ENTRETIEN avec LEIF OVE ANDSNES : Mozart réinventé… 1/2

andsnes-leif-ove-mozart-concertos-critique-reveiw-concerts-classiquenews-MOZART-opera-concert-Leif-ove-andsnes-piano-mozart-concertos-classiquenewsENTRETIEN avec LEIF OVE ANDSNES : Mozart réinventé… plus romantique et moderne que vraiment « classique ». Le pianiste Leif Ove Andsnes questionne pendant quatre ans avec les instrumentistes du Mahler Chamber Orchestra, l’écriture concertante de Mozart, à travers son nouveau projet musical intitulé « MOZART MOMENTUM 1785/1786 ». Après un cycle dédié aux Concertos de Beethoven, le pianiste Leif Ove Andsnes interroge le sens et la modernité des Concertos de Mozart dont il éclaire l’écriture personnelle, classique certes, mais surtout pré romantique. Un témoignage qui passionne l’interprète dont les compétences s’élargissent à la direction d’orchestre car il retrouve le MAHLER CHAMBER Orchestra, en une série de concerts et de propositions musicales d’un nouveau genre… Entretien exclusif pour classiquenews.com

 

 

 

andsens piano concert review critique classiquenews decembre 2015 leif-ove-andsnes

 

 

 

CNC : Beethoven est considĂ©rĂ© comme l’ultime figure du triumvirat classique Ă  Vienne, après Haydn et Mozart. Suite Ă  votre « Beethoven Journey » avec le Mahler Chamber Orchestra, pourquoi aujourd’hui (re)venir Ă  Mozart ?

Leif Ove Andsnes : Cela a beaucoup à voir avec ma collaboration avec le Mahler Chamber Orchestra / MCO : notre travail autour du Beethoven Journey, s’est traduit par plusieurs enregistrements et concerts. C’est une sensation unique de travailler exclusivement avec un ensemble pendant des années. Pour les concerts, je dirigeais l’orchestre depuis le piano. J’ai senti pour la première fois de ma vie ce que les grands chefs accomplis doivent ressentir : une sorte d’osmose, de complicité totale avec l’orchestre par rapport aux émotions, aux couleurs, dans la plus grande spontanéité et une liberté totale. En tant qu’artiste en résidence chez MCO, on s’est questionné par rapport aux projets et dans le contexte, il nous a paru tout a fait naturel et logique chez Mozart, voire encore plus que chez Beethoven, de diriger l’orchestre depuis le piano.

A LA CHARNIERE DES ANNEES 1785 – 1786… Ceci est d’autant plus lĂ©gitime qu’il y a ce dialogue entre le piano et l’orchestre chez Mozart, qui est vraiment parfait pour ce contexte, comme une sorte de musique de chambre augmentĂ©e, mĂŞme s’il y a quand mĂŞme un soliste. Donc on a dĂ©cidĂ© Mozart, et j’ai proposĂ© de choisir une pĂ©riode prĂ©cise de la vie de Mozart, les annĂ©es 1785 / 1786, qui sont très particulières. Je crois que quelque chose de remarquable s’est passĂ© en 1785, avec son Concerto pour piano n° 20, qui est, d’abord, son premier dans une tonalitĂ© mineure, très dramatique, aux couleurs sombres, par rapport aux prĂ©cĂ©dents, mais au-delĂ  de ça, encore plus remarquable est le fait que l’orchestre commence avec une musique complètement diffĂ©rente par rapport au piano. L’orchestre dĂ©bute de façon exubĂ©rante et le piano, lui, entre en une voix Ă  la fois intime et solitaire ; c’est la première fois que cela arrive dans le genre. L’usage est que l’orchestre commence le concerto, puis le piano reprend la mĂŞme musique et la dĂ©veloppe ensuite. Cela a dĂ» ĂŞtre très surprenant pour l’audience de Mozart, et je pense il a bien aimĂ© l’effet, parce qu’il a continuĂ© Ă  utiliser ce procĂ©dĂ© dans ses concertos ultĂ©rieurs.

