Judith Triumphans de Vivaldi

Antonio_VivaldiRADIO,NPO radio4, VIVALDI : Judith triumphans, sam 16 fev 2019, 19h. Voilà un nouvel exemple de la furià vivaldienne dans le registre de l’oratorio. Judith triomphante est le seul des trois oratorios qui nous soit parvenu. Créé à l’Ospedale de La Pièta en 1716, la partition concentre le meilleur du génie lyrique et dramatique vivaldien. La genèse et le concert de création sont assez bien documentés car l’œuvre participe à une célébration politique, la victoire de Petrovaradin, terme victorieux de la 6è guerre contre les turcs. Véritable drame sacré, l’oratorio de Vivaldi se prête très bien à une mise en scène, tant l’explicitation des situations, la diversité des airs et des caractères qui sont exprimés, se rapprochent de l’opéra.
Occupée par les troupes de Nabuchodonosor, que dirige le général Holopherne, la ville juive de Béthulie implore la pitié des conquérants : l’une de ses citoyennes, la plus courageuse, la jeune veuve Judith, entreprend de séduire Holopherne et vaincre les troupes d’assiégeants. Vivaldi raconte musicalement, la visite de Judith chez Holopherne, lequel tombant amoureux d’elle, organise illico un banquet. Profitant du sommeil du général (Partie II), la veuve le décapite, aidée par sa fidèle servante, Abra. A l’ardeur fragile de la jeune femme répond l’expérience de la femme plus mûre, selon un canevas contrasté que les peintres dont Caravage, ont approfondi au début du XVIIè.
Le personnage héroïque de Judith, en réalité la ville de Venise, triomphatrices des turcs, est exalté, commenté, encouragé par le grand prêtre hébreu Ozais ; mais aussi célébré par le chœur des vierges de Béthulie qui souligne le courage exceptionnel de celle qui va libérer la ville des Babyloniens.
En Judith s’incarne l’esprit de résistance face au tyran et à toute forme d’oppression. D’abord féminine et proie du doute, le jeune femme s’endurcit et guerrière, révèle sa nature de combattante.

 

 

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judith holopherne vivaldi caravage oratorio concert critique classiquenewsA Amsterdam, Andrea Marcon dirige son ensemble sur instruments d’époque, La Cetra Barockorchester Basel. La mezzo Gaelle Arquez chante le rôle de Judith, et Teresa Iervolino, celui d’Holopherne. Le metteur en scène Floris Visser transpose l’action à l’époque de la seconde guerre mondiale : ici Holopherne est un officier de la Wermacht; il cite même le tableau de Caravage « Judith et Holopherne » dans le décor. Distribution complète : Gaelle Arquez (Judith) / Teresa Iervolino (Holopherne), Vasilisa Berzhanskaya (Vagaus), Francesca Ascioti (Ozias), Polly Leech (Abra). La Cetra Barockorchester Basel (direction : Andrea Marcon)

  

 

LIRE aussi sur le site du DNO Dutsch National Opera / Opéra national Néerlandais, Amsterdam, la présentation de cette nouvelle production de Judith de Vivaldi mis en scène : https://www.operaballet.nl/nl/opera/2018-2019/voorstelling/juditha-triumphans

 
 

 

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RADIO, NPO4 radio : VIVALDI, Judith Triumphans, Amsterdam, Dutch National Opera & Ballet, 2019 (durée 2h50) et à partir du jeudi 28 février, sur Operavision

 

 

NPO4 radio :
https://www.nporadio4.nl/ntroperalive/uitzendingen/624531:2019-02-16-ntr-opera-live

 

 

OPERA VISION
https://operavision.eu/fr/bibliotheque/spectacles/operas/juditha-triumphans

 

 

POITIERS : Elias de Mendelssohn

mendelssohn elias cd felix-mendelssohn-bartholdy_jpg_240x240_crop_upscale_q95POITIERS, TAP. Le 14 fév 2091. MENDELSSOHN: ELIAS. Philippe Herrewghe s’intéresse au génie oratorien de Mendelssohn, un aspect finalement peu connu de son écriture, du moins en France (en Allemagne il en va tout autrement) ; on connaît davantage ses symphonies, ses concertos, ouvertures et poèmes symphoniques, sans omettre évidemment l’inusable musique du Songe d’une nuit d’été / Midsummer Light’s dream, si respectueuse de la poésie nocturne et amoureuse de Shakespeare.

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MENDELSSOHN : ELIASboutonreservation
POITIERS, TAP (Auditorium)
Jeudi 14 février 2019, 19h30

Philippe Herreweghe, direction
Christina Landshamer soprano
Gerhild Romberger mezzo-soprano
Werner Güra ténor
Andrè Schuen baryton
Felix Mendelssohn Elias op. 70, oratorio en deux parties

2h30 dont entracte
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/mendelssohn/

 

 

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Présentation
Tizian, Verklaerung Christi - Titian / Transfig.of Christ / c.1560 - Titien / Transfiguration du ChristUN PROPHETE INSPIRÉ PAR DIEU... Cecil B. DeMille avait choisi Moïse pour son chef-d’œuvre, Mendelssohn, Élie pour le sien. Il faut dire que musicalement et dramatiquement, l’histoire du prophète réserve, elle aussi, quelques moments de bravoure et d’émotion : Élie fait venir la pluie après vingt ans de sécheresse, Élie ressuscite l’enfant de la veuve, Élie confond les faux prophètes et les foudroie. Le chœur participe à l’action mais se met aussi en retrait pour méditer sur la grandeur de Dieu. Quinze ans avant la création d’Elias, Mendelssohn avait ressorti des cartons et exposé à l’admiration de tous la Passion selon saint Matthieu de Bach, ignorée pendant un siècle. Pouvait-il trouver meilleure inspiration ? / Illustration : TITIEN : La Transfiguration du Christ (1565), église San Salvador. Jésus transfiguré est entouré des prophètes (Moïse et ses tables de la loi ; Elie dont les 3 disciples sont allongés, comme terrifiés au sol, se protégeant de la lumière éblouissante et miraculeuse…

