Compte-rendu, opéra. LILLE, Opéra, le 16 janv 2019. RAMEAU : Pygmalion / MONDONVILLE : Amour et Psyché. Haïm / Orlin.

Compte-rendu, Opéra. Opéra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplé avec Amour et Psyché de Mondonville. Emmanuelle Haïm / Robyn Orlin. Spectacle coproduit entre l’Opéra de Lille, le Théâtre de Caen, l’Opéra de Dijon et les Théâtres de la ville de Luxembourg, c’est une bonne idée qu’ont eu les quatre institutions lyriques de coupler Pygmalion de Rameau (1748) et L’Amour et Psyché (1758) de Mondonville, qui traite tous deux de l’éternel thème de l’amour.

 
 

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La première pièce est un des huit ballets en un acte qu’écrivit le compositeur dijonnais entre 1748 et 1754. Tiré du dixième livre des Métamorphoses d’Ovide, le livret reprend la légende de Pygmalion, amoureux de la statue d’ivoire qu’il a lui-même sculptée. L’Amour anime la statue et le chœur chante les louanges du dieu qui règne sur les cœurs. La deuxième pièce est la troisième entrée du ballet héroïque intitulé Les Fêtes de Paphos qui est formé en fait de trois ballets autonomes (Vénus et Adonis, Bacchus et Erigon, et L’Amour et Psyché), composés entre 1747 et 1758, et reliés a posteriori sous le titre de Fêtes de Paphos. Si les deux ouvrages ont une même thématique amoureuse, ils diffèrent en ceci que le second est un pur divertissement, qui ne vise qu’à donner du plaisir, tandis que le second cherche à émouvoir (au sens baroque du terme).
Heureusement, les deux compositeurs français sont merveilleusement servi par la direction d’orchestre : attaques précises, clarté des pupitres, osmose avec un plateau quasi idéal… Emmanuelle Haïm, à le tête de son Concert d’Astrée, fait des merveilles !
Las, la mise en scène/chorégraphie de Robyn Orlin ne restera pas dans les annales. On a trop de fois vu ce procédé qui est de réaliser des vidéos en live pour les projeter au même moment sur des écrans. Les incessants allers et venues de sa troupe et la surabondances d’images diverses et variées parasitent l’écoute, n’éclaire en rien les histoires qui sont contées dans les livrets, et surtout ne font jamais jaillir l’émotion. La série de clichés sur le monde de l’art qui illustre le ballet de Mondonville est tout simplement hors propos et parfaitement gratuite. Bref, nous nous sommes ennuyés pour ce qui est de la partie visuelle…
La partie vocale sauve heureusement la mise (et la soirée !), avec d’abord un hommage appuyé pour le ténor flamand Reinoud van Mechelen (Pygmalion) : belle voix claire, pure et sans vibrato, tour à tour fine et puissante, élégance du style et diction parfaite du français. Statue puis Psyché, la jeune soprano colorature française Magali Léger vit les émois du sentiment amoureux sans afféterie, et nous gratifie de son beau timbre délicat. Avec une voix beaucoup plus corsée, parfois rauque, la chanteuse franco-canadienne Samantha Louis-Jean a du tempérament à revendre en Céphise puis Vénus. Dans le rôle d’Amour, commun aux deux ouvrages, Armelle Khourdoïan fait preuve autant de séduction que d’autorité, avec des aigus aisés et un medium charnu.  Enfin, dans l’hilarant rôle de Tisiphone, le baryton rochelais Victor Sicard explose en déesse (transgenre) infernale, avec une voix aussi solide que parfaitement articulée.
Grâce aux voix et à la musique, on passe au final un bonne soirée !

 
 
 

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Compte-rendu, Opéra. Opéra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplé avec Amour et Psyché de Mondonville. Emmanuelle Haïm / Robyn Orlin.

 
 
 

CD événement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015)

mondonville grands motets pircell choir orfeo orchestra Gyorgy vashegyi glossa cd critique review cd CLCI de classiquenewsCD événement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sûreté de sa direction, le William Christie Hongrois… C’est un défricheur au tempérament généreux, surtout à la vision globale et synthétique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilité et de goût : car le chef hongrois goûte et comprend comme nul autre aujourd’hui, à l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française.

 

György Vashgyi, maître du Baroque Français

Artisan d’un Mondonville plus détaillé, clair que dramatique, le chef hongrois affirme l’éloquence réjouissante de son geste : un nouvel accomplissement à Budapest.

 

 

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LE BAROQUE FRANCAIS : UNE PASSION HONGROISE. György Vashegyi a ce sens du verbe et de la clarté semblable aux pionniers indémodables… Il se passe évidemment plusieurs événements intéressants en Hongrie et à Budapest : depuis quelques années, chacun de ses enregistrements est attendu et légitimement salué (édité par Glossa : son dernier Rameau, un inédit Les Fêtes de Polymnie, a remporté le CLIC de classiquenews 2015 pour l’année Rameau, de loin le titre le plus convaincant avec celui de l’ensemble Zaïs / Paul Goussot et Benoît Babel, autre CLIC de classiquenews édité par PARATY)… Mais ici, après la furie intensive et sensuelle de rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsRameau, le chef et ses équipes (choeur Purcell et orchestre sur instruments anciens Orfeo) s’attaque à un sommet de la ferveur chorale et lyrique du XVIIIè, les Grands Motets de Mondonville. Le compositeur est l’un des plus doués de sa génération, un dramaturge né, un virtuose du drame, maniant et cultivant la virtuosité à tous les niveaux : solistes, choeurs, orchestre. Son écriture fulmine, tempête, s’exclame mais avec un raffinement sonore, une élégance instrumentale inouïe propre aux années 1730 et 1740. De fait ses Grands Motets d’abord destinés aux célébrations purement liturgiques à Versailles, ont été ensuite repris à Paris dans la salle du Concert Spirituel, piliers d’une programmation particulièrement applaudie par les auditeurs du XVIIIè (virtuosité ciselée du récit Exultabunt pour basse et violoncelle solo, digne d’un JS Bach !). VOIR notre reportage vidéo Györgyi Vashegyi ressuscite Les Fêtes de Polymnie à Budapest (2014, avec Mathias Vidal et Véronique Gens, pour l’anniversaire Rameau / 250 ème anniversaire).
Ici, György Vashegyi s’attaque à 4 d’entre eux, parmi les plus ambitieux, vrais défis en expressivité, équilibrage, dynamique globale : les plus connus tels Nisi Dominus (1743), et De Profundis (1748), et les plus rares voire inédits : Magnus Dominus (1734, donc contemporain des Grands Motets de Rameau) et surtout Cantate Domino de 1742 (la révélation du présent double album). Le chef hongrois complète astucieusement l’apport premier, fondateur de William Christie (qui dévoilait les Dominus Regnavit, In Exitu Israel, De Profundis… dès 1996). 20 ans plus tard, György Vashegyi affirme une lecture habitée, personnelle particulièrement convaincante qui touche par son étonnante cohérence et sa suavité comme son dramatisme millimétrés.

 

 

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Evidemment d’emblée cette lecture n’a ni la classe ni le souffle élégantissime d’un William Christie, – artisan inégalé pour Rameau ou Mondonville dont il a ressuscité les Grands Motets il y a donc 20 ans déjà. Pourtant… ce que réalise le chef hongrois György Vashegyi relève du … miracle, tout simplement. C’est une passionnante relecture des Grand Motets à laquelle il nous invite :  une interprétation qui convainc par sa sincérité et aussi sa franchise, évitant tout ce que l’on retrouve ordinairement chez les autres chefs trop verts ou trop ambitieux et souvent mal préparés : instabilité, maniérisme, sécheresse, grandiloquence… A contrario de tout cela, l’ex assistant de Rilling ou de Gardiner possède une éloquence exceptionnelle des ensembles – orchestre, choeur, solistes ; une conscience des équilibres et des étagements entre les parties qui révèle et confirme une étonnante pensée globale, une vision d’architecte. Le sentiment qui traverse chaque séquence, le choix des solistes dont surtout les hommes s’avèrent spécifiquement convaincant : le baryton Alain Buet (partenaire familier des grandes résurrection baroques à Versailles) incarne une noblesse virile et une fragilité humaine, passionnante à suivre ; le ténor (haute-contre) Mathias Vidal qui sait tant frémir, projeter, prendre des risques aussi tout en sculptant le verbe lyrique français, éblouit littéralement dans l’articulation tendre des textes latins : chacune de ses interventions par leur engagement individualisé et le souci de l’éloquence, est un modèle du genre ; l’immense artiste est au sommet actuellement de ses possibilités : il serait temps enfin qu’on lui confie des rôles dramatiques dans les productions lyriques digne de sa juste intuition.
Le chœur Purcell démontre à chaque production ou enregistrement initié par le chef, une science de la précision collective, à la fois autoritaire, des plus séduisantes… sans pourtant ici atteindre au chatoiement choral des Arts Flo (inégalés dans ce sens).
Souvenons nous de leur Isbé, somptueux opéra du même Mondonvile, ressuscité en mars dernier (2016), découverte absolue et réjouissante et chef d’oeuvre lyrique qu’il a fallu écouter jusqu’à Budapest pour en mesurer l’éclat, le raffinement, l’originalité (qui préfigure comme chez Rameau, la comédie musicale française à venir…). L’opéra donné en version de concert a été l’une des grandes révélations de ces dernières années.

