Compte rendu, festival. Corravillers, église, le 17 juillet 2016. The Way to paradise / Les Timbres (création)

les timbres Compte rendu, festival. Corravillers, église, le 17 juillet 2016. The Way to paradise : Consort Songs & Music / La musique de William Shakespeare / Les Timbres (création). C’est un programme présenté en création commande du Festival Musique et Mémoire, piloté et conçu par son fondateur et directeur, Fabrice Creux; le concept permet d’approfondir tout ce qui fait ici au Pays des mille étangs, l’intérêt et même la pertinence d’un cycle de concerts inscrits au coeur du territoire rural : la continuité d’un geste interprétatif accueilli, accompagné depuis 3 années à présent puisque l’ensemble l’ensemble sur instruments anciens, Les Timbres  a pu bénéficier d’une résidence artistique ici même, source d’approfondissement pour les interprètes, et pour les publics : promesse et découvertes de sonorités inédites selon les programmes présentés…

proserpine-les-timbres-festival-musique-et-memoire-CLASSIQUENEWS-copyrightETE 2015… L’an dernier, il s’agissait d’élucider par la plasticité canalisée du geste collectif, l’impact dramatique des instruments en nombre réduit; en ce sens la récréation dans un format de chambre de l’opéra de Lully : Proserpine présentée dans une version historique de 1684, attestée / jouée à Anvers, avait permis en juillet 2015 de mesurer l’articulation collective d’un groupe instrumentistes et chanteurs, électrisés par le sens de l’écoute et une profonde sonorité intérieure dont l’ineffable cohésion était frappante. Le Carnaval des animaux, autre spectacle créé en 2015, engageait le chant dramatique des 3 instruments essentiels du trio fondateur  (violon, viole de gambe, clavecin) soit Yoko Kawakubo, Myriam Rignol, Julien Wolfs, en une confrontation directe / critique avec le texte du récitant comédien… interaction et complicité là encore édifiantes, révélatrices d’un travail exemplaire accordé à la faculté dramatique des instruments, au sens, à la forme et au déroulement même d’une narration musicale. Faire parler les instruments,  chanter le texte. … vrai défi qui oblige et contraint l’interprète à exprimer l’indicible soit la vérité d’une situation comme d’un sentiment. VOIR notre grand reportage LES TIMBRES au Festival MUSIQUE ET MEMOIRE, juillet 2015 (recréation de Proserpine de Lully / création du Carnaval des animaux)

 

 

 

Les Timbres à Musique et Mémoire
Une utopie musicale se réalise

 

 

ETE 2016… C’est justement ce qui est en jeu dans le nouveau programme des Timbres présenté ce dimanche 17 juillet 2016, d’autant attendu et donc significatif, qu’il est le dernier aboutissement concluant ainsi les 3 années de résidence du groupe à Musique et Mémoire.

Au moment où l’on fête l’anniversaire Shakespeare, Les Timbres emprunte au sublime britannique ce sentiment d’une ineffable mélancolie qui de séquences en épisodes reconstruit symboliquement ici les quatre saisons ou les quatre âges d’une vie terrestre, et jalonne en passion, désir, espérance et renoncement, toute une existence. Les complices instrumentistes savent aussi au moment de Bacchus et de son enivrement délirant, jouer la gouaille collective, maîtrisant à l’automne, le goulot de bouteille comme un traverso enivré / enivrant… Fins musiciens, Les Timbres sont aussi des acteurs prêts à prendre des risques, vrais satyres chanteurs ainsi unis en toute saison,  par une irrévérence gestuelle irrésistible. Chacun s’adresse au public, l’invite à célébrer l’ivresse du Dyonisos ripailleur et picaresque.
Voilà qui contraste avec les couleurs introspectives et subtilement méditatives du programme dans son entier. Et cette liberté du geste démontre à l’envi, la maturité artistique du formidable ensemble.
Ainsi la musique de Shakespeare s’écoute à Coravilliers en un chambrisme collégial, où chacun prend la parole, instrumentalement, vocalement (allusive Julia Kirchner, soprano inspirée, diseuse raffinée), où dans le prolongement du verbe limité, se déroule la richesse ineffable des notes énoncées.
Peu d’ensemble de musiciens cultivent et maîtrisent à ce point l’art si délicat mais décisif de l’écoute et de l’égalité fraternelle : pas de chef, pas de meneur, mais un flot constant d’entente et de complémentarité sonore qui fondent et structurent une approche dans son ensemble. Les Timbres nous donnent une leçon d’harmonie partagée, d’utopie musicale dont le public se délecte à chaque performance.

