GSTAAD : Mikko Franck joue la Fantastique de BERLIOZ

gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582GSTAAD, lundi 31 aoĂ»t, Ă  19h30, BERLIOZ
 sous la tente de Gstaad Ă  nouveau, grand concert symphonique avec le Philharmonique de Radio France et son chef Mikko Franck : Symphonie fantastique de Berlioz et Concerto de Saint-SaĂ«ns (avec comme soliste le violoncelliste Gautier Capuçon). Le chef français transmet clartĂ©, transparence et fiĂšvre dramatique : sa direction est aujourd’hui l’une des plus passionnantes Ă  suivre… En 2019, le GSTAAD MENUHIN Festival cĂ©lĂšbre la musique française et Paris ! Sommet de la symphonique romantique française (1830), la Fantastique cristallise tous les songes et dĂ©mons intĂ©rieurs d’un Berlioz alors couronnĂ© par le Prix de Rome
 Vedette de ce festival MENUHIN 2019, Camille Saint-SaĂ«ns, qui n’eut jamais le Prix de Rome, rayonne aujourd’hui par son gĂ©nie musical dont le raffinement et l’élĂ©gance offre une alternative au wagnĂ©risme contemporain


vidéo PARIS !

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VOIR le TEASER PARIS ! / GSTAAD MENUHIN Festival 2019
http://www.classiquenews.com/teaser-video-gstaad-menuhin-festival-academy-2019-18-juil-6-sept-2019-a-paris-celebrationpas-de-classification/

réservez
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GSTAAD, Tente du festival
Samedi 31 août 2019, 19h30
Concert symphonique
Symphonie fantastique
Mikko Franck & Gautier Capuçon
Gautier Capuçon, violoncelle
Orchestre philharmonique de Radio-France (Paris)
Mikko Franck, direction

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/concerts-2019/concert-symphonique-31-08-19

BERLIOZ et SAINT-SAËNS : le romantisme français à GSTAAD
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Pour Harriet, muse et bientĂŽt Ă©pouse… 10 ans aprĂšs un premier essai pour violoncelle (Suite, sur le modĂšle de JS BACH), Saint-SaĂ«ns compose son 1er Concerto pour violoncelle en la mineur en 1872. L’époque est au nĂ©oclassicisme et le raffinement du compositeur, auteur de Samson et Dalila maĂźtrise idĂ©alement les notions d’éclectisme et de recyclage. Saint-SaĂ«ns innove : plutĂŽt que trois tradtionnels mouvements, un seul mouvement, en trois parties enchaĂźnĂ©es selon une idĂ©e de Franz Liszt dont la forme cyclique est emblĂ©matique d’une nouvelle audace
 partagĂ©e d’ailleurs par Berlioz. La partition est dĂ©diĂ©e au violoncelliste belge Auguste Tolbecque,

PARIS, 1830: Ă  27 ans, Berlioz se passionne corps et Ăąme pour l’actrice irlandaise, interprĂšte de Shakespeare (OphĂ©lie) qu’il vient applaudir Ă  l’OdĂ©on : Harriet Smithson. La fĂšvre amoureuse emporte le gĂ©nie berliozien, qui cependant, mĂȘme s’il finira par Ă©pouser le sujet de sa passion, doit affronter rĂ©sistance, refus, valse-hĂ©sitation
 toujours l’esprit du compositeur romantique est brimĂ© par la frustration, le sentiment de solitude, la trahison, la perte
 autobiographique, relatant les Ă©tats psychologiques (pour le moins tourmentĂ©s) du hĂ©ros, la Fantastique a dĂ©jĂ  une ambition spatiale malhĂ©rienne, dĂ©passe les Ă©pisodes de sa trame narrative (les fameux 5 parties prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits dans le programme rĂ©digĂ©s par l’auteur), Ă©voque, exprime, plus qu’elle ne dĂ©crit. 10 jours avant la date prĂ©vue pour la crĂ©ation, Berlioz achĂšve le manuscrit (mai 1830). Finalement, l’Ɠuvre rĂ©volutionnaire est crĂ©Ă©e le 5 dĂ©cembre (grande salle du Conservatoire de Paris), c’est un triomphe : les enfants du romantisme Ă  Paris, ont trouvĂ© leur idĂŽle. Par la suite, Berlioz imagine une suite Ă  la Fantastique, premier volet prolongĂ© par un mĂ©lologue (il aime innover toujours) : intitulĂ© «Lelio ou le retour Ă  la vie». De fait, la Fantastique met Ă  rude Ă©preuve, instrumentistes, chef et public : les vertiges et les passions, entre raison et dĂ©raison, dĂ©sir et haine, visions dĂ©moniaques et tentation du suicide, entre exacerbation et implosion, finissent de renouveler totalement l’écriture orchestrale en 1830. Il faut bien « un retour Ă  la vie » pour redescendre de tant de sommets Ă©motionnels.

BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict dont le Philharmonique de Radio France joue l’ouverture, est le seul opĂ©ra italien de Berlioz, conçu comme une comĂ©die enjouĂ©e, inspirĂ©e de la piĂšce « Beaucoup de bruit pour rien » / « Much Ado About Nothing » de Shakespeare. Comme pour beaucoup de ses Ɠuvres nouvelles, trop audacieuses, l’opĂ©ra est d’abord crĂ©Ă© hors de France, en Allemagne : un premier acte est composĂ© en 1833, puis crĂ©Ă© au Festival de Bade en 1860, grĂące Ă  la commande de son directeur Edouard BĂ©nazet. Puis deux actes sont produits en 9 aoĂ»t 1862 Ă  Baden-Baden. L’écriture virtuose, nerveuse, exprime dans la Sicile du XVIe siĂšcle (Renaissance), les exaltations contradictoires du cƓur qui agitent les deux jeunes amants, d’abord rĂ©ticents voire antagonistes jusqu’à leur union finale
 incertitudes et vellĂ©itĂ©s du sentiment sont au cƓur de l’opĂ©ra Berliozien.