Jean-Joseph_Cassanéa_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourDe toute évidence, la sensibilité du chef György Vashegyi dispose à Budapest d’un collectif admirablement inspiré, avec propre à sa direction, une exigence quant à la clarté, à une absolue sobriété qui fouille le détail, au risque parfois de perdre le souffle et la tension… sans omettre la caractérisation, moins contrastée moins spectaculaire et profonde que chez William Christie qui faisait de chaque épisode une peinture d’histoire, un drame, une cosmogonie humaine d’une tenue irrésistible, d’une gravité saisissante.
Cependant la lecture de György Vashegyi déploie de réelles affinités avec la musique baroque française ; d’Helmut Rilling, il a acquis une précision impressionnante dans l’architecture globale ; de Gardiner, un souci de l’expressivité juste. Les qualités d’une telle vision savent ciseler le chant des instruments avec une grande justesse poétique : car ici la virtuosité de l’orchestre est au moins égale à celle des voix. 
Les spectateurs et auditeurs à la Chapelle royale de Versailles le savaient bien, tous venaient à l’église écouter Mondonville comme on va à l’opéra. Le drame et le souffle manquent parfois ici, – point faible qui creuse l’écart avec Les Arts Flo, en particulier dans les choeurs fugués : Requiem aeternam du De Profundis de 1748, un peu faible – mais tension redoublée, davantage exaltée du Gloria Patri dans le Motet de 1734.
Cependant à Budapest, l’esthétique toute en retenue, mettant surtout le français au devant de la scène, se justifie pleinement, en cohérence comme en expressivité. Vashegyi sait construire un édifice musical dont la ferveur, la cohésion sonore et le feu touchent ; comptant par l’engagement de ses solistes particulièrement impliqués, soignant chacun leur articulation …Réserve : dommage que la haute-contre Jeffrey Thompson manque de justesse dans ses aigus souvent détimbrés et tirés : à cause de ses défaillances manifestes, le chanteur est hors sujet et déçoit considérablement dès son grand récit avec choeur : Magnus Dominus, début du Magnus Dominus de 1734 ; surtout dans son récit avec choeur : Laudent nomen ejus ... en totale déroute et faillite sur le plan de la justesse ; il aurait fallu reprendre en une autre session ce qui relève de l’amateurisme. Erreur de casting qui revient à la supervision artistique de l’enregistrement.

vashegy gyorgyi 7564019_7dd0b09a6e13299277c488951c57b2a1_wmORCHESTRE SUPERLATIF. Heureusement ce que réalise le chef à l’orchestre saisit par sa précision et là encore, son sens des équilibres (hautbois accompagnant le dessus dans la section qui suit). Confirmant un défaut principal déjà constaté dans ses précédentes gravures, Chantal Santon n’articule pas – même si ses vocalises sont aériennes et d’une fluidité toute miellée ; la Française ne partage pas cette diction piquante qui fait tout le sel de sa consÅ“ur Daniela Skorva, ex lauréate du Jardin des voix de William Christie (sûreté idéale du Quia beneplacitum du Cantate Dominum). Le meilleur dramatique et expressif du choeur se dévoile dans la rhétorique maîtrisée du choeur spectaculaire « Ipsi videntes… » : acuité perçante du choeur et surtout agilité précise de l’orchestre. L’un des apports de l’album tient au choix des Motets : ce Magnus Dominus de 1734, est le moins connu ; dans l’écriture, moins spectaculaire que les autres (malgré l’Ipsi videntes précédemment cité et sa fureur chorale), ne déployant pas ce souffle expressif d’une séquence à l’autre.

DEFIS RELEVÉS. La plus grande réussite s’impose dans les deux Motets du cd2 : Cantate Domino (1742) et Nisi Dominus (1743). Le geste s’impose à l’orchestre : ample, suave, d’une articulation souveraine (début du Nisi ; intériorité calibrée dans Cantate Domino et le solo de violoncelle de l’exaltabunt…). Vocalement, il est heureux que le chef ait défendu l’option de solistes français car ici c’est la langue et sa déclamation naturelle qui articulent tout l’édifice musical. Le sens du verbe, l’intelligence rhétorique et discursive, la mise en place se distinguent indiscutablement. Et jusque là instable, la haute-contre Jeffrey Thompson reprend le dessus avec un panache recouvré dans la tenue prosodique hallucinante de l’ultime épisode de Cantate Domino. Le Trio du même motet s’impose comme une autre révélation : 3 voix témoins qui touchent par leur humanité terrassée (Ad Alligandos Reges – expression de la force des élus de Dieu-, dont l’expressivité à trois, sonne comme un temps dramatique suspendu d’un profondeur inédite).

VIDAL Mathias haute contre tenor francais portrait critique presentation classiquenews accueilARDENT, PERCUTANT MATHIAS VIDAL. Dans le Nisi Dominus, on ne saurait trop souligner la justesse stylistique des deux solistes dans ce sens, Alain Buet et Mathias Vidal, dont l’assise et l’expressivité mesurée alliées à un exemplaire sens du verbe apportent un éclairage superlatif sur le plan de l’incarnation : la couleur et le timbre font de chacun de leur récit non pas une déclaration/déclamation sophistiquée et pédante, mais un témoignage humain, fortement individualisé, éclat intérieur et drame intime que ne partagent absolument pas leur partenaires, surtout féminins (autant de caractère distincts qui font d’ailleurs l’attrait particulier du duo dessus / basse-taille et choeur du « Vanum est vobis »). Le récit pour haute-contre : « Cum delectis » affirme la maîtrise stupéfiante de MATHIAS VIDAL dans la caractérisation, l’éloquence, l’articulation, le style. Le chanteur diffuse des aigus tenus, timbrés, mordants d’une intensité admirable. Certes acide parfois (ce que nous apprécions justement par sa singularité propre), le timbre du Français projette le texte avec une franchise et une clarté exemplaire (« merces fructus ventris »…), trouvant un équilibre idéal entre drame et ferveur : Mathias Vidal mord dans chaque mot, en restitue la saveur gutturale, le jeu des consonnes avec une rare intelligence… expression la plus juste d’un texte de certitude qui célèbre la générosité divine ; à ses côtés, chef et orchestre offrent le meilleur dans cette vision lumineuse, précise, d’une architecture limpide et puissante. Toute la modernité éruptive et spectaculaire de Mondonville éclate littéralement dans le choeur « Sicut sagittae » dont le chef fait un duo passionnant entre chanteurs (droits, sûrs, là aussi d’une précision collective parfaite) et orchestre. Plus habité et sûr sur le plan de la justesse, Jeffrey Thompson – qui a chanté sous la direction de William Christie dans le motet In Convertendo (absent du présent coffret), convainc davantage (moins exposé dans les aigus) dans le Non confundetur final, qui n’est que verbe et travail linguistique, un prolongement du génie du Rameau de Platée. Chef, chanteurs, instrumentistes prennent tous les risques dans cette séquence où ils se lâcheraient presque, alliant souffle et majesté, deux qualités qui faisaient la réussite des Arts Flo.

vasgehyi gyorgy maitre du baroque francais review presentation critique classiquenews 7564039_49590ebf43acd665399c35834a4ee143_wmCOMPLEMENT ESSENTIEL. Voilà donc un coffret qui complète notre connaissance des Grands Motets de Mondonville, révélant la science dramatique et fervente de deux opus moins connus : Magnus Dominus de 1734 et Cantate Domino de 1742. Une lecture superlative malgré les petites réserves exprimées. De toute évidence, c’est le goût et la mesure du chef György Vashegyi qui s’imposent ici par son intelligence, sa probité, sa passion de la clarté expressive. Désormais à Budapest règne une compréhension exceptionnelle du Baroque Français : c’est le fruit d’un travail spécifique défendu par un connaisseur passionnant. Superbe réalisation qui rend justice au génie de Mondonville. N’hésitez plus, s’il vous manquait un argument ou un prétexte pour un prochain séjour à Budapest, profitez d’un concert du chef György Vashegyi au MUPA (salle de concerts nationale) pour visitez la cité hongroise, nouveau foyer baroque à suivre absolument. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

 

 

 

CLIC-de-classiquenews-les-meilleurs-cd-dvd-livres-spectacles-250-250CD, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi. 2 cd Glossa GCD 923508 – Durée : 43:20 + 52:47 – Enregistrement à Budapest (Béla Bartók National Concert Hall, MÃœPA), Hongrie, les 2-4 novembre 2015. Très bonne prise de son, claire, aérée, respectant l’équilibre soistes, choeurs, orchestre défendu dans son geste et son esthétique par le chef hongrois, György Vashegy. Un prochain concert à Versailles est annoncé au second semestre 2016, prochain événement au concert présenté par Château de Versailles spectacles. A suivre prochainement sur classiquenews.com

 

 

 

JEAN-JOSEPH DE MONDONVILLE : Grands Motets

CD I
De profundis (1748)
01 Chœur: De profundis clamavi
02 Récit de basse-taille: Fiant aures
03 Récit de haute-contre: Quia apud te propitiatio
04 Chœur: A custodia matutina
05 Récit de dessus: Quia apud Dominum
06 Récit de dessus et chœur: Et ipse redimet Israël
07 Chœur: Requiem æternam

Magnus Dominus (1734)
08 Récit de haute-contre et chœur: Magnus Dominus
09 Récit de dessus: Deus in domibus ejus cognoscetur
10 Chœur: Ipsi videntes sic admirati sunt
11 Récit de dessus: Secundum nomen tuum
12 Récit de dessus et chœur: Lætetur mons Sion
13 Duo de dessus: Quoniam hic est Deus
14 Chœur: Gloria Patri