The Way to Paradise est construit comme un consort de Songs & Music : le verbe y est interrogatif et suggestif, et au-delà du sens, c’est chaque instrumentiste qui prolonge l’enchantement de la voix, par son engagement instrumental. Le programme s’inspire d’une déclaration poétique de Thomas Mace écrite en 1676 : « Musick’s Monument » dans laquelle l’auteur souligne la force poétique du chant des instruments, là où le mot n’a plus sa place. Chaque instrumentiste se montre capable d’histoires pathétiques, de « Discours pleins de Rhétorique et Sublimes ; des Discussions Subtiles et Profondes », propres à exprimer le tréfonds de l’âme. Voyage sonore et voyage intérieur surtout, et même délicieusement mélancolique : les paysages et les climats qui se succèdent touchent à l’essence humaine la plus profonde.
Ce spleen des instruments qui traverse toute les humeurs de l’esprit inspire chaque musiciens des Timbres en une saisissante cohérence sonore. La caractérisation, l’écoute, la complicité composent ici une joute amicale qui passe entre chaque interprète : chanteuse et instrumentistes. C’est un tableau suave et nostalgique qui confirme désormais les qualités des Timbres : poésie allusive, nuances du jeu collectif, flexibilité et grandes richesse des intentions. Poésie et profondeur. Eloquents contrastes. La magie opère et le raffinement s’invite souvent dans ce fabuleux basculement qui invite de l’innocence première à l’ivresse la plus intime. Magistral. De tous les nouveaux ensembles baroques, Les Timbres affirment leur prodigieuse humanité artistique. Saluons Fabrice Creux d’avoir à l’issue de la création, annoncer qu’il renouvelait leur résidence à Musique et mémoire pour un nouveau cycle de 3 années de compagnonnage artistique. La promesse est grande : il faut absolument suivre Les Timbres désormais en Haute-Saône. Le nouveau son baroque s’y déploie en un constant enchantement.

 ENSEMBLE MAGICIEN : Les Timbres, trio enchanteur

 

 

Compte rendu, festival. Corravillers, église, le 17 juillet 2016. The Way to paradise : Consort Songs & Music / La musique de William Shakespeare / Les Timbres (création). Airs et pièces des Britanniques baroques : Gibbons, Byrd, Morley, Ward, Playford, White, Ravenscroft, Dowland… Les Timbres : Julia Kirchner, soprano - Yoko Kawakubo et Maite Larburu, violons - Myriam Rignol, Mathilde Vialle, Etienne Floutier et Pau Marcos Vicens, violes de gambe - Julien Wolfs, orgue et clavecin.

 

 

 

 

 

APPROFONDIR

GRAND REPORTAGE VIDEO : Festival Musique et Mémoire 2015 / Les Timbres 

musique et memoire pave-2-musique-et-memoire-2015Grand Reportage vidéo. Retour sur … En juillet 2015, le Festival Musique et Mémoire (22ème édition) joue la carte des jeunes interprètes, en l’occurrence, les trois instrumentistes orfèvres virtuoses des TIMBRES qui accordent intimisme ciselé et expressivité partagée. Recréation de Proserpine de Lully dans une version historique de 1682, genre théâtral et musical innovant Le Carnaval Baroque des animaux… l’approche et le geste façonnent une offrande artistique captivante qui redéfinit l’exercice même d’un festival de musique dans son territoire. Entretien avec les instrumentistes des Timbres, entretien avec FABRICE CREUX, directeur et fondateur du Festival Musique et mémoire. © STUDIO CLASSIQUENEWS 2016.…

 

 

