LIVRE événement, critique. Le grand opéra 1828-1867 – Le spectacle de l’histoire – Catalogue d’exposition (éditions RMN).

grand-opera-francais-exposition-1828-1867-spectacle-de-l-histoire-catalogue-livre-evenement-critique-opera-livre-classiquenews-CLIC-de-CLASSIQUENEWSLIVRE événement, critique. Le grand opéra 1828-1867 – Le spectacle de l’histoire – Catalogue d’exposition (éditions RMN). Pour le 350ème anniversaire de l’Opéra de Paris, le Palais Garnier (Bibilothèque-Musée) affiche une exposition consacrée au grand opéra français, genre intimement lié à un siècle, le XIXe, et à une ville, Paris. Le catalogue se propose de retrace l’évolution du genre musical, de ses origines (sous l’Empire) à son essor quand les grands compositeurs étrangers Wagner et Verdi viennent dans la Capitale pour se tailler une réputation et faire représenter leurs opéras sur le première scène d’Europe : c’est le cas du dernier ouvrage traité ici, DON CARLOS en français de Giuseppe Verdi (1867). Médée de Cherubini et La Vestale de Spontini font figure d’œuvres pionnières. En 1828, Auber, avec La Muette de Portici, porte véritablement le grand opéra français sur les fonts baptismaux. Rossini s’y essaie lui aussi, avec Guillaume Tell (1829). C’est toutefois Meyerbeer (autre étranger) qui ouvre l’âge d’or du grand opéra dans les années 1830, et qui donne au grand opéra ses lettres de noblesse : Robert le Diable, Les Huguenots et Le Prophète sont autant de triomphes. Privilégiant les sujets historiques, le grand opéra est alors l’expression des passions du temps : la France de Louis- Philippe, sous l’impulsion de personnalités telles que Mérimée, Guizot ou Viollet-le-Duc, part à la découverte de son passé et de son patrimoine.
Le parcours regroupe sur la thématique une centaine d’œuvres (manuscrits, esquisses, peintures, maquettes de décor…). Autant de facettes d’un genre spectaculaire par les effectifs et les moyens requis dont le présent catalogue est le miroir fidèle : une mise en page originale et élégante, de très nombreuses illustrations dont la majorité des documents exposés, explique l’histoire de l’opéra français au XIXè. Un âge d’or où l’opéra s’est comparé à la peinture d’histoire : musique et danse en complément. Passionnante rétrospective sur un sujet que l’on croit connaître, que l’on critique toujours pour son emphase et la lourdeur de son décorum ; dont les sommets restent toujours écartés des scènes lyriques y compris de l’Opéra de Paris. Ainsi Auber et Meyerbeer à Paris refont surface par la galerie musée du Palais Garnier plutôt que sur sa scène lyrique : la situation ne manque pas de cynisme. A quand La Muette ou Gustave III / Robert le diable ou Le Prophète à l’affiche de la « grande boutique » (comme disait Verdi en parlant de l’Opéra parisien, à l’époque la Salle Le Peletier) ? Pour nous consoler, la lecture de ce catalogue s’avère passionnante, en préparation à la visite de l’exposition événement, jusqu’au 2 février 2020.
 

 

 

Sommaire

1 – Aux sources du grand opéra
Auber, Meyerbeer, Halévy
De la scène aux barricades : La Muette de Portici, opéra révolutionnaire
Portrait de Giacomo Meyerbeer, « un homme de son siècle »

2 – La Fabrique du grand opéra
Au commencement le verbe : celui du librettiste Eugène Scribe
Les voix du grand opéra
L’art de l’effet, l’effet de l’art : une architecture pour la scène
Ballet de l’Opéra / dans l’opéra
La scène des Nonnes de Robert Le Diable, premier ballet romantique blanc ?
Economie du grand opéra : la stratégie du directeur Véron

3 – le grand opéra, témoin de l’Histoire / fédérateur des arts
Miroir du pouvoir
les écrivains et le grand opéra
Arts de la scène au prisme de l’Histoire
De la peinture historique aux fresques du grand opéra
Perpectives théâtrales contemporaine pour le grand opéra

4- Splendeurs et misères du grand opéra
Les Italiens à Paris
Wagner dans l’étau du genre
le cas de Berlioz
Charles Gounod
Rayonnement du grand opéra dans l’Europe romantique
Postérité du grand opéra

 

 

 

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LIVRE événement, critique. Le grand opéra 1828-1867 – Le spectacle de l’histoire / Catalogue de l’Exposition à la Bibliothèque- musée de l’Opéra – Palais Garnier du 24 octobre 2019 au 2 février 2020 – Français – 192 pages / 100 illustrations – Éditions Rmn-Grand Palais – 39 €

https://www.boutiquesdemusees.fr/fr/catalogues-d-exposition/le-grand-opera-1828-1867-le-spectacle-de-l-histoire-catalogue-d-exposition/17599.html

 

 

 

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EXPOSITION : LE GRAND OPÉRA, 1828 – 1867, LE SPECTACLE DE L’HISTOIRE, les 5 volets clés de l’exposition

exposition-grand-opera-specacle-de-l-histoire-palais-garnier-BNF-opera-de-paris-annonce-critique-visite-presentation-classiquenews-CLASSIQUENEWSEXPOSITION : LE GRAND OPÉRA, 1828 – 1867, LE SPECTACLE DE L’HISTOIRE – PARCOURS DE L’EXPOSITION ; les 5 volets clés de l’exposition parisienne. Amorcé sous le Consulat, le grand opéra à la française se précise à mesure que le régime politique affine sa propre conception de la représentation spectaculaire, image de son prestige et de son pouvoir, instrument phare de sa propagande. Le genre mûrit sous l’Empire avec Napoléon, puis produit ses premiers exemples aboutis, équilibrés
à la veille de la Révolution de 1830. La « grande boutique » comme le dira Verdi à l’apogée du système, offre des moyens techniques et humains considérables – grands chœurs, ballet et orchestre, digne de sa création au XVIIè par Louis XIV.
Les sujets ont évolué, suivant l’évolution de la peinture d’histoire : plus de légendes antiques, car l’opéra romantique français préfère les fresques historiques du Moyen Âge et de la Renaissance.
Louis-Philippe efface l’humiliation de Waterloo et du Traité de Vienne et cultive la passion du patrimoine et de l’Histoire, nationale évidemment. Hugo écrit Notre-Dame de Paris ; Meyerbeer compose Robert le Diable et Les Huguenots. Les héros ne sont plus mythologiques mais historiques : princes et princesses du XVIè : le siècle romantique est passionnément gothique et Renaissance.

A l’opéra, les sujets et les moyens de la peinture d’Histoire

Comme en peinture toujours, les faits d’actualité et contemporain envahissent la scène lyrique ; comme Géricault fait du naufrage de la Méduse une immense tableau d’histoire (Le Radeau de la Méduse), dans « Gustave III », Auber et Scribe narrent l’assassinat du Roi de Suède, survenu en 1792, tout juste quarante ans auparavant. Cela sera la trame d’un Bal Masqué de Verdi.

Après la Révolution de 1848, l’essor pour le grand opéra historique faiblit sensiblement. Mais des œuvres capitales après Meyerbeer sont produites, souvent par des compositeurs étrangers soucieux d’être reconnus par leur passage dans la « grande boutique », sous la Deuxième République et le Second Empire. Le wagnérisme bouleverse la donne en 1861 avec la création parisienne de Tannhäuser, qui impressionne l’avant garde artistique parisienne, de Baudelaire à fantin-Latour, et dans le domaine musical, Joncières, militant de la première heure.
Le goût change : Verdi et son Don Carlos (en français) hué Salle Le Peletier en 1867 (5 actes pourtant avec ballet), est oublié rapidement ; car 6 mois plus tard, le nouvel opéra Garnier et sa façade miraculeuse, nouvelle quintessence de l’art français est inaugurée. C’est l’acmé de la société des spectacles du Second Empire, encore miroitante pendant 3 années jusqu’au traumatisme de Sedan puis de la Commune (1870).

 

 

Le parcours de l’exposition est articulé en 5 séquences.

1. GÉNÉALOGIE DU GRAND OPÉRA
2. LA RÉVOLUTION EN MARCHE
3. MEYERBEER : LES TRIOMPHES DU GRAND OPÉRA
4. DERNIÈRES GLOIRES
5. UN MONDE S’ÉTEINT

 

 
 

 

Illustration : Esquisse de décor pour Gustave III ou Le bal masqué, acte V, tableau 2, opéra, plume, encre brune, lavis d’encre et rehauts de gouache. BnF, département de la Musique, Bibliothèque- musée de l’Opéra © BnF / BMO

 

 
 

 

DATES ET HORAIRES
Du 24 octobre 2019 au 2 février 2020
Tous les jours de 10h à 17h (accès jusqu’à 16h30), sauf fermetures exceptionnelles.
LIEU
Bibliothèque-musée de l’Opéra
Palais Garnier – Paris 9e
Entrée à l’angle des rues Scribe et Auber
INFORMATIONS PRATIQUES
TARIFS
Plein Tarif : 14€ Tarif Réduit : 10€

 

 

 

Livre événement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais être illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « Découvertes »).

