Entretien avec AUGUSTIN LUSSON, violoniste, Ă  propos de son dernier cd Jean-Marie LECLAIR

LUSSON augustin the beggar s ensemble critique cd leclair classiquenews aout 2022Entretien avec AUGUSTIN LUSSON, violoniste, Ă  propos de son dernier cd, Ă©loquente cĂ©lĂ©bration du gĂ©nie de Jean-Marie LECLAIR, rĂ©alisĂ© avec The Beggar’s Ensemble
Virtuose et compositeur, Jean-Marie Leclair n’a pas seulement marquĂ© la composition par son ampleur imaginative, la densitĂ© dĂ©lirante de la forme, l’acuitĂ© mĂȘme de la pensĂ©e musicale ; il aura rĂ©conciliĂ© styles français et italien, fondĂ© en dĂ©finitive l’école française de violon au XVIIIĂš, atteignant des sommets que seul osera suivre voire Ă©galer
 Mondonville. Le violoniste Augustin Lusson en acrobate inspirĂ©, dĂ©voile le vrai profil d’un Leclair Ă  rĂ©estimer : le gĂ©nial inventeur, un pionnier et un visionnaire qui donna le premier ses lettres de noblesse au violon français. Entretien pour classiquenews.

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CLASSIQUENEWS : Qu’est-ce qui vous plaĂźt dans l’Ă©criture de Jean-Maris LECLAIR ? Pourquoi avoir choisi ces 3 Concertos prĂ©cisĂ©ment ?

AUGUSTIN LUSSON : Je dirais d’abord que poser des mots prĂ©cis sur l’écriture de Leclair est un exercice difficile voire assez loufoque. Rappelons que Jean-Marie Leclair l’ainĂ©, avant de publier son premier livre de sonates en 1720, n’était absolument pas reconnu. La premiĂšre place Ă©tait sans doute occupĂ©e par Mr Baptiste (Jean-Baptiste Anet), Ă©minent violoniste formĂ© par Corelli lui-mĂȘme et qui participa Ă  l’introduction du violon italien en France. La particularitĂ© de Leclair, je pense, est qu’il fut le seul violoniste en France Ă  avoir publiĂ© des concertos solistes pour violon pendant la pĂ©riode baroque. La dispute avec le goĂ»t italien faisant rage, le succĂšs de ses Ɠuvres n’était pas du tout garanti. Outre les aspects techniques poussĂ©s Ă  l’extrĂȘme, Leclair connaĂźt parfaitement son instrument, n’use jamais de virtuositĂ© gratuite mais s’en sert pour construire une rhĂ©torique Ă  la fois personnelle et trĂšs sophistiquĂ©e.
Si il y a quelque chose Ă  prendre en compte dans sa musique, je pense qu’il faut bien saisir qu’il Ă©tait MaĂźtre Passementier, donc artisan, MaĂźtre de ballet (Ă©minent danseur) et enfin, violoniste. Leclair Ă©tait rĂ©putĂ© pour jouer avec beaucoup d’exigence, visiblement un peu maniaque aussi, de la justesse par exemple puisque il passait visiblement beaucoup de temps Ă  s’accorder pendant les rĂ©pĂ©titions. Il faudrait donc un mĂ©lange Ă©quilibrĂ© entre une extrĂȘme prĂ©cision d’exĂ©cution, un rapport Ă©troit avec la danse et un art du discours maĂźtrisĂ©. Quel dĂ©fi ! Comme dirait D’Aquin dans ces Lettres sur les hommes cĂ©lĂšbres (1752) :
« Cet espĂšce d’algĂšbre devenu intelligible (…) »
Le point de dĂ©part de ce programme Ă©tait le Concerto en sol mineur de l’op X qui est en fait son dernier. Il y a une telle densitĂ© d’écriture et une telle variĂ©tĂ© dans la structure des mouvements que personne Ă  part Mondonville n’a osĂ© faire plus . Aussi Leclair n’aime pas utiliser deux fois la mĂȘme idĂ©e, on peut observer par exemple dans l’Andante du 6e Concerto que le thĂšme principale n’est jouĂ© qu’une seule fois en tutti alors qu’il l’instrumente dĂšs le dĂ©but et le sur-dĂ©coupe Ă  la fin.
Les trois concertos ont Ă©tĂ© choisi pour faire en quelque sorte un court Ă©tat des lieux de l’ñge d’or de Leclair, dĂ©jĂ  bien Ă©tabli, d’abord les annĂ©es 1735 Ă  1737 oĂč la parution des Concertos op.7 et des rĂ©crĂ©ations Ă©taient annoncĂ©s en mĂȘme temps dans le Mercure Galant, puis de retour en France jusqu’aux annĂ©es 1745 oĂč il publie son 4e et dernier livre de Sonates Ă  violon seul ainsi que ses derniers Concertos.
Les 3 Arlequins de la pochette correspondent parfaitement aux 3 concertos enregistrĂ©s : Le premier en RĂ© mineur a ce cĂŽtĂ© espiĂšgle ; le second est rayonnant / positif, tandis que le n°6 op.10 est plein d’acrobaties en tout genre (techniques, harmoniques, structurelles).

 

 

 

 lusson violon prodigieux entretien classiquenews augustin lusson

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Pourquoi avoir intĂ©grĂ© aussi la Sonate de BarriĂšre ? Comment dialogue-t-elle avec l’univers de Leclair ?

AUGUSTIN LUSSON : Je trouve en gĂ©nĂ©ral qu’un disque composĂ© uniquement de concerto (aussi sublimes soient-ils) peut devenir assez monotone par cet Ă©change constant entre la partie soliste et l’orchestre. Finalement ce disque a Ă©tĂ© conçu comme un menu, le dessert Ă©tant une bonne raclette, formule famille nombreuse.
Nous le savons, beaucoup d’instrumentistes français se sont formĂ©s auprĂšs de maĂźtres italiens. Leclair ou BarriĂšre ne sont pas des exceptions Ă  ce niveau lĂ . En revanche BarriĂšre fĂ»t Ă  l’époque – un peu comme Jean-Marie – un des premiers Ă  porter aussi loin les limites de son instrument. Ils dĂ©veloppent tout les deux un lexique trĂšs personnel Ă  l’intĂ©rieur de cette longue tradition du style français, enrichissant leur vocabulaire et en publiant des opus toujours plus audacieux. On peut se dire qu’ils ont tout les deux participĂ© Ă  cette rĂ©conciliation des goĂ»ts, lancĂ© par Mr Couperin.
Aussi, un peu de graves ne fait pas de mal au milieu de tout ces violons.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : En quoi ce programme correspond-t-il à la ligne artistique de votre ensemble ?

AUGUSTIN LUSSON : Pour tout vous dire, ce disque n’était en fait pas prĂ©vu et s’est prĂ©parĂ© en 4 mois. Je voyais ce projet se faire dans les 10 prochaines annĂ©es mais les alĂ©as on fait que
 Notre travail cherche Ă  valoriser et Ă  faire dĂ©couvrir les rĂ©pertoires inconnus – Nous nous concentrons principalement sur le rĂ©pertoire britannique, la thĂ©ĂątralitĂ©, l’art de la satire, les caricatures
 Le travail du style français est diffĂ©rent car il faut tenir compte d’une trĂšs longue pĂ©riode et sans cesse recontextualiser les Ɠuvres. Leclair porte une responsabilitĂ© sur la future gĂ©nĂ©ration de violoniste français. Cela a mĂȘme abouti Ă  l’école française de violon telle qu’on la connaĂźt aujourd’hui
Personnellement, je trouve chez Leclair ce besoin d’émancipation, de recherches et une grande ouverture sur le monde. C’est ce qui nous plaĂźt dans la plupart des Ɠuvres que l’on joue. Nous aimons porter un regard sur un musicien et non un catalogue.
Aussi, cet enregistrement Ă©tait l’occasion de nous confronter pour la premiĂšre fois Ă  un compositeur qui a tout de mĂȘme beaucoup fait parler de lui et est tout Ă  fait incontournable lorsque l’on pratique le violon dit baroque. Je ne suis pas sĂ»r que nous en ferons beaucoup d’autres.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Une petite anecdote pendant l’enregistrement ou la prĂ©paration de l’enregistrement ?

AUGUSTIN LUSSON : Eh bien justement, pour une fois, l’enregistrement s’est dĂ©roulĂ© sans encombres. C’était assez surprenant, nous avons mĂȘme terminĂ© prĂ©cisĂ©ment Ă  l’heure.

 

 

 

Propos recueillis en août 2022
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Leclair Sonates LUSSON Beggar s ensemble cd flora critique cd review classiquenewsLIRE aussi notre critique dĂ©veloppĂ©e du CD Jean-Marie LECLAIR par Augustin Lusson et The Beggar’s Ensemble :
Le violon du leader de The Beggar’s Ensemble, Augustin Lusson, a cette aciditĂ© souple, virtuose, libre, cette audace poĂ©tique, d’une constante justesse, Ă  la mesure d’une Ă©criture superlative. Les 2 premiers Concertos de l’opus 7 de 1737 (pour 2 flĂ»tes ou 2 violons) affirment cette agilitĂ© Ă  deux voix interchangeables, au service de cycles tripartites d’une volubilitĂ© harmonique et mĂ©lodique flamboyante

https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-jean-marie-leclair-concertos-the-beggars-ensemble-augustin-lusson-1-cd-label-flora-juin-2021/

CLIC de CLASSIQUENEWS été 2022
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CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. JEAN-MARIE LECLAIR : Concertos – The Beggar’s Ensemble / Augustin Lusson – 1 cd label flora – juin 2021)

Leclair Sonates LUSSON Beggar s ensemble cd flora critique cd review classiquenewsCRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. JEAN-MARIE LECLAIR : Concertos – The Beggar’s Ensemble / Augustin Lusson – 1 cd label flora – juin 2021) – LECLAIR, fondateur (avec Mondonville) de l’école française de violon et par extension, premier gĂ©nie du chambrisme français ? L’invention libre, d’une audace remarquable, alliant sens du dialogue et des Ă©changes, et raffinement harmonique, sans omettre la grande sĂ©duction mĂ©lodique, rĂ©vĂšlent le tempĂ©rament hors normes de celui qui marqua aussi les esprits par son opĂ©ra Scylla et Glaucus. Jean-Marie Leclair (1607 – 1764) s’impose Ă  nous au dĂ©but des annĂ©es 1720, tel un gĂ©nie inĂ©galĂ© du violon.

Le violon du leader de The Beggar’s Ensemble, Augustin Lusson, a cette aciditĂ© souple, virtuose, libre, cette audace poĂ©tique, d’une constante justesse, Ă  la mesure d’une Ă©criture superlative. Les 2 premiers Concerto de l’opus 7 de 1737 (pour 2 flĂ»tes ou 2 violons) affirment cette agilitĂ© Ă  deux voix interchangeables, au service de cycles tripartites d’une volubilitĂ© harmonique et mĂ©lodique flamboyante (long premier mouvement, auquel succĂšde le contemplatif et parfois grave adagio du Cto 2).

The Beggar’s Ensemble
cĂ©lĂšbre le gĂ©nie de l’école française de violon


 JM Leclair : une poétique libre et virtuose

Evidemment Leclair semble tout connaĂźtre des italianismes Ă  son Ă©poque (Couperin a rĂ©alisĂ© et rĂ©ussi depuis longtemps la rĂ©union des styles / « goĂ»ts » français et italiens ; de fait tel ), car la fiĂšvre expressive d’un Leclair, poĂšte autant que virtuose, va au-delĂ  d’un mimĂ©tisme convenable ; le Concerto n°6 (de l’Opus X datĂ© de 1745) alterne acrobaties saisissantes et langueur suspendue, presque Ă©nigmatique (andante) ; la lumiĂšre irradie, le crĂ©pitement sonore maĂźtrisĂ© aussi (Allegro final). La texture et la pĂąte instrumentale trouve une ductilitĂ© superlative dans la Chaconne oĂč Leclair semble faire la jonction entre Lully et Rameau dans un flamboiement virtuose d’une exceptionnelle poĂ©sie. L’homogĂ©nĂ©itĂ©, l’éloquence, et cette verve rafraĂźchissante soulignent l’art du Beggar’s Ensemble, emportĂ© entre CLIC D'OR macaron 200facĂ©tie, pudeur, grĂące dansante, par le premier violon Augustin Lusson. L’oreille ne peut que succomber Ă  une telle sensibilitĂ© active, prĂ©cise et sobre Ă  la fois. Leclair, violoniste compositeur fulgurant (assassinĂ© la nuit du 22 octobre 1764) occupe ainsi une place Ă  part : son violon nous chante une partition d’une force poĂ©tique irrĂ©sistible. Magistral.

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CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. JEAN-MARIE LECLAIR : Concertos – The Beggar’s Ensemble / Augustin Lusson – 1 cd label flora – enregistrĂ© Ă  Poitiers en juin 2021 – CLIC de CLASSIQUENEWS Ă©tĂ© 2022

VISITEZ le site de The Beggar’s Ensemble / Augustin Lusson :
https://www.beggarsensemble.fr

Approfondir
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VOIR The Beggar’s ensemble / Sonates anglaises (fĂ©v 2021)
https://www.youtube.com/watch?v=hAG_hqziZzs

LIRE notre critique du CD prĂ©cĂ©dent avec Auguston Lusson et Iakovos Pappas : 6 sonates violon / clavecin de Charles François ClĂ©ment – CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2020
http://www.classiquenews.com/entretien-avec-iakovos-pappas-6-sonates-clavecin-violon-de-charles-francois-clement/

CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MONTIGNY : Grands Motets (Surge propera, Salvum me fac Deus (Antiphona, Rolandas Muleika – 2019)

grands-motets-antiphona-montigny critique cd review clic de classiquenewsCRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MONTIGNY : Grands Motets (Surge propera, Salvum me fac Deus (Antiphona, Rolandas Muleika – 2019)   -   Rolandas Muleika et son ensemble Antiphona (qu’il a fondĂ© en 1996) ressuscitent avec exaltation et Ă©loquence la joie bienheureuse et aussi le souffle dramatique du mĂ©ridional baroque Montigny dont la carriĂšre s’achĂšve quand Rameau suscite la fameux scandale de son premier opĂ©ra Hippolyte et Aricie (1733). Au sein des compositeurs flamboyants « de province », Montigny serait le maillon oubliĂ© aux cĂŽtĂ©s de l’aixois Campra et du narbonnais Mondonville. Mort en 1738, ce natif de BĂ©ziers (Ă  quand un concert Montigny dans la cathĂ©drale in loco ?) s’affirme Ă  Toulouse Ă  Saint-Sernin (oĂč a Ă©tĂ© enregistrĂ© le programme Ă©ditĂ© par Paraty), non sans maĂźtriser diverses influences, captĂ©es en Angleterre, aux Pays-Bas
 lors d’un tour d’Europe impressionnant qui fait de son Ă©criture, la synthĂšse des styles Ă  son Ă©poque. Les deux Motets ici recrĂ©Ă©s en premiĂšre mondiale, ont Ă©tĂ© conçus pour Toulouse dans l’annĂ©e 1730 par un Montigny sexagĂ©naire d’une maturitĂ© impressionnante, alors maĂźtre de chapelle de Saint-Sernin.

Recréation mondiale

Le grand motet toulousain Ă  son sommet (1730),
Montigny, précurseur de Mondonville et de Rameau

Le premier Motet Surge propera (propre aux annĂ©es toulousaines de l’auteur, destinĂ© Ă  la procession des PĂ©nitents bleus de juin 1730) impose une complexitĂ© de l’écriture chorale d’une rayonnante noblesse dont le raffinement et la beautĂ© des textures harmoniques prolongent le meilleur Lully (faste des trompettes dans TubĂŠ sonitu), grand faiseur avec Delalande dans le genre du Motet versaillais, avant Montigny. La ductilitĂ© du chƓur Antiphona impressionne dans ce jeu exaltĂ© et articulĂ© ; auquel rĂ©pond l’ivresse intelligemment nuancĂ©e des instrument de l’orchestre Antiphona. En somme une complicitĂ© savoureuse voire superlative qui ressuscite aussi sur le plan interprĂ©tatif, l’époque des grands enregistrements d’exploration et de dĂ©couvertes (majeures, comme ici) ; de fait, Montigny est un trĂšs grand compositeur qui prolonge la ferveur encore recueillie et trĂšs dense d’un Lully Grand SiĂšcle (solo de la taille « Qui sitit qui esurit »), et annonce directement les effectifs intensĂ©ment dramatiques, des opĂ©ratiques Mondonville et Rameau (tempĂȘte du Surge Propera). Comme chez Rameau, se distingue ici la saveur des timbres instrumentaux, en particulier les bassons constamment sollicitĂ©s et parfaitement enregistrĂ©s car la prise de son est particuliĂšrement rĂ©ussie.
CLIC_macaron_2014La direction artistique de Rolandas Muleika relĂšve les dĂ©fis multiples de cette recrĂ©ation, rĂ©vĂ©lant dĂ©finitivement le tempĂ©rament de Montigny grĂące Ă  un important travail de restitution des partitions autographes. Le brio contrastĂ© du choeur, le relief caractĂ©risĂ© et trĂšs impliquĂ© des solistes, le souffle de l’orchestre associĂ© Ă  la maĂźtrise contrapuntique du chƓur restituent la splendeur dramatique, le sentiment d’exaltation des piĂšces qui place l’humain, la tendresse fervente de chaque Ă©pisode, au cƓur de cette formidable rĂ©habilitation. N’écoutez que les 4 premiĂšres sĂ©quences du motet « Salvum me fac Deus » 
 vous serez saisi par la puissance expressive du « Veni in altitudinem maris » ; le chant opĂ©ratique de l’orchestre, la projection dĂ©clamĂ©e superlative du texte (ego sum pauper par le dessus Eva Tamisier, fragile, fervente), la transe chorale du chƓur « Effunde super eos » puis le duo haute-contre / basse et choeur final d’une mordante exaltation 
 sont autant d’arguments solides qui inscrivent Montigny parmi les plus grands compositeurs du premier XVIIIĂš. Son Ă©criture prĂ©figure dĂ©jĂ  les audaces et l’énergie de Rameau comme de Mondonville
 c’est dire! Somptueuse rĂ©vĂ©lation. CLIC de CLASSIQUENEWS / hiver 2002.