Programe : Berlioz / Saint-Saëns
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Hector Berlioz (1803–1869)‹OuvertĂŒre zur Oper «BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte» 10’

Camille Saint-SaĂ«ns (1835–1921)‹Cellokonzert Nr. 1 a-Moll op. 33 25’
Allegro non troppo, Allegro con moto, Molto allegro

Hector Berlioz (1803–1869)‚«Symphonie fantastique» 60’
Premier mouvement: RĂȘveries – Passions
Deuxiùme partie: Un bal‹Troisiùme partie: Scùne aux champs
QuatriĂšme partie: Marche au supplice
Cinquiùme partie: Songe d’une nuit du sabbat

GAUTIER CAPUÇON, Violoncelle
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE RADIO FRANCE (PARIS)
MIKKO FRANCK, direction

GSTAAD, lundi 31 aoĂ»t, Ă  19h30, BERLIOZ, SAINT-SAËNS 


gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582GSTAAD, lundi 31 aoĂ»t, Ă  19h30, BERLIOZ
 sous la tente de Gstaad Ă  nouveau, grand concert symphonique avec le Philharmonique de Radio France et son chef Mikko Franck : Symphonie fantastique de Berlioz et Concerto de Saint-SaĂ«ns (avec comme soliste le violoncelliste Gautier Capuçon). Le chef français transmet clartĂ©, transparence et fiĂšvre dramatique : sa direction est aujourd’hui l’une des plus passionnantes Ă  suivre… En 2019, le GSTAAD MENUHIN Festival cĂ©lĂšbre la musique française et Paris ! Sommet de la symphonique romantique française (1830), la Fantastique cristallise tous les songes et dĂ©mons intĂ©rieurs d’un Berlioz alors couronnĂ© par le Prix de Rome
 Vedette de ce festival MENUHIN 2019, Camille Saint-SaĂ«ns, qui n’eut jamais le Prix de Rome, rayonne aujourd’hui par son gĂ©nie musical dont le raffinement et l’élĂ©gance offre une alternative au wagnĂ©risme contemporain


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GSTAAD, Tente du festival
Samedi 31 août 2019, 19h30
Concert symphonique
Symphonie fantastique
Mikko Franck & Gautier Capuçon
Gautier Capuçon, violoncelle
Orchestre philharmonique de Radio-France (Paris)
Mikko Franck, direction

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BERLIOZ et SAINT-SAËNS : le romantisme français à GSTAAD
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Pour Harriet, muse et bientĂŽt Ă©pouse… 10 ans aprĂšs un premier essai pour violoncelle (Suite, sur le modĂšle de JS BACH), Saint-SaĂ«ns compose son 1er Concerto pour violoncelle en la mineur en 1872. L’époque est au nĂ©oclassicisme et le raffinement du compositeur, auteur de Samson et Dalila maĂźtrise idĂ©alement les notions d’éclectisme et de recyclage. Saint-SaĂ«ns innove : plutĂŽt que trois tradtionnels mouvements, un seul mouvement, en trois parties enchaĂźnĂ©es selon une idĂ©e de Franz Liszt dont la forme cyclique est emblĂ©matique d’une nouvelle audace
 partagĂ©e d’ailleurs par Berlioz. La partition est dĂ©diĂ©e au violoncelliste belge Auguste Tolbecque,

PARIS, 1830: Ă  27 ans, Berlioz se passionne corps et Ăąme pour l’actrice irlandaise, interprĂšte de Shakespeare (OphĂ©lie) qu’il vient applaudir Ă  l’OdĂ©on : Harriet Smithson. La fĂšvre amoureuse emporte le gĂ©nie berliozien, qui cependant, mĂȘme s’il finira par Ă©pouser le sujet de sa passion, doit affronter rĂ©sistance, refus, valse-hĂ©sitation
 toujours l’esprit du compositeur romantique est brimĂ© par la frustration, le sentiment de solitude, la trahison, la perte
 autobiographique, relatant les Ă©tats psychologiques (pour le moins tourmentĂ©s) du hĂ©ros, la Fantastique a dĂ©jĂ  une ambition spatiale malhĂ©rienne, dĂ©passe les Ă©pisodes de sa trame narrative (les fameux 5 parties prĂ©cisĂ©ment dĂ©crits dans le programme rĂ©digĂ©s par l’auteur), Ă©voque, exprime, plus qu’elle ne dĂ©crit. 10 jours avant la date prĂ©vue pour la crĂ©ation, Berlioz achĂšve le manuscrit (mai 1830). Finalement, l’Ɠuvre rĂ©volutionnaire est crĂ©Ă©e le 5 dĂ©cembre (grande salle du Conservatoire de Paris), c’est un triomphe : les enfants du romantisme Ă  Paris, ont trouvĂ© leur idĂŽle. Par la suite, Berlioz imagine une suite Ă  la Fantastique, premier volet prolongĂ© par un mĂ©lologue (il aime innover toujours) : intitulĂ© «Lelio ou le retour Ă  la vie». De fait, la Fantastique met Ă  rude Ă©preuve, instrumentistes, chef et public : les vertiges et les passions, entre raison et dĂ©raison, dĂ©sir et haine, visions dĂ©moniaques et tentation du suicide, entre exacerbation et implosion, finissent de renouveler totalement l’écriture orchestrale en 1830. Il faut bien « un retour Ă  la vie » pour redescendre de tant de sommets Ă©motionnels.

BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict dont le Philharmonique de Radio France joue l’ouverture, est le seul opĂ©ra italien de Berlioz, conçu comme une comĂ©die enjouĂ©e, inspirĂ©e de la piĂšce « Beaucoup de bruit pour rien » / « Much Ado About Nothing » de Shakespeare. Comme pour beaucoup de ses Ɠuvres nouvelles, trop audacieuses, l’opĂ©ra est d’abord crĂ©Ă© hors de France, en Allemagne : un premier acte est composĂ© en 1833, puis crĂ©Ă© au Festival de Bade en 1860, grĂące Ă  la commande de son directeur Edouard BĂ©nazet. Puis deux actes sont produits en 9 aoĂ»t 1862 Ă  Baden-Baden. L’écriture virtuose, nerveuse, exprime dans la Sicile du XVIe siĂšcle (Renaissance), les exaltations contradictoires du cƓur qui agitent les deux jeunes amants, d’abord rĂ©ticents voire antagonistes jusqu’à leur union finale
 incertitudes et vellĂ©itĂ©s du sentiment sont au cƓur de l’opĂ©ra Berliozien.

Programe : Berlioz / Saint-Saëns
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Hector Berlioz (1803–1869)‹OuvertĂŒre zur Oper «BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dicte» 10’

Camille Saint-SaĂ«ns (1835–1921)‹Cellokonzert Nr. 1 a-Moll op. 33 25’
Allegro non troppo, Allegro con moto, Molto allegro

Hector Berlioz (1803–1869)‚«Symphonie fantastique» 60’
Premier mouvement: RĂȘveries – Passions
Deuxiùme partie: Un bal‹Troisiùme partie: Scùne aux champs
QuatriĂšme partie: Marche au supplice
Cinquiùme partie: Songe d’une nuit du sabbat

GAUTIER CAPUÇON, Violoncelle
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE RADIO FRANCE (PARIS)
MIKKO FRANCK, direction

Ermonela Jaho chante Madame Butterfly sur France 5

pucciniFRANCE 5. Le 13 juillet 2016, 20h55. Mikko Franck dirige Madama Butterfly de Puccini, aux ChorĂ©gies d’Orange.  Un Ă©vĂ©nement suffisamment important pour ĂȘtre diffusĂ© en direct sur France 3, France 5 et culturebox simultanĂ©ment. Il est vrai que le chef finnois sait embraser un orchestre, insufflant une puissance irrĂ©sistible sans jamais sacrifier la ciselure instrumentale : une attention parfaite d’autant plus adaptĂ©e Ă  la palette orchestrale du Puccini, immense orchestrateur dont les couleurs et les atmosphĂšres, dans Madama Butterfly ou dans Turandot (son autre opĂ©ra oriental, mais celui-ci se dĂ©roulant en Chine) Ă©galent les meilleurs peintres de son temps. Madame Butterfly, l’opĂ©ra japonais de Giacomo Puccini fait les beaux soirs du ThĂ©Ăątre antique d’Orange, par l’Orchestre philharmonique de Radio France, accompagnĂ© des chƓurs des opĂ©ras d’Avignon, Nice et Toulon sous la direction de l’excellent Mikko Franck, – chef charismatique taillĂ© pour le souffle lyrique et qui a prĂ©cĂ©demment marquĂ© les esprits Ă  Orange dĂ©jĂ , dans une Tosca (du mĂȘme Puccini), Ă  la fois grandiose et psychologique. Nagasaki, 1904. Un jeune officier amĂ©ricain de passage, Benjamin Franklin Pinkerton Ă©pouse une geisha de quinze ans, Cio-Cio-San (en japonais « Madame Papillon »). Simple divertissement exotique ou parodie nuptiale sans consĂ©quence pour lui, le mariage est pris trĂšs au sĂ©rieux par la jeune Japonaise. D’autant qu’aprĂšs la cĂ©rĂ©monie, Cio Cio San tombe rapidement enceinte
 mais l’insouciant jeune officier repart en AmĂ©rique. EspĂ©rant son retour, elle lui reste fidĂšle et refuse de nombreuses propositions de mariage. Trois ans plus tard, Pinkerton revient au Japon avec sa nouvelle Ă©pouse amĂ©ricaine. Quand Cio-Cio-San comprend la situation, – Pinkerton est mĂ©rite Ă  une autre et l’a donc tout simplement abandonnĂ©e, elle leur abandonne son enfant et se donne la mort par jigai en se poignardant.

 

 

 

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Dans le rĂŽle-titre de la tragique et bouleversante geisha, la soprano albanaise Ermonela Jaho incarne les blessures d’une hĂ©roĂŻne sacrifiĂ©e ; en elle, se cristallise les contradictions d’une sociĂ©tĂ© conquĂ©rante au fort parfum colonialiste, s’autorisant ainsi ce qui pourrait ĂȘtre assimilĂ© Ă  de la prostitution organisĂ©e ou au tourisme sexuel
 l’officier amĂ©ricain prend du bon temps sans penser Ă  consĂ©quence ; c’est pourtant tout un destin qui se joue pour la jeune femme. Le jeune tĂ©nor Brian Hymel chante la partie de l’officier amĂ©ricain Pinkerton. Rares les chefs capables de finesse orientaliste, et sous la couleur exotique, de profondeur psychologique. La sincĂ©ritĂ© du rĂŽle de Butterfly, la vĂ©ritĂ© qui Ă©mane de façon bouleversante de la fameuse scĂšne de son suicide est l’un des temps forts de l’opĂ©ra italien parmi les plus intenses jamais Ă©crits pour la scĂšne. Avec LiĂč (Turandot), Mimi (La BohĂšme), Cio Cio San Ă©claire dans l’écriture de Puccini, ce souci de vĂ©ritĂ© psychologique dĂ©diĂ© aux femmes spĂ©cifiquement, figures angĂ©liques et tragiques et sacrifiĂ©es mais d’une grandeur morale sans pareille. La soirĂ©e du mercredi 13 juillet 2016 est le temps fort des ChorĂ©gies d’Orange 2016.

