CD, coffret événement, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin (3 cd Deutsche Grammophon)

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick NĂ©zet SĂ©guin. Alors que Sony classical poursuit sa trilogie sous la conduite de l’espiĂšgle et pĂ©taradant Teodor Currentzis (1), Deutsche Grammophon achĂšve la sienne sous le pilotage du MontrĂ©alais Yannick-NĂ©zet SĂ©guin rĂ©cemment nommĂ© directeur musical au Metropolitan Opera de New York. AprĂšs Don Giovanni, puis Cosi, les Nozze di Figaro sont annoncĂ©es ce 8 juillet 2016. A l’affiche de ce live en provenance comme pour chaque ouvrage enregistrĂ© de Baden Baden (festival estival 2015), des vedettes bien connues dont surtout le tĂ©nor franco mexicain Rolando Villazon avec lequel le chef a entrepris ce cycle mozartien qui devrait compter au total 7 opĂ©ras de la maturitĂ©. Villazon on l’a vu, se refait une santĂ© vocale au cours de ce voyage mozartien, rĂ©apprenant non sans convaincre le dĂ©licat et subtil legato mozartien, la douceur et l’expressivitĂ© des inflexions, l’art des nuances et des phrasĂ©s souverains
 une autre Ă©coute aussi avec l’orchestre (les instrumentistes Ă  Baden Baden sont placĂ©s derriĂšre les chanteurs…) Leur dernier enregistrement, L’EnlĂšvement au sĂ©rail (qui a rĂ©vĂ©lĂ© le chant millimĂ©trĂ© du jeune tĂ©nor Paul Schweinestet dans le rĂŽle clĂ© de Pedrillo) excellait dans ce sens dans la restitution de ce chant intĂ©rieur et suave portĂ© par la finesse des intentions. Qu’en sera-t-il pour ce nouveau Da Ponte qui clĂŽt ainsi la trilogie des opĂ©ras que Mozart a composĂ© avec l’écrivain poĂšte ?
La distribution regroupe des tempĂ©raments prĂȘts Ă  exprimer l’esprit de comĂ©die et ce rĂ©alisme juste et sincĂšre qui font aussi des Nozze, l’opĂ©ra des femmes : Sonya Yoncheva chante la Comtesse, Anne Sofie von Otter, Marcellina, la moins connue Christiane Karg dans le rĂŽle clĂ© de Susanna
 les rĂŽles masculins promettent d’autres prises de rĂŽles passionnants Ă  suivre : Luca Pisaroni en Figaro ; Thomas Hampson pour le Comte Almaviva ; Rolando Villazon incarne Basilio le maĂźtre de musique, et Jean-Paul FouchĂ©court, Don Curzio (soit pour ces deux derniers personnages, deux sensibilitĂ©s invitĂ©es Ă  sublimer l’expressivitĂ© de deux rĂŽles moins secondaires qu’on l’a dit
).
Quelle cohĂ©rence vocale ? Quelle rĂ©alisation des situations psychologiques Ă  travers les 4 actes ? Quelle conception Ă  l’orchestre ? On sait combien l’opĂ©ra de Mozart et da Ponte a transfigurĂ© la piĂšce de Beaumarchais dans le sens d’une libĂ©ration des individualitĂ©s, dans l’esprit d’une comĂ©die rĂ©aliste parfois dĂ©lirante oĂč perce la vĂ©ritĂ© des caractĂšres. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin et son complice Rolando Villazon sont-ils au rendez vous de tous ces dĂ©fis ? RĂ©ponse dans notre grande critique des Noces de Figaro par NĂ©zet-SĂ©guin et Villazon, Ă  paraĂźtre dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS, le jour de la sortie du coffret, le 8 juillet 2016.

 

CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick NĂ©zet SĂ©guin, 3 cd Deutsche Grammophon — 479 5945. Parution annoncĂ©e le 8 juillet 2016.

