Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille. 14 avril 2016. G. Verdi : Rigoletto. Olga Peretyatko, Claus Guth,Nicola Luisotti

Retour de Rigoletto de Verdi Ă  l’OpĂ©ra Bastille ! Premier volet de la trilogie dite « populaire » de Giuseppe Verdi, la nouvelle production signĂ©e Claus Guth, faisant ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra, compte avec une distribution d’Ă©toiles montantes du firmament lyrique international, notamment la soprano Olga Peretyatko faisant Ă©galement ses dĂ©buts dans la maison parisienne. Le chef toscan Nicola Luisotti assure la direction musicale, sans doute l’un des apports les plus rĂ©ussis de l’Ă©vĂ©nement fortement attendu mais finalement dĂ©cevant… ma non troppo !

Rigoletto et Gilda très convaincants

« Je ne suis pas ce que je suis… » ou rien du tout !
Rigoletto rigolo, ma non tanto...

verdi rigoletto epure efficace avril 2016 review critique classiquenewsl-opera-bastille,M324734On a tendance Ă  insister sur l’aspect novateur de l’opus, avec son penchant pour les scènes plus que pour les airs, ainsi que par son inspiration historique et littĂ©raire d’après Le Roi s’amuse de Victor Hugo. En vĂ©ritĂ©, l’œuvre, crĂ©Ă©e Ă  Venise au printemps de l’annĂ©e 1851, bien que d’une efficacitĂ© insolente en ce qui concerne la caractĂ©risation musicale des personnages -le don de Verdi s’il fallait n’en choisir qu’un seul-, orbite autour du duo (et non de l’air, ni de la scène vĂ©ritablement), et le texte, si Ă©tonnant soit-il, Ă©crit par Francesco Maria Piave, a dĂ» ĂŞtre remaniĂ© au millimètre près, Ă  la demande du compositeur. Dans le programme de l’opĂ©ra l’attention est portĂ©e sur les changements imposĂ©s par la censure, fait anecdotique indĂ©niable et tout Ă  fait intĂ©ressant, mais question quelque peu banale compte tenue de sa frĂ©quence au XIX ème siècle. N’est pas abordĂ© le fait que Verdi, si novateur fut-il en 1851, sollicite son librettiste, exigeant des changements extrĂŞmement formels comme l’usage des hendĂ©casyllabes obligĂ©s et des dĂ©casyllabes (vers de 11 et 10 syllabes respectivement).

En l’occurrence, la production du metteur en scène allemand Claus Guth, paraĂ®t suivre tout naturellement ce mĂŞme cheminement du formalisme en guise d’innovation. Nous avons donc le droit a une transposition scĂ©nique modeste qui paraĂ®t ne pas ĂŞtre ce qu’elle est, qui brille par des clichĂ©s so has been d’une impressionnante banalitĂ©. Une production dont la modernitĂ© se dĂ©montre par l’usage d’un dĂ©cor unique, un carton, le domaine du clochard qu’est devenu Rigoletto, et par des petites touches on ne peut plus galvaudĂ©es comme la revue cabaret toute paillettes, toute trivialitĂ© lors de l’archicĂ©lèbre morceau du tĂ©nor « La Donna è mobile », entre autres. S’il fallait choisir une qualitĂ© de la proposition scĂ©nique, remarquerons le travail d’acteur, poussĂ© et rĂ©ussi dans la plupart des cas. Or, nous n’expliquons toujours pas la perplexitĂ© du fait que l’Ă©quipe artistique de la mise en scène, 100% importĂ©e, au passage, soit composĂ©e de 7 collaborateurs, y compris un dramaturge (!)… Tant de monde pour si peu ? Bien que nous ne cautionnons pas les huĂ©es du public au moment des saluts, nous sympathisons avec leur insatisfaction.

