Salzbourg 2021 : Muti dirige la Missa Solemnis de Beethoven

BEETHOVEN 2020 dossier portrait discographie selection classiquenewsFRANCE MUSIQUE, 20 aoĂ»t 2021, 20h. BEETHOVEN : Missa Solemnis. La partition est un sommet Ă  la fois spirituel et artistique qui a assis dĂ©finitivement la puissance et la profondeur de visions demeurĂ©es lĂ©gendaires, telles celles de Karajan (1985) ou celle de Nikolaus Harnoncourt dont Sony faisait ainsi paraĂźtre l’ultime enregistrement en mai 2016.
L’enjeu des sĂ©quences chorales, l’incise des parties solistes (Benedictus avec violon solo), le souffle de l’orchestre (normal de la part de l’auteur de la 9Ăš symphonie !) dĂ©fendent ici une architecture Ă  la fois colossale et individuelle dont les Ă©quilibres sont exemplaires et la force poĂ©tique, irrĂ©sistible 
 cf le murmure jusqu’au silence de la conclusion, Ă©lĂ©ment phare de la vision Harnoncourt, par exemple)
 La partition offre Ă  plus d’un titre comme la Messe en si de JS Bach, une formidable source de dĂ©passement oĂč chacun peut tĂ©moigner de sa propre expĂ©rience humaine et donc de son humanisme.
Dans le cas d’Harnoncourt,   « On s’y dĂ©lecte surtout de sa lecture fĂ©line et suave, Ă©ruptive, prĂȘte Ă  toutes les (re)dĂ©couvertes sur une partition dont le MaĂźtre ne cesse de rĂ©vĂ©ler l’ñpretĂ© expressive, la justesse poĂ©tique, la profonde humanité  » Ă©crivait notre rĂ©dactrice Elvire James, dans sa critique du cd Missa Solemnis enregistrĂ© au festival Styriarte fondĂ© par le chef Ă  Graz.
« AbordĂ©e dĂšs 1988, au moment de son premier Fidelio Ă  Hambourg, la Solemnis est une cathĂ©drale impressionnante dont le maestro restitue et soigne constamment l’esprit de clartĂ©, et aussi la sĂ©rĂ©nitĂ© “impĂ©nĂ©trable” (ce choeur fraternel semble nous renvoyer le miracle d’une humanitĂ© enfin rĂ©conciliĂ©e, plus irrĂ©elle que possible). Les sĂ©quences solistes et choeurs sont bouleversantes : cf l’”Amen” du finale de l’Et resurrexit ; traitĂ©es avec une tendresse intĂ©rieure nouvelle » ajoute encore E James.
LIRE aussi notre critique du CD Missa Solemnis par Nikolaus Harnoncourt : 
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-compte-rendu-critique-beethoven-missa-solemnis-nikolaus-harnoncourt-2015-1-cd-sony-classical/ (CLIC de CLASSIQUENEWS mai 2016)  / CD événement, compte rendu critique. Beethoven : Missa Solemnis : Nikolaus Harnoncourt (2015, 1 cd Sony classical)

L’oeuvre Ă©crite pour l’élĂ©vation d’un ascendant du chef Harnoncourt lui-mĂȘme, l’archiduc Rodolphe d’Autriche (un ancien Ă©lĂšve de Beethoven) au titre d’ArchevĂȘque d’Olomouc, est conçue sur un long terme de 1817 Ă  1823. On sait la tension et la nervositĂ©, une Ă©nergie par fois martiale dont est capable Muti, lequel s’est toujours intĂ©ressĂ© Ă  la direction et au sens des arches chorales (rĂ©vĂ©lant par exemple l’Ɠuvre particuliĂšre d’un Cherubini en la matiĂšre). Qu’en sera-t-il Ă  Salzbourg cette annĂ©e, dans cette lecture captĂ©e lors du festival, en juillet dernier ?

