DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, … Pappano / Caurier Leiser / ROH, 1 DVD Opus Arte, 2017)

caurier-et-leiser-duo-de-metteurs-en-scene-a-lopera-par-classiquenews-pour-angers-nantes-opera-saison-2017-2018-couronnement-de-poppee-octobre-2017-Patrice-Caurier-et-Moshe-LeiserDVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, … Pappano / Caurier Leiser / ROH, 1 DVD Opus Arte, 2017). A Covent Garden, la Butterfly du duo de metteurs en scène, Patrice Caurier et Moshe Leiser, passionnément suivis à Angers Nantes opéra sous la direction de Jean-Paul Davois, offre une apparente simplicité qui du reste, sainte vertu de nos jours, demeure lisible, laissant la part belle à la sublime musique puccinienne.

 
   
 
 
 

ROH Covent Garden, 2017

Un Puccini rageur et dépressif
grâce à l’équation JAHO / PAPPANO

 
 
 

PUCCINI butterfly pappano jaho puente leiser caurier critique opera dvd classiquenews opus arteLes metteurs ajoutent en filigrane une réflexion sur la fragilité du rêve de Cio Cio San qui croit au simulacre de ce mariage arangé auquel sa jeunesse naïve s’accroche comme à une vocation. Les noces de Butterfly sont en pacotilles pour tous, sauf dans le cœur de ce papillon trop délicat. Rêve éperdu de la geisha (de 17 ans), exercice exotique de l’officier américain… l’écart est bien souligné et la carte postale japonisante de Puccini a parfaitement creusé son lit cynique et ironique jusqu’à la tragédie du suicide qui clôt ce drame domestique.
Les metteurs en scène n’en rajoutent pas : ils restent à hauteur d’yeux de Cio-Cio-San, humble servante d’une parodie nuptiale à moindres frais.
Car l’intensité et la vérité se concentrent assurément dans le jeu tout en nuances et incarnation profonde de la soprano albanaise Ermonela Jaho ; la cantatrice est actuellement une somptueuse et déchirante Traviata, et sa Butterfly britannique de 2017, frappe elle aussi par ce jeu intime, cette caractérisation qui surgit de l’intérieur, exprimant tous les replis d’une psyché en traumatisme, déchirée par la douleur et l’abandon. L’expressivité et le relief d’un chant pas toujours très juste saisissent cependant par leur justesse et l’intelligence de l’intonation.
Et son falot de faux mari Pinkerton ? Marcelo Puente es techniquement trop juste (aigus serrés et vibrato systématisé) : le ténor sait cependant exprimer un léger trouble car il se prend au jeu de cette mascarade des plus cyniques. Le jeu de dupe n’en est que plus amer quand la pauvre fille comprend qu’elle a été trompée, abandonnée.
CLIC D'OR macaron 200
deshong elizabeth suzuki butterfly puccini review critique classiquenews DVD OPUS ARTE covent gardenRien à dire à la Suzuki moelleuse et maternelle, d’Elizabeth
DeShong
: la mezzo partage avec Jaho, une intelligence dramatique qui éblouit de bout en bout, elle éclaire leur duo, immense dignité et sincérité dans la solitude, le dénuement, et la misère. Saluons enfin Carlo Bosi, Goro impeccable et lui aussi très juste. Enfin dans la fosse, Antonio Pappano, maître des troupes du Covent Garden, sait foudroyer, nuancer quand il faut, par saccades millimétrés : on sait que le chef affectionne la direction éruptive et expressionniste ; ses Puccini sont de ce point de vue toujours très efficaces. Il fait parler et crier l’orchestre avec une rare intensité. Voici donc une production loin d’ennuyer. Bien au contraire. A voir indiscutablement.