 

 

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ELIAS : la veine sacrée, oratorienne de MendelssohnUN ORATORIO POETIQUE ET SPIRITUEL… Après le succès remporté par son Paulus, Felix Mendelssohn (1809-1847) compose son dernier grand chef-d’œuvre, l’oratorio Elias, en 1846. Le livret s’appuie sur le portrait que fait le récit biblique du prophète Élie, au premier livre des Rois, ainsi que sur d’autres textes bibliques (Esaïe, Psaumes, …). Personnage d’une vraie dimension épique, passionné et volontaire, Élie évolue au fil de l’oratorio gagnant en confiance, se révélant à lui-même et prenant conscience de sa foi dans un rapport de plus en plus sobre et intense à Dieu (idéalement exprimé dans les citations à la flûte et surtout et au hautbois : arioso « Ja, es sollen wohl Berge weichen »., dans l’acte II)… Créé au festival triennal de musique de Birmingham (avec pas moins de 400 exécutants), le drame édifiant, est joué chaque année de 1840 à 1930 lors du Three Choirs Festival. Il faut une grande expérience des effectifs importants et aussi un sens de la dentelle instrumentale autant que vocal (chez les choeurs que chez les solistes) pour réussir l’interprétation de ce défi dramatique et sacré. Inscrit dans l’avant dernière année de la courte carrière de Mendelssohn, l’ouvrage ainsi conçu dévoile les dernières recherches du génial Felix, conteur épique autant que fin portraitiste : le portrait d’Elie/Elias revêt dans le cours de l’action, une humanisation de plus en plus admirable, vertueuse et lumineuse. La progression en est l’élément moteur. L’humain et le divin, l’histoire et la prière individuelle se résolvent et fusionnent dans cette vaste peinture musicale particulièrement ciselée.
En témoignent aux côtés des airs du héros, les sections dévolues surtout dans la partie 2, à la soprano (« Höre Israel » air inaugural qui est le plus long : plus de 5mn), et au ténor.
Après l’ouverture fuguée à la Bach, se succèdent en une narration libre et animée, 42 numéros qui racontent le défi du prophète Elie lancé à la face des prêtres de Baal: le héros, en saint miraculeux y guérit le fils d’une veuve, et critique sans ménagement le roi d’Israël, Ahab, comme il réprimande la reine Jézabel. Mais celle-ci soulève son peuple contre le suractif prophète… qui démontre sa filiation divine et miséricordieuse en obtenant la pluie tant espérée (elle n’était pas tombée depuis 3 années), sur le Mont Carmel. Elie, ardent défenseur et proclamateur du monothéisme en des temps chaotiques et barbares, incarne aussi la détermination provocatrice de l’homme désireux d’élever ses semblables: le Prophète n’hésite pas à secouer la somnolence du peuple élu: “Jérusalem, toi qui tues tes prophètes!“. En cela, Elie préfigure cet autre prophète, Jochanaan, qui lui aussi châtie sans mesure l’impie, la corruption, la paresse, tous les vices de ses semblables… Ayant achevé son oeuvre, Elie rejoint le ciel sur un char de feu, au moment où le choeur admiratif entonne un hymne en l’honneur de cet homme admirable qui sut leur montrer la voie par ses actions de grâce.
La ferveur électrique, grandiose et sublime sans jamais de solennité ni de pompe d’un Mendelssohn finalement très schumannien, se déploie ici dans un théâtre sacré qui exalte la tendresse et comme Schumann, un élan de l’âme, viscéralement ascendant, de plus en plus solarisé. Berlioz lors de la reprise d’Elias en 1847, fut saisi par sa grandeur et son humanité. La magie se réalisera-t-elle à Poitiers grâce à Philippe Herreweghe et entre autres, son fabuleux orchestre des Champs Elysées, phalange idéale sur instruments anciens.

 

 

 

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LIRE aussi notre critique du cd ELIAS de MENDELSSOHN par Thomas Hengelbrock, DHM 2016
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-mendelssohn-elias-1846-hengelbrock-2016-dhm/

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CD, critique. Mozart: Die Schuldigkeit des ersten Gebots (Classical Opera / Ian Page, 2cd Signum classics 2012)

