STREAMING, opéra, critique. Genève, le 19 fév 2021. MOZART : La Clémence de Titus. Rau, Emelyanychev.

titus rau emelyanychev titus opera mozart critique classiquenewsSTREAMING, opéra, critique. Genève, le 19 fév 2021. MOZART : La Clémence de Titus. Rau, Emelyanychev. L’Opéra de Genève présentait en live streaming une lecture contemporaine du dernier seria mozartien, n’hésitant pas sous le regard militant et très politique de Milo Rau (directeur du NTGent / Théâtre de Gand) à dénaturer la tension et la continuité de la partition par des inserts parlés, des séquences purement théâtrales, des effets vidéo, car comme c’est la règle à présent, ce qui se passe sur scène ne suffit plus mais doit être nécessairement réalisé en fonction de ce que donne sa projection en grand écran au dessus : triste réalité des mises en scène actuelles. Ici Titus est un souverain solitaire, malmené par la pression de la rue (et des migrants), conscient ou non des revendications de la classe laborieuse dépossédée ; comme il est indiqué dès la séquences du début (chorale), « l’insurrection vient » (qui est en réalité la fin de l’opéra quand Titus sait pardonner à ceux qui l’ont trahi, d’où le titre).

TITUS, les migrants et la RĂ©volution

La confusion qui règne sur scène est contredite par l’excellence des musiciens et du chef, le trépidant maestro Maxim Emelyanychev, toujours prêt à nuancer dans l’urgence et l’extrême tendresse la partition de Mozart. Rau amoncèle des idées, gadgets, situations humaines misérabilistes, déjà vus ; rien de neuf sinon la dénonciation des laissers pour compte et des miséreux (claire référence à la jungle de Calais ou les camps de Lesbos) que l’élite bourgeoise et monarchique spolie toujours un peu plus. Ainsi la scène trash voire gore de ce genevois, employé par l’Opéra de Genève qui se dénude sur scène et est assassiné sur les planches, son cœur extirpé palpitant comme un trophée désormais emblématique de l’exploitation des classes précédemment dénoncé. Si l’art est pouvoir, pourquoi user d’aussi grosses ficelles, entre laideur et gros sabots ? Milo Rau suivrait les pas de Mozart qui tout en servant la forme désormais archaïque de l’opéra seria (certes de mise pour le couronnement de Leopold II) sait aussi la réformer, voire la faire imploser. Mais ici l’humanisme et l’idéal maçonnique de Wolfgang, clairement perceptible dans la scène finale de la clémence du roi sont totalement voilés, trahis par la foire et le déballage scénique.

Dans cette relecture théâtreuse, le metteur en scène s’en donne à cœur joie quitte à rajouter au livret (de Métastase repris par Mazzola) ainsi décousu, déformé : chaque chanteurs existaient avant d’être ici sur scène, riche d’une vie personnelle souvent dense voire tragique, et qui explique ce qu’il chante désormais ; Anna Goryachova (Sesto), Serena Farnocchia (Vitellia), Marie Lys (Servilia), Cecilia Molinari (Annio) ; dans cette aréopage aux destins « foudroyés » et aux états d’âme à l’avenant, Bernard Richter (Titus) a été témoin de la mort de son père lors d’un match de foot et la figure du sage, véritable double de Titus, Publio, cultive une distanciation presque ennuyée et détachée de facto : Justin Hopkins (Publio) pose la question du sens même de l’œuvre artistique : pourquoi jouer devant un parterre de rois et de notables sans appartenir à leur classe ? Jouer c’est servir. S’avilir ? Rien de plus.
On imagine illico un lien avec le destin même de Mozart, sa rébellion visionnaire contre son employeur, l’infect Colloredo. Une suite bouleversante d’interventions de migrants opprimés transforme l’opéra de Mozart en scène humanitaire, dénonçant les oppressions, les crimes et les tortures infects perpétrés partout sur la planète… pour autant est ce vraiment la vocation d’un opéra que d’être l’étendard de cet engagement certes louable ?
On en oublierait presque ce que l’on écoute avec intérêt. Car ici triomphe en un renversement bénéfique in fine, l’art musical de Mozart, sa somptueuse connaissance des cœurs. L’éclat sombre et articulé, très juste de Serena Farnocchia fait une Vitellia, humaine, attachante alors qu’elle est la « méchante », manipulant Sesto pour tuer l’empereur Titus. Anna Goryachova, rossinienne avérée, incarne justement bien un Sesto sacrifié (Vitellia le malmène sans scrupule) ; il ne peut tuer Titus car ce dernier a clairement déclarer vouloir épouser la sœur de Sesto, Servilia (qui aime l’ami de Sesto, Annio). La tendresse des duos brille par sa vérité et sa chaleur émotionnelle (Annio / Servillia, servi par Cecilia Molinari et Marie Lys, d’une constante finesse, entre sincérité et fragilité).
L’incendie du Capitole oĂą alors qu’ailleurs, le doute persiste quant Ă  l’assassinat de Titus, est magistralement exprimĂ©, plein de souffle et de d’éclairs… Le chef Ă©claire ce Mozart de la fin, dĂ©jĂ  romantique par ses contrastes saisissants et un orchestre foudroyant (qui pourrait ĂŞtre en rĂ©alitĂ© le vĂ©ritable protagoniste du drame)… VOIR l’opĂ©ra ici : https://www.gtg.ch/en/digital/