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DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly. Jaho, DeShong, Puente, … Pappano / Caurier Leiser / ROH Covent Garden, 1 DVD Opus Arte, 2017

 
 
   
 
 

PUCCINI : Madama Butterfly
Trag̩die japonaise en trois actes, livret de Giuseppe et Giacosa et Luigi Illica РCr̩ation, Scala de MIlan, le 17 f̩vrier 1904
Mise en scène: Moshe Leiser et Patrice Caurier

Cio-Cio-San : Ermonela Jaho
Pinkerton: Marcelo Puente
Sharpless: Scott Hendricks
Suzuki: Elizabeth DeShong
Goro: Carlo Bosi
Le Bonze : Jeremy White
Yamadori: Yuriy Yurchuk
Kate Pinkerton : Emily Edmonds
Le commissaire impérial : Gyula Nagy

Royal Opera Chorus
Orchestra of the Royal Opera House
Antonio Pappano, direction

Enregistrement réalisé au ROH, Covent Garden le 30 mars 2017

1 DVD Opus Arte OA 1268 D – 2h8mn + bonus : 11 mn

 
 
 

 

OPERA événement. ANGERS, Grand Théâtre : dernière à 14h ce jour, du Don GIOVANNI de Mozart par le duo Caurier / Leiser

bandeau-giovanniOPERA événement. ANGERS, Grand Théâtre : dernière à 14h ce jour, du Don GIOVANNI de Mozart par le duo Caurier / Leiser. CHOC VISUEL  : ACIDE, électrique, un DON GIOVANNI au scalpel à ANGERS. Servie par un cast de jeunes chanteurs à l’incisive sensibilité, la nouvelle production de Don Giovanni présentée par ANGERS NANTES OPERA est un moment de théâtre sulfureux et percutant. Décapante et glaciale, la vision développée ici analyse la figure du Séducteur avec une froideur clinique, sous la brûlure constante d’un éclairage froid et direct (façon interrogatoire, comme leur Tosca pour le même Théâtre), curieux de décrypter chaque jalon d’une descente aux enfers, celle d’un érotomane nocturne, junky cynique, porté à l’autodestruction… les amateurs de perruques XVIIIè, de costumes et décors façon Losey seront surpris : Patrice Caurier et Moshe Leiser s’entendent à moderniser l’action (comme ils l’avaient fait du Falstaff de Verdi) ; ils développent leur regard aigre, caustique, acerbe sur leurs sujets, au pied d’un immeuble style HLM (porte vitrée et interphone en prime…).

Inutile de souligner combien fidèle à la ligne artistique défendue par le directeur d’Angers Nantes Opéra, Jean-Paul Davois, la nouvelle production de ce Don Giovanni ne laisse pas indifférent, en replaçant le dispositif théâtral au coeur du spectacle, en dévoilant sous le projecteur les corps des acteurs-chanteurs au devant de la scène… Jamais vous n’aurez vu et rédécouvert le fameux duo Là ci darem la mano entre Don Giovanni et sa jeune proie Zerlina, de cette façon, traité avec une telle impudeur suggérée, a contrario de bien des scènes ailleurs de pure séduction … en comparaison souvent minaudante ; jamais la dernière scène, empoignade entre le décadent chevalier et le Commandeur moralisateur et juge, n’aura été traitée de façon aussi brûlante et trash : la vision ultime d’un drogué trop tôt usé par sa délirante obsession du sexe.

 

 

 

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L’engagement du chef (Mark Shanahan) dans la fosse comme l’implication des jeunes chanteurs expriment surtout l’élan du désir, l’écoulement d’un érotisme acide, conçu comme une lame de fond ou la coulante lave d’un volcan destructeur. Parmi les solistes Don Giovanni et son double complice Leporello composent comme un monstre à deux visages, d’une irrésistible tension érotique : rien ne résiste à leur aimantation trouble, duplicable et gémellaire ; respectivement John Chest et l’excellent Ruben Drole incarnent les intentions des deux metteurs en scène avec une justesse de ton et une évidence vocale saisissantes ; offrant deux couleurs mâles et viriles d’une exceptionnelle vérité. A leurs côtés, et sur un même plan de séduction comme de conviction dramatique, l’Ottavio (fin et élégant) de Philippe Talbot, surtout l’étonnante Donna Elvira de la soprano Rinat Shaham (pourtant déclarée souffrante le soir de notre présence) se distinguent eux aussi très nettement par un caractérisation intérieure qui nourrit leur individualité respective. Dernière aujourd’hui, à 14h, Grand Théâtre d’Angers. Incontournable.