Mozart Die Schuldigkeit des ersten Gebots cd critique cd review par classiquenewsCD, critique. Mozart: Die Schuldigkeit des ersten Gebots (Classical Opera / Ian Page, 1 cd Signum classics). Résurrection sincère… On ne saura trop louer l’initiative du chef britannique Ian Page, fondateur en 2017 de la compagnie (orchestre et chanteurs), The Mozartists, dont le nom indique l’expression et la réalisation d’une passion, idéalement maîtrisée, la musique de Mozart : symphonies, cantates, oratorios, etc… et aussi l’opéra, genre privilégié pour lequel Ian Page a fondé un collectif désormais dédié « Classical Opera ». Après Apollo e Hyacinthus (mai 2012), voici un drame peu connu d’une poésie exceptionnelle aux thèmes graves et d’une finesse insoupçonnée (comme souvent chez Wolfgang). Die Schuldigkeit des ersten Gebots / Le devoir du Premier Ordre ainsi révélé (enregistré à l’été 2012), fait partie du cycle intégral dédié aux oeuvres de Mozart, une collection de performances données en public et objets d’enregistrements jusqu’au 250è anniversaire de la mort de Mozart soit en … 2041. Une Odyssée qui se construit peu à peu – comme celle dédiée à Haydn (et réalisée par le chef Giovanni Antonini et le label Alpha), et qui nous offre régulièrement de superbes surprises : l’implication collective, le sens du détail, du drame, de l’articulation en général (musique et texte) suscitent l’enthousiasme.
C’est le cas ici de cette résurrection du premier drame composé par Mozart à … 11 ans (1767).
L’oratorio met en scène le Christ qui doute, auquel apparaissent 3 allégories : l’esprit du christianisme, la Justice divine, la Miséricorde divine.
Christianisme et Justice défendent l’impact du Jugement dernier et de l’Enfer pour guider l’âme chrétienne. Mais celle ci succombe aux délices et promesses évoquées par l’Esprit matérialiste. Le Christianisme n’entend pas céder un pouce et comme un docteur, argumente, explicite, accompagne dans ses doutes, puis convainc le chrétien.
La musique des parties 2 et 3 a hélas disparu : il s’agissait des dernières tentatives de l’esprit chrétien pour sauver l’âme qui doute ; comparé à un arbre vert mais stérile, sans fruits, sans foi. Dans la partie 3, l’âme chrétienne a vaincu ses propres démons ; sa vanité et son orgueil : pleine d’humilité et de contrition, le chrétien nouveau repousse les plaisirs illusoires et si vain du matérialisme.
On peut être étonner de la gravité doctorante du sujet qui produit chez le jeune Mozart, tout sauf une musique discursive, aride et ennuyeuse.

La vivacité de l’écriture y est amplifiée par une lecture pleine de vie et d’ardeur (l’activité de l’esprit chrétien électrisé, tenace pour sauver l’âme de celui qui doute). Propre aux années 1760, Wolfgang fusionne la coupe répétitive des napolitains et la nervosité profonde des cordes dans l’esprit de Mannheim. Le souvenir des oratorios germaniques, ceux des fils de JS BACH, en particulier de Carl Philip Emanuel est présent, dans une langue ciselée (récitatif) et l’intensité orchestralement raffinée des arias.

Les solistes s’efforcent tous : engagés à défaut d’être réellement fins et nuancés, vivants sans maniérisme ni surenchère ; car si nous sommes au théâtre, l’église et la dignité morale qui nourrissent l’enjeu final, sont essentielles.
L’esprit du christianisme a la verve discursive et l’ éloquence facile (le ténor Andrew Kennedy, fin, linguistiquement percutant, le plus inspiré de la troupe) ; la Miséricorde souvent associée aux cors majestueux, un rien solennels (Sarah Fox, mezzo) s’exalte, s’enivre… ; l’Esprit matérialiste a toute les séductions trompeuses grâce à la coloratoure sûre de la soprano Sophie Bevan, familière de la troupe fondée par Ian Page (elel chante Zaide et le récital « Perfido! » avec un aplomb spectaculaire : la sincérité et l’intensité du chant font mouche.

Dès son premier air, qui vient en fin de première partie (fin du cd1), soit après l’exposition des toutes les allégories, le Christ ou l’âme qui doute trouve dans le chant du ténor Allan Clayton, une incarnation à la fois vivante et tourmentée, parfois tendue (avec cor naturel obligé), voire raide et légèrement fausse, qui manifeste les doutes, les efforts, la peine et l’inquiétude, les doutes qui étreignent son esprit fragile.
Moins convaincante aussi la Justice divine (Cora Burggraaf au timbre pincé voire trop étroit, acide, voix courte) est plus contournée… donc plus bancale.

Malgré ses petites réserves, nous bénéficions d’une tenue collective très investie qui a le mérite d’aborder l’oeuvre à travers ses climats intérieurs ; le doute étant lové au coeur de son architecture et des caractères de chaque pièce. Ian Page dévoile chez le Mozart adolescent, une maturité, un sens des couleurs, une intelligence dramatique qui force l’admiration. La partition certes incomplète, prépare l’oratorio parfait, La Betulia Liberata (1771)… animé par un souffle permanent, une ivresse d’un nouveau raffinement (l’oeuvre est-elle prévue prochainement dans le planning des réalisations de Ian Page ? A suivre…).

BONUS : le cd2 comprend outre les derniers airs de l’oratorio de 1767, un documentaire vidéo sur les conditions et la genèse de l’enregistrement… A voir absolument pour comprendre la maturation et l’évolution du langage musical du jeune Mozart.

 
 
 

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CD, critique. Mozart: Die Schuldigkeit des ersten Gebots . Le Devoir du Premier Ordre, 1767 (Classical Opera / Ian Page, 2012 – 2 cd Signum records).

