DAMIEN TOP chante les mélodies d’ALBERT ROUSSEL

damien_top_tenor1_285_285rPARIS, Salle Cortot. ROUSSEL : Mélodies. Ven 20 sept 2019. Le ténor Damien TOP, grand-spécialiste de l’oeuvre d’Albert Roussel et biographe inspiré, propose une soirée exceptionnelle dédiée au mélodies de Roussel, un événement dans l’agenda parisien et qui vient opportunément célébré l’anniversaire ROUSSEL 2019 (150è anniversaire de la naissance). Plusieurs inédits (La chanson de l’archer, Tristesse au jardin…) seront recréés salle Cortot, cristallisant ce qui détermine l’inspiration du compositeur doué pour le raffinement et l’allusion, classicisme et exotisme (en liaison avec son premier métier d’officier de la Marine).
Paris n’a pas accueilli de récitals de mélodies de Roussel depuis très longtemps ; assez pour faire du récital de Damien Top un événement remarquable dans l’année Roussel en France. Le ténor avait précédemment réalisé un programme en 1987 à Tourcoing, la ville natale de Roussel, pour le 50è anniversaire de sa mort. A peu près la moitié de ses mélodies seront ainsi ressuscitées, vrais défis pour les interprètes car Roussel, connu pour son perfectionnisme, ne laisse rien au hasard.
En ouverture, un essai de jeunesse, d’amateur, destinée peut-être aux salons, (ou à une soirée entre marins…), La Chanson de l’archer datée de 1885/90 est tirée du Conte de l’Archer, de 1883 d’Armand Silvestre, dans lequel Roussel puisa en ces jeunes années à diverses reprises. Comme l’ai fait aussi Massenet.
Sous Louis XI, l’archer Tristan « sorte de poète, aimant à rêver aux étoiles par les belles nuits d’été » revient vers Isabeau sa bien-aimée. Roussel pour son dernier projet “Le Téméraire” en 1937 semble renouer avec sa première oeuvre ; il y est question également de Louis XI, contre lequel se révoltent le Duc de Bourgogne et le peuple flamand.
La Chanson évoque le terreau d’où est parti le compositeur. Un auteur doué pour la mélodie comme l’attestent les pièces qui suivent : sa première mélodie publiée, l’op.3 : Le Départ, partition de perfection qui est suivie d’un chef-d’oeuvre : Le Jardin mouillé.

Le reste du programme souligne la variété d’inspiration du musicien, son extrême habileté, sa subtilité suggestive. Après une longue période où le compositeur puise dans les vers d’Henri de Régnier, – période de ses études à la Schola Cantorum, Roussel se tourne vers l’exotisme des adaptations d’Henri Pierre Roché avec les poèmes chinois dont il s’inspire à trois reprises. Si les modes pentatoniques innervent les premiers, l’opus 47 nous mène au bout de ses recherches d’écriture, allant au delà de la tonalité en perdant tout repère. A l’après-guerre, Roussel interroge l’Antiquité grecque (comme l’attestent ses œuvres symphoniques : La Naissance de la lyre, Bacchus et Ariane, etc.). Dans le genre de la mélodie, il s’agit des Odes Anacréontiques, textes de Leconte de Lisle qui mêlent bravoure guerrière, amour ivresse.

 

 

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PARIS, Salle Cortotboutonreservation
Récital de Damien TOP, ténor
Mélodies d’Albert ROUSSEL
Vendredi 20 septembre 2019, 20h30

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.sallecortot.com/concert/albert_roussel__luvre_melodique.htm?idr=28239

 

 

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Programme :

 

La Chanson de l’archer, inédit
Tristesse au jardin, inédit
Quatre Poèmes op. 3 (1903) : Le Départ, Vœu, Le Jardin mouillé, Madrigal lyrique
Flammes op. 10 (1908)
Deux Poèmes chinois op. 12 (1907-1908) : Ode à un jeune gentilhomme, Amoureux séparés
Deux mélodies op. 20 (1919) : Le Bachelier de Salamanque, Sarabande
Odes anacréontiques op. 31 (1926) : Sur lui-même, Qu’il faut boire, Sur une jeune fille
Odes anacréontiques op. 32 (1926) : Sur lui-même, Sur une jeune fille, Sur un songe
Jazz dans la nuit op. 38 (1928)
A Flower given to my daughter op. 44 (1931)
Deux poèmes chinois op. 47 (1932) : Favorite abandonnée, Vois de belles filles
Deux mélodies op. 50 (1933-1934) : L’Heure du retour, Cœur en péril

 

 

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ROUSSEL MÉLODISTE…

gorge-du-petit-aillyD’autres poètes souvent secondaires dont il choisit les meilleurs textes (Jean-Aubry, Chalupt, Ville, Oliphant…) constituent un autre corpus remarquable . Roussel revient à plusieurs reprises à René Chalupt (un goût que partage Delvincourt : “Onchets“,1929) pour nous livrer notamment l’absolue réussite de l’opus 20 : Sarabande et Le Bachelier de Salamanque. Comme Ravel, grand amateur des rythmes outre-Atlantique, la connaissance du jazz dans l’écriture de Roussel se retrouve synthétisée  et distanciée dans Jazz dans la Nuit, étonnante création.
Le concert s’achève avec sa dernière mélodie publiée, une sorte de testament à destination de son épouse bienaimée : ” Si quelquefois tu pleures, cherche-moi près de toi, j’y serai.” Le contrepoint y devient épure, digne référence à … Bach.
« Chaque mélodie constitue un univers ayant son style propre et cette faculté de renouvellement constant est admirable chez Roussel. Aucune oeuvre ne se ressemble et pourtant dès les premières mesures, un style inimitable se dégage », précise Damien TOP.