CD II
Nisi Dominus (1743)
01 Récit de basse-taille: Nisi Dominus
02 Duo de dessus et basse-taille et chœur: Vanum est vobis
03 Récit de haute-contre: Cum dederit dilectis
04 Chœur: Sicut sagittæ
05 Duo de basses-tailles: Beatus vir
06 Air de basse-taille et chœur: Non confundetur

Cantate Domino (1742)
07 Chœur: Cantate Domino
08 Duo de dessus: Lætetur Israël
09 Récit de haute-contre: Adorate et invocate
10 Récit de haute-contre et chœur: Laudent nomen ejus
11 Récit de dessus: Quia beneplacitum
12 Récit de basse-taille: Exultabunt sancti in gloria
13 Chœur: Exaltationes Dei
14 Trio de dessus, haute-contre et basse-taille: Ad alligandos Reges
15 Chœur: Gloria Patri
16 Duo de haute-contre et basse-taille et chœur: Sicut erat in principio

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Chantal Santon-Jeffery, dessus
Daniela Skorka, dessus
Mathias Vidal, haute-contre
Jeffrey Thompson, haute-contre
Alain Buet, basse-taille
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction musicale

 

 

 

 

 

Approfondir
Retrouvez le ténor Mathias VIDAL :

La Finta Giardiniera (Belfiore) à l’Opéra de Rennes
30 mai – 7 juin 2016

Les Indes Galantes de Rameau (Don Carlos, Damon)
Ivor Bolton, direction
Opéra d’état de Bavière, Munich
les 24, 26, 27, 29 et 30 juillet 2016

Le Carnaval de Venise, Campra.
Prague, le 4 août

MATHIS VIDAL en vidéo

Gala Lully à la Galerie des Glaces de Versailles
Production Château de Versailles Spectacles

Cantates pour le Prix de Rome de Max d’Ollone (2013)

Atys de Piccinni : répétitions

Atys de Piccinni : représentations (2012) -reportage vidéo © studio CLASSIQUENEWS 2012

LIRE aussi Isbé de Mondonville ressuscite grâce au tempérament du chef György Vashegyi à Budapest (mars 2016)

Compte rendu critique, opéra. Budapest, MUPA, le 6 mars 2016. Mondonville : Isbé, 1742. Recréation (version de concert). Katherine Watson, Thomas Dolié… György Vashegyi, direction.

koncert-20150115-13633-vashegyi-gyorgy-es-az-orfeo-zenekar-btf-original-61372Depuis presque 30 ans déjà, le chef hongrois György Vashegyi défend l’interprétation baroque historiquement informée depuis Budapest ; une activité méconnue ici en France et pourtant d’une acuité féconde qui compte déjà de nombreuses réalisations plutôt convaincantes. L’an dernier pour les célébrations Rameau, si le chef et ses troupes ne sont pas venus jusqu’à Versailles, ils ont cependant ressuscité la pastorale héroïque, Les Fêtes de Polymnie du Dijonais, grâce à un disque désormais capitale, couronné par le CLIC de CLASSIQUENEWS (parution de février 2015). On y soulignait ce sens de la clarté et de l’éloquence articulée, un bel équilibre général (chÅ“ur, orchestre et solistes) ; l’efficacité d’une direction soucieuse d’unité comme de cohérence. S’y déploie le fonctionnement d’une “machine” collective, bien rodée désormais : orchestre sur instruments d’époque (Orfeo Zenekar) et choeur formé à l’articulation baroque (Purcell Korus), deux effectifs complémentaires créés par le chef dès ses premiers pas au concert au début des années 1990.

L’ex assistant de Gardiner, – celui qui fut confirmé dans sa passion de Jean-Sébastien Bach (il en connaît chaque cantate) grâce à l’illustre Helmut Rilling (son autre mentor), présente au MUPA, vaste concert hall de la capitale hongroise, une série de concerts, dans le cadre d’un festival de musique ancienne et baroque, dont mars 2016 marque la 2è édition.
La France est à l’honneur cette année au MUPA (le nom du site culturel dont la gestion relève de l’Etat hongrois, et qui compte en plus des cycles de musique ancienne et baroque, un musée d’art contemporain, et le lieu de résidence du Ballet national et du Philharmonique hongrois) ; car après l’étonnante résurrection lyrique à laquelle nous venons d’assister, se tiendra en septembre 2016, un nouveau festival dédié cette fois plus généreusement à la France.

 

Jean-Joseph_Cassanéa_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourISBE DE MONDONVILLE, PASSIONNANTE REDECOUVERTE. Pour l’heure en cette soirée du 6 mars dernier, c’est un chef d’oeuvre oublié du languedocien Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772 : soit presque l’exact contemporain du napolitain Jommelli) qui s’offre à l’écoute, première mondiale ou plus justement recréation sur instruments d’époque. Violoniste virtuose, auteur adulé pour ses Grands Motets (qui ont fait la fortune du Concert Spirituel, et aussi e sujet d’une précédente résurrection orchestrée par William Christie), Mondonville affirme un superbe tempérament dramatique, d’une indiscutable originalité, alliant puissance théâtrale, vitalité rythmique, grande séduction mélodique; surtout vision architecturale que son contemporain, incontournable rival, Rameau, ne possède pas avec autant de maîtrise (on imagine déjà la résistance outrée des puristes ramistes confrontée à ce nouveau jugement). De fait, le concert de Budapest confirme ce que les opéras déjà connus du compositeur (Titon et l’aurore de 1753, ou Les Fêtes de Paphos de 1758…) ont indiqué à leur époque : Mondonville est un génie du drame lyrique dont on apprécie ainsi de mesurer à sa juste valeur la cohérence et l’indiscutable originalité de l’écriture.

A Budapest, le chef hongrois György Vashegyi ressuscite avec cohérence

Mondonville, génie lyrique enfin révélé

 

RSBA-ThomasDolie5(C)AlixLaveau_displayADAMAS, VRAI PROTAGONISTE DE LA PARTITION DE 1742. Pépite surgissant d’un plateau aux profils convenus, c’est à dire vrai personnage ayant de l’épaisseur psychologique, le traitement d’Adamas (baryton) annonce tous les politiques porteurs de clémence et de pardon fraternel, tels que l’opéra de la fin du XVIIIè saura bientôt les imposer à la scène, selon l’idéal des Lumières. Bien qu’il aime Isbé, le grand prêtre sait maîtriser ses passions et point culminant de la partition, accepte de laisser la belle dans les bras d’un autre (Coridon : articulé mais un peu lisse Reinoud von Mechelen : on aurait mieux suivi ici le chant plus engagé d’un Mathias Vidal, autrement plus nerveux et mordant, en particulier dans la scène du sacrifice où les deux jeunes âmes révélées à l’amour s’offrent à la mort pour épargner l’autre). Si tous les personnages restent dans le même registre expressif, Adamas se montre à différents angles, d’une force et d’une intensité rare, aux récitatifs en majorités accompagnés d’une exceptionnelle beauté ; c’est de toute évidence lui dont l’opéra aurait du porter le nom. La tempête aux cordes, d’une inspiration et d’une fougue toute vivaldienne, s’identifie alors aux tourments intérieurs de l’amoureux impuissant : on a rarement vécu une telle assimilation d’un personnage aux forces vives de l’orchestre. Certes les plus pinailleurs regretteront une orchestration infiniment moins raffinée que Rameau (quoique), mais le souffle de l’architecture, les choix poétiques privilégiant nettement le chant de l’orchestre et ses aptitudes atmosphériques affirment le saisissant génie d’un Mondonville, d’une vraie carrure dramaturgique, génial dans sa caractérisation psychologique, à redécouvrir d’urgence; la couleur mâle, l’intériorité subtile avec lesquelles le baryton Thomas Dolié (photo ci dessus) saisit son personnage, demeurent époustouflantes : un chant semé de naturel et d’impact émotionnel qui savent révéler et déployer la profondeur comme la finesse du rôle. Mais, déjà dans Les Fêtes de Polymnie (Séleucus), nous avions relevé la finesse de son approche, alliant à la différence de ses partenaires, intelligibilité, relief linguistique, exceptionnelle implication dramatique, le tout, – profil du personnage oblige-, avec une noblesse de style et une intensité qui se sont révélées captivantes. Le protagoniste de cette résurrection admirable, c’est lui.

A ses côtés, dolente, languissante, possédée par un désir qui lui fait peur, l’Isbé de Katherine Watson (presque tous ses airs ouvrent chacun des actes) a l’élégance d’une féminité angélique, plus lumineuse qu’ardente, dont la douceur – tragique et intense du timbre s’impose naturellement. A contrario, en coquette délurée / déjantée, la soprano Chantal Santon se distingue tout autant en une incarnation de l’amour plus désinvolte et insouciante. Mais on avoue être plus émus voire troublés par l’excellente diction de l’écossaise Rachel Redmond qui dans cette aréopage de cÅ“urs éprouvés solitaires, sait enfin exprimer l’éclat rayonnant d’un amour partagé qui ne se cache pas : comme Thomas Dolié, Rachel Redmond touche sans limite par son exquise tendresse articulée, un timbre qui sait trouver d’ineffable rondeur dans les aigus les plus perchés. De même la mezzo Blandine Folio-Peres, engagée percutante, fait une sorcière magicienne (Céphise) qui impose piquant et personnalité. Impliquée par l’enjeu dramatique de chaque situation, l’excellent Alain Buet confirme toujours ses affinités avec le théâtre baroque français : il est en Iphis un caractère toujours naturellement expressif, et bonus délectable, intelligible.

Le formidable choeur Purcell (Purcell Kórus) traduit la passion de son chef fondateur pour l’articulation d’un français fin, racé, d’une ambition intelligible, souvent très juste.