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CRITIQUE, CD Ă©vĂ©nement. MONTIGNY : Grands Motets (Surge propera, Salvum me fac Deus (Antiphona, Rolandas Muleika – enregistrĂ© Ă  Toulouse, Saint-Sernin, aoĂ»t 2019 – 1 cd PARATY records) – CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2022.

Joseph Valette de Montigny (1665 – 1738), 2 grands motets :
« Surge propera Sion Filia » / « Salvum me fac Deus »

Écoutez sur youtube le choeur flamboyant Effunde super eos :
https://www.youtube.com/watch?v=GXSpaUZW-1Q

VISITER le site de l’ensemble ANTIPHONA / Rolanas Muleika
https://ensemble-antiphona.org/rolandas-muleika/

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MONDONVILLE : 1772 – 2022, les 250 ans de la mort

MONDONVILLE (1711 – 1772) : 250 ans de la mort de MONDONVILLE  -  La carriĂšre de l’aristocrate narbonnais (nĂ© le 25 dĂ©cembre 1711) Jean-Joseph CassanĂ©a de Mondonville se dĂ©voile au cours des annĂ©es 1730, quand son ainĂ© Rameau perce sur la scĂšne lyrique avec Hippolyte et Aricie, chef d’Ɠuvre scandaleux de 1733.

Jean-Joseph_CassanĂ©a_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourCadet de Rameau, de 30 ans, Mondonville s’impose d’abord au Concert Spirituel  qu’il a rejoint comme violoniste de l’orchestre, grĂące Ă  l’appui de La Pompadour ; puis il affirme ses dons de compositeur avec ses spectaculaires Grands Motets qui fusionne style opĂ©ratique et textes religieux : il en Ă©crira 17 au total, de 1734 Ă  1755. L’auteur dĂ©montre un sens exceptionnel de la caractĂ©risation orchestrale, des couleurs et des harmonies qui en associant choeur et orchestre, subliment littĂ©ralement la puissance et l’expressivitĂ© des textes : grandiose majestueux du Dominus regnavit, vivacitĂ© de l’Elevaverunt flumina, impĂ©tuositĂ© dramatique de Jordanis conversus est retrorsum dans le motet (l’un des Ă©lĂ©ments phares de son motet « In exitu Israel »). Mondonville impose un sens flamboyant de la surenchĂšre orchestrale au thĂ©Ăątre avec IsbĂ© (pastorale hĂ©roĂŻque, 1742), surtout Le Carnaval du Parnasse (1748), Titon et l’aurore (pastorale hĂ©roĂŻque de 1753, digne rivale de ZaĂŻs  et NaĂŻs, 1748 de Rameau).

1753 : la Querelle des Bouffons révÚle les tempéraments

Avec Titon, en pleine Querelle des Bouffons, Mondonville se dĂ©marque des dĂ©fenseurs de l’opĂ©ra italien, ses sujets « simples », sa sĂ©duction mĂ©lodique, son accessibilitĂ© ; a contrario, Mondonville entend affirmer la supĂ©rioritĂ© du style français en s’appropriant les codes de la tragĂ©die nationale.

Mondonville est de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration que Dauvergne (nĂ© en 1711). Ce dernier remporte un triomphe sans prĂ©cĂ©dent, avec Les Troqueurs (1753), perle comique française et offrande italianisante pendant la dite querelle.

TempĂ©rament original, le Languedocien peut mĂȘme Ă©crire son propre livret et crĂ©er un opĂ©ra dans sa langue natale (Daphnis et Alcimadure, 1754 ; repris en français en 1755). AprĂšs la mort de Pancrace Royer, Mondonville prend la direction du Concert Spirituel.

1758, Paphos : le poùte flamboyant de l’amour

Comme il avait surpris avec Titon et l’aurore, et dans la lignĂ©e du gĂ©nial Rameau, rĂ©formateur du ballet, Mondonville frappe les esprits par sa flamboyante vivacitĂ© et suscite un grand succĂšs avec ses « FĂȘtes de Paphos » crĂ©Ă© en 1758. Le triptyque regroupe 3 actes, chacun ayant son thĂšme spĂ©cifique qu’unifie le prĂ©texte amoureux : VĂ©nus et Adonis, Bacchus et Erigone, L’Amour et PsychĂ© (avec Sophie Arnould)
 L’Ɠuvre, bondissante et Ă  l’ampleur symphonique (ambition ramĂ©lienne) est jouĂ© jusqu’en 1772.  TrĂšs soucieux d’efficacitĂ©, Mondonville n’hĂ©site pas Ă  participer Ă  la rĂ©daction de ses livrets, avec Voisenon, librettiste pour PsychĂ© et l’Amour.

La libertĂ© de l’écriture se joue des rĂ©fĂ©rences italiennes, assimile l’extrĂȘme virtuositĂ© vocale (permise alors par des chanteurs aussi exceptionnels que la haute-contre Pierre JĂ©lyote, plus tard remplacĂ© par Joseph Legros ; ou le dessus Marie Fel, tous interprĂštes vedettes des opĂ©ras Rameau). Avec Dauvergne (Hercule mourant, 1761), Mondonville le pĂ©tillant, l’audacieux, est le meilleur suiveur de Rameau. Il sait s’approprier la vivacitĂ© mĂ©lodique des italiens, tout en prolongeant l’essor symphonique de Rameau.

A l’heure de Mondonville, l’OpĂ©ra de Paris rĂ©actualise les opĂ©ras de l’inĂ©galĂ© Lully, mais en rĂ©Ă©crivant de la musique nouvelle, ajoutĂ© au livret (de Quinault) qui demeure, lui, inchangĂ© (ainsi le languedocien ose reprendre en 1765 le livret du ThĂ©sĂ©e de Quinault et Lully, mais en proposant une nouvelle musique).

Une courte Ă©vocation du gĂ©nie de Mondonville ne saurait insister assez sur ses talents Ă  l’église, en particulier ses Grands Motets oĂč l’écriture impĂ©tueuse et flamboyante pour chƓur et orchestre exprime comme nul autre jusque lĂ , – sauf avant lui Rameau, le sublime des Psaumes, le souffle Ă©poque des Ă©pisodes bibliques : Mondonville aprĂšs Rameau a fait entrer l’opĂ©ra sous la nef. Le Languedocien a libĂ©rĂ© le fort pouvoir sensoriel et spectaculaire de la musique en exploitant comme Ă  l’opĂ©ra, tout ce qu’avait de dramatique, l’évocation du texte sacrĂ©. Cette rĂ©ussite a fait les beaux soirs du Concert Spirituel, alors salle de concert parisienne, incontournable. Le 8 octobre 2022 marque les 250 ans de la mort du compositeur des FĂȘtes de Paphos (dĂ©cĂ©dĂ© le 8 oct 1772 Ă  Belleville / Paris).

ANNIVERSAIRES 2022 : les compositeurs et artistes cĂ©lĂ©brĂ©s en 2022 (de CĂ©sar Franck Ă  SchĂŒtz, de Scriabine Ă  AlfvĂ©n…)

franck cesar portrait classiquenewsANNIVERSAIRES 2022 : les compositeurs fĂȘtĂ©s en 2022 : Franck, Mondonville, Vaughan Williams
 Souhaitons qu’un semblant de « vie normale » revienne rapidement en 2022, utopie bien rĂ©elle qui augure d’un dĂ©but 2022 dĂ©jĂ  entachĂ© par le nouveau variant « Omicron », plus contagieux et sa consĂ©quence concrĂšte dĂšs la fin dĂ©c 2021, le retour aux jauges limitĂ©es pour les salles de spectacle – mesure presque acceptable en France quand en Belgique, le confinement dĂ©cidĂ©, imposĂ©, met Ă  l’arrĂȘt l’ensemble du secteur culturel 
 Nonobstant ces temps d’incertitude, c’est le belge CĂ©sar Franck (pour le bicentenaire de sa naissance) qui sera l’auteur le plus fĂȘtĂ© alors, et sa juste valeur, son apport Ă  la musique, mieux Ă©valuĂ©s ainsi
 en particulier en France, Ă  l’heure du tout Wagner.
Citons aussi les indispensables autant qu’inĂ©vitables SchĂŒtz et Scriabine, le directeur de compagnie Ă  l’infaillible intuition Diaghilev – mentor de Nijinsky ; et aussi ETA Hoffmann, plus connu aujourd’hui comme poĂšte que musicien ; mais aussi les moins connus, Mondonville (qui porte Ă  2, le nombre des figures baroques majeures cĂ©lĂ©brĂ©es en 2022), et Ralph Vaughan Williams ou Hugo AlfvĂ©n, acteurs d’une musique nationale respectivement en Angleterre et en SuĂšde. La nouvelle annĂ©e pourrait ĂȘtre celle des « 150 ans », pointant le curseur sur toute une gĂ©nĂ©ration d’auteurs, tous les 4 nĂ©s en 1872, colonie de contemporains aux profils aussi divers qu’indiscutables : Diaghilev, Scriabine, Vaughan Williams, AlfvĂ©n 
 2022 s’annonce ainsi une annĂ©e passionnante.

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Heinrich SCHÜTZ (1585-1672) – 350 ans de la mort
Schutz-heinrich-opera-oratorio-classiquenews-dossier-anniversaire-2022-classiquenewsElĂšve de Giovanni Gabrieli Ă  Venise (voire de Monteverdi), Heinrich SchĂŒtz rĂ©invente avant JS Bach, la musique sacrĂ©e germanique Ă  laquelle il ajoute la sensualitĂ© italienne (polychoralitĂ© vĂ©nitienne) le sens de la mĂ©lodie et le relief du rĂ©citatif, les figuralismes expressifs (assimilĂ©s totalement dans ses propres madrigaux). Ses oratorios pour Dresde en particulier oĂč il dirige la chapelle en 1615, et son opĂ©ra Dafne, 1er ouvrage lyrique en allemand (1627, hĂ©las perdu), affirme un tempĂ©rament qui fusionne drame et spiritualitĂ©, mais aussi Ă©pure et gravitĂ© (probable influence du contexte de la Guerre de Trente Ans, cataclysme bouleversant l’histoire europĂ©enne dans la premiĂšre moitiĂ© du XVIIĂš). Parmi les Ɠuvres les plus marquantes du « Monteverdi germanique » : Psalmen Davids, 1619 ; Kleine geistliche Konzerte (Petits concerts spirituels), 1636 ; Musikalische Exequien (ObsĂšques musicales), 1636 ; Die Sieben Worte Jesu Christi am Kreuz, 1662 ; sans omettre les 3 Passions Ă  redĂ©couvrir en urgence, triptyque prĂ©figurant directement la puissance dramatique des drames de JS Bach : Mathieu (1664), Luc (1666) et Jean (1668)

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Jean-Joseph CassanĂ©a de MONDONVILLE (1711-1772) – 250 ans de la mort
Jean-Joseph_CassanĂ©a_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourA l’époque oĂč Rameau rĂšgne indiscutablement, Ă  l’opĂ©ra, le narbonnais Jean-Joseph CassanĂ©a de Mondonville, violoniste provincial au tempĂ©rament puissant fait aussi entendre sa voix comme compositeur : ses « grands motets » affirment un sens du drame Ă©poustouflant pour l’époque Ă  l’égal de Rameau. Devenu directeur du Concert Spirituel, Mondonville marque la vie parisienne sous Louis XV et Ă  l’époque des LumiĂšres. C’est un touche Ă  tout d’une indiscutable voire irrĂ©sistible sĂ©duction comme ses opĂ©ras (Titon et l’Aurore), ballets, oratorios l’indiquent clairement.

LIRE notre critique des Grands Motets de Mondonville par György Vashegyi – 2015 / Budapest : György Vashegyi est un dĂ©fricheur au tempĂ©rament gĂ©nĂ©reux, surtout Ă  la vision globale et synthĂ©tique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilitĂ© et de goĂ»t : car le chef hongrois goĂ»te et comprend comme nul autre aujourd’hui, Ă  l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-compte-rendu-critique-mondonville-grands-motets-gyorgy-vasgheyi-2-cd-glossa-2015/

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Ernst Theodor Amadeus HOFFMANN (1776-1822) – 200 ans de la mort
Juriste de formation et critique acerbe, Ă©crivain et poĂšte renommĂ©, E.T.A. Hoffmann incarne comme ThĂ©ophile Gaultier, Barbey d’Aurevilly et surtout Villiers de l’Isle Adam Ă  sa suite, le gĂ©nie romantique fantastique qu’il marque avant tous, comme pionnier. L’envoĂ»tement, l’emprise, les visions terrifiantes, les tromperies et les illusions traversent son Ɠuvre frappĂ©e sous le sceau du rĂȘve et souvent du cauchemar
 Nombre de ses nouvelles inspirent les compositeurs d’opĂ©ra et les chorĂ©graphes : Cardillac (Paul Hindemith), CoppĂ©lia (LĂ©o Delibes), Casse-Noisette (Tchaikovsky), et bien sĂ»r Offenbach qui met en scĂšne les propres dĂ©boires amoureux du poĂšte Hofmann dans ses Contes d’Hoffmann
Critique musical, Hoffmann ne cache pas son admiration pour Mozart dont il prend le prĂ©nom Amadeus. Son anniversaire permettra-t-il de redĂ©couvrir aussi les opĂ©ras (Ondine), messes, symphonie et Sonates pour piano dont il est l’auteur ?
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CĂ©sar FRANCK (1822-1890) : 200 ans de la naissance
franck_cesar_symphonie_franckInclassable, organiste virtuose, compositeur non moins gĂ©nial (sa Sonate pour violon et piano aurait inspirĂ© Ă  Proust sa Sonate de Vinteuil, Ă©cho indirect aussi de la Sonate de
 Saint-SaĂ«ns, proche de Franck), le belge CĂ©sar Franck (nĂ© Ă  LiĂšge), eut l’intelligence d’aimer autant Wagner que de proposer une alternative Ă  la musique de l’auteur de Tristan. C’est le plus français des belges, qui meurt Ă  Paris en 1890. AprĂšs avoir subjuguĂ© les parisiens depuis la tribune de Sainte-Clotilde (dĂšs 1859 Ă  37 ans, disposant d’un CavaillĂ©-Coll tout neuf), Franck devient professeur d’orgue au Conservatoire de Paris en 1871. C’est la pĂ©riode oĂč il cofonde avec Saint-SaĂ«ns la SociĂ©tĂ© National de musique, destinĂ©e Ă  favoriser et encourager les compositeurs français contemporains : claire rĂ©ponse au wagnĂ©risme envahissant. Audacieux voire dĂ©fricheur comme Berlioz, Franck fixe de nouveaux modĂšles, dans tous les genres (opĂ©ra, poĂšme symphonique, musique de chambre, symphonie
), soucieux autant de la sĂ©duction formelle que du sens et de la cohĂ©rence architecturale des Ɠuvres (le principe cyclique assure la cohĂ©sion interne de chaque partition, comme le leitmotiv propre Ă  Wagner). Outre sa Sonate, son unique Symphonie (en rĂ© mineur, 1889) est un modĂšle du genre et une expĂ©rience autant spirituelle que musicale pour le chefs et les instrumentistes comme pour tout auditeur. Le 8 dĂ©c 2022 marque le bicentenaire de sa naissance.
LIRE notre dossier spĂ©cial CĂ©sar Franck 1822 – 2022 :
https://www.classiquenews.com/200-ans-de-cesar-franck-1822-2022-dossier-pour-le-bicentenaire-cesar-franck/

LIRE aussi notre critique du CD CLIC de CLASSIQUENEWS :
CĂ©sar Franck par Mikko Franck : Symphonie en rĂ©, Ce que l’on entend sur la montagne, Philharmonique de Radio France (1 cd Alpha). Depuis sa crĂ©ation en 1937, le Philharmonique de Radio France n’a jamais semblĂ© aussi heureux et Ă©panoui que sous la conduite du finlandais Mikko Franck. On se souvient d’une remarquable Tosca Ă  Orange oĂč le chant orchestral produisait une tension dramatique captivante (Ă©tĂ© 2010). On retrouve le mĂȘme engagement et une entente bĂ©nĂ©fique dans ce programme dĂ©diĂ© au symphonisme de CĂ©sar Franck.
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-cesar-franck-par-mikko-franck-symphonie-en-re-ce-que-lon-entend-sur-la-montagne-philharmonique-de-radio-france-1-cd-alpha/
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Serge (de) DIAGHILEV (1872-1929) – 150 ans de la naissance
DIAGHILEV-serge-ballets-russes-anniversaire-2022-150-ans-dossier-classiquenewsCertes pas compositeur, mais mĂ©lomane et producteur visionnaire, Serge de Diaghilev fut un directeur de compagnie d’une stature lĂ©gendaire, inĂ©galĂ© mĂȘme aprĂšs lui ; il marque l’histoire de la danse et de la crĂ©ation musicale Ă  Paris, permettant aux crĂ©ateurs français surtout parisiens d’enrichir idĂ©alement leur propre imaginaire ; Paris n’avait connu l’émergence de tels talents Ă©trangers depuis Marie-Antoinette au dĂ©but des annĂ©es 1770 et 1780, invitant pour le plus grand bĂ©nĂ©fice de l’invention française, les Gluck, Piccinni, Sacchini, Salieri Ă  Versailles et Paris ; de son cĂŽtĂ© Diaghilev dirige et assure Ă  Paris le rayonnement des « Ballets Russes », crĂ©Ă©s en 1907 (l’annĂ©e des Demoiselles d’Avignon de Picasso), laboratoire, tremplin qui favorise l’expressivitĂ© des plus grands interprĂštes et compositeurs russes : Chaliapine, Nijinsky, 
 Tamara Karsavina ; sa coopĂ©ration avec le jeune Stravinsky est exceptionnellement fĂ©conde : L’Oiseau de feu (1910), Petrouchka (1911) surtout Le Sacre du printemps, scandale historique qui fait trembler les planches du TCE Ă  Paris en 1913 
 ; Diaghilev produit aussi les piliers de l’opĂ©ra russe dont Boris Godunov de Moussorgski (avec Chaliapine, Ă  l’OpĂ©ra Garnier) influençant jusqu’à l’inspiration et l’orchestration de 
Ravel. S’assurant le concours des danseurs chorĂ©graphes Nijinsky, Balanchine, Lifar, Massine, le ballet et l’art chorĂ©graphique rayonnent alors Ă  Paris grĂące Ă  Diaghilev, dans plusieurs crĂ©ations demeurĂ©es depuis inoubliables, musicalement majeures dans l’histoire de la musique parisienne : Daphnis et ChloĂ© (Ravel), AprĂšs-midi d’un faune (Debussy avec Nijinski), Jeux du mĂȘme Debussy, Parade de Satie (dĂ©cors de Picasso), La lĂ©gende de Joseph (R Strauss), s’associant d’autres noms illustres tels Cocteau, Milhaud, Chabrier, de Falla (Le Tricorne), Prokofiev, Poulenc (Les Biches)
 (Portrait de Diaghilev par Leon Bakst, 1906)
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Alexandre SCRIABINE (1872-1915) – 150 ans de la naissance
Alexandre ScriabineComme Bruckner, Scriabine est un illuminĂ© dont l’Ɠuvre tĂ©moigne d’une ferveur hors normes inspirant une Ă©criture Ă  la fois sincĂšre comme personnelle (pour ne pas dire intime voire autobiographique). Mais si Bruckner rĂ©invente la symphonie germanique (dans l’admiration de Dieu et de 
 Wagner), Scriabine rĂ©invente totalement le langage pianistique, qu’il sait accorder aussi au tissu orchestral. HabitĂ© par la forme pure et le langage d’une musique surtout spirituelle, elle-mĂȘme porteuse d’un idĂ©al philosophique oĂč le crĂ©ateur dĂ©miurge rend audible l’harmonie cosmique, Scriabine s’intĂ©resse en 1900 Ă  l’écriture symphonique. 2015 marquait le centenaire de sa mort en 1915 (Lire notre dossier centenaire Scriabine, 1915 – 2015), 2022 devrait rĂ©viser notre perception de son Ɠuvre, de ses audaces harmoniques orchestrales Ă  sa conception mystique du jeu pianistique. Ses partitions majeures tels « Vers la flamme », surtout « le PoĂšme de l’extase » (1907) prĂ©cisent la singularitĂ© d’une hypersensibilitĂ© hors normes
 De l’ivresse Ă  l’extase et aux vertiges conscients, toujours parfaitement calibrĂ©s, chaque partition de Scriabine relĂšve d’une transfiguration: l’indice d’une quĂȘte coĂ»te que coĂ»te prĂ©servĂ©e, menant de la danse Ă  la transe.
Jamais dogmatique ni dĂ©monstrative, l’écriture de Scriabine sait devenir pure poĂ©sie a contrario de l’ambition spirituelle qui la soustend. Les titres de ses Ɠuvres majeures (Le divin poĂšme, le PoĂšme de l’extase, vers la flamme, PromĂ©thĂ©e
) disent assez l’absolue exigence de celui qui vĂ©cut la musique tel le couronnement des disciplines spirituelles.