Direction musicale : Maxim Emelyanychev
Mise en scène : Milo Rau

Tito, Bernard Richter
Vitellia, Serena Farnocchia
Sesto, Anna Goryachova
Servilia, Marie Lys
Annio, Cecilia Molinari
Publio, Justin Hopkins

Chœur du Grand Théâtre de Genève
Orchestre de la Suisse Romande

STREAMING OPERA (chez soi) du 19 février 2021

EN DIRECT : La Clémence de Titus à Genève

MOZART-1790-le-derneir-mozart-photo-de-pedro-par-CLASSIQUENEWS-dossier-special-dernier-Mozart-et-exposition-Mozart-a-parisSTREAMING, opéra. MOZART : Clémence de Titus, en direct, le 19 fév 2021, 20h. Le GTG Grand Théâtre de Genève diffuse en direct sa nouvelle production mozartienne, La Clémence de Titus, mise en scène par le suisse Milo Rau. La direction de l’impétueux maestro russe Maxim Emelyanychev devrait faire fouetter les cordes et s’alanguir les héroïnes de ce drame politique et amoureux, en particulier les personnages opposés : Vitelia, l’intriguante haineuse prête à tuer l’empereur en manipulant Sesto / Sestus ; surtout l’angélique et tendre Servilia grâce à laquelle le miracle de la métamorphose s’accomplit ; ainsi la terrible et machiavélique Servilia renonce et pardonne ; Titus diffuse sa clémence… l’humanité dont rêve Mozart se réalise et s’affirme dans l’amour fraternel. Une préfiguration de la fraternité beethovénienne à venir (Fidelio et finale de la Symphonie n°9 avec son ode à la joie de Schiller). Reste le personnage de Publius, sage dans l’ombre de Titus, qui lui souffle et lui inspire sa grandeur d’âme, la distance du souverain philosophe.
Que vaudra cette nouvelle production du dernier seria de Mozart, écrit l’année de sa mort, 1791, quand il achève simultanément son autre chef d’œuvre, La Flûte enchantée ?
Ainsi La Clémence de Titus au verbe ciselé (sobriété expressive des recitatifs dont la coupe et la vérité valent Racine), porté par un orchestre incandescent (l’incendie du Capitole) est une partition bouleversante. L’empereur Titus fait l’expérience amère de la trahison et de la solitude, mais sait pardonner à tous ceux qui l’ont trahi ; sa clémence devient l’emblème du politique vertueux. Le cœur de Vitelia incarne la haine changée en amour.. un miracle émotionnel dont seul l’opéra sait nous exprimer la sincérité.