L’orchestre de son côté (Orfeo Zenekar) en particulier les violons très exposés (Mondonville n’est pas violoniste surdoué pour rien) affirme un tempérament taillé pour le théâtre : pas d’altos mais un chÅ“ur renforcé de cordes aiguës dont l’unisson et la motricité font mouche dans toutes les vagues impétueuses d’une partition des plus vertigineuses. La tenue des bois et des vents (flûtes omniprésentes) en revanche laisse clairement à désirer; la conception du drame lyrique, l’enchaînement des séquences, l’agencement des scènes chorales, des intermèdes orchestraux, l’intelligence d’une écriture flamboyante mais pas creuse emporte les 3 derniers actes. Jusqu’au final amoureux, duo des deux amants enfin confessés (Coridon / Isbé) qui mêlés au choeur et à tout l’orchestre, rejoint la fièvre incandescente des Grands Motets. On peut certes regretter une direction parfois trop lisse et sage, mais le souci de l’éloquence demeure l’argument le plus convaincant de cette recréation.

 

 

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Même en version de concert (mais au juste, qu’aurait apporté de plus – à part la restitution visuelle des ballets et des divertissements, une production scénique?), l’ouvrage de Mondonville captive de bout en bout. Isbé créé en 1742 est contemporaine de la reprise d’Hippolyte et Aricie de Rameau (créé en 1733), avec la restitution du fameux Trio des Parques aux impossibles vertiges harmoniques. Mondonville curieux et scrupuleux de ce que faisaient ses contemporains, met en scène lui aussi un trio de voix masculines. Inévitablement comparé à Rameau, Mondonville se distingue pourtant sans difficultés : son écriture apporte un autre type d’éclat, un autre point d’accomplissement d’une exceptionnelle cohérence. C’est cette unité de la vision globale qui fusionne mieux qu’ailleurs (Ballets, divertissements, intermèdes…) la continuité du drame, qui surprend et convainc totalement. En cela, Mondonville annonce Gluck, par son souci du drame, avant l’essor des tableaux pris séparément.
Artistiquement cette recréation fait mouche et montre encore l’ampleur des redécouvertes possibles s’agissant du XVIIIè Français. C’est évidemment un événement baroque dans l’agenda 2016 et l’on attend avec impatience le disque qui prolongera cette formidable redécouverte.

 

 

Recréation d’Isbé de Mondonville (1742) au MUPA, Palais des Arts de Budapest, le 6 mars 2016.

Katherine Watson : Isbé
Reinoud Van Mechelen : Coridon
Thomas Dolié : Adamas
Chantal Santon-Jeffery : Charite
Alain Buet : Iphis, hamadryade 3
Blandine Folio-Peres : Céphise
Rachel Redmond : Amour, Egy, Clymène
Artavazd Sargsyan : Tircis, Hamadryade 1
Komáromi Márton : Hamadryade 2

Orfeo Zenekar
Purcell Kórus
Vashegyi György, direction

Compte rendu, opéra. Budapest, MUPA, le 6 mars 2016. Mondonville : Isbé. György Vashegy, direction. Coproduction Orfeo, CMBV.

VISITER le site du MUPA Budapest, Palais des Arts de Budapest

VIDEO : voir notre reportage exclusif Les Fêtes de Polymnie de Rameau, extraits musicaux de la production dirigée en Hongrie par György Vashegyi

Isbé de Mondonville ressuscite à Budapest

Jean-Joseph_Cassanéa_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourBUDAPEST, 6 mars 2016. Isbé de Mondonville (1742, recréation). Nouveau volet majeur des recréations baroque françaises sous la direction du chef hongrois, György Vashegyi à Budapest. Initiateur de la redécouverte de Rameau à Budapest, le chef Vashegyi, ex assistant de John Eliot Gardiner, ressuscite le 6 mars prochain l’opéra oublié du grand rival de Rameau sous le règne de Louis XV, Isbé du provençal Joseph Casséna de Mondonville, né languedocien (1711-1772) dont le caractère flamboyant et raffiné illustre aussi l’âge d’or de la musique française des Lumières.  En témoigne son opéra Isbé, jouée en version de concert, et chanté à Budapest par un plateau de chanteurs français dont les deux voix à suivre particulièrement, celles de la soprano britannique Katherine Watson (Isbé) et l’excellent baryton Thomas Dolié (Adamas). Créé en 1742, Isbé est le premier ouvrage lyrique d’un Mondonville trentenaire, dramatiquement éloquent et instrumentalement généreux dont le génie de la caractérisation, la grande séduction orchestrale comme le sens des mélodies vocales devraient convaincre à Budapest. LIRE notre présentation complète d’Isbé de Mondonville

 

 

vashegyi Gyorgy VashegyiEVASION. Un week end à Budapest avec Isbé de Mondonville. Mondonville, Isbé à Budapest, recréation (version de concert)
Budapest, Palais des Arts / Palace of Arts
Béla Bartok National Concert Hall
Dimanche 6 mars 2016, 18h-22h

La recréation d’Isbé de Mondonville profite de quelques chanteurs vraiment convaincants dont évidemment dans le rôle titre Katherine Watson (si la soprano articule son français) et le très naturel et souple baryton français Thomas Dolié (déjà écouté à Budapest dans Les Fêtes de Polymnie de Rameau en 2015)…

Katherine Watson, Isbé,
Chantal Santon-Jeffery, Charite, la Volupté
Blandine Folio-Peres, Céphise, la Mode
Rachel Redmond, L’Amour, une Bergère, Climène, une Nymphe
Reinoud Van Mechelen, Coridon
Thomas Dolié, Adamas
Alain Buet, Iphis,  Hamadryade 3
Artavazd Sargsyan, Tircis, Hamadryade 1, un dieu des bois
Márton Komáromi, Hamadryade 2
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction musicale

 

 

VOIR aussi notre reportage vidéo JOUER MONDOVILLE A RIO par Bruno Procopio (septembre 2015)

William Christie dirige Mondonville

William Christie joue les Grands Motets de Mondonville (Versailles, octobre 2014)

 

 

BUDAPEST : György Vashegyi ressuscite Isbé de Mondonville (1742)

Jean-Joseph_Cassanéa_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourBUDAPEST, 6 mars 2016. Isbé de Mondonville (1742, recréation). Nouveau volet majeur des recréations baroque françaises sous la direction du chef hongrois, György Vashegyi à Budapest. Initiateur de la redécouverte de Rameau à Budapest, le chef Vashegyi, ex assistant de John Eliot Gardiner, ressuscite le 6 mars prochain l’opéra oublié du grand rival de Rameau sous le règne de Louis XV, Isbé du provençal Joseph Casséna de Mondonville, né languedocien (1711-1772) dont le caractère flamboyant et raffiné illustre aussi l’âge d’or de la musique française des Lumières.  En témoigne son opéra Isbé, jouée en version de concert, et chanté à Budapest par un plateau de chanteurs français dont les deux voix à suivre particulièrement, celles de la soprano britannique Katherine Watson (Isbé) et l’excellent baryton Thomas Dolié (Adamas). Créé en 1742, Isbé est le premier ouvrage lyrique d’un Mondonville trentenaire, dramatiquement éloquent et instrumentalement généreux dont le génie de la caractérisation, la grande séduction orchestrale comme le sens des mélodies vocales devraient convaincre à Budapest. Isbé est une partition contemporaine de l’ascension du compositeur, personnalité devenue incontournable du Versailles de Louis XV (comme Colin de Blamont ou Destouches, il compose aussi plusieurs ouvrages pour les Concerts de la Reine, ainsi Isbé est joué devant la Reine dans ses petits appartement versaillais en juin 1742, après les représentations à l’Académie royale de musique) : nommé violoniste de la Chapelle et de la chambre, puis Intendant en 1744. Isbé précède ses grands succès lyrique tels que Le Carnaval du Parnasse (en réalité ballet héroïque, 1749) et Titon et l’Aurore (1753).
On connaît ses Grands Motets, révélés par William Christie, à la fois puissant et d’une bouleversante énergie funèbre, qui font surgir à l’église, la force expressive de l’opéra. Mondonville possède le sens du drame, le sens de la grandeur et tout autant, la profondeur comme l’équilibre. Maître de chÅ“ur de la Chapelle royale de Versailles, excellent violoniste (un portrait fameux de Maurice Quentin Latour daté de 1747, fixe ses traits souriants avec l’instrument), Mondonville fournit aussi la plupart de la musique pour les concerts très prisés du Concert Spirituel. C’est une immense personnalité du monde musical de la France des Lumières qui est ainsi réestimée grâce au chef hongrois qui de réalisation en programme, ne cesse d’affirmer ses affinités avec l’art baroque français.