Heureusement il y a la musique. Olga Peretyatko dans le rĂ´le de Gilda est tout Ă  fait exemplaire ! Outre l’agilitĂ© vocale virtuose et son style belcantiste irrĂ©prochable, elle se montre aussi belle et bonne actrice, et rĂ©ussit Ă  remplir l’immensitĂ© de Bastille avec son chant, merveilleusement agrĂ©mentĂ© de trilles et autres effets spĂ©ciaux, dans l’aigu comme dans le mĂ©dium. Son air au premier acte « Caro nome », est un sommet d’expression et de virtuositĂ©. Le Rigoletto du baryton Quinn Kelsey est une rĂ©vĂ©lation ! Excellent acteur, il est tout aussi touchant dans sa caractĂ©risation musicale, et ses duos avec Gilda sont d’une grande intensitĂ©. Le jeune tĂ©nor amĂ©ricain Michael Fabiano interprète le rĂ´le du Duc. Bien qu’il soit charmant ; son attitude, espiègle – laquelle convient au personnage, il rĂ©ussit beaucoup mieux le cĂ´tĂ© presque swing de sa partition lors du « Questa o quella… » au 1er acte, avec une bonne science du rythme, que le trop populaire air « La donna è mobile » au 3 ème, oĂą il fait preuve d’une affectation … insupportable. Cependant, lors du quatuor concertato au 3 ème acte (« Bella figlia dell’amore »), l’un des moments forts du drame, sinon le plus fort de la reprĂ©sentation, son timbre et son style ne sont plus dĂ©sagrĂ©ables. Les rĂ´les secondaires sont eux plutĂ´t Ă©quilibrĂ©s et rĂ©ussis. Remarquons particulièrement la Maddalena de Vesselina Kasarova avec un je ne sais quoi de veloutĂ© dans sa voix, ou encore le fantastiquement macabre Sparafucile de la basse polonaise Rafak Siwek, faisant des heureux dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra National de Paris.

L’Orchestre de l’OpĂ©ra sous la direction du chef Nicola Luisotti est d’une prĂ©cision Ă©tonnante et participe au maintien d’une certaine cohĂ©rence musicale (la seule qui fut, moins le tĂ©nor…). Bien que Verdi ait composĂ© l’orchestration de l’œuvre pendant les rĂ©pĂ©titions (!), elle est d’une grande efficacitĂ© et la phalange parisienne l’interprète avec soin et limpiditĂ©, Ă©loquence et habilitĂ©. Une production dont la musique, que ce soit l’orchestre ou les heureuses performances d’un Rigoletto ou d’une Gilda, cautionne le dĂ©placement !

A voir Ă  l’OpĂ©ra Bastille encore les 17, 20, 23, 26 et 28 avril 2016 ainsi que les 2, 5, 7, 10, 14, 16, 21, 24, 27 et 30 mai 2016, avec diffĂ©rentes distributions (consulter le site de l’OpĂ©ra national de Paris, OpĂ©ra Bastille).

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille. 14 avril 2016. G. Verdi : Rigoletto. Olga Peretyatko, Quinn Kelsey, Michael Fabiano… Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra de Paris. Claus Guth, mise en scène. Nicola Luisotti, direction musicale.

CD, compte rendu critique. Rossini ! Olga Peretyatko, soprano. 1 cd Sony classical

Olga Peretyatko Rossini Alberto Zedda Sony Classical CD Arias and ScenesCD, compte rendu critique. Rossini ! Olga Peretyatko, soprano. 1 cd Sony classical. On voudrait croire Ă  la magie vocale, le charisme de la soprano russe nĂ©e en 1980 Ă  Saint-PĂ©tersbourg, Olga Peretyatko (Ă©pouse Ă  la ville du chef Michele Mariotti, – depuis 2012), et qui connaĂ®t depuis ces 3 dernières annĂ©es, une exposition fulgurante sur la scène lyrique internationale. La couverture de ce nouveau disque la met en scène en nymphe lolita Ă  l’italienne, style vita Ă  la romana, dans un style rĂ©tro fifties…  L’image marketing joue Ă  fond : on comprend que les producteurs de chez Sony classical « dĂ©veloppe » l’artiste en la positionnant comme l’exacte petite soeur d’Anna Netrebko, dont pourtant « la Peretyatko » ne partage ni le timbre blessĂ© ni le mĂ©dium charnu et dĂ©licieusement sensuel. Car tout ici est une question de format : si la soprano sĂ©duit par la beautĂ© Ă  la fois ronde et perçante du timbre, ses limites dans les aigus sont vite atteintes et dĂ©voilĂ©es, comme cĂ´tĂ© style et caractère, la couleur de la voix convient mieux aux hĂ©roĂŻnes alanguies qu’aux piquantes facĂ©tieuses (Il Viaggio a Reims, surtout Rosina du Barbier).  Sa Traviata diffusĂ©e sur Arte rĂ©cemment avait de fait affirmĂ© ses talents de tragĂ©dienne verdienne… mais dans une palette d’expressions assez rĂ©duite et dans une tessiture serrĂ©e.

depuis leur coopération à Pesaro en 2006, la diva suit les conseils du chef Zedda… 

Olga Peretyatko est-elle une rossinienne d’exception ?