LIRE aussi notre dossier les 6 symphonies de Scriabine
http://www.classiquenews.com/150-ans-de-scriabine-2015-les-6-symphonies-de-scriabine/
LIRE notre critique du Poùme de l’extase par Valery Gergiev :
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-scriabine-le-poeme-de-lextase-valery-gergiev-1-cd-lso-live-2014/
LIRE aussi notre dossier centenaire Scriabine 1915-2015 :
http://www.classiquenews.com/centenaire-de-la-mort-de-scriabine-1915-2015/
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Hugo ALFVÉN (1872-1958) – 150 ans de la naissance
ALFven-symphonie-classiquenews-dossier-anniversaire-2022-classiquenewsLe suĂ©dois Hugo AlfvĂ©n poursuit la flamme musical aprĂšs Martin Kraus, compositeur des LumiĂšres nordiques Ă  la cour de Gustave III mais nĂ© en Allemagne. Comme son prĂ©dĂ©cesseur au XVIIIĂš, AlfvĂ©n renouvelle encore l’idĂ©e d’un symphonisme proprement suĂ©dois. Le professeur au conservatoire de Stockholm qui est aussi chef et violoniste, ne tarde pas Ă  s’affirmer dans le domaine symphonique (succĂšs de la n°2, 1899) par son tempĂ©rament Ă©clectique, formĂ© en Europe, autant que compositeur typiquement suĂ©dois. Aquarelliste chevronnĂ©, AlfvĂ©n sait marier les timbres avec un sens de la couleur et du drame, manifeste. Ses 5 symphonies, sa rhapsodie « Midsommarvaka » / Nuit de la saint-Jean, en tĂ©moignent.
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Ralph VAUGHAN WILLIAMS (1872-1958) – 150 ans de la naissance
A l’ombre de Britten, Vaughan Williams marque aussi l’histoire de musique anglaise. Il est le compagnon d’étude de Gustav Holst au Royal College of Music Ă  Londres (1895) ; puis il gagne une maturitĂ© artistique grĂące Ă  son bagage et sa culture enrichis par sa formation Ă  Berlin (auprĂšs de Bruch) et Ă  Paris (auprĂšs de Ravel, 1909)
 L’europĂ©en s’ingĂ©nie ensuite Ă  livrer une musique authentiquement britannique, libĂ©rĂ©e des influences continentales (italienne, germanique, française, 
) Ă  partir des airs folkloriques anglais qu’il collecte avec minutie et qu’il intĂšgre dans ses Ɠuvres. Vaughan Williams s’engage dans l’armĂ©e au moment de la Grande Guerre comme brancardier ; de cette Ă©poque date une blessure qui mĂšnera Ă  la fin de sa vie Ă  la surditĂ©. Il meurt en 1958 et est inhumĂ© Ă  Westminster, prĂšs de la tombe de Purcell qu’il admirait.
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Dossier et prĂ©sentations rĂ©guliĂšrement actualisĂ©s au fur et Ă  mesure de l’annĂ©e 2022

 

 

 

STREAMING, opĂ©ra, critique, opĂ©ra chez soi. Paris, OpĂ©ra-Comique, le 19 janvier 2021. Mondonville : Titon et l’Aurore. Bill Christie.

titon_live_opera-streaming-opera-chez-soi-mondonville-titon-aurore-christie-critique-opera-classiquenewsSTREAMING, opĂ©ra, critique, opĂ©ra chez soi. Paris, OpĂ©ra-Comique, le 19 janvier 2021. Mondonville : Titon et l’Aurore. Bill Christie. D’emblĂ©e dĂšs l’ouverture, chef et orchestre montrent qu’ils sont au diapason de l’écriture impĂ©tueuse d’un Mondonville animĂ© voire survoltĂ© par l’esprit du thĂ©Ăątre. On distingue avec enthousiasme la belle nervositĂ© affirmĂ©e toute en cordes rugissantes et bondissantes, viriles et souples des Arts Flo, qui imposent cette frĂ©nĂ©sie que l’on connaĂźt dĂ©jĂ  du compositeur (cf. ses Motets et leur spiritualitĂ© si dramatique que les mĂȘmes interprĂštes ont su rĂ©vĂ©ler et sublimer). William Christie apporte cette tension vive, fusion habile d’élĂ©gance et de nerf thĂ©Ăątral. Et il en faut pour assurer entre autres les transitions entre les sĂ©quences comme l’intermĂšde de l’Acte I : quintessence des musiques de scĂšnes, Ă  la fois tempĂȘte et tremblement de terre, prodige de plasticitĂ© dramatique dans la lignĂ©e de Rameau et dont le fondateur des Arts Flo a fait l’un de ses tubes favoris. D’un regard gĂ©nĂ©ral, on regrette parfois le manque d’inspiration de Mondonville dont l’écriture tourne au systĂšme qui ronronne. L’ouvrage en un Prologue et 3 actes, aurait pu tenir en 2 actes car le profil des protagonistes n’évolue guĂšre d’un acte Ă  l’autre. D’autant que sans rĂ©elle vraisemblance, les « mĂ©chants » haineux ici sont vite Ă©vacuer de la scĂšne pour que triomphe le seul Amour.

Pourtant le prologue marque les esprits : l’indiffĂ©rence oisive des dieux y est d’emblĂ©e dĂ©criĂ© par le baryton (court au dĂ©but et qui peu assurĂ©, ne chante pas trĂšs juste) ; c’est rare apparition sur la scĂšne lyrique française, PromĂ©thĂ©e qui s’ingĂ©nie flambeau Ă  la main, face Ă  un panthĂ©on statufiĂ© ; son premier air qui insuffle aux hommes l’esprit d’indĂ©pendance et la libertĂ© (« volez » ) sonne trop fragile.

L’agilitĂ© de la musique qui exprime sur la scĂšne la diffusion de la vie en une immense flamme afin que naissent les crĂ©atures humaines nouvelles
 s’affirme a contrario, grĂące Ă  l’aplomb du chef, son charisme et son feu, lui-mĂȘme communicatif dans la fosse. Les silhouettes animĂ©es sont incarnĂ©es dans le chant des bois et des vents (bassons et flĂ»tes) quand les statues s’ébranlent soudain (choeur « Quelles mains nous a fait »)

Sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Comique, Bill Christie ressuscite
le thĂ©Ăątre d’un Mondonville, furieux, haineux, souvent dĂ©chainé 

Titon, un miraculĂ© de l’amour ?

 

L’orchestre sĂ©duit : sa vĂ©locitĂ© permanente, et la tendresse qui naĂźt soudain avec l’émergence d’une humanitĂ© dĂ©sormais vouĂ©e au culte de PromĂ©thĂ©e leur pĂšre (ballet rĂ©alisĂ© par 3 marionnettes gĂ©antes animĂ©es par des marionnettistes) rayonnent sur les planches. Puis Cupidon paraĂźt car l’amour Ă©claire le monde de son « flambeau divin » : en vĂȘtement XVIIIĂš (piquante coloratoure de la jeune Julie Roset au verbe ardent autant que nuancĂ©) ; la soprano pĂ©tillante et vivante rĂ©alise avec Ă©clat son duo de victoire avec PromĂ©thĂ©e. Elle invite les mortels Ă  goĂ»ter l’art de plaire ; les dĂ©lices de la voluptĂ© pour leur bonheur : plus lascive, la musique s’attendrit : marionnettes volantes Ă  l’appui (« Livrez vos Ăąmes Ă  la fĂ©licitĂ© »).

Acte I

L’action proprement dite dĂ©bute avec la priĂšre du berger Titon, inquiet que l’Aurore tarde, laquelle Ă©clatante ne se fait pas attendre vainement. C’est la sirĂšne matinale toute d’or, vraie crĂ©ature fantasmatique et fĂ©e complice (convaincante Gwendoline Blondeel) d’un solitaire un rien larmoyant et d’une mollesse tendre (Reinoud Van Mechelen); facĂ©tieux, Mondonville imagine une vraie dispute conjugale qui dĂ©voile le berger rongĂ© par la jalousie. L’écriture du compositeur tend ensuite Ă  rĂ©pĂ©ter une maniĂšre de bergerie heureuse sur un air de musette qui scelle les amours de Titon et de l’Aurore (air aux oiseaux de l’Aurore avec piccolo aĂ©rien, laquelle cependant s’adresse aux moutons bien innocents). Ce qui semble intĂ©resser Mondonville cependant c’est les ressorts dramatiques nĂ©s des enchaĂźnements, dans la transition des intermĂšdes habilement contrastĂ©s.

Belle trouvaille, cet Eole furieux (rival colĂ©rique de Titon : Marc Mauillon colore toutes les nuances de la haine vengeresse). Le baryton est idĂ©alement articulĂ©, instance pleine de frustration et de haine, il commande Ă  ses fiers et redoutables Aquilons (orchestre furieux). A la fois complice et trĂšs avisĂ©e, PalĂšs, interprĂ©tĂ©e par (la trĂšs solide) Emmanuelle de Negri (Ă©prise du berger), lui insuffle l’esprit de l’intrigue : qu’il enlĂšve Titon, pour mieux rĂ©conforter et conquĂ©rir le cƓur de l’Aurore.

Acte II

Mondonville excelle alors Ă  peindre la solitude de l’Aurore dĂ©possĂ©dĂ©e de son amant
 vite rejointe par un Eole plus sanguin que rĂ©flĂ©chi que l’étoile matinale finit par haĂŻr. Toujours bien manipulĂ© par l’insidieuse PalĂšs, Eole se prĂ©cipite alors en injonctions impĂ©rieuses commandant Ă  ses vents mauvais, avec tonnerre (« Ravagez l’univers »), en une grande scĂšne de fantasmagorie terrifiante (effets de draperies flottantes Ă  l’appui
 avec chƓur agitĂ©). Mondonville affectionne manifestement cet Eole dĂ©chainĂ©, excitĂ© (prĂ©texte Ă  surenchĂšre orchestrale), jusqu’à ce que PalĂšs lui avoue aimer Titon.

Le duo Titon / PalĂšs qui tente de le charmer en suscitant le tableau des 3 nymphes (« l’amour vous appelle
 ») convoque de nouvelles douceurs ; sĂ©quence Ă  la fois lascive et pastorale dans une surenchĂšre de moutons cotonneux (littĂ©ralement empilĂ©s) et mĂȘmes dansants
 qui finissent par devenir envahissants. Voire ennuyeux si l’on scrute alors les soupirs du berger indiffĂ©rent (« Ah, rendez moi l’Aurore ou laissez-moi mourir »). Cette page certes n’est pas du meilleur Mondonville
 c’est une crĂ©ation plus que convenue, bergerie caricaturale, parfois dĂ©lirante (les moutons volants) mais musicalement, tristement conforme et fleuri Ă  souhaits. C’est lĂ  que le musicien reste un suiveur de Rameau (malgrĂ© le nerf caractĂ©risĂ© qu’y placent Bill et ses musiciens). Fort heureusement, la haine vengeresse gagne trĂšs vite le cƓur de PalĂšs, qui exulte et s’enflamme, furieuse de se voir Ă©cartĂ©e par le berger inflexible.

III

De sorte qu’au dĂ©but du III, le sort de Titon et de l’Aurore (proies des deux haineux) semble scellĂ© : Eole et PalĂšs entendent tuer l’amour des deux amants. Superbe rĂ©ussite musicale et thĂ©Ăątrale, le plateau rĂ©unit alors le couple le plus convaincant : Emmanuel de Negri et Marc Mauillon, excellents diseurs, acteurs non moins assurĂ©s, unis dans la jouissance du malheur, en un duo des plus dĂ©lectables, Ă©numĂ©rant dĂ©lices et charmes de la vengeance. Mondonville conclut son opĂ©ra en rĂ©compensant la loyautĂ© indĂ©fectible de Titon devenu vieux et misĂ©rable : en suscitant Amour vainqueur, Aurore assure Ă  son amant une apothĂ©ose digne des hĂ©ros, « modĂšles des cƓurs reconnaissants ».

L’opĂ©ra de 1753 cĂ©lĂšbre la puissance de l’Amour, et le bonheur qui est rĂ©servĂ© Ă  ceux qui s’en montrent dignes, mĂȘme s’ils sont comme ici, Titon et l’Aurore, Ă©prouvĂ©s. La partition n’a pas le gĂ©nie de Rameau, mais l’orchestre parfois tournant Ă  vide, regorge d’accents expressifs ; et le couple haineux, d’Eole et de PalĂšs, sont deux entitĂ©s qui ne manquent pas de piquant. Dommage qu’ici l’amour dĂ©lectable de Julie Roset ne trouve pas en Renato Dolcini, un PromothĂ©e digne de sa verve malicieuse. A l’époque de la querelle des bouffons, plutĂŽt iatalianisant, Mondonville a pourtant rĂ©servĂ© dans le Prologue un rĂŽle passionnant Ă  celui qui a volĂ© le feu (vraie bartyon-basse d’agilitĂ©). Tandis que la mise en scĂšne et les rĂ©fĂ©rents visuels de Basil Twist se figent dans une fĂ©erie pastorale simple, efficace, parfois systĂ©matique (les moutons de cette « pastorale hĂ©roĂŻque » sont copieusement servis, en veux-tu en voilĂ ). La direction de Bill Christie, sĂ©duit toujours autant par cette Ă©quation singuliĂšre, entre Ă©lĂ©gance et nervositĂ©, prĂ©cision et fluiditĂ©. Musicalement, un Mondonville de rĂȘve.

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VOIR et REVOIR l’opĂ©ra Titon et l’Aurore de MONDONVILLE
https://www.medici.tv/fr/operas/jean-joseph-cassanea-de-mondonvilles-titon-et-laurore/

Jean-Joseph CassanĂ©a de Mondonville : TITON ET L’AURORE
Pastorale hĂ©roĂŻque en trois actes et un prologue. Livret de l’abbĂ© de La Marre. CrĂ©Ă©e en 1753 Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique

Direction musicale : William Christie
Mise en scÚne, décors, costumes, marionnettes : Basil Twist

Titon : Reinoud Van Mechelen
L’Aurore : Gwendoline Blondeel
PalĂšs : Emmanuelle De Negri
Eole : Marc Mauillon
Amour : Julie Roset
Prométhée : Renato Dolcini

Nymphes : Virginie Thomas, Maud Gnidzaz, Juliette Perret (III)
Marionnettistes


ChƓur et orchestre Les Arts Florissants
DurĂ©e estimĂ©e : 2h – spectacle en français, surtitrĂ© en anglais et en français

CD, Ă©vĂ©nement critique. CLÉMENT : Sonates en trio, Iakovos Pappas (Maguelone, 2019)

clement-sonates-en-trio-pappas-lusson maguelone critique cd classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement critique. CLÉMENT : Sonates (Maguelone, 2019). Le claveciniste Iakovos Pappas ne fait pas que ressusciter l’écriture audacieuse d’un crĂ©ateur français oubliĂ©, Charles François ClĂ©ment mort Ă  Paris en 1789. Il en explique trĂšs minutieusement les qualitĂ©s compositionnelles (plan, rĂ©fĂ©rences Ă  la danse, importance du rondeau, paritĂ© entre le violon et le clavecin, ce dernier comptant pour deux voix
). : l’auditeur mesure une conception et une pensĂ©e musicale aussi audacieuse voire complexe que Mondonville et 
 Rameau. ClĂ©ment a fait Ă©voluer le genre du Trio et de la musique instrumentale française au XVIIIĂš d’une maniĂšre marquante, par son originalitĂ© et sa fantaisie expĂ©rimentale. Avec la libertĂ© de ton des polĂ©mistes des LumiĂšres, le claveciniste n’oublie pas aussi dans la premiĂšre partie du livret d’épingler les prĂ©jugĂ©s et fausses croyances sur la musique baroque et le classicisme, n’hĂ©sitant pas Ă  mettre en doute aussi ceux qui jugent (les critiques) quand il ne faudrait pourtant que prendre en compte leeur argumentaiton et la lĂ©gitimitĂ© de leur autoritĂ© critique
 Livre cd Ă©vĂ©nement, CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020. Prochaine critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com. Parution numĂ©rique, dĂšs le 1er dĂ©cembre 2020 – Parution physique : 4 dĂ©cembre 2020. Plus d’infos sur le site du label Maguelone

CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, annonce. Charles-François CLÉMENT (1720 – 1789) : Sonates en trio, Iakovos Pappas, clavecin / Augustin Lusson, violon (Maguelone, 2019) – CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020 – 6 Sonates en trio, 1743 – Livre cd Maguelone MAG 358.435 – Enregistrement sept 2019 – durĂ©e : 1h10. Notice livret : essai “ConsidĂ©rations sur la lĂ©gitimitĂ© de l’autoritĂ© critique et son usurpation” par Iakovos Pappas.