 

 

 

LE CYCLE MOZART de Yannick Nézet-Séguin et Rolando Villazon. LIRE aussi nos critiques complÚtes CLASSIQUENEWS des opéras précédemment enregistrés par Yannick Nézet-Séguin :

Don-Giovanni.cd_.01DON GIOVANNI. EntrĂ©e rĂ©ussie pour le chef canadien Yannick NĂ©zet-SĂ©guin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier dĂ©fi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart. AprĂšs les mythiques Boehm, FurtwĂ€ngler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement mĂ©ditĂ©, l’opĂ©ra Don Giovanni version NĂ©zet-SĂ©guin regarderait plutĂŽt du cotĂ© de son maĂźtre, trĂšs scrupuleusement Ă©tudiĂ©, observĂ©, suivi, le dĂ©funt Carlo Maria Giulini: souffle, sincĂ©ritĂ© cosmique, vĂ©ritĂ© surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincĂ©ritĂ© premiĂšre, son urgence thĂ©Ăątrale, en une libertĂ© de tempi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempĂ©raments mis en mouvement. ImmĂ©diatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalitĂ© trĂšs fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuitĂ© dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile
 Les chanteurs sont naturellement portĂ©s par la suretĂ© de la baguette, l’écoute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix.

Cosi_Mozart-Nezet_seguin_cd_DG_villazonCOSI FAN TUTTE. Voici un Cosi fan tutte (Vienne, 1790) de belle allure, surtout orchestrale, qui vaut aussi pour la performance des deux soeurs, victimes de la machination machiste ourdie par le misogyne Alfonso 
 D’abord il y a l’élĂ©gance mordante souvent trĂšs engageante de l’orchestre auquel Yannick NĂ©zet-SĂ©guin, coordonnateur de cette intĂ©grale Mozart pour DG, insuffle le nerf, la palpitation de l’instant : une exaltation souvent irrĂ©sistible. Le directeur musical du Philharmonique de Rotterdam n’a pas son pareil pour varier les milles intentions d’une partition qui frĂ©tille en tendresse et clins d’oeil pour ses personnages, surtout fĂ©minins. Comme Les Noces de Figaro, Mozart semble dĂ©velopper une sensibilitĂ© proche du coeur fĂ©minin : comme on le lira plus loin, ce ne sont pas Dorabella ni Fiodiligi, d’une prĂ©sence absolue ici, qui dĂ©mentiront notre analyse.

 

mozart-2-cd-deutsche-grammophon-die-entfurhung-aus-dem-serail-enlevement-au-serail-yannick-nezet-seguin-villazon-prohaska-paul-schweinester-rolando-villazonL’ENLEVEMENT AU SERAIL. CD, compte rendu critique. Mozart : L’EnlĂšvement au sĂ©rail, Die EntfhĂŒrung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, NĂ©zet-SĂ©guin (2 cd Deutsche Grammophon). AprĂšs Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composĂ©e par Mozart en 1782, au coeur des LumiĂšres dĂ©fendue Ă  Baden Baden par NĂ©zet-SĂ©guin et son Ă©quipe ? Évidemment avec son lĂ©ger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine Ă  convaincre dans le rĂŽle de Belmonte;  outre l’articulation contournĂ©e de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniĂ©rĂ© Ă  notre goĂ»t, autant de petites anomalies qui malgrĂ© l’intensitĂ© du chant placent le chanteur en dehors du rĂŽle.

 

 

(1) Sony classical a publiĂ© Cosi fan tutee,  Le Nozze di Figaro… reste Don Giovanni, annoncĂ© courant dernier quadrimestre 2016

Compte-rendu, opéra. Toulouse, Capitole, le 17 avril 2016. Mozart : Les Nozze di Figaro. Attilio Cremonesi, direction. Marco Arturo Marelli, mise en scÚne.

Cette admirable production datant de 2008 trouve sa plĂ©nitude grĂące Ă  une distribution d’une Ă©quilibre proche de la perfection entre beautĂ© vocale et jeux scĂ©nique, vivant et naturel. L’esprit buffa si particulier Ă  Mozart et Da ponte trouve son apogĂ©e lors de ces reprĂ©sentations. Il est rare de bĂ©nĂ©ficier Ă  l’opĂ©ra d’un tel sens thĂ©Ăątral y compris durant les airs. Tout est vie et mouvement dans cette folle journĂ©e. GrĂące Ă  un travail en profondeur, chaque personnage est campĂ© avec humour et tendresse. Les dĂ©cors sont sobres, les costumes flamboyants et les Ă©clairages sculptent l’espace avec un lever et coucher de soleil sur les deux airs de la comtesse, puis la lune dans le jardin, dĂ©limitant le nycthĂ©mĂšre.