Opéra diffusé en direct
Vendredi 19 février 2021, 20h
sur le site de RTS Play et GTG Digital.
https://www.gtg.ch/en/digital/

LA CLÉMENCE DE TITUS – W.A. Mozart
Nouvelle production du Grand Théâtre de Genève
Mise en scène : Milo Rau
Direction musicale : Maxim Emelyanychev

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Le metteur en scène suisse Milo Rau fait ses dĂ©buts dans le monde lyrique avec cette production Ă  l’invitation d’Aviel Cahn, directeur du Grand Théâtre de Genève.
Dans La ClĂ©mence de Titus, il fait le procès des Ă©lites politiques et culturelles du XVIIIè siècle soi-disant tolĂ©rantes qui trouvent dans l’art un moyen de sublimer la violence symbolique exercĂ©e et de se pardonner leurs dĂ©rives.
La scĂ©nographie d’Anton Lukas fait alterner les lieux opulents du pouvoir (palais et galerie d’art) et un monde post-apocalyptique (favelas et camp de rĂ©fugiĂ©s) en prĂ©sence de camĂ©ras et de projecteurs sur scène dans un concept vidĂ©o signĂ© Moritz von Dungern qui attise le regard critique.
Le jeune chef russe spĂ©cialiste du baroque, Maxim Emelyanychev, dirige depuis le pianoforte pour la première fois l’Orchestre de la Suisse Romande et le trio vocal formĂ© par le tĂ©nor suisse Bernard Richter (Tito), la mezzo russe Anna Goryachova (Sesto) et la soprano italienne Serana Farnoccchia (Vitellia).

CD, Ă©vĂ©nement, annonce. HANDEL : Joyce DiDonato chante Agrippina de Handel (3 cd ERATO – mai 2019)