Compte-rendu, opéra. LILLE, Opéra, le 16 janv 2019. RAMEAU : Pygmalion / MONDONVILLE : Amour et Psyché. Haïm / Orlin.

Compte-rendu, OpĂ©ra. OpĂ©ra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplĂ© avec Amour et PsychĂ© de Mondonville. Emmanuelle HaĂŻm / Robyn Orlin. Spectacle coproduit entre l’OpĂ©ra de Lille, le ThĂ©Ăątre de Caen, l’OpĂ©ra de Dijon et les ThĂ©Ăątres de la ville de Luxembourg, c’est une bonne idĂ©e qu’ont eu les quatre institutions lyriques de coupler Pygmalion de Rameau (1748) et L’Amour et PsychĂ© (1758) de Mondonville, qui traite tous deux de l’éternel thĂšme de l’amour.

 
 

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La premiĂšre piĂšce est un des huit ballets en un acte qu’écrivit le compositeur dijonnais entre 1748 et 1754. TirĂ© du dixiĂšme livre des MĂ©tamorphoses d’Ovide, le livret reprend la lĂ©gende de Pygmalion, amoureux de la statue d’ivoire qu’il a lui-mĂȘme sculptĂ©e. L’Amour anime la statue et le chƓur chante les louanges du dieu qui rĂšgne sur les cƓurs. La deuxiĂšme piĂšce est la troisiĂšme entrĂ©e du ballet hĂ©roĂŻque intitulĂ© Les FĂȘtes de Paphos qui est formĂ© en fait de trois ballets autonomes (VĂ©nus et Adonis, Bacchus et Erigon, et L’Amour et PsychĂ©), composĂ©s entre 1747 et 1758, et reliĂ©s a posteriori sous le titre de FĂȘtes de Paphos. Si les deux ouvrages ont une mĂȘme thĂ©matique amoureuse, ils diffĂšrent en ceci que le second est un pur divertissement, qui ne vise qu’à donner du plaisir, tandis que le second cherche Ă  Ă©mouvoir (au sens baroque du terme).
Heureusement, les deux compositeurs français sont merveilleusement servi par la direction d’orchestre : attaques prĂ©cises, clartĂ© des pupitres, osmose avec un plateau quasi idĂ©al
 Emmanuelle HaĂŻm, Ă  le tĂȘte de son Concert d’AstrĂ©e, fait des merveilles !
Las, la mise en scĂšne/chorĂ©graphie de Robyn Orlin ne restera pas dans les annales. On a trop de fois vu ce procĂ©dĂ© qui est de rĂ©aliser des vidĂ©os en live pour les projeter au mĂȘme moment sur des Ă©crans. Les incessants allers et venues de sa troupe et la surabondances d’images diverses et variĂ©es parasitent l’écoute, n’éclaire en rien les histoires qui sont contĂ©es dans les livrets, et surtout ne font jamais jaillir l’émotion. La sĂ©rie de clichĂ©s sur le monde de l’art qui illustre le ballet de Mondonville est tout simplement hors propos et parfaitement gratuite. Bref, nous nous sommes ennuyĂ©s pour ce qui est de la partie visuelle

La partie vocale sauve heureusement la mise (et la soirĂ©e !), avec d’abord un hommage appuyĂ© pour le tĂ©nor flamand Reinoud van Mechelen (Pygmalion) : belle voix claire, pure et sans vibrato, tour Ă  tour fine et puissante, Ă©lĂ©gance du style et diction parfaite du français. Statue puis PsychĂ©, la jeune soprano colorature française Magali LĂ©ger vit les Ă©mois du sentiment amoureux sans affĂ©terie, et nous gratifie de son beau timbre dĂ©licat. Avec une voix beaucoup plus corsĂ©e, parfois rauque, la chanteuse franco-canadienne Samantha Louis-Jean a du tempĂ©rament Ă  revendre en CĂ©phise puis VĂ©nus. Dans le rĂŽle d’Amour, commun aux deux ouvrages, Armelle KhourdoĂŻan fait preuve autant de sĂ©duction que d’autoritĂ©, avec des aigus aisĂ©s et un medium charnu.  Enfin, dans l’hilarant rĂŽle de Tisiphone, le baryton rochelais Victor Sicard explose en dĂ©esse (transgenre) infernale, avec une voix aussi solide que parfaitement articulĂ©e.
Grùce aux voix et à la musique, on passe au final un bonne soirée !

 
 
 

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Compte-rendu, Opéra. Opéra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplé avec Amour et Psyché de Mondonville. Emmanuelle Haïm / Robyn Orlin.

 
 
 

CD événement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015)

mondonville grands motets pircell choir orfeo orchestra Gyorgy vashegyi glossa cd critique review cd CLCI de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi (2 cd Glossa, 2015). Le geste des baroqueux essaime jusqu’en Hongrie : György Vashegyi est en passe de devenir par son implication et la sĂ»retĂ© de sa direction, le William Christie Hongrois
 C’est un dĂ©fricheur au tempĂ©rament gĂ©nĂ©reux, surtout Ă  la vision globale et synthĂ©tique propre aux grands architectes sonores. C’est aussi une affaire de sensibilitĂ© et de goĂ»t : car le chef hongrois goĂ»te et comprend comme nul autre aujourd’hui, Ă  l’égal de nos grands Baroqueux d’hier, la subtile alchimie de la musique française.

 

György Vashgyi, maßtre du Baroque Français

Artisan d’un Mondonville plus dĂ©taillĂ©, clair que dramatique, le chef hongrois affirme l’éloquence rĂ©jouissante de son geste : un nouvel accomplissement Ă  Budapest.

 

 

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LE BAROQUE FRANCAIS : UNE PASSION HONGROISE. György Vashegyi a ce sens du verbe et de la clartĂ© semblable aux pionniers indĂ©modables
 Il se passe Ă©videmment plusieurs Ă©vĂ©nements intĂ©ressants en Hongrie et Ă  Budapest : depuis quelques annĂ©es, chacun de ses enregistrements est attendu et lĂ©gitimement saluĂ© (Ă©ditĂ© par Glossa : son dernier Rameau, un inĂ©dit Les FĂȘtes de Polymnie, a remportĂ© le CLIC de classiquenews 2015 pour l’annĂ©e Rameau, de loin le titre le plus convaincant avec celui de l’ensemble ZaĂŻs / Paul Goussot et BenoĂźt Babel, autre CLIC de classiquenews Ă©ditĂ© par PARATY)
 Mais ici, aprĂšs la furie intensive et sensuelle de rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsRameau, le chef et ses Ă©quipes (choeur Purcell et orchestre sur instruments anciens Orfeo) s’attaque Ă  un sommet de la ferveur chorale et lyrique du XVIIIĂš, les Grands Motets de Mondonville. Le compositeur est l’un des plus douĂ©s de sa gĂ©nĂ©ration, un dramaturge nĂ©, un virtuose du drame, maniant et cultivant la virtuositĂ© Ă  tous les niveaux : solistes, choeurs, orchestre. Son Ă©criture fulmine, tempĂȘte, s’exclame mais avec un raffinement sonore, une Ă©lĂ©gance instrumentale inouĂŻe propre aux annĂ©es 1730 et 1740. De fait ses Grands Motets d’abord destinĂ©s aux cĂ©lĂ©brations purement liturgiques Ă  Versailles, ont Ă©tĂ© ensuite repris Ă  Paris dans la salle du Concert Spirituel, piliers d’une programmation particuliĂšrement applaudie par les auditeurs du XVIIIĂš (virtuositĂ© ciselĂ©e du rĂ©cit Exultabunt pour basse et violoncelle solo, digne d’un JS Bach !). VOIR notre reportage vidĂ©o Györgyi Vashegyi ressuscite Les FĂȘtes de Polymnie Ă  Budapest (2014, avec Mathias Vidal et VĂ©ronique Gens, pour l’anniversaire Rameau / 250 Ăšme anniversaire).
Ici, György Vashegyi s’attaque Ă  4 d’entre eux, parmi les plus ambitieux, vrais dĂ©fis en expressivitĂ©, Ă©quilibrage, dynamique globale : les plus connus tels Nisi Dominus (1743), et De Profundis (1748), et les plus rares voire inĂ©dits : Magnus Dominus (1734, donc contemporain des Grands Motets de Rameau) et surtout Cantate Domino de 1742 (la rĂ©vĂ©lation du prĂ©sent double album). Le chef hongrois complĂšte astucieusement l’apport premier, fondateur de William Christie (qui dĂ©voilait les Dominus Regnavit, In Exitu Israel, De Profundis
 dĂšs 1996). 20 ans plus tard, György Vashegyi affirme une lecture habitĂ©e, personnelle particuliĂšrement convaincante qui touche par son Ă©tonnante cohĂ©rence et sa suavitĂ© comme son dramatisme millimĂ©trĂ©s.

 

 

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Evidemment d’emblĂ©e cette lecture n’a ni la classe ni le souffle Ă©lĂ©gantissime d’un William Christie, – artisan inĂ©galĂ© pour Rameau ou Mondonville dont il a ressuscitĂ© les Grands Motets il y a donc 20 ans dĂ©jĂ . Pourtant
 ce que rĂ©alise le chef hongrois György Vashegyi relĂšve du 
 miracle, tout simplement. C’est une passionnante relecture des Grand Motets Ă  laquelle il nous invite :  une interprĂ©tation qui convainc par sa sincĂ©ritĂ© et aussi sa franchise, Ă©vitant tout ce que l’on retrouve ordinairement chez les autres chefs trop verts ou trop ambitieux et souvent mal prĂ©parĂ©s : instabilitĂ©, maniĂ©risme, sĂ©cheresse, grandiloquence… A contrario de tout cela, l’ex assistant de Rilling ou de Gardiner possĂšde une Ă©loquence exceptionnelle des ensembles – orchestre, choeur, solistes ; une conscience des Ă©quilibres et des Ă©tagements entre les parties qui rĂ©vĂšle et confirme une Ă©tonnante pensĂ©e globale, une vision d’architecte. Le sentiment qui traverse chaque sĂ©quence, le choix des solistes dont surtout les hommes s’avĂšrent spĂ©cifiquement convaincant : le baryton Alain Buet (partenaire familier des grandes rĂ©surrection baroques Ă  Versailles) incarne une noblesse virile et une fragilitĂ© humaine, passionnante Ă  suivre ; le tĂ©nor (haute-contre) Mathias Vidal qui sait tant frĂ©mir, projeter, prendre des risques aussi tout en sculptant le verbe lyrique français, Ă©blouit littĂ©ralement dans l’articulation tendre des textes latins : chacune de ses interventions par leur engagement individualisĂ© et le souci de l’éloquence, est un modĂšle du genre ; l’immense artiste est au sommet actuellement de ses possibilitĂ©s : il serait temps enfin qu’on lui confie des rĂŽles dramatiques dans les productions lyriques digne de sa juste intuition.
Le chƓur Purcell dĂ©montre Ă  chaque production ou enregistrement initiĂ© par le chef, une science de la prĂ©cision collective, Ă  la fois autoritaire, des plus sĂ©duisantes
 sans pourtant ici atteindre au chatoiement choral des Arts Flo (inĂ©galĂ©s dans ce sens).
Souvenons nous de leur IsbĂ©, somptueux opĂ©ra du mĂȘme Mondonvile, ressuscitĂ© en mars dernier (2016), dĂ©couverte absolue et rĂ©jouissante et chef d’oeuvre lyrique qu’il a fallu Ă©couter jusqu’à Budapest pour en mesurer l’éclat, le raffinement, l’originalitĂ© (qui prĂ©figure comme chez Rameau, la comĂ©die musicale française Ă  venir
). L’opĂ©ra donnĂ© en version de concert a Ă©tĂ© l’une des grandes rĂ©vĂ©lations de ces derniĂšres annĂ©es.

Jean-Joseph_CassanĂ©a_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourDe toute Ă©vidence, la sensibilitĂ© du chef György Vashegyi dispose Ă  Budapest d’un collectif admirablement inspirĂ©, avec propre Ă  sa direction, une exigence quant Ă  la clartĂ©, Ă  une absolue sobriĂ©tĂ© qui fouille le dĂ©tail, au risque parfois de perdre le souffle et la tension
 sans omettre la caractĂ©risation, moins contrastĂ©e moins spectaculaire et profonde que chez William Christie qui faisait de chaque Ă©pisode une peinture d’histoire, un drame, une cosmogonie humaine d’une tenue irrĂ©sistible, d’une gravitĂ© saisissante.
Cependant la lecture de György Vashegyi dĂ©ploie de rĂ©elles affinitĂ©s avec la musique baroque française ; d’Helmut Rilling, il a acquis une prĂ©cision impressionnante dans l’architecture globale ; de Gardiner, un souci de l’expressivitĂ© juste. Les qualitĂ©s d’une telle vision savent ciseler le chant des instruments avec une grande justesse poĂ©tique : car ici la virtuositĂ© de l’orchestre est au moins Ă©gale Ă  celle des voix. ‹Les spectateurs et auditeurs Ă  la Chapelle royale de Versailles le savaient bien, tous venaient Ă  l’Ă©glise Ă©couter Mondonville comme on va Ă  l’opĂ©ra. Le drame et le souffle manquent parfois ici, – point faible qui creuse l’écart avec Les Arts Flo, en particulier dans les choeurs fuguĂ©s : Requiem aeternam du De Profundis de 1748, un peu faible – mais tension redoublĂ©e, davantage exaltĂ©e du Gloria Patri dans le Motet de 1734.
Cependant Ă  Budapest, l’esthĂ©tique toute en retenue, mettant surtout le français au devant de la scĂšne, se justifie pleinement, en cohĂ©rence comme en expressivitĂ©. Vashegyi sait construire un Ă©difice musical dont la ferveur, la cohĂ©sion sonore et le feu touchent ; comptant par l’engagement de ses solistes particuliĂšrement impliquĂ©s, soignant chacun leur articulation 
RĂ©serve : dommage que la haute-contre Jeffrey Thompson manque de justesse dans ses aigus souvent dĂ©timbrĂ©s et tirĂ©s : Ă  cause de ses dĂ©faillances manifestes, le chanteur est hors sujet et déçoit considĂ©rablement dĂšs son grand rĂ©cit avec choeur : Magnus Dominus, dĂ©but du Magnus Dominus de 1734 ; surtout dans son rĂ©cit avec choeur : Laudent nomen ejus ... en totale dĂ©route et faillite sur le plan de la justesse ; il aurait fallu reprendre en une autre session ce qui relĂšve de l’amateurisme. Erreur de casting qui revient Ă  la supervision artistique de l’enregistrement.

vashegy gyorgyi 7564019_7dd0b09a6e13299277c488951c57b2a1_wmORCHESTRE SUPERLATIF. Heureusement ce que rĂ©alise le chef Ă  l’orchestre saisit par sa prĂ©cision et lĂ  encore, son sens des Ă©quilibres (hautbois accompagnant le dessus dans la section qui suit). Confirmant un dĂ©faut principal dĂ©jĂ  constatĂ© dans ses prĂ©cĂ©dentes gravures, Chantal Santon n’articule pas – mĂȘme si ses vocalises sont aĂ©riennes et d’une fluiditĂ© toute miellĂ©e ; la Française ne partage pas cette diction piquante qui fait tout le sel de sa consƓur Daniela Skorva, ex laurĂ©ate du Jardin des voix de William Christie (sĂ»retĂ© idĂ©ale du Quia beneplacitum du Cantate Dominum). Le meilleur dramatique et expressif du choeur se dĂ©voile dans la rhĂ©torique maĂźtrisĂ©e du choeur spectaculaire « Ipsi videntes  » : acuitĂ© perçante du choeur et surtout agilitĂ© prĂ©cise de l’orchestre. L’un des apports de l’album tient au choix des Motets : ce Magnus Dominus de 1734, est le moins connu ; dans l’écriture, moins spectaculaire que les autres (malgrĂ© l’Ipsi videntes prĂ©cĂ©demment citĂ© et sa fureur chorale), ne dĂ©ployant pas ce souffle expressif d’une sĂ©quence Ă  l’autre.

DEFIS RELEVÉS. La plus grande rĂ©ussite s’impose dans les deux Motets du cd2 : Cantate Domino (1742) et Nisi Dominus (1743). Le geste s’impose Ă  l’orchestre : ample, suave, d’une articulation souveraine (dĂ©but du Nisi ; intĂ©rioritĂ© calibrĂ©e dans Cantate Domino et le solo de violoncelle de l’exaltabunt
). Vocalement, il est heureux que le chef ait dĂ©fendu l’option de solistes français car ici c’est la langue et sa dĂ©clamation naturelle qui articulent tout l’édifice musical. Le sens du verbe, l’intelligence rhĂ©torique et discursive, la mise en place se distinguent indiscutablement. Et jusque lĂ  instable, la haute-contre Jeffrey Thompson reprend le dessus avec un panache recouvrĂ© dans la tenue prosodique hallucinante de l’ultime Ă©pisode de Cantate Domino. Le Trio du mĂȘme motet s’impose comme une autre rĂ©vĂ©lation : 3 voix tĂ©moins qui touchent par leur humanitĂ© terrassĂ©e (Ad Alligandos Reges – expression de la force des Ă©lus de Dieu-, dont l’expressivitĂ© Ă  trois, sonne comme un temps dramatique suspendu d’un profondeur inĂ©dite).