FRANCE MUSIQUE, Ven 20 août 2021, 20h. BEETHOVEN : Missa Solemnis. Concert donné le 15 août 2021 en la Grosses Festspielhaus de Salzbourg, dans le cadre du Festival de Salzbourg 2021.

Beethoven : Missa solemnis op. 123

1. Kyrie
2. Gloria
3. Credo
4. Sanctus
5. Agnus Dei

Rosa Feola, soprano
Alisa Kolosova, mezzo-soprano
Dmitry Korchak, ténor
Ildar Abdrazakov, basse

Vienna State Opera Chorus Concert Association
Orchestre Philharmonique de Vienne
Riccardo Muti, direction

CD, réédition événement. BEETHOVEN : Misas Solemnis, KARAJAN, Berliner 1966 (1 cd DG Deutsche Grammophon)

CD, réédition événement. BEETHOVEN : Misas Solemnis, KARAJAN, Berliner 1966 (1 cd DG Deutsche Grammophon). Il existe déjà une version antérieure (1958) avec le Philharmonia Orchestra et déjà Christa Ludwig parmi les solistes (aux cÎtés de Gedda, Schwarzkopf, Zaccaria et les Wiener Singverein) audible ici :
https://www.youtube.com/watch?v=5bI9-DTloKU
beethoven karajan berliner 1966 classiquenews critique review Missa-Solemnis-Opus-123La version rĂ©alisĂ©e Ă  Berlin en 1966 avec les chers Berliner Philharmoniker affine encore la grande sĂ©duction formelle, les Ă©quilibres entre choeur, orchestre, solistes de cette cathĂ©drale sonore au souffle inimitable. Karajan aussi criticable soit il par son cĂŽtĂ© hĂ©doniste poli solaire reste indiscutable cependant par la ferveur impĂ©rieuse, une attĂ©nuation fraternelle de la priĂšre qu’adresse ici Beethoven Ă  tous les hommes de bonne volontĂ©. Entre appel Ă  la fraternitĂ© gĂ©nĂ©rale – thĂšme ultime et si cher Ă  Ludwig qui inerve son opĂ©ra Fidelio et surtout le final de la 9Ăš Symphonie, et la volontĂ© de construire un monde neuf, Beethoven Ă©difie une arche de rĂ©conciliation et de sublimation active, vĂ©ritable machine de rĂ©demption ; en tĂ©moigne le recueillement du Sanctus, suspendu, vrai cƓur de la priĂšre collective oĂč les solistes agissent comme intercesseurs. Le plateau des chanteurs est superlatif, et la direction d’une Ă©conomie rĂ©elle, laissant respirer le tissu orchestral et choral, sachant surtout dessiner avec clartĂ© chaque ligne tout en prĂ©cisant son enjeu, au sein du cycle entier. Le maĂźtre mot de Beethoven est la compassion fraternelle : elle se dĂ©ploie ici sans entrave avec propre au Karajan de l’aprĂšs guerre, et l’esprit de reconstruction aprĂšs la guerre qui s’y cristallise, une Ă©paisseur parfois tendre qui sous tend toute la basilique symphonique. Le geste est sĂ»r et la vision d’un recueillement profond : Ă©couter ici la sidĂ©ration pacificatrice du Benedictus, appel au dĂ©sarmement total et Ă  l’amour des autres, miraculeuse fontaine salvatrice qui console, rassure, exauce
 comme l’adagio de la 9Ăš. RemastĂ©risĂ©e 24 BIT / 192 kHz, la lecture de 1966 rĂ©alisĂ©e Ă  Berlin marque la carrure de l’immense chef salzbourgeois
 qui ne cesse alors de conquĂ©rir la planĂšte classique (Ă  58 ans). Un must absolu (avec la version de Klemperer le vĂ©ritable maĂźtre avant Karajan, lui aussi directeur musical du Philharmonia, mort en 1973). Karajan se livre dans cette archive Ă  connaĂźtre absolument : intĂ©rioritĂ©, passion, architecture.