CD

PARATY julien wolfs clavecin clic de classiquenews juillet 2016 bach_3760213650344Cd critique compte rendu. JS BACH : Sonate pour flûte et clavecin, Partita pour clavecin seul BWV 830 (Troffaes / Wolfs, 1 cd Paraty, 2015). Pour l’interprète, exprimer dans le jeu certes la rhétorique de l’éloquente musique, surtout la poésie du coeur et de l’esprit… Ainsi est signifié le défi de toute partition de Jean-Sébastien, qui semble de facto avoir réussi la fusion idéale, du sentiment et de la virtuosité : toucher l’âme, bercer l’esprit. Autant de caractères, éléments d’une esthétique vivante, qui s’écoulent ici, portés par la connivence des deux interprètes en tous points, convaincants. Ligne claire et sans affèterie, posée, portée, canalisée par la gestion du souffle de la flûtiste Stefanie Troffaes. Discours fluide, précis et sobre du claveciniste véritable orfèvre de l’articulation, Julien Wolfs. On connaît bien le claviériste comme membre fondateur de l‘extraordinaire ensemble Les Timbres, en résidence au Festival Musique et Mémoire. L’hypersensibilité expressive des deux instrumentistes affirment la vitalité et la justesse du Jean-Sébastien, à la fois imaginatif, expérimental, suprêmement élégant. De toute évidence, Julien Wolfs défend l’approche partagée avec ses habituels partenaires des Timbres : faire parler la musique. Le Baroque est un vaste laboratoire où la note ambitionne peu à peu l’impact expressif du verbe. Lea fête traversière, même si elle n’exprime pas le sentiment du compositeur, – processus romantique, séduit ici par son éloquence proprement baroque : dans la diversité des accents, l’articulation des nuances… toute une intelligence dynamique qui dans le pacte discursif à deux voix : flûte / clavecin (BWV 1030 et 1032), affirme ce langage palpitant des partitions ici réunies (profondeur contemplative en dialogue de l’Andante du 1030).

 

 

Festival Musique et Mémoire, Haute-Saône : 1er week end événement, les 15,17 et 17 juillet 2016

musique et memoire 2016 festival vignette introFestival Musique et Mémoire. 1er week end : 15, 16, 17 juillet 2016. Les Timbres. 3 jours, 5 programmes avec Les Timbres… Le premier week end de musique en Haute-Saône met à l’honneur l’ensemble Les Timbres, l’un des plus enivrants parmi les jeunes collectifs en France sur instruments anciens. On retrouve entre autres, la si subtile gambiste Myriam Rignol, partenaire habituelle des Arts FLorissants sous la direction de William Christie… C’est dire la maturité musicale de la jeune instrumentiste doéue d’une écoute chambriste et d’un jeu filigrané comme peu, parmi les artistes de sa génération. Entourée par ses complices des Timbres, le claveciniste Julien Wolfs et la violoniste Yoko Kawakubo, – Myriam Rignol incarne le très haut niveau expressif et péotique de l’ensemble Les Timbres qui en juillet 2016 présentent ainsi les fruits de leur dernière année de résidence au Festival Musique et Mémoire.

les timbres Sur 3 jours, les 15, 16 et 17 juillet prochains, Les Timbres présentent pas moins de 5 programmes, soit un nouveau marathon que classiquenews a choisi de suivre, avec point d’orgue, le dernier concert intiutlé Way to Paradise (le dimanche 17 juillet 2016, 17h30 , église saint-Jean Baptiste de Corravillers). Leur récent enregistrement des Pièces pour clavecin en concerts de Rameau précise les qualités d’un trio aux ressources phénoménales : écoute exceptionnelle pour un chambrisme incandescent, subtilité allusive de chaque jeu, entente donc complicité magicienne, souvent porteuse au concert comme au studio d’un rare jeu concertant. Fabrice Creux, directeur du Festival Musique et Mémoire a eu bien raison d’inviter les 3 complices, leur offrant ainsi une résidence aux apports déjà salués par classiquenews et qui s’achève en juillet 2016, ainsi par leur troisième et dernière année de travail en Haute-Saône.
Les 5 concerts présentent toutes le facettes diverses et complémentaires d’un collectif de jeunes musiciens, particulièrement riches en imagination. Le point d’orgue en est – après la recréation de l’opéra Proserpine de Lully en 2015, dans la version historique chambriste écrite du vivant de Lully…, – le programme baroque The Way to Paradise du 17 juillet.