VIDAL Mathias haute contre tenor francais portrait critique presentation classiquenews accueilARDENT, PERCUTANT MATHIAS VIDAL. Dans le Nisi Dominus, on ne saurait trop souligner la justesse stylistique des deux solistes dans ce sens, Alain Buet et Mathias Vidal, dont l’assise et l’expressivitĂ© mesurĂ©e alliĂ©es Ă  un exemplaire sens du verbe apportent un Ă©clairage superlatif sur le plan de l’incarnation : la couleur et le timbre font de chacun de leur rĂ©cit non pas une dĂ©claration/dĂ©clamation sophistiquĂ©e et pĂ©dante, mais un tĂ©moignage humain, fortement individualisĂ©, Ă©clat intĂ©rieur et drame intime que ne partagent absolument pas leur partenaires, surtout fĂ©minins (autant de caractĂšre distincts qui font d’ailleurs l’attrait particulier du duo dessus / basse-taille et choeur du « Vanum est vobis »). Le rĂ©cit pour haute-contre : « Cum delectis » affirme la maĂźtrise stupĂ©fiante de MATHIAS VIDAL dans la caractĂ©risation, l’éloquence, l’articulation, le style. Le chanteur diffuse des aigus tenus, timbrĂ©s, mordants d’une intensitĂ© admirable. Certes acide parfois (ce que nous apprĂ©cions justement par sa singularitĂ© propre), le timbre du Français projette le texte avec une franchise et une clartĂ© exemplaire (« merces fructus ventris » ), trouvant un Ă©quilibre idĂ©al entre drame et ferveur : Mathias Vidal mord dans chaque mot, en restitue la saveur gutturale, le jeu des consonnes avec une rare intelligence
 expression la plus juste d’un texte de certitude qui cĂ©lĂšbre la gĂ©nĂ©rositĂ© divine ; Ă  ses cĂŽtĂ©s, chef et orchestre offrent le meilleur dans cette vision lumineuse, prĂ©cise, d’une architecture limpide et puissante. Toute la modernitĂ© Ă©ruptive et spectaculaire de Mondonville Ă©clate littĂ©ralement dans le choeur « Sicut sagittae » dont le chef fait un duo passionnant entre chanteurs (droits, sĂ»rs, lĂ  aussi d’une prĂ©cision collective parfaite) et orchestre. Plus habitĂ© et sĂ»r sur le plan de la justesse, Jeffrey Thompson – qui a chantĂ© sous la direction de William Christie dans le motet In Convertendo (absent du prĂ©sent coffret), convainc davantage (moins exposĂ© dans les aigus) dans le Non confundetur final, qui n’est que verbe et travail linguistique, un prolongement du gĂ©nie du Rameau de PlatĂ©e. Chef, chanteurs, instrumentistes prennent tous les risques dans cette sĂ©quence oĂč ils se lĂącheraient presque, alliant souffle et majestĂ©, deux qualitĂ©s qui faisaient la rĂ©ussite des Arts Flo.

vasgehyi gyorgy maitre du baroque francais review presentation critique classiquenews 7564039_49590ebf43acd665399c35834a4ee143_wmCOMPLEMENT ESSENTIEL. VoilĂ  donc un coffret qui complĂšte notre connaissance des Grands Motets de Mondonville, rĂ©vĂ©lant la science dramatique et fervente de deux opus moins connus : Magnus Dominus de 1734 et Cantate Domino de 1742. Une lecture superlative malgrĂ© les petites rĂ©serves exprimĂ©es. De toute Ă©vidence, c’est le goĂ»t et la mesure du chef György Vashegyi qui s’imposent ici par son intelligence, sa probitĂ©, sa passion de la clartĂ© expressive. DĂ©sormais Ă  Budapest rĂšgne une comprĂ©hension exceptionnelle du Baroque Français : c’est le fruit d’un travail spĂ©cifique dĂ©fendu par un connaisseur passionnant. Superbe rĂ©alisation qui rend justice au gĂ©nie de Mondonville. N’hĂ©sitez plus, s’il vous manquait un argument ou un prĂ©texte pour un prochain sĂ©jour Ă  Budapest, profitez d’un concert du chef György Vashegyi au MUPA (salle de concerts nationale) pour visitez la citĂ© hongroise, nouveau foyer baroque Ă  suivre absolument. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

 

 

 

CLIC-de-classiquenews-les-meilleurs-cd-dvd-livres-spectacles-250-250CD, compte rendu critique. Mondonville : Grands Motets. György Vasgheyi. 2 cd Glossa GCD 923508 – DurĂ©e : 43:20 + 52:47 – Enregistrement Ă  Budapest (BĂ©la BartĂłk National Concert Hall, MÜPA), Hongrie, les 2-4 novembre 2015. TrĂšs bonne prise de son, claire, aĂ©rĂ©e, respectant l’équilibre soistes, choeurs, orchestre dĂ©fendu dans son geste et son esthĂ©tique par le chef hongrois, György Vashegy. Un prochain concert Ă  Versailles est annoncĂ© au second semestre 2016, prochain Ă©vĂ©nement au concert prĂ©sentĂ© par ChĂąteau de Versailles spectacles. A suivre prochainement sur classiquenews.com

 

 

 

JEAN-JOSEPH DE MONDONVILLE : Grands Motets

CD I
De profundis (1748)
01 ChƓur: De profundis clamavi
02 RĂ©cit de basse-taille: Fiant aures
03 RĂ©cit de haute-contre: Quia apud te propitiatio
04 ChƓur: A custodia matutina
05 RĂ©cit de dessus: Quia apud Dominum
06 RĂ©cit de dessus et chƓur: Et ipse redimet IsraĂ«l
07 ChƓur: Requiem éternam

Magnus Dominus (1734)
08 RĂ©cit de haute-contre et chƓur: Magnus Dominus
09 RĂ©cit de dessus: Deus in domibus ejus cognoscetur
10 ChƓur: Ipsi videntes sic admirati sunt
11 RĂ©cit de dessus: Secundum nomen tuum
12 RĂ©cit de dessus et chƓur: LĂŠtetur mons Sion
13 Duo de dessus: Quoniam hic est Deus
14 ChƓur: Gloria Patri

CD II
Nisi Dominus (1743)
01 RĂ©cit de basse-taille: Nisi Dominus
02 Duo de dessus et basse-taille et chƓur: Vanum est vobis
03 RĂ©cit de haute-contre: Cum dederit dilectis
04 ChƓur: Sicut sagitté
05 Duo de basses-tailles: Beatus vir
06 Air de basse-taille et chƓur: Non confundetur

Cantate Domino (1742)
07 ChƓur: Cantate Domino
08 Duo de dessus: LÊtetur Israël
09 RĂ©cit de haute-contre: Adorate et invocate
10 RĂ©cit de haute-contre et chƓur: Laudent nomen ejus
11 RĂ©cit de dessus: Quia beneplacitum
12 RĂ©cit de basse-taille: Exultabunt sancti in gloria
13 ChƓur: Exaltationes Dei
14 Trio de dessus, haute-contre et basse-taille: Ad alligandos Reges
15 ChƓur: Gloria Patri
16 Duo de haute-contre et basse-taille et chƓur: Sicut erat in principio

—

Chantal Santon-Jeffery, dessus
Daniela Skorka, dessus
Mathias Vidal, haute-contre
Jeffrey Thompson, haute-contre
Alain Buet, basse-taille
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction musicale

 

 

 

 

 

Approfondir
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La Finta Giardiniera (Belfiore) Ă  l’OpĂ©ra de Rennes
30 mai – 7 juin 2016

Les Indes Galantes de Rameau (Don Carlos, Damon)
Ivor Bolton, direction
OpĂ©ra d’état de BaviĂšre, Munich
les 24, 26, 27, 29 et 30 juillet 2016

Le Carnaval de Venise, Campra.
Prague, le 4 août

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Cantates pour le Prix de Rome de Max d’Ollone (2013)

Atys de Piccinni : répétitions

Atys de Piccinni : représentations (2012) -reportage vidéo © studio CLASSIQUENEWS 2012

LIRE aussi Isbé de Mondonville ressuscite grùce au tempérament du chef György Vashegyi à Budapest (mars 2016)

Compte rendu critique, opĂ©ra. Budapest, MUPA, le 6 mars 2016. Mondonville : IsbĂ©, 1742. RecrĂ©ation (version de concert). Katherine Watson, Thomas DoliĂ©… György Vashegyi, direction.

koncert-20150115-13633-vashegyi-gyorgy-es-az-orfeo-zenekar-btf-original-61372Depuis presque 30 ans dĂ©jĂ , le chef hongrois György Vashegyi dĂ©fend l’interprĂ©tation baroque historiquement informĂ©e depuis Budapest ; une activitĂ© mĂ©connue ici en France et pourtant d’une acuitĂ© fĂ©conde qui compte dĂ©jĂ  de nombreuses rĂ©alisations plutĂŽt convaincantes. L’an dernier pour les cĂ©lĂ©brations Rameau, si le chef et ses troupes ne sont pas venus jusqu’Ă  Versailles, ils ont cependant ressuscitĂ© la pastorale hĂ©roĂŻque, Les FĂȘtes de Polymnie du Dijonais, grĂące Ă  un disque dĂ©sormais capitale, couronnĂ© par le CLIC de CLASSIQUENEWS (parution de fĂ©vrier 2015). On y soulignait ce sens de la clartĂ© et de l’Ă©loquence articulĂ©e, un bel Ă©quilibre gĂ©nĂ©ral (chƓur, orchestre et solistes) ; l’efficacitĂ© d’une direction soucieuse d’unitĂ© comme de cohĂ©rence. S’y dĂ©ploie le fonctionnement d’une “machine” collective, bien rodĂ©e dĂ©sormais : orchestre sur instruments d’Ă©poque (Orfeo Zenekar) et choeur formĂ© Ă  l’articulation baroque (Purcell Korus), deux effectifs complĂ©mentaires crĂ©Ă©s par le chef dĂšs ses premiers pas au concert au dĂ©but des annĂ©es 1990.

L’ex assistant de Gardiner, – celui qui fut confirmĂ© dans sa passion de Jean-SĂ©bastien Bach (il en connaĂźt chaque cantate) grĂące Ă  l’illustre Helmut Rilling (son autre mentor), prĂ©sente au MUPA, vaste concert hall de la capitale hongroise, une sĂ©rie de concerts, dans le cadre d’un festival de musique ancienne et baroque, dont mars 2016 marque la 2Ăš Ă©dition.
La France est Ă  l’honneur cette annĂ©e au MUPA (le nom du site culturel dont la gestion relĂšve de l’Etat hongrois, et qui compte en plus des cycles de musique ancienne et baroque, un musĂ©e d’art contemporain, et le lieu de rĂ©sidence du Ballet national et du Philharmonique hongrois) ; car aprĂšs l’Ă©tonnante rĂ©surrection lyrique Ă  laquelle nous venons d’assister, se tiendra en septembre 2016, un nouveau festival dĂ©diĂ© cette fois plus gĂ©nĂ©reusement Ă  la France.

 

Jean-Joseph_CassanĂ©a_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourISBE DE MONDONVILLE, PASSIONNANTE REDECOUVERTE. Pour l’heure en cette soirĂ©e du 6 mars dernier, c’est un chef d’oeuvre oubliĂ© du languedocien Jean-Joseph CassanĂ©a de Mondonville (1711-1772 : soit presque l’exact contemporain du napolitain Jommelli) qui s’offre Ă  l’Ă©coute, premiĂšre mondiale ou plus justement recrĂ©ation sur instruments d’Ă©poque. Violoniste virtuose, auteur adulĂ© pour ses Grands Motets (qui ont fait la fortune du Concert Spirituel, et aussi e sujet d’une prĂ©cĂ©dente rĂ©surrection orchestrĂ©e par William Christie), Mondonville affirme un superbe tempĂ©rament dramatique, d’une indiscutable originalitĂ©, alliant puissance thĂ©Ăątrale, vitalitĂ© rythmique, grande sĂ©duction mĂ©lodique; surtout vision architecturale que son contemporain, incontournable rival, Rameau, ne possĂšde pas avec autant de maĂźtrise (on imagine dĂ©jĂ  la rĂ©sistance outrĂ©e des puristes ramistes confrontĂ©e Ă  ce nouveau jugement). De fait, le concert de Budapest confirme ce que les opĂ©ras dĂ©jĂ  connus du compositeur (Titon et l’aurore de 1753, ou Les FĂȘtes de Paphos de 1758…) ont indiquĂ© Ă  leur Ă©poque : Mondonville est un gĂ©nie du drame lyrique dont on apprĂ©cie ainsi de mesurer Ă  sa juste valeur la cohĂ©rence et l’indiscutable originalitĂ© de l’Ă©criture.

A Budapest, le chef hongrois György Vashegyi ressuscite avec cohérence

Mondonville, génie lyrique enfin révélé

 

RSBA-ThomasDolie5(C)AlixLaveau_displayADAMAS, VRAI PROTAGONISTE DE LA PARTITION DE 1742. PĂ©pite surgissant d’un plateau aux profils convenus, c’est Ă  dire vrai personnage ayant de l’Ă©paisseur psychologique, le traitement d’Adamas (baryton) annonce tous les politiques porteurs de clĂ©mence et de pardon fraternel, tels que l’opĂ©ra de la fin du XVIIIĂš saura bientĂŽt les imposer Ă  la scĂšne, selon l’idĂ©al des LumiĂšres. Bien qu’il aime IsbĂ©, le grand prĂȘtre sait maĂźtriser ses passions et point culminant de la partition, accepte de laisser la belle dans les bras d’un autre (Coridon : articulĂ© mais un peu lisse Reinoud von Mechelen : on aurait mieux suivi ici le chant plus engagĂ© d’un Mathias Vidal, autrement plus nerveux et mordant, en particulier dans la scĂšne du sacrifice oĂč les deux jeunes Ăąmes rĂ©vĂ©lĂ©es Ă  l’amour s’offrent Ă  la mort pour Ă©pargner l’autre). Si tous les personnages restent dans le mĂȘme registre expressif, Adamas se montre Ă  diffĂ©rents angles, d’une force et d’une intensitĂ© rare, aux rĂ©citatifs en majoritĂ©s accompagnĂ©s d’une exceptionnelle beautĂ© ; c’est de toute Ă©vidence lui dont l’opĂ©ra aurait du porter le nom. La tempĂȘte aux cordes, d’une inspiration et d’une fougue toute vivaldienne, s’identifie alors aux tourments intĂ©rieurs de l’amoureux impuissant : on a rarement vĂ©cu une telle assimilation d’un personnage aux forces vives de l’orchestre. Certes les plus pinailleurs regretteront une orchestration infiniment moins raffinĂ©e que Rameau (quoique), mais le souffle de l’architecture, les choix poĂ©tiques privilĂ©giant nettement le chant de l’orchestre et ses aptitudes atmosphĂ©riques affirment le saisissant gĂ©nie d’un Mondonville, d’une vraie carrure dramaturgique, gĂ©nial dans sa caractĂ©risation psychologique, Ă  redĂ©couvrir d’urgence; la couleur mĂąle, l’intĂ©rioritĂ© subtile avec lesquelles le baryton Thomas DoliĂ© (photo ci dessus) saisit son personnage, demeurent Ă©poustouflantes : un chant semĂ© de naturel et d’impact Ă©motionnel qui savent rĂ©vĂ©ler et dĂ©ployer la profondeur comme la finesse du rĂŽle. Mais, dĂ©jĂ  dans Les FĂȘtes de Polymnie (SĂ©leucus), nous avions relevĂ© la finesse de son approche, alliant Ă  la diffĂ©rence de ses partenaires, intelligibilitĂ©, relief linguistique, exceptionnelle implication dramatique, le tout, – profil du personnage oblige-, avec une noblesse de style et une intensitĂ© qui se sont rĂ©vĂ©lĂ©es captivantes. Le protagoniste de cette rĂ©surrection admirable, c’est lui.

A ses cĂŽtĂ©s, dolente, languissante, possĂ©dĂ©e par un dĂ©sir qui lui fait peur, l’IsbĂ© de Katherine Watson (presque tous ses airs ouvrent chacun des actes) a l’Ă©lĂ©gance d’une fĂ©minitĂ© angĂ©lique, plus lumineuse qu’ardente, dont la douceur – tragique et intense du timbre s’impose naturellement. A contrario, en coquette dĂ©lurĂ©e / dĂ©jantĂ©e, la soprano Chantal Santon se distingue tout autant en une incarnation de l’amour plus dĂ©sinvolte et insouciante. Mais on avoue ĂȘtre plus Ă©mus voire troublĂ©s par l’excellente diction de l’Ă©cossaise Rachel Redmond qui dans cette arĂ©opage de cƓurs Ă©prouvĂ©s solitaires, sait enfin exprimer l’Ă©clat rayonnant d’un amour partagĂ© qui ne se cache pas : comme Thomas DoliĂ©, Rachel Redmond touche sans limite par son exquise tendresse articulĂ©e, un timbre qui sait trouver d’ineffable rondeur dans les aigus les plus perchĂ©s. De mĂȘme la mezzo Blandine Folio-Peres, engagĂ©e percutante, fait une sorciĂšre magicienne (CĂ©phise) qui impose piquant et personnalitĂ©. ImpliquĂ©e par l’enjeu dramatique de chaque situation, l’excellent Alain Buet confirme toujours ses affinitĂ©s avec le thĂ©Ăątre baroque français : il est en Iphis un caractĂšre toujours naturellement expressif, et bonus dĂ©lectable, intelligible.

Le formidable choeur Purcell (Purcell KĂłrus) traduit la passion de son chef fondateur pour l’articulation d’un français fin, racĂ©, d’une ambition intelligible, souvent trĂšs juste.