 

 

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LIRE aussi notre dossier BEETHOVEN 2020

beethoven 1803 apres Symphonie 1 creation symphonies romantiques classiquenews review compte rendu cd critique 800px-Beethoven_3DOSSIER BEETHOVEN 2020 : 250 ans de la naissance de Beethoven. L’anniversaire du plus grand compositeur romantique (avec Berlioz puis Wagner Ă©videmment) sera cĂ©lĂ©brĂ© tout au long de la saison 2020. Mettant en avant le gĂ©nie de la forme symphonique, le chercheur et l’expĂ©rimentateur dans le cadre du Quatuor Ă  cordes, sans omettre la puissance de son invention, dans le genre concertant : Concerto pour piano, pour violon, lieder et sonates pour piano, seul ou en dialogue avec violon, violoncelle
 Le gĂ©nie de Ludwig van Beethoven nĂ© en 1770, mort en 1827) accompagne et Ă©blouit l’essor du premier romantisme, quand Ă  Vienne se disperse l’hĂ©ritage de Haydn (qui deviendra son maĂźtre fin 1792) et de Mozart, quand Schubert aussi s’intĂ©resse mais si diffĂ©remment aux genres symphonique et chambriste. Venu tard Ă  la musique, gĂ©nie tardif donc (n’ayant rien composĂ© de trĂšs convaincant avant ses cantates Ă©crites en 1790 Ă  20 ans), Beethoven, avant Wagner, incarne le profil de l’artiste messianique, venu sur terre tel un Ă©lu sachant transmettre un message spirituel Ă  l’humanitĂ©. Le fait qu’il devienne sourd, accrĂ©dite davantage la figure du solitaire maudit, habitĂ© et rongĂ© par son imagination crĂ©ative. Pourtant l’homme sut par la puissance et la sincĂ©ritĂ© de son gĂ©nie, par l’intelligence de son caractĂšre pourtant peu facile, Ă  sĂ©duire et cultiver les amitiĂ©s. Ses rencontres se montrent souvent dĂ©cisives pour l’évolution de sa carriĂšre et de sa reconnaissance. Pour souligner combien le gĂ©nie de Beethoven est inclassable, singulier, CLASSIQUENEWS dresse le portrait de la vie de Beethoven (en 4 volets), puis distingue 4 Ă©pisodes de sa vie, particuliĂšrement dĂ©cisifs


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MISSA SOLEMNIS de Beethoven (par René Jacobs)

Rene-Jacobs-2013-582FRANCE MUSIQUE, lundi 10 juin 2019. BEETHOVEN : Missa Solemnis. RenĂ© Jacobs.  Ce fut le dernier enregistrement du regrettĂ© Nikolaus Harnoncourt (CD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Beethoven : Missa Solemnis : Nikolaus Harnoncourt / 2015, 1 cd Sony classical / parution mai 2016). La missa Solemnis de Beethoven est le grand Ɠuvre sacrĂ© du maĂźtre, une partition Ă  l’égal des Messe en si de JS BACH, Requiem de Mozart, Requiem de Berlioz et de Verdi
 On y Ă©prouve face Ă  une architecture qui se confronte Ă  Dieu, toutes les aspirations de l’ñme humaine : pardon, compassion, salut. ComposĂ©e entre 1818 et 1822, la partition sollicite un grand chƓur, l’orchestre Ă  son complet et quatre solistes. De Karajan Ă  Boehm, tous les grands chefs ont souhaitĂ© aborder la profondeur et l’humanisme passionnĂ© de la partition lĂ©guĂ©e par Beethoven. En mai 2019, RenĂ© Jacobs en propose une lecture « allĂ©gĂ©e » sur instruments d’époque. Les instruments historiques seront-ils adaptĂ©s pour en restituer Ă  la fois la majestĂ© et la sincĂ©ritĂ© ? Et les solistes ?