 

 

 

Dernière années de résidence de l’ensemble fabuleusement doué, Les Timbres

5 concerts majeurs avec les Timbres

 

 

Les Timbres au 22è Festival Musique et MémoireCONCERT 1. Création, commande du festival Musique et Mémoire, le programme des Concerts Royaux de François Couperin (1668-1733) ouvre le bal (vendredi 15 juillet 2016, 21h, SERVANCe, église Notre-Dame de l’Assomption). Destinés aux plaisirs de Louis XIV à la fin de son règne et pour sa chambre or et rouge de Versailles, les Concerts royaux publiés ensuite en 1722, soit 7 ans après la mort du Souverain (1715), illustrent le dernier goût d’un roi fatigué, enclin à la méditation, au calme, à la plénitude réconfortante. Couperin dit “Le Grand”, fut un proche du roi comme Marais et les frères Hotteterre. De la méditation profonde, solitaire, grave et presqua austère, donc typiquement française, Couperin opte surtout dans le sens d’une fusion des styles, pour la séduction aimable et insouciante de la manière italienne. Intitulés aussi les Goûts Réunis, les Concerts Royaux militent pour le mariage des caractères français et italiens.SEVRANCE : répétition ouverte au public à 17h. Concert à 21h.

froberger-johann-vignette-580-portraitCONCERT 2. A l’honneur en 2016, en particulier pour les 400 ans de sa naissance, Johann Jacob Froberger est d’autant plus à l’honneur en Haute-Saône et grâce au Festival Musique et Mémoire qu’il est mort sur le territoire (au château d’Héricourt). Pour célébrer le génie du compositeur en particulier doué pour le clavier, Julien Wolfs propose tout un récital de pièces à la fois intimes et majeures de l’art de Froberger. Comme Couperin, Froberger est aucarrefour des deux esthétiques baroques : l’italie (Toccate, canzon, fantasia, Ricercar, capriccio) et la France (essor des danses (Allemande, Courante, Sarabande, Gigue) et affection pour le style luthé. Rien n’était semblable au jeu indépassable de Froberger au clavier, selon le témoignage de sa protectrice et élève, la princesse Sybille : intériorité fluide, souplesse méditative d’une élocution poétique totalement ineffable… L’enjeu du récital de Julien Wolfs tient au génie méconnu de Froberger pour le clavier : plusieurs pièces du Maître sont ainsi ressuscitées avec la finesse et l’intensité idéales, certaines au titre anecdotique qui découle d’un souvenir et d’une expérience autobiographique dont la musique exprime la violence et la profondeur : Affligée et Tombeau sur la mort de monsieur Blanrocher, Lamentation sur la très douloureuse mort de sa majesté impériale Ferdinand III, Allemande faite en passant le Rhin… Faucogney, Chapelle Saint-Martin, samedi 16 juillet 2016, 15h. Julien Wolfs, clavecin. Récital Froberger. LIRE aussi notre grand dossier FROBERGER, 400 ans 2016

 

 

ENSEMBLE MAGICIEN : Les Timbres, trio enchanteurCONCERTS 3 et 4. Puis Les Timbres se dédient à l’expérimentation pure et simple. Celle remontant aux origines du Baroque italien, née du passage entre la polyphonie (Prima Prattica) et monodie avec basse continue (secunda Prattica) : c’est à dire où le langage musical quitte la riche texture contrapuntique des voix mêlées au chant incarnée, celui d’une voix mélodique principale qui exprime le chant d’un personnage ; ainsi le sentiment et les passions humaines pouvaient enfin librement et totalement s’exprimer. un individualisation de la musique qui reste l’apport le plus révolutionnaire de l’esthétique du XVIIè. Comme Caravage en peinture, lorsqu’il invente ce réalisme nouveau où le portrait de ses proches se précise de toiles en toiles, sous la lumière transcendante d’un clair obscur personnel… Le programme présenté par Les timbres, s’intutile La Suave melodia / la mélodie suave, d’après le titre d’une pièce d’Andrea Falconiero.
SAMEDI 16 JUILLET 2016, FAUCOGNEY, église saint-Georges, 21h. Réservation conseillée (03 84 49 33 46).

ENSEMBLE MAGICIEN : Les Timbres, trio enchanteurLe lendemain, dimanche 17 juillet, à 11h, à l’écomusée du Pays de la Cerise (Le petit Fahys), Les Timbres expérimentent davantage, inventant une nouvelle forme de concert : “Perspectives“, un lieu investi par la musique, à gauche, à droite, au dessus, en dessous…Grâce à la spatialisation du son, de nouvelles scènes musicales en 3 dimensions voient le jour… Mobiles, agiles, surprenants, les instrumentistes des Timbres occupent de façon surprenante l’espace et les salles de l’écomusée du Pays de la Cerise… Le concert est une expérience à vivre et pour le spectateur, auditeur, un parcours aux sensations inédites.
DIMANCHE 17 JUILLET 2016, 11h. Ecomusée du Pays de la Cerise à Fougerolles.