L’orchestre de son cĂŽtĂ© (Orfeo Zenekar) en particulier les violons trĂšs exposĂ©s (Mondonville n’est pas violoniste surdouĂ© pour rien) affirme un tempĂ©rament taillĂ© pour le thĂ©Ăątre : pas d’altos mais un chƓur renforcĂ© de cordes aiguĂ«s dont l’unisson et la motricitĂ© font mouche dans toutes les vagues impĂ©tueuses d’une partition des plus vertigineuses. La tenue des bois et des vents (flĂ»tes omniprĂ©sentes) en revanche laisse clairement Ă  dĂ©sirer; la conception du drame lyrique, l’enchaĂźnement des sĂ©quences, l’agencement des scĂšnes chorales, des intermĂšdes orchestraux, l’intelligence d’une Ă©criture flamboyante mais pas creuse emporte les 3 derniers actes. Jusqu’au final amoureux, duo des deux amants enfin confessĂ©s (Coridon / IsbĂ©) qui mĂȘlĂ©s au choeur et Ă  tout l’orchestre, rejoint la fiĂšvre incandescente des Grands Motets. On peut certes regretter une direction parfois trop lisse et sage, mais le souci de l’Ă©loquence demeure l’argument le plus convaincant de cette recrĂ©ation.

 

 

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MĂȘme en version de concert (mais au juste, qu’aurait apportĂ© de plus – Ă  part la restitution visuelle des ballets et des divertissements, une production scĂ©nique?), l’ouvrage de Mondonville captive de bout en bout. IsbĂ© crĂ©Ă© en 1742 est contemporaine de la reprise d’Hippolyte et Aricie de Rameau (crĂ©Ă© en 1733), avec la restitution du fameux Trio des Parques aux impossibles vertiges harmoniques. Mondonville curieux et scrupuleux de ce que faisaient ses contemporains, met en scĂšne lui aussi un trio de voix masculines. InĂ©vitablement comparĂ© Ă  Rameau, Mondonville se distingue pourtant sans difficultĂ©s : son Ă©criture apporte un autre type d’Ă©clat, un autre point d’accomplissement d’une exceptionnelle cohĂ©rence. C’est cette unitĂ© de la vision globale qui fusionne mieux qu’ailleurs (Ballets, divertissements, intermĂšdes…) la continuitĂ© du drame, qui surprend et convainc totalement. En cela, Mondonville annonce Gluck, par son souci du drame, avant l’essor des tableaux pris sĂ©parĂ©ment.
Artistiquement cette recrĂ©ation fait mouche et montre encore l’ampleur des redĂ©couvertes possibles s’agissant du XVIIIĂš Français. C’est Ă©videmment un Ă©vĂ©nement baroque dans l’agenda 2016 et l’on attend avec impatience le disque qui prolongera cette formidable redĂ©couverte.

 

 

RecrĂ©ation d’IsbĂ© de Mondonville (1742) au MUPA, Palais des Arts de Budapest, le 6 mars 2016.

Katherine Watson : Isbé
Reinoud Van Mechelen : Coridon
Thomas Dolié : Adamas
Chantal Santon-Jeffery : Charite
Alain Buet : Iphis, hamadryade 3
Blandine Folio-Peres : CĂ©phise
Rachel Redmond : Amour, Egy, ClymĂšne
Artavazd Sargsyan : Tircis, Hamadryade 1
KomĂĄromi MĂĄrton : Hamadryade 2

Orfeo Zenekar
Purcell KĂłrus
Vashegyi György, direction

Compte rendu, opéra. Budapest, MUPA, le 6 mars 2016. Mondonville : Isbé. György Vashegy, direction. Coproduction Orfeo, CMBV.

VISITER le site du MUPA Budapest, Palais des Arts de Budapest

VIDEO : voir notre reportage exclusif Les FĂȘtes de Polymnie de Rameau, extraits musicaux de la production dirigĂ©e en Hongrie par György Vashegyi

Isbé de Mondonville ressuscite à Budapest

Jean-Joseph_CassanĂ©a_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourBUDAPEST, 6 mars 2016. IsbĂ© de Mondonville (1742, recrĂ©ation). Nouveau volet majeur des recrĂ©ations baroque françaises sous la direction du chef hongrois, György Vashegyi Ă  Budapest. Initiateur de la redĂ©couverte de Rameau Ă  Budapest, le chef Vashegyi, ex assistant de John Eliot Gardiner, ressuscite le 6 mars prochain l’opĂ©ra oubliĂ© du grand rival de Rameau sous le rĂšgne de Louis XV, IsbĂ© du provençal Joseph CassĂ©na de Mondonville, nĂ© languedocien (1711-1772) dont le caractĂšre flamboyant et raffinĂ© illustre aussi l’Ăąge d’or de la musique française des LumiĂšres.  En tĂ©moigne son opĂ©ra IsbĂ©, jouĂ©e en version de concert, et chantĂ© Ă  Budapest par un plateau de chanteurs français dont les deux voix Ă  suivre particuliĂšrement, celles de la soprano britannique Katherine Watson (IsbĂ©) et l’excellent baryton Thomas DoliĂ© (Adamas). CrĂ©Ă© en 1742, IsbĂ© est le premier ouvrage lyrique d’un Mondonville trentenaire, dramatiquement Ă©loquent et instrumentalement gĂ©nĂ©reux dont le gĂ©nie de la caractĂ©risation, la grande sĂ©duction orchestrale comme le sens des mĂ©lodies vocales devraient convaincre Ă  Budapest. LIRE notre prĂ©sentation complĂšte d’IsbĂ© de Mondonville

 

 

vashegyi Gyorgy VashegyiEVASION. Un week end à Budapest avec Isbé de Mondonville. Mondonville, Isbé à Budapest, recréation (version de concert)
Budapest, Palais des Arts / Palace of Arts
BĂ©la Bartok National Concert Hall
Dimanche 6 mars 2016, 18h-22h

La recrĂ©ation d’IsbĂ© de Mondonville profite de quelques chanteurs vraiment convaincants dont Ă©videmment dans le rĂŽle titre Katherine Watson (si la soprano articule son français) et le trĂšs naturel et souple baryton français Thomas DoliĂ© (dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© Ă  Budapest dans Les FĂȘtes de Polymnie de Rameau en 2015)…

Katherine Watson, Isbé,
Chantal Santon-Jeffery, Charite, la Volupté
Blandine Folio-Peres, Céphise, la Mode
Rachel Redmond, L’Amour, une Bergùre, Climùne, une Nymphe
Reinoud Van Mechelen, Coridon
Thomas Dolié, Adamas
Alain Buet, Iphis,  Hamadryade 3
Artavazd Sargsyan, Tircis, Hamadryade 1, un dieu des bois
Mårton Komåromi, Hamadryade 2
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction musicale

 

 

VOIR aussi notre reportage vidéo JOUER MONDOVILLE A RIO par Bruno Procopio (septembre 2015)

William Christie dirige Mondonville

William Christie joue les Grands Motets de Mondonville (Versailles, octobre 2014)

 

 

BUDAPEST : György Vashegyi ressuscite Isbé de Mondonville (1742)

Jean-Joseph_CassanĂ©a_de_Mondonville_(original_replica)_by_Maurice_Quentin_de_La_TourBUDAPEST, 6 mars 2016. IsbĂ© de Mondonville (1742, recrĂ©ation). Nouveau volet majeur des recrĂ©ations baroque françaises sous la direction du chef hongrois, György Vashegyi Ă  Budapest. Initiateur de la redĂ©couverte de Rameau Ă  Budapest, le chef Vashegyi, ex assistant de John Eliot Gardiner, ressuscite le 6 mars prochain l’opĂ©ra oubliĂ© du grand rival de Rameau sous le rĂšgne de Louis XV, IsbĂ© du provençal Joseph CassĂ©na de Mondonville, nĂ© languedocien (1711-1772) dont le caractĂšre flamboyant et raffinĂ© illustre aussi l’Ăąge d’or de la musique française des LumiĂšres.  En tĂ©moigne son opĂ©ra IsbĂ©, jouĂ©e en version de concert, et chantĂ© Ă  Budapest par un plateau de chanteurs français dont les deux voix Ă  suivre particuliĂšrement, celles de la soprano britannique Katherine Watson (IsbĂ©) et l’excellent baryton Thomas DoliĂ© (Adamas). CrĂ©Ă© en 1742, IsbĂ© est le premier ouvrage lyrique d’un Mondonville trentenaire, dramatiquement Ă©loquent et instrumentalement gĂ©nĂ©reux dont le gĂ©nie de la caractĂ©risation, la grande sĂ©duction orchestrale comme le sens des mĂ©lodies vocales devraient convaincre Ă  Budapest. IsbĂ© est une partition contemporaine de l’ascension du compositeur, personnalitĂ© devenue incontournable du Versailles de Louis XV (comme Colin de Blamont ou Destouches, il compose aussi plusieurs ouvrages pour les Concerts de la Reine, ainsi IsbĂ© est jouĂ© devant la Reine dans ses petits appartement versaillais en juin 1742, aprĂšs les reprĂ©sentations Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique) : nommĂ© violoniste de la Chapelle et de la chambre, puis Intendant en 1744. IsbĂ© prĂ©cĂšde ses grands succĂšs lyrique tels que Le Carnaval du Parnasse (en rĂ©alitĂ© ballet hĂ©roĂŻque, 1749) et Titon et l’Aurore (1753).
On connaĂźt ses Grands Motets, rĂ©vĂ©lĂ©s par William Christie, Ă  la fois puissant et d’une bouleversante Ă©nergie funĂšbre, qui font surgir Ă  l’Ă©glise, la force expressive de l’opĂ©ra. Mondonville possĂšde le sens du drame, le sens de la grandeur et tout autant, la profondeur comme l’Ă©quilibre. MaĂźtre de chƓur de la Chapelle royale de Versailles, excellent violoniste (un portrait fameux de Maurice Quentin Latour datĂ© de 1747, fixe ses traits souriants avec l’instrument), Mondonville fournit aussi la plupart de la musique pour les concerts trĂšs prisĂ©s du Concert Spirituel. C’est une immense personnalitĂ© du monde musical de la France des LumiĂšres qui est ainsi rĂ©estimĂ©e grĂące au chef hongrois qui de rĂ©alisation en programme, ne cesse d’affirmer ses affinitĂ©s avec l’art baroque français.

 

 

 

 

vashegyi Gyorgy VashegyiEVASION. Un week end à Budapest avec Isbé de Mondonville. Mondonville, Isbé à Budapest, recréation (version de concert)
Budapest, Palais des Arts / Palace of Arts
BĂ©la Bartok National Concert Hall
Dimanche 6 mars 2016, 18h-22h

La recrĂ©ation d’IsbĂ© de Mondonville profite de quelques chanteurs vraiment convaincants dont Ă©videmment dans le rĂŽle titre Katherine Watson (si la soprano articule son français) et le trĂšs naturel et souple baryton français Thomas DoliĂ© (dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© Ă  Budapest dans Les FĂȘtes de Polymnie de Rameau en 2015)…

Katherine Watson, Isbé,
Chantal Santon-Jeffery, Charite, la Volupté
Blandine Folio-Peres, Céphise, la Mode
Rachel Redmond, L’Amour, une Bergùre, Climùne, une Nymphe
Reinoud Van Mechelen, Coridon
Thomas Dolié, Adamas
Alain Buet, Iphis,  Hamadryade 3
Artavazd Sargsyan, Tircis, Hamadryade 1, un dieu des bois
Mårton Komåromi, Hamadryade 2
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction musicale

 

 

VOIR aussi notre reportage vidéo JOUER MONDOVILLE A RIO par Bruno Procopio (septembre 2015)

William Christie dirige Mondonville

William Christie joue les Grands Motets de Mondonville (Versailles, octobre 2014)

 

 

Reportage vidĂ©o. RIO de JANEIRO (BrĂ©sil): Bruno Procopio jouer Mondonville avec l’orchestre baroque de l’UniversitĂ© (UNIRIO)

procopio-mondonville-rio-septembre-2015Reportage vidĂ©o. RIO de JANEIRO (BrĂ©sil): Comment jouer Mondonville Ă  RIO ?LES FRANCAIS BAROQUES A RIO… PĂ©dagogue et passeur hors-pair, entre deux mondes, le chef et claveciniste Bruno Procopio joue Mondonville avec l’orchestre baroque de l’UniversitĂ© (UNIRIO). Reportage vidĂ©o. En septembre 2015, le chef et claveciniste Bruno Procopio pilote la rencontre pĂ©dagogique entre le CMBV et les instrumentistes de l’Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio de Janeiro. Jouer Mondonville et Leclair Ă  Rio… les musiciens baroques français au BrĂ©sil. Une expĂ©rience transculturelle et pĂ©dagogique exceptionnelle. Reportage vidĂ©o © CLASSIQUENEWS.COM 2016. RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham. Avec le soutien du Bureau Export

Brésil. Bruno Procopio dirige Rameau et Clérambault à Rio

procopio_bruno_chemise_bleueRio, salle C. Mereiles, les 19 et 22 septembre 2015. Mondonville et Rameau. Ambassadeur de choc, le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio retrouve son pays natal pour deux concerts de musique baroque française. Un programme qu’il a coutume de dĂ©fendre sous les tropiques, – le maestro impĂ©tueux et articulĂ© a dĂ©jĂ  enregistrĂ© un superbe disque d’extraits d’opĂ©ras de Rameau, ouvertures et ballets de Rameau avec le Symphonique Simon Bolivar du Venezuela Ă  Caracas (1 cd Paraty : vrai dĂ©fi d’un Ă©clat Ă©tincelant sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas “). Rio 2015 voit le prolongement d’un travail spĂ©cifique sur le Baroque français en AmĂ©rique Latine. Une vision artistique entre les deux Mondes, de chaque cĂŽtĂ© de l’Atlantique qui s’Ă©tait dĂ©jĂ  illustrĂ©e par un jalon prĂ©cĂ©dent en mars dernier, et dans le mĂȘme lieu avec la crĂ©ation carioca de l’opĂ©ra français nĂ©oclassique Renaud de Sacchini (1782), emblĂšme du goĂ»t lyrique parisien favorisĂ© par Marie-Antoinette (VOIR le reportage Renaud de Sacchini recrĂ©Ă© Ă  Rio par Bruno Procopio, mars 2015). Le 19 septembre (20h), concert de musique de chambre oĂč la virtuositĂ© concertante de Mondonville et le gĂ©nie recrĂ©ateur de Rameau dialoguent. Sons harmoniques du premier (1738, oĂč Mondonville s’inspire et prolonge l’exemple de Leclair), puis cinq Concerts des PiĂšces pour clavecin en concert (1741).  AprĂšs les PiĂšces de clavecin en sonates (avec violon) de Mondonville, Rameau surpasse tout ce qui fut Ă©crit avant lui, inventant pour chaque piĂšce, un titre aux rĂ©fĂ©rences biographiques (pour certaines secrĂštes aux allusions Ă  dĂ©mĂȘler par les spĂ©cialistes), qui rĂ©capitule en leur rendant hommage, tous les soutiens, patrons protecteurs, mĂ©cĂšnes qui l’ont accompagnĂ© et soutenu pendant ses premiĂšres annĂ©es parisiennes. Le cycle est l’un des favoris dĂ©fendus depuis ses annĂ©es d’apprentissage Ă  Paris par Bruno Procopio qui assure la partie de clavecin.

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Le 22 septembre, 20h, concert orchestral comprenant surtout ClĂ©rambault et Mondonville et quelques autres pour lequel Bruno Procopio quitte le clavecin pour la baguette, afin de diriger l’Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU).  Au programme deux piĂšces aussi rares qu’exceptionnelles : PiĂšces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) de Mondonville et surtout La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques, Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716) de ClĂ©rambault. EditĂ©e sĂ©parĂ©ment en 1716, sur un poĂšme d’Auguste Paradis de Moncrif, la cantate avec des moyens ambitieux (proches du divertissement) fait paraĂźtre la muse de l’OpĂ©ra, qui dĂ©crit les ficelles et artifices du thĂ©Ăątre pour exprimer les « caractĂšres lyriques » : la variĂ©tĂ© des airs et des formes dĂ©voile l’intelligence dramatique de ClĂ©rambault : air de triomphe avec trompette, scĂšne pastorale avec musette, Ă©vocation de chasses au son des cors, tempĂȘte, sommeil, ramage d’oiseau, scĂšne infernale
 c’est un catalogue intelligemment combinĂ© soit tous les motifs de l’opĂ©ra français, ici traitĂ©s par un compositeur qui souhaite en dĂ©montrer et aussi cultiver sa profondeur, entre virtuositĂ© italianisante et noblesse de la dĂ©clamation française.

 

OBU orchestre baroque de l'université de Rio Orquesra barroca da Unirio

 

 

Rameau, ClĂ©rambault, Mondonville Ă  Rio. GrĂące au CMBV, Centre de musique baroque de Versailles, le Baroque français s’exporte. Le concert est l’aboutissement d’un cycle de masterclasses et de rĂ©pĂ©titions avec les jeunes instrumentistes brĂ©siliens, sensibilisĂ©s au style baroque français et formĂ©s Ă  la pratique sur instruments d’époque. Un dĂ©fi qui fusionne transmission et pĂ©dagogie auprĂšs des jeunes instrumentistes encore nĂ©ophytes dans l’interprĂ©tation de la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle, et aussi expĂ©rience professionnelle grĂące Ă  ce concert public. Le projet fait partie des nombreux chantiers initiĂ©s par le Centre de musique baroque de Versailles, dĂ©sormais ouvert Ă  l’international, soucieux depuis quelques annĂ©es de faire rayonner la connaissance et l’interprĂ©tation de la musique baroque française dans le monde. Partitions, Ă©quipe pĂ©dagogique sont les nouveaux moyens de l’institution versaillaise pour rĂ©aliser de nouveaux types de concerts, permettant aux jeunes professionnels de se perfectionner toujours et encore en se frottant  à l’accomplissement du concert publique. Il s’agit de deux premiĂšres mondiales Ă  Rio. L’Ă©tĂ© 2015 a rĂ©alisĂ© un autre projet du CMBV Ă  Innsbruck en aoĂ»t : le festival de musique ancienne et baroque mondialement reconnu accueillait pour la premiĂšre fois de son histoire, son premier opĂ©ra français, Armide de Lully (1686) dans une nouvelle production, mise en scĂšne par Cristina Colonna sous la direction de Patrick Cohen-AkĂ©nine et avec le concours de jeunes instrumentistes et chanteurs accompagnĂ©s par le CMBV, dont pour certains, les  laurĂ©ats du Concours Cesti 2014. Reportage vidĂ©o : Armide de Lully Ă  Innsbruck (aoĂ»t 2015)

 

 

 Bruno Procopio et le CMBV : Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio

Concert du 19 septembre 2015, 20h
Durée : 1h25 sans entracte

 

Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Les Sons harmoniques, Sonates Ă  violon seul avec la basse continue (1738)

Sonate opus 4 n°1 en si mineur : Grave – Allegro – Aria. Amoroso – Allegro

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
PiĂšces de clavecin en concert (1741)

PREMIER CONCERT :
La Coulicam. Rondement – La Livry. Rondeau gracieux – Le VĂ©zinet. Gaiement, sans vitesse

DEUXIÈME CONCERT :
La Laborde. Rondement – La Boucon. Air, gracieux – L’Agaçante. Rondement – 1er et 2e Menuet

TROISIÈME CONCERT :
La Lapopliniùre. Rondement – La Timide. 1er et 2e Rondeau gracieux – 1er et 2e Tambourin

QUATRIÈME CONCERT :
La Pantomime. Loure vive – L’Indiscrùte. Vivement – La Rameau. Rondement

CINQUIÈME CONCERT :
La Forqueray. Fugue – La Cupis. Rondement – La Marais. Rondement

 

Concert du 22 septembre 2015, 20h
Durée : 1h20 sans entracte

 

Eugénie Lefebvre, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU)
Laura Ronai, direction artistique

 

Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691)
Prélude en sol majeur, pour clavecin

Jean-Baptiste Antoine Forqueray (1699-1782)
La Leclair, pour clavecin

Antoine Forqueray (1672-1745)
Premier Livre de Piùces de viole avec la basse continue (1747) – extraits
La Couperin – La Buisson

Claude Balbastre (1727-1799)
La Lugeac, pour clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Piùces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) – extraits

Amoroso « Paratum cor meum  » – Allegro « In Domino laudabitur  »

Paratum cor meum, Deus,
Paratum cor meum,
Cantabo et psalmum dicam

(Psaume 56 verset 10)

Mon cƓur est prĂ©parĂ©, ĂŽ mon Dieu ;
Mon cƓur est tout prĂ©paré :
Je chanterai, et je ferai retentir vos louanges sur les instruments.