 

 

Missa Solemnis, 1824
Beethoven dont on connaĂźt le dĂ©sir d’édifier une arche musicale pour le genre humain, saisissant par son ivresse fraternelle, portĂ© par un idĂ©al humaniste qui s’impose toujours aujourd’hui avec Ă©vidence et justesse (Ă©coutez le finale de la 9Ăš symphonie, aujourd’hui, hymne europĂ©en), tenait sa Missa Solemnis comme son oeuvre majeure. Mais pour atteindre Ă  la forme parfaite et vraie, le chemin est long et la genĂšse de la Solemnis s’étend sur prĂšs de 5 annĂ©es


Pour l’ami Rodolphe
Vienne, Ă©tĂ© 1818. Le protecteur de Beethoven, l’archiduc Rodolphe de Habsbourg, frĂšre de l’empereur François Ier, est nommĂ© cardinal. Son intronisation a lieu le 24 avril 1819. Beethoven, qui rĂšgne incontestablement sur la vie musicale viennoise depuis 1817, inspirĂ© par l’évĂ©nement, compose
Kyrie, Gloria et Credo pendant l’étĂ© 1819. La pĂ©riode est l’une des plus
intenses: elle accouche aussi de la sublime sonate n°29, “Hammerklavier” (terminĂ©e fin 1818). Les cĂ©rĂ©monies officielles en l’honneur de Rodolphe sont passĂ©es (depuis mars 1820)
 et Beethoven poursuit l’écriture de la Messe promise. Jusqu’à juillet 1821, il Ă©crit les parties complĂ©mentaires. En 1822, la partition autographe est finie: elle est contemporaine de sa Symphonie n°9 et de ses deux ultimes
Sonates.
Avec le recul, la genĂšse de l’ouvrage s’étend sur plus de cinq annĂ©es: gestation reportĂ©e et difficile car en plus des partitions simultanĂ©es, Beethoven, entre ivresse exaltĂ©e et sentiment de dĂ©nuement, a du cesser de nourrir tout espoir pour “l’immortelle bien-aĂźmĂ©e” (probablement Antonia Brentano), fut contraint de nĂ©gocier avec sa belle soeur, la garde de son neveu Karl


 

 

 

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logo_france_musique_DETOUREFRANCE MUSIQUE, lundi 10 juin 2019, 20h : MISSA SOLEMNIS de BEETHOVEN par René Jacobs / Concert donné le 6 mai 2019 à 20h30 Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris

Ludwig van Beethoven
Missa solemnis en ré majeur op. 123

1. Kyrie
2. Gloria
3. Credo
4. Sanctus – Benedictus
5. Agnus Dei

Polina Pastirchak, soprano
Sophie Harmsen, mezzo-soprano
Steve Davislim, ténor
Johannes Weisser, basse
RIAS Kammerchor
dirigé par Denis Comtet
Freiburger Barockorchester
Direction : René Jacobs

 

 

 

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Ce vieux loup solitaire et génial
Beethoven, marquĂ© par la vie, dĂ©fait intimement, capable de sautes d’humeurs imprĂ©visibles, marque les rues viennoises par son air de lion sauvage, caractĂ©riel, emportĂ© mais
 gĂ©nial. Dans les cabarets, il invective les clients, proclamant des injures contre les aristocrates et mĂȘme les membres de la famille impĂ©riale
 Mais cet Ă©corchĂ© vif a des circonstances attĂ©nuantes: il est sourd, donc coupĂ© de son milieu ordinaire, et ne communique, sauf ses percĂ©es orales souvent injurieuses, que par ses “carnets de conversation”. Ce repli exacerbe une inspiration rageuse, inĂ©dite, que ses proches dont Schindler (son secrĂ©taire), l’éditeur Diabelli (pour lequel il reprend en 1822, les Variations “Diabelli” qu’il avait laissĂ©es inachevĂ©es en 1820), ou Czerny (son Ă©lĂšve)
 admirent totalement. De surcroĂźt, si les princes d’hier sont partis ou dĂ©cĂ©dĂ©s tels Kinsky, Lichnowsky, Lobkowitz,
surtout Rassoumowsky (qui a rejoint la Russie aprùs l’incendie
dĂ©vastateur de son palais et de ses collections en 1814), le compositeur bĂ©nĂ©ficie toujours d’un soutien puissant en la personne de l’Archiduc Rodolphe, fait donc cardinal, et aussi archevĂȘque d’OlmĂŒtz en Moravie.

