force dynamique, d’une richesse d’accents, saisissants.

 

 

 

En insufflant aux Symphonies n°4 et n°5, leur fureur première, inventive, incandescente et mystĂ©rieuse…

Harnoncourt façonne un Beethoven idéal

 

harnoncourt nikolaus maestro chef concentus musicusIDEAL ORCHESTRAL CHEZ BEETHOVEN… Le souffle intĂ©rieur, l’urgence, la tension, toujours d’une articulation somptueuse, avec ce sens de la couleur et du timbre paraissent de facto inĂ©galables, voire … inatteignables en particulier pour les orchestres sur instruments modernes. Si l’on conçoit toujours de grands effectifs et des instruments de factures modernes dans les grands halls symphoniques et pour les grandes cĂ©lĂ©brations mĂ©diatiques et populaire (voire les manifestations en plein air, vĂ©ritables casse tĂŞtes accoustiques), ici en studio, le format original, et la balance des instruments d’Ă©poque sont idĂ©alement rĂ©tablis dans un espace rĂ©verbĂ©rant idĂ©al. Quelle dĂ©lectation ! c’est une expĂ©rience unique et dĂ©sormais exemplaire que tous les orchestres instituĂ©s du monde et sur instruments modernes se doivent d’intĂ©grer dans leur Ă©volution Ă  venir : on ne joue plus Beethoven Ă  prĂ©sent comme en 1960/1970. Certes les instruments historiques ne font pas tout et la direction de Harnoncourt le montre : l’intelligence et l’acuitĂ© expressive du chef sait exploiter totalement toutes les ressources de chacun de ses partenaires instrumentistes. Un rĂ©gal pour les sens (un festival de timbres caractĂ©risĂ©s) et aussi pour l’intellect car le relief caractĂ©risĂ© des timbres (cuivres en fureur millimĂ©trĂ©e ; cordes souples et mordantes Ă  la fois ; bois d’une ivresse rageuse Ă©chevelĂ©e : quel orchestre est capable ailleurs d’une telle somptuositĂ© furieuse?) souligne la puissance du Beethoven bâtisseur et conceptuel. L’architecture, la gradation structurelle comme le flux organique de chaque mouvement en sortent dĂ©cuplĂ©s, dans une projection rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, inventives, d’une insolence première : on a l’impression d’assister Ă  la première de chaque Symphonie, sentiment inouĂŻ, profondĂ©ment marquant.
harnoncourt nikolaus portraitGESTE BOULEVERSANT. Pour sa retraite, le magicien Harnoncourt Ă  la tĂŞte de son orchestre lĂ©gendaire, revient Ă  Beethoven (on se souvient de son intĂ©grale phĂ©nomĂ©nale et dĂ©jĂ  justement cĂ©lĂ©brĂ©e avec les jeunes musiciens de l’Orchestre de chambre d’Europe). ici, le vĂ©tĂ©ran, d’une acuitĂ© poĂ©tique et instrumentale supĂ©rieure encore nous lègue deux Symphonies parmi les mieux inspirĂ©es de la discographie : un must absolu qui rĂ©vise le standard actuel de la sonoritĂ© beethovĂ©nienne pour tous les orchestres modernes et contemporains dignes de ce nom. MĂŞme l’Orchestre Les Siècles n’atteint pas une telle intensitĂ© expressive, ce caractère d’urgence et d’exacerbation poĂ©tique, cette fureur lumineuse, entre Lumières et RĂ©volution, destruction et crĂ©ation-, ce sentiment de plĂ©nitude radicale. VoilĂ  qui exprime au plus juste l’humeur rĂ©volutionnaire du gĂ©nial Ludwig. Ce geste qui Ă  la fin d’une carrière de dĂ©fricheur, ouvre une esthĂ©tique embrasĂ©e par la lumière et l’espoir d’une aube nouvelle (tranchant nerveux insouciant du piccolo dans le Finale de la 5ème Symphonie entre autres…), se rĂ©vèle bouleversant. Merci Maestro ! CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016. Incontournable.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement. Beehtoven : Symphonies n°4, 5 (Concentus Musicus de Vienne, Nikolaus Harnoncourt, 2015 1 cd Sony classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016. LIRE aussi notre compte rendu complet dĂ©diĂ© aux 3 Symphonies 39, 40, 41 de Mozart, un “oratorio instrumental”… septembre 2014