Pour autant, chanter Rossini, indique un dĂ©placement complet du curseur expressif et stylisique, vers ce premier XIXème siècle, c’est Ă  dire aux origines du romantisme italien d’avant Bellini, et qui nĂ©cessite de vraies dispositions belcantistes. D’autant que la soprano a choisi pour ce 3ème album Sony, un programme magnifiquement accompagnĂ©e, ciselĂ© par un spĂ©cialiste du rĂ©pertoire, Alberto Zedda (partenaire de la diva depuis 2006, l’annĂ©e de leur rencontre au festival Rossini de Pesaro) dont on se dĂ©lecte de la subtilitĂ© du trait, de la vivacitĂ© des accents, de l’euphorie gĂ©nĂ©rale d’une baguette qui sait articuler, respirer, taquiner… L’agilitĂ©, la prĂ©cision quasi mĂ©canique des vocalises, le style surtout positionnĂ© beau chant (bel canto) exige un talent de diseuse dotĂ© de souffle et de finesse. Le programme se dĂ©roule en deux parties, indiquant les deux veines poĂ©tiques rossiniennes : la pure agilitĂ© ouvre le bal (deux airs de Folleville et de Corinne du Voyage Ă  Reims), une prière extatique hĂ©roĂŻque (Matilde de Shabran… qui depuis des dĂ©cades fait le tremplin jusqu’aux Ă©toiles d’une certaine Edita Gruberova), puis les seria Tancredi et Semiramide (le fameux Bel raggio lusinghier adaptĂ© pour la voix lĂ©gère d’Isabella Colbran) ; enfin en seconde et dernière section, deux airs comiques, ou deux standards rossiniens : alliant virtuositĂ© et expressivitĂ© : Una voce poco fa – version soprano-, du barbier de SĂ©ville et L’infelice, che opprime sentira du Turc en Italie. Le rĂ©cital est consistant. Est-il pour autant idĂ©alement convaincant ?

Le timbre est beau, la technique sĂ»re (ceux d’une lyrique colorature), mais…. le format rĂ©duit et les aigus vite courts, en particulier dans les deux airs les plus exigeants : Matilde de Shabran et Semiramide. Reste Rosina : question de couleur et de caractère, l’abattage et l’intonation exacte lui manquent : pas assez de mordant, de facĂ©tie, et l’italien manque parfois de tenue comme d’exactitude. MĂŞme sa Fiorilla du Turc en Italie – autre femme Ă©mancipĂ©e, libertaire Ă  la facĂ©tie grave et profonde, manque singulièrement de trouble, de subtilitĂ©. Le programme suit exactement les emplois que le chef Zedda a confiĂ© depuis leur première coopĂ©ration Ă  Pesaro Ă  la cantatrice : Folleville et Corinna, Matilde, Amenaide, Semiramide, Rosina et Fiorilla…

C’est donc un programme en demi teintes avec l’impression, en guise de conclusion que la soprano a ciblé trop grand, trop haut dans ce récital surdimensionné pour ses réelles aptitudes. La palette de nuances expressives n’offre pas assez de richesse émotionnelle, d’ambivalence vertigineuse aux rôles que Rossini a écrit pourtant dans une déconcertante subtilité de tons et d’intonation.

Quoiqu’il en soit, Rossinienne, « la Peretyatko l’est bel et bien : sur la scène milanaise en juillet (Scala de Milan), où elle vient de chanter (4-24 juillet) Desdemona dans Otello, aux côtés de Juan Diego Florez, un rôle déjà abordé à Pesaro dès 2007. Le disque mettrait-il l’accent sur ses vraies possibilités ?

CD, compte rendu critique. Rossini ! Olga Peretyatko, soprano. 1 cd Sony classical 8887057412.