France 5, en direct d’Orange. Puccini : Madame Butterfly. Mercredi 13 juillet 2016 sur France 5 à 20h30 et sur culturebox.fr/choregies

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 Au cours de l’étĂ© 1900, Puccini tombe en admiration devant la piĂšce de David Belasco, Madame Butterfly, adaptĂ©e d’une nouvelle de John Luther, plagiat du roman de Pierre Loti, Madame ChrysanthĂšme. Les librettistes attitrĂ©s de Puccini, Illica et Giacosa, transposent pour la scĂšne lyrique, ce drame exotique. Le compositeur tenait à un drame en deux actes, mais Giacosa Ă©tait persuadĂ© qu’une articulation en trois actes Ă©tait prĂ©fĂ©rable. L’opĂ©ra fut prĂ©sentĂ© en deux actes Ă  la Scala de Milan en fĂ©vrier 1904. Ce fut un Ă©chec retentissant pour Puccini. L’Ɠuvre disparut, dĂ©truite par la critique. Puccini tint compte nĂ©anmoins des avis exprimĂ©s et des rĂ©serves des auditeurs ; il remania son opĂ©ra en trois actes et le prĂ©senta dans sa version revisitĂ©e en mai 1904 Ă  Brescia. Dans sa seconde version, l’ouvrage connut cette fois un triomphe qui n’a jamais faibli.

France 5 et culturebox le 13 juillet 2016 — en direct d’Orange sur France Musique, mardi 12 juillet 2016, 20h30. Puccini : Madame Butterfly. DurĂ©e : 2h20mn- PrĂ©sentation : Claire Chazal – Direction musicale : Mikko Franck – Mise en scĂšne : Nadine Duffaut – ScĂ©nographie : Emmanuelle Favre

A voir ensuite sur France 3, deux soirĂ©es spĂ©ciales consacrĂ©es aux ChorĂ©gies d’Orange avec notamment la diffusion du Requiem de Verdi et de La Traviata de Verdi.

Ermonela Jaho
 la diva dont on parle. Certains en France ne la connaissent pas encore vraiment : Ermonela Jaho, nĂ© en Albanie en 1974. Sa prochaine performance en Cio Cio San dans Madama Butterly de Puccini Ă  Orange (9 et 12 juillet 2016, sous la direction de l’excellent Mikko Franck, actuel directeur musical du Philharmonique de Radio France) pourrait bien ĂȘtre une opportunitĂ© pour se faire connaĂźtre du grand public et des mĂ©lomanes en gĂ©nĂ©ral.

 

 

ERMONELA JAHO, une CIO CIO SAN ATTENDUE

 

 

Ermolena Jaho chante Butterfly Ă  Orange

 

 

Pourtant la soprano albanaise s’est dĂ©jĂ  produite aux ChorĂ©gies d’Orange (MichaĂ«la dans Carmen en 2008 c’était elle). Ermonela Jaho connaĂźt bien le rĂŽle de la jeune geisha trompĂ©e sacrifiĂ©e et finalement suicidaire : elle l’a chantĂ© dĂšs 2015 Ă  l’OpĂ©ra Bastille dans la mise en scĂšne de Bob Wilson.  Une vision pourtant statique, et peut-ĂȘtre trop distanciĂ©e qui n’a pas empĂȘchĂ© la diva d’exprimer avec une rare intensitĂ© la jeunesse, la douceur, la tendresse dĂ©sarmante d’une amoureuse sincĂšre Ă  laquelle le monde des hommes ment en permanence
 Car c’est une jeune femme, adolescente encore (16 ans)
. comme Manon Lescaut (de Puccini, un rĂŽle qu’elle vient d’aborder en avril 2016 Ă  Munich) ou encore La Traviata (Violetta ValĂ©ry), autant d’hĂ©roĂŻnes tragiques et irrĂ©sistibles Ă  l’opĂ©ra, qui sont de trĂšs jeunes idoles.  Le chant tout en ciselure et finesse vocale devrait convenir Ă  la soprano particuliĂšrement exposĂ©e les 9 et 12 juillet prochains : un nouveau dĂ©fi dans sa carriĂšre, et certainement une revanche Ă  prendre pour celle Ă  qui on avait dit qu’elle y laisserait sa voix. Pourtant aprĂšs les Tebaldi, Scotto, Freni
 Ermonela Jaho ne s’en laisse pas compter et chante toujours en 2016, un rĂŽle taillĂ© pour elle; un rendez vous Ă  ne pas manquer cet Ă©tĂ© 2016 Ă  Orange.

 

AprĂšs Cio CIo San, Ermonela Jaho revient Ă  Paris, OpĂ©ra Bastille, pour y chanter Antonio des Contes d’Hoffmann (3-27 novembre 2016). Rappelons que la soprano albanaise a fait ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra Bastille dans La Traviata en 2014 dĂ©jĂ .

 

 

 

 

Concert PrĂ©sences 2016 – 1 : Francesconi, Dutilleux

Capture d’écran 2016-01-04 Ă  08.38.24Festival PrĂ©sences 2016. Francesconi, Dutilleux… Le 5 fĂ©vrier, 20h. Paris, Maison de la Radio. Auditorium. 4 compositeurs sont au programme du premier concert PrĂ©sences 2016, engageant toutes les ressources musicales et humaines maison (MaĂźtrise, ChƓur et Orchestre Philharmonique de Radio France). Mikko Franck ouvre la 26 Ăšme Ă©dition du festival PrĂ©sences avec un programme nourri d’inspirations diverses : symbolique chez Thierry PĂ©cou, poĂ©tique avec Fausto Romitelli, prophĂ©tique avec Bread, Water and Salt de Luca Francesconi d’aprĂšs des fragments signĂ©s Nelson Mandela. Avec, pour conclure, un classique du XXe siĂšcle, qui cĂ©lĂ©brera le centenaire de son auteur : Timbres, espace, mouvement de Dutilleux. LIRE aussi notre prĂ©sentation complĂšte du Festival PrĂ©sences 2016, Oggi l’Italia, du 5 au 14 fĂ©vrier 2016.