 

 

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CD. Stravinsky : Le Sacre du printemps, 1947. Teodor Currentzis, MusicAeterna, 2013, 1 cd Sony classical)

currentzis, stravinsky, sacre du printempsCD. Stravinsky : Le Sacre du printemps, 1947. Teodor Currentzis, MusicAeterna, 2013, 1 cd Sony classical).  Tout est fait dans ce nouveau cd pour brouiller les cartes et provoquer l’acuitĂ© critique de l’auditeur. La couverture dĂ©range en son alignement optique trouble et courbe comme un Vasarely pointilleux critique acide, ou une figure mouvante et gĂ©omĂ©trique qui dĂ©range l’oeil : Teodor Currentzis, lui dĂ©range l’oreille et au-delĂ  l’Ă©coute/. Une vision plus soutenue dĂ©cèle cachĂ©es sous cette grille, les lettres du titre : “CURRENTZIS STRAVINSKY”. Le chef vedette de l’Ă©curie Sony classical rĂ©itère un coup d’Ă©clat, un coup de maĂ®tre ici, alors qu’il parachève son intĂ©grale de la trilogie Mozart / Da Ponte (et avec le mĂŞme fabuleux orchestre : Le Nozze di Figaro puis Cosi fan tutte font toujours dĂ©bat… on attend Don Giovanni courant 2016).

currentzis teodor portrait sacre du printemps stravinsky cd sony review critique compte rendu CLASSIQUENEWSAucune Ĺ“uvre n’a mieux pressenti les secousses telluriques de son Ă©poque que Le Sacre du Printemps, entre sauvagerie et gouffres poĂ©tique, sensualitĂ© instrumentale et abstraction musicale. La partition de Stravinsky que le chef d’origine grecque a choisi est celle de 1947, plus instrumentalement calibrĂ©e, plus incisive dans sa portĂ©e musicale aux timbres affinĂ©s, Ă  l’Ă©quilibre des pupitres plus homogènes et plus mordants aussi, est enregistrĂ©e Ă  Cologne en octobre 2013. La vitalitĂ© caractĂ©risĂ©e des instrumentistes de MusicAeterna fait merveille dans la ciselure symphonique avec une acuitĂ© gorgĂ©e d’Ă©nergie, de prĂ©cision et de souffle dramatique qui font du ballet imaginĂ© par Stravinsky Ă  Paris pour Diaghilev, la partition la plus moderne et la plus visionnaire du XXè. Tout cela fourmille d’idĂ©es, d’Ă©clats, d’Ă©clairs sertis au service d’une vision allante et poĂ©tique, oĂą enjeu premier de l’ouvrage, l’Ă©loquence orgasmique voire extatique des instruments requis est mise en avant : exposĂ©e, optimisĂ©e, radicalisĂ©e : la Danse des adolescentes est rugueuse et Ă©tincelante, habitĂ©e par les convulsions primitives que souhaitaient le compositeur en imaginant son ballet inspirĂ© par l’idĂ©e d’un paganisme des premiers âges. Les Rondes printanières oĂą convulsent les cordes, rugissent les cuivres, font entendre la grande crispation de la terre matricielle et le jaillissement des Ă©nergies primitives : ce Sacre organique dont les palpitations rĂ©gulières obligent l’orchestre Ă  tout donner (frĂ©nĂ©sie et aspiration, enfin rĂ©sonance sauvage des Jeux des citĂ©s rivales). Puis c’est l’immersion dans le mystère le plus lĂ©thal du sage et de son Cortège, avant la dernière convulsion la plus engageante et ses frottements inouĂŻes aux cordes dans une Danse de la terre qui semble concentrer la vitalitĂ© de toutes les forces rassemblĂ©es.
La Sacrifice dĂ©bute comme le dĂ©compte d’un champs de ruines, nocturne et dĂ©pressif (la sĂ©quence la plus longue du ballet) Ă  mesure que s’Ă©tend une ombre menaçante et mystĂ©rieuse et qui s’achève par une courte phrase de conclusion au violoncelle : l’ivresse Ă©perdue du Cercle mystĂ©rieux des adolescentes, entre apaisement (flĂ»te, clarinettes…) et inquiĂ©tude fait toute la valeur de la sĂ©quence suivante… Avec la Glorification de l’Elue (triste dĂ©signation jusqu’Ă  son sacrifice finale), les spasmes de l’orchestre redoublent entre hystĂ©rie sanguinaire et derniers cris de la victime consciente de son futur sacrifice.
L’action rituelle des AncĂŞtres se fait danse sacrificielle aux lueurs secrètes d’une dangereuse sĂ©duction Ă  1’05 : de la flĂ»te au basson, c’est un dĂ©compte mĂ©ticuleux qui cache son intention criminelle… avant le dĂ©ferlement de la Danse sacrale finale : oĂą Sacre signifie sacrifice et pour l’orchestre,un dĂ©fi permanent aux Ă©quilibres redoutables, Ă  la mise en place rythmique Ă©ruptive autant que millimĂ©trĂ©e (en deux sĂ©quences symĂ©triques avec une courte respiration, brĂŞve pause Ă  2’57, avant la mise Ă  mort de l’adolescente ainsi dĂ©signĂ©e).