In Domino laudabitur anima mea :
Audiant mansueti et laetentur.
(Psaume 33 verset 7)

Mon Ăąme ne mettra sa gloire que dans le Seigneur.
Que ceux qui sont doux et humbles Ă©coutent ceci, et qu’ils se rĂ©jouissent.

Jean-Marie Leclair (1697-1764)
Concerto pour violon opus 10 n°6 en sol mineur (ca 1743)

Allegro ma poco – Andante – Allegro

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)
La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques. Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716)

PrĂ©lude – RĂ©citatif – Air gai – TempĂȘte – RĂ©citatif – Air – Sommeil – PrĂ©lude infernal – RĂ©citatif – Air

LA MUSE DE L’OPÉRA ou LES CARACTÈRES LYRIQUES. Cantate à voix seule et symphonie

RĂ©citatif (fort gravement)

Mortels, pour contenter vos désirs curieux
Cessez de parcourir tous les climats du monde,
Par le puissant effort de l’art qui nous seconde,
Ici tout l’Univers se dĂ©couvre Ă  vos yeux.

Air gai
Au son des trompettes bruyantes
Mars vient embellir ce séjour ;
Diane avec toute sa cour
Vous offre des fĂȘtes galantes ;
Et mille chansons Ă©clatantes
RĂ©veillent l’écho d’alentour.
Des bergers la troupe légÚre
Vient folùtrer sur ces gazons ;
À leurs danses, à leurs chansons,
On voit que le Dieu de CythĂšre
Leur a donné de ses leçons.

TempĂȘte (fort et marquĂ©)

Mais quel bruit interrompt ces doux amusements ?
Le soleil s’obscurcit, la mer s’enfle et s’irrite ;
Dieux ! quels terribles flots ! et quels mugissements !
La terre tremble, l’air s’agite,
Tous les vents déchainés, mille effrayants
Éclairs, semblent confondre l’Univers.
Quels sifflements affreux ! Quel horrible tonnerre !
Le ciel est-il jaloux du repos de la terre ?

RĂ©citatif
Non, les Dieux attendris par nos cris Ă©clatants,
Ramùnent les beaux jours de l’aimable printemps.

Air
Oiseaux, qui sous ces feuillages
Formez des accents si doux,
L’Amour quand il vous engage
Vous traite bien mieux que nous ;
Il n’est jamais parmi vous
Jaloux, trompeur, ni volage.

Sommeil (doucement)
Vos concerts, heureux oiseaux,
Éveillent trop tît l’aurore,
Laissez les mortels encore
Plongés au sein du repos.

Prélude infernal (lentement, fort et marqué)
Mais quels nouveaux accords dont l’horreur est extrĂȘme ?
Qui fait ouvrir le séjour infernal ?
Que de démons sortis de ce gouffre fatal !

Les implacables SƓurs suivent Pluton lui-mĂȘme.

RĂ©citatif

Ne craignons rien, un changement heureux
Vient nous offrir de doux présages,
Et les dĂ©mons changĂ©s sous d’aimables images,
Amusent nos regards par d’agrĂ©ables jeux.

Air gai et piqué
Ce n’est qu’une belle chimùre
Qui satisfait ici vos vƓux ;
Eh ! n’ĂȘtes-vous pas trop heureux
Qu’on vous sĂ©duise pour vous plaire ?
Dans ce qui flatte vos désir
Croyez tout ce qu’on fait paraütre ;
On voit s’envoler les plaisirs
Lorsque l’on cherche à les connaütre.

 

 

CD. LIRE notre critique du cd PiĂšces pour clavecin en concerts de Rameau par Bruno Procopio

 

VOIR notre reportage vidéo : Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio à Cuenca (Espagne), Avec Maria Bayo (avril 2014)

Rio, Brésil. Bruno Procopio dirige Rameau et Clérambault

procopio_bruno_chemise_bleueRio, salle C. Mereiles, les 19 et 22 septembre 2015. Mondonville et Rameau. Ambassadeur de choc, le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio retrouve son pays natal pour deux concerts de musique baroque française. Un programme qu’il a coutume de dĂ©fendre sous les tropiques, – le maestro impĂ©tueux et articulĂ© a dĂ©jĂ  enregistrĂ© un superbe disque d’extraits d’opĂ©ras de Rameau, ouvertures et ballets de Rameau avec le Symphonique Simon Bolivar du Venezuela Ă  Caracas (1 cd Paraty : vrai dĂ©fi d’un Ă©clat Ă©tincelant sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas “). Rio 2015 voit le prolongement d’un travail spĂ©cifique sur le Baroque français en AmĂ©rique Latine. Une vision artistique entre les deux Mondes, de chaque cĂŽtĂ© de l’Atlantique qui s’Ă©tait dĂ©jĂ  illustrĂ©e par un jalon prĂ©cĂ©dent en mars dernier, et dans le mĂȘme lieu avec la crĂ©ation carioca de l’opĂ©ra français nĂ©oclassique Renaud de Sacchini (1782), emblĂšme du goĂ»t lyrique parisien favorisĂ© par Marie-Antoinette (VOIR le reportage Renaud de Sacchini recrĂ©Ă© Ă  Rio par Bruno Procopio, mars 2015). Le 19 septembre (20h), concert de musique de chambre oĂč la virtuositĂ© concertante de Mondonville et le gĂ©nie recrĂ©ateur de Rameau dialoguent. Sons harmoniques du premier (1738, oĂč Mondonville s’inspire et prolonge l’exemple de Leclair), puis cinq Concerts des PiĂšces pour clavecin en concert (1741).  AprĂšs les PiĂšces de clavecin en sonates (avec violon) de Mondonville, Rameau surpasse tout ce qui fut Ă©crit avant lui, inventant pour chaque piĂšce, un titre aux rĂ©fĂ©rences biographiques (pour certaines secrĂštes aux allusions Ă  dĂ©mĂȘler par les spĂ©cialistes), qui rĂ©capitule en leur rendant hommage, tous les soutiens, patrons protecteurs, mĂ©cĂšnes qui l’ont accompagnĂ© et soutenu pendant ses premiĂšres annĂ©es parisiennes. Le cycle est l’un des favoris dĂ©fendus depuis ses annĂ©es d’apprentissage Ă  Paris par Bruno Procopio qui assure la partie de clavecin.

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Le 22 septembre, 20h, concert orchestral comprenant surtout ClĂ©rambault et Mondonville et quelques autres pour lequel Bruno Procopio quitte le clavecin pour la baguette, afin de diriger l’Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU).  Au programme deux piĂšces aussi rares qu’exceptionnelles : PiĂšces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) de Mondonville et surtout La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques, Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716) de ClĂ©rambault. EditĂ©e sĂ©parĂ©ment en 1716, sur un poĂšme d’Auguste Paradis de Moncrif, la cantate avec des moyens ambitieux (proches du divertissement) fait paraĂźtre la muse de l’OpĂ©ra, qui dĂ©crit les ficelles et artifices du thĂ©Ăątre pour exprimer les « caractĂšres lyriques » : la variĂ©tĂ© des airs et des formes dĂ©voile l’intelligence dramatique de ClĂ©rambault : air de triomphe avec trompette, scĂšne pastorale avec musette, Ă©vocation de chasses au son des cors, tempĂȘte, sommeil, ramage d’oiseau, scĂšne infernale
 c’est un catalogue intelligemment combinĂ© soit tous les motifs de l’opĂ©ra français, ici traitĂ©s par un compositeur qui souhaite en dĂ©montrer et aussi cultiver sa profondeur, entre virtuositĂ© italianisante et noblesse de la dĂ©clamation française.

 

OBU orchestre baroque de l'université de Rio Orquesra barroca da Unirio

 

 

Rameau, ClĂ©rambault, Mondonville Ă  Rio. GrĂące au CMBV, Centre de musique baroque de Versailles, le Baroque français s’exporte. Le concert est l’aboutissement d’un cycle de masterclasses et de rĂ©pĂ©titions avec les jeunes instrumentistes brĂ©siliens, sensibilisĂ©s au style baroque français et formĂ©s Ă  la pratique sur instruments d’époque. Un dĂ©fi qui fusionne transmission et pĂ©dagogie auprĂšs des jeunes instrumentistes encore nĂ©ophytes dans l’interprĂ©tation de la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle, et aussi expĂ©rience professionnelle grĂące Ă  ce concert public. Le projet fait partie des nombreux chantiers initiĂ©s par le Centre de musique baroque de Versailles, dĂ©sormais ouvert Ă  l’international, soucieux depuis quelques annĂ©es de faire rayonner la connaissance et l’interprĂ©tation de la musique baroque française dans le monde. Partitions, Ă©quipe pĂ©dagogique sont les nouveaux moyens de l’institution versaillaise pour rĂ©aliser de nouveaux types de concerts, permettant aux jeunes professionnels de se perfectionner toujours et encore en se frottant  à l’accomplissement du concert publique. Il s’agit de deux premiĂšres mondiales Ă  Rio. L’Ă©tĂ© 2015 a rĂ©alisĂ© un autre projet du CMBV Ă  Innsbruck en aoĂ»t : le festival de musique ancienne et baroque mondialement reconnu accueillait pour la premiĂšre fois de son histoire, son premier opĂ©ra français, Armide de Lully (1686) dans une nouvelle production, mise en scĂšne par Cristina Colonna sous la direction de Patrick Cohen-AkĂ©nine et avec le concours de jeunes instrumentistes et chanteurs accompagnĂ©s par le CMBV, dont pour certains, les  laurĂ©ats du Concours Cesti 2014. Reportage vidĂ©o : Armide de Lully Ă  Innsbruck (aoĂ»t 2015)

 

 

 Bruno Procopio et le CMBV : Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio

Concert du 19 septembre 2015, 20h
Durée : 1h25 sans entracte

 

Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Les Sons harmoniques, Sonates Ă  violon seul avec la basse continue (1738)

Sonate opus 4 n°1 en si mineur : Grave – Allegro – Aria. Amoroso – Allegro

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
PiĂšces de clavecin en concert (1741)

PREMIER CONCERT :
La Coulicam. Rondement – La Livry. Rondeau gracieux – Le VĂ©zinet. Gaiement, sans vitesse

DEUXIÈME CONCERT :
La Laborde. Rondement – La Boucon. Air, gracieux – L’Agaçante. Rondement – 1er et 2e Menuet

TROISIÈME CONCERT :
La Lapopliniùre. Rondement – La Timide. 1er et 2e Rondeau gracieux – 1er et 2e Tambourin

QUATRIÈME CONCERT :
La Pantomime. Loure vive – L’Indiscrùte. Vivement – La Rameau. Rondement

CINQUIÈME CONCERT :
La Forqueray. Fugue – La Cupis. Rondement – La Marais. Rondement

 

Concert du 22 septembre 2015, 20h
Durée : 1h20 sans entracte

 

Eugénie Lefebvre, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Orchestre baroque de l’UniversitĂ© de Rio (OBU)
Laura Ronai, direction artistique

 

Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691)
Prélude en sol majeur, pour clavecin

Jean-Baptiste Antoine Forqueray (1699-1782)
La Leclair, pour clavecin

Antoine Forqueray (1672-1745)
Premier Livre de Piùces de viole avec la basse continue (1747) – extraits
La Couperin – La Buisson

Claude Balbastre (1727-1799)
La Lugeac, pour clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Piùces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) – extraits

Amoroso « Paratum cor meum  » – Allegro « In Domino laudabitur  »

Paratum cor meum, Deus,
Paratum cor meum,
Cantabo et psalmum dicam

(Psaume 56 verset 10)

Mon cƓur est prĂ©parĂ©, ĂŽ mon Dieu ;
Mon cƓur est tout prĂ©paré :
Je chanterai, et je ferai retentir vos louanges sur les instruments.

In Domino laudabitur anima mea :
Audiant mansueti et laetentur.
(Psaume 33 verset 7)

Mon Ăąme ne mettra sa gloire que dans le Seigneur.
Que ceux qui sont doux et humbles Ă©coutent ceci, et qu’ils se rĂ©jouissent.

Jean-Marie Leclair (1697-1764)
Concerto pour violon opus 10 n°6 en sol mineur (ca 1743)

Allegro ma poco – Andante – Allegro

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)
La Muse de l’OpĂ©ra ou Les CaractĂšres lyriques. Cantate Ă  voix seule et symphonie (1716)

PrĂ©lude – RĂ©citatif – Air gai – TempĂȘte – RĂ©citatif – Air – Sommeil – PrĂ©lude infernal – RĂ©citatif – Air

LA MUSE DE L’OPÉRA ou LES CARACTÈRES LYRIQUES. Cantate à voix seule et symphonie

RĂ©citatif (fort gravement)

Mortels, pour contenter vos désirs curieux
Cessez de parcourir tous les climats du monde,
Par le puissant effort de l’art qui nous seconde,
Ici tout l’Univers se dĂ©couvre Ă  vos yeux.

Air gai
Au son des trompettes bruyantes
Mars vient embellir ce séjour ;
Diane avec toute sa cour
Vous offre des fĂȘtes galantes ;
Et mille chansons Ă©clatantes
RĂ©veillent l’écho d’alentour.
Des bergers la troupe légÚre
Vient folùtrer sur ces gazons ;
À leurs danses, à leurs chansons,
On voit que le Dieu de CythĂšre
Leur a donné de ses leçons.

TempĂȘte (fort et marquĂ©)

Mais quel bruit interrompt ces doux amusements ?
Le soleil s’obscurcit, la mer s’enfle et s’irrite ;
Dieux ! quels terribles flots ! et quels mugissements !
La terre tremble, l’air s’agite,
Tous les vents déchainés, mille effrayants
Éclairs, semblent confondre l’Univers.
Quels sifflements affreux ! Quel horrible tonnerre !
Le ciel est-il jaloux du repos de la terre ?

RĂ©citatif
Non, les Dieux attendris par nos cris Ă©clatants,
Ramùnent les beaux jours de l’aimable printemps.

Air
Oiseaux, qui sous ces feuillages
Formez des accents si doux,
L’Amour quand il vous engage
Vous traite bien mieux que nous ;
Il n’est jamais parmi vous
Jaloux, trompeur, ni volage.

Sommeil (doucement)
Vos concerts, heureux oiseaux,
Éveillent trop tît l’aurore,
Laissez les mortels encore
Plongés au sein du repos.

Prélude infernal (lentement, fort et marqué)
Mais quels nouveaux accords dont l’horreur est extrĂȘme ?
Qui fait ouvrir le séjour infernal ?
Que de démons sortis de ce gouffre fatal !

Les implacables SƓurs suivent Pluton lui-mĂȘme.

RĂ©citatif

Ne craignons rien, un changement heureux
Vient nous offrir de doux présages,
Et les dĂ©mons changĂ©s sous d’aimables images,
Amusent nos regards par d’agrĂ©ables jeux.

Air gai et piqué
Ce n’est qu’une belle chimùre
Qui satisfait ici vos vƓux ;
Eh ! n’ĂȘtes-vous pas trop heureux
Qu’on vous sĂ©duise pour vous plaire ?
Dans ce qui flatte vos désir
Croyez tout ce qu’on fait paraütre ;
On voit s’envoler les plaisirs
Lorsque l’on cherche à les connaütre.

 

 

CD. LIRE notre critique du cd PiĂšces pour clavecin en concerts de Rameau par Bruno Procopio

 

VOIR notre reportage vidéo : Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio à Cuenca (Espagne), Avec Maria Bayo (avril 2014)

Compte rendu, concert. Versailles. Chapelle royale, le 7 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Solistes, choeur et orchestre des Arts Florissants. William Christie, direction.