 

 

 

L’intimitĂ©, la solitude…

MOZART invente un nouveau canevas dramatique pour le Concerto pour piano

 

 

 

andsnes-leiv-mozart-concerts-annonces-critique-entretien-mozart-classiquenewsLes compositeurs après lui, de toute Ă©vidence, ont bien aimĂ© cette idĂ©e, comme Beethoven, qui fait des choses de plus en plus radicales par rapport Ă  l’entrĂ©e du piano dans ses concertos. C’est un peu la graine du futur concerto « hĂ©roĂŻque », plutĂ´t romantique, oĂą le soliste s’exhibe « Here I am ! » (Je suis lĂ ), comme chez Schumann. Mozart fait ainsi grandir la narration, l’histoire… le concerto pour piano devient quelque chose de beaucoup plus complexe, avec l’apparition d’un drame psychologique oĂą l’individu (le soliste) parle Ă  la sociĂ©té… Et il a aussi donnĂ© des rĂ´les importants aux instruments, notamment aux vents, ce qui rĂ©vèle davantage, bien sĂ»r, l’influence de l’opĂ©ra. Mozart Ă©tait alors en train d’écrire Les Noces de Figaro.

 

 

 

CN : Mozart est l’icône par excellence du Classicisme musical ; pourtant les années 1780 dévoilent une grande diversité et complexité dans sa création. En particulier les pièces écrites entre 1784 et 1786. A ce titre, certains musicologues estiment que Mozart est le premier compositeur romantique. Qu’en pensez-vous ?

LOA : Oui, d’une certaine façon cela se voit dĂ©jĂ  dans les inventions de Mozart Ă  cette Ă©poque, par exemple dans le Concerto n° 20, l’entrĂ©e du piano avec une voix très individuelle, c’est un peu le germe du romanticisme musical. Et cette voix est vraiment très particulière, très personnelle, très touchante. Il y a plein des moments dans les concertos de Mozart oĂą l’on peut entendre cette voix sensible, sentimentale, mais Mozart ne tombe jamais dans une dĂ©marche d’exploitation romantique pleine de douleur et de souffrance exacerbĂ©e comme chez… Schumann ou Wagner. Ces derniers le font de façon dĂ©libĂ©rĂ©e ; chez eux, c’est formellement fantastique, mais parfois un peu trop Ă©cĹ“urant. On peut ĂŞtre touchĂ© au plus profond de soi avec Mozart, par exemple dans le mouvement lent du Concerto en La, sans que cela ne soit jamais indigeste. C’est un de morceaux les plus poignants dans la vie, et pourtant il y a une puretĂ© dans l’harmonie, tout Ă  fait classique. Au final qu’est-ce que c’est le romanticisme ? Il y a des gens qui trouvent Mozart romantique grâce Ă  toutes les Ă©motions prĂ©sentes dans sa musique… Il y a quelque de cet ordre. Son dĂ©veloppement est impressionnant. J’aime bien quand on se sĂ©pare un peu de l’image du gĂ©nie prĂ©coce et immaculĂ© ; ce qu’il Ă©tait bien Ă©videmment, mais il y a une progression et une maturation Ă©vidente chez Mozart tout au long de sa vie. C’est tout autant impressionnant l’assurance qu’il a dans ces gestes crĂ©ateurs, le dĂ©but de la Symphonie Prague par exemple, est inattendu, d’un formidable impact, et sans le moindre doute. Quelle maĂ®trise ! Par rapport Ă  la question Ă©motionnelle, une chose m’a toujours interpellĂ©e : la capacitĂ© qu’a Mozart Ă  bouleverser de façon soudaine ; on croirait que tout est lisse, que tout va bien, et lĂ  il y a une surprise, souvent courte, oĂą quelque chose d’inattendu se prĂ©sente ; tu ressens alors ton cĹ“ur se serrer sans avertissement. Tous ces bouleversements font partie de la richesse de sa musique, et plus il y a des voix, plus il est capable d’exprimer les contrastes, comme d’Ă©clairer la complexitĂ©.

 

 

 

CN : Liszt est souvent considéré comme la première rockstar de la musique classique, voire de la musique tout court. Mozart, quant à lui, serait-il alors le premier auto-entrepreneur de la musique populaire ?

LOA : (rires) Peut-ĂŞtre ! J’aurais tout fait pour assister Ă  l’un de ses concerts de son vivant. Parfois il nous est difficile Ă  notre Ă©poque de mesurer Ă  quel point ses pièces sont virtuoses… comparĂ©es Ă  Rachmaninov ou Bartok qui ont Ă©crit des pièces extrĂŞmement difficiles. On peut s’imaginer le moment juste avant le dĂ©but d’un Concerto de Mozart, disons le 21ème par exemple, … comment il a du se faire plaisir, page après page ; dans la partition se voit clairement la volontĂ© de plaire Ă  son auditoire, une claire ambition d’affirmer ses compĂ©tences. Comment il a fait avancer le piano, c’est impressionnant, notamment en comparaison avec Haydn. Il y a une grande joie chez Mozart, y compris dans sa virtuositĂ©. Je dois aussi dire qu’il y a une joie physique pour le pianiste Ă  interprĂ©ter ces concertos. Un vrai plaisir pour les mains de les jouer. Je pense qu’il Ă©tait un pianiste tout Ă  fait spectaculaire !