 
 
 

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Haendel : Bellezza contre le temps et la désillusion

nattier-haendel-handel-portrait-jean-marc-nattier-portrait-of-francis-greville,-baron-brooke,-later-1st-earl-of-warwick-(1719-1773)France Musique. Mercredi 6 juillet 2016, 22h. Handel : Il trionfo del tempo e del disinganno. Le jeune Haendel romain, vedette du festival d’Aix 2016. L’oratorio en deux parties que le jeune Haendel – âgé de 22 ans, livre en Italie en 1707 est une personnalité européenne venu à Rome enrichir sa propre expérience et aussi démontrer combien il maîtrise au début du XVIIIè, la langue sensuelle et conquérante de la Contre Réforme. Sur le livret du Cardinal Benedetto Pamphili, Il Trionfo est une succession d’airs électriques, exigeant des solistes une habilité virtuose exceptionnelle, entre expressivité dramatique, et subtilité d’intonation. Soit de vrais chanteurs d’opéras. C’est une annonce directe de ce que fera le génie saxon, plus tard à Londres, après avoir échoué à affirmer son métier dans le genre de l’opéra sedia : Il trionfo désigne cet oratorio anglais bientôt à naître et remarquablement déployé dès la fin des années 1730. Mais ici, à Rome, le jeune compositeur apprend et perfectionne sa langue dramatique et poétique.

 

 

haendel handel classiquenewsBEAUTE / BELLEZZA s’enivre d’elle même… 4 personnages allégories se confrontent, exprimant les diverses élans et désirs de l’âme humaine; Bellezza (beauté), Piacere (Plaisir), Disinganno (désillusion) et Tempo (Temps), tous imposent à l’homme les limites et les mirages d’une vie d’insouciance ; sans conscience ni morale, sans valeurs ni sagesse, une vie humaine est vaine, creuse, fût-elle belle, hédoniste. Le temps rattrape vite les élans du plaisir. Tout n’a qu’un temps et passe et s’efface. L’appel est lancé : l’âme doit être responsable. Ainsi la Beauté s’enivre d’elle-même… Si le sujet est sérieux et hautement moral, la forme musicale époustoufle par son raffinement, sa suprême élégance, l’invention des mélodies, la finesse et la subtilité de la langue orchestrale. Jamais le génie haendélien n’aura été aussi imaginatif, contrasté, sensuel et nerveux : le compositeur réutilisera d’ailleurs nombre de ses airs dans ses opéras futurs. Aix propose une version mise en scène par le polonais déjanté, souvent provocateur, en tout cas décalé, Krzysztof Warlikowski. La distribution elle suscite une adhésion immédiate :

Bellezza : Sabine Devieilhe*
Piacere : Franco Fagioli
Disinganno : Sara Mingardo
Tempo : Michael Spyres

Tous sont conduits par Emmanuelle Haim, à la tête de son ensemble Le Concert d’Astrée.

 

 

 

A l’affiche du festival d’Aix 2016 : les 1er, 4, 6, 9, 12 et 14 juillet 2016 / Théâtre de l’Archevêché, 22h. VISITER le site du festival d’Aix en Provence 2016

 

 

logo_france_musique_DETOUREDIFFUSION : en direct sur France Musique et France 2, le 6 juillet 2016 à 22h. Voici l’un des temps forts du festival d’Aix en Provence 2016, et non sans raison mais de façon confidentiel, la place du Baroque à Aix. Il reste dommage que les grands créateurs baroques lyriques, français ou italiens aient depuis des décennies – depuis la direction de Bernard Foccroule précisément, quitté le plateau de l’Archevêché. On se souvient des Orfeo ou Dido qui avaient pourtant enchanté les soirs étoilés du festival. Qu’en sera-t-il avec le nouveau directeur Pierre Audi ?

 

 

Illustration : évocation du jeune Haendel / Handel à Rome / Portrait de jeune homme Baron Brooke par Nattier (DR)

 

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana). Malgré des aigus qui dérapent dan se prologue la soprano fait une allégorie caractérisée invectivant, et prenant à témoin l’auditeur par la seule intensité de sa déclamation : voix longue et incisive qui impose un éclat en ouverture. L’Edita de Veronica Cangemi imposé un sens du texte et une très belle tenue accentuée malgré un timbre volée. La nobilta incandescente e lexcellentz soprano Francesca Aspromonte (jeune tempérament à suivre) accuse le relief d’une écriture très vocale car le génie de Stradella se dévoile surtout dans la conduite des récitatifs, vrais chantiers passionnants de cette intégrale en cours.
D’ailleurs on connaît l’engagement du continuiste Andrea De Carlo, soucieux d’une articulation juste et naturelle comme d’une intonation poétique Conforme à cette éloquence élégante et très sensuelle d’un Stradella maître de l’oratoirio du plein Seicento  (xvii ème Le très beau timbre racée fin de la basse bien chantante de Sergio Foresti complète un plateau de solistes très finement caractérisés.


STRADELLA-alessandro-stradellaSTRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE
. Après un cd très convaincant – malgré quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigé par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dédié aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inédit sur un sujet spécifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement écrite à Rome au début des années 1670 (reprises attestées en 1684 puis 1692). Créée en Italie lors du dernier festival Stradella à Nepi (probable cité natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en août 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance éblouit littéralement, sur le plan musical, grâce à une écriture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualité directe.

aspromonte francesca s200_francesca.aspromonteSur le plan artistique grâce à un plateau vocal qui réunit les jeunes talents du chant italien, l’Å“uvre peut scintiller par sa fine écriture expressive, soulignant le contraste né entre l’aspiration à la vie monastique et les tentations des séductions mondaines : entre les deux mondes, où penchera l’âme (faussement) tourmentée de la souveraine ? Ainsi rayonne l’irrésistible Francesca Aspromonte, Nobiltà (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rétablit aussi ce génie des récitatifs qui caractérise Stradella. Voici donc après La Forza delle Stelle (la Force des étoiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux réalisations au concert puis au disque critiquées par classiquenews-, un troisième oratorio stradellien d’une grande beauté, servi par de jeunes chanteurs très impliqués. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase émotionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au désir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontée à plusieurs allégories : Umiltà (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando Guimãraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…
Toujours un souci du verbe agissant, un relief déclamatoire qui force l’admiration. Et témoigne du niveau vocal et de l’exigence globale défendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