CLIC D'OR macaron 200currentzis teodor chef maestro review presentation classiquenews sacre du printemps de stravinsky trilogie mozart da ponte critique compte rendu cdIntention. Les mots intentionnels de  Teordor Currentzis pour expliquer son approche sont “sacre” Ă©videmment, subconscient et dĂ©lire, “steppe de l’art tribal”, oĂą le printemps Ă©ternel revient cycliquement par un sacrifice “cruel et vertical”, une rĂ©volution, une rupture rĂ©demptrice ; de fait dans la Danse sacrale finale, on ne pense pas barbarie mais bien rĂ©gĂ©nĂ©ration et ascension vers la lumière. Une rampe de plus en plus Ă©blouissante. Currentzis dans sa prĂ©face assez sybilline oĂą curieusement prophĂ©tique, il laisse aller son admiration lyrique pour Stravinsky dont l’audace et la vĂ©ritĂ© ont rĂ©inscrit l’esprit rural (celui de la steppe) comme facteur premier de modernitĂ©. En mettant le feu, Stravinsky produit la petite Ă©tincelle d’un grand brasier rĂ©dempteur : celui de la transe collective qui Ă  l’Ă©chelle des danseurs ou ici des instrumentistes, se fait Ă©nergie primitive d’essence folklorique. Il faut savoir parfois se brĂ»ler pour prendre conscience. Et voir et ressentir. Si le texte de Currentzis reste confus et alambiquĂ© (il faut absolument le lire relevant d’une mystique post moderne et bourgeoise), son Ĺ“uvre comme chef reste elle passionnante et infiniment plus vivante. De fait cette lecture du Sacre compte autant que celle des Siècles dirigĂ© par François-Xavier Roth, autre ambassadeur zĂ©lĂ© inspirĂ© de Strasvinsky et qui a Ă©tĂ© comme nul autre avant lui, très très loin dans la restitution criante de vĂ©ritĂ© des instruments parisiens, utilisĂ©s, adaptĂ©s, voulus par Stravinsky lui-mĂŞme au moment de la crĂ©ation, en 1913. Evidemment la posture idĂ©ologique et artistique du chef perturbateur provocateur en agacera plus d’un ; mais le geste qui dĂ©construit pour reconstruire proposant une vision entière cohĂ©rente passionnĂ©e donc subjective donc discutable de Currentzis nous paraĂ®t stimulante, face au politiquement correct de tant de versions et productions que l’on nous sert comme toujours plus faussement neuves et constructives. Sa force de curiositĂ©, son dĂ©sir de dĂ©frichement critique rappelle les meilleurs artisans de la dernière rĂ©volution musicale, celle des Baroqueux : Christie, Harnoncourt en tĂŞte. Pour nous, l’avenir de la musique et du classique a encore de beaux jours, grâce Ă  des personnalitĂ©s comme Teodor Currentzis. Lecture Ă©vĂ©nement.

CD. Stravinsky : Le Sacre du printemps, 1947. Teodor Currentzis, MusicAeterna, 2013, 1 cd Sony classical). Enregistrement réalisé à Cologne en octobre 2013.