Festival PrĂ©sences 2016 : Oggi l’Italia. CONCERT 1 / 14

Festival PrĂ©sences 2016 : Oggi l’Italia
Paris, Maison de la Radio. Auditorium
Vendredi 5 février 2016, 20h
Concert inaugural : 1 / 14

Luca Francesconi
Bread, Water and Salt* (CF, CRF/Fondation Santa Cecilia)

Thierry PĂ©cou
Soleil rouge** (CM, CRF/Opéra de Rouen Normandie)

Henri Dutilleux
Timbres, espace, mouvement ou La Nuit étoilée

Fausto Romitelli
The Poppy in the Cloud

Pumeza Matschikiza soprano*
Hakan Hardenberger trompette**

MaĂźtrise, Choeur et Orchestre Philharmonique de Radio France
Sofi Jeannin chef de choeur
Mikko Franck direction

Les réservations pour ce concert (gratuit) seront ouvertes à partir du 23 janvier 2016

Réservations, informations, modalités pratiques :
http://www.maisondelaradio.fr/evenement/festival-presences/presences-2016-italie-1

Concert diffusé en direct sur France Musique

Compte rendu, opĂ©ra. Orange, ChorĂ©gies. Bizet : Carmen. Le 14 juillet 2015. Orchestre Philharmonique de radio France. ChƓurs des OpĂ©ras d’Angers-Nantes, du Grand Avignon et de Nice. MaĂźtrise des Bouches-du-RhĂŽne. Direction musicale : Mikko Franck. Mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes : Louis DĂ©sirĂ©.

5 carmen_philippegromelle2Les Espagnols, nous ne dĂ©testons rien tant que l’interprĂ©tation hyper coloriste de notre couleur locale, surtout de cette Andalousie que, par une synecdoque abusive autrefois imposĂ©e par le franquisme, on a longtemps donnĂ©e comme la partie pour le tout d’une Espagne plurielle et diverse. Aussi applaudit-on Ă  cette vision de Carmen, Ă©purĂ©e d’espagnolisme de façade, d’espagnolade pour caricaturales « fiestas » bachiques et sanglantes, que nous offre la mise en scĂšne de Louis DĂ©sirĂ©, dont les somptueux et sombres Ă©clairages de Patrick MĂ©eĂŒs mettent, paradoxalement, en lumiĂšre, la profonde noirceur hispanique, l’ñme tragique au milieu de la fĂȘte, la cĂ©lĂ©bration de la vie au bord du prĂ©cipice : allure et figure jusqu’à la sĂ©pulture. IncarnĂ©e par l’Espagnole Carmen qui, si « elle chante  de la musique française », ce dont on donne acte Ă  Louis DĂ©sirĂ© dans sa note, n’enchante pas moins par une musique qui emprunte Ă  l’Espagne certains  de ses rythmes, comme la sĂ©guedille, le polo prĂ©lude Ă  l’Acte IV inspirĂ© du Poeta calculista du fameux Manuel GarcĂ­a, pĂšre andalou de la Malibran et de Pauline Viardot GarcĂ­a qui venait d’en Ă©diter des Ɠuvres et, surtout, l’emblĂ©matique habanera, « L’amour est un oiseau rebelle », que Bizet reprend du sensuel et humoristique El arreglito de son ami espagnol SebastiĂĄn Iradier, auteur de La paloma, professeur de musique de l’impĂ©ratrice espagnole EugĂ©nie de Montijo, qu’il a l’élĂ©gance de citer. Mais l’art n’a pas de frontiĂšres, les gĂ©nies prennent leur bien oĂč ils le trouvent et, d’aprĂšs un texte trĂšs justement espagnol de MĂ©rimĂ©e, la française et hispanique Carmen de Bizet est universelle, figure mythique sur laquelle nous nous sommes dĂ©jĂ  penchĂ©s, et, personnellement, sur son clair-obscur sexuel .

Carmen au Théùtre Antique : nocturne goyesque à Orange

Héros déracinés et ligotés, illusion de liberté

Je ne reviendrai pas sur tout ce que j’ai pu Ă©crire sur les personnages, dĂ©racinĂ©s, ligotĂ©s par la sociĂ©tĂ©, condamnĂ©s Ă  une errance, Ă  la fuite : Don JosĂ©, nobliau navarrais, arrachĂ© Ă  sa contrĂ©e par une affaire d’honneur et de meurtre, rĂ©duit Ă  ĂȘtre dĂ©classĂ©, soldat, dĂ©gradĂ©, emprisonnĂ© puis contrebandier contre sa volontĂ©, aux antipodes nationaux de chez lui, dans cette Andalousie oĂč il reste fondamental Ă©tranger ; sa mĂšre qui l’a suivi dans un proche village, conscience du passĂ©, du terroir, des valeurs locales, et cette MicaĂ«la, orpheline venue d’on ne sait oĂč, escortant la mĂšre et suivant JosĂ© ; ces contrebandiers, passant d’un pays (Gibraltar anglais) Ă  l’autre, sans oublier ces femmes, ces ouvriĂšres, sans doute fixĂ©es dans l’usine, par la nĂ©cessitĂ© esclavagiste du travail, mais peut-ĂȘtre bientĂŽt enracinĂ©es par un mariage donnant au mĂąle nomade la fixitĂ© contrainte du foyer : la femme soumise ne peut que procrĂ©er des fillettes dans le rang sinon des filles soumises, des fillettes dĂ©jĂ  esclaves, avant d’ĂȘtre l’objet de la convoitise brutale de la troupe des hommes, dont seule Carmen, avec son art de l’esquive, se tire un moment. Les petits garçons sont aussi formatĂ©s par l’ordre social, « comme de petits soldats », avant d’ĂȘtre des grands, gardiens de l’ordre corsetĂ© et oppressif.