degas gallimard decouvertes expositon deags a l opera de apris musee d orsay exposition 23 sept fevrier 2020 classiquenews A76087Livre événement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais être illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « Découvertes »). CHANTRE DE LA MODERNITÉ… Présentation par l’éditeur : « «Je voudrais être illustre et inconnu», disait Edgar Degas. Illustre, il l’est, par ses danseuses, ses jockeys, ses femmes au bain. Inconnu, également, tant ces thèmes occultent le reste de l’œuvre, peintures d’histoire, portraits, paysages, tant l’œuvre a dévoré la vie privée. Sur une carrière de soixante ans dont Henri Loyrette restitue la richesse et la cohérence, on découvre alors l’insatiable curiosité technique, la constante recherche d’expressions nouvelles, l’évidente continuité de la ligne mélodique ».
Notre avis… Le fils d’une famille aisée, de banquiers, doit cependant à son père (Auguste) d’être encouragé dans sa vocation artistique. Ce n’est pas tant, la ligne (cultivée toujours selon les préceptes de son « maître et idôle » Ingres), la couleur (digne des Impressionnistes dont il sera toujours très proche), la puissance de la palette et du trait (qui le rapproche d’un Manet, son ami), que son œil, qui se révèle dans son cas, déterminant. Degas méprise le milieu académique et donc le Prix de Rome : dépassé, conservateur. Il a bien raison. La modernité n’est jamais venue en peinture de ce réseau politique formaté. Degas développe une acuité de conception hors du commun à son époque. Son œil décortique l’espace (d’où des cadrages et des points de vue inédits et donc résolument « modernes »), déconstruit la forme, pour en extraire le squelette expressif, l’ossature synthétique, essentiel (d’où ce qu’il voit et capte dans le sujet des danseuses : des corps qui souffrent, des lignes qui fléchissent, des mouvements qui éreintent et forcent… au bord du claquage.

 

 

Degas moderne
L’œil déconstruit, reconstruit…

 

 

danseuses degas

 

Deux danseuses (DR)

 

Beaucoup de scènes de répétitions, de gestes et attitudes répétées, de détente aussi (dont même des danseuses qui baillent…) Entre réalisme et familiarité, jamais cela n’avait été représenté avant lui. De sorte que l’on contemple un autre Degas : non pas le peintre obsédé par les danseuses en tutu, mais l’analyste qui décrypte le dénuement et la misère de jeunes artistes démunies et souffrantes, qui phénomène que l’on commence à expliciter, sont les proies des prédateurs sexuels dans la coulisse.
affiche13_300Degas a conçu tout cela, remarquablement expliqué dans ce petit livre immanquable, indispensable viatique préparatoire pour l’exposition actuelle au Musée d’Orsay : « DEGAS à L’OPERA », jusqu’en janvier 2020. Car au juste qu’a peint Degas de l’Opéra ? La réponse est loin d’être évidente. Car Degas est un créateur tout sauf conformiste. On peut affirmer qu’en plein wagnérisme, au cœur de la France nationaliste, opposée à l’hégémonie prussienne, Degas, se passionna pour la Sigurd du marseillais Reyer, le « petit Wagner de la Canebière » (au point de la voir 30 fois à l’Opéra le Peletier, à partir de sa création à l’Opéra de paris le 12 juin 1885). Wagnérien, Reyer dans Sigurd offre une véritable alternative française au romantisme musical, puisant après Berlioz, chez Gluck, sachant colorer aussi son orchestre par des éclats fantastiques empruntés à Weber. Les amateurs du Ring, retrouvent certes les personnages de Hagen, Gunter et aussi Brünnhilde… Mais si le sujet est emprunté aux légendes nordiques, comme la Tétralogie, la conception elle est bien française.
Comme Reyer à l’opéra, Degas incarne une spécificité française, « moderne », antiacadémique, foncièrement avant-gardiste, entre 1880 et 1910. Un cas à part, et une œuvre à redécouvrir aujourd’hui.

 

 

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Livre événement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais être illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « Découvertes ») – 160 pages, ill., sous couverture illustrée, 125 x 178 mm
Genre : Documents et reportages Thème : arts en général /peinture Catégorie > Sous-catégorie : Connaissance > Arts en général – Époque : XXe-XXIe siècle – ISBN : 9782070760879 – Gencode : 9782070760879 – Code distributeur : A76087 – Première parution en 1988 -
Coédition Gallimard/RMN – Grand Palais. Nouvelle édition en 2012.
Collection Découvertes Gallimard (n° 36), Série Arts, Gallimard. CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

 

 

ARTE : DEGAS à l’Opéra

autoportrait degas Degas_Edgar_21_autoportrait_maxARTE, dim 6 oct 2019. DEGAS à l’Opéra… Au théâtre lyrique, le peintre Edgar Degas (1834 – 1917) qui détestait Wagner, c’est peut-être là son seul défaut, anlayse, observe, scrute les corps en mouvement. Non pas ceux des chanteurs acteurs, moins les instrumentistes en fosse (quoiqu’il joue des formes des instruments : crosses, archets, etc…), surtout ce qui passionne le peintre , quand même un peu voyeur, ce sont les danseuses. En 1868, il immortalise la danseuse Eugénie Fiocre interprète du ballet la Source, récemment remis à l’honneur de l’Opéra Garnier. Degas fréquente assidument l’Opéra de Paris, alors rue Le Peletier… Puis il croque au pastel, attitudes, contorsions bridant les corps, mouvements en groupe…, port de tête, arabesques des bras, des jambes, détail des mains. Aucun portrait sauf Fiovre au départ : que des attitudes… et des êtres qui souffrent, dans des compositions audacieuses, des cadrages photographiques. Il en découlera la statue en cire perdue, scandaleuse tant elle est réaliste, de La Petite danseuse de 14 ans… Grâce à son ami le librettiste et compositeur Ludovic Halévy, Degas peut atteindre les coulisses et assister aux cours et répétitions ses spectacles. Aucun doute, même si après l’incendie de l’Opéra Le Peletier et au moment de l’édification du futur opéra Garnier, Degas désormais réinvente ce qu’il a vu et observé, dans son atelier, le temple lyrique et chorégraphique demeure son laboratoire : une source essentielle pour sa créativité d’une exceptionnelle modernité. Mais au génie des formes nouvelles et des dispositions novatrices, Degas, même s’il se refuse à être dénonciateur, peint aussi la réalité sociale du métier de danseuse : l’exposition au désir et à la convoitise des abonnés mâles, qui, dans la coulisse, contrastant avec le raffinement et la magie de la scène, cherchent à séduire et payer les jeunes créatures pour quelques heures de plaisir. De l’art à la prostitution, il n’y a que quelques pas de danse, menus, menus.  Documentaire inédit, 2019. Réalisation : Blandine Armand, Vincent Trisolini – 52 mn.

 

 

 

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arte_logo_2013ARTE, dim 6 oct 2019. DEGAS à l’Opéra… 17h35. Documentaire en liaison avec l’exposition événement réprésentée par le Musée d’Orsay jusqu’au 19 janvier 2020 : http://www.classiquenews.com/paris-exposition-musee-dorsay-degas-a-lopera-24-sept-2019-19-janv-2020/

 

 

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EXPOSITION. PARIS, un air d’Italie (Palais Garnier : 28 mai – 1er septembre 2019)

opera-incendie-hubert-robert-1781-exposition-air-d-italie-annonce-critique-classiquenews-musique-classique-opera-annocne-critique-musqiue-classique-news-concerts-critiqueExposition. PARIS, « Un air d’Italie », Palais Garnier, Bibliothèque-Musée de l’Opéra : L’Opéra de Paris de Louis XIV à la Révolution : 28 mai – 1er septembre 2019. Organisée par la BnF et l’Opéra national de Paris, l’exposition souligne le 350e anniversaire de l’Opéra de Paris ; elle interroge l’histoire, souvent tumultueuse, de la première scène lyrique française, sous un angle inédit : celui du dialogue continu entre les modèles français et italien. De 1669 à 1791, l’Opéra de Paris tente d’incarner sa propre continuité entre référence à un modèle transalpin et affirmation d’une ambition nationale. 130 pièces (manuscrits, dessins de costumes, maquettes de décor, estampes, partitions…) récapitulent les années flamboyantes de l’Opéra, où paraissent et questionnent Louis XIV, Lully, Rameau, Gluck, Rousseau, Beaumarchais, … quand Paris s’affirme peu à peu telle la capitale musicale de l’Europe.

 

 

 

EXPO. PARIS, Bibliothèque-Musée de l’Opéra : 28 mai – 1er septembre 2019.  Pour les 350 ans de l’Opéra de Paris. 

 

 

 

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 Incendie de l’Opéra en 1781 par Hubert Robert (DR)

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Parcours muséographique :

Aux origines : le ballet de cour et l’opéra italien (1600-1669)
Né en Italie au début du xviie siècle, l’opéra réunit tous les arts : musique, chant, danse, poésie dramatique, peinture, architecture. La représentation du premier opéra occidental dont la musique est conservée, Euridice, a lieu à Florence le 6 octobre 1600, jour des noces du roi Henri IV avec Marie de Médicis. Si la nouvelle reine s’emploie à faire la promotion du spectacle italien dès son arrivée en France, c’est seulement quelques années plus tard, sous l’impulsion de Mazarin, que les premiers opéras italiens sont donnés à Paris. Pour les acclimater au goût français, on y ajoute des danses spectaculaires, qui ont les faveurs d’un public friand de ballets de cour où le roi lui-même se produit. De cette hybridation des cultures française et italienne, naît alors l’opéra français.