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014L’ADN des Arts Florissants. Dans un programme qui correspond Ă  l’ADN des Arts Florissants, William Christie, inĂ©galable, irremplaçable chez Rameau et dans le genre du Grand Motet français (car c’est lui qui en a proposĂ© en pionnier dĂ©fricheur les enregistrements les plus exaltants Ă  ce jour), offre ici un remarquable concert sous la voĂ»te de la Chapelle royale de Versailles. Le dĂ©cor pierre et or du vaisseau architectural, dernier chantier du chĂąteau de Louis XIV, s’accorde idĂ©alement aux oeuvres aussi spectaculaires et virtuoses que raffinĂ©es et intĂ©rieures, signĂ©es Rameau et Mondonville. Le premier Dijonais, le second Narbonnais permettent au XVIIIĂš, l’essor inouĂŻ du genre, crĂ©Ă© et enrichi au XVIIĂš comme l’Ă©quivalent français de la cantate germanique : mais avec Rameau, la forme saisit par sa dĂ©mesure, son Ă©lĂ©gance, sa majestĂ©, sa poĂ©sie exubĂ©rante, d’une justesse poĂ©tique inĂ©galĂ©e qui montre, avant son premier opĂ©ra de 1733 (le fabuleusement scandaleux Hippolyte et Aricie), sa maturitĂ© musicale, dĂ©jĂ  prĂȘte pour traiter et rĂ©former l’opĂ©ra. De son cĂŽtĂ©, Mondonville, son cadet (nĂ© en 1711 quand Rameau est nĂ© en 1683), a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par William Christie en un disque lĂ©gendaire (enregistrĂ© en 1997) qui fut dĂ©cisif pour l’estimation juste du compositeur et qui dĂ©jĂ  regroupait ses 3 Grands Motets. De fait, alterner les deux compositeurs, montrent les secrets de leur rĂ©ussite toujours vivace (cf les applaudissements et l’enthousiasme du public Ă  la fin du concert) : flamboyance de la forme, extrĂȘme raffinement de l’orchestration, noblesse et humanitĂ© des mĂ©lodies, sans omettre un dramatisme thĂ©Ăątral dans l’illustration des images narratives imposĂ©es par le texte de l’Ancien Testament ainsi mis en musique. Ici, aux images des textes convoquant le miracle et le surnaturel divin rĂ©pond une musique idĂ©alement inspirĂ©e.

Rameau, maĂźtre Ă  danser par William ChristieL’opĂ©ra Ă  l’église. Entre spectaculaire surnaturel et audace stylistique, l’exemple le plus significatif en serait dans In exitu Israel (Psaume 113, 1753 de Mondonvile), l’Ă©pisode flamboyant de la fuite de la mer et de la remontĂ©e des eaux du Jourdain : une sĂ©quence qui convoque tous les effets de l’opĂ©ra Ă  l’Ă©glise et exprime au plus prĂšs le spectacle impressionnant des phĂ©nomĂšnes surnaturels dĂ©crits par la Bible, eux-mĂȘmes signes de la volontĂ© divine : Mondonville s’y distingue nettement par son imagination fertile, intensĂ©ment dramatique, portĂ©e par l’Ă©loquence foisonnante de l’orchestre et surtout la parole exacerbĂ©e, agissante du choeur dont William Christie favorise en maĂźtre absolu de ce rĂ©pertoire, la fluiditĂ© mordante, l’engagement bondissant et dansant qui font du grand Motet, son immense succĂšs au Concert Spirituel (dont Mondonville Ă©tait le chef d’orchestre). La houle chorale convoque des effets qui pourraient ĂȘtre ceux d’une tempĂȘte ou d’un tonnerre Ă  l’opĂ©ra : le dĂ©chaĂźnement des Ă©lĂ©ments marins et fluviaux du Psaume 113 (moins de 3 mn de suractivitĂ© chorale inĂ©dite), sont d’ailleurs prĂ©figurĂ©s dĂšs le Motet de Mondonville que jouent prĂ©cĂ©demment Les Arts Florissants (Elevaverunt flumina du Dominus Regnavit). L’exultation collective accordĂ©e Ă  un remarquable souci du verbe, son intelligibilitĂ© comme sa couleur et son caractĂšre, laisse le public littĂ©ralement 
 sans voix. Et quand succĂšde aux accents choraux, le suave larghetto en rondeau pour haute-contre : “Montes exultaverunt”, d’une grĂące aussi Ă©lĂ©gante que naturelle, la sincĂ©ritĂ© Ă©lĂ©gantissime qu’y affirme Cyril Auvity, rappelle combien ici, alliance idĂ©alement rĂ©alisĂ©e, on verse constamment entre dramatisme Ă©pique et priĂšre individuelle. D’autant que dans cet Ă©pisode pour voix soliste, les images du texte ne manquent non plus d’intensitĂ© ni d’invention visuelle (“les monts sautĂšrent comme des bĂ©liers”)…

Rameau 2014 : les Grands Motets par Bruno Procopio, William ChristieRameau superlatif. MĂȘme affinitĂ© superlative avec les deux Grands Motets de Rameau (Quam dĂ©lecta puis In convertendo) : si Mondonville bĂ©nĂ©ficie de la voie dĂ©jĂ  ouverte par son aĂźnĂ©, Jean-Philippe, de la gĂ©nĂ©ration prĂ©cĂ©dente, rĂ©invente dĂ©jĂ  tout un vocabulaire dont on a toujours pas bien mesurĂ© la modernitĂ©, l’insolente audace, le clair esprit d’expĂ©rimentation formelle… comme Monteverdi en 1611 quant il concevait le vaste laboratoire musical et sacrĂ©, et lui aussi si thĂ©Ăątral des VĂȘpres de la Vierge. Rameau n’est pas encore cĂ©lĂšbre et n’a pas Ă©crit d’opĂ©ras mais comme organiste de nombreuses paroisses (Dijon, Clermont, Saint-Etienne, Lyon), il a l’occasion de faire valoir sous la voĂ»te, sa prodigieuse inventivitĂ© et un tempĂ©rament dĂ©jĂ  taillĂ© pour le thĂ©Ăątre.

L’argument de ce soir outre le trĂšs haut degrĂ© d’implication partagĂ©e par tous les interprĂštes, demeure la collaboration des jeunes chanteurs laurĂ©ats des derniĂšres promotions du Jardin des voix : preuve Ă©loquente que « Bill » (qui a toujours eu une longueur d’avance) a eu raison de dĂ©fendre Ă  Caen un projet unique en France : assurer la relĂšve du chant baroque français oĂč aux cĂŽtĂ©s de la beautĂ© du timbre, ne comptent que deux Ă©lĂ©ments essentiels : intelligibilitĂ© linguistique, souplesse vocale. Ici rayonnent en particulier deux voix ardentes, juvĂ©niles, d’une intensitĂ© miraculeuse (et si bien employĂ©e tout au long du programme) : le soprano angĂ©lique, comme touchĂ© par la grĂące de l’Ă©cossaise Rachel Redmond (irrĂ©sistible dĂšs le premier verset de Quam dilecta tabernacula tua… comme dans l’accomplissement du Testimonia tua du Domine Regnavit de Mondonville), et la jeune basse française, Cyril Costanzo (lequel fait aussi toute la rĂ©ussite du dernier cd des Arts Florissants intitulĂ© Le Jardin de Monsieur Rameau, aux cĂŽtĂ©s de sa consoeur mezzo, absente ce soir, mais aussi rĂ©vĂ©lation du disque : Emilie Renard. Le cd Le Jardin de monsieur Rameau est CLIC de classiquenews). La franchise du timbre (Domine Deus virtutum exaudi… du mĂȘme Quam dilecta ; puis Magnificavit Dominus agere nobiscum… le Seigneur nous a glorifiĂ©s…), l’Ă©lĂ©gance naturelle du style, la volontĂ© de s’exprimer vers le public, comme la complicitĂ© (In convertendo : Trio vocal du Qui seminant in lacrimis…), et le plaisir du chanter ensemble, sont exemplaires et hautement dĂ©lectables. Ces deux tempĂ©raments Ă  suivre, incarnent l’esprit de famille et cette excellence qui constituent aujourd’hui, comme depuis toujours, l’identitĂ© artistique des Arts Flo.

Christie_William_dirigeant_rameau_faceD’une prĂ©sence habitĂ©e, chantant tous les textes avec ses musiciens et chanteurs, Bill renouvelle le miracle de ses disques pourtant antĂ©rieurs de plus de 10 ans
 Mais le Maestro dĂ©fend aussi un Mondonville d’une majestĂ© finement caractĂ©risĂ©e : qui saisit immĂ©diatement par la puissance trĂšs incarnĂ©e du choeur dont il obtient toutes les nuances expressives requises, ciselant l’articulation du texte au souffle impĂ©rieux comme l’intĂ©rioritĂ© du mystĂšre qui semble s’incarner dans le chant (trio masculin d’Etenim firmavit orbem terrae… “Car il a affermi le vaste corps de la terre”…).

Connaisseur depuis des annĂ©es de cette esthĂ©tique, entre opĂ©ra et intense ferveur, Bill se rĂ©vĂšle d’une absolue sincĂ©ritĂ© : articulant et ciselant la complexe architecture des Grands Motets, soulignant aussi tout ce qu’ils ont en commun. Rameau y laisse les traits dĂ©sormais inestimables de son jeune gĂ©nie musical ; Mondonville parfois plus sĂ©ducteur et donc plus dĂ©monstratif sait poursuivre le brio du MaĂźtre, dans la noblesse et la sincĂ©ritĂ©.

chapelle-concert-gauchePour conclure une soirĂ©e mĂ©morable, le chef fondateur des Arts Florissants joue un extrait de Castor et Pollux puis Tendre amour des Indes Galantes (par l’orchestre et le choeur) de Rameau : dernier geste nourri d’une exquise tendresse et qui rappelle la clĂ© de ce concert entre majestĂ© et sincĂ©ritĂ© : l’amour triomphant. Ce que rĂ©alise William Christie qui conquis par l’enthousiasme du public, lui adresse, bouquet en mains, un baiser imprĂ©vu, fraternel. Les concerts Ă  la Chapelle royale de Versailles sont parfois des expĂ©riences inoubliables. De toute Ă©vidence, celui ci en fait partie.

Versailles. Chapelle royale, le 7 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Solistes, choeur et orchestre des Arts Florissants. William Christie, direction.

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002)

grands motets francais william christie ERATOCD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville par Les Arts Florissants, William Christie. Le coffret Erato tombe Ă  pic : fleuron de l’annĂ©e Rameau 2014, rĂ©capitulatif d’un legs discographique majeur, et tout autant, focus remarquablement persuasif sur un pan entier de notre rĂ©pertoire musical qui Ă©tait bien oubliĂ© jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1990
 jusqu’à ce que William Christie  ne s’en empare en dĂ©fricheur visionnaire et si justement inspirĂ© : le fondateur  et directeur musical des Arts Florissants rĂ©vĂšle l’humanitĂ© et la splendeur des Grands Motets français. Il en dĂ©voile mĂȘme l’exceptionnelle fortune aprĂšs les Lully et Lalande qui au XVIIĂšme en avaient portĂ© les fruits Ă  leur sommet expressif pour le faste de la Cour versaillaise de Louis XIV. Le dĂ©but du rĂšgne du Roi Soleil comme l’apparat quotidien de sa Chapelle s’expriment Ă©videmment dans l’essor du genre : le motet « à grand choeur » – selon la terminologie d’époque, incarne la solennitĂ© et la sincĂ©ritĂ© d’un rĂšgne qui se voyait universel et central. Or le coffret que (re)publie aujourd’hui ERATO, met en lumiĂšre la permanence voire l’évolution du genre qui dĂ©passe aprĂšs Louis XIV son cadre strictement versaillais.

C’est toute la pertinence du regard et du geste de William Christie et de ses flamboyants Arts Florissants, chƓur (si articulĂ©s et puissants) et instrumentistes (Ă©quilibre sonore somptueux) : le grand Motet suscite un intĂ©rĂȘt croissant du public, il est liturgique certes mais bientĂŽt jouĂ© pour les Ă©vĂ©nements religieux mais pas que (dynastiques et militaires
), applaudi surtout partout dans le royaume au Concert Spirituel et dans les acadĂ©mies en Province.

De plus orchestral, italianisant, et mĂȘme symphonique, le Grand Motet souligne l’ambition des auteurs inspirĂ©s par son langage et sa syntaxe : de la fin du rĂšgne de Louis XIV aux LumiĂšres, les enregistrements rĂ©alisĂ©s par William Christie illustre l’essor singulier de la forme tout au long du XVIIIĂšme : Campra, Desmaret, Rameau, Mondonville s’illustrent chacun dans sa propre Ă©criture, spectaculaire, sincĂšre, fervente.

William Christie dévoile le souffle irrésistible des Grands Motets


CLIC_macaron_2014Il y faut comme Ă  l’opĂ©ra, une maĂźtrise remarquable des grands effectifs. NĂ©s en 1660, quinquas Ă  la mort de Louis XIV, Desmaret et Campra insufflent au genre une couleur trĂšs personnelle ; d’autant plus dans le cas de Desmaret qui adresse en 1708 ses oeuvres depuis son exil Ă  Nancy, telle une formidable supplique au Souverain
 geste implorant et subtilement dĂ©monstratif comme Monteverdi lorsqu’ en 1611, il adressait ses VĂȘpres de la Vierge pour susciter l’intĂ©rĂȘt et la protection du Pape
 Pas de meilleur cadre fertile et Ă  fort potentiel, pour faire la preuve de ses capacitĂ©s. De fait, Louis XIV les apprĂ©cia et Desmarets put ĂȘtre fier de gagner cette Ă©preuve musicale.

Campra, mort en 1744 succĂšde Ă  Lalande comme sous-maĂźtre de chapelle Ă  Versailles en 
 1723.  Il est dĂ©jĂ  sexagĂ©naire : il recycle alors nombre de grands motets initialement Ă©crits pour les CathĂ©drales d’Aix et de Paris.

Rameau jean-philippe anniversaireNĂ© en 1683, dĂ©cĂ©dĂ© il y a 250 ans en 1764, l’infatigable et rĂ©formateur Rameau, en son gĂ©nie expĂ©rimental, « ose » le genre Motet avant l’opĂ©ra : de fait, ses Grands Motets, probablement composĂ©s pour Dijon, Lyon ou Clermont  et pour les salles de concert ou des Ă©vĂ©nements encore imprĂ©cis, attestent de sa maestriĂ  alors mĂȘme qu’il est jeune et qu’il ne s’est pas encore fixĂ© Ă  Paris (1722) : harmonie audacieuse, Ă©criture chorale Ă©poustouflante, airs italianisants d’une virtuositĂ© jamais vue jusque lĂ , les Grands Motets de Rameau Ă©tonnent et saisissent toujours par leur exceptionnelle et flamboyante originalitĂ©.

Rameau, maĂźtre Ă  danser par William ChristieSur les traces du moderne Rameau, Mondonville nĂ© en 1711 et mort en 1772, de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration que Louis XV, affirme comme Rameau, lequel est a lors engagĂ© sur le terrain de l’opĂ©ra, l’essor intact du genre Motet comme un cadre spectaculaire, propice au merveilleux et Ă  l’inĂ©dit. L’In exitu Israel, le De profundis – pourtant conçus pour la voĂ»te sacrĂ©e-, affirment l’éclat d’un nouveau gĂ©nie du genre, miraculeux en 1750 ; ils sont applaudis au concert, hors du contexte religieux : au Concert Spirituel, au Concert de Lille (le Dominus regnavit est d’ailleurs Ă©crit pour la salle lilloise), jamais les grands motets n’ont Ă©tĂ© aussi cĂ©lĂ©brĂ©s  par un large public de nouveaux mĂ©lomanes. La syntaxe des Grands Motets atteint un  raffinement inouĂŻ, une caractĂ©risation prĂ©cise de chaque verset comme le ferait un peintre d’histoire ; tout y est proche du texte, la musique en articule le souffle narratif, la suggestion spectaculaire (le reflux du Jourdain dans l’In exigu Israel vaut bien tempĂȘtes et tremblements de terre dĂ©crits exprimĂ©s par Rameau dans ses opĂ©ras). L’orchestre, Ă  partir de Rameau y gagne comme Ă  l’opĂ©ra, une ampleur progressive, souvent aux couleurs et accents irrĂ©sistibles.

Christie William portrait 290Ardent dĂ©fenseur de ce rĂ©pertoire, quasiment oubliĂ© avant qu’il ne s’y soit penchĂ©, William Christie saisit ici par la cohĂ©rence d’une regard qui s’étend sur des dĂ©cennies et que le coffret dans son exhaustivitĂ© recouvrĂ©e met en lumiĂšre : Ă  partir des annĂ©es 1990, le fondateur des Arts Florissant se dĂ©voue de toute son Ăąme Ă  la restitution complĂšte des Motets Ă  grand choeur, avec une ivresse sensuelle et un dramatise thĂ©Ăątral qui sait aussi prĂ©server la profondeur voire l’humaine sincĂ©ritĂ© des partitions. DĂšs 1994, ses Grands Motets de Rameau Ă©tonnent par leur dĂ©mesure flamboyante, leur autoritĂ© harmonique, leur audace formelle servies par un plateau de solistes indiscutables et des choeurs articulĂ©s, cohĂ©rents, dĂ©clamatoires
 saisissants. MĂȘme rĂ©ussite totale en 1996 pour un autre choc : Mondonville 
 dont alors on ne connaissait pas jusqu’au nom, et encore moins, au sein du grand public, les Ɠuvres pourtant frappantes par leur imagination : un sens de la grandeur et de la caractĂ©risation qui ne dĂ©pare pas aux cĂŽtĂ©s de l’immense Rameau. C’est dire. Puis comme remontant le temps et le fil d’une source impressionnante par la qualitĂ© des Ă©critures rĂ©vĂ©lĂ©es, Bill l’enchanteur ressuscite ce thĂ©Ăątre fervent de Desmaret (Grands Motets Lorrains de 1708 donc) en 1999, et les piĂšces non moins prenantes de Campra en 2002. Les 4 cd de ce coffret incontournable expriment l’Ɠuvre dĂ©cisive d’un chef de premier plan, sachant rĂ©unir autour de lui, une Ă©quipe inspirĂ©e, habitĂ©e, convaincante de bout en bout. Outre la majestĂ©, les Arts Florissants ici Ă  leur meilleur, ont la grĂące et l’humanitĂ© : une offrande interprĂ©tative qui Ă©blouit encore.  Coffret Ă©vĂ©nement.

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002).

agenda

Les Arts Florissants et William Christie sont en tournĂ©e en 2014 dans un programme mĂȘlant Grands Motets de Rameau et de Mondonville (avec une distribution prometteuse lĂ  encore comprenant quelques uns des derniers laurĂ©ats du Jardin de Voix, l’acadĂ©mie vocale fondĂ©e par William Christie et qui en rĂ©sidence tous les deux ans au ThĂ©Ăątre de Caen) : le 2 octobre Ă  la CitĂ© de la musique Ă  Paris, le 7 octobre Ă  la Chapelle royal de Versailles