 

Admirable équilibre entre musique et théùtre

 

 

 

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Le Comte de Lucas Meachem est peut ĂȘtre le plus rĂ©ussi car ce personnage est trop souvent ingrat. La haute stature du chanteur, son charme personnel, une sorte d â€˜Ă©nergie canalisĂ©e mais pas toujours lissĂ©e en font un noble aussi irritant qu’attachant. Ses maladresses sont pleines de charmes et l’élĂ©gance est toujours lĂ . La voix est magnifique de projection, large et puissante quand il le veut et la tenue de sons pianos trĂšs souples, donne beaucoup dâ€˜Ă©motion Ă  ses priĂšres Ă  la Comtesse. L’humour de son jeux lui permet de toujours gagner la sympathie du public ce qui est assez rare dans ce rĂŽle. En filigrane se devine un futur Baron Ochs, du Chevalier Ă  La Rose qui devrait ĂȘtre passionnant. Il forme avec la Comtesse de Nadine Koutchner un couple cohĂ©rent. MĂȘme large stature vocale, mĂȘme qualitĂ© de timbre, et chez elle, un legato et des pianissimi qui tiennent du rĂȘve Ă©veillĂ©. La grĂące de cette Comtesse, mais aussi sa capacitĂ© Ă  s’animer et s’encanailler avec Suzanne est pleine de jeunesse. Son regret de ses amours n’est pas plaintif mais rĂ©crimination d’un fort tempĂ©rament amoureux frustrĂ©.

Les Noces de Figaro ne comprend pas vraiment de personnage principal; c’est l’équilibre entre tous qui fait le succĂšs de l’opĂ©ra. En mettant en scĂšne un couple comtale plus jeune, plus sympathique et plus vif, tout le thĂ©Ăątre semble rehaussĂ© d’un cran. Ainsi Figaro est particuliĂšrement latin et intelligent. Toujours en mouvement. Le Jeune Dario Solari peut compter sur une Ă©nergie peu commune. La voix est ronde, le jeu de l’acteur est virtuose et son charme Ă  quelque chose de  fĂ©lin. L’étoffe d’un Don Juan se fait jour. Anett Fritsch, sa Suzanne, est du vif argent. La tendresse et la passion l’habitent avec une rare intensitĂ©. Le timbre est clair et beau. Son jeu est admirable. Elle a tout d’une trĂšs grande Suzanne, d’ailleurs elle sera Suzanne au festival de Salzbourg cet Ă©tĂ©.

Ingborg Gillebo est une Cherubin dĂ©licat et sĂ©duisant. Le jeu est suffisamment vivant pour ĂȘtre sinon naturel du moins trĂšs convaincant. La voix est bien conduite et le timbre agrĂ©able. Un ChĂ©rubin adolescent encore fragile et pas encore certain de sa sĂ©duction pourtant rĂ©elle. La Marcelline de Jeanette Fischer est remarquable. Elle campe vocalement et scĂ©niquement un personnage inoubliable et attachant. Son air au milieu du public est un moment d’anthologie. La large voix de Dimitry Ivashchenko (Bartolo) et son jeux extraverti lui permettent de donner corps et prĂ©sence Ă  son rĂŽle. Il arrive avec humour a le rendre sympathique. Le Don Basile de Gregory Bonfatti est crĂ©dible et trĂšs prĂ©sent vocalement dans les ensembles. Elisandra Melian en Barberine est un peu sous employĂ©e. Le timbre est un corsĂ© pour le rĂŽle et le tempĂ©rament scĂ©nique un peu trop Ă©nergique loin de l’ingĂ©nue habituelle. Tiziano Braci campe un Antonio cauteleux Ă  souhait. Il ressort de l’admirable travail de Marco Arturo Marelli une sympathie pour chaque rĂŽle. Chaque personnage va vers son bonheur Ă  sa maniĂšre et partant d’un Ă©tat va se trouver changĂ© en une journĂ©e. Il n’y a pas de vrai « mĂ©chant », belle leçon d’ humanitĂ© en somme!

