La 7Ăšme de Mahler par l’ONL / Alexandre Bloch

mahler-alexandre-bloch-orchestre-national-de-lille-annonce-critique-classiquenewsPARIS ce soir. MAHLER : symphonie n°7Ăš. ONL, A BLOCH. C’est la plus mystĂ©rieuse des symphonies de Mahler et, pour beaucoup, l’une des plus attachantes. CrĂ©Ă©e Ă  Prague en 1908, la Symphonie n°7 , avec la 5Ăš et 6Ăš, compose la trilogie symphonique purement instrumentale et la plus autobiographique de Mahler. Alexandre BLOCH et le NATIONAL DE LILLE poursuivent ainsi leur odyssĂ©e symphonique mahlĂ©rienne... Dans le 7Ăšme symphonie, les forces de la nature, divine, mystĂ©rieuse ; celles du destin impĂ©nĂ©trable 
 se mĂȘlent et fusionnent en un maelstrom des plus spectaculaire, exigeant de la part des instrumentistes, des alliages et des combinaisons de timbres inĂ©dits alors.
Cinq parties symĂ©triques y rythment ainsi un vaste parcours intime oĂč en miroir les deux “Nachtmusik” / « Nocturnes », vraies divagations oniriques et personnelles, (qui donnent Ă  la symphonie le surnom de “Chant de la nuit”) dĂ©veloppent une sorte de mĂ©ditation qui prolonge tout ce qu’a pu expĂ©rimenter auparavant Beethoven dans ses Sonates pour piano ; d’abord, temps suspendu, extatique, d’oubli et de rĂȘverie ; puis conversation enchantĂ©e, enivrĂ©e entre guitare et mandoline. Dans la 7Ăš, Mahler rĂ©invente le langage orchestral, sa prodigieuse palette de couleurs et de timbres, ses silences aussi, comme sa conception Ă©tagĂ©e et spatialisĂ©e. Sans omettre ses rĂ©fĂ©rences directs et concrĂštes Ă  l’élĂ©ment animal auquel depuis la 3Ăš il confĂšre une conscience particuliĂšre : le Finale, tempĂ©tueux, fait entendre un gigantesque carillon de
 cloches Ă  vaches !

 

 

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PARIS, Philharmonie, 20h30boutonreservation
ce soir samedi 19 octobre 2019

INFOS sur le site de l’ONL / Orchestre national de LILLE : https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/chant-de-la-nuit-symphonie-n7/

Programme repris Ă  LiĂšge puis Courtrai :

Paris Philharmonie de Paris – Samedi 19 octobre 20h30
‹Liùge Salle Philharmonique – Jeudi 24 octobre 20h
Infos et réservations : 0032 42 20 00 00 ou www.oprl.be
‹Courtrai Schouwburg – Vendredi 25 octobre 20h15
Infos et réservations : 0032 56 23 98 55 ou www.wildewesten.be

 

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Approfondir : la 7Ú expliquée par le chef :
La 7eme de Mahler expliquée par Alexandre Bloch et à sa maniÚre :
https://youtu.be/SmOiy596VnY

 

Les Symphonies de MAHLER sur la chaüne youtube de l’ONL Orchestre national de Lille

Retrouvez toutes les symphonies de Mahler sur la chaüne Youtube ONLille jusqu’en avril 2020. Actuellement en ligne : Symphonies 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7.

 

 

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Arnold Böcklin : PAN (DR)

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DOSSIER SPÉCIAL 7ù symphonie de Mahler 

Symphonie d’un destin

 

mahler gustav profil gustav mahler classiquenewsMahler nous laisse un cycle de 10 symphonies parmi les plus dĂ©concertantes, les plus visionnaires jamais Ă©crites. La DixiĂšme est restĂ©e Ă  l’état d’esquisses. A l’heure oĂč Picasso rĂ©volutionne le langage pictural (Les Demoiselles d’Avignon, 1907), Mahler indique de nouvelles perspectives, poĂ©tiques, musicales, philosophiques aussi pour l’orchestre. Aux cĂŽtĂ©s d’une Ă©criture autobiographique qui exprime ses angoisses et ses aspirations, en particulier les Ă©pisodes d’une existence tragique, se prĂ©cise peu Ă  peu le dĂ©sir des hauteurs, un Ă©lan mystique dont l’arc tendu de la priĂšre appelle apaisement et sĂ©rĂ©nitĂ©. Dans l’écriture, chaque symphonie est un dĂ©fi pour les musiciens. Mahler y repousse progressivement les limites et les horizons de la forme classique.

Ce sont aussi l’usage particulier des timbres, le recours aux percussions, la couleur grimaçante des certