CD, compte rendu critique. Campra : Tancrède, version 1729 (3 cd Alpha, Schneebeli, 2014)

campra-tancrede-cd-alpha-olivier-schneebeli-isabelle-druet-critique-du-cd-CLIC-de-classiquenews-mai-2015CD, compte rendu critique. Campra : Tancrède, version 1729. Orchestre Les Temps Présents & les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction. Travail exceptionnel sur l’articulation du texte, l’un des livrets les plus forts et “viril” du compositeur (signé Antoine Danchet) qui renoue ainsi avec la coupe noble et héroïque de son aîné et modèle Lully (aidé du poète Quinault). Tous les chanteurs excellent dans la projection naturelle et souple du français et Olivier Schneebeli ajoute les inflexions dramatiques et sensuels d’un orchestre destiné à exprimer les passions de l’âme, en particulier la passion naissante des deux guerriers opposés : le chrétien Tancrède et la Sarrazine Clorinde. Ici l’opéra français égale sinon dépasse l’impact expressif du théâtre classique parlé et déclamé de Racine. S’y glissent et triomphent aussi les divertissements, instants de grâce qui alliant choeurs, ballets, et séquences portés par les seconds rôles, apportent ces détentes propices, véritables temps de pure poésie entre des tableaux à l’épure tragique d’une tension irrésistible. Saluons dans ce sens les deux dessus au verbe ciselé autant qu’au jeu d’une solide justesse (Anne-Marie Beaudette et en particulier Marie Favier au timbre rond et palpitant). Chacune de leur prestation fait mouche, les divertissements gagnent un surcroît de profondeur. Tout concourt à tisser le lent et inéluctable fil tragique vers la mort de la sublime guerrière, Clorinde.

 

 

 

Olivier Schneebeli réalise un sommet tragique et poétique dans ce Tancrède de 1702

Tristan et Isolde baroque

 

CLIC_macaron_2014Le couple noir et jaloux : Argant / Herminie exalte de pulsations haineuses et pourtant d’une sincérité magicienne (Alain Buet et Chantal Santon) : leurs personnages surtout celui d’Herminie s’expose sans épaisseur, avec la même finesse prosodique au début du III. Pour les rôles de Clorinde et de Tancrède, les deux protagonistes Isabelle Druet et Benoît Arnould ont la jeunesse, la justesse et la sincérité de deux timbres admirablement engagés. On se délecte dans leurs oppositions, confrontations successives, le point d’orgue de leur union pudique admirablement exprimée sur la scène demeurant le duo d’une économie souveraine et d’une grande poésie du IV (” Gloire inhumaine, hélas ! que tu troubles nos coeurs ” : sommet de la lyre tragique vécue par les deux 2 coeurs blessés).
Une réserve cependant pour la tenue vocale du baryton : s’il a le timbre idéalement sombre et virile, sa ligne vocale manque parfois de justesse comme de simplicité.
L’acte IV, celui de la haine active (sous le feu d’Herminie et du mage Isménor) est aussi surtout celui de la confession amoureuse quand (scène 6), Clorinde avoue son amour pour lui à Tancrède. Quand au V, la gloire toute acquise à Tancrède est le sujet de sa profonde douleur car il y perd Clorinde qui s’épuise et meurt dans ses bras en un duo tristanesque d’un lugubre digne qui est un autre absolu poétique.
clorinde isabelle druet tancredeC’est fidèle à la poésie sombre et lugubre du Tasse que Danchet et Campra brossent un portrait noir des amours guerriers : la pompe victorieuse, la gloire qui jaillit et étincelle sur l’armure de Tancrède sombre immédiatement dans le gouffre de la douleur quand le Chrétien découvre son aimée Clorinde, touchée au coeur expirante. La noblesse, le raffinement, la suavité mesurée et allusive des divertissements, le chant perpétuellement soucieux de son intelligibilité font toute la qualité de cet enregistrement pris sur le vif à l’Opéra royal de Versailles, les 6 et 7 mai 2014. VOIR. Les caméras de classiquenews étaient fort heureusement présentes lors de la performance : visionner notre reportage vidéo Tancrède de Campra, recréation de la version de 1729.
Voici au disque le meilleur enregistrement de la collection Château de Versailles. CLIC de classiquenews de mai 2015.

CD, compte rendu critique. Campra : Tancrède, version 1729. Orchestre Les Temps Présents & les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction. Avec Benoît Arnould, Tancrède. Isabelle Druet, Clorinde. Chantal Santon, Hermoinie. Alain Buet, Argant. Eric Martin-Bonnet, Isménor. erwin Aros, Anne-Marie Beaudette et Marie Favier (seconds rôles divers). 3 cd Alpha baroque Outhere music 2h46mn. Référence : 3 760014 199585

Compte rendu, opéra. Trappes, La Merise, le 10 février 2015. L’Inde Galante d’après les Indes Galantes de Rameau. Collégiens de Trappes, Pages et instrumentistes du Centre de musique baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction. Michel Verschaeve, mise en scène. Françoise Deniau, chorégraphie.

visuel-_-inde-galante-cmbv-trappes-et-Versailles-Rameau-classiquenews-le-quatuor-de-solistes-les-pages-de-la-Maitrise-du-cmbv-10-fevrier-2015-compte-rendu-critique-inde-galante-de-RameauSpectacle pédagogique et humaniste. L’éducation et la musique forment-t-elle la jeunesse ? A quoi précisément, et de quelle manière ? A cette question, aux enjeux si brûlants depuis la terrible actualité française de janvier 2015, répond le CMBV dont l’engagement pour la résurrection des grandes machines lyriques et chorégraphiques de la monarchie triomphante s’intéresse aussi comme en un pendant imprévu à des actions d’un autre type : toute l’équipe artistique et les jeunes chanteurs du CMBV savent ici impliquer plusieurs classes de collégiens à Trappes (Collèges Youri Gagarine, Gustave Courbet, Le Village) et les initier à l’esthétique baroque, à la délicate machinerie d’un spectacle qui mêle selon les codes du XVIIIè : chant, déclamation, danse : certains dansent, chantent dans les choeurs, déclament surtout de savoureux textes intégrés entre les scènes de l’opéra ballet de Rameau choisi pour l’occasion. Supplément d’âme à une scène lyrique et chorégraphique des plus raffinées (1736), les producteurs ajoutent aussi la délectation de pensées choisies signées de l’Abbé Raynal, auteur en 1781 de L’Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des européens dans les deux Indes… vaste recension qui malgré le déroulé de son titre, concentre une vision étonnamment fraternel et humaniste vis à vis de l’Indigène. Un manifeste pour la paix entre les peuples qui a aussi sensibilisé les jeunes interprètes aux enjeux du vivre ensemble.

C’est un travail spécifique qui fait travailler les jeunes Pages de la Maîtrise avec les collégiens des trois établissements de Trappes (78). Choc culturel, expérience pédagogique, rencontre surtout entre des milieux et des univers si différents qui cependant apprennent à se connaître, à partager, puis s’accomplir dans la réalisation d’un formidable spectacle dont la finesse et l’intelligence transforment aussi la partition retenue : la dernière entrée des Indes Galantes de Rameau : les Sauvages, ajouté lors de la reprise de l’opéra-ballet en 1736,  un an seulement après sa création.

L’équipe artistique réunit des pointures du genre et des disciplines réunies : Françoise Deniau pour la chorégraphie, Michel Verschaeve pour la mise en scène et Olivier Schneebeli, chef permanent dont les qualités de pédagogue font merveille dans ce type de travail. La valeur du projet tient à la confrontation directe et franche des univers en présence : les jeunes pages du CMBV, véritables professionnels de la musique, nourris d’éloquence et de gestuelle baroques, de souci du texte comme de musicalité du chant ; et les collégiens trappistes, dont l’ordinaire demeure bien éloigné de l’esthétisme monarchique comme de la déclamation des idées philosophiques du XVIIIè. Pourtant les jeunes réalisent ici une production convaincante où Michel Verschaeve a opportunément intégré plusieurs  textes de Raynal, au regard généreux et plein d’humanité pour les Indiens d’Amériques. L’action des Indes Galantes souvent mésestimée révèle a contrario des préjugés sur la soit disant faiblesse poétique et littéraire des opéras ramistes, la modernité et la pertinence de Rameau et de son librettiste : ici s’affirme déjà avant le thème du bon sauvage de Rousseau,  un humanisme fraternel et admiratif, respectueux et tendre même vis à vis des “Sauvages” : autour de la belle indigène Zima s’affairent les colons européens, Alvar et Damon. Convoitée, courtisée, Zima choisit finalement pour élu de son coeur son semblable Adario : Rameau réalise en une véritable apothéose (la fameuse danse du calumet de la paix), la célébration de l’amour sincère : les Indiens d’Amérique affirmant ainsi une leçon de vertu amoureuse aux plus tendres élans. La vision est d’une incroyable intelligence : les Indiens n’y sont pas vus comme une race inférieure mais au contraire comme un peuple admirable en tout point, vision positive et fraternelle partagée par Raynal dans ses textes.

 

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Pages et collégiens défendent la liberté et l’esprit fraternel

L’Inde Galante ou Rameau revisité

 

 

Parmi le quatuor vocal assuré par les Pages du CMBV, distinguons le charme et l’aisance scénique de la jeune soprano Chimène Smith dans le rôle virtuose et redoutable de Zima (Régnez, Plaisirs et jeux, combiné aux trompettes brillantes, fait retentir le triomphe simple des amants magnifiques) : elle a le port gracieux sans préciosité, et le naturel d’un chant qui sait s’attendrir. Ses partenaires masculins affirment des tempéraments vocaux naturellement caractérisés : le Damon, vrai soprano flûté de Clément Peaucelle, et l’Alvar, à la diction la plus parfaite de Karl-Loïs de Lastic Saint-Jal, au chant puissant, sûr, affûté.
A leurs côtés, les collégiens en tee-shirts colorés (jaune, bleu, rouge) apprennent l’élégance des pas chorégraphiés, les défis de la synchronicité, la finesse et la grâce d’une partition flamboyante et étourdissante par son raffinement et sa complexité. C’est aussi jusqu’aux deux représentations publiques programmées à La Merise de Trappes puis à l’Opéra royal de Versailles, les 10 et 12 février 2015, un apprentissage de la discipline et du jeu collectif sans lesquels la magie du spectacle ne se réalise pas. Actualisation inévitable, les trappistes réalisent une version hip hop de la Chaconne finale dont les accents soulignent là encore combien la rythmique de Rameau nous paraît toujours aussi proche et familière.
Rien de plus vivant que ce Baroque là, de plus stimulant que ce Rameau revisité par un collectif d’enfants, associés imprévus d’une entreprise aux enjeux salutaires. Que garderons les trappistes comme les Pages plus habitués à l’exercice de la scène ? Des sons, des rencontres, la magie de la scène et surtout grâce aux textes combinés (qui ont été on l’imagine, sources de débats à l’école entre enfants et professeurs), l’expérience du respect et de l’écoute de l’autre, l’estime des autres, le goût de la paix partagée : des valeurs clés à préserver coûte que coûte.  En prolongement de son anniversaire 2014, Rameau ne pouvait trouver transposition pédagogique aussi réussie.

 

 

Compte rendu, opéra. L’Inde Galante d’après Les Indes Galantes de Rameau, 1736. Elèves des collèges de Trappes (Gagarine, Courbet). Pages et instrumentistes du CMBV. Olivier Schneebeli, direction. Michel Vershaeve, mis en scène. François Deniau / Marc Barret, chorégraphie.

 

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Illustrations : © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

 

 

Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’après Rameau

Rameau-jean-philippe-portrait-600Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’après Rameau. Et si Castor et Pollux, opéra funèbre et même ample et spectaculaire réflexion sur la mort, avait outrepasser son cadre lyrique stricte, jusqu’à inspirer par ses thèmes et sa couleur particulière tout un Requiem inédit ? C’est le constat qu’illustre le Requiem Aeternam, abordé par Olivier Schneebeli et ses effectifs choraux ce 11 octobre en un passionnant programme qui s’annonce prometteur : l’ensemble de la matière musicale que l’on écoute, s’inspire ouvertement de mélodies et compositions réalisés par Rameau pour son opéra Castor et Pollux dont la dernière et sublime version date de 1754. En brossant le portrait des frères spartiates Dioscures, Castor mort, Pollux prêt à le remplacer aux Enfers, Rameau a écrit l’une de ses partitions les plus poignantes, véritable succès inégalé pendant tout le XVIIIème siècle. La Messe de Requiem ressuscitée ainsi affirme la notoriété et l’impact des œuvres de Rameau de son vivant.

Thomas Leconte, chercheur et musicologue du CMBV Centre de musique baroque de Versailles explique l’intérêt de cette résurrection, d’autant plus opportune pour l’année Rameau (250 ans de sa disparition en 1764)…

chapelle-concert-gauche« La messe est écrite pour cinq voix récitantes (2 dessus, haute-contre, basse-taille, basse), un chœur à quatre voix (dessus, haute-contre, taille, basse-taille/basse), tous soutenus par trois dessus de violon (et flûtes pour les deux premiers), effectif instrumental assez fréquent dans les répertoires pratiqués dans les cathédrales de province, les maîtres de musique devant souvent se contenter, pour soutenir les voix d’ enfants et des chantres, de quelques instruments, à l’ordinaire comme à l’extraordinaire. Cette Messe de Requiem nous est parvenue sous forme de parties séparées (4 parties vocales : dessus, haute-contre, taille, basse-taille ; 3 parties de violon : 1er violon et flûtes, 2ème violon et flûtes, 3ème violon ; une partie de basse continue ; une partie de basson, pour le premier chœur seulement), complétées par deux fragments de partition: l’un, probablement de la main du compositeur, comporte quelques mesures de l’Introït et du Kyrie, avec des variantes plus ou moins importantes par rapport aux parties séparées ; l’autre, de la même main que les parties, donne une version remaniée pour la Post-communion (non retenue pour ce concert). Très fautives – on peut douter qu’elles aient pu servir en l’état à une exécution –, les parties séparées sont également incomplètes. La mise en partition et la comparaison avec les fragments de partitions ont en effet révélé qu’il manquait au moins deux parties séparées dans l’ensemble qui nous est parvenu : une partie de 2ème dessus et une partie de basse ou de 2ème basse-taille, que l’on peut partiellement restituer grâce au fragment autographe de l’Introït (2 dessus dans le duo « Te decet hymnus ») et du Kyrie (basse récitante). En revanche, aucun fragment ne permet de restituer la ligne vocale du Sanctus, très probablement confiée à l’une de ces deux voix. Enfin, pour le duo « Lux æterna » de la version originale de la Post-communion, pour lequel il ne subsiste que le dessus vocal, il est possible de déduire une ligne de basse vocale de la partie de basse continue «  précise encore Thomas Leconte dans la passionnante notice qui prépare au concert de Versailles.

Requiem inédit d’après Castor et Pollux de Rameau

Soit plus de 15 emprunts à l’opéra Castor et Pollux dans sa version 1754.  « Excepté pour « Et lux perpetua » du Graduel et « Sed signifer sanctus Michael » de l’Offertoire, conçus par combinaison de deux thèmes distincts, un mouvement de la Messe de Requiem se base généralement sur un seul emprunt musical. Il en résulte donc une grande variété d’emprunts, dans des sections généralement assez courtes et assez peu développées, ce probablement pour des nécessités liturgiques. Les citations sont de longueurs variables mais le plus souvent assez courtes, le compositeur ne reprenant parfois même qu’une idée, plus ou moins modifiée, qu’il adapte aux impératifs prosodiques du nouveau texte latin. Les emprunts se font sur plusieurs niveaux. Le plus simple est l’emprunt fidèle à Rameau, avec des aménagements relativement minimes (outre les adaptations prosodiques) portant essentiellement sur l’instrumentation, simplifiée ».

RAMEAU portrait 1761L’emprunt le plus marquant concerne le récit initial du Graduel (Requiem Aeternam…) qui reprend la déploration funèbre, célébrissime (même Sofia Coppola en fait une scène fameuse où Marie-Antoinette assiste à l’opéra dans son film pop psychédélique) celui quand Télaïre chante en regrettant la mort de son bien aimé Castor : « Tristes apprêts, pâles flambeaux… », l’un des airs les plus sublimes de la littérature ramélienne pour soprano et orchestre.  L’emprunt le plus fidèlement retranscrit a été réservé à l’Offertoire (Hostias et perces »), transposition littérale de l’air pour baryton de Pollux (« Séjour de l’éternelle paix », IV, scène 4). N’omettons pas non plus l’entrée solennelle et majestueuse dès l’ouverture du Requiem, si touchante grâce à la reprise du choeur des Spartiates pleurant la mort du même Castor (Que tout gémisse)… De l’opéra à l’église, la sensibilité et la qualité du recueillement reste intact. Le transfert d’un mode à l’autre, – du lyrique profane au sacré déploratif-, est tout fait légitime. Combien de compositeurs depuis les premiers temps baroques, ont écrit et ébloui indistinctement comme auteurs d’opéras ou d’église, Monteverdi le premier. Rameau ne déroge pas à la règle : il a même imposé son tempérament unique en son siècle, d’abord dans la forme du grand motet, avant de traiter les possibilités illimitées de la scène lyrique. Du vivant même de Rameau, ses opéras ont livré une formidable matière aux Messes données dans les cathédrales de province, messes ainsi élaborées par Louis Grénon (ca 1734-1769) ou aussi  Denoyé (mort en 1759). Dans le cas du Requiem de ce soir, les emprunts sont réalisés avec une intelligence et une pertinence rares propres à construire une arche fervente qui touche et convainc par la cohérence de son architecture global. Le résultat est loin de n’être qu’un composite d’airs recyclés sans unité ni gradation.

CMBV Schneebeli cmbv_web« On ne doit sans doute pas voir dans ses emprunts une facilité de composition, tant ce type de rhabillage musical est un exercice complexe, mais bien plutôt un hommage à la musique d’un compositeur reconnu de son vivant même comme l’un des plus grands maîtres français. À sa mort, survenue le 12 septembre 1764, tout le royaume célébra unanimement sa mémoire par de nombreux hommages musicaux. À Paris, le principal service, organisé par François Rebel et François FrancÅ“ur, fut donné en l’Oratoire du Louvre le 27 septembre 1764 et réunit les musiciens de l’Opéra et de la Musique de la cour. On y donna la célèbre Messe des morts de Jean Gilles, retouchée et agrémentée pour la circonstance d’extraits d’œuvres lyriques de Rameau, notamment le chÅ“ur « Que tout gémisse » de Castor & Pollux, adapté en Kyrie, ou l’air de Pollux « Séjour de l’éternelle paix », arrangé pour le Graduel. De nombreuses cérémonies furent organisées en province, notamment à Avignon, Orléans, Marseille, Dijon, Rouen… Peut-être la Messe de Requiem anonyme du fonds Raugel constitue-t-elle un témoin musical de ces très nombreux hommages rendus par tous les musiciens du royaume, qui reconnaissaient en Rameau l’un de leurs plus grands maîtres », conclue Thomas Leconte.

 

 

 

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Requiem Aeternam, d’après Castor et Pollux de Rameau, 1754

Versailles, Chapelle royale
Samedi 11 octobre 2014, 20h
Olivier Schneebeli, direction
Les Pages et les Chantres du CMBV
Les Folies Françoises

Céline Scheen, dessus
Robert Getchell, haute contre
Arnaud Richard, basse taille

 

 

 

CMBV, reportage vidéo : Tancrède de Campra (version révisée de 1729)

campra-andre-campra-europe-galante-tancrede-opera-baroqueEn mai 2014, le CMBV Centre de musique baroque de Versailles rend hommage au génie lyrique de Campra en abordant sous la direction d’Olivier Schneebeli, Tancrède, créé en 1702. Le spectacle présenté à l’Opéra royal de Versailles réalise l’ouvrage dans sa révision de 1729. C’est un drame noir qui privilégie les tessitures graves, qui s’appuie sur le théâtre de Racine et de Corneille, ciselant la fluidité expressionniste de sublimes récitatifs (parmi les plus aboutis de l’opéra français d’avant Rameau). En contrepoint de la passion maudite qui déchire le cœur de Tancrède et de Clorinde, Campra déploie déjà avant Rameau, l’art des ballets et des divertissements associant danseurs et choristes qui exaltent en une décontraction feinte, la passion amoureuse et guerrière des deux protagonistes. Entretiens avec Olivier Schneebeli, Isabelle Druet (Clorinde), Vincent Tavernier (mise en scène). Reportage exclusif CLASSIQUENEWS.COM © 2014.

Reportage vidéo. Du CAURROY : Missa pro defunctis (CMBV, Olivier Schneebeli, décembre 2013)

olivier_schneebeli1Sous la voûte de la Chapelle royale de Versailles, les effectifs choraux et instrumentaux du Centre de musique baroque de Versailles (CMBV) sous la direction d’Olivier Schneebeli ressuscitent la grandeur solennelle et la simplicité fervente du chef d’oeuvre musical d’Eustache du Caurroy : la Missa pro defunctis. L’Å“uvre datée de la fin du XVIè, prolonge et transfigure toutes les avancées polyphoniques de la Renaissance et son développement de plus en plus dramatique à mesure que se réalise la partition jusqu’au dépouillement de l’In Paradisium (final) préfigure immédiatement les grandes fresques de la dévotion baroque. Messe charnière et partition éblouissante par sa démesure et sa profonde humanité, la Missa pro defunctis de Du Caurroy est portée ici par l’engagement des musiciens du CMBV. Présentation de l’Å“uvre et entretien avec Olivier Schneebeli. Reportage exclusif © CLASSIQUENEWS 2014

Compte rendu, opéra. Versailles. Opéra Royal, le 6 mai 2014. Campra : Tancrède, Benoît Arnould, Isabelle DruetLes Temps Présents. Oliver Schneebeli, direction. Mise en scène, Vincent Tavernier  

campra-tancrede-opera-royal-versailles-schneebeliCompte rendu, opéra. Versailles. Opéra Royal, le 6 mai 2014. Campra : Tancrède… L’année Campra organisée par le Centre de Musique Baroque de Versailles en 2010 avait joué de malchance et l’hommage qui aurait dû être rendu au compositeur aixois n’avait donc pas comblé toutes nos attentes. C’est donc avec une certaine impatience que nous attendions cette nouvelle production de Tancrède, que nous devons en partie à l’institution versaillaise en co-production avec l’Opéra Grand Avignon. Nos attentes ne sont qu’en partie comblées.

Tancrède fut composé par André Campra en 1702, alors que ce quasi inconnu avant son arrivée à Paris à l’âge de 34 ans en 1694, est au faîte de sa gloire. Son opéra-ballet, l’Europe Galante l’a très rapidement rendu célèbre. Cet homme qui compose le goût d’une certaine indépendance, particulièrement rare à l’époque pour un compositeur qui veut vivre décemment, arrive au bon moment à Paris. Et s’il est souvent connu pour sa musique sacrée, son art qui développe une palette si italienne que recherche désormais le public parisien, va exprimer sa pleine mesure dans ses Å“uvres lyriques.

Tancrède, emprunte son argument à la Jérusalem délivrée du Tasse. Si cette tragédie lyrique se veut un hommage à Lully, elle magnifie ce goût nouveau du public pour des ouvrages plus lumineux, plus légers, plus ultramontains. Ainsi dans Tancrède, la danse vient rompre le drame, l’emportant dans un tourbillon de couleurs orchestrales et vocales. Mais Campra se plaît ici à développer des nuances plus sombres, jouant sur des clairs – obscurs qui mettent en relief le drame amoureux, aidé en cela par un très beau livret.

Antoine Danchet, son auteur connaît bien Campra avec lequel il a entamé une collaboration amicale que rien ne viendra rompre. Il développe une poésie élégante, sensible, à la mélancolie élégiaque qui fait de Tancrède une véritable perle baroque.

Tancrède, chevalier chrétien et Clorinde, princesse sarrasine, sont épris l’un de l’autre alors que tout doit les séparer. Argant est également épris de la jeune femme, tandis qu’Herminie, princesse d’Antioche est de son côté amoureuse de Tancrède. Tous deux rongés par la jalousie, font appel au magicien Isménor pour séparer les deux amants.

Le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV) a réuni ce soir une assez belle distribution permettant d’offrir au public une nouvelle production très séduisante de cette Å“uvre trop rare sur nos scènes nationales.

La mise en scène élégante et fantasmagorique de Vincent Tavernier, la scénographie qui nous offre toute la magie des toiles peintes et des jeux de perspectives de Claire Niquet, les costumes enchanteurs d’Erick Plaza-Cochet et les très belles lumières de Carlos Perez, nous restituent tout l’enchantement de ces spectacles au charme naïf au début du XVIIIe siècle. Les arts de la scène font vibrer le cÅ“ur des spectateurs et des acteurs, en un même souffle.

De la distribution de ce soir nous retiendrons avant tout, le Tancrède poignant tant scéniquement que vocalement de Benoît Arnould et l’incandescente Clorinde d’Isabelle Druet. Le soin qu’ils apportent tous deux au texte, nous révèle l’ardent déchirement d’un amour voué à la mort. Chantal Santon fait de son Herminie un personnage complexe et attachant, dont l’air « Cessez, mes yeux, cessez de contraindre vos larmes », est à fleur de déraison et de désespoir.

Le reste de la distribution est plutôt bien équilibré et dans cette œuvre où les basses tiennent un place essentielle, tant Benoît Arnould déjà cité que le talentueux Eric-Martin Bonnet et Alain Buet, sont parfaitement appariés à leurs personnages.

Le ballet de l’Opéra Grand Avignon maîtrise tout le raffinement de la danse baroque et chaque ballet est un ravissement pour l’Å“il, tandis que le chÅ“ur, les Chantres du Centre de Musique baroque de Versailles au phrasé soigné, s’impliquent avec une belle énergie dans ses différentes interventions.

Nos seuls regrets de la soirée ont émané de la direction par trop retenue et linéaire d’Olivier Schneebeli qui nous avait habitué à plus de brillant dans le répertoire français. L’orchestre semble manquer de couleurs et d’une certaine vivacité provoquant parfois des décalages avec la scène. Au bilan une bien jolie soirée, permettant de servir la cause de la si belle musique d’André Campra.

Versailles. Opéra Royal, le 6 mai 2014. André Campra (1660– 1744) : Tancrède, tragédie en musique en cinq actes avec prologue, livret d’Antoine Danchet. Tancrède, Benoît Arnould ; Clorinde, Isabelle Druet ; Herminie, Chantal Santon ; Argant, Alain Buet ; Isménor, Eric-Martin Bonnet ; Un Sage enchanteur, un Sylvain, un Guerrier, la Vengeance, Erwin Aros ; La Paix, une Guerrière, une Dryade, Anne-Marie Beaudette ; Une Guerrière, une Dryade, Marie Favier. Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles.. Les Temps Présents. Oliver Schneebeli, direction. Mise en scène, Vincent Tavernier ; Chorégraphie, Françoise Deniau ; Assistant chorégraphe, Gilles Poirier ; Scénographie, Claire Niquet ;Costumes Erick Plaza-Cochet. Lumières, Carlos Perez

CD. M-A. Charpentier: Judith (Schneebeli, 2012)

CD. M.-A. Charpentier: Judith, le massacre des innocents (1 cd K617)

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Charpentier: Judith, Massacre des Innocents (Schneebeli, 2012). Pour qui a assisté au concert originel dans la Chapelle royale de Versailles, début octobre 2012, sait que cet enregistrement rend compte d’une partie du programme qui aux côtés de Judith et du Massacre des Innocents (le sommet émotionnel de la soirée) comprenait aussi le remarquable Jugement dernier et son évocation spectaculaire de la violence divine contre sa création… Nonobstant voici les deux versants convaincants d’un inoubliable témoignage à Versailles, porté par les troupes conduites par Olivier Schneebeli : Chantres et Pages de la Maîtrise du Centre de musique baroque de Versailles dont le label K617 a rendu pas à pas les avancées musicales et interprétatives sur la durée (lire notre critique du coffret Musiques sacrées à Versailles, édité par K617 et qui en février 2013 obtient le Prix de l’Académie Charles Cros).

Incandescence théâtrale de Charpentier

Il existe peu de chÅ“urs d’enfants aussi investis, chantant et jouant l’action théâtrale avec un goût aussi accompli. Tout le mérite en revient au chef, directeur musical de la phalange choral: qu’il s’agisse des gardes ivres de sang, excités par la barbarie infanticide d’Hérode (impeccable Arnaud Richard), du chÅ“ur bouleversant des mères endeuillées (d’abord chanté par le trio féminin, puis repris par les deux sopranos masculins auquel se joint l’excellent chantre Paul Figuier), l’intense et brûlant théâtre de Charpentier se dévoile ici dans toute son urgence, sa concision, sa forme resserrée, à laquelle les interprètes restituent non sans justesse la tendresse, la sincérité, l’âpreté expressive. Le voici ce Charpentier qui nous passionne, plus ardent et efficace que toutes les tragédies lyriques de Lully. Aussi bouleversant que son maître à Rome, Carissimi soi-même. Le Massacre des Innocents H411 souligne le travail de la Maîtrise, une phalange qui outre le souci de restitution des partitions historiques sait surtout exalter la lyre dramatique, la vitalité théâtrale des Å“uvres, en servant l’arête vive du verbe incantatoire et suggestif: à l’engagement des chanteurs, répond aussi la cohérence de la sonorité globale dont on en soulignera jamais assez la richesse des couleurs grâce à l’équilibre des timbres associés: voix de femmes, des enfants et des hommes. Issu de la formation du CMBV, l’Angelus d’Erwin Aros convainc en particulier par la fluidité de son chant et son scrupule linguistique.

En cela il incarne le versant masculin de sa consÅ“ur Dagmar Saskova, elle aussi formée par les équipes du CMBV à l’éloquence et à la rhétorique baroque: sa Judith a la noblesse des martyrs mais aussi la tendre sincérité des êtres traversés par un pur mysticisme. Son Domine Deus reste irrésistible par ses brûlures d’une pureté incandescente. Entre réalisme individuelle et idéalisme et grâce d’une fervente guerrière de Dieu, son verbe superbement articulé fait honneur au Centre dont elle est la meilleure ambassadrice. Son art très abouti des nuances éclaire vocalement le peintre caravagesque français choisi pour illustrer le cd: Valentin de Boulogne dont on ne sait s’il faut admirer le plus pour sa Judith triomphante, la suavité de la palette chromatique ou la séduction ineffable du type humain…

L’aplomb des solistes, la richesse active et hautement dramatique du chÅ“ur, la direction toute en élégance et expressivité d’Olivier Schneebeli réalisent ici l’un des meilleurs accomplissements discographiques du CMBV. Un nouveau jalon qui témoigne avec de sérieux arguments du niveau atteint par la Maîtrise dirigée par Olivier Schneebeli. Magistral.

Marc-Antoine Charpentier (1643-1704): Judith ou B̩thulie lib̩r̩e РLe Massacre des innocents. Pages & Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction.

Judith sive Bethulia liberata H391
(Judith ou Béthulie libérée)

Dagmar Sasková, Judith


Erwin Aros, historicus
ex Israel I
et soliste in tres duces Assyrii, tres viri Israelitae, historici ex Assyriis, historici ex filiis Israel,
duo exploratores ex Assyriis, chorus ex Israel
Jean-François Novelli, Ozias,
historicus ex Israel II,
et soliste in tres duces Assyrii, tres viri Israelitae, historici ex Assyriis,
duo exploratores ex Assyriis, chorus ex Israel
Arnaud Richard, Holofernes,
historicus ex Assyriis, historicus ex filiis Israël,
et soliste in tres duces Assyrii, tres viri Israelitae, historici ex Assyriis,
historici ex filiis Israel, chorus ex Israel
Marie Favier, (Chantre), ancilla
Jozsef Gal, (Chantre), soliste in historici ex filiis Israel

Hugo Vincent, (Page), soliste in chorus ex Israel

Caedes Sanctorum Innocentium H411
(Le Massacre des Innocents)
Solistes
Erwin Aros, Angelus

soliste in tres ex choro fidelium

Jean-François Novelli, Historicus

soliste in tres ex choro fidelium
Arnaud Richard, Herodes
soliste in tres ex choro fidelium
Dagmar Sasková, Mylène Bourbeau (Chantre), Marie Favier (Chantre), chorus matrum A

Paul Figuier (Chantre), Alix de la Motte de Broöns et Hugo Vincent (Pages), chorus matrum B
Les Pages, les Chantres & les Symphonistes du Centre de musique baroque de Versailles
Les Pages
Henri Baguenier Desormeaux, Lucie Camps, Calixte Desjobert, Martin Dosseur,
Adèle Huber, Antoine Khairallah, Mathilde Lonjon, Romain Mairesse, Samuel Menant,
Alix de la Motte de Broöns, Guilhem Perrier, Claire Renard, Chimène Smith,
Gauthier de Touzalin, Jean Vercherin, Hugo Vincent
Les Chantres
Mylène Bourbeau, Marie Favier, Marine Lafdal-Franc, Caroline Villain, dessus
Paul-Antoine Bénos, Paul Figuier,
Atsushi Murakami, Florian Ranc, contre-ténors et hautes-contre
Martin Candela, József Gál, Benoît-Joseph Meier, tailles
Fabien Aubé, Pierre Beller, Renaud Bres, Vlad Crosman,
François Renou, Roland Ten Weges, basses tailles et basses
Les Symphonistes
Benjamin Chénier, violon 1
Léonor de Recondo, violon 2
Pierre Boragno, flûte 1
Jean-Pierre Nicolas, flûte 2
Krzysztof Lewandowski, basson
Sylvia Abramowicz, viole de gambe
Eric Bellocq, théorbe
Fabien Armengaud, orgue positif et clavecin
Olivier Schneebeli, direction

Centre de musique baroque de Versailles

Histoires sacrées de Marc-Antoine Charpentier I à la Chapelle royale

temps fort de la saison musicale 2012

Maîtrise (Pages & Chantres), Olivier Schneebeli


Premier volet sur trois d’un cycle Marc Antoine Charpentier à La Chapelle royale de Versailles : Olivier Schneebeli dirige les forces vives du CMBV (les Pages, les Chantres, les Symphonistes) dans 3 oratorios ou histoires sacrées du grand rival de Lully à l’époque de Louis XIV : Le Jugement dernier, Judith et Le Massacre des Innocents. Présentation du chÅ“ur historique souhaité par Louis XIV, travail de la maîtrise créée par le Centre de musique baroque de Versailles…. Entretiens avec Olivier Schneebeli et les deux solistes anciens élèves de la Maîtrise: Erwin Aros et Dagmar Saskova (Judith)… Voir le clip vidéo