Don JosĂ© est d’entrĂ©e l’homme prisonnier, ligoté : de ses prĂ©jugĂ©s, de sa chastetĂ©, de son uniforme. Fils soumis Ă  la MĂšre, dont la maternelle MicaĂ«la apporte le message,  Ă  la MĂšre Ă©glise, Ă  la MĂšre Patrie: homme enfant malgrĂ© les apparences. Carmen, apparemment prisonniĂšre et ligotĂ©e par lui, lui offrira l’occasion de la libertĂ© mais oiseau rebelle, papillon insaisissable, elle sera finalement Ă©pinglĂ©e, fixĂ©e par le couteau d’une implacable loi.

RÉALISATION

Cartes sur table, sur scÚne : la donne du destin

Dans une obscuritĂ© augurale, sans doute du destin indĂ©chiffrable, vague lumiĂšre qui fait hĂ©siter entre rĂȘve et Ă©veil, ou goyesque cauchemar plein de formes inconnues qui envahissent la scĂšne, une foule grouillante se prĂ©cise, femmes en peu seyantes robes orange ou marron (Louis DĂ©sirĂ©), soldats en uniformes noirs, et, au milieu, se dĂ©tache la lumineuse blancheur de l’habit de Carmen, un bouquet de roses sanglantes de rougeur Ă  la main. L’ouverture sonne, lancĂ©e par un enfant et s’anime dĂ©jĂ  du drame : JosĂ©, seul, cartes Ă  la main, Carmen s’avance vers lui comme la fatalitĂ©, dĂ©jĂ  voile de deuil sur la tĂȘte, lui jetant les fleurs sur le thĂšme du destin. D’avance, tout est dit, Ă©crit. L’on comprend ces cartes gĂ©antes posĂ©es comme au hasard, comme en Ă©quilibre instable, de guingois, contre la soliditĂ© du mur antique : la vie comme un fragile chĂąteau de cartes dont on sent le possible et inĂ©luctable Ă©croulement sur les hĂ©ros confrontĂ©s, pour l’heure vide de sens, Ă  l’envers, simples somptueux tapis de sol qui ne s’éclaireront qu’à l’heure fatale dĂ©cidĂ©e par un destin obscur qui Ă©chappe aux hommes et Ă  Carmen mĂȘme qui le connaĂźt : pique et carreau. Ces cartes se dĂ©clineront, mises en abĂźme, en Ă©ventails et cartes en main, Ă  jouer, de tous les personnages : chacun a la main, mais aucun l’atout dĂ©cisif : « Le destin est le maĂźtre », reconnaĂźtra Carmen. Tout converge intelligemment vers l’air fatidique des cartes oĂč la clartĂ© impitoyable du destin s’éclaire tragiquement Ă  leur lecture.

Autre lumiĂšre dans cette ambiante obscuritĂ©, le magnifique effet solaire des doublures dorĂ©es des soldats fĂȘtant Escamillo ou, moins rĂ©ussi, trop clinquant, le dĂ©filĂ© des « cuadrillas » en habits de lumiĂšre Ă©clairant heureusement le ridicule des faux hĂ©ros de la virilitĂ© et du courage que sont les toreros.

On admire d’autres trouvailles : les lances des dragons plantĂ©es sur le sol Ă  la fois herse, dĂ©fense, agression possible et prison pour Don JosĂ©, habitĂ© dĂ©jĂ  du rĂȘve de la taverne de Pastia, traversĂ© par l’ombre, les ombres de Carmen robe d’une sobre Ă©lĂ©gance espagnole, en mantille, devenant filet, rets d’un sortilĂšge jetĂ© sur le pauvre brigadier, Carmen signifiant aussi, en espagnol, ‘charme’, ‘magie’.  La corde, Ă©galement, circulera comme signe des liens de l’amour, du destin, de l’impossible libertĂ© sauf dans la mort, et mĂȘme de l’évasion plaisante du quintette qui a un rythme de galop digne d’Offenbach. Il y a aussi cette magnifique idĂ©e, enchaĂźnant la fin du III avec l’acte IV, la cape de matador (‘tueur’, en espagnol) dont Escamillo couvre galamment Carmen, devenant sa parure de mort prochaine. Enfin, la fleur se dissĂ©mine aussi dans le parcours, offerte d’abord par ZĂșñiga Ă  Carmen, par Carmen Ă  Don JosĂ© depuis l’ouverture, avec son acmĂ©, son sommet dans l’air de la fleur, puis par le torero Ă  la gitane, finalement traces de sang sur son corps sacrifiĂ© par JosĂ© sur la carte fatidique.

Le privilĂšge des proches places de la presse se retourne, hĂ©las, contre la vision d’ensemble : effet de la perspective, toute cette foule nourrie de choristes semble s’accumuler, s’écraser sur l’avant-scĂšne, occupant ou saturant l’espace Ă©troit laissĂ© par les superbes cartes adossĂ©es contre le fond. Mais, vu Ă  la tĂ©lĂ©vision, le dispositif, en plongĂ©e, prend son sens, a une indĂ©niable beautĂ© plastique et picturale qui saisit et sĂ©duit. Les cartes rĂ©vĂ©lĂ©es par la lumiĂšre font rĂȘver. Et, ce que la distance semblait diluer du jeu des chanteurs se magnifie par des gros plans qui Ă©meuvent par la beautĂ© et le jeu intense et nuancĂ© des interprĂštes, dignes du cinĂ©ma. Cette production tĂ©lĂ© aura bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un exceptionnel rĂ©alisateur qui a captĂ© l’essence de cette mise en scĂšne, Andy Sommer.