 

 

 

ENTRETIEN 2… suite de notre entretien avec Leif Ove ANDSNES, entretien 2/2

 

 

 

LIRE AUSSI notre annonce du cycle de concerts MOZART MOMENTUM par Leif Ove Andsnes

Propos recueillis en avril 2019 par notre envoyé spécial Sabino PENA ARCIA

_______________________________

 

 

 

 

 

 

CD. Onslow : 3 Quatuors opus 8 et 10. Quatuor Ruggieri (1 cd Aparté)

onslow quatuors par les ruggeri quatuors 8 et 10 AP105-cover-1024x1015CD, compte rendu critique. Onslow : Quatuors. Quatuor Ruggieri (1 cd ApartĂ©). Ils n’ont pas chĂ´mĂ© les Ruggieri (tous instrumentistes transfuges des Talens Lyriques) : enregistrĂ©s en janvier 2015 Ă  Paris, voici quelques mois plus tard, l’enregistrement des 3 Quatuors de George Onslow, le “Beethoven français” : en vĂ©ritĂ© le Français rĂ©alise une très habile synthèse entre les Viennois : Mozart, Haydn, Beethoven et aussi des Ă©lĂ©ments proprement français. Les Quatuors opus 8 (n°1 et 3, le Quatuor opus 10 n°3 appartiennent encore Ă  la première pĂ©riode du compositeur, emblèmes de son gĂ©nie de jeune autodidacte. L’Ă©lĂ©gance, la nervositĂ©, l’Ă©locution sombre et recueillie, parfois grave (l’Opus 8 n°1 en ut mineur) semble prolonger Haydn et Mozart, et dĂ©jĂ  par l’assise et le jeu entre tension et dĂ©tente, Beethoven en effet. Contrairement Ă  ce qui est dit et dĂ©veloppĂ© ici et lĂ  et jusque dans la notice du cd, Onslow s’inscrit d’emblĂ©e dans le romantisme. A torts on s’obstine Ă  le placer entre deux esthĂ©tiques : classique ou romantique ? Il EST romantique : ne serait-ce que pour deux raisons Ă©videntes : n’a-t-il pas inventer le scherzo romantique fiĂ©vreux et passionnel (avant Beethoven) ? N’a-t-il pas dĂ©montrer cette intention expressive liĂ©e Ă  un accident de vie personnelle dans le fameux Quintette de la balle, après son accident de chasse qui faillit lui coĂ»ter le vie et prĂ©cipiter aussi la carrière d’un auteur français majeur ?

 

 

 

Admirateur des Viennois, inventeur du Scherzo romantique

Onslow le romantique

Festivals Onslow Ă  Venise et Ă  Paris (avril, mai et juin 2015)NĂ© en 1784, alors Ă  l’Ă©poque de l’âge d’or musical et lyrique sous le règne de Marie-Antoinette, Onslow produit ses premières pièces de musique de chambre dont il est une gĂ©nie Ă  redĂ©couvrir, sous l’influence direct des germaniques, Beethoven et aussi Schubert dont on retrouve le goĂ»t pour cette intĂ©rioritĂ© chantante qui fait jaillir l’Ă©loquence intacte de mĂ©lodies populaires (Ă©coutez comment l’auvergnat – par sa mère- intègre dans l’Opus 10, l’air de danse des montagnes d’Auvergne – Minuetto allegro, plage 7). Ce savant colorĂ© de candeur rustique fonde la singularitĂ© d’un compositeur plus introspectif que dĂ©monstratif, en cela vrai “frère” de Franz (subtil et suggestif, si pudique adagio de l’ut mineur). Il faut absolument prĂ©senter Onslow tel un romantique (contemporain de Berlioz et Paganini et non ce maillon secondaire, perdu entre deux eaux (de fait intituler l’un des paragraphes du livret “vous avez dit classique ou romantique?” continue d’alimenter une vaine et inexacte polĂ©mique). Le programme le dĂ©montre clairement. La franchise et la profondeur remarquablement exprimĂ©es attestent de la maturitĂ© d’un maĂ®tre compositeur.
D’autant que ce disque est dĂ©jĂ  le second dĂ©diĂ© Ă  Onslow. Le dĂ©but de l’Opus 10 n°3 fait entendre tout ce dont la prodigieuse science et le goĂ»t d’Onslow sont capable : une subtilitĂ© de ton et de passage entre le grave lugubre – Largo-, auquel rĂ©pond enchaĂ®nĂ© un allegro des plus Ă©lĂ©gants, recyclant l’esprit viennois d’un Haydn (la facĂ©tie rythmique) et de Mozart (la structure harmonique) : cette profondeur et cette grâce ne s’entendent que chez les plus grands : c’est pourquoi nous trouvons Onslow non pas tant BeethovĂ©nien que schubertien. Voici donc ce jalon essentiel chez les Français : Ă  ceux qui pensait que la France fut incapable de musique de chambre romantique durant la première moitiĂ© du XIXè, rĂ©pondez Onslow ! Vous avez dĂ©sormais votre champion, auteur de près de 70 Quatuors et Quintettes Ă  cordes… enfin presque rĂ©habilitĂ©. La qualitĂ© des 3 Quatuors ici rĂ©vĂ©lĂ©s appellent urgement la redĂ©couverte de ses Symphonies. Pour autant Onslow demeure un compositeur qui se cache et que l’on joue avec parcimonie : alors qu’elle est publiĂ©e dès 1807, sa musique n’est vraiment jouĂ©e Ă  Paris qu’en 1830, alors que l’Allemagne la goĂ»te et la savoure depuis les annĂ©es 1820. La France toujours retardataire Ă  reconnaĂ®tre le talents de ses enfants.