didonato-joyce-agrippina-fagioli-pisaroni-orlinski-vistoli-lemieux-maxim-EMELYANYCHEV-il-pomo-doro-cd-opera-cd-review-opera-concert-orchestre-classiquenews-gd-formatCD, Ă©vĂ©nement, annonce. HANDEL : Joyce DiDonato chante Agrippina de Handel (3 cd ERATO – mai 2019). EnregistrĂ©e en mai 2019, cette nouvelle lecture du premier chef d’œuvre absolu du jeune Haendel, alors finissant son tour d’Italie et Ă©tabli Ă  Venise (l’opĂ©ra Agrippina est crĂ©Ă© au San Giovanni Grisostomo le 26 dĂ©c 1709), renouvelle notre connaissance de l’œuvre, un accomplissement pour le Saxon qui s’y montre fin connaisseur de l’opĂ©ra seria auquel il apporte sa science des mĂ©lodies suaves, de l’élĂ©gance et aussi de l’expressivitĂ© tragique et impĂ©rieuse (s’agissant du rĂ´le d’Agrippine, la mère autoritaire du jeune NĂ©ron). Pour l’une et l’autre, la version Ă©ditĂ©e par Erato rĂ©unit un superbe couple, caractĂ©risĂ©, fin, impliquĂ©, au verbe rageur : Joyce DiDonato en impĂ©riale dominatrice ; Franco Fagioli en Nerone, un rĂ´le que le contre-tĂ©nor argentin incarne Ă  merveille tant depuis son Eliogabalo de Cavalli (Palais Garnier, sep 2016 : lire notre compte rendu critique : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-palais-garnier-le-16-septembre-2016-cavalli-eliogabalo-recreation-franco-fagioli-leonardo-garcia-alarcon-direction-musicale-thomas-jolly-mise-en-scene-2/ ), son timbre acide et veloutĂ© Ă  la fois excelle Ă  exprimer l’essence des princes effĂ©minĂ©s, dĂ©cadents… soumis Ă  l’empire des sens, portraiturĂ©s avant Haendel par … Monteverdi (l’Incoronazione di Poppea).
En « fosse », Fagioli retrouve d’ailleurs, le pétaradant et très articulé Maxim Emelyanychev et son ensemble sur instruments d’époque, Il Pomo d’Oro : une phalange prête à en découdre pour exprimer tous les vertiges de la passion haendélienne… Contre-ténor, chef et instrumentistes avaient précédemment convaincu dans un Serse (1738), enregistré en 2017 pour DG : Lire ici notre critique du cd Serse par Franco Fagioli ( CLIC de CLASSIQUENEWS d’oct 2018 : http://www.classiquenews.com/cd-critique-handel-haendel-serse-1738-fagioli-genaux-emelyanychev-2017-3cd-deutsche-grammophon/ ).
Autour de ce couple promis Ă  devenir lĂ©gendaire, Erato regroupe un parterre idĂ©al qui joue lui aussi sur la finesse des caractĂ©risations de chaque profil : Elsa Benoit (suave et sobre Poppea), l’impeccable Narciso de Carlo Vistoli, comme l’Ottone de Jakub Jozef Orlinski, lequel ajoute son timbre acide et musical lui aussi pour cette prise en studio proche de l’idĂ©al. Après Monteverdi au siècle prĂ©cĂ©dent, et lui aussi phare de l’opĂ©ra vĂ©nitien, Haendel se hisse Ă  la plus haute marche de l’inspiration d’après l’AntiquitĂ© romaine : le cynisme et la passion embrasent tout ; rien n’arrĂŞte l’ivresse des hauteurs et du pouvoir ; s’il deviennent fous et inhumains, tous les candidats tentĂ©s par la toute puissance s’emballent au delĂ  de toute mesure ; chaque politique ici libĂ©rĂ©, peut exprimer sa soif de puissance, de gloire, de sĂ©duction. Et au sommet de la partition s’inscrit en lettres d’or et chant souverain, l’air accompagnato, très dĂ©veloppĂ©, incisif, hallucinĂ© de la prima donna barocca, Joyce DiDonato, au I : “ Pensieri, voi mi tormentate (de plus de 6 mn : un air essentiel dans la partition), dans laquelle la mère qui manipule, est hantĂ©e par ses propres craintes que tous ses stratagèmes n’Ă©chouent Ă  faire de son fils Nerone, l’empereur, successeur de Claude… TraversĂ©e par les spasmes et les visions d’une fragilitĂ© inconnue jusque lĂ , l’ambitieuse semble mesurer tout ce qu’elle peut perdre et tout ce qu’elle engage dans cette course au pouvoir. La vipère en chef voudrait nous faire croire qu’elle est pauvre victime. GĂ©nial Haendel ! Par sa cohĂ©rence et le relief ciselĂ© de chaque protagoniste de ce huis clos bien romain, s’impose dans la discographie. Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

Compte-rendu, concert. TOULOUSE, le 17 nov 2018. Beethoven. Orch National Capitole de Toulouse / Emelyanychev.

Emelyanychev maestro classiquenews Maxim EmelyanychevCompte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 17 novembre 2018. Beethoven. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Emelyanychev. Le concept même du concert d’une heure à 17h le samedi est excellent car il réunit familles, public nouveau et habitués. Ce soir les deux symphonies proposées ont été choisies avec art. « La Poule » de Haydn est agréable, facile d’écoute; elle permet à l’orchestre de s’installer dans un beau son, très tranquillement. La direction énergique et même enthousiaste de Maxim Emelyanychev donne beaucoup de vie à cette partition parangon du classicisme. Issu du monde baroque, ce chef qui joue toutes les musiques se donne entièrement dans sa direction. C’est peut être un peu beaucoup pour cette partition qui n’en demande pas tant mais c’est très sympathique.

 
 
 

Happy Hour :  Oh yes very, very  happy !