INTERPRÉTATION

mikko frank dirigeantCe dĂ©but avec tout ce monde serrĂ© sur l’obscuritĂ© du plateau, forcĂ©ment contraint dans ses mouvements, ne pouvait donner au chef Mikko Franck l’occasion de faire briller une ouverture en discordance avec la tonalitĂ© ombreuse du plateau. Quelques malotrus, tous Ă  jardin et groupĂ©s, donc dirigĂ©s, se permettront des huĂ©es inconvenantes. Sortant d’une excessive tradition coloriste, quelques tempi sont lents aux oreilles de certains, mais quelle mise en valeur du crescendo, partant d’une lenteur inquiĂ©tante de l’abord de la chanson gitane qui, de sa contention premiĂšre, Ă©clate en folle rage festive sur les cris des trois danseuses ! Et le quintette menĂ© Ă  un train d’enfer ! Cette approche, impressionniste, impressionne par la mise en valeur des timbres, des couleurs d’une dĂ©licatesse toute mozartienne de l’instrumentation plus que de l’orchestration de Bizet. Le problĂšme est, peut-ĂȘtre, que la mise en scĂšne symbolique avec ces cartes matĂ©rialisant le destin, visant le mythe, demandait sans doute plus de simplification des lignes que de rutilance des dĂ©tails. Les chƓurs, malgrĂ© des craintes sur l’encombrement de la scĂšne, tirent leur Ă©pingle du jeu et les enfants, trĂšs engagĂ©s, se paient, bien sĂ»r, un triomphe.

On nous a Ă©pargnĂ©, par des chanteurs Ă©trangers mĂȘme Ă  la parfaite diction, les passages parlĂ©s de cet opĂ©ra-comique Ă  l’origine, guĂšre intĂ©ressants (qui comprend aujourd’hui l’histoire de l’épinglette qui justifie le moqueur « épinglier de mon cƓur de Carmen Ă  José ?). Les rĂ©citatifs de Guiraud sont concis et percutants (« Peste, vous avez la main leste ! »), ou sonnent comme des maximes : « Il est permis d’attendre, il est doux d’espĂ©rer ». C’est bien vu et bien venu.

Comme toujours Ă  Orange, le plateau est d’une homogĂ©nĂ©itĂ© digne de mention. En Remendado truand rapiĂ©cĂ© selon son nom, on a plaisir Ă  retrouver Florian Laconi, faisant la paire, inverse en couleur de voix, lumiĂšre et ombre, avec le tonitruant et truculent DancaĂŻre d’Olivier Grand, couple symĂ©trique et antithĂ©tique avec  ces coquines de dames : la fraĂźcheur lumineuse de la Frasquita d’HĂ©lĂšne Guilmette contrastant joliment avec la chaleur du mezzo sombre de Marie Karall. Armando Noguera campe un fringant Morales, perchĂ© sur sa belle voix de baryton comme un coq sur ses pattes pour sĂ©duire MicaĂ«la. Le Zuñiga de Jean Teitgen est tout sĂ©duction aussi par un timbre sombre, profond, et une allure de « caballero » Ă©lĂ©gant et humain.

Humaine, si humaine, le miel  de l’humanitĂ© est distillĂ©, avec l’inaltĂ©rable grĂące qu’on lui connaĂźt et que l’on goĂ»te, par la MicaĂ«la tendre d’Inva Mula, maternelle et protectrice messagĂšre de la MĂšre, mĂšre en puissance et, pour l’heure, amante blessĂ©e mais compatissante et courageuse. La voix, moelleuse, apaisante, se dĂ©ploie en lignes d’une aisance cĂ©leste mais aux pieds sur la terre de la piĂ©tĂ© et pitiĂ©.

Dans le rĂŽle Ă  l’ingrate tessiture d‘Escamillo, trop grave pour un baryton, trop aigu pour une basse, nouveau venu Ă  Orange, Kyle Ketelsen est foudroyant de prĂ©sence physique et vocale, amplitude, largeur, couleur et incarnation, il remporte avec justice tous les suffrages.

Que dire de Jonas Kaufmann qu’on n’ait dĂ©jĂ  dit ? Il sait dĂ©chirer le tissu de sa superbe voix pour rendre les dĂ©chirures rauques de ce hĂ©ros passionnĂ© meurtri, un Don JosĂ© d’abord rĂȘveur ou prostrĂ© par le passĂ© sur sa chaise, interloquĂ© par l’audace de la femme, de cette femme, de cette Carmen qui fait son chemin en lui, jusqu’à l’air Ă  la fois intime et Ă©clatant de la fleur. Il le commence en demi-teinte, comme se chantant Ă  lui-mĂȘme, en tire des couleurs et nuances d’une frĂ©missante sensibilitĂ© et sensualitĂ© et en donne le si bĂ©mol final en double pianissimo, comme il est Ă©crit dans la partition, en voix de poitrine, qui prend tout son sens : la voix du cƓur. Il est bouleversant.