Le choeur du Capitole a est admirable de présence vocale et scénique. Le soin apporté aux costumes par Dagmar Niefind et crées  au théùtre Real de Madrid  est incroyable jusque dans celui des choeurs.
L’orchestre en cordes et bois baroques est trĂšs prĂ©sent. Le chef adopte des tempi plutĂŽt vifs et la thĂ©ĂątralitĂ© se dĂ©roule comme par Ă©vidence . Le temps est suspendu et le spectacle avance avec beaucoup de vie. Les couleurs de l’orchestre sont trĂšs belles surtout les bois et les cuivres. Le tandem Robert Gonella au pianoforte et Christopher Waltham au violoncelle forme un  continuo vivifiant . Le fait de monter les musiciens hauts dans la fosse a l’avantage de renforcer la cohĂ©sion scĂšne/fosse qui est parfaite mais provoque une trop forte prĂ©sence des cordes graves au dĂ©triment des violons, du moins au parterre. Cette forte prĂ©sence de l’orchestre qui Ă©quilibre Ă  mon sens la thĂ©ĂątralitĂ© bouillonnante de la mise en scĂšne n’a pas Ă©tĂ© du gout de certains. Pour ma part l’orchestre mozartien et un vrai partenaire et parfois un personnage Ă  part entiĂšre et j’ai beaucoup aimĂ© l’équilibre obtenu par Attilio Cremonesi. Les Noces est Ă  mon avis l’opĂ©ra du Trio Da Ponte qu’il a dirigĂ© au Capitole  celui qui lui rĂ©ussi le mieux.
Ce chef d ‘Ɠuvre a fait salle comble avec refus de spectateurs potentiels. Le respect et la vitalitĂ© de cette production, son Ă©quilibre rare entre chant et thĂ©Ăątre, le travail d â€˜Ă©quipe exemplaire qui est perceptible, en fait un des plus beaux spectacles du Capitole. Cette reprise est bienvenue et n’ayant pas pris une ride je me rĂ©jouis d’imaginer revoir un jour cette belle production. .

 

 

 

Compte-rendu, opĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 17 avril 2016. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Les Nozze di Figaro. Opera buffa en quatre actes de Lorenzo Da Ponte, d’aprĂšs La Folle JournĂ©e ou le Mariage de Figaro de Beaumarchais ; crĂ©Ă© le premier mai 1786 Ă  Vienne. Coproduction avec l’OpĂ©ra de Lausanne (2008). Avec :  Lucas Maechem, le Comte Alamaviva. Nadine Koutchner, La Comtesse Almaviva. Dario Solari, Figaro. Anett Fritsch, Susanna. Ingeborg Gillebo, Cherubino. Jeanette Fischer, Marcellina. Dimitry Ivaschenko, Bartolo. Gregory Bonfatti, Don Basilio. Mikeldi Atxalandabaso, Don Curzio. Elisandra Melian, Barberina. Tiziano Bracci, Antonio. Zena Baker, Marion CarrouĂ©, deux dames. Choeur du Capitole, direction : Alfonso Caiani. Orchestre  National du Capitole de Toulouse. Attilio Cremonesi, direction musicale. Mise en scĂšne et scĂ©nographie : Marco Arturo Marelli. Collaborateur Ă  la mise en scĂšne, Enrico de Feo. Costumes, Dagmar Niefind. LumiĂšres, Friedrich Eggert. Photo : David Herrero

 

 

 

Compte-rendu. Opéra. Gand, Opéra, le 18 juin 2015. Wolgang Amadeus Mozart : Le Nozze di Figaro. David Bizic, Levenet Molnar, Julia Kleiter, Julia Westendorp, Renata Pokupic, Kathleen Wilkinson, Peter Kalman, Piet Vasichen, Adam Smith, Aylin Sezer. Guy Joosten, mise en scÚne. Paul McCreesh, direction.