 

 

 

Doués d’une sensibilité instrumentale exceptionnelle, Les Timbres offrent 5 programmes événements

The way to Paradise, une invitation qui ne se refuse pas

 

 

ENSEMBLE MAGICIEN : Les Timbres, trio enchanteur

musique et memoire 2016 grand format Visuel 150 DPICONCERT 5. Point d’orgue, temps fort de leur dernière année de résidence au Festival Musique et Mémoire, Les Timbres présentent leur dernier programme : The way to Paradise, véritable invitation à la poésie et au voyage intimiste et chambriste dans le style et selon le tempérament des musiciens anglais au carrefour entre XVIè et XVIIè siècles. Le concert associe le langage des instruments et le chant d’une voix déjà écoutée – dans la fameuse Proserpine de Lully recréée l’année dernière (celle de la soprano Julia Kirchner). Le baroque (et l’écriture monodique) permet un chant nouveau où le langage nouveaux des instruments égale voire dépasse en expressivité les mots eux-mêmes, ainsi que le précise Thomas Mace (Musick’s Monument de 1676), marquant ainsi un âge d’or de la pratique musicale. Pathétique, sublime, méditatif, pudique, doué / inspiré par un mystère impénétrable, le chant des instruments excelle dans le registre d’une ineffable mélancolie où brille essentiellement le raffinement des couleurs et des timbres ; cette hypersensibilité instrumentale se précise déjà à la fin du XVIè en Angleterre sous le règne d’Elisabeth 1ère (1558-1603) et de Jacques Ier (1603-1625). C’est un défi stimulant pour la fine équipe des Timbres, jeunes tempéraments affûtés jamais en reste d’un dépassement poétique, d’une entente en complicité, d’un nouvel accomplissement collectif : faire chanter les mots et parler les instruments. Et pour naviguer entre chaque sensibilité (Gibbons, Nicholson, Byrd, Morley, Ward, Playford, White, Ravenscroft, Johnson, Dowland…), Les Timbres conçoivent le cheminement en un cycle qui égrène les saisons, faisant du concert le miroir d’une existence humaine… Programme en création, commande du Festival. Incontournable.

DIMANCHE 17 JUILLET 2016, 17h30. Corravillers, église Saint-Jean-Baptiste. Réservation conseillée (03 84 49 33 46).

boutonreservationLes Timbres : 5 concerts au Festival Musique et Mémoire, les 15, 16 et 17 juillet 2016. Informations et réservations sur le site du Festival Musique et Mémoire 2016

VIDEO : grand reportage vidéo LES TIMBRES en résidence au Festival Musique et Mémoire (juillet 2015)

 

GRAND REPORTAGE : Festival Musique et Mémoire 2015 / Les Timbres

musique et memoire pave-2-musique-et-memoire-2015Grand Reportage. Retour sur … En juillet 2015, le Festival Musique et Mémoire (22ème édition) joue la carte des jeunes interprètes, en l’occurrence, les trois instrumentistes orfèvres virtuoses des TIMBRES qui accordent intimisme ciselé et expressivité partagée. Recréation de Proserpine de Lully dans une version historique de 1682, genre théâtral et musical innovant Le Carnaval Baroque des animaux… l’approche et le geste façonnent une offrande artistique captivante qui redéfinit l’exercice même d’un festival de musique dans son territoire. Entretien avec les instrumentistes des Timbres, entretien avec FABRICE CREUX, directeur et fondateur du Festival Musique et mémoire. © STUDIO CLASSIQUENEWS 2016.…

GRAND REPORTAGE : Festival Musique et Mémoire 2015 / Les Timbres

musique et memoire pave-2-musique-et-memoire-2015Grand Reportage. Retour sur … En juillet 2015, le Festival Musique et Mémoire (22ème édition) joue la carte des jeunes interprètes, en l’occurrence, les trois instrumentistes orfèvres virtuoses des TIMBRES qui accordent intimisme ciselé et expressivité partagée. Recréation de Proserpine de Lully dans une version historique de 1682, genre théâtral et musical innovant Le Carnaval Baroque des animaux… l’approche et le geste façonnent une offrande artistique captivante qui redéfinit l’exercice même d’un festival de musique dans son territoire. Entretien avec les instrumentistes des Timbres, entretien avec FABRICE CREUX, directeur et fondateur du Festival Musique et mémoire. © STUDIO CLASSIQUENEWS 2016. Conception et réalisation : Philippe Alexandre Pham