Les créateurs de l’opéra français (1669-1695)
Les fameuses lettres patentes par lesquelles le roi Louis XIV et son ministre Colbert accordent en 1669 un privilège d’opéra au poète et entrepreneur de spectacles Pierre Perrin illustrent à merveille la pérennité de l’influence italienne sur les arts du spectacle en France. Bien qu’établies « à l’imitation des Italiens », les académies d’opéra doivent promouvoir, à Paris comme en province, des « représentations en musique et en vers français ». C’est donc à la fois en réponse à une forme théâtrale venue de l’étranger et sous l’emprise d’un modèle italien toujours dominant qu’une réélaboration dans un style national naît en France dans la seconde moitié du xviie siècle. Le Florentin Jean-Baptiste Lully en est la figure la plus marquante. En 1672, il rachète le privilège de Perrin, rebaptise l’Opéra de Paris « Académie royale de musique » et invente une forme dramatique spécifiquement française – la tragédie en musique – promise à une grande fortune jusqu’à la Révolution.

L’opéra-ballet (1695-1715)
De la mort de Lully, en 1687, jusqu’à la Régence, s’ouvre une période d’expérimentations impliquant de nombreux compositeurs et chorégraphes, notamment André Campra et Guillaume-Louis Pécour qui contribuent à l’éclosion d’un nouveau genre lyrique, l’« opéra-ballet », dans lequel la danse conquiert un statut égal à celui du chant. Dieux et héros de l’Antiquité cèdent leur place à des personnages modernes, Français, Italiens, Espagnols, Turcs, Chinois, et tout le personnel comique écarté de la scène lyrique par Lully réapparaît à travers les figures dansantes d’Arlequin et Polichinelle, issues de la commedia dell’arte.

L’ère des controverses (1715-1781)
Gagnant en prestige et en renommée dans toute l’Europe, l’Opéra de Paris devient, au xviiie siècle, le terrain de nombreuses controverses, tant musicales et chorégraphiques qu’esthétiques. L’une des plus célèbres est la querelle des Bouffons, qui fait rage en 1752 suite à l’arrivée à Paris d’une troupe de chanteurs italiens interprétant La Serva padrona de Pergolèse. Féroce, cette polémique oppose les partisans de l’opéra napolitain, regroupés derrière Rousseau, à ceux de la musique française qui, choqués de voir des « histrions ultramontains » profaner ce temple du goût qu’est l’Opéra de Paris, en appellent à Rameau, vu comme le garant du grand genre de la tragédie. Pendant tout le siècle, alternent ainsi des périodes de restauration de l’ancien répertoire musical national et des moments d’ouverture aux influences étrangères, comme en 1778, lorsque le directeur de l’Opéra programme une saison d’opere buffe et souffle à dessein sur les braises d’une nouvelle querelle franco-italienne, celle des Gluckistes et des Piccinnistes.

À l’aube de la Révolution (1781-1791)
L’incendie de la salle du Palais-Royal contraint l’Opéra à se déplacer dans une nouvelle salle, près de la porte Saint- Martin, où il subit la concurrence des théâtres bordant les boulevards de Paris. Devant renouveler son répertoire, ainsi que son fonds de décors et costumes, il continue d’accueillir des Italiens, parmi lesquels Salieri qui s’emploie à consolider le modèle de la tragédie en musique, mis à mal après le départ de Gluck. En 1787, Tarare, sur un livret de Beaumarchais au parfum révolutionnaire, embrase la capitale. Malgré ce succès, l’Opéra accumule les dettes et doit être cédé à la ville de Paris. Si la loi du 13 janvier 1791 proclamant la liberté des théâtres et la fin du système des privilèges sonne comme un coup de grâce pour l’Opéra, un rapport remis au corps municipal préconise d’en assurer la sauvegarde, ainsi que le rayonnement pour de nombreuses années encore.

Une dizaine de bornes musicales et trois interludes ponctuent le parcours de la visite : un intermède lyrique d’une part, avec une leçon de chant de Stéphanie d’Oustrac et des extraits vidéos de spectacles du répertoire de l’Académie royale de musique évoquant ces deux siècles de vie musicale ; un intermède chorégraphique, d’autre part, avec une projection audiovisuelle d’un travail de recherche expérimental montrant l’évolution des pas de danse du xviiie siècle au tout début du xixe siècle.

 

 

 

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EXPOSITION : « Un air d’Italie ». L’Opéra de Paris de Louis XIV à la Révolution – 28 mai – 1er septembre 2019

Bibliothèque-musée de l’Opéra, Palais Garnier
Entrée à l’angle des rues Scribe et Auber, Paris 9e ardt

Tous les jours 10h > 17h et jusqu’à 18h à partir du 15 juillet 2019.
Fermetures exceptionnelles le 17 juin et à partir de 13h : les 16, 30 juin , 6 et 14 juillet et jusqu’à14h le 23 juin.

Plein tarif : 14€ – Tarif réduit : 10€ – Entrée gratuite pour les moins de 12 ans et les demandeurs d’emploi

 

 

Catalogue
Sous la direction de Mickaël Bouffard, Christian Schirm et Jean-Michel Vinciguerra Co-édition BnF Éditions / RMN
22 x 27 cm, 192 pages, 110 illustrations environ, 39 euros

bnf.fr / operadeparis.fr

Gala des adieux de Nicolas Leriche

nicolas-leriche-350x300arte_logo_175Arte. Soirée Nicolas Leriche, lundi 29 décembre 2014, 22h30. Le danseur étoile Nicolas Leriche a régné 34 ans sur la scène de l’Opéra de Paris dans les ballets classiques et les créations : il est rentré dans le Ballet de l’Opéra de Paris à 9 ans, et a suivi chacun des jalons du parcours « ordinaire » d’une danseur promis au sommet… Voici la soirée du 9 juillet 2014 (filmée au Palais Garnier), celle de ses adieux, à 42 ans : la fin de son contrat étant arrivée. Félinité agile, sensualité souple et sauvage à la fois, et précision technicienne font de lui l’un des très grands danseurs du Ballet parisien. Son duo avec en particulier l’Etoile Sylvie Guillem demeure mémorable. Leriche laisse un profil viril et conquérant, nerveux et dynamique, un vrai tempérament artistique au service des rôles abordés et des ballets choisis.

Pendant cette soirée de gala, Nicolas Leriche rend hommage à tous ceux qui l’ont repéré (Noureev qui l’a nommé « étoile »), fait travailler (Roland Petit et Béjart), … ainsi il danse pour sa soirée, les ballets qui l’ont façonné, dévoilé peu à peu en un regard rétrospectif : Les Forains, Le Jeune homme et la mort, Raymonda, L’après midi d’un faune, Appartement (Mats Ek),… autant de chorégraphies diverses et contrastées qui ont confirmé et enrichi pas à pas le talent multiple d’un danseur qui fut un travailleur sans limites. Sa chorégraphie récente Caligula a montré une nouvelle orientation dans sa carrière, celle du maître de ballet. Le danseur a même convié pour son gala, un artiste chanteur de sa génération, Mathieu Chedid pour lequel il avait dansé dans le métro au moment de la parution de son album de disque « Îl ».

leriche nicolas retraite danse gala adieux juillet 2014Chorégraphie, transmission, pédagogie… les nouveaux champs d’activité du danseur sont aujourd’hui nombreux. Comment réussir sa reconversion sans perdre son identité ? C’est à peu près le défi de Nicolas Leriche à l’aube d’une seconde vie. Après avoir occupé le devant de la scène comme Etoile, unanimement applaudie, Nicolas Leriche partage avec les techniciens, l’univers plus obscur des coulisses, comme pédagogue et comme chorégraphe. Nicolas Leriche n’oublie pas les créations pour autant (après Darkness is hiding black horses de Saburo Teshigarawa, il y aura bientôt Solaris, nouvelle création annoncée). Désirant piloter sa propre compagnie, Leriche entend produire de nouveaux ballets, esquisser de nouveaux horizons tout en se nourrissant de son expérience exceptionnelle au sein du Ballet parisien.

Pour cette soirée d’adieux, Nicolas Leriche a proposé en hommages subtilement exprimés, un spectacle original et personnel qui synthétise sa propre vision de la danse, n‘hésitant pas à réaliser une danse improvisée sur la chanson live de Mathieu Chedid. Humble serviteur de son art, plutôt que gloire célébrée prenant sa retraite, le jeune homme danseur réalise un sans fautes avec la simplicité et la poésie qu’on lui connaît.

Extrait du poème hommage écrit et lu par Guillaume Gallienne, invité par Nicolas Leriche, lors de cette soirée événement :

… « Avez-vous remarquez la finesse des doigts?
Et sa délicatesse alternée quelque fois,
Par une unique rage , une sauvagerie
Terrible? Puis d’un coup, avec espièglerie,
Il s’adoucit. Soudain, nous voyons cet enfant
Qu’il est souvent encore à quarante deux ans.
Il bondit comme un tigre et vole comme un ange,
Il atterrit en chat et telle une mésange,
Virevolte aussitôt sans même se soucier
De savoir si nous autres avons pu respirer.
J’ai vécu grâce à lui mes plus longues apnées,
Et n’oublierais jamais ces acmés insensées
Que dans tous ces ballets il a su nous donner.
Mais ce n’est pas fini, tout ca va continuer…
Ce n’sont pas des adieux, non, ce n’est qu’un passage.
Ton génie Nicolas est plus grand que ton âge,
Et puisque cet endroit te déclare trop vieux,
Pour continuer ici tes grands sauts périlleux,
Eh bien tu les feras ailleurs, sur d’autres scènes.
Tu auras pour créer le soutien des mécènes
Ou celui de l’Etat, ce serait pas mal çà…
Que tu puisses transmettre. Enfin, c’est pas tout ça
Mais j’entends en coulisses un cheval qui trépigne,
Et n’ayant pu trouvé de belle rime en igne,
Avant que ce canasson me dise allez oust,
Je m’en vais pour conclure citer Marcel Proust.
Il dit, pour définir un autre immense artiste,
Ce qu’à mon tour je puis dire de ce soliste,
Qui est mon ami. En toute simplicité,
Il l’appelle Novateur à perpétuité. »
(Guillaume Gallienne)

Arte. Soirée Nicolas Leriche, lundi 29 décembre 2014, 22h30. Gala d’adieu du danseur étoile (juillet 2014).

Compte rendu, danse. Paris. Opéra Bastille, le 26 octobre 2014. Rudolf Noureev : Casse-Noisette. Dorothée Gilbert, Mathieu Ganio, caroline Robert, Daniel Stokes… Ballet de l’Opéra de Paris. Tchaïkovsky, compositeur. Orchestre de l’Opéra National de Paris. Kevin Rhodes, direction musicale.

tchaikovski-583-597Le ballet des fêtes de fin d’année par excellence, le Casse-Noisette de Petipa/Ivanov et Tchaikovsky, revient sur la scène de l’Opéra National de Paris dans la version ravissante et complexe de Rudolf Noureev, somptueusement habillée par le costumier et décorateur fétiche de l’ancien Directeur du Ballet de l’Opéra, Nicholas Geordiadis. La musique non moins somptueuse et profonde de Tchaikovsky est dirigée et interprétée par le chef Kevin Rhodes et l’Orchestre de l’Opéra, la Maîtrise des Hauts-de-Seine et le choeur d’enfants de l’Opéra. Un spectacle total qui compte avec la participation des nombreux élèves de l’Ecole de danse de l’établissement. Une soirée extraordinaire nous attend.

Dans la chorégraphie de Rudolf Noureev,

Un Casse-Noisette luxueux, pour les grands et les petits

Rudolf Noureev (1938 – 1993), phénomène de la danse au XXe siècle, entreprend à la fin de sa vie de faire rentrer au répertoire parisien les grands ballets classiques qu’il a travaillé en Russie. Nous pouvons aujourd’hui nous délecter de la grandeur de ces ballets grâce à son héritage. Le Casse-Noisette, dernier ballet de Tchaikovsky et l’un des derniers d’un Petipa vieillissant (il créera encore Raymonda notamment; dans Casse-Noisette la plupart des danses ont été chorégraphiées par Lev Ivanov), représente un sommet de gaîté et de magie dans l’histoire de la danse.

Inspiré du conte d’E.T.A Hoffman « Casse-Noisette et le Roi des rats » l’histoire est un mélange de mélancolie fantastique et enfantine typique des débuts du romantisme allemand avec un aspect psychologique d’une hardiesse parfois troublante. La musique monumentale et bondissante de Tchaikovsky, à la fois élégante, sauvage, exotique, mystérieuse, romantique, mais aussi néo-classique et pastorale, régénère brillamment les nuances de l’ouvrage original, très connu en Russie. Or, Petipa s’inspire à son tour de l’adaptation du conte par Alexandre Dumas Père, qui insiste sur l’aspect fantastique et scintillant de l’enfance idéalisée. La collaboration s’avère peu évidente, et au final la musique de Tchaikovsky l’emporte sur la danse.

Noureev, avec les moyens chorégraphiques qui lui sont propres, propose un Casse-Noisette d’une modernité étonnante, trouvant un équilibre entre les deux aspects contrastants du ballet. Il enlève les excès édulcorés de l’histoire (mais pas toujours de la danse), qu’il transforme en composants narratifs aidant à illustrer l’histoire qu’il veut raconter. Le conte par trop connu d’un soir de Noël, où Clara/Marie reçoit en cadeau un casse-noisette, qu’elle rencontre ensuite en rêve avec d’autres jouets qui s’animent et qui se battent contre des rats vilains, pour triompher finalement, et où les rêves deviennent réalité ; le canevas se transforme et change de ton dans l’optique de Noureev. Il se souci de libérer la trame des sucreries tout en gardant un aspect fantastique théâtral visuellement pétillant. Ici, la frontière est floue entre rêve et réalité, et les deux relèvent parfois du cauchemar, explorant les peurs de la jeune fille qui devient femme. Nous trouvons donc une petite Clara, superbement interprétée par l’Etoile Dorothée Gilbert, qui arrive pour la première fois à s’exprimer sur scène au-delà des limites unidimensionnels du livret de Petipa. Noureev préserve les danses iconiques de la Fée Dragée, personnage en l’occurrence supprimé. Un bonheur d’expression, de rigueur, d’émancipation aussi pour toute danseuse !

De même Drosselmeyer, l’oncle qui offre le casse-noisette à Clara, est aussi le Casse-Noisette lui même qui devient Prince dans le rêve (le fantasme?) de la jeune femme. Mathieu Ganio, Etoile, assure le rôle qui lui va très bien, comme tous les rôles de Prince. Il a une élégance et une allure tout à fait romantique à laquelle le public ne peux jamais rester insensible. Avec Gilbert, il forme un couple à la beauté plastique et à la virtuosité indéniable. Parfois très touchants, même si en quelques moments fugaces ils ne paraissent pas très stables.

Le premier acte est le plus narratif, et nous avons le tendre plaisir de voir sur scène toute une quantité d’élèves de l’école de danse de l’opéra ! Ils sont les enfants qui jouent et dansent autour du sapin de Noël, mais ils sont aussi des soldats de plomb et des rats méchants qui se battent !!! Pour ceux qui critiquent Noureev d’avoir fait du ballet pour enfants, un spectacle trop adulte, voici la preuve de l’humour exaltant et bon enfant du russe, sa chorégraphie pour ces enfants si joliment déguisés est un joyau d’action mignonne et drôle ! Mais les talents du chorégraphe et de la compagnie s’expriment partout dans les deux actes, le premier se terminant par un passage d’ensemble au Royaume des flocons de neige ensorcelant, inoubliable. Et au deuxième ?  Nous avons droit aux danses de caractère si célèbres, dansées avec beaucoup de panache, notamment le trio de Cyril Mitilian, Simon Valastro et Adrien Couvez dans la danse chinoise impressionnante ; surtout l’archi-célèbre valse des fleurs, dans cette version une élégante valse dorée avec l’opulence aristocratique de l’époque de Marie-Antoinette.

Finalement félicitons également la prestation des musiciens. L’Orchestre de l’Opéra de Paris sous la baguette de Rhodes a ce soir, une certaine légèreté qui s’accorde très bien aux scènes comiques. En l’occurrence, lors de scènes plus ambiguës ou délicates, cette légèreté aide le public à ne pas trop se perdre dans les ombres psychanalytiques et psychologiques de la lecture de Noureev. Ainsi, le spectacle est l’occasion de vivre les bonheurs et surtout la grandeur totale de l’illustre maison. Tout est parfaitement soigné, les équipes faisant preuve d’une complicité non seulement évidente mais, devant l’envergure de l’événement, nécessaire. La danse classique la plus virtuose avec les meilleurs danseurs d’aujourd’hui (et de demain!), un cadeau inoubliable de Noël pour les petits et pour les grands. Un délicieux gâteau de fêtes de fin d’année à consommer sans modération ! A l’Opéra Bastille les 29 novembre et les 1er, 3, 5, 7, 8, 10, 12, 16, 17, 19, 20, 22, 24, 25, 27, 29 décembre 2014.

CD. L’Opéra de Paris, une histoire sonore (1900-1960, 10 cd)

opera de paris une histoire sonore opera de paris 1900 1060 cd Malibran MMCD. L’Opéra de Paris : 1900 – 1960. Une histoire sonore. Coffret événement édité par l’Opéra national de Paris : à partir de ses archives sonores et sur près de 60 ans d’activité sans interruption, l’Opéra de Paris se penche sur son histoire révélant ici en 10 cd, l’évolution des répertoires et la constance diverse des interprètes ayant assuré son renom sur la scène mondialement célébrée. Les 10 cd suivent l’histoire de la scène parisienne selon les compositeurs abordés. La collection ainsi réunie à partir des bandes Malibran en provenance particulièrement du fonds Guy Dumazert, est organisée thématiquement et non chronologiquement. On trouve des archives anciennes (par exemple de 1914 pour Wolf Ferrari, Les Joyaux de la madone, par Léon Campagnola, créateur à Garnier en 1913 ; Germaine Lubin dans ” Comment trouver le calme…?” du Freischutz de Weber de 1927… ces deux inédits composant entre autres le cd 10)…

CLIC D'OR macaron 200Le cd 1 récapitule les premiers essais d’interprétation de Rameau (Les Indes Galantes prise de 1954), mais aussi Gluck, Mozart et Cherubini. Le cd 2 présente les chanteurs au service des auteurs du “grand opéra” : Auber, Donizetti, Halévy, Meyerbeer, Rossini. Le cd3 évoque la place des romantiques français : Saint-Saëns, Berlioz, Gounod. Le cd4 rétablit la prépondérance de Jules Massenet (Ariane, Eslcamronde, Grisélidis, Hérodiade, Le Cid, Le Mage, Le Roi de Lahore, Roma, Thaïs) avec ultime pépite, le trop rare et pourtant excellent Marchand de Venise de Hahn. Le cd 5 honore Verdi, et le cd6, Wagner. Les cd 7, 8 et 9 mettent en avant les compositeurs français du plein XXème et d’après guerre : Lalo, Reyer, Chabrier, Bruneau, Février, D’Indy, Leorux, Dupont, Magnard, Rabaud, Enesco, Honegger, Ibert, Hue, Dukas… mais aussi Fauré, Roussel, Milhaud, Poulenc, Tomasi, Max D’Ollone, Büsser. Enfin le dernier cd (10) évoque les compositeurs étrangers : Weber, Borodine, RImsky, Moussorgski, Puccini, Richard Strauss. C’est l’époque où les partitions sont majoritairement chantées en français.

Au total, le regard parcouru met l’accent sur le profil des interprètes et surtout le répertoire de plus en plus élargi année après année : Gounod et Massenet sont bien servis, jouissant d’une notoriété jamais vraiment démentie (sauf de nos jours), Verdi et Wagner idem. Mais l’apport le plus intéressant du coffret demeure la place dévolue aux œuvres en création signées Reyer, Février, Dupont, Laparra, Enescu, Milhaud, Honegger, Poulenc. Evidemment, le perfectionnement des techniques d’enregistrement rend l’écoute parfois difficile concernant les prises avant 1945, mais étonnamment audible toutes celles qui suivent, restituant dans leur jus, la tension et l’expressivité des prises de rôles dans les œuvres nouvelles. Parmi les interprètes ainsi ressuscités, Caron, Litvinne, Muratore, Renaud, Delmas, Lassalle, Delna, Vanni-Marcoux, Endrèze… même si nous regrettons de n’avoir pas les rôles cruciaux de Lucienne Bréval, de la vichyste Germaine Lubin (ni Elektra ni Arianne chez Strauss et Dukas)… Après guerre, qualité sonore des bandes parvenues oblige, les témoignages renforcent aujourd’hui la trace des figures lyriques devenues à juste titre légendaires : Renée Doria, Geori Boué, Suzanne Sarroca, Rita Gorr, Régine Crespin, Denise Duval, José Lucionni, Gabriel Bacquier, Robert Massard, Ernest Blanc surgissent dans tout le relief de leur tempérament, sous la baguette des chefs Messager, Ingelbrehct, Désormières, Rosenthal, Cluytens, Dervaux…

Saluons le remarquable livret (anglais et français), richement illustré de portraits de chanteurs et éditorialement complet : il restitue tous les enjeux musicaux à l’Opéra de Paris, de 1900 à 1960, développant, explicitant, conceptualisant des thématiques majeures pour l’histoire de la Maison parisienne : origines et grands directeurs de l’Opéra de Paris, la troupe de 1875 aux années 1960, les chanteurs étrnagers à Paris, présence de la musique française ancienne, le grand opéra, Verdi et Wagner, la création lyrique au Palais Garnier, quelques entrées au répertoire de l’Opéra de Paris… Face à de tels trésors heureusement exploités et ici réédités, on pense à d’autres coffrets thématiques tout aussi passionnant. Souhaitons d’autres titres révélant l’activité insoupçonnée à l’Opéra de Paris… ce coffret en appelle un autre par exemple : de 1960 à nos jours. Captivant.

 

CD. L’Opéra de Paris : 1900 – 1960. Une histoire sonore. Coffret 10 cd coédition Opéra national de Paris / Malibran. Parution : juillet 2014.

Compte rendu, ballet. Paris. Opéra National de Paris (Palais Garnier), le 19 juin 2014. Soirée Robbins / Ratmansky, précédée du Grand Défilé du Ballet de l’Opéra. « Dances at a gathering », Jerome Robbins, chorégraphe. « Psyché », Alexeï Ratmansky, chorégraphe. Ballet de l’Opéra National de Paris. Choeur Accentus, Orchestre de l’Opéra National de Paris. Felix Krieger, direction musicale. Ryoko Hisayama, piano.

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Soirée d’une beauté rayonnante au Palais Garnier ! Le Ballet de l’Opéra National de Paris présente son défilé annuel, démonstration de la noblesse et de la grandeur de la danse française à son plus haut niveau, dans le lieu le plus emblématique. Le défilé précède deux ballets néo-classiques de rêve, joyau en joie et poésie de Jerome Robbins « Dances at a gathering » sur la musique de Chopin, et« Psyché » d’Alexeï Ratmansky, succession des tableaux féeriques au sujet merveilleux sur la musique éponyme de César Franck.

Poésie et virtuosité 

Les élèves de l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris commencent le somptueux défilé en toute dignité. C’est l’occasion pour les « petits rats » de l’Opéra de se présenter sur la scène imposante et fantastique du Palais Garnier ; de recevoir les applaudissements d’un public impressionné par leur prestance déjà avérée à un si jeune âge ! Le rêve de beauté commençant à peine, leur succèdent les danseurs du Corps de Ballet, les Premier Danseurs et les Etoiles. La marche d’Hector Berlioz extraite de l’opéra Les Troyens donne la mesure aux futurs et actuels protagonistes de la danse classique planétaire, pendant une quinzaine de minutes. Un délice visuel tout en prestige qui débute une soirée au rituel fortement attendu.

Le chorégraphe américain d’origine russe Jerome Robbins (1918-1998) a un parcours particulier. C’est l’une des figures inoubliables de la danse au XXe siècle. Il devient célèbre en chorégraphiant des comédies musicales à succès, telles Fancy Free, Le roi et moi, Un violon sur le toit et West Side Story notamment. En 1969, il revient au New York City Ballet pour la création de « Dances at a gathering », ballet néo-classique abstrait au lyrisme infini pour 10 danseurs sur une succession de pièces de Chopin (surtout des valses et des mazurkas). S’il s’agît d’un ballet à l’aspect poétique confirmé, les danseurs de l’Opéra y ajoutent une certaine fraîcheur, une joie de vivre qui relève du je ne sais quoi charmant si propre à Robbins. Nous avons trouvé la distribution riche en Etoiles tout à fait exemplaires : Mathieu Ganio est un danseur brun qui ravit l’audience par son allure très romantique, mais aussi par son élégance, sa musicalité, une finesse dans l’expression,y compris dans ses sauts parfois impressionnants. Josua Hoffalt, en danseur vert, fut une révélation. S’il voit la danse comme un sport selon ses déclarations, il se montre ce soir avant-tout artiste de talent , faisant preuve d’une souplesse incroyable, voire d’une virtuosité insolente. Les Premiers Danseurs Christophe Duquenne et Emmanuel Thibault, en danseurs bleu et rouge brique respectivement, sont à la hauteur, mélangeant ténacité, entrain, humour et bonheur dans leurs mouvements. Karl Paquette, en violet est un artiste talentueux et partenaire ès mérite, avec des portés les plus stables et les plus solides de la soirée. Il brille avec la lumière de l’excellence avec ses port de bras alléchants et une technique irréprochable. D’ailleurs, son partenariat avec Ludmila Pagliero, Etoile en danseuse rose est, comme d’habitude, particulièrement réussi. La danseuse argentine est d’une présence géniale dans Robbins, sa délicatesse alliée à une certaine virtuosité dans l’expression fait mouche. Nolwenn Daniel et Charline Giezendanner se montrent pétillantes et réactives. C’est une joie de les voir danser avec autant d’engagement, de vivacité et de fraîcheur. Le public ne peut d’ailleurs pas s’empêcher de les ovationner, avec Amandine Albisson, Etoile mauve, lors d’un pas de six impressionnant. Cette dernière a une élégance et une grâce particulière… Très en vogue en ce moment, nous l’avons trouvé charmante et avec ce soir, un beau legato. Finalement Aurélie Dupont, en vert, campe une performance de brio. Superbe technicienne, elle fait preuve aussi, bien heureusement, d’humour comme de piquant.

Nouveaux visages prometteurs

« Psyché » d’Alexeï Ratmansky, ancien directeur du Bolchoï, revient à Paris après sa création en 2011. Inspiré du mythe tardif légué par Apulée, auteur Latin du IIe siècle, le ballet néo-classique plutôt narratif raconte l’histoire et quelques aventures de Psyché et d’Eros, sous la musique fabuleuse du poème symphonique de César Franck (pour grand orchestre et choeur). Aux décors vibrants et enchanteurs de l’artiste contemporaine Karen Kilimnik s’ajoutent les beaux costumes, non moins enchanteurs, allégés par rapport à la création, d’Adeline André. Avec les tableaux chorégraphiques de Ratmansky, et ces ensembles attirants et quelques solos impressionnants, le ballet s’impose en véritable bijou.
Que cela soit dû aux blessures, à l’indisposition des Etoiles de la compagnie, ou tout simplement d’une décision de l’administration, la distribution compte avec des personnalités que nous voyons rarement sur le plateau. Le couple d’Eros et Psyché est interprété par le sujet (!) Marc Moreau et l’Etoile Laëtitia Pujol. Elle incarne le rôle-titre avec aisance, sa performance a quelque chose de théâtral et de touchant. Le couple est en général très aimable. Marc Moreau est une réelle surprise. Il allie un entrain fabuleux à une tendresse ravissante dans l’expression. Le Corps de Ballet et quelques rôles secondaires ont été particulièrement délicieux à regarder. Ratmansky réussit très bien ses tableaux et leur donne de la matière pour exprimer leur dons de danseurs. Remarquons particulièrement Laurence Laffon, Léonore Baulac, Sébastien Bertaud, Aurélien Houette, Axel Ibot et Alexis Renaud ; ainsi que les Quatre Zéphyrs de Daniel Stokes, Simon Valastro, Adrien Couvez et Alexandre Labrot au bel investissement. Finalement Alice Renavand, Etoile dans le rôle de Vénus montre les qualités de sa danse et une présence altière qui lui sied bien. La fin du ballet en marque l’apothéose, et nous insistons sur le talent, rare, du chorégraphe à créer des beaux tableaux visuels incluant tous les danseurs.

Un duo de ballets d’une rare beauté à ne surtout pas rater. Encore à l’affiche du Palais Garnier à Paris, les 23, 25, 27 et 29 juin, ainsi que les 1er, 2, 3, 4, 5 et 7 juillet 2014.

Verdi, Wagner et l’Opéra de Paris

Verdi_wagner_opera_de_paris_catalogue_expositionLivres. Verdi, Wagner et l’Opéra de Paris, catalogue d’exposition. En complément de l’exposition événementielle (qui clôt actuellement le bicentenaire des deux compositeurs en 2013) et qui a lieu à la Bibliothèque-musée de l’Opéra au Palais Garnier jusqu’au 9 mars 2014, l’Opéra et la BNF co-organisateurs éditent ce remarquable catalogue. La publication  rend compte de la richesse du sujet comme de la pertinence de l’approche scientifique et muséologique du parcours. Au XIXème, Paris reste le cœur de la modernité en marche et pour l’opéra, un temple de toutes les audaces comme le tremplin des carrières les plus prestigieuses. C’est pourquoi les deux contemporains, Wagner comme Wagner (nés en 1813) ont veillé à faire créer leurs œuvres à Paris. Si de leur vivant, les deux compositeurs réalisent différemment ce défi, chacun se confrontent tout en la découvrant, à la grande machine lyrique française : sérieux des répétitions et de la préparation des productions (même Wagner s’en étonne pour son Tannhäuser de 1861 pourtant imposé à l’institution par Napoléon III), surtout obligation pour les deux auteurs en recherche de reconnaissance et de gloire, d’écrire un ballet et de le placer précisément au 2ème acte, vers 10h du soir quand amateurs et abonnés (ceux du Jockey club) rentrent de dîner pour aller au théâtre afin d’y goûter le spectacle des danseuses.

Verdi saura se plier à cette tradition gauloise … avec le succès et les conséquences que l’on sait pour lui : 7 opéras seront ainsi produits de son vivant sur la place française ; Wagner moins flexible (et moins diplomate) n’aura pas cette intelligence : s’il écrit pour Paris un grand ballet pour Tannhäuser, il le place au début (pour ne pas rompre le fil dramatique de l’oeuvre) : il n’en fallait pas moins pour susciter un scandale et fâcher définitivement les décisionnaires avec ses oeuvres (du moins de son vivant).

 

 

 

Tout cela est remarquablement expliqué et récapitulé dans les textes richement illustrés, à travers 5 articles qui rétablissent le contexte, les enjeux esthétiques, le fonctionnement des commandes, le suivi des productions pour par exemple outre la création parisienne de Tannhäuser de Wagner en 1861 donc, celle des opéras de Verdi dont les 3 créations Jérusalem, Les Vêpres Siciliennes, Don Carlos (sans omettre les adaptations françaises des partitions déjà crées en Italie ou ailleurs : Nabucco (1845), Aïda (1880), Othello (1894), …

Verdi sort grand vainqueur des relations à l’institution parisienne : son buste figure dans le décor artistique choisi par Garnier pour le nouvel Opéra inauguré en 1875. Pour sa part, la réhabilitation de Wagner et sa faveur auprès du public et des directeurs, se fera plus tard, dans les années 1890 (après la mort du musicien) constituant jusqu’à aujourd’hui le pilier du répertoire … avec Verdi : l’association Verdi – Wagner et l’Opéra de Paris est dont totalement justifiée, outre l’opportunité du double bicentenaire 2013.

Au final, contributions et compléments iconographiques précisent de façon idéale, l’activité de Wagner et de Verdi à l’Opéra, de leur vivant, puis, sous l’angle d’une fortune critique, après leur mort, où, dans la programmation de la Maison lyrique, leurs oeuvres respectives attirent toujours autant les foules.
C’est aussi un bilan de l’Institution à leur époque, ce en quoi consiste le ” grand opéra ” à la française à l’heure du romantisme tardif, la réalité de la scène alors et une histoire des interprètes dont le choix pour chaque création ou reprise, est toujours le sujet d’échanges musclés entre le Théâtre et les compositeurs.

Fidèle au parcours de l’exposition, le catalogue conclut sa réflexion fructueuse sur une présentation des créations, premières et grandes reprises à l’Opéra de Paris, jalons d’une histoire lyrique passionnante, depuis Les Vêpres Siciliennes (1855) et Le Trouvère (1857) de Verdi (premier dans les lieux donc), Tannhäuser de Wagner (1861) jusqu’à Vaisseau Fantôme (1937) et Un Bal Masqué (1951)… sans omettre leurs échos contemporains incluant la récente Aïda (de 2014 version Olivier Py), comme le premier Ring à Bastille version Günter Krämer (en 2013)…

 

Exposition événement au Palais Garnier : Verdi et Wagner

En vérité, si aucune oeuvre de Verdi ne pose plus de problème aujourd’hui sur le fait de la choisir et de la produire à Paris, il n’en va pas de même avec les opéras de Wagner, en particulier Le Ring, toujours connoté, instrumentalisé, détourné en raison de l’antisémitisme de son auteur, récupéré ensuite par les nazis (les allusions à cette relecture hitlérienne du Ring n’ont pas manqué de susciter leur lot de réactions à Paris en 2013). Sur le plan artistique, l’obligation du grand opéra postmeyerbeerien incite Verdi comme Wagner à se dépasser en créant une forme à la fois grandiose et collective mais aussi intime et psychologique qui stimule l’ingéniosité des équipes techniques de l’Opéra de Paris : longtemps, le Théâtre parisien a compté parmi les meilleures maisons offrant décorateurs et scénographes expérimentés… c’est aussi l’un des enseignements de cette remarquable publication. A lire et à voir à la Bibliothèque Musée de l’Opéra, jusqu’au 9 mars 2014.

Verdi, Wagner et l’Opéra de Paris.  Catalogue de l’exposition à la Bibliothèque-musée de l’Opéra, Palais Garnier à Paris, jusqu’au 9 mars 2014. Ouvrage collectif. ISBN: 978 2 7177 2546 9. Éditions BNF. Bibliothèque nationale de France, avec l’Opéra national de Paris. Parution : début décembre 2013.

Compte-rendu : Paris. Opéra Bastille, le 7 mai 2013. Ponchielli : La Gioconda (1876). Urmana, Alvarez, Montiel… Oren, direction. Pizzi, scénographie

gioconda ponchielli illustration1Hugo a abondamment inspiré l’opéra romantique italien : Verdi puise l’intrigue âpre et tragique de son Rigoletto à partir du Roi s’amuse ; puis c’est la nouvelle génération des  ” échevelés “  (les fameux Scapigliati) qui à la suite du modèle verdien ne veulent rien de moins que reformer la scène lyrique italienne voire européenne vers la fin des années 1870 : voyez les champions de la nouvelle esthétique autoproclamée, l’écrivain Boito et le compositeur, maître de Puccini… Ponchielli ; tous deux réalisent La Gioconda, à partir du Tyran de Padoue du dramaturge français (1876) ; ils en font un manifeste du nouveau grand opéra italien, sorte d’héritage postverdien et postdonizettien, avec les premiers accents véristes…

 

 

Grande machine à l’italienne

 

Si dans Rigoletto c’est essentiellement la relation père / fille (Rigoletto, Gilda) qui échafaude le fil pathétique et tragique de l’action, on retrouve le même ressort dramatique dans La Gioconda de Ponchielli : ici, dès le lever de rideau, du moins dans cette mise en scène qui nous vient d’Espagne (Liceu de Barcelone et Teatro Real de Madrid, octobre 2005), la très proche filiation de la mère à la fille, Gioconda et sa mère aveugle dite ” la Cieca “, puis le sens du sacrifice de la jeune chanteuse vénitienne structurent toute l’intrigue. Autre parallèle intéressant soulignant la volonté de Ponchielli d’égaler voire dépasser le standard verdien : si chez Verdi, le duc de Mantoue incarne le sommet de l’immoralité sournoise, de l’irresponsabilité cynique absolument méprisable, il existe bel et bien une même figure noire, celle du sbire de l’ombre, à la fois mercenaire et délateur zélé (à la solde du conseiller Alvise), Barnaba : tel un vautour œuvrant par duplicité et rouerie masquées, l’emploi de baryton dramatique, tient  et de Mefistofele et de Iago ; c’est un agent manipulateur qui épris de la belle Gioconda, veut la posséder ; ses actions macchiavéliques dévoilent a contrario, en suscitant la résistance radicale de sa proie,  l’admirable sens du sacrifice de celle-ci.
La trame est encore nourrie par une seconde construction sentimentale : Gioconda aime sans retour Enzo, lequel est épris de la propre femme du conseiller Alvise Badoero, Laura ; tout se joue alors entre Gioconda et sa rivale, Gioconda et Enzo, mais à la faveur d’une action qui met en danger sa mère La Cieca, Gioconda saura renoncer et sauver le couple d’amoureux dont elle reste jalouse…

Jamais représentée sur le scène parisienne, La Gioconda fait ainsi son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris. On connaît la mise en scène  de Pizzi : créée au Liceu de Barcelonne, elle avait déjà été l’objet d’une captation live toujours disponible au catalogue (lire notre critique du dvd TDK La Gioconda avec Deborah Voigt dans le rôle-titre).  La vision d’une Venise brumeuse aux foules barbares et masquées souligne le mythe de la cité lagunaire, à la fois, fascinante et écœurante : c’est l’arène où La Gioconda accomplira son destin de paria tragique.

Le côté grande machine fonctionne toujours bien : foule hystérique et haineuse, après la régate, prête à torturer la mère aveugle identifiée en sorcière jeteuse de sorts ; superbe ballet des heures au III (bal à la Ca d’Oro), chœurs omniprésents et donc grande scène historicisante (l’action initiale propre à la Venise du premier Seicento a été déplacée vers celle plus décadente et perfide de la fin du XVIIIè) : l’atmosphère de pourriture sociale, délétère et vénéneuse où c’est Barnaba, maître des complots et persifleur délateur qui tire les ficelles, s’impose tout au long du spectacle. Et l’on comprend qu’en fin de drame, Gioconda, pur ange moral et loyal, veuille se donner la mort confrontée à un monde sans amour possible, qui n’est rien que manipulation et barbarie.

Pour autant à Paris, avouons notre déception totale face à ce qu’en offre Violetta Urmana : si le volume sonore est toujours présent, l’intonation, les passages et la fluidité font défaut: très peu à l’aise ce soir, la diva rate hélas son incarnation de La Gioconda. C’est pour nous l’erreur de la distribution ; un échec qu’annonçait déjà sa médiocre et approximative tenue dans La Forza del destino, présentée ici même en novembre 2011… Même le Barnaba de Claudio Sgura n’atteint pas cette duplicité diabolique et subtile, piquante voire mordante qu’exige le rôle (Boito visiblement fasciné par l’attraction malicieuse du mal avait déjà composé son chef d’oeuvre comme compositeur : Mefistofele en 1868 ; il récidivera encore aux côtés de Verdi, pour Otello, créant un Iago plus perfide et noir que Barnaba sans interrompre cependant la filiation) : chant lisse, linéaire…  ni impliqué ni suffisamment trouble ce soir … décidément rien n’égale l’éclat solaire de l’excellent ténor Marcelo Alvarez qui nous vaut un Grimaldo, entier, ardent et aussi fin dans chacune de ses interventions (magnifique air au II ” Cielo e mar “…) ; un emploi idéalement servi que rehausse encore dans les duos avec Laura, sa partenaire, vibrante et opulente Lucina d’Intino (ailleurs convaincante Amnéris dans Aïda de Verdi…). Les palmes du spectacle de ce soir allant incontestablement au mezzo ample, profond, suave de la madrilène Maria José Montiel, superbe incarnation et bouleversante présence de l’aveugle… Sa musicalité qui la conduira prochainement à chanter évidemment Maddalena dans Rigoletto, saisit par sa vérité.

Tout n’est donc pas à rejeter dans cette entrée au répertoire de La Gioconda. Reste l’orchestre de l’Opéra, aux ressources inouïes (superbe atmosphérisme de l’ouverture) mais que n’exploite pas encore totalement le chef Daniel Oren... pas aussi cohérent et allusif que l’excellent Philippe Jordan, lequel pour la Forza del destino susnommé, avait sauvé la production.
Nonobstant nos remarques et réserves, le spectacle est de bonne tenue, visuellement varié et riche en épisodes collectifs (dont le ballet des heures au III, rare ballet romantique italien qui a gagné son statut de cycle indépendant, souvent produit séparément de l’opéra) : d’une durée de plus de 3h, (entractes compris), les spectateurs en ont pour leur argent.

A l’affiche de l’Opéra Bastille jusqu’au 31 mai 2013. A ne pas manquer, direct au cinéma (réseau UGC), le 13 mai 2013, 19h30.  Diffusion France Musique, le samedi 18 mai 2013, 19h.

Illustrations : tableaux du peintre Francesco Hayez : Vénitiennes en prise à l’esprit de la dénonciation (DR)

Expos. Verdi, Wagner et l’Opéra de Paris, jusqu’au 9 mars 2014

Exposition. Du 17 décembre 2013 au 9 mars 2014. Les relations tumultueuses entre Giuseppe Verdi, Richard Wagner et l’Opéra de Paris ont déjà fait l’objet d’expositions, notamment dans les murs du Palais Garnier, mais toutes ces manifestations ont porté l’attention de manière disjointe sur chacun des deux compositeurs dans ses rapports avec la « Grande boutique ». Pourtant, il s’agit bien de deux contemporains qui amènent à l’Opéra une nouvelle conception du genre lyrique et une nouvelle vision de la scène – leurs idées se rejoignent d’ailleurs pour partie – et qui ont affaire aussi aux mêmes hommes : c’est sous la même direction, celle d’Alphonse Royer (1856-1862), que Le Trouvère et Tannhäuser entrent au répertoire de l’Opéra, respectivement le 12 janvier 1857 et le 13 mars 1861. L’exposition à la Bibliothèque Musée de l’Opéra de Paris, au Palais Garnier dresse un bilan exhaustif de leurs relations difficiles, toujours tendues mais particulièrement fécondes. La France avec Baudelaire confrontée au choc de Tannhäuser invente le wagnérisme littéraire ; Verdi s’acclimatant au cadre de l’opéra français régénère son style avec Jérusalemn, Don Carlos …

 

 

à l’école du grand opéra avec choeur et ballet …

 

verdi_582_face_portrait_boldiniNe convient-il pas de reconsidérer de manière croisée comment l’Opéra adopte les idées nouvelles qu’apportent ces deux compositeurs, comment il y résiste, comment il les transforme ? Les relations de Verdi et de Wagner avec l’Opéra obéissent aussi à des enjeux institutionnels, artistiques, économiques et politiques qui ne s’évanouissent pas avec le décès des deux compositeurs, bien au contraire : les ambitions artistiques et de modernité des directeurs, mais aussi les évolutions des rapports diplomatiques entre la France, l’Allemagne et l’Italie (à l’occasion notamment des deux conflits mondiaux qui marquent le XXe siècle) tout comme les mutations de l’économie du spectacle expliquent la dynamique qu’entretient le répertoire de l’Opéra avec les œuvres de Verdi et de Wagner.
À l’occasion du bicentenaire de la naissance des deux compositeurs, la Bibliothèque nationale de France et l’Opéra national de Paris s’associent donc pour montrer comment, de la première de Jérusalem de Verdi, en 1847, à la présentation du cycle complet de L’Anneau du Nibelung de Richard Wagner, en 2013, l’Opéra de Paris réexamine régulièrement la place que prend l’œuvre monumentale et réformatrice de Verdi et de Wagner au sein de son répertoire.

 

Les Petits Rats de l’Opéra (série télé sur Arte, 21 et 28 avril 2013)

Télé, Arte. Les rats de l’Opéra de Paris. Les 21 et 28 avril 2013, 16h20

Comment les petits rats entrent dans la danse ?

6 épisodes sur la formation des jeunes danseurs à l’Opéra de Paris…

En 6 épisodes de 26 mn chacun, Arte souligne les 300 ans de la naissance de l’Ecole française de danse à travers une série documentaire sur l’apprentissage des jeunes danseurs de 8 à 18 ans…

rats_opera_garcons_danseursDe Septembre 2011 à juillet 2012, les jeunes apprentis danseurs de l’Opéra national de Paris apprennent les rudiments du métier à travers une discipline exemplaire voire spartiates que beaucoup ont un temps décriée et dénoncée… Immersion dans le quotidien de l’effort esthétique, de l’athlétisme chorégraphique au service du vocabulaire classique et des grandes oeuvres du répertoire… Les 21 et 28 avril à 16:20. Inédit. Feuilletons documentaires à l’occasion du tricentenaire de l’Ecole française de danse en 2013. (Arte, 6x26mn).

Les petits rats de l’Opéra

Une année au cœur de l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris, de septembre 2011 à juillet 2012. La réalisatrice Françoise Marie filme les premiers pas des jeunes rats de l’Opéra : apprentissage, discipline, confrontation à la magie et à la dureté de la scène mais aussi pour l’œil de la réalisatrice, passage de l’enfance à l’adolescence et au monde adulte… L’Ecole de Danse de l’Opéra national de Paris, fondée il y a 300 ans, est aujourd’hui un lieu mythique, de réputation internationale. Elle s’est trouvée pendant 150 ans au cœur même du prestigieux Palais Garnier à Paris. Aujourd’hui, l’école se trouve à Nanterre, en banlieue parisienne, dans un lumineux bâtiment signé Portzamparc. Elle compte 130 élèves âgés de 8 à 18 ans, portés par un même désir : danser un jour dans le corps de ballet de l’Opéra de Paris. 
Témoin privilégié, la caméra de Françoise Marie les a accompagnés le temps d’une année scolaire.