Voix usée et ligne continue mais contournée (ports de voix) qui n’a pas le mordant piquant des voix plus jeunes qu’elle, Veronica Cangemi déploie une belle ligne d’une fragilité touchante, dans la seconde partie, à l’expressivité juste, rendant à Edith ce profil vacillant, fébrile, en proie au doute existentiel, emblème édifiant de la condition humaine.
Chacune de ses confrontations avec les allégories (Bellezza, Senso, Grandezza, Nobilità) se fait prise de conscience sur la vanité de toute forme de plaisir terrestre et sensuel : fastes, pompe, plaisir, … saisissante révélation et leçon de réalisme que condense la question d’Editta, énoncée, dans la seconde partie comme un leit motiv avant chaque apparition : ” Dite su, piacer, che siete ?” / Dîtes-moi Plaisir, qui êtes vous ?”…
Autant de questions / réponses qui jalonnent un rite de passage, celui du renoncement, véritable école de l’adieu et qui culmine dans l’air d’Editta (n°40) : “L’orme stampi veloce il piè…” / Que les pas, vite, foulent le sol… Tout célèbre le choix moral de la Reine qui a su renoncer au pouvoir, aux futilités terrestres et matérielles.

Vraie tempérament grave et caverneux, la basse Sergio Foresti éblouit par son sens du verbe éloquent, percutant sans boursouflures, sur un souffle naturellement expressif (Senso) ; les chanteurs savent caractériser tous sans exception les arêtes vives de leurs textes respectifs. Avec cet engagement prêt à prendre des risques et à s’exposer au delà d’une réalisation conforme sans âme ; de fait l’imprécation finale par Humilità (d’un sentiment de culpabilité excessive : – “qui sème la douleur, récolte le bonheur”) permet à la jeune soprano Claudia Di Carlo, de refermer le livre qu’elle avait ouvert, un Sybille embrasée, vive, nerveuse.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohérence vocale du plateau, du soutien subtilement caractérisé du continuo, voici l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours : l’oeuvre est passionnante, belle révélation du Festival Nepi 2015 joué pour son ouverture (le 30 août). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta, vergine e monaca, Regina d’Inghilterra. Oratorio pour 5 voix et basse continue. Ensemble Mare Nostrum. Andrea De Carlo, direction (1 cd Arcana), enregistré en août 2015.

CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana)

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana). STRADELLA, GENIE DE L’ORATORIO BAROQUE. Après un cd très convaincant – malgré quelques faiblesses (bien anecdotiques) : San Giovanni Crisostomo (2014, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2015), l’ensemble italien Mare Nostrum dirigé par l’excellent Andrea De Carlo, poursuit son cycle dédié aux oratorios d’Alessandro Stradella, ici avec un absolu inédit sur un sujet spécifique, en liaison direct avec le contexte de composition : Santa Editta, probablement écrite à Rome au début des années 1670 (reprises attestées en 1684 puis 1692). Créée en Italie lors du dernier festival Stradella à Nepi (probable cité natale de Stradella, province de Viterbe, 50 km au nord de Rome) en août 2015, la production dont l’enregistrement prolonge la performance éblouit littéralement, sur le plan musical, grâce à une écriture dramatique nerveuse, efficace, d’une sensualité directe ; sur le plan artistique grâce à un plateau vocal qui réunit les jeunes talents du chant italien dont l’irrésistible Francesca Aspromonte, Nobiltà (Noblesse) d’une diction mordante, incisive, naturelle qui rétablit aussi ce génie des récitatifs qui caractérise Stradella. Voici donc après La Forza delle Stelle (la Force des étoiles), et donc San Giovanni Crisostomo – deux réalisations au concert puis au disque critiquées par classiquenews-, un troisième oratorio stradellien d’une grande beauté, ici servi par de jeunes chanteurs très impliqués. Peu d’action, beaucoup de sentiments, d’extase émotionnelle et sensorielle : la Sainte admirable, qui renonce au désir terrestre pour ne pas souffrir est ici confrontée à plusieurs allégories : Umiltà (Claudia de Carlo), Grandezza, Belleza (Fernando Guimãraes) et Senso (excellente basse chantante Sergio Foresti)…

Toujours un souci du verbe agissant, un relief déclamatoire qui force l’admiration. Et témoigne du niveau vocal et de l’exigence globale défendus aujourd’hui par Andrea De Carlo et son ensemble Mare Nostrum.

CLIC_macaron_2014Au regard de la cohérence vocale du plateau, du soutien subtilement caractérisé du continuo, voici assurément l’un des meilleurs enregistrements du cycle Stradella en cours. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016. CD, annonce. Andrea De Carlo ressuscite l’oratorio San Editta de Stradella… (1 cd Arcana). Prochaine critique développée dans le mag cd dvd livres de Classiquenews.com. Parution annoncée : le 10 mai 2016 (1 cd Arcana).