REDEFINIR UN FESTIVAL. MUSIQUE ET MEMOIRE, festival exemplaire. Qu’est ce qui fait la réussite exemplaire d’un Festival ?  Et qu’est ce qu’un festival tout court ? Assurément sa proximité avec ses publics, l’accompagnement des artistes dans la voie du dépassement et du partage ; le souci de l’accessibilité aussi et pour Fabrice Creux, directeur du Festival Musique et Mémoire (Vosges du Sud, Haute-Saône), l’engagement artistique, unique en France, qui sait proposer à chaque artiste associé, une résidence sur 3 années : temps long, temps exceptionnel et préservé pour présenter à un public fidélisé et demandeur, des programmes innovants, inédits, aux thématiques souvent passionnantes. Ici, des ensembles et des artistes ont le temps et les moyens d’approfondir leur geste artistique ; ici, les festivaliers mesurent les progrès et l’évolution des pratiques musicales d’une édition à l’autre… Fabrice Creux n’oublie pas pour autant l’ancrage du festival dans son territoire, organisant hors festival estival, des actions de sensibilisation auprès des jeunes scolaires par exemple, toute une activité citoyenne, engagée, vivante, sans hiérarchie intimidante ou code culturel discriminant. La culture ainsi transmise est une expérience unique, de partage, de conscience collective surtout. Et si Musique et Mémoire concentrait les fondamentaux d’une réussite culturelle ?
Le “Grand reportage” de CLASSIQUENEWS, réalisé au festival Musique et mémoire en juillet 2015, au moment de la résidence du jeune ensemble LES TIMBRES (17, 18, 19 juillet) expose les points de développement, les enjeux et les objectifs qui déterminent à présent tout festival qui entend défendre une identité forte. L’approfondissement, l’inédit, la sincérité du geste s’adressent directement aux publics toujours très curieux d’expériences musicales. On est loin des projets coûteux, représentation d’une seule date devant des parterres internationaux où le prestige l’emporte sur tout critère humain. L’expérience de Musique et Mémoire recentre l’acte culturel au service du partage et de la compréhension humains. C’est en cela que le festival créé par Fabrice Creux affirme sa singularité précieuse, visionnaire, et pour CLASSIQUENEWS, exemplaire. Entretiens avec les musiciens des Timbres, Fabrice Creux, directeur et fondateur du festival Musique et Mémoire (prochaine édition : du 15 au 31 juillet 2016). © studio CLASSIQUENEWS 2016

Compte rendu, festival. Musique et Mémoire. Les 17 et 18 juillet 2015. Résidence des Timbres : Proserpine de Lully, le Carnaval des animaux, La Gamme…

visuel festival Musique et Mémoire 2015En Haute Saône, un festival hors normes confirme sa place atypique dans le paysage des festivals estivaux. Loin des bords de mer, hors de la zone provençale si riche en implantations diverses et souvent simultanées, une offre unique en France sait accompagner en Haute-Saône (Vosges du Sud), les jeunes ensembles sur 2 ou 3 jours, à travers des programmes en majorité inédits, les poussant à prendre des risques et à se dépasser… pour la plus savoureuse délectation des spectateurs. Si ailleurs la musique se consomme en un rituel souvent guindé, l’idéal porté par le festival Musique et Mémoire demeure l’accessibilité pour tous (par les prix plus que compétitifs comme l’intégration des concerts aux lieux du territoire…), et pour chacun, une découverte musicale exprimée avec un exceptionnel souci d’engagement : le principe clé de la résidence conduit chaque collectif artistique à approfondir comme nul part ailleurs, la notion même de geste musical, avec d’autant plus de tension et d’exactitude que d’un programme à l’autre, les instrumentistes et chanteurs peuvent entretenir concentration, flexibilité, constance dans la profondeur et la sûreté de l’approche. Ici le rythme des concerts est remarquablement assuré, et la découverte visuelle et acoustique des lieux, garantie. Plus qu’un festival, Musique et Mémoire est aujourd’hui, une expérience musicale et humaine qu’il faut avoir vécue au moins une fois dans sa vie de mélomane.
Musique et Mémoire dont la ligne artistique défendue par son directeur et fondateur, Fabrice Creux, affirme année après année une rare cohérence, accompagne ainsi chaque interprète au-delà de ses performances habituelles.
Voyez en ce premier week end 2015 (premier des 3 rvs de l’été 2015), les 3 solistes piliers de l’ensemble Les Timbres. Leur dernier album (et premier chez le label Flora, septembre 2014) avait offert une lecture très personnelle des Pièces pour clavecin en concerts de Rameau, hymne ténu d’une délicate ciselure où brille surtout un étonnant chambrisme investi équitablement / idéalement à trois voix complices ; un art de la conversation concertante cultivé en osmose et en vrai plaisir partagé que l’on constate très rarement : c’est peu dire que ces trois là aiment visiblement jouer ensemble. Le claveciniste Julien Wolfs, la violiste Myriam Rignol (partenaire de William Christie par exemple dans le programme – tout aussi chambriste -, Airs sérieux et à boire : VOIR notre reportage vidéo), la violoniste Yoko Kawakubo dont la pudeur est une seconde nature qui conduit ses partenaires vers une délectable suggestivité feutrée… Fabrice Creux leur a proposé pour la seconde année de résidence (sur les trois au total pour Musique et Mémoire), pas moins de 7 programmes sur 2 journées… un marathon, aux manifestations particulièrement fécondes, sur un rythme trépidant.