 

 

 

Entre savant élégant et populaire rustique, Onslow trouve une voie idéale

Versatilité virtuose

 

CLICK_classiquenews_dec13L’Ă©nergie mordante et mĂŞme âpre de l’Opus 8 n°3 se colore très vite d’une douceur enivrĂ©e, redevable elle aussi de cette bascule permanente entre gravitĂ© et insouciance, Ă  laquelle Onslow ajoute cette virtuositĂ© recherchĂ©e tant prisĂ©e par l’audience et qui fait aussi une particularitĂ© parisienne (virtuositĂ© des Quatuors concertants hĂ©ritĂ©s de Gossec.
Ces Quatuors de jeunesse (Opus 8,9,10) Ă©taient de toute Ă©vidence Ă  ressusciter. L’amateur compositeur, qui nĂ© aristocrate n’eut jamais Ă  travailler pour gagner et assurer sa pitance, put Ă©crire en toute libertĂ© : sa libertĂ© se lit ici dans la volubilitĂ© parfois imprĂ©visible et dĂ©routante aussi de la modalitĂ© et de l’itinĂ©raire tonal. Onslow nous donne sa singularitĂ© qui prĂ©pare au romantisme fantastique de Berlioz (1830 : Symphonie fantastique), telle une offrande originale et inclassable Ă  mĂ©diter. Ne serait-ce que parce qu’il fait Ă©voluer le scherzo d’un simple mouvement contrepointant le menuet chez Beethoven, vers une forme fiĂ©vreuse et très vive telle que nous le connaissons aujourd’hui, Onslow affirme son irrĂ©sistible tempĂ©rament de dĂ©fricheur et d’expĂ©rimentateur. Grâce Ă  lui, la musique de chambre romantique peut se prĂ©valoir d’un niveau encore mĂ©connu, pourtant digne Ă©quivalent des Viennois et de Beethoven. MĂŞme s’il s’agit ici de la première pĂ©riode du compositeur (opus 8, 9 et 10), les 3 Quatuors rĂ©unis et exhumĂ©s dans ce programme rĂ©vĂ©lateur, confirme la puissance d’une inspiration supĂ©rieure, d’une profondeur sincère. Les Quatuors de l’Opus, marquent les dĂ©buts des cycles de musique de chambre Ă  Paris (1814) par le violoniste et ami Pierre Baillot auquel ils sont dĂ©diĂ©s. Cette alliance du rustique et de l’Ă©rudition atteste d’un grand maĂ®tre dont il faudrait enregistrer les autres Quatuors de l’Opus 10 dont chaque partition intègre avec gĂ©nie, un thème populaire auvergnat. Cette attache provinciale n’attĂ©nue pas la qualitĂ© et la noblesse de l’inspiration : il l’enrichit de façon originale. La sensibilitĂ© frĂ©missante comme très caractĂ©risĂ©e des interprètes suscite le meilleur accueil : c’est donc un CLIC de classiquenews d’avril 2015.

 

 

Onslow : Quatuors (Opus 8, Opus 10). Quatuor Ruggieri (1 cd Aparté)Durée : 1h02mn.