 

 

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LIRE aussi présntation de l’œuvre d’ALBERT ROUSSEL
par le CIAR Centre International Albert ROUSSEL
http://ciar.e-monsite.com
Présentation du 23è Festival International ALBERT ROUSSEL

LIRE aussi notre critique du livre de Damien TOP : ALBERT ROUSSEL
http://www.classiquenews.com/livres-compte-rendu-critique-albert-roussel-par-damien-top-bleu-nuit-editeur-collection-horizons/
CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2016

 

 

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CD. Poulenc : mélodies. Sophie Karthäuser, soprano (2013, Harmonia Mundi).

poulenc karthauser sophie cd harmonia mundi sophie karthauser les anges musiciensCD. Poulenc : mélodies. Sophie Karthäuser, soprano (2013, Harmonia Mundi). Exquise interprète de la finesse piquante parfois ambivalente du Poulenc mélodiste (d’une fausse simplicité apparente et d’une grande profondeur poétique en vérité), la soprano Sophie Karthäuser nous offre ici une véritable leçon de chant français, dans le sillon de sa compatriote belge Anne-Catherine Gillet dont l’album dédié aux Illuminations de Britten d’après Rimbaud et à l’éternel Berlioz (Les Nuits d’été : cd Aeon) avait de la même façon convaincu la Rédaction cd de classiquenews.com. Subtilité, grâce volubile, richesse poétique et intonation stylée, alliée à une perfection articulée font ici la valeur de ce recueil choisi où l’impertinence flirte avec la délicatesse en une combinaison divinement trouble : les climats poétiques sont aussi divers et ciselés que leurs auteurs littéraires : Apollinaire (superbe ivresse d’Hôtel…), Louise de Vilmorin (émaillés de vocalises emperlées réjouissantes), Paul Éluard (Tel jour tel nuit, 1937), Maurice Carême (la facétie s’y glisse en délire parfois surréaliste : « les anges musiciens » qui donnent leur titre au récital, ou « Quelle aventure! »… extraits de La Courte Paille, cycle de mélodies, créé en 1961)… Au-delà de la constellation polysémantique, se cache subrepticement une gravité douloureuse, la conscience plus grave qui s’enracine à l’évocation des souvenirs tragiques (Bleuet, 1939, d’après Apollinaire -de loin le poète qui l’inspire le plus : évocation des jeunes forces viriles fauchées sacrifiées sur le front de guerre : l’on ne saurait alors omettre de mettre en parallèle le propre destin d’Apollinaire…

le chant pudique, facétieux, suggestif de Sophie Karthäuser

CLIC D'OR macaron 200La clarté du timbre, la précision naturelle de l’intelligibilité apportent une touche de juvénilité savoureuse : on y goûte autant la perfection du verbe chanté que le raffinement poétique d’une interprète à la pudeur suggestive. L’éloquence de la diva pour ce premier récital discographique a ciselé un choix de mélodies parmi les plus inspirées et les plus secrètement facétieuses, jouant de la simplicité comme d’une fausse ingénuité. Mais la sincérité du ton, l’élégance des phrasés expriment la richesse du Poulenc mélodiste, un peintre miniaturiste qui n’écarte pas la pluralité des sens. Sophie Karthäuser est une remarquable diseuse, habile et charmeuse, à l’énoncé franc et railleur, capable de fraîcheur et de sincérité comme de vérité crue, glaçante, saisissante par sa candeur rêveuse, toujours très juste. Elle se hisse d’emblée au niveau de ses meilleures années : Felicity Lott et Régine Crespin.

C’est aussi la complicité de deux artistes qui semble ressusciter le duo Francis Poulenc et le baryton Pierre Bernac : même amour du verbe, même suggestivité filigranée grâce à l’accord voix/piano. Seule réserve cependant : parfois la caractérisation experte du pianiste dans couleurs et résonances infimes trouble la claire projection du chant de la cantatrice qui elle réalise une présence miraculeuse de chaque mot.

L’album enregistré au moment du 50ème anniversaire de la mort de « Poupoule » apporte aujourd’hui sa plus vibrante offrande, celle d’une mozartienne accomplie, fervente interprète baroque également que l’on n’attendait pas chez Poulenc avec autant de suavité grave, de justesse sincère.  Nouvelle référence et donc CLIC de classiquenews.

Sophie Karthäuser, soprano. Mélodies de Francis Poulenc – 1 cd Harmonia Mundi HMC 902179. Enregistrement réalisé en 2013