 
 
 

Avec la Symphonie Héroïque de Beethoven, l’orchestre s’étoffe et le ton change. Toujours aussi mouvementée, la direction de Maxim Emelyanychev se fait plus incisive et plus tranchée. Le premier mouvement en sort un peu raidi, quoique avec beaucoup d’allure. C’est dans la marche funèbre que le génie de Maxim Emelyanychev apparaît. L’inventivité dont il fait preuve dans ses phrasés et ses nuances subtiles, provoque une nouvelle écoute de cette magnifique page. Les deux mouvements suivants vont gagner en puissance avec un final quasi démiurgique. Le thème évoquant la figure tutélaire de Prométhée étant particulièrement mis en valeur par le chef qui sait doser d’admirables crescendos. Le final est enthousiasmant.
Les instrumentistes sont tous magnifiques, surtout le bois et les cuivres qui dans leurs interventions solistes sont remarquables. Mais la précision des cordes est tout autant admirable.
Voilà un bien agréable moment, vivifié par la direction enthousiaste du chef russe Maxim Emelyanychev, inclassable et engagé, sans retenue aucune, dans chaque œuvre dirigée, ce soir du classique  au romantisme. L’orchestre a su suivre avec panache une direction qu’il semble tout particulièrement apprécier. Le public ravi a applaudi après chaque mouvement ce qui a semblé stimuler l’orchestre que l’indisposer. Belle interactivité.

 
 
 

 
 
 

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Compte rendu concert. Toulouse.  Halle-aux-Grains, le 17 novembre 2018. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie, N°83, La Poule, en sol mineur ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Symphonie N°3, Héroïque, en mi bémol majeur, op.55 ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Maxim Emelyanychev, direction.

 
 
 

 
 
 

CD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738) / Fagioli, Genaux (Emelyanychev, 2017) – 3cd Deutsche Grammophon

Handel fagioli serse haendel cd review critique cd par classiquenews opera baroque par classiquenews genaux aspromonte Serse-CoffretCD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738) / Fagioli, Genaux (Emelyanychev, 2017 – 3 cd DG Deutsche Grammophon, 2017). VoilĂ  une production prĂ©sentĂ©e en concert (Versailles, novembre 2017) et conçue pour la vocalitĂ  de Franco Fagioli dans le rĂ´le-titre (il rempile sur les traces du crĂ©ateur du rĂ´le (Ă  Londres en 1738, Caffarelli, le castrat fĂ©tiche de Haendel) ; le contre-tĂ©nor argentin est portĂ©, dès son air « « Ombra mai fu » », voire stimulĂ© par un orchestre Ă©lectrique et Ă©nergique, portĂ© par un chef prĂŞt Ă  en dĂ©coudre et qui de son clavecin, se lève pour mieux magnĂ©tiser les instrumentistes de l’ensemble sur instruments anciens, Il Pomo d’Oro : Maxim Emelyanychev. La fièvre instillĂ©e, canalisĂ©e par le chef Ă©tait en soi, pendant les concerts, un spectacle total. Physiquement, en effets de mains et de pieds, accents de la tĂŞte et regards hallucinĂ©s, le maestro ne s’économise en rien.
L’enregistrement prolonge la vitalité du concert et rend compte d’un esprit de troupe, sachant pour chaque chanteur caractériser idéalement chaque personnage.
En Serse / Xerxes 1er, Franco Fagioli démontre une maîtrise parfaite des mélismes et acrobaties vocales écrites par Haendel. Fagioli vocalise sans peine, dans les aigus comme dans les graves, sur l’étendue de sa tessiture, indiquant combien les ornements sont porteurs de sens, signifient idéalement la volonté du Roi Perse, dans le grave engorgé, en un chant qui dans un seul souffle sait distiller piani et forte sans césure (cf l’ambitus ahurissant de l’air « « Crude furie » », de l’extrême aigu aux graves souterrains). Le caprice, le désir, le plaisir du prince (amoureux volatile) s’exprime et prend forme avec un naturel … désarmant.
Autour du Divo, comme on disait des castrats idolâtrés au XVIIIè, Fagioli, ses partenaires défendent avec beaucoup de classe et d’intensité, le relief émotionnel de leur personnage : Inga Kalna incarne une Romilda, solide, parfois instable, mais toujours très volontaire et expressive (en rien cette féminité fragile et fébrile, ailleurs portée par des sopranos pointues). Il est vrai que la soprano chante à présent Rodelinda avec une vérité irrésistible.
En Arsamene, la mezzo coloratoure canadienne (originaire de Fairbanks), Vivica Genaux (enfin voilà dans le rôle du frère de Serse une voix féminine de poids, plutôt qu’un contre-ténor trop lisse et pas assez typé) qui confirme son immense facilité vocale et dramatique, un tempérament exceptionnellement ciselé et percutant qui fait d’elle la mezzo baroque de l’heure (avec Ann Hallenberg). Amastre gagne une épaisseur réelle grâce à la tessiture élargie, soutenue aux extrémités, de l’alto Delphine Galou, voix sûre, droite, profonde.
Jeune diva à suivre désormais, Francesca Aspromonte offre une remarquable couleur, entre brio et tendresse au personnage d’Atalanta, moins piquante intrigante que vrai tempérament amoureux, elle aussi prête à en découdre.
CLIC_macaron_2014Acteur en diable, se jouant des travestissements (en jardinier, en marchande de fleurs, voix de tête drôlissime à l’envi), le baryton Biagio Pizzuti éclaire la figure d’Elviro, d’une vérité humaine, comique certes, mais très proche du spectateur / auditeur.
Un pilier efficace dans la trame dramatique qui contraste parfaitement avec la noblesse plus digne de ses partenaires.
Autant le profil de l’empereur Serse est lumineux, autant celui de Ariodate (Andrea Mastroni) est lugubre et sombre, qui ferait résonner jusqu’aux cintres. Et l’auditeur.