 

 

 

ANGERS, Grand Théâtre. Don Giovanni de Mozart, dernière ce jour, dimanche 8 mai 2016 à 14h. Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scène.

 

 

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

 

Illustrations : Leporello et Don Giovanni (scène finale) : Ruben Drole et John Chest / © Jef Rabillon / Angers Nantes Opéra 2016
— Donna Elvira et Don Giovanni, duo électrique sous le projecteur : Rinat Shaham et John Chest / © Jef Rabillon / Angers Nantes Opéra 2016

Compte rendu, opéra. Nantes, Théâtre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser

Compte rendu, opéra. Nantes, Théâtre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser. ”Pass’d the point of no return, the final threshold  The bridge is crossed, so stand and watch it burn!” Charles Hart – Dom Juan triumphant (The Phantom of the Opera) Dans la comédie musicale sur le Fantôme de l’Opera signée Andrew Lloyd Weber, le terrible monstre mélomane qui terrorise le Palais Garnier écrit et impose son opera, “Dom Juan Triumphant”. Pendant le paroxysme de cette création, il se glisse dans le costume du héros pour enlever la chanteuse Christine dont il est follement épris, le duo “Pass’d the point of no return” est d’une inquiétante étrangeté.  “Inquiétante étrangeté” est l’effet que cette nouvelle mise en scène du Don Giovanni de Mozart nous provoque.

 

 

Don Giovanni fascinant, auto destructeur

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Les temps modernes veulent en effet que les adaptations, plus ou moins réussies, des Å“uvres du répertoire soient parfois d’un réalisme tel qu’il tend à nous faire bondir de notre siège de paisibles spectateurs du divertissement. Don Giovanni est un jouisseur invétéré et égoïste, c’est un fait ; mais sa damnation est finalement plus un châtiment moral et divin qu’un aboutissement d’une quête autodestructrice.  Pour cette mise en scène, Patrice Caurier et Moshe Leiser parient sur un Don Giovanni fascinant et auto-destructeur. En somme, Don Giovanni est un caïd de banlieue drogué et excessif, qui attire et qui révulse. Finalement en mettant en scène l’action dans un immeuble quelconque, ce drame moral en devient un fait divers digne des journaux télévisés du week-end. Bonnes idées de base mais cette production demeure assez névrotique malgré tout. Une bonne idée est de rendre Leporello beaucoup plus consistant que le rôle de valet complice. On retrouve un personnage fasciné par Don Giovanni,  complice même charnellement, une réelle bonne idée bien transmise dans le jeu excellent de Ruben Drole. Or c’est aussi là que ça cloche : la monstration du sexe sur scène est excessive et sans aucune subtilité ; quasiment tous les airs sont prétexte à des ébats (or Don Ottavio et Donna Anna) allant jusqu’à la sodomie. On arrive à se demander si cette monstration est un banalisateur pour choquer le bourgeois et faire plaisir au spectateur de télé-réalité ? Finalement on peut plutôt y ressentir un certain malaise. De même la fin, ou l’on retrouve un Don Giovanni au paroxysme de son excès (scène de banquet au sandwich Sodebo et whisky eco+, sodomie de Leporello, cocaïne…) et finalement le pauvre Commandeur, dans la vision de messieurs Caurier et Leiser perd sa figure statuaire et terrible pour devenir une simple allucination issue d’une piqure d’héroïne. En effet, ici Don Giovanni ne tombe pas dans les enfers mais meurt d’une overdose; ce qui revient à faire mourir au XVIIIeme siècle Don Giovanni d’une indigestion.  