 

 

 

 

vashegyi Gyorgy VashegyiEVASION. Un week end à Budapest avec Isbé de Mondonville. Mondonville, Isbé à Budapest, recréation (version de concert)
Budapest, Palais des Arts / Palace of Arts
Béla Bartok National Concert Hall
Dimanche 6 mars 2016, 18h-22h

La recréation d’Isbé de Mondonville profite de quelques chanteurs vraiment convaincants dont évidemment dans le rôle titre Katherine Watson (si la soprano articule son français) et le très naturel et souple baryton français Thomas Dolié (déjà écouté à Budapest dans Les Fêtes de Polymnie de Rameau en 2015)…

Katherine Watson, Isbé,
Chantal Santon-Jeffery, Charite, la Volupté
Blandine Folio-Peres, Céphise, la Mode
Rachel Redmond, L’Amour, une Bergère, Climène, une Nymphe
Reinoud Van Mechelen, Coridon
Thomas Dolié, Adamas
Alain Buet, Iphis,  Hamadryade 3
Artavazd Sargsyan, Tircis, Hamadryade 1, un dieu des bois
Márton Komáromi, Hamadryade 2
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction musicale

 

 

VOIR aussi notre reportage vidéo JOUER MONDOVILLE A RIO par Bruno Procopio (septembre 2015)

William Christie dirige Mondonville

William Christie joue les Grands Motets de Mondonville (Versailles, octobre 2014)

 

 

Reportage vidéo. RIO de JANEIRO (Brésil): Bruno Procopio jouer Mondonville avec l’orchestre baroque de l’Université (UNIRIO)

procopio-mondonville-rio-septembre-2015Reportage vidéo. RIO de JANEIRO (Brésil): Comment jouer Mondonville à RIO ?LES FRANCAIS BAROQUES A RIO… Pédagogue et passeur hors-pair, entre deux mondes, le chef et claveciniste Bruno Procopio joue Mondonville avec l’orchestre baroque de l’Université (UNIRIO). Reportage vidéo. En septembre 2015, le chef et claveciniste Bruno Procopio pilote la rencontre pédagogique entre le CMBV et les instrumentistes de l’Orchestre baroque de l’Université de Rio de Janeiro. Jouer Mondonville et Leclair à Rio… les musiciens baroques français au Brésil. Une expérience transculturelle et pédagogique exceptionnelle. Reportage vidéo © CLASSIQUENEWS.COM 2016. Réalisation : Philippe-Alexandre Pham. Avec le soutien du Bureau Export

Brésil. Bruno Procopio dirige Rameau et Clérambault à Rio

procopio_bruno_chemise_bleueRio, salle C. Mereiles, les 19 et 22 septembre 2015. Mondonville et Rameau. Ambassadeur de choc, le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio retrouve son pays natal pour deux concerts de musique baroque française. Un programme qu’il a coutume de défendre sous les tropiques, – le maestro impétueux et articulé a déjà enregistré un superbe disque d’extraits d’opéras de Rameau, ouvertures et ballets de Rameau avec le Symphonique Simon Bolivar du Venezuela à Caracas (1 cd Paraty : vrai défi d’un éclat étincelant sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas “). Rio 2015 voit le prolongement d’un travail spécifique sur le Baroque français en Amérique Latine. Une vision artistique entre les deux Mondes, de chaque côté de l’Atlantique qui s’était déjà illustrée par un jalon précédent en mars dernier, et dans le même lieu avec la création carioca de l’opéra français néoclassique Renaud de Sacchini (1782), emblème du goût lyrique parisien favorisé par Marie-Antoinette (VOIR le reportage Renaud de Sacchini recréé à Rio par Bruno Procopio, mars 2015). Le 19 septembre (20h), concert de musique de chambre où la virtuosité concertante de Mondonville et le génie recréateur de Rameau dialoguent. Sons harmoniques du premier (1738, où Mondonville s’inspire et prolonge l’exemple de Leclair), puis cinq Concerts des Pièces pour clavecin en concert (1741).  Après les Pièces de clavecin en sonates (avec violon) de Mondonville, Rameau surpasse tout ce qui fut écrit avant lui, inventant pour chaque pièce, un titre aux références biographiques (pour certaines secrètes aux allusions à démêler par les spécialistes), qui récapitule en leur rendant hommage, tous les soutiens, patrons protecteurs, mécènes qui l’ont accompagné et soutenu pendant ses premières années parisiennes. Le cycle est l’un des favoris défendus depuis ses années d’apprentissage à Paris par Bruno Procopio qui assure la partie de clavecin.

img02_Rameau

 

 

Le 22 septembre, 20h, concert orchestral comprenant surtout Clérambault et Mondonville et quelques autres pour lequel Bruno Procopio quitte le clavecin pour la baguette, afin de diriger l’Orchestre baroque de l’Université de Rio (OBU).  Au programme deux pièces aussi rares qu’exceptionnelles : Pièces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) de Mondonville et surtout La Muse de l’Opéra ou Les Caractères lyriques, Cantate à voix seule et symphonie (1716) de Clérambault. Editée séparément en 1716, sur un poème d’Auguste Paradis de Moncrif, la cantate avec des moyens ambitieux (proches du divertissement) fait paraître la muse de l’Opéra, qui décrit les ficelles et artifices du théâtre pour exprimer les « caractères lyriques » : la variété des airs et des formes dévoile l’intelligence dramatique de Clérambault : air de triomphe avec trompette, scène pastorale avec musette, évocation de chasses au son des cors, tempête, sommeil, ramage d’oiseau, scène infernale… c’est un catalogue intelligemment combiné soit tous les motifs de l’opéra français, ici traités par un compositeur qui souhaite en démontrer et aussi cultiver sa profondeur, entre virtuosité italianisante et noblesse de la déclamation française.

 

OBU orchestre baroque de l'université de Rio Orquesra barroca da Unirio

 

 

Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio. Grâce au CMBV, Centre de musique baroque de Versailles, le Baroque français s’exporte. Le concert est l’aboutissement d’un cycle de masterclasses et de répétitions avec les jeunes instrumentistes brésiliens, sensibilisés au style baroque français et formés à la pratique sur instruments d’époque. Un défi qui fusionne transmission et pédagogie auprès des jeunes instrumentistes encore néophytes dans l’interprétation de la musique française du XVIIIème siècle, et aussi expérience professionnelle grâce à ce concert public. Le projet fait partie des nombreux chantiers initiés par le Centre de musique baroque de Versailles, désormais ouvert à l’international, soucieux depuis quelques années de faire rayonner la connaissance et l’interprétation de la musique baroque française dans le monde. Partitions, équipe pédagogique sont les nouveaux moyens de l’institution versaillaise pour réaliser de nouveaux types de concerts, permettant aux jeunes professionnels de se perfectionner toujours et encore en se frottant  à l’accomplissement du concert publique. Il s’agit de deux premières mondiales à Rio. L’été 2015 a réalisé un autre projet du CMBV à Innsbruck en août : le festival de musique ancienne et baroque mondialement reconnu accueillait pour la première fois de son histoire, son premier opéra français, Armide de Lully (1686) dans une nouvelle production, mise en scène par Cristina Colonna sous la direction de Patrick Cohen-Akénine et avec le concours de jeunes instrumentistes et chanteurs accompagnés par le CMBV, dont pour certains, les  lauréats du Concours Cesti 2014. Reportage vidéo : Armide de Lully à Innsbruck (août 2015)

 

 

 Bruno Procopio et le CMBV : Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio

Concert du 19 septembre 2015, 20h
Durée : 1h25 sans entracte

 

Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Les Sons harmoniques, Sonates à violon seul avec la basse continue (1738)

Sonate opus 4 n°1 en si mineur : Grave – Allegro – Aria. Amoroso – Allegro

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
Pièces de clavecin en concert (1741)

PREMIER CONCERT :
La Coulicam. Rondement – La Livry. Rondeau gracieux – Le Vézinet. Gaiement, sans vitesse

DEUXIÈME CONCERT :
La Laborde. Rondement – La Boucon. Air, gracieux – L’Agaçante. Rondement – 1er et 2e Menuet

TROISIÈME CONCERT :
La Lapoplinière. Rondement – La Timide. 1er et 2e Rondeau gracieux – 1er et 2e Tambourin

QUATRIÈME CONCERT :
La Pantomime. Loure vive – L’Indiscrète. Vivement – La Rameau. Rondement

CINQUIÈME CONCERT :
La Forqueray. Fugue – La Cupis. Rondement – La Marais. Rondement

 

Concert du 22 septembre 2015, 20h
Durée : 1h20 sans entracte

 

Eugénie Lefebvre, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Orchestre baroque de l’Université de Rio (OBU)
Laura Ronai, direction artistique

 

Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691)
Prélude en sol majeur, pour clavecin

Jean-Baptiste Antoine Forqueray (1699-1782)
La Leclair, pour clavecin

Antoine Forqueray (1672-1745)
Premier Livre de Pièces de viole avec la basse continue (1747) – extraits
La Couperin – La Buisson

Claude Balbastre (1727-1799)
La Lugeac, pour clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Pièces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) – extraits

Amoroso « Paratum cor meum… » – Allegro « In Domino laudabitur… »

Paratum cor meum, Deus,
Paratum cor meum,
Cantabo et psalmum dicam

(Psaume 56 verset 10)

Mon cœur est préparé, ô mon Dieu ;
Mon cœur est tout préparé :
Je chanterai, et je ferai retentir vos louanges sur les instruments.

In Domino laudabitur anima mea :
Audiant mansueti et laetentur.
(Psaume 33 verset 7)

Mon âme ne mettra sa gloire que dans le Seigneur.
Que ceux qui sont doux et humbles écoutent ceci, et qu’ils se réjouissent.

Jean-Marie Leclair (1697-1764)
Concerto pour violon opus 10 n°6 en sol mineur (ca 1743)

Allegro ma poco – Andante – Allegro

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)
La Muse de l’Opéra ou Les Caractères lyriques. Cantate à voix seule et symphonie (1716)

Prélude – Récitatif – Air gai – Tempête – Récitatif – Air – Sommeil – Prélude infernal – Récitatif – Air

LA MUSE DE L’OPÉRA ou LES CARACTÈRES LYRIQUES. Cantate à voix seule et symphonie

Récitatif (fort gravement)

Mortels, pour contenter vos désirs curieux
Cessez de parcourir tous les climats du monde,
Par le puissant effort de l’art qui nous seconde,
Ici tout l’Univers se découvre à vos yeux.