 

 

LIRE aussi notre critique complète du cd SAN GIOVANNI CRISOSTOMO de Stradella par Andrea de Carlo

LIRE aussi notre critique complète du cd La Forza delle Stelle (la Force des étoiles) de Stradella par Andrea de Carlo

 

 

MARE NOSTRUM : redécouvrir STRADELLA

 

 

 

Rennes. Oratorios de Carissimi et de Charpentier

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneRennes, Cathédrale Saint-Pierre, Histoires sacrées, le 4 novembre 2015. Carissimi et Marc-Antoine Charpentier à Rennes. Au XVIIè, la ferveur religieuse s’éprouve dans le cadre théâtral de l’oratorio, nouveau genre né en Italie simultanément à l’opéra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes héroïques des premiers martyrs chrétiens. A Rome, le génie de Carrissimi s’affirme (Jonas et Jephté), à tel point que les compositeurs français et européens se pressent pour recevoir la leçon du maître romain : Marc-Antoine Charpentier venu à Rome comme peintre, découvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance réalisée quelques décennies précédentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maître de l’oratorio, genre rebaptisé en France, après sa formation auprès de Carrissimi, “histoire sacrée”. En témoigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment où Lully crée l’opéra français pour Louis XIV à Versailles (tragédie en musique), le génie d’un Charpentier soucieux de sensualité italienne autant que de déclamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilités expressives de la musique, en particulier quand l’enchaînement des épisodes favorise caractérisation, coup de théâtre, contrastes saisissants… LIRE notre présentation complète du programme Carissimi / Charpentier par le ChÅ“ur d’Angers Nantes Opéra, Stradivaria et Christian Gangneron, à Rennes

charpentier-carissimi-oratorios-angers-nantes-opera-classiquenews-presentation-opera-clic-de-classiquenews


boutonreservationAngers Nantes Opéra présente Histoires Sacrées de Carissimi et Marc-Antoine Charpentier dans les églises des Pays de la Loire :

 

Rennes, Cathédrale Saint-Pierre,
Les 4 novembre 2015, 20h

Angers, Collégiale Saint-Martin,
les 15,16,18, 19 mars 2016, 20h

Angers Nantes Opéra offre ainsi un florilège spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrées françaises, excellence d’une transmission étonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

COMPTE RENDU critique du spectacle Histoires sacrées : Carissimi et Charpentier par Angers Nantes Opéra, par Alexandre Pham (représentation à Sablé sur Sarthe, le 16 septembre 2015)

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi à Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur, cordes et basse continue. Créé à Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome, vers 1645.

Mise en scène : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

Chœur d’Angers Nantes Opéra, dirigé par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes Opéra, créée le mercredi 16 septembre 2015 à Nantes, d’après la production de l’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique, créée à l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustrations : Caravage : l’Incrédulité de Saint-Thomas (DR) – Production oratorios de Carissimi, Histoires sacrées de Charpentier par Angers Nantes Opéra 2015 © Jef Rabillon

 

Carissimi et Charpentier à Sablé

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneSablé sur Sarthe, Cathédrale, Histoires sacrées, 16 octobre 2015. Carissimi et Marc-Antoine Charpentier à Sablé sur Sarthe. Au XVIIè, la ferveur religieuse s’éprouve dans le cadre théâtral de l’oratorio, nouveau genre né en Italie simultanément à l’opéra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes héroïques des premiers martyrs chrétiens. A Rome, le génie de Carrissimi s’affirme (Jonas et Jephté), à tel point que les compositeurs français et européens se pressent pour recevoir la leçon du maître romain : Marc-Antoine Charpentier venu à Rome comme peintre, découvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance réalisée quelques décennies précédentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maître de l’oratorio, genre rebatisé en France, après sa formation auprès de Carrissimi, “histoire sacrée”. En témoigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment où Lully crée l’opéra français pour Louis XIV à Versailles (tragédie en mussique), le génie d’un Charpentier soucieux de sensualité italienne autant que de déclamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilités expressives de la musique, en particulier quand l’enchaînement des épisodes favorise caractérisation, coup de théâtre, contrastes saisissants… A Rome au début des années 1660 (à 17 ou 18 ans), Charpentier concentre une rare expérience de l’oratorio tel qu’il était pratiqué alors par Carissimi mais aussi les frères Mazzocchi, Orazio Benevoli, Francesco Beretta : il apprend à leurs côtés, à maîtriser une langue sensuelle et dramatique d’une séduction inconnue en France. L’auteur de Médée (1693), fut nommé au poste prestigieux de maître de musique à la Sainte-Chapelle de Paris (1698, à 55 ans) : il y compose sa fameuse Messe Assumpta est Maria, sommet de la ferveur baroque française du Grand Siècle. Molière ne s’était pas trompé en préférant alors Charpentier à Lully, pour ses comédies ballets, quand Lully préféra s’engager avec passion dans le genre de la tragédie lyrique. Même s’il n’eut aucun poste officiel à Versailles, Charpentier très apprécié du parti italophile (Duc de Chartres), suscita néanmoins l’estime de Louis XIV qui la gratifia d’une pension pour service rendu aux Bourbons, entre autres pour les musiques composées pour les messes du Grand Dauphin (début des années 1680).

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boutonreservationAngers Nantes Opéra présente Histoires Sacrées de Carissimi et Marc-Antoine Charpentier dans les églises des Pays de la Loire :

 

Sablé sur Sarthe, Cathédrale
vendredi 16 octobre 2015, 20h

Rennes, Cathédrale Saint-Pierre,
Les 4  novembre 2015, 20h 

Angers, Collégiale Saint-Martin,
les 15,16,18, 19 mars 2016, 20h

Angers Nantes Opéra offre ainsi un florilège spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrées françaises, excellence d’une transmission étonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

 

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi à Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur, cordes et basse continue. Créé à Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome, vers 1645.