Face Ă  lui, face Ă  face, effrontĂ©e et affrontĂ©e, Kate Aldrich entre dans la catĂ©gorie moderne des Carmen que Teresa Berganza rendit Ă  la fidĂ©litĂ© de la partition et Ă  la dignitĂ© fĂ©minine et gitane sans grossissement de fĂ©minisme ou gitanisme outrancier. Elle est d’une beautĂ© qu’on dirait du diable si ce sourire Ă©clatant ne lui donnait une humanitĂ© fraternelle et une fraĂźcheur parfois angĂ©lique : sĂ»re sans doute de sa sĂ©duction mais sans se laisser abuser par elle, elle donne au personnage une distance avec la personne qui dit, sans dire, sa profondeur et une sorte de dĂ©tachement dĂ©sabusĂ© du monde. La voix rĂ©pond au physique, Ă©lĂ©gante, souple, satinĂ©e, raffinĂ©e, n’escamotant pas les nuances, n’accusant aucun effet dans la grandeur dĂ©mesurĂ©e de l’espace qu’elle habite sans effort. Il faudrait des pages pour dĂ©tailler la finesse de son jeu heureusement captĂ© par la tĂ©lĂ©vision : rieuse, railleuse, blagueuse (Carmen a des mots d’esprit des plus plaisants), enfin, tragique. ÉlĂ©gante mĂȘme dans ces gestes pour chasser, comme mouches importunes, tous ces hommes bavant de dĂ©sir, Ă©cartant d’une main la fleur de l’officier dans la taverne, la photo dĂ©dicacĂ©e de l’arrogant torero, passionnĂ©e avec JosĂ© et plus grave, dĂ©jĂ , avec Escamillo. Est-elle la figure mythique de l’hĂ©roĂŻne ? Les mythes ne sont plus de ce temps. Elle me semble plutĂŽt une femme du nĂŽtre, qui a conquis sa libertĂ© et qui en a acceptĂ© le prix : ce qu’allĂ©gorise sans doute la mort de Carmen au nom de toutes les femmes autrefois sacrifiĂ©es sur l’autel de l’honneur des hommes.

Compte rendu, opĂ©ra. Orange, ChorĂ©gies. Bizet : Carmen. Le 14 juillet 2015. Orchestre Philharmonique de radio France. ChƓurs des OpĂ©ras d’Angers-Nantes, du Grand Avignon et de Nice. MaĂźtrise des Bouches-du-RhĂŽne. Direction musicale : Mikko Franck. Mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes :  Louis DĂ©sirĂ©.

Distribution : Carmen : Kate Aldrich ; Micaëla : Inva Mula; Frasquita : HélÚne Guilmette
MercédÚs : Marie Karall ; Don José :  Jonas Kaufmann ;  Escamillo : Kyle Ketelsen ;
Zuñiga :  Jean Teitgen ; le Dancaïre Olivier Grand; le Remendado : Florian Laconi
; MoralÚs : Armando Noguera. Illustration : Philippe Gromelle

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  1. Voir Benito PelegrĂ­n « Carmen, entre chien et loup de la sexualité », entre autres Ă©tudes, in Carmen, ÉditĂ© par Élisabeth Ravoux-Rallo, Figures mythiques, Éd. Autrement, p.50-75, 1986.

Orange. Mikko Franck dirige Carmen

mikko frank dirigeantOrange, ChorĂ©gies. Carmen de Bizet par Mikko Franck. Les 8, 11, 14 juillet 2015.  C’est Ă©videmment la production Ă©vĂ©nement des ChorĂ©gies cette annĂ©e, avec en fosse, l’excellent et bouillonnant finnois Mikko Franck, l’une des meilleures baguettes pour l’opĂ©ra au monde Ă  l’heure actuelle. Sa direction fine et poĂ©tique, d’une fiĂšvre ardente et raffinĂ©e, – s’il est inspirĂ© suffisamment Ă©videmment car l’humeur du bonhomme est changeante-, devrait Ă©blouir dans le ThĂ©Ăątre Antique. On se souvient ici mĂȘme d’une Tosca orchestralement Ă  tomber (2010), qui a permis au festival d’Orange de renouer avec ses heures les plus glorieuses.
Comme Nietzsche (déçu de Wagner son ex idole), succombez Ă  la chaleur sensuelle de la cigariĂšre vĂ©nĂ©neuse, Carmen dont Bizet fait une maĂźtresse amoureuse, passionnĂ©e et libre de son destin. A peine a-t-elle sĂ©duit le brigadier devenu contrebandier pour elle, JosĂ©, que la brune ensorceleuse crĂ©Ă©e par MĂ©rimĂ©e trente annĂ©es auparavant, dĂ©sire un nouvel homme, la vedette des arĂšnes en liesse, capable de dĂ©fier le taureau le plus agressif : Escamillo. Entre ces deux hommes, JosĂ©/Escamillo, Carmen dĂ©voile sa vraie nature, sauvage et entiĂšre, flamboyante et radicale. Pourtant scandaleuse la partition, grĂące Ă  ses couleurs si dĂ©licieusement mĂ©diterranĂ©ennes (source de l’enchantement d’un Nietzsche justement), suscite un triomphe tenace, malgrĂ© la crĂ©ation Ă©lectrique qui acheva l’auteur. Pas moins de 33 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra-Comique, entre la premiĂšre le 3 mars 1875 et le dĂ©cĂšs de Bizet, au mois de juin suivant.
bizet georgesEn 2015, Orange accueille ainsi sa 9Ăšme production de Carmen (depuis 1984) oĂč sous la direction de Mikko Franck qui dirige l’orchestre Philharmonique de Radio France dont il sera directeur musical en 2016, brillent les deux Ă©toiles de la soirĂ©e : Kate Aldrich (Carmen) et le tĂ©nor cĂ©lĂ©brissime, Jonas Kaufmann( Don JosĂ©)… A suivre aussi, dans les rĂŽles secondaires : HĂ©lĂšne Guilmette (Frasquita), Armanda Noguera en MoralĂšs… La mise en scĂšne quant Ă  elle s’avĂšre bien terne, exploitant si peu les excellents acteurs chanteurs pourtant prĂȘts Ă  tout oser.

ChorĂ©gies d’Orange
Carmen de Bizet
Mikko Franck, direction
Les 8, 11 et 14 juillet 2015
RĂ©server sur le site des ChorĂ©gies d’Orange

En direct sur France 3, samedi 11 juillet 2015 Ă  partir de 21h30