Arte, les 21, 28 avril 2013, 16h20 
Diffusion des épisodes
Dimanche 21 avril 2013, 16h20
3 épisodes: 1, 2, 3.
1)   La rentrée
Septembre 2011. Une nouvelle année débute à l’Ecole de Danse de l’Opéra qui compte 130 enfants âgés de 8 à 18 ans. Il y a ceux dont c’est le premier jour. Il y a ceux qui retrouvent avec satisfaction un univers familier. Il y a ceux qui viennent de loin : Italie, Finlande, Chine… le film explore les sentiments, attentes, craintes des élèves danseurs en ne privilégiant aucun en particulier.
Chaque matin, à 8 heures, dans le bâtiment dédié à la scolarité, les élèves de l’Ecole grimpent les marches qui vont les mener de l’école primaire à la terminale.  L’après-midi est, lui, dédié à la danse. Dès la rentrée, à peine achevé le discours de bienvenue prononcé par la Directrice et danseuse étoile, Elisabeth Platel, l’école entre en effervescence, avec la préparation du défilé : chaque année depuis 1949, le corps de ballet et l’école de danse défilent ensemble sur la grande scène de l’Opéra Garnier, sur l’air d’une marche militaire composée par Hector Berlioz. En faisant leurs premiers pas sur scène, les petits rats goûtent au paradis de la scène…

2 ) Au travail !
En participant au défilé du corps de ballet de l’Opéra national de Paris, les élèves ont éprouvé le sentiment d’appartenir à cette grande maison. Pourtant, rien ne peut les assurer qu’ils seront là l’année prochaine et qu’ils côtoieront encore les étoiles qui les font rêver…
La danse est l’école de la discipline, de l’endurance, de la rivalité aussi, saine et inévitable compétition qui fait surgir les meilleurs d’entre eux, plus armés physiquement mais aussi plus mûrs sur le plan psychologique.
Pour rester se maintenir parmi les rangs de l’école, ils devront digérer les critiques, adhérer à l’exigence, aux horaires, supporter l’effort quotidien, l’éloignement de leur famille, se responsabiliser… devenir adultes. Au fil des cours, ils vont apprendre de leurs professeurs, héritiers d’une longue tradition, une technique et un style. En effet, depuis 300 ans, les maîtres transmettent à leurs élèves les échauffements, les exercices, les conseils qu’ils ont eux-mêmes reçus de leurs maîtres… d’étoiles à graines d’étoiles. Des exigences de discipline, de ports de tête en ports de bras, de bas de jambes, qui rendent reconnaissable dans le monde entier le style « Opéra de Paris » jusqu’à la maîtrise d’une silhouette, acrobatique et souple à la fois, prête à rebondir et s’élancer sans entraves.

3)  Les progrès
Pirouettes, tours attitudes, brisés volés, cabrioles… C’est l’automne et quelque chose se prépare à l’École de Danse de l’Opéra de Paris, qui va mobiliser tous les élèves danseurs. En décembre, chaque division va présenter sur la scène du Palais Garnier, un peu de son travail quotidien, pour un rendez-vous attendu du public : les démonstrations de l’École de Danse. L’enjeu est important. Dans le public, amateurs et professionnels scrutent en détail les exercices et les progrès des élèves. 
Parmi tous les enseignements dispensés, cet épisode ce consacre aux plus inédits: chez les grands, les premiers cours d’adage, dans lesquels ils apprennent les pas de deux; chez les petits, les cours d’expression musicale où ils ressentent l’importance du premier pas sur scène et s’essaient aux exercices qui vont développer leur créativité.

Diffusion du 28 avril 2013, 16h20
3 derniers épisodes : 4, 5 et 6

danse_graines_etoiles_opera_paris_petits_rats4) Un monde à part
Les vacances de Noël sont terminées. Les applaudissements qui ont salué les démonstrations des élèves au Palais Garnier appartiennent déjà aux beaux souvenirs.
Nourris d’enseignements riches et variés allant de la danse folklorique à la danse de caractère, de la danse contemporaine à l’étude des styles chorégraphiques à travers les siècles, c’est dans un cocon formateur et protecteur que garçons et filles vivent leurs années d’adolescence. Pourtant le chemin des étoiles est étroit: n’être ni trop gros, ni trop maigre, ni trop petit, ni trop grand, exceller en danse, mais aussi préparer son baccalauréat, cela laisse bien peu de place aux rêves et turbulences de l’adolescence… 
Les élèves se sentent dans une bulle, à la fois protégés, mais aussi parfois contraints, enfermés, expérimentés, à l’écart de la réalité. 
Une fois par an, les portes de la bulle s’ouvrent aux enfants des autres écoles, pour les “Démonstrations Jeune Public”; se joue alors un jeu de regards entre deux mondes et deux jeunesses.5) En scène
Des costumes, des personnages, voici venu le printemps et le temps des ballets. Le temps pour les élèves de briller comme de vrais professionnels.
Les petits vont participer aux côtés des étoiles à l’un des spectacles de la saison, « La Bayadère », donné sur la grande scène de l’Opéra Bastille. 
Les grands se partageront les rôles dans les trois chorégraphies présentées au très attendu « spectacle de l’Ecole de Danse » qui aura lieu comme chaque année à l’Opéra Garnier : 
- « Le Bal des Cadets », une chorégraphie pétillante qui met en valeur les qualités techniques et leurs talents d’acteurs de chacun. 
- « Symphonie en trois mouvements », chorégraphié par Nils Christe, invité par l’Ecole à monter ce ballet aujourd’hui dansé dans le monde entier. 
- « Variations », pièce de Johannes Brahms dont Violette Verdy, ancienne Directrice de la Danse à l’Opéra de Paris et danseuse étoile de Balanchine a conçu la chorégraphie.
Cette fois, il s’agira d’aller plus loin, d’endosser des rôles, devenir des personnages, en costumes, dans des chorégraphies renommées : enfin être des artistes. Interpréter, jouer…
 
6) Le temps des épreuves
À l’École de Danse de l’Opéra de Paris, le mois de mai annonce le temps des épreuves.  Tous les élèves doivent passer un examen pour accéder à la classe supérieure. La véritable inquiétude n’est pas le redoublement, mais le renvoi… 
Mais pour les élèves de dernière année, se joue l’étape décisive du concours d’entrée dans le corps de ballet. Les candidats qui ont moins de 18 ans pourront éventuellement rester une année de plus pour retenter le concours l’année d’après. L’enjeu est décisif pour ceux qui vont avoir 18 ans. Cette année, l’Opéra de Paris ne recrute que 4 danseurs!
En plus des préparations au concours et au baccalauréat, les grands doivent aussi, comme chaque année, encadrer les jeunes pour organiser la fête de l’école!
C’est de l’extérieur, sur les feuilles de résultats affichées sur la porte de l’école ou sur une vitre de l’entrée des artistes de l’Opéra Garnier, que les jeunes danseurs apprennent s’ils seront admis pour l’année prochaine, ou recalés voire écartés…  Les plus grands découvrent le tournant que va prendre leur vie.

Les Petits Rats de l’Opéra

Télé. Arte. Les Petits Rats de l’Opéra, le 21 avril 2013,16h20

Comment les petits rats entrent dans la danse ?

6 épisodes sur la formation des jeunes danseurs à l’Opéra de Paris…

rats_opera_filles_danseuses_tutu_rosesDe Septembre 2011 à juillet 2012, les jeunes apprentis danseurs de l’Opéra national de Paris apprennent les rudiments du métier à travers une discipline exemplaire voire spartiates que beaucoup ont un temps décriée et dénoncée… Immersion dans le quotidien de l’effort esthétique, de l’athlétisme chorégraphique au service du vocabulaire classique et des grandes oeuvres du répertoire… Les 21 et 28 avril à 16:20. Inédit. Feuilletons documentaires à l’occasion du tricentenaire de l’Ecole française de danse en 2013.

De l’enfance à l’adolescence, du rêve à la discipline

Notre avis. Voilà une série qui laisse dubitatif sans pour autant desservir son sujet. Opéra de Paris oblige, la forme devait être très classique et formelle, structurée comme un exposé scolaire. On suit sans privilégier aucun des élèves, les classes des petits rats et celles des grands, en parcourant les thématiques qui s’entrecroisent : discipline et plaisir, effort et décontraction, concurrence et émulation mais aussi solidarité et soutien (le système du parrainage où les plus petits ont leurs “petits pères ” et leur “petites mères”, issus de la classe des grands…).

Au final l’alternance classes des petits puis classes des plus grands finit par lasser : les plus jeunes apprennent l’expression musicale par le chant, préparent le spectacle de démonstration avant de participer aux ballets réels de l’Opéra ; les grands (16-18 ans) répètent pour le spectacle de l’Ecole de danse puis surtout le fameux Concours qui leur donne accès au corps de l’Opéra.
Pour cette saison, 2 sur les 13 candidats feront leur entrée dans le corps de ballet: une sélection difficile qui reconnaît au final le travail, l’endurance, la personnalité, l’esprit ” Opéra de Paris “, semé d’élégance, de grâce, d’excellence… La caméra saisit de rares moments de magie ou de connivence ; tout a été savamment répété avant le passage caméra ; le travail avec les professeurs (cours le matin, danse l’après-midi) est dévoilé sans excès, par petites touches, et plus curieux, les épreuves et les sessions du Concours d’entrée ne sont pas filmées :  ne pas perturber la mécanique et surtout les élèves qui  parient sur leur avenir; le docu s’arrête donc aux portes d’une épreuve qui reste l’objectif principal de tant de répétitions et de dépassement.
Au final, le film dans sa globalité des 6 volets de 26 mn cible davantage le passage de l’enfance à l’adolescence, du rêve désincarné à la discipline qui impose au corps pubère, une technique inenvisagée jusque là. C’est là en définitive le vrai sujet de la série. Qu’il réussisse ou pas, le jeune danseur nous touche d’abord pas la conscience qu’il a des enjeux qui se joue avec lui : connaître ses limites par rapport à un objectif fixé et clairement identifié, voilà peut-être le meilleur moyen de réussir dans la vie. Pour grandir et vaincre, connais d’abord tes propres limites.

Dimanche 21 avril 2013 à 16h20: diffusion des 3 premiers épisodes (3 x 26 mn)