 

 

Vaincre la fatalité :
une messe pour le genre humain qui doit toucher le cƓur

 

 

beethoven 220 220px-BeethovenA l’origine liturgique, la Missa Solemnis prend une ampleur qui dĂ©passe le simple cadre d’un service ordinaire. Messe pour le genre humain, d’une bouleversante piĂ©tĂ© collective et individuelle, l’oeuvre porte sang, sueur et ferveur d’un compositeur qui s’est engagĂ© totalement dans sa conception. FidĂšle au credo de Beethoven, l’oeuvre Michel-AngĂ©lesque (choeur, orgue, orchestre important), exprime le chant passionnĂ© d’un homme dĂ©sirant ardemment vaincre la fatalitĂ©. Exigeant quant Ă  l’articulation du texte et l’explicitation des vers sacrĂ©s, Beethoven choisit avec minutie chaque forme et dĂ©veloppement musical. A la vĂ©ritĂ© et Ă  l’exactitude des options poĂ©tiques, le compositeur souhaite toucher au coeur : “venu du coeur, qu’il aille au coeur“, Ă©crit-il en exergue du Kyrie. ThĂ©ĂątraliĂ© rĂ©volutionnaire du Credo, vĂ©ritable acte de foi musical, mais aussi cri dĂ©chirant et tragique du Crucifixus, mĂ©ditation du Sanctus, intensitĂ© fervente du Benedictus (introduit par un solo de violon) puis de l’Agnus Dei, l’architecture touche par ses forces colossales, la vĂ©ritĂ© dĂ©sarmante de son propos: l’inquiĂ©tude de l’homme face Ă  son destin, son espĂ©rance en un Dieu misĂ©ricordieux et compatissant.

Cycle BEETHOVEN sur Arte les 2, 9, 16, 23 et 30 octobre 2016 SĂ»r de la qualitĂ© de sa nouvelle partition qui extrapole et transcende le genre de la Messe musicale, Beethoven voit grand pour la crĂ©ation de sa Solemnis. Il propose l’oeuvre aux Cours europĂ©ennes: Roi de Naples, Louis XVIII par l’entremise de Cherubini, mĂȘme au Duc de Weimar, grĂące Ă  une lettre destinĂ©e Ă  Goethe (qui ne daigne pas lui rĂ©pondre!)

En dĂ©finitive, la Missa Solemnis est crĂ©Ă©e Ă  Saint-PĂ©tersbourg le 7 avril 1824 Ă  l’initiative du Prince Galitzine, soucieux de faire crĂ©er les derniĂšres oeuvres du loup viennois, avec l’appui de quelques autres aristocrates influents. Beethoven assure ensuite une reprise Ă  Vienne, le 7 mai, de quelques Ă©pisodes de la Messe (Kyrie, Agnus Dei
), couplĂ©s avec la premiĂšre de sa Symphonie n°9. Le triomphe est sans prĂ©cĂ©dent: Vienne acclame alors son plus grand compositeur vivant, lequel totalement sourd, n’avait pas mesurĂ© immĂ©diatement le dĂ©lire et l’enthousiasme des auditeurs, rĂ©unis dans la salle du ThĂ©Ăątre de la Porte de Carinthie.