 

 

 

George Onslow (1784-1853)
Quatuor Ruggieri

Quatuor à cordes op. 8 n° 1 en ut mineur / String Quartet in C minor

1. Largo / Allegro agitato
2. Adagio
3. Minuetto allegretto
4. Finale presto

Quatuor op. 10 n° 3 en mi bemol majeur / String Quartet in E-flat major
(World Premiere)
5. Largo / Allegro con brio
6. Andantino sostenuto
7. Minuetto allegro (air de danse des montagnes d’Auvergne)
8. Allegro vivace

Quatuor op. 8 n° 3 en la majeur / String Quartet in A major (World Premiere)
9. Allegro
10. Andante non troppo lento
11. Minuetto allegro
12. Finale vivace

Quatuor Ruggieri
Gilone Gaubert-Jacques, violon/violin
Charlotte Grattard, violon/violin
Delphine Grimbert, alto/viola
Emmanuel Jacques, violoncelle/cello

 

 

 

Livres. Emmanuel Reibel : Comment la musique est devenue ” romantique “

Livres. Emmanuel Reibel : Comment la musique est devenue romantique, de Rousseau Ă  Berlioz (Éditions Fayard)   …   Appliquer Ă  la musique, le vocable ” romantique ” revĂŞt bien des sens divers selon le goĂ»t et les dĂ©bats esthĂ©tiques qui ont cours tout au long du XIXè et mĂŞme dès avant la RĂ©volution…

Il y a bien des ” romantismes ” selon le point de vue des auteurs tant l’adjectif romantique signifie de nombreuses particularitĂ©s ici restituĂ©es. Ce n’est pas une acceptation monolithique et stable, mais bien l’expression d’une sensibilitĂ© qui s’est construite pas Ă  pas et de façon mouvante tout au long des dĂ©cennies de la fin du XVIIIè et jusqu’aux limites du XIXème ; le romantisme de Rousseau, et donc de Rameau, n’est en rien celui de Berlioz et encore moins des dĂ©fricheurs et redĂ©couvreurs historiographes tels FĂ©tis, Joseph d’Ortigue, Reicha … premiers ” visionnaires ” propres aux annĂ©es 1830, tous soucieux de prĂ©ciser leur propre acceptation du mot, Ă  la lumière des polĂ©miques esthĂ©tiques de leur temps, selon le champs d’examen permis par leur expĂ©rience musicale. 

 

Un romantisme, des romantismes…

 

reibel_romantique_musique_fayardLe romantisme sensuel italien de Rossini n’a que peu de caractères en commun avec la fièvre et l’imaginaire fantastique de Berlioz (et sa cĂ©lèbre Symphonie manifeste), lui-mĂŞme si marquĂ© par E.T.A. Hoffmann…  OpposĂ© au classicisme, le romantisme fait figure d’Ă©trangetĂ© exotique, extĂ©rieure donc suspecte voire dangereuse en raison de sa modernitĂ© scandaleuse tout au moins provocante…
En mettant de cĂ´tĂ©, le cadre ordinairement chronologique du romantisme, – associĂ© depuis ” toujours ” au XIXè sentimental-, et plus encore dĂ©tachĂ© de son acceptation contemporaine qui en fait un synonyme de lyrisme exacerbĂ© et théâtral,  l’auteur examine le contexte qui fait naĂ®tre et s’affirmer la notion romantique …  Pour suivre et illustrer cette mĂ©tamorphose sĂ©mantique d’un terme qui n’a rien perdu de sa saveur plurielle et polĂ©mique, voici 6 grands chapitres complĂ©tĂ©s par 20 textes sĂ©lectionnĂ©s en annexe qui tĂ©moignent chacun d’une posture intellectuelle et esthĂ©tique spĂ©cifique. Les diverses approches permettent ainsi d’envisager le romantisme de Haydn et de Mozart, la rĂ©ception particulière du romantisme par Mompou, la musique du paysage romantique, les romantismes de l’Ossiniasme et du mĂ©diĂ©valisme, comment fut reçu (et compris donc interprĂ©tĂ©) le romantisme allemand, le cas Berlioz, l’exemple emblĂ©matique de La Fantastique de Berlioz et du Guillaume Tell de Rossini…
VariĂ©e, documentĂ©e, le plume d’Emmanuel Reibel plutĂ´t que d’Ă©puiser son sujet, l’ouvre au contraire, le fait respirer, lui restitue son essence flottante et d’autant plus riche.  Captivant.

 

Emmanuel Reibel : Comment la musique est devenue romantique, de Rousseau à Berlioz. Collection Les chemins de la musique, Éditions Fayard. EAN :  9782213678498. Parution : le 23/10/2013. 464pages. Format : 135 x 215 mm. Prix public TTC: 25.00 €