 

 

Les Timbres réenchantent Prosperpine de Lully

 

 

Lully_versailles_portraitC’est d’abord, ce vendredi 17 juillet 2015, dans la basilique Saint-Pierre de Luxeuil-les-Bains, devant le superbe buffet d’orgue XVIIè, une version inédite de l’opéra Proserpine de Lully. La version est datée de 1682 (contemporaine du buffet baroque de l’orgue : encore une claire évidence de l’adéquation entre le lieu et le programme présenté). Le manuscrit est l’un des rares documents à préciser les instruments et leur partie respective. Ici, admirablement équilibré, l’instrumentarium comprend cordes (2 violons, clavecin, viole et violone), surtout l’éclat particulier du hautbois et de la flûte entre autres, sans omettre les percus (triangles, timbales). Il en découle une version colorée et dramatiquement expressive dont le découpage, réalisé par les Timbres offre un superbe aperçu d’une oeuvre maîtresse : Proserpine, opéra de la maturité de Lully (créé en 1680, après les sommets que sont Alceste, Atys, Isis, Psyché II, Bellérophon propres aux années 1670), et dans lequel, Louis XIV fait ses adieux à la Montespan, à la faveur de la nouvelle maîtresse et compagne du Roi-soleil, la Maintenon. Après Proserpine, Lully composera ensuite Le triomphe de l’Amour, Persée et Phaéton. Le compositeur y perfectionne encore ce chant français qui se chante aussi bien qu’il se dit, contemporain et égal des tragédies de Racine. Les chÅ“urs des suivantes de Proserpine, Cérès, en mère affligée et aimante (lamentation violente et destructrice clôturant le III), surtout Pluton (superbe rôle de basse grave et fébrile à la fois) se distinguent ; d’autant que ce dernier esquisse une relation avec Proserpine qui est superbement brossée par Lully et son librettiste Quinault (rien de moins): la vraie profondeur de l’ouvrage se dévoile dans leur duo, d’une ineffable et juste sincérité. Alors que l’Orfeo montéverdien de 1607, fait paraître le dieu des enfers soudainement touché par le chant du poète thrace endeuillé, voici chez Lully, un Pluton amoureux, omniscient et spectaculaire mais surtout touchant et maladroit, d’une fragilité inédite, d’une surprenante humanité … (serait-ce Louis XIV irrésistiblement ému par l’intelligence et la présence de la Maintenon ? On peut aisément le supposer…).

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Le rapport des instruments et des voix permet une lecture très aboutie de la théâtralité déclamée du Grand Siècle, sans que l’on perde ni l’esprit de solennité ni l’éclat suave de la partition originellement conçue pour un effectif plus important. A la superbe plasticité des musiciens sur scène répond aussi , selon la nécessité du drame, le chant des groupes instrumentaux et vocaux, placés sous la nef (parmil le public, et au delà, pour l’effet de résonance des choeurs infernaux, vers le chevet du vaisseau) : ce risque assumé de la spatialité illustre parfaitement la notion chère au directeur du Festival, idée motrice de laboratoire ou d’atelier où les interprètes osent tout pour l’intelligence finale. Les situations, l’enchaînement des épisodes, la noblesse comme le raffinement poétique du drame sont superbement défendus, toujours grâce à l’écoute et la complicité entretenues, favorisées sans ostentation par les 3 instrumentistes, piliers des Timbres.