 

 

Beethoven: Missa Solemnis
ƒuvre composĂ©e entre 1818 et 1822

Illustrations: portraits de Beethoven. Beethoven composant la Missa (DR)

 

 

 
 

 
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Approfondir
MISSA SOLEMNIS de BEETHOVEN sur CLASSIQUENEWS
Par Nikolaus Harnoncourt
http://www.classiquenews.com/tag/missa-solemnis/

DOSSIER SPECIAL Missa Solemnis
https://www.classiquenews.com/beethoven-missa-solemnis-jardin-des-critiquesfrance-musique-dimanche-10-fvrier-2013-14h/

 

  

 

CD événement, compte rendu critique. Beethoven : Missa Solemnis : Nikolaus Harnoncourt (2015, 1 cd Sony classical)

harnoncourt beethoven missa solemnis ete 2015 2 cd sony classical review presentation annonce CLASSIQUENEWS critique cdCD Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Beethoven : Missa Solemnis : Nikolaus Harnoncourt (2015, 1 cd Sony classical). La Missa Solemnis de Beethoven : L’adieu Ă  la vie d’Harnoncourt. On connaĂźt Ă©videmment la rĂ©fĂ©rence de l’Ɠuvre, monument discographique indĂ©passable par sa fiĂšvre, sa poĂ©sie, son souffle collectif comme ses incises individuelles: la Missa Solemnis de Karajan enregistrĂ©e en 1985 (lĂ  aussi vĂ©ritable testament artistique du maĂźtre autrichien) qui reste le sommet de l’esthĂ©tique Karajan de l’enregistrement. Un autre immense chef qui nous a donc quittĂ© aprĂšs l’avoir livrĂ©e, Nikolaus Harnoncourt l’intrĂ©pide (nĂ© berlinois en 1929, dĂ©cĂ©dĂ© en mars 2016), nous offre sa propre vision de la Solemnis (dans cet album qui serait donc son dernier enregistrement chez Sony). Pour celui qui utilise les instruments d’Ă©poque pour non plus ressusciter les partitions du passĂ© mais bien les Ă©lectriser, le dĂ©fi de la Solemnis, arche morale et spirituelle est un but toujours ciblĂ©, un Graal. Or dĂšs 1954, la fondation de son propre ensemble Concentus Musicus Ă  Vienne indique dĂ©sormais la voie de la rĂ©surrection musicale. Jouer dans la joie. RecrĂ©er par la rhĂ©torique et l’Ă©loquence servie, le mouvement de l’Ă©change, l’expressivitĂ© mordante, titillante du dialogue… Non plus divertir, mais dĂ©ranger le public et les interprĂštes, et les secouer mĂȘme s’il le faut. La direction toute d’attĂ©nuation sidĂ©rante dans la rĂ©solution finale de cette Solemnis, au rebondissement conclusif digne d’un opĂ©ra, atteint un degrĂ© de cohĂ©rence et d’extrĂȘme fragilitĂ© Ă  couper le souffle. Harnoncourt y invite le silence et le mystĂšre, inscrivant la fine ciselure instrumentale et collective dans l’ombre. Le dernier accord en ce sens est inscrit dans le silence, comme une rĂ©vĂ©rence depuis le dĂ©but prĂ©sente, enfin exprimĂ©e. L’effet relĂšve du miracle.

 

 

 

 

EnregistrĂ©e live en juillet 2015, la Missa Solemnis comporte le dernier Harnoncourt Ă  son sommet…

Testament spirituel de Nikolaus Harnoncourt

 