Outre cette mise en scène qui mêle excellentes idées et visions moins heureuses, la direction d’acteurs est mitigée par le talent des uns et des autres, le couple Don Giovanni (John Chest) et Leporello (Ruben Drole) se détachant largement. Côté musique, l’Orchestre National des Pays de Loire trouve les couleurs de Mozart à son aise surtout sous la baguette formidable de Marc Shanahan. Ce chef est sublime de dynamisme, gardant le rythme, la narration, les nuances. Côté plateau, le choix des solistes est un peu déséquilibré. John Chest est un Giovanni incroyable de jeunesse, de beauté, et de fougue. Il est inénarrable dans la séduction et le cynisme, excellent acteur, il donne un relief incroyable au travail complexe de banalisation du personnage pour le rendre proche de notre monde. Vocalement il demeure correct même si ça et la, on aurait souhaité plus de nuances. Le Leporello de Ruben Drole est remarquable dans l’émotion et notamment à la fin, il émeut jusqu’aux larmes. Cependant vocalement il demeure un peu en retrait, avec une voix quelque peu monochrome.  Troisième splendeur de la soirée l’incroyable Elvira de Rinat Shaham. Nuancée, puissante et terriblement attachante, ses phrases ont une élégance envoûtante et la vocalise mozartienne n’a aucun secret pour elle. Bravo mille fois à cette interprète formidable et encourageons les ensembles et les directeurs d’opéra à lui offrir des occasions de nous surprendre encore. Tout pareil la Zerlina de Elodie Kimmel est d’un raffinement notable, dégageant cette innocence équivoque et une belle détermination inhérentes au rôle. Le Masetto de Ross Ramgobin est correct mais sans beaucoup de souplesse. La Donna Anna de Gabrielle Philiponet déçoit par une forte tension dans l’aigu et une interprétation monochrome qui ajoute à la froideur virginale de son rôle. Le Ottavio de Philippe Talbot est sans fard et assez ennuyeux. Son jeu est tout aussi décevant puisqu’il en est inexpressif. C’est dommage, surtout que son “Dalla sua Pace” est beau et plein d’émotions. Le Commandeur de Andrew Greenan est correct. Ce Don Giovanni Nantais nous rappelle dans une course folle à l’excès que nous sommes bien plus proches des Dom Juan que nous ne voulons l’admettre. Cependant, le “point de non retour” est lors du déni de notre propre libre-arbitre, le cynisme de voir la limite et de la toucher du bout des doigts. Finalement ce Don Giovanni avec ses excès et ses imperfections est loin de laisser indifférents et gageons que c’est ce qui constitue la plus grande beauté de cette production. A Nantes les 6, 8, 10 et 12 mars 2016, puis à Angers les 4, 6 et 8 mai. www.angers-nantes-opera.com)