 

 

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Le lendemain, à Lure, rendez vous à 21h pour un Carnaval des animaux, celui là baroque ; au menu, plusieurs séquences musicales d’inspiration / évocation animalière signées Rameau (évidemment la Poule), mais aussi François Couperin( dont le Moucheron et les fauvettes plaintives), Caix d’Hervelois (Rossignol, Papillon), Montéclair (les nayades dont la courbe sensuelle referme le cycle). Ce programme inédit, lui aussi présenté en création pour Musique et Mémoire réalise une passionnante interaction entre l’unique acteur qui narre le drame (fin et percutant Aymeric Pol) et les 3 instrumentistes dont on se délecte à nouveau de la complicité si musicienne. La plus grande réussite du spectacle tient à la fluidité des enchaînements entre chaque séquence qui fait jaillir le choix de la pièce musicale retenue : le texte (vif, agile signé par Jana Rémond qui supervise aussi la mise en scène, comme c’était le cas de Proserpine la veille à Luxeuil), fait de multiples références à une Antiquité piquante et sensuellement trouble qui pousse le narrateur / acteur à jouer une série de personnages et de situations finement évoqués. L’interaction entre les musiciens et le comédien, entre les artistes et le public est d’autant plus prenante dans l’auditorium François Mitterand, écrin idéal pour ce théâtre musical d’une finesse de ton très convaincante.

timbres-festival-musique-et-memoire-la-gamme-marais-repetitions-classiquenewsPortés par l’attente des spectateurs au cours de ce marathon musical hors normes, Les Timbres enchaînent ensuite à 23h, dans la même salle et malgré la chaleur de cette nuit d’été quasi tropicale, un autre programme et non des moindres; véritable opéra pour instruments seuls et pièce majeure du XVIIè : La Gamme de Marin Marais. Editée à Paris en 1723, quand Marais avait 67 ans, ces “morceaux de Simphonie pour le violon, la viole et le clavecin” illustrent une pensée visionnaire (avant celle du génie à venir : le Rameau des Pièces pour clavecin en concerts) ; leur construction, “en forme de petit opéra”, imagine toutes les combinaisons possibles entre les 3 instruments, à partir d’un voyage qui traverse tous les tons de la gamme musicale. Il y faut exprimer et la clarté d’une rhétorique parfaitement huilée, celle du vieux et vénérable Marais, alors au sommet de sa créativité (et au crépuscule de sa carrière enviable comme “musicien ordinaire de la musique pour la chambre du roi pour la viole”-), et la subtilité de ton, entre humour, grâce, plénitude concertante. Un schéma interprétatif que les 3 solistes des Timbres, subliment de facto, révélant la grandeur et la poésie du chef d’oeuvre de musique baroque française si peu connu, trop rarement joué car en 900 mesures (soit 45mn), il exige trois tempéraments instrumentaux individuels et complices, ayant pour eux, et un formidable tempéraments et une écoute vive et continue. Une même conception cyclopéenne a nécessité ici des trésors de trouvailles et de composition à 3 voix égales, comme le fameux Labyrinthe, autre pièce géniale de Marais (partie de son Quatrième Livre de Pièces pour la viole). La Gamme gravit les échelons de la portée, montée enivrante et descente (en miroir inversé) d’une séduction singulière. Architecte de goût, Marais organise l’ensemble comme une succession de danses, dans le format d’une Sonate à la Marésienne donc : soit 7 épisodes enchaînés : “un peu grave, légèrement, un peu gay, sarabande, très vivement, gravement / doux” enfin, “Gigue“. Le flexibilité, l’entente, les capacités de nuances partagées et finement concertées grâce à une écoute permanente et si naturelle, enchantent littéralement. Cette première partie de week end en compagnie des Timbres a confirmé et l’originalité d’une programmation exigeant beaucoup des artistes, offrant infiniment aux festivaliers, et la sensibilité partagée d’un trio instrumental d’une enivrante poésie. Les Timbres sont un ensemble techniquement virtuose, musicalement complice, poétiquement juste. Que demander de plus ? Illustration : Les Timbres en répétition © CLASSIQUENEWS 2015.