Air gai
Au son des trompettes bruyantes
Mars vient embellir ce séjour ;
Diane avec toute sa cour
Vous offre des fêtes galantes ;
Et mille chansons éclatantes
Réveillent l’écho d’alentour.
Des bergers la troupe légère
Vient folâtrer sur ces gazons ;
À leurs danses, à leurs chansons,
On voit que le Dieu de Cythère
Leur a donné de ses leçons.

Tempête (fort et marqué)

Mais quel bruit interrompt ces doux amusements ?
Le soleil s’obscurcit, la mer s’enfle et s’irrite ;
Dieux ! quels terribles flots ! et quels mugissements !
La terre tremble, l’air s’agite,
Tous les vents déchainés, mille effrayants
Éclairs, semblent confondre l’Univers.
Quels sifflements affreux ! Quel horrible tonnerre !
Le ciel est-il jaloux du repos de la terre ?

Récitatif
Non, les Dieux attendris par nos cris éclatants,
Ramènent les beaux jours de l’aimable printemps.

Air
Oiseaux, qui sous ces feuillages
Formez des accents si doux,
L’Amour quand il vous engage
Vous traite bien mieux que nous ;
Il n’est jamais parmi vous
Jaloux, trompeur, ni volage.

Sommeil (doucement)
Vos concerts, heureux oiseaux,
Éveillent trop tôt l’aurore,
Laissez les mortels encore
Plongés au sein du repos.

Prélude infernal (lentement, fort et marqué)
Mais quels nouveaux accords dont l’horreur est extrême ?
Qui fait ouvrir le séjour infernal ?
Que de démons sortis de ce gouffre fatal !

Les implacables Sœurs suivent Pluton lui-même.

Récitatif

Ne craignons rien, un changement heureux
Vient nous offrir de doux présages,
Et les démons changés sous d’aimables images,
Amusent nos regards par d’agréables jeux.

Air gai et piqué
Ce n’est qu’une belle chimère
Qui satisfait ici vos vœux ;
Eh ! n’êtes-vous pas trop heureux
Qu’on vous séduise pour vous plaire ?
Dans ce qui flatte vos désir
Croyez tout ce qu’on fait paraître ;
On voit s’envoler les plaisirs
Lorsque l’on cherche à les connaître.

 

 

CD. LIRE notre critique du cd Pièces pour clavecin en concerts de Rameau par Bruno Procopio

 

VOIR notre reportage vidéo : Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio à Cuenca (Espagne), Avec Maria Bayo (avril 2014)

Rio, Brésil. Bruno Procopio dirige Rameau et Clérambault

procopio_bruno_chemise_bleueRio, salle C. Mereiles, les 19 et 22 septembre 2015. Mondonville et Rameau. Ambassadeur de choc, le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio retrouve son pays natal pour deux concerts de musique baroque française. Un programme qu’il a coutume de défendre sous les tropiques, – le maestro impétueux et articulé a déjà enregistré un superbe disque d’extraits d’opéras de Rameau, ouvertures et ballets de Rameau avec le Symphonique Simon Bolivar du Venezuela à Caracas (1 cd Paraty : vrai défi d’un éclat étincelant sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas “). Rio 2015 voit le prolongement d’un travail spécifique sur le Baroque français en Amérique Latine. Une vision artistique entre les deux Mondes, de chaque côté de l’Atlantique qui s’était déjà illustrée par un jalon précédent en mars dernier, et dans le même lieu avec la création carioca de l’opéra français néoclassique Renaud de Sacchini (1782), emblème du goût lyrique parisien favorisé par Marie-Antoinette (VOIR le reportage Renaud de Sacchini recréé à Rio par Bruno Procopio, mars 2015). Le 19 septembre (20h), concert de musique de chambre où la virtuosité concertante de Mondonville et le génie recréateur de Rameau dialoguent. Sons harmoniques du premier (1738, où Mondonville s’inspire et prolonge l’exemple de Leclair), puis cinq Concerts des Pièces pour clavecin en concert (1741).  Après les Pièces de clavecin en sonates (avec violon) de Mondonville, Rameau surpasse tout ce qui fut écrit avant lui, inventant pour chaque pièce, un titre aux références biographiques (pour certaines secrètes aux allusions à démêler par les spécialistes), qui récapitule en leur rendant hommage, tous les soutiens, patrons protecteurs, mécènes qui l’ont accompagné et soutenu pendant ses premières années parisiennes. Le cycle est l’un des favoris défendus depuis ses années d’apprentissage à Paris par Bruno Procopio qui assure la partie de clavecin.

img02_Rameau

 

 

Le 22 septembre, 20h, concert orchestral comprenant surtout Clérambault et Mondonville et quelques autres pour lequel Bruno Procopio quitte le clavecin pour la baguette, afin de diriger l’Orchestre baroque de l’Université de Rio (OBU).  Au programme deux pièces aussi rares qu’exceptionnelles : Pièces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) de Mondonville et surtout La Muse de l’Opéra ou Les Caractères lyriques, Cantate à voix seule et symphonie (1716) de Clérambault. Editée séparément en 1716, sur un poème d’Auguste Paradis de Moncrif, la cantate avec des moyens ambitieux (proches du divertissement) fait paraître la muse de l’Opéra, qui décrit les ficelles et artifices du théâtre pour exprimer les « caractères lyriques » : la variété des airs et des formes dévoile l’intelligence dramatique de Clérambault : air de triomphe avec trompette, scène pastorale avec musette, évocation de chasses au son des cors, tempête, sommeil, ramage d’oiseau, scène infernale… c’est un catalogue intelligemment combiné soit tous les motifs de l’opéra français, ici traités par un compositeur qui souhaite en démontrer et aussi cultiver sa profondeur, entre virtuosité italianisante et noblesse de la déclamation française.

 

OBU orchestre baroque de l'université de Rio Orquesra barroca da Unirio

 

 

Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio. Grâce au CMBV, Centre de musique baroque de Versailles, le Baroque français s’exporte. Le concert est l’aboutissement d’un cycle de masterclasses et de répétitions avec les jeunes instrumentistes brésiliens, sensibilisés au style baroque français et formés à la pratique sur instruments d’époque. Un défi qui fusionne transmission et pédagogie auprès des jeunes instrumentistes encore néophytes dans l’interprétation de la musique française du XVIIIème siècle, et aussi expérience professionnelle grâce à ce concert public. Le projet fait partie des nombreux chantiers initiés par le Centre de musique baroque de Versailles, désormais ouvert à l’international, soucieux depuis quelques années de faire rayonner la connaissance et l’interprétation de la musique baroque française dans le monde. Partitions, équipe pédagogique sont les nouveaux moyens de l’institution versaillaise pour réaliser de nouveaux types de concerts, permettant aux jeunes professionnels de se perfectionner toujours et encore en se frottant  à l’accomplissement du concert publique. Il s’agit de deux premières mondiales à Rio. L’été 2015 a réalisé un autre projet du CMBV à Innsbruck en août : le festival de musique ancienne et baroque mondialement reconnu accueillait pour la première fois de son histoire, son premier opéra français, Armide de Lully (1686) dans une nouvelle production, mise en scène par Cristina Colonna sous la direction de Patrick Cohen-Akénine et avec le concours de jeunes instrumentistes et chanteurs accompagnés par le CMBV, dont pour certains, les  lauréats du Concours Cesti 2014. Reportage vidéo : Armide de Lully à Innsbruck (août 2015)

 

 

 Bruno Procopio et le CMBV : Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio

Concert du 19 septembre 2015, 20h
Durée : 1h25 sans entracte

 

Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Les Sons harmoniques, Sonates à violon seul avec la basse continue (1738)

Sonate opus 4 n°1 en si mineur : Grave – Allegro – Aria. Amoroso – Allegro

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
Pièces de clavecin en concert (1741)

PREMIER CONCERT :
La Coulicam. Rondement – La Livry. Rondeau gracieux – Le Vézinet. Gaiement, sans vitesse

DEUXIÈME CONCERT :
La Laborde. Rondement – La Boucon. Air, gracieux – L’Agaçante. Rondement – 1er et 2e Menuet

TROISIÈME CONCERT :
La Lapoplinière. Rondement – La Timide. 1er et 2e Rondeau gracieux – 1er et 2e Tambourin

QUATRIÈME CONCERT :
La Pantomime. Loure vive – L’Indiscrète. Vivement – La Rameau. Rondement

CINQUIÈME CONCERT :
La Forqueray. Fugue – La Cupis. Rondement – La Marais. Rondement

 

Concert du 22 septembre 2015, 20h
Durée : 1h20 sans entracte

 

Eugénie Lefebvre, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Orchestre baroque de l’Université de Rio (OBU)
Laura Ronai, direction artistique

 

Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691)
Prélude en sol majeur, pour clavecin

Jean-Baptiste Antoine Forqueray (1699-1782)
La Leclair, pour clavecin

Antoine Forqueray (1672-1745)
Premier Livre de Pièces de viole avec la basse continue (1747) – extraits
La Couperin – La Buisson

Claude Balbastre (1727-1799)
La Lugeac, pour clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Pièces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) – extraits

Amoroso « Paratum cor meum… » – Allegro « In Domino laudabitur… »

Paratum cor meum, Deus,
Paratum cor meum,
Cantabo et psalmum dicam

(Psaume 56 verset 10)

Mon cœur est préparé, ô mon Dieu ;
Mon cœur est tout préparé :
Je chanterai, et je ferai retentir vos louanges sur les instruments.

In Domino laudabitur anima mea :
Audiant mansueti et laetentur.
(Psaume 33 verset 7)

Mon âme ne mettra sa gloire que dans le Seigneur.
Que ceux qui sont doux et humbles écoutent ceci, et qu’ils se réjouissent.

Jean-Marie Leclair (1697-1764)
Concerto pour violon opus 10 n°6 en sol mineur (ca 1743)

Allegro ma poco – Andante – Allegro

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)
La Muse de l’Opéra ou Les Caractères lyriques. Cantate à voix seule et symphonie (1716)

Prélude – Récitatif – Air gai – Tempête – Récitatif – Air – Sommeil – Prélude infernal – Récitatif – Air

LA MUSE DE L’OPÉRA ou LES CARACTÈRES LYRIQUES. Cantate à voix seule et symphonie

Récitatif (fort gravement)

Mortels, pour contenter vos désirs curieux
Cessez de parcourir tous les climats du monde,
Par le puissant effort de l’art qui nous seconde,
Ici tout l’Univers se découvre à vos yeux.

Air gai
Au son des trompettes bruyantes
Mars vient embellir ce séjour ;
Diane avec toute sa cour
Vous offre des fêtes galantes ;
Et mille chansons éclatantes
Réveillent l’écho d’alentour.
Des bergers la troupe légère
Vient folâtrer sur ces gazons ;
À leurs danses, à leurs chansons,
On voit que le Dieu de Cythère
Leur a donné de ses leçons.

Tempête (fort et marqué)

Mais quel bruit interrompt ces doux amusements ?
Le soleil s’obscurcit, la mer s’enfle et s’irrite ;
Dieux ! quels terribles flots ! et quels mugissements !
La terre tremble, l’air s’agite,
Tous les vents déchainés, mille effrayants
Éclairs, semblent confondre l’Univers.
Quels sifflements affreux ! Quel horrible tonnerre !
Le ciel est-il jaloux du repos de la terre ?

Récitatif
Non, les Dieux attendris par nos cris éclatants,
Ramènent les beaux jours de l’aimable printemps.

Air
Oiseaux, qui sous ces feuillages
Formez des accents si doux,
L’Amour quand il vous engage
Vous traite bien mieux que nous ;
Il n’est jamais parmi vous
Jaloux, trompeur, ni volage.

Sommeil (doucement)
Vos concerts, heureux oiseaux,
Éveillent trop tôt l’aurore,
Laissez les mortels encore
Plongés au sein du repos.

Prélude infernal (lentement, fort et marqué)
Mais quels nouveaux accords dont l’horreur est extrême ?
Qui fait ouvrir le séjour infernal ?
Que de démons sortis de ce gouffre fatal !

Les implacables Sœurs suivent Pluton lui-même.

Récitatif

Ne craignons rien, un changement heureux
Vient nous offrir de doux présages,
Et les démons changés sous d’aimables images,
Amusent nos regards par d’agréables jeux.

Air gai et piqué
Ce n’est qu’une belle chimère
Qui satisfait ici vos vœux ;
Eh ! n’êtes-vous pas trop heureux
Qu’on vous séduise pour vous plaire ?
Dans ce qui flatte vos désir
Croyez tout ce qu’on fait paraître ;
On voit s’envoler les plaisirs
Lorsque l’on cherche à les connaître.

 

 

CD. LIRE notre critique du cd Pièces pour clavecin en concerts de Rameau par Bruno Procopio

 

VOIR notre reportage vidéo : Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio à Cuenca (Espagne), Avec Maria Bayo (avril 2014)

Compte rendu, concert. Versailles. Chapelle royale, le 7 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Solistes, choeur et orchestre des Arts Florissants. William Christie, direction.

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014L’ADN des Arts Florissants. Dans un programme qui correspond à l’ADN des Arts Florissants, William Christie, inégalable, irremplaçable chez Rameau et dans le genre du Grand Motet français (car c’est lui qui en a proposé en pionnier défricheur les enregistrements les plus exaltants à ce jour), offre ici un remarquable concert sous la voûte de la Chapelle royale de Versailles. Le décor pierre et or du vaisseau architectural, dernier chantier du château de Louis XIV, s’accorde idéalement aux oeuvres aussi spectaculaires et virtuoses que raffinées et intérieures, signées Rameau et Mondonville. Le premier Dijonais, le second Narbonnais permettent au XVIIIè, l’essor inouï du genre, créé et enrichi au XVIIè comme l’équivalent français de la cantate germanique : mais avec Rameau, la forme saisit par sa démesure, son élégance, sa majesté, sa poésie exubérante, d’une justesse poétique inégalée qui montre, avant son premier opéra de 1733 (le fabuleusement scandaleux Hippolyte et Aricie), sa maturité musicale, déjà prête pour traiter et réformer l’opéra. De son côté, Mondonville, son cadet (né en 1711 quand Rameau est né en 1683), a été révélé par William Christie en un disque légendaire (enregistré en 1997) qui fut décisif pour l’estimation juste du compositeur et qui déjà regroupait ses 3 Grands Motets. De fait, alterner les deux compositeurs, montrent les secrets de leur réussite toujours vivace (cf les applaudissements et l’enthousiasme du public à la fin du concert) : flamboyance de la forme, extrême raffinement de l’orchestration, noblesse et humanité des mélodies, sans omettre un dramatisme théâtral dans l’illustration des images narratives imposées par le texte de l’Ancien Testament ainsi mis en musique. Ici, aux images des textes convoquant le miracle et le surnaturel divin répond une musique idéalement inspirée.

Rameau, maître à danser par William ChristieL’opéra à l’église. Entre spectaculaire surnaturel et audace stylistique, l’exemple le plus significatif en serait dans In exitu Israel (Psaume 113, 1753 de Mondonvile), l’épisode flamboyant de la fuite de la mer et de la remontée des eaux du Jourdain : une séquence qui convoque tous les effets de l’opéra à l’église et exprime au plus près le spectacle impressionnant des phénomènes surnaturels décrits par la Bible, eux-mêmes signes de la volonté divine : Mondonville s’y distingue nettement par son imagination fertile, intensément dramatique, portée par l’éloquence foisonnante de l’orchestre et surtout la parole exacerbée, agissante du choeur dont William Christie favorise en maître absolu de ce répertoire, la fluidité mordante, l’engagement bondissant et dansant qui font du grand Motet, son immense succès au Concert Spirituel (dont Mondonville était le chef d’orchestre). La houle chorale convoque des effets qui pourraient être ceux d’une tempête ou d’un tonnerre à l’opéra : le déchaînement des éléments marins et fluviaux du Psaume 113 (moins de 3 mn de suractivité chorale inédite), sont d’ailleurs préfigurés dès le Motet de Mondonville que jouent précédemment Les Arts Florissants (Elevaverunt flumina du Dominus Regnavit). L’exultation collective accordée à un remarquable souci du verbe, son intelligibilité comme sa couleur et son caractère, laisse le public littéralement … sans voix. Et quand succède aux accents choraux, le suave larghetto en rondeau pour haute-contre : “Montes exultaverunt”, d’une grâce aussi élégante que naturelle, la sincérité élégantissime qu’y affirme Cyril Auvity, rappelle combien ici, alliance idéalement réalisée, on verse constamment entre dramatisme épique et prière individuelle. D’autant que dans cet épisode pour voix soliste, les images du texte ne manquent non plus d’intensité ni d’invention visuelle (“les monts sautèrent comme des béliers”)…

Rameau 2014 : les Grands Motets par Bruno Procopio, William ChristieRameau superlatif. Même affinité superlative avec les deux Grands Motets de Rameau (Quam délecta puis In convertendo) : si Mondonville bénéficie de la voie déjà ouverte par son aîné, Jean-Philippe, de la génération précédente, réinvente déjà tout un vocabulaire dont on a toujours pas bien mesuré la modernité, l’insolente audace, le clair esprit d’expérimentation formelle… comme Monteverdi en 1611 quant il concevait le vaste laboratoire musical et sacré, et lui aussi si théâtral des Vêpres de la Vierge. Rameau n’est pas encore célèbre et n’a pas écrit d’opéras mais comme organiste de nombreuses paroisses (Dijon, Clermont, Saint-Etienne, Lyon), il a l’occasion de faire valoir sous la voûte, sa prodigieuse inventivité et un tempérament déjà taillé pour le théâtre.

L’argument de ce soir outre le très haut degré d’implication partagée par tous les interprètes, demeure la collaboration des jeunes chanteurs lauréats des dernières promotions du Jardin des voix : preuve éloquente que « Bill » (qui a toujours eu une longueur d’avance) a eu raison de défendre à Caen un projet unique en France : assurer la relève du chant baroque français où aux côtés de la beauté du timbre, ne comptent que deux éléments essentiels : intelligibilité linguistique, souplesse vocale. Ici rayonnent en particulier deux voix ardentes, juvéniles, d’une intensité miraculeuse (et si bien employée tout au long du programme) : le soprano angélique, comme touché par la grâce de l’écossaise Rachel Redmond (irrésistible dès le premier verset de Quam dilecta tabernacula tua… comme dans l’accomplissement du Testimonia tua du Domine Regnavit de Mondonville), et la jeune basse française, Cyril Costanzo (lequel fait aussi toute la réussite du dernier cd des Arts Florissants intitulé Le Jardin de Monsieur Rameau, aux côtés de sa consoeur mezzo, absente ce soir, mais aussi révélation du disque : Emilie Renard. Le cd Le Jardin de monsieur Rameau est CLIC de classiquenews). La franchise du timbre (Domine Deus virtutum exaudi… du même Quam dilecta ; puis Magnificavit Dominus agere nobiscum… le Seigneur nous a glorifiés…), l’élégance naturelle du style, la volonté de s’exprimer vers le public, comme la complicité (In convertendo : Trio vocal du Qui seminant in lacrimis…), et le plaisir du chanter ensemble, sont exemplaires et hautement délectables. Ces deux tempéraments à suivre, incarnent l’esprit de famille et cette excellence qui constituent aujourd’hui, comme depuis toujours, l’identité artistique des Arts Flo.