 

 

Charpentier, Carissimi dans les églises de Nantes

 

La figure du Dieu baroque telle qu’elle est illustrée par Charpentier et Carissimi au XVIIè est une instance punitive et inflexible. Les actions représentées appellent à l’humilité, la contrition, la soumission aux injonctions divines… Les héros éprouvés suscitent chez les “spectateurs/auditeurs”, un profond sentiment de compassion. Rien de tel pour susciter les vocations et convertir les fidèles venus en masse assister aux drames sacrés. Jonas est avalé par la baleine parce qu’il avait désobéi à l’ordre divin ; Pierre est ici puni voire humilié parce qu’il a renié sa foi ; surtout, chez Carissimi, Jephté doit immoler son bien le plus précieux, sa propre fille (un thème que l’on retrouve dans d’autres épisodes à l’Opéra : Abraham sacrifiant son fils Isaac, ou Idoménée devant tuer son fils Idamante… mais à la différence de Jephté définitivement perdue, une main salvatrice vient au dernier moment sauver l’innocente victime). Ainsi les dieux ont soif : il leur faut du sang humain, preuve de la soumission terrestre au ciel rageur et avide. Développé puis perfectionné pour les Oratoriens de Philippe de Néri (dont l’ordre fut officialisé par le Pape Grégoire XIII en 1575), la forme de l’oratorio prolonge les premières expériences de chants expressifs (polyphonies doxologiques ou laudes). Avec Carissimi, la musique offre un cadre et un rythme dramatique au texte ; son impact sur les foules suscite l’adhésion des croyants, ainsi l’oratorio romain est-il favorisé par le pape pour convertir les âmes perdues depuis la Réforme. Dans les années 1640, Carissimi reprend à son compte les modèles de musique sacrée théâtrale fixée par Emilio de’Cavalieri et Monteverdi, au début du XVIIè : il en découle cette langue sensuelle et expressive que Charpentier exporte à Paris à la fin des années 1660 : continuité, transmission, sublimation.

 

 

 

Mise en scène : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

Chœur d’Angers Nantes Opéra, dirigé par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes Opéra, créée le mercredi 16 septembre 2015 à Nantes, d’après la production de l’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique, créée à l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustration : Caravage : l’Incrédulité de Saint-Thomas, Marie-Madeleine pénitente (DR)

 

 

Angers Nantes Opéra. Oratorios de Carissimi et Histoires sacrées de Charpentier dans les églises de Nantes

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneAngers Nantes Opéra. Baroque, Histoires sacrées, 16 septembre-3 octobre 2015. Carrissimi et Marc-Antoine Charpentier. Au XVIIè, la ferveur religieuse s’éprouve dans le cadre théâtral de l’oratorio, nouveau genre né en Italie simultanément à l’opéra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes héroïques des premiers martyrs chrétiens. A Rome, le génie de Carrissimi s’affirme (Jonas et Jephté), à tel point que les compositeurs français et européens se pressent pour recevoir la leçon du maître romain : Marc-Antoine Charpentier venu à Rome comme peintre, découvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance réalisée quelques décennies précédentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maître de l’oratorio, genre rebatisé en France, après sa formation auprès de Carrissimi, “histoire sacrée”. En témoigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment où Lully crée l’opéra français pour Louis XIV à Versailles (tragédie en mussique), le génie d’un Charpentier soucieux de sensualité italienne autant que de déclamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilités expressives de la musique, en particulier quand l’enchaînement des épisodes favorise caractérisation, coup de théâtre, contrastes saisissants… A Rome au début des années 1660 (à 17 ou 18 ans), Charpentier concentre une rare expérience de l’oratorio tel qu’il était pratiqué alors par Carissimi mais aussi les frères Mazzocchi, Orazio Benevoli, Francesco Beretta : il apprend à leurs côtés, à maîtriser une langue sensuelle et dramatique d’une séduction inconnue en France. L’auteur de Médée (1693), fut nommé au poste prestigieux de maître de musique à la Sainte-Chapelle de Paris (1698, à 55 ans) : il y compose sa fameuse Messe Assumpta est Maria, sommet de la ferveur baroque française du Grand Siècle. Molière ne s’était pas trompé en préférant alors Charpentier à Lully, pour ses comédies ballets, quand Lully préféra s’engager avec passion dans le genre de la tragédie lyrique. Même s’il n’eut aucun poste officiel à Versailles, Charpentier très apprécié du parti italophile (Duc de Chartres), suscita néanmoins l’estime de Louis XIV qui la gratifia d’une pension pour service rendu aux Bourbons, entre autres pour les musiques composées pour les messes du Grand Dauphin (début des années 1680).

 

boutonreservationAngers Nantes Opéra dans les églises de Nantes dès le 16 septembre et jusqu’au samedi 3 octobre 2015, puis et à Angers à la Collégiale Saint-Martin, les 15,16,18, 19 mars 2016 (20h) offre un florilège spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrées françaises, excellence d’une transmission étonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

 

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi à Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur, cordes et basse continue. Créé à Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome, vers 1645.