CD. Jonas Kaufmann en crooner 1920 : nouveau programme Du bist die Welt für mich (1 cd Sony classical, à paraître le 15 septembre 2014)

jonas_kaufmann crooner berlin You mean the entire worlf to me cd sony classical You mean the entire worlf to meCD. Jonas Kaufmann en crooner 1920 : nouveau programme Du bist die Welt für mich (1 cd Sony classical, à paraître le 15 septembre 2014). Vous le connaissiez wagnérien (Siegmund, Tannhaüser, Parsifal…), le voici en crooner des années 1920 à Berlin. Le ténor vedette munichois, Jonas Kaufmann publie chez Sony un nouveau disque événement à paraître le 15 septembre 2014. Face à un micro savamment choisi pour l’occasion, le visuel de couverture ne laisse pas indifférent : le chanteur en style rétro, a pris le chemin du studio pour graver de nouveaux standards lyriques, non pas signés Verdi (comme l’a montré son remarquable récital discographique The Verdi album),  mais Lehar, Tauber, Kalman, Korngold ou Stolz, soit les auteurs actifs à Berlin, en vogue à l’époque des débuts du cinéma parlant…

Kaufmann en crooner berlinois des années 1920

A l’instar du tube populaire qui donne son titre Ă  l’album : Du bist die Welt fĂĽr mich (Tu es le monde pour moi / You mean the entire world to me) de Richard Tauber, – une chanson souvent reprise en bis lors de ses rĂ©citals, Jonas Kaufmann a organisĂ© son programme en collectionnant plusieurs standards restituĂ©s ici dans leur orchestration originale, remontant Ă  la pĂ©riode 1925-1935. L’interprète diseur en or (chez Schubert entre autres), magicien du verbe incarnĂ©, remarquable acteur lyrique par son intĂ©rioritĂ© intimiste et puissante, sait ici ciseler l’arĂŞte expressive de chaque auteur, qu’on a tort de classer parmi les compositeurs mineurs, auteurs de musiques lĂ©gères. Il retrouve ce legato mordant et très colorĂ© que ses prĂ©dĂ©cesseurs, tels Fritz Wunderlich  ou Rudolf Schock, ont su avant lui affirmer, rendant au rĂ©pertoire mĂ©sestimĂ©, ses lettres de noblesse… Le programme Ă©voque l’âge d’or de la chanson berlinoise propre aux annĂ©es 1920 et 1930 dont l’insouciance raffinĂ©e contraste avec les Ă©vĂ©nements politiques Ă  venir. cd sony classical kaufmann jonas2Au total 17 chansons et airs d’une sensualitĂ© ciselĂ©e oĂą Jonas Kaufmann affirme davantage son intelligence vocale et dramatique, son sens du texte, son goĂ»t de la situation, son brio naturel pour la caractĂ©risation Ă©motionnelle.  Pour ce nouvel album, Jonas Kaufmann est rejoint par la soprano Julie Kleiter pour Abraham et Korngold ; ils sont accompagnĂ©s par les instrumentistes du Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, dirigĂ©s par Jochen Rieder.

 

1 cd Sony classical à paraître le 15 septembre 2014.  Prochaine grande critique dans le mag cd de classiquenews.com

CD. Coffret Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)

