Compte-rendu, critique, opéra. LYON, le 11 oct 2018. BOITO, Mefistofele, Orchestre de l’opéra de Lyon, Daniele Rustioni.

Compte rendu critique, opéra. LYON, le 11 octobre 2018. Arrigo BOITO, Mefistofele, Orchestre de l’opéra de Lyon, Daniele Rustioni. L’ouverture de la saison lyonnaise tient une nouvelle fois ses promesses en programmant le rare Mefistofele de Boito, lu par Àlex Ollé et ses complices catalans de la Fura dels Baus. Un casting exceptionnel mais inégal, un dispositif scénique prodigieux, qui tente de faire oublier certaines longueurs de l’intrigue, ont fait de cette soirée d’ouverture un grand moment de théâtre.

 

 

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C’est une œuvre difficilement classable, où l’on sent l’influence de Wagner, mais aussi de Puccini et de Ponchielli : un opéra hybride dans la forme musicale comme dans sa structure (une adaptation philosofico-fantastique du Faust de Goethe, première et deuxième partie), qui a sans doute dérouté le public de la Scala lors de la première du 5 mars 1868, ce qui obligea le compositeur (également auteur du livret) à réviser de fond en comble sa partition. La première version comportait en effet deux prologues, cinq actes et un intermède symphonique ; une version plus réduite en un prologue, quatre actes et un épilogue, fut créée à Bologne en 1875 et connut un immense succès. La version originale est malheureusement perdue (seul reste le livret) et c’est cette seconde version que l’on joue, même si les versions scéniques se font rares (on a pu en voir une production cet été à Orange), alors que l’on commémore cette année le centenaire de la disparition de Boito.
Sur scène, le prologue montre une sorte de salle de classe, austère, à l’esthétique froide (les tables sont alignées comme dans une usine d’Europe de l’Est) où apparaissent les anges célestes et où se retrouvera Marguerite après sa mort. Le premier acte s’ouvre sur un dispositif simple, mais ingénieux, un plateau à deux niveaux qui monte et descend, symbolisant le Ciel (présent dans le prologue) et les Enfers (le souterrain aux brumes vaporeuses laissant apparaître Méphisto, dans une atmosphère sans âge, est proprement saisissant). Le dispositif devient progressivement plus complexe sous la forme d’un gigantesque échafaudage, qui, transformé tour à tour en montagne, caverne ou prison, est un régal pour les yeux. On a apprécié la scène du « théâtre dans le théâtre » (Hélène de Troie apparaît dans un costume à plumes, comme dans un gigantesque cabaret) et la danse populaire transformée en scène de débauche (magnifiques costumes de Lluc Castells); les lumières jaunes et rose donnent une étrange et fascinante impression de cinéma d’avant-guerre colorisé. Plus généralement, les lumières d’Urs Schönebaum, hélas parfois aveuglantes, contribuent à renforcer l’atmosphère diabolique de l’intrigue.

Le casting réuni pour cette nouvelle production remplit presque idéalement ses attentes. Dans le rôle-titre, la basse canadienne John Releya, habitué du personnage (dans les versions de Berlioz et Gounod) impressionne par sa puissance caverneuse et sa présence massive (superbe air « Son lo spirto che nega »). Le Faust de Paul Groves déçoit au début par une faible projection, des problèmes de justesse ; l’élocution s’améliore dans le 3e acte (très beau duo avec Marguerite : « Lontano, lontano… »). Dans le rôle de la victime de Méphisto (et dans celui d’Elena) Evgenia Muraveva, est touchante et convaincante (dans son magnifique air, au début du 3e acte, « L’altra notte in fondo al mare », et parvient à être parfaitement crédible dans les deux rôles pourtant bien différents. Dans les rôles secondaires de Martha et Pantalis, Agatha Schmidt allie une belle présence sonore et physique, de même que Peter Kirk, dans ceux de Wagner et Nereo, parfois plus à l’aise que Paul Groves, avec une clarté vocale que la brièveté du rôle ne permet pas de mettre suffisamment en valeur.
Dans la fosse, à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, la direction de Daniele Rustioni fait encore des merveilles : d’une précision diabolique, d’une sonorité exceptionnelle, dès l’ouverture, qui donne l’impression d’une sève sortant de l’écorce des arbres, elle fait entendre tous les pupitres (les vents notamment, qui percent sous la masse orchestrale) ; une mention spéciale pour les Chœurs et la Maîtrise de l’Opéra, admirablement préparés par Karine Locatelli, qui contribuent à leur juste mesure à la réussite de l’ensemble.

 
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Compte-rendu. Lyon, Opéra de Lyon, Arrigo Boito, Mefistofele, 11 octobre 2018.  John Relyea (Mefistofele), Paul Groves (Faust), Evgenia (Margherita/Elena), Agata Schmidt (Martha/Pantalis), Peter Kirk (Wagner/Nereo), Àlex Ollé (mise en scène), Alfons Flores (décors), Lluc Cartells (costumes), Urs Schönebaum (lumières), Johannes Knecht (Chef des chœurs), Orchestre, Chœurs et Maîtrise de l’opéra de Lyon, Daniele Rustioni (direction).