Harnoncourt_maestro nikolaus harnoncourt johann strauss coffret 7 cd Warner classicsC’est ce que nous enseigne et diffuse ce dernier enregistrement dĂ©diĂ© Ă  Beethoven. Ainsi conclut Harnoncourt le dĂ©fricheur visionnaire. Son irrespect tous azimut, sa dĂ©testation des postures, ont aiguisĂ© un esprit expĂ©rimentateur, fonciĂšrement, viscĂ©ralement libre dont CLASSIQUENEWS a mesurĂ© par un CLIC de mai 2016, l’excellence poĂ©tique, dans les Symphonies de Beethoven (n°4 et n°5, CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016 : lire notre critique complĂšte des Symphonies de Beethoven par Nikolaus Harnoncourt) ; Ă  croire qu’aprĂšs Mozart, Harnoncourt au final n’a respirĂ© que par le gĂ©nie de Bonn aprĂšs avoir approfondi comme peu, la gravitĂ© innocente de Wolfgang. On sait que Beethoven fut une source d’immense admiration et peut-ĂȘtre l’origine de sa vocation musicale, dĂ©couvrant ce qu’en tirait FurtwĂ€ngler : le feu de la vie, la source primordial du dĂ©sir fraternel, la volontĂ© humaniste. Le dernier Harnoncourt a rebours de bien des lectures molles et consensuelles nous apporte la preuve des bienfaits de l’audace, de la critique ; l’illumination qui naĂźt de la rĂ©vĂ©lation : le maestro sait le monde ; son dĂ©faitisme et son pessimisme en ont tĂ©moignĂ©. Ils ont exprimĂ© une expĂ©rience de la vie humaine : tout n’est qu’un vide criant, nourri par la bĂȘtise et la barbarie ordinaire ; il n’y a que l’art qui puisse nous sortir de la pensĂ©e rĂ©aliste, hideuse, incontournable. On y retrouve le regard parfois exorbitĂ© du maĂźtre (nyctalope ?), d’une sincĂ©ritĂ© irrĂ©sistible. Une clairvoyance dĂ©cuplĂ©e, dĂ©posĂ©e dans chacun de ses gestes, de ses phrases pour un orchestre miroir (rĂ©vĂ©lateur de ses propres visions, terreurs, espoirs). On s’y dĂ©lecte surtout de sa lecture fĂ©line et suave, Ă©ruptive, prĂȘte Ă  toutes les (re)dĂ©couvertes sur une partition dont le MaĂźtre ne cesse de rĂ©vĂ©ler l’ĂąpretĂ© expressive, la justesse poĂ©tique, la profonde humanitĂ©.

Harnoncourt au sommet !Voici donc le testament artistique (et sacrĂ©) du MaĂźtre Harnoncourt, enregistrĂ© sur le vif lors du dernier festival Styriarte fondĂ© par le chef Ă  Graz (Autriche), en juillet 2015. On y retrouve le mĂȘme pouvoir sidĂ©rant dĂ©tectĂ© dans ses derniĂšres Symphonies de Beethoven (4 et 5), complĂ©ment de la Solemnis, composant un dernier tĂ©moignage avant sa mort. Le souffle, la grandeur, une Ă©loquence ciselĂ©e qui ralentit volontiers les tempi, laisse s’Ă©panouir le sentiment collectif d’une pleine conscience, comme le relief des instruments anciens (flĂ»te, cors, hautbois) attestent Ă©videmment d’une rĂ©flexion sur la partition menĂ©e depuis des dĂ©cennies. AbordĂ©e dĂšs 1988, au moment de son premier Fidelio Ă  Hambourg, la Solemnis est une cathĂ©drale impressionnante dont le maestro restitue et soigne constamment l’esprit de clartĂ©, et aussi la sĂ©rĂ©nitĂ© “impĂ©nĂ©trable” (ce choeur fraternel semble nous renvoyer le miracle d’une humanitĂ© enfin rĂ©conciliĂ©e, plus irrĂ©elle que possible). Les sĂ©quences solistes et choeurs sont bouleversantes : cf l’”Amen” du finale de l’Et resurrexit ; traitĂ©es avec une tendresse intĂ©rieure nouvelle.