abbado claudio rca sony recordings sony classical cdCD. Coffret Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)  … RĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ© (le 20 janvier 2014) suite Ă  un long cancer qui l’aura dĂ©truit peu Ă  peu (depuis sa première hospitalisation en 2000), sans affecter sa puissante concentration musicale toujours si palpable en concert, Claudio Abbado – nĂ© en 1933-, mĂ©ritait Ă©videmment ce coffret Ă©ditĂ© par Sony qui rĂ©Ă©dite avec quelle pertinence plusieurs lectures maĂ®tresses avec les orchestres que le chef italien aura marquĂ©, façonnĂ©, «  rencontré » au sens le plus profondĂ©ment humain du terme… Son dernier nĂ©, l’orchestre du Festival de Lucerne fondĂ© en 2003, reste composĂ© par les plus grands instrumentistes des orchestres dĂ©jĂ  professionnels : chacun souhaite partager ce sens musical intègre, philosophe, gĂ©nĂ©reux que Abbado a su instaurer dans chacune de ses sessions de travail. A la diversitĂ© des enregistrements qui nous parviennent, s’ajoute indication mĂ©morielle qui en rappelle le poids Ă  l’époque de leur publication, la rĂ©Ă©dition des pochettes originelles ; elles rĂ©inscrivent ainsi Abbado dans son jus, dans son Ă©poque. Les 39 cd rĂ©Ă©ditĂ©s par Sony (qui puise donc abondamment dans son catalogue RCA) sont absolument incontournables tant l’art du maestro se rĂ©vèle dans toute son Ă©vidente Ă©lĂ©gance sertie de profondeur et de dramatise aigu, puissant, raffinĂ©. A cela s’ajoute un charisme plutĂ´t modeste et si humble, qui fait de Claudio Abbado, un chef courtois et peu demandeur, plutĂ´t soucieux de la qualitĂ© de l’échange et du partage, vers ses musiciens, vers les publics.

Ouvrier humaniste de la musique

 

abaddo claudio cd rca sony album colelction 38 cdLes lectures rĂ©unies dans le coffret RCA et SONY regroupent surtout les meilleures bandes de l’ère berlinoise quand de 1989 Ă  2002, Abbado succède Ă  Karajan Ă  la tĂŞte du Philharmonique de Berlin. Le geste recherche l’écoute, favorise la rĂ©ponse souple et fluide du collectif traitĂ© comme un ensemble chambriste d’instrumentistes Ă©gaux, des pairs rĂ©unis par le premier d’entre eux en une cohĂ©sion fraternelle. Avec Abbado, fini le carcan despotique du Karajan de la fin, tyrannique, obsessionnel, exclusif. Avare en paroles, y compris en rĂ©pĂ©tition, Abbado favorise l’immersion collective, le contact et l’épreuve avec la musique, le dĂ©passement de l’ensemble fondĂ© sur l’interaction multiple. Moins hĂ©doniste et marmorĂ©enne que celle sculptĂ©e par Karajan, la sonoritĂ© du Berliner version Abbado gagne en rondeur, en chaleur, en moelleux : plus habitĂ©e, plus incarnĂ©e, intĂ©rieure sans dĂ©monstration ni grandeur artificielle : Abbado aura rĂ©humanisĂ© en quelque sorte toute l’esthĂ©tique du Berliner. Rajeunissant l’orchestre grâce Ă  une sĂ©rie d’engagements nouveaux, Abbado dès 1991, rĂ©oriente la politique artistique de l’Orchestre ; inventant des cycles thĂ©matiques qui organise autour du noyau musical et du choix des partitions, des Ă©vĂ©nements complĂ©mentaires transdisciplinaires avec d’autres institutions berlinoises : expositions, confĂ©rences… Ainsi naissent des programmations thĂ©matiques autour de PromĂ©thĂ©e, Hölderlin. En plus de cette curiositĂ© Ă  360° qui rĂ©tablit la musique Ă  sa place première, – motrice, fĂ©dĂ©ratrice -, Abbado marque aussi l’interprĂ©tation en intĂ©grant les dernières recherches nĂ©es de la pratique historiquement informĂ©e sur instruments anciens, sans pourtant adopter l’instrumentarium concernĂ© selon les Ĺ“uvres choisies. De fait, ses lectures avec les Berliner gagnent aussi une nouvelle finesse, une articulation renforcĂ©e qui cisèle l’expressivitĂ© du geste et de la sonoritĂ© globale, qui allège le son, fluidifie la richesse de nouvelles dynamiques. EmblĂ©matique de sa curiositĂ© d’esprit, le cycle Schumann en 1994 qui produit ici d’inoubliables Scènes de Faust, absolu incontournable servies par une distribution irrĂ©sistible (dont Karita Mattila) …

Claudio AbbadoContenu du coffret. Les oeuvres enregistrĂ©es tĂ©moignent majoritairement de la politique artistique dĂ©veloppĂ©e par Abbado Ă  Berlin dans les annĂ©es 1990 quand il dirigeait le Berliner Philharmoniker. Ses choix de rĂ©pertoire: les fondamentaux classiques tels Mozart et Beethoven ; les romantiques mĂ©connus ou peu jouĂ©s (ou leurs Ĺ“uvres oubliĂ©es) : Schumann, Mendelsohn, Dvorak,  surtout Tchaikovski dont il dĂ©fend le gĂ©nie symphonique, rĂ©habilitant dĂ©sormais nettement le statut du faiseur de ballets Ă  l’Ă©gal des grands symphonistes du romantisme tardif.