 
 

Marco Guidarini dirige Mefistofele de Boito à Prague

prague-opera-narodni-divadlo-prague-opera-580-380Prague, 22 janvier>29 mai 2015. Boito : Mefistofele. Marco Guidarini. La genèse du Mefistofele (1868-1881) de Boito est longue et difficile : à chaque reprise après l’échec retentissant de la création initiale (5h de spectacle!) à La Scala de Milan en 1868, Boito comme dépassé par un trop plein d’idées formelles, recoupe, taille, réécrit en 1875, 1876 enfin en 1881, dévoilant la formation que nous connaissons. Dès le prologue -conçu comme un final symphonique exprimant la souveraineté de Mefistofele parmi les anges et les chérubins soumis-, le souffle goethéen porté par le livret rédigé par le compositeur lui-même, saisit : violence, passion, lyrisme échevelé sont au diapason et à la hauteur du mythe littéraire. Ne serait-ce que pour cet ample portique qui atteint le grandiose palpitant d’une cathédrale, la partition sait enchanter avec une redoutable efficacité, entre l’opéra et l’oratorio (un clin d’oeil au final du premier acte de Tosca de Puccini, lui aussi sur le thème d’un vaste Te Deum atteint la même surenchère chorale et orchestrale, voluptueuse, terrifiante et spectaculaire).

Le Faust de Boito, 1868-1881

Dans le Prologue – fresque orchestrale inouïe, aux dimensions du Mahler de la Symphonie des mille, Boito souligne le démonisme de Mefistofele qui méprisant l’homme et sa nature corruptible, jure en présence des créatures célestes, de précipiter le vertueux Faust, tout philosophe qu’il soit. va-t-il pour autant réussir ?

boito-arrigo-mefistofele-operaSynopsis, argument. Empêtré par les tableaux divers du roman homérique de Goethe, Boito respecte tant bien que mal le fil de la narration originelle où peu à peu le docteur Faust pourtant conscient des limites de l’homme et de sa nature, s’enfonce dans les tourments de la tentation et de l’expérience sensorielle. A Francfort pendant la fête de la Résurrection, Faust qui célèbre l’avènement du printemps accepte l’offre du démon Mefistofele face aux miracles et prodiges dont il sera bénéficiaire (Acte I).  Au II, alors que Mefistofele détourne la duègne Marta, Faust peut roucouler avec Marguerite en son jardin d’amour. Très vite, le revers tragique d’une vie insouciante montre ses effets effrayants : au III, c’est la visite de Faust coupable dans la prison de Marguerite, incarcérée pour avoir commis un double meurtre : empoisonner sa mère (pour que son amant la visite) et noyer son enfant ! Mais Mefistofele se souciant de la seule chute morale de Faust  entraîne son sujet passif dans le sabbat des sorcières, où paraît surtout l’irrésistible Hélène, la plus belle femme du monde à laquelle Faust désormais ensorcelé voue son âme (IV).
Malgré tous ces prodiges où tout est offert au philosophe : amour, richesse, joyaux et femme sublime, … le coeur du docteur n’est pas apaisé : au ciel, il destine sa vraie nature… morale. Mefistofele avouant sa défaite finale, éclate d’un rire sardonique. Ainsi l’opéra mephistophélique débute sur l’apothéose du Démon puis s’achève par son rire sardonique.

La partition est l’une des plus ambitieuses de son auteur dont le génie dramatique se dévoile sans limites : Boito après avoir dans sa jeunesse militante conspué le théâtre de Verdi, devient son librettiste préféré, réalisant la construction d’Otello et de Falstaff (les ultimes chefs d’oeuvre de Verdi) et surtout reprenant l’architecture complexe de Simon Boccanegra. Mefistofele profite évidemment du travail de Boito avec Verdi.

 

 
 
 

Agenda : Mefistofele de Boito à l’Opéra de Prague

 
 
Guidarini © R. DuroselleL’excellent chef italien, symphoniste, bel cantiste et tempérament lyrique, Marco Guidarini, dirige à l’Opéra de Prague (Narodni Divadlo) Mefistofele de Boito, en janvier, février et mars 2015 :  soit au total 8 représentations à l’affiche pragoise : 22,24 et 30 janvier, 5 et 22 février puis 10 mars 2015 (puis le 15 avril et le 29 mai 2015). La direction du maestro cofondateur du récent Concours Bellini (dont il assure la sélection des lauréats) est l’atout majeur de cette nouvelle production praguoise.

Réservez votre place pour cet événement d’un raffinement orchestral flamboyant sur le site de l’opéra de Prague  / narodni-divadlo.

 
 

 
 

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Renata-Tebaldi-1960La version enregistrée sous la direction de Tulio Serafin à Rome en 1958 fait valoir la sensualité raffinée de l’orchestration comme son souffle épique dès le prologue (domination du démon sur la cohorte des anges et des Chérubins), la cour d’amour entre Faust et Marguerite, le sabbat orgiaque et le culte d’Hélène…) :  Renata Tebaldi chante Marguerite aux côtés de Mario del Monaco (Faust) et Cesare Siepi (Mefistofele). Decca. L’intégrale de l’opéra Mefistofele est l’objet d’une réédition événement au sein du coffret réunissant tous les enregistrements de Renata Tebaldi pour Decca : “Reanta Tebaldi, Voce d’angelo, The complete Decca recordings, 66 cd (1951 (La Bohème, Madama Butterfly), Un Ballo in maschera (1970).