 

Don Giovanni de WA Mozart à Nantes

Don Giovanni           John Chest
Le Commandeur         Andrew Greenan
Leporello                    Ruben Drole
Donna Anna                Gabrielle Philiponet
Don Ottavio                Philippe Talbot
Donna Elvira                Rinat Shaham
Masetto                      Ross Ramgobin
Zerlina                           Élodie Kimmel
Choeur d’Angers Nantes Opéra
Direction Xavier Ribes

Orchestre National des Pays de la Loire.
Direction musicale: Mark Shanahan
Mise en scène: Patrice Caurier et Moshe Leiser

Compte rendu, opéra. Nantes, Théâtre Graslin, le 6 mars 2016. Mozart : Don Giovanni. John Chest, Rinat Shaham…Mark Shanahan. Patrice Caurier et Moshe Leiser. Illustration : Jeff Rabillon © Angers Nantes Opéra 2016.

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le 7 avril 2014. Gioacchino Rossini : Otello. John Osborn, Cecilia Bartoli, Edgardo Rocha, Barry Banks. Jean-Christophe Spinosi, direction musicale. Moshe Leiser et Patrice Caurier, mise en scène

otello BartoliOtello ou Desdémone ? Trois ans et demi après une exécution de concert avec les forces lyonnaises, le Théâtre des Champs-Elysées accueille à nouveau l’Otello rossinien, mais cette fois en version scénique, dans une production venue de l’Opéra de Zurich.
Emmenée avec fougue par Cecilia Bartoli, qui incarne la tendre et fière Desdémone, cette mise en scène – immortalisée par un DVD – permet à la diva italienne sa première apparition depuis longtemps dans la capitale avec un rôle complet. La salle est comble, l’atmosphère électrique.
Evacuons d’emblée le sujet délicat : la direction de Jean-Christophe Spinosi et son orchestre en mauvaise forme.
Trac de cette première représentation ou manque de répétitions, on déplore un Ensemble Matheus à la sonorité sèche et acide, sans galbe ni volupté, et aux vents défaillants, notamment des cors naturels multipliant les ratés. A sa tête, le chef paraît peiner à trouver le pouls de cette musique, la cantilène rossinienne ne se déployant jamais pleinement, le rubato des grandes cantilènes semblant souvent problématique à soutenir. Seule la dernière scène, à l’écriture regardant vers l’avenir, multipliant les traits inquiétants, prend d’un coup une force dramatique absente jusqu’ici, mettant en lumière les tensions qui sourdent et ne demandent qu’à éclater.
La mise en scène imaginée par Moshe Leiser et Patrice Caurier fonctionne parfaitement, situant l’action à une époque moderne indéterminée et mettant l’accent sur le racisme dont est victime Otello, propos parfaitement d’actualité.
De l’antichambre d’une salle de réception officielle où les rancœurs à l’encontre du général Maure se déversent, à un café où le combattant solitaire retrouve un semblant de paix à l’ombre de ses racines, tout dans la scénographie fait sens, pour culminer dans la chambre de Desdémone avec un affrontement final presque bestial, d’un grand impact scénique.
Opéra de ténors, cette œuvre en requiert pas moins de trois. Le plus sinueux, le perfide Iago, semble convenir idéalement au timbre très particulier de Barry Banks, par ailleurs vaillant et aux aigus acérés.
Le Rodrigo d’Edgardo Rocha éblouit par son accroche haute et le rayonnement de sa voix, incarnant avec fougue cet amant déçu, mais demeure prudent dans les agilités qu’il détimbre souvent et négocie prudemment. Plutôt que Rossini, on imagine davantage ce jeune ténor dans le répertoire bellinien – il ferait un magnifique Arturo dans les Puritains – et donizettien – Nemorino dans l’Elixir doit lui convenir à merveille –.
Fidèle interprète du rôle-titre, John Osborn affronte crânement une tessiture impossible, et s’il n’est pas le baritenore exigé par la partition, sa performance est à saluer bien bas, tant la voix sonne avec franchise, l’aigu avec aisance et la vocalisation avec naturel. En outre, il se montre particulièrement à l’aise dans cette production qu’il connaît bien, et offre une très belle prestation de comédien.
Aux côtés de l’excellent Elmiro de Peter Kalman et d’un Doge très crédible de Nicola Pamio, l’Emilia de Liliana Nikiteanu, toute de tendresse maternelle, demeure la seule part de douceur dans cet univers exclusivement masculin, dur et inflexible.
Très attendue dans cette Desdémone, Cecilia Bartoli se déchaîne et s’en donne à cœur joie sans pourtant jamais tirer la couverture à elle, faisant admirer avec maestria l’évolution du personnage tout au long de la soirée, portée par une détermination sans faille. Toutes les difficultés du rôle sont surmontées comme autant de défis, et si sa vocalisation aspirée nous laisse toujours aussi perplexes, on ne peut que s’incliner devant un air du Saule littéralement murmuré et flottant en apesanteur, démontrant l’art d’une très grande musicienne.
Une soirée inégale, mais qui aura permis au public parisien de renouer avec cet ouvrage trop peu joué et pourtant digne de figurer aux côtés de son homonyme verdien.

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 7 avril 2014. Gioacchino Rossini : Otello. Livret de Francesco Maria Berio d’après la tragédie éponyme de William Shakespeare. Avec Otello : John Osborn ; Desdemona : Cecilia Bartoli ; Rodrigo : Edgardo Rocha ; Iago : Barry Banks ; Elmiro : Peter Kalman ; Emilia : Liliana Nikiteanu ; Le Doge : Nicola Pamio ; Un gondolier : Enguerrand de Hys. Chœur du Théâtre des Champs-Elysées ; Chef de chœur : Gildas Pungier. Ensemble Matheus. Direction musicale : Jean-Christophe Spinosi. Mise en scène : Moshe Leiser et Patrice Caurier ; Décors : Christian Fenouillat ; Costumes : Agostino Cavalca ; Lumières : Christophe Forey