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CrĂ©Ă©e ici -mĂȘme – Ă  l’OpĂ©ra de Gand – il y a tout juste 20 ans, la mise en scĂšne de Guy Joosten des Noces de Figaro de Mozart est loin d’avoir le cĂŽtĂ© provocateur et sacrilĂšge d’autres productions lyriques que nous avons pu voir du mĂȘme auteur, que ce soit son Don Giovanni anversois, son FreischĂŒtz montpelliĂ©rain ou encore sa SalomĂ© bruxelloise. Elles ont nĂ©anmoins un dĂ©nominateur commun : l’aspect thĂ©Ăątral l’emporte – quasi toujours – sur la musique. Guy Joosten ne perd pas de vue l’aspect « Folle journĂ©e » de l’Ɠuvre, lui imprimant un rythme qui jamais ne se relĂąche. Il n’a pourtant pas rĂ©sistĂ© Ă  la tentation de la transposition, et les costumes rappellent notre Ă©poque : vaguement idĂ©alisĂ©s dans le cas du Comte et de la Comtesse, franchement banalisĂ©s pour Figaro, Bartolo, Basilio et la plupart des autres comparses, ils se rĂ©duisent Ă  des bleus de travail pour les gens du peuple, traitĂ©s comme des ouvriers. Certains d’entre eux prennent des allures menaçantes contre leur patron, brandissant des pieds-de-biche comme des armes. Avec cette peinture de la lutte des classes, nous restons – somme toute – assez proches de Beaumarchais, mĂȘme si le contexte historique n’est pas identique, et si certaines rĂ©pliques paraissent anachroniques. Les interventions de la mise en scĂšne sont bien servies par le dĂ©cor monumental et esthĂ©tisant de Johannes Leiacker : une serre bientĂŽt transformĂ© en jardin d’hiver Ă  l’abandon. Mais Mozart dans tout cela ?

 

 

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A la tĂȘte d’un Orchestre Symphonique de l’OpĂ©ra de Flandre bien disposĂ©, le chef britannique Paul McCreesh confirme ses affinitĂ©s avec la musique de Mozart. GrĂące Ă  une agogique souple, combinant avec art de subtiles gradations entre tempi vifs et tempi lents, grĂące Ă  une oreille attentive aux voix intermĂ©diaires, et grĂące Ă  une attention particuliĂšre au permanent dialogue entre voix et instrument Ă  vent, il soutient l’intĂ©rĂȘt de bout en bout – tout en plaçant les chanteurs dans un environnement favorable.

Ces derniers ne mĂ©ritent que des Ă©loges. David Bizic, Figaro au timbre noir et plein d’aplomb, s’impose sans peine comme l’Ă©lĂ©ment moteur de l’intrigue. Il possĂšde le grain rustique et la mobilitĂ© expressive qui suggĂšrent la vitalitĂ© instinctive du personnage. Le baryton hongrois Levente Molnar en impose aussi, dans le rĂŽle du Comte, avec sa voix particuliĂšrement puissante, qui sait nĂ©anmoins se faire caressante dans ses tentatives de sĂ©duction de Susanna, ainsi que dans son repentir final.

Le gentil minois et la fine silhouette de la soprano nĂ©erlandaise Julia Westendorp la destine particuliĂšrement aux rĂŽles de soubrette. Sa voix tour Ă  tour charmeuse et Ă©nergique, appuyĂ©e sur une diction claire et un vibrato bien dosĂ©, Ă©toffe le discours d’une Susanna souveraine. De son cĂŽtĂ©, Julia Kleiter sĂ©duit Ă  chaque instant par la maturitĂ© de son chant. Parfaite dans les nuances d’intensitĂ©, modulant avec dĂ©licatesse son timbre veloutĂ©, elle rend avec une Ă©gale justesse chaque note de la Comtesse, de la simple confidence au cri profond du cƓur. Dans le rĂŽle de Cherubino, la mezzo croate Renata Pokupic, constamment en Ă©moi, possĂšde l’agilitĂ© et l’espiĂšglerie d’une jeunesse assumĂ©e.