 

 

Charpentier, Carissimi dans les églises de Nantes

 

La figure du Dieu baroque telle qu’elle est illustrée par Charpentier et Carissimi au XVIIè est une instance punitive et inflexible. Les actions représentées appellent à l’humilité, la contrition, la soumission aux injonctions divines… Les héros éprouvés suscitent chez les “spectateurs/auditeurs”, un profond sentiment de compassion. Rien de tel pour susciter les vocations et convertir les fidèles venus en masse assister aux drames sacrés. Jonas est avalé par la baleine parce qu’il avait désobéi à l’ordre divin ; Pierre est ici puni voire humilié parce qu’il a renié sa foi ; surtout, chez Carissimi, Jephté doit immoler son bien le plus précieux, sa propre fille (un thème que l’on retrouve dans d’autres épisodes à l’Opéra : Abraham sacrifiant son fils Isaac, ou Idoménée devant tuer son fils Idamante… mais à la différence de Jephté définitivement perdue, une main salvatrice vient au dernier moment sauver l’innocente victime). Ainsi les dieux ont soif : il leur faut du sang humain, preuve de la soumission terrestre au ciel rageur et avide. Développé puis perfectionné pour les Oratoriens de Philippe de Néri (dont l’ordre fut officialisé par le Pape Grégoire XIII en 1575), la forme de l’oratorio prolonge les premières expériences de chants expressifs (polyphonies doxologiques ou laudes). Avec Carissimi, la musique offre un cadre et un rythme dramatique au texte ; son impact sur les foules suscite l’adhésion des croyants, ainsi l’oratorio romain est-il favorisé par le pape pour convertir les âmes perdues depuis la Réforme. Dans les années 1640, Carissimi reprend à son compte les modèles de musique sacrée théâtrale fixée par Emilio de’Cavalieri et Monteverdi, au début du XVIIè : il en découle cette langue sensuelle et expressive que Charpentier exporte à Paris à la fin des années 1660 : continuité, transmission, sublimation.

 

 

 

Mise en scène : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

Chœur d’Angers Nantes Opéra, dirigé par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes Opéra, créée le mercredi 16 septembre 2015 à Nantes, d’après la production de l’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique, créée à l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustration : Caravage : l’Incrédulité de Saint-Thomas, Marie-Madeleine pénitente (DR)

 

 

Livres. Joseph Haydn par Frédéric Gonin (Actes Sud)

actes sud joseph haydn biographieLivres. Joseph Haydn par Frédéric Gonin (Actes Sud). Le bon papa Haydn, à Vienne : jovial, poli, diplomate, mesuré, équilibré en tout, surtout dans son caractère et naturellement dans sa musique fut comme le dévoile cette biographie bien trempée, une personnalité affirmée, sûre de son métier et de ses compétences, d’une audace et d’un humour portés par une éducation parfaite qui rendait son commerce et sa compagnie, totalement délectables. Inventeur du quatuor à cordes, au point de placer Vienne au sommet des villes européennes les plus élégantes et les mieux productives, approfondissant comme nul autre avant Beethoven, le genre symphonique et la musique de chambre, Haydn prend ici une stature de pionnier, de visionnaire, de défricheur voire de défenseur de sa corporation, n’hésitant pas à revendiquer le maintien d’avantages liés à sa charge pour lui et ses confrères de l’orchestre, auprès du prince Esterhazy, son employeur dans la périphérie de Vienne…

 

 

 

Joseph Haydn :

conservateur mais hyperactif et visionnaire

 

haydn_joseph_aristoDommage cependant que l’auteur lyrique ne soit pas plus évoqué, expliqué, explicité car Haydn avant Mozart, justement pour la Cour des Esterhazy et le théâtre du palais d’Esterhaza, fut fécond en matière d’opéras italiens, en particulier dans le genre buffa et comique : c’est là le pan de la recherche à approfondir et la source de futures découvertes (qui rend d’ailleurs inestimables le legs discographique que signa Antal Dorati, pilote passionnant d’une intégrale lyrique chez Decca). C’est une veine poétique d’une infinie subtilité que Haydn prit soin de cultiver tout en sachant qu’il ne pouvait pas concurrencer le génie de Mozart dans ce domaine… Plus significatif, les commentaires sur la musique vocale sacrée comprenant évidemment le genre de l’oratorio (très tôt abordé) et surtout ses messes et cantates, particulièrement destinées à la ferveur de sa patronne à Esterhaza toujours, et qui témoignent d’un génie toujours mésestimé, car encore ici, Haydn souffre d’une supériorité concurrente, non plus celle de Mozart (quoique) mais de son propre frère Michael Haydn, alors maître de chapelle très actif pour la Cour du Prince-Archevèque de Salzbourg. La personnalité complexe du faux conservateur Haydn transparaît avec finesse et nuances. De quoi réhabiliter la stature d’un Haydn réformateur et concepteur de premier plan, à l’égal de Mozart et de Beethoven à venir,  dont la force d’invention explique qu’il reste l’une des personnalités musicales les plus célébrées (à juste titre) de son vivant.

 

CLIC D'OR macaron 200La lecture est d’autant plus aisée, et l’apport synthétique, éloquent… que l’approche a été remarquablement conçue ; thématisée, elle est complémentaire et exhaustive charpentée en quatre grandes parties : 1) La vie tout d’abord (premières années, au service du prince Esterhazy, un homme libre) ; 2) la personnalité (le conservateur, l’homme simple et modeste…  ; enfin 3) le style (une constante volonté de renouvellement, le style galant, la notion de classicisme, les éléments du style haydnien ; puis, 4) l’Å“uvre (la musique symphonique, la musique de chambre, l’ouvre pour clavier, la musique vocale profane et sacrée …). Complété par une chronologie et une sélection bibliographique et discographique, voici l’un des meilleurs textes de la collection ” classica “  éditée par Actes Sud.

 

 

Livres. Joseph Haydn par Frédéric Gonin (Actes Sud). ISBN 978-2-330-03405-4. Parution : septembre 2014.