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CD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738). Dramma per musica en 3 actes, livret d’après Nicolò Minato et Silvio Stampiglia / CrĂ©Ă© Ă  Londres en avril 1738

Serse : Franco Fagioli
Arsamene, son frère : Vivica Genaux
Romilda : Inga Kalna
Atalanta : Francesca Aspromonte
Ariodate : Andrea Mastroni
Amastre : Delphine Galou
Elviro : Biagio Pizzuti

Il Pomo d’Oro / Maxim Emelyanychev, direction.

 

 

 

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LIRE nos autres critiques des cd et concerts par Franco Fagioli

CD, compte rendu critique. Gluck: Orfeo ed Euridice, 1762 (Franco Fagioli, Laurence Equilbey, 3 cd Archiv, avril 2015)
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-gluck-orfeo-ed-euridice-1762-franco-fagioli-laurence-equilbey-3-cd-archiv-avril-2015/

CD événement, annonce. FRANCO FAGIOLI : ROSSINI (1 cd Deutsche Grammophon, à venir le 30 septembre 2016).
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-franco-fagioli-rossini-1-cd-deutsche-grammophon-a-venir-le-30-septembre-2016/

Compte rendu, opéra. Paris, Palais Garnier, le 16 septembre 2016. Cavalli : Eliogabalo (1667), recréation. Franco Fagioli… Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scène
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-palais-garnier-le-16-septembre-2016-cavalli-eliogabalo-recreation-franco-fagioli-leonardo-garcia-alarcon-direction-musicale-thomas-jolly-mise-en-scene/

Compte-rendu critique, opéra. Nancy. Opéra National de Lorraine, le 7 mai 2017. Gioachino Rossini : Semiramide. Salome Jicia, Franco Fagioli, Nahuel Di Pierro, Matthews Grills. Domingo Hindoyan, direction musicale. Nicola Raab, mise en scène
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-opera-nancy-opera-le-7-mai-2017-rossini-semiramide-jicia-fagioli-hindoyan-raab/

CD, compte rendu critique. FRANCO FAGIOLI, contre ténor : Handel Arias (1 cd Deutsche Grammophon). Parmi les contre ténors actuels, ceux qui savent caractériser un personnage, au lieu de déployer toujours la même technique, l’argentin Franco Fagioli réalise une belle prouesse, sur le sillon de son aîné Max Emanuel Cencic, qui lui accuse les signes inquiétants de son âge vocal : medium certes élargi mais…
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-franco-fagioli-contre-tenor-handel-arias-1-cd-deutsche-grammophon/