Christie_William_dirigeant_rameau_faceD’une présence habitée, chantant tous les textes avec ses musiciens et chanteurs, Bill renouvelle le miracle de ses disques pourtant antérieurs de plus de 10 ans… Mais le Maestro défend aussi un Mondonville d’une majesté finement caractérisée : qui saisit immédiatement par la puissance très incarnée du choeur dont il obtient toutes les nuances expressives requises, ciselant l’articulation du texte au souffle impérieux comme l’intériorité du mystère qui semble s’incarner dans le chant (trio masculin d’Etenim firmavit orbem terrae… “Car il a affermi le vaste corps de la terre”…).

Connaisseur depuis des années de cette esthétique, entre opéra et intense ferveur, Bill se révèle d’une absolue sincérité : articulant et ciselant la complexe architecture des Grands Motets, soulignant aussi tout ce qu’ils ont en commun. Rameau y laisse les traits désormais inestimables de son jeune génie musical ; Mondonville parfois plus séducteur et donc plus démonstratif sait poursuivre le brio du Maître, dans la noblesse et la sincérité.

chapelle-concert-gauchePour conclure une soirée mémorable, le chef fondateur des Arts Florissants joue un extrait de Castor et Pollux puis Tendre amour des Indes Galantes (par l’orchestre et le choeur) de Rameau : dernier geste nourri d’une exquise tendresse et qui rappelle la clé de ce concert entre majesté et sincérité : l’amour triomphant. Ce que réalise William Christie qui conquis par l’enthousiasme du public, lui adresse, bouquet en mains, un baiser imprévu, fraternel. Les concerts à la Chapelle royale de Versailles sont parfois des expériences inoubliables. De toute évidence, celui ci en fait partie.

Versailles. Chapelle royale, le 7 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Solistes, choeur et orchestre des Arts Florissants. William Christie, direction.

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002)

grands motets francais william christie ERATOCD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville par Les Arts Florissants, William Christie. Le coffret Erato tombe à pic : fleuron de l’année Rameau 2014, récapitulatif d’un legs discographique majeur, et tout autant, focus remarquablement persuasif sur un pan entier de notre répertoire musical qui était bien oublié jusqu’au début des années 1990… jusqu’à ce que William Christie  ne s’en empare en défricheur visionnaire et si justement inspiré : le fondateur  et directeur musical des Arts Florissants révèle l’humanité et la splendeur des Grands Motets français. Il en dévoile même l’exceptionnelle fortune après les Lully et Lalande qui au XVIIème en avaient porté les fruits à leur sommet expressif pour le faste de la Cour versaillaise de Louis XIV. Le début du règne du Roi Soleil comme l’apparat quotidien de sa Chapelle s’expriment évidemment dans l’essor du genre : le motet « à grand choeur » – selon la terminologie d’époque, incarne la solennité et la sincérité d’un règne qui se voyait universel et central. Or le coffret que (re)publie aujourd’hui ERATO, met en lumière la permanence voire l’évolution du genre qui dépasse après Louis XIV son cadre strictement versaillais.

C’est toute la pertinence du regard et du geste de William Christie et de ses flamboyants Arts Florissants, chœur (si articulés et puissants) et instrumentistes (équilibre sonore somptueux) : le grand Motet suscite un intérêt croissant du public, il est liturgique certes mais bientôt joué pour les événements religieux mais pas que (dynastiques et militaires…), applaudi surtout partout dans le royaume au Concert Spirituel et dans les académies en Province.

De plus orchestral, italianisant, et même symphonique, le Grand Motet souligne l’ambition des auteurs inspirés par son langage et sa syntaxe : de la fin du règne de Louis XIV aux Lumières, les enregistrements réalisés par William Christie illustre l’essor singulier de la forme tout au long du XVIIIème : Campra, Desmaret, Rameau, Mondonville s’illustrent chacun dans sa propre écriture, spectaculaire, sincère, fervente.

William Christie dévoile le souffle irrésistible des Grands Motets


CLIC_macaron_2014Il y faut comme à l’opéra, une maîtrise remarquable des grands effectifs. Nés en 1660, quinquas à la mort de Louis XIV, Desmaret et Campra insufflent au genre une couleur très personnelle ; d’autant plus dans le cas de Desmaret qui adresse en 1708 ses oeuvres depuis son exil à Nancy, telle une formidable supplique au Souverain… geste implorant et subtilement démonstratif comme Monteverdi lorsqu’ en 1611, il adressait ses Vêpres de la Vierge pour susciter l’intérêt et la protection du Pape… Pas de meilleur cadre fertile et à fort potentiel, pour faire la preuve de ses capacités. De fait, Louis XIV les apprécia et Desmarets put être fier de gagner cette épreuve musicale.

Campra, mort en 1744 succède à Lalande comme sous-maître de chapelle à Versailles en … 1723.  Il est déjà sexagénaire : il recycle alors nombre de grands motets initialement écrits pour les Cathédrales d’Aix et de Paris.

Rameau jean-philippe anniversaireNé en 1683, décédé il y a 250 ans en 1764, l’infatigable et réformateur Rameau, en son génie expérimental, « ose » le genre Motet avant l’opéra : de fait, ses Grands Motets, probablement composés pour Dijon, Lyon ou Clermont  et pour les salles de concert ou des événements encore imprécis, attestent de sa maestrià alors même qu’il est jeune et qu’il ne s’est pas encore fixé à Paris (1722) : harmonie audacieuse, écriture chorale époustouflante, airs italianisants d’une virtuosité jamais vue jusque là, les Grands Motets de Rameau étonnent et saisissent toujours par leur exceptionnelle et flamboyante originalité.

Rameau, maître à danser par William ChristieSur les traces du moderne Rameau, Mondonville né en 1711 et mort en 1772, de la même génération que Louis XV, affirme comme Rameau, lequel est a lors engagé sur le terrain de l’opéra, l’essor intact du genre Motet comme un cadre spectaculaire, propice au merveilleux et à l’inédit. L’In exitu Israel, le De profundis – pourtant conçus pour la voûte sacrée-, affirment l’éclat d’un nouveau génie du genre, miraculeux en 1750 ; ils sont applaudis au concert, hors du contexte religieux : au Concert Spirituel, au Concert de Lille (le Dominus regnavit est d’ailleurs écrit pour la salle lilloise), jamais les grands motets n’ont été aussi célébrés  par un large public de nouveaux mélomanes. La syntaxe des Grands Motets atteint un  raffinement inouï, une caractérisation précise de chaque verset comme le ferait un peintre d’histoire ; tout y est proche du texte, la musique en articule le souffle narratif, la suggestion spectaculaire (le reflux du Jourdain dans l’In exigu Israel vaut bien tempêtes et tremblements de terre décrits exprimés par Rameau dans ses opéras). L’orchestre, à partir de Rameau y gagne comme à l’opéra, une ampleur progressive, souvent aux couleurs et accents irrésistibles.

Christie William portrait 290Ardent défenseur de ce répertoire, quasiment oublié avant qu’il ne s’y soit penché, William Christie saisit ici par la cohérence d’une regard qui s’étend sur des décennies et que le coffret dans son exhaustivité recouvrée met en lumière : à partir des années 1990, le fondateur des Arts Florissant se dévoue de toute son âme à la restitution complète des Motets à grand choeur, avec une ivresse sensuelle et un dramatise théâtral qui sait aussi préserver la profondeur voire l’humaine sincérité des partitions. Dès 1994, ses Grands Motets de Rameau étonnent par leur démesure flamboyante, leur autorité harmonique, leur audace formelle servies par un plateau de solistes indiscutables et des choeurs articulés, cohérents, déclamatoires… saisissants. Même réussite totale en 1996 pour un autre choc : Mondonville … dont alors on ne connaissait pas jusqu’au nom, et encore moins, au sein du grand public, les œuvres pourtant frappantes par leur imagination : un sens de la grandeur et de la caractérisation qui ne dépare pas aux côtés de l’immense Rameau. C’est dire. Puis comme remontant le temps et le fil d’une source impressionnante par la qualité des écritures révélées, Bill l’enchanteur ressuscite ce théâtre fervent de Desmaret (Grands Motets Lorrains de 1708 donc) en 1999, et les pièces non moins prenantes de Campra en 2002. Les 4 cd de ce coffret incontournable expriment l’œuvre décisive d’un chef de premier plan, sachant réunir autour de lui, une équipe inspirée, habitée, convaincante de bout en bout. Outre la majesté, les Arts Florissants ici à leur meilleur, ont la grâce et l’humanité : une offrande interprétative qui éblouit encore.  Coffret événement.

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002).

agenda

Les Arts Florissants et William Christie sont en tournée en 2014 dans un programme mêlant Grands Motets de Rameau et de Mondonville (avec une distribution prometteuse là encore comprenant quelques uns des derniers lauréats du Jardin de Voix, l’académie vocale fondée par William Christie et qui en résidence tous les deux ans au Théâtre de Caen) : le 2 octobre à la Cité de la musique à Paris, le 7 octobre à la Chapelle royal de Versailles