Les seconds rĂŽles, souvent parents pauvres des Noces, accueillent une Marcellina (Kathleen Wilkinson) qui ne dĂ©mĂ©rite pas dans son air du quatriĂšme acte, aux cĂŽtĂ©s d’un impressionnant Bartolo, la basse hongroise Peter Kalman, qui a la stature et l’autoritĂ© d’un Comte. On n’oubliera pas de citer Piet Vansichen, inoubliable Antonio, aussi bourrĂ© que bourru, ni la douce Barberine d’Aylin Sezer ni le Basilio intrigant d’Adam Smith.

Compte-rendu. Opéra. Gand, Opéra, le 18 juin 2015. Wolgang Amadeus Mozart : Le Nozze di Figaro. David Bizic, Levenet Molnar, Julia Kleiter, Julia Westendorp, Renata Pokupic, Kathleen Wilkinson, Peter Kalman, Piet Vasichen, Adam Smith, Aylin Sezer. Guy Joosten, mise en scÚne. Paul McCreesh, direction.

CD.Mozart : Les Noces de Figaro, Le Nozze di Figaro (Curentzis, 2013)

Mozart_currentzis_nozzeCD.Mozart : Les Noces de Figaro, Le Nozze di Figaro (Currentzis, 2013). On s’attendait Ă  une rĂ©vĂ©lation, de celle qui ont fait les grandes avancĂ©es musicologiques et philologiques s’agissant de Mozart sur instruments d’Ă©poque (Harnoncourt pour Idomeneo, plus rĂ©cemment Jacobs pour La ClĂ©mence), … avec l’option dĂ©licate complĂ©mentaire des (petites) voix au format “originel”, soitdisant agiles, non vibrĂ©es, d’une prĂ©cision exemplaire (plus adaptĂ©e Ă  la balance d’Ă©poque : voix/instruments)… Mais Mozart reste un mystĂšre et ce nouvel enregistrement malgrĂ© son investissement instrumental Ă©choue Ă  cause du choix hasardeux et finalement dĂ©favorable de certains solistes. C’est aussi une question de style concernant une direction survitaminĂ©e qui oublie de s’alanguir et de creuser les vertiges et ambivalences liĂ©s au trouble sensuel d’une partition oĂč pointe la crĂȘte du dĂ©sir. Le chef d’origine grec Teodor Currentzis multiplie les dĂ©clarations fracassantes, exacerbe souvent ses propos quant Ă  ses nouvelles lectures (dĂ©viations du marketing?)… souvent comme ici, l’effervescence annoncĂ©e pour les Nozze tourne court de la part du musicien qui extrĂ©miste, entend souvent jouer jusqu’Ă  l’orgasme.
Certes ici les instruments sont en verve : flĂ»tes, bassons et cors dĂšs l’ouverture avec des cordes et des percussions qui tempĂȘtent sec. Mais cette expressivitĂ© mordante, rĂȘche, -Ăąpre souvent-, fait-elle une version convaincante? La fosse rugit (parfois trop), et la plateau vocal reste dĂ©sĂ©quilibrĂ©. Dommage.