Eblouissant HarnoncourtL’oeuvre Ă©crite pour l’Ă©lĂ©vation d’un ascendant du chef lui-mĂȘme, l’archiduc Rodolphe d’Autriche (un ancien Ă©lĂšve de Beethoven) au titre d’ArchevĂȘque d’Olomouc, est conçue sur un long terme de 1817 Ă  1823. Sa grandeur n’Ă©carte pas son profond et grave questionnement : la concentration recueillie des solistes (dĂ©but du Sanctus); l’approfondissement spectaculaire et d’une majestĂ© qui reste secrĂšte dans le mystĂšre d’une rĂ©vĂ©lation silencieuse du Praeludium et du bouleversant Benedictus qui lui succĂšde, traduisent cette humanisme d’un Beethoven qui parle au cƓur, — instant de suspension ultime, oĂč comme si Ă  l’orchestre murmurant, caressant, il s’agissait des eaux qui se retirent pour dĂ©couvrir / envisager un monde nouveau ; le compositeur / le chef exprime(nt) sa/leur plus touchante priĂšre dans l’Ă©noncĂ© du violon solo (dialoguant avec les bois veloutĂ©s et suaves – basson, clarinette…, puis les solistes et le choeur) : priĂšre pour une humanitĂ© libĂ©rĂ©e de ses entraves. Le quatuor vocal rĂ©unit par Harnoncourt est irrĂ©sistible (la basse et ses phrasĂ©s : Ruben Drole saisit) : voilĂ  qui nous parle d’humanitĂ©, que d’humanitĂ©, en une effusion d’une sensibilitĂ© adoucie, rassĂ©rĂ©nĂ©e… Ă  pleurer.
Ce testament de Nikolaus Harnoncourt est un Ă©vĂ©nement, incontournable Ă  Ă©couter, mesurer, comprendre ; d’une vĂ©ritĂ© sincĂšre qui est souvent le propre des ultimes tĂ©moignages des maestros en leur fin sublime et dĂ©clinante (LIRE ici l’enregistrement sur le vif de la Symphonie n°9 de Bruckner par Claudio abbado avec l’Orchestre du festival de Lucerne, captĂ©e en aoĂ»t 2013 quelques mois avant sa disparition, publiĂ© par DG en 2015, elle aussi gravure superlative couronnĂ©e par le CLIC de CLASSIQUENEWS). La profonde acuitĂ© des accents, l’Ă©quilibre, la transparence et la clartĂ©, l’Ă©loquence chambriste de cette lecture saisissent. Harnoncourt est un architecte qui construit une dramaturgie d’une cohĂ©rence absolue : la derniĂšre sĂ©quence Dona nobis, imprĂ©cation Ă©noncĂ©e par la basse et le choeur d’une attĂ©nuation grave, inspirĂ©e par le renoncement en une couleur wagnĂ©rienne- Ă©tend dans sa premiĂšre phase, une langueur de sĂ©pulcre. Sans omettre l’unitĂ© recueillie, tendre et sereine du choeur et des solistes d’un bout Ă  l’autre, le crĂ©pitement permanent du geste, la quĂȘte de vĂ©ritĂ© dans la sincĂ©ritĂ© (quel style et quelle intonation chez les solistes ainsi “accordĂ©s”), la concentration continue frappent et singularisent une lecture qui deviendra lĂ©gendaire Ă  n’en pas douter (finale portĂ© par une espĂ©rance d’une sincĂ©ritĂ© retenue, pudique, franche). La vĂ©ritĂ© est beautĂ© : elle naĂźt du risque assumĂ©e, portĂ©e avec une grĂące inouĂŻe, sous la direction d’un chef qui donne tout.. puis s’enfonce dans le mystĂšre. Bouleversant. CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2016.

 

 

CLIC_macaron_2014CD événement, compte rendu critique : Beethoven, Missa Solemnis opus 123 (1823). Laura Aikin, Bernarda Fink, Johannes Chum, Ruben Noble. Arnold Schoenberg Chor, Concentus Musicus Wien. Nikolaus Harnoncourt, direction. 1 cd Sony classical. Enregistré à Graz (Autriche) en juillet 2015. CLIC de CLASSIQUENEWS.COM

 

LIRE aussi les derniĂšres Symphonies de Mozart, n°39,41 et 41, “oratorio instrumental” par Nikolaus Harnoncourt (Sony classical, 2014)