Des annĂ©es berlinoises, voici donc Abbado dĂ©fricheur et classique alliant ancien et moderne : symphonies (Linz, Haffner, Paris…) et oeuvres concertantes de Mozart, avec l’accomplissement dans la lumière et la finesse grave de la Messe en ut (1990) dont la maĂ®trise du collectif (vocal et choral) associĂ©e au dramatisme orchestral lance un pont vers l’autre massif incontestable qui demeure la 9 ème de Beethoven (Salzbourg,  avril 1996) ; ici et lĂ ,  le plateau des chanteurs s’avère extrĂŞmement convaincant.

Le coffret Sony classical n’oublie ce qui reste comme deux grands accomplissements lyriques des annĂ©es 1990 avec le Berliner : le très mĂ©connu et pourtant dĂ©lirant Viaggio a Reims de Rossini de 1992,  suivi en 1993 par Boris Godounov somptueuse et somptuaire production particulièrement complète – c’est Ă  dire en 4 actes, comprenant l’acte III polonais.

CLIC_macaron_2014Mais le coffret apporte aussi un Ă©clairage plus ancien sur la direction prĂ© berlinoise d’Abbado lorsqu’il dirigeait Ă  la fin des annĂ©es 1970 le London symphony orchestra : Concerto n°3 de Rachmaninov avec le pianiste Lazar Bermann (1977), sans omettre de trĂ©pidantes et nerveuses Ouvertures des opĂ©ras de Rossini et de Verdi  (1978) … Autre immense apport ce dès les annĂ©es 1985-1988, les symphonies de Tchaikovsky avec le Symphonique de Chicago, d’un approfondissement lĂ  encore visionnaire qui apporte Ă  l’Ă©criture du compositeur russe, son Ă©coulement organique, sa prodigieuse couleur humaine : mises en regard avec les mĂŞmes symphonies rĂ©alisĂ©es près de 10 ans plus tard avec les Berliner Philharmoniker (Symphonies 1 et 5 prĂ©cisĂ©ment), les premières rĂ©alisations avec Chicago gagnent d’autant plus de profondeur.

Une mĂŞme comparaison peut ĂŞtre d’ailleurs rĂ©alisĂ©e chez Moussorgski (avec les mĂŞmes commentaires positifs) dont Abbado  extrait des fragments passionnants de l’opĂ©ra mĂ©connu mais Ă©blouissant La Khovantchina : rĂ©alisĂ©s Ă  Londres dès 1980, puis repris lors d’un cyclique thĂ©matique Ă  Berlin en 1995/1996.

 

abbado claudioLa boĂ®te miraculeuse recèle bien d’autres joyaux encore comme le live de l’OpĂ©ra de Vienne de mars 1984 pour un Simon Boccanegra de Verdi oĂą perce et captive la gravitĂ© sombre et tragique du drame (avec un plateau somptueux : Bruson,  Ricciarelli,  Raimondi …) ; le concert de la Saint-Sylvestre 1992 oĂą sous la conduite du maestro, les oeuvres concertantes de Richard Strauss dont Burlesque pour piano (avec la complicitĂ© de sa fidèle partenaire Martha Argerich) agrĂ©mentĂ©es du final du Chevalier Ă  la rose valent bien alors le rituel plus mĂ©diatisĂ© du Konzerthaus de Vienne ; enfin l’on ne saurait mettre Ă  l’écart non plus le très beau programme Luigi Nono et Gustave Mahler qui associe Il Canto sospeso du premier aux Kindertotenlieder du second, en un geste dĂ©chirant d’intense et humble vĂ©ritĂ© (cycle thĂ©matique enregistrĂ© Ă  Berlin en 1992)… superbe coffret composant un très bel hommage au regrettĂ© Claude Abbado.

Claudio Abbado : The complete RCA and Sony album collection (39 cd Sony classical)