Nozze inégales

Si la fosse nous semble au diapason de la vivacitĂ© souvent furieuse du chef, les voix sont souvent… contradictoires Ă  cet esthĂ©tique de l’exacerbation expressive et de la palpitation souvent frĂ©nĂ©tique. L’Ă©ros qui soustend bien des scĂšnes reste …. saccades et syncopes, et mĂȘme Cherubino dans son fameux air de panique Ă©motionnelle manque singuliĂšrement de trouble (Non so piĂč cosa son, I)… Pire, mauvais choix : Figaro et le Comte manquent ici de caractĂ©risation : les deux voix sont interchangeables (avec pour le premier des problĂšmes de justesse) ; notre plus grande dĂ©ception va cependant Ă  la Comtesse de Simone Kermes, d’une asthĂ©nie murmurante, minaudante totalement hors sujet : elle paraĂźt pĂ©trifiĂ©e en un repli serrĂ© et Ă©troit. Son retrait s’oppose de fait Ă  l’engagement proclamĂ© et effectif du chef et de ses musiciens. Il n’ y a que finalement la Susanna de Fanie Antonelou qui se dĂ©tache du lot avec des abbellimenti (variations) vraiment assumĂ©es et investies, une Ă©volution du personnage qui suit avec plus de nuances et surtout de naturel comme d’humanitĂ©, le caractĂšre de la jeune mariĂ©e (trĂšs bel air au IV : Deh vieni non tardar… serenata mĂȘlĂ©e d’inquiĂ©tude et d’excitation comme lĂ  encore d’ivresse sensuelle…) ; idem pour le Basilio au legato souverain de Krystian Adam, vrai tĂ©nor di grazia dont les airs semblent enfin rĂ©tablir cette fluiditĂ© vocale qui manque tant Ă  ses partenaires : soudain chant et instruments se rĂ©concilient avec bĂ©nĂ©fice (trĂšs convaincant In quegl’anni Ă  l’acte IV…) . Le pianoforte envahissant dans rĂ©citatifs et airs finit par agacer par ses multiples ornementations. L’air de Figaro qui raille Cherubino et dont le chef nous vante un retour au rythme juste reste … mĂ©canique, de surcroĂźt avec la voix courte d’un Figaro qui patine et dont la justesse comme la ligne font dĂ©faut. Et souvent, cette prĂ©cision rythmique empĂȘche un rubato simple et naturel tant tout paraĂźt globalement surinvesti. Les claques de l’acte V sont elles aussi Ă©lectriques et mauvais trucs de studio, d’un factice artificiel : plus proches des volets qui claquent que d’une main vengeresse…

antonelou_fanie_soprano_susanna_nozze_mozart_currentzis_sony-classicalNous restons donc mitigĂ©s, et quelque peu rĂ©servĂ©s sur la cohĂ©rence du plateau vocal dont la plupart des solistes ne sont pas au format d’un projet dont on nous avaient vantĂ© la ciselure, l’expressivitĂ© supĂ©rieure. Vif et habile, le chef grec Teodor Currentzis n’a jamais manquĂ© d’Ă©nergique audace mais il sacrifie trop souvent la sincĂ©ritĂ© du sentiment sur l’autel de l’effet pĂ©taradant. Nous lui connaissons des opĂ©ras plus introspectifs (Ă©coutez son Din et EnĂ©e de Purcell par exemple, plus profond, plus pudique…).  Avoir choisi Kermes pour La Comtesse est une erreur regrettable qui ne pourra pas faire oublier les Margaret Price ou Kiri Te Kanawa ni plus rĂ©cemment les Dorothea Röschmann, infiniment plus nuancĂ©es et profondes. Nous attendons nĂ©anmoins avec impatience la suite de cette trilogie mozartienne dont le seul mĂ©rite reste parfois un travail assez Ă©tonnant rĂ©alisĂ© sur la texture orchestrale, rĂ©vĂ©lant des associations de timbres souvent passĂ©es sous silence, une nette ambition de clartĂ© et d’articulation instrumentale mais qui souvent se dĂ©veloppe au mĂ©pris de la justesse de l’intonation comme d’une rĂ©elle profondeur poĂ©tique. A trop vouloir en faire, le chef semble surtout dĂ©montrer plutĂŽt qu’exprimer. Qu’en sera-t-il Ă  l’automne prochain pour son Don Giovanni : on lui souhaite des choix de chanteurs plus judicieux.

Mozart : Le Nozze di Figaro, Les Noces de Figaro. Avec Simone Kermes, Fanie Antonelou, Mary-Ellen Nesi, Andrei Bondarenko, Christian Van Horn, Krystian Adam… Musicaeterna. Teodor Currentzis, direction. 3 CD Sony Classical. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  l’OpĂ©ra TchaĂŻkovski de Perm (Oural), 2013. A venir Ă  l’automne, Don Giovanni sous la direction de Teodor Currentzis.

Illustration : on dit oui à la Susanna de Fanie Antonelou, et définitivement non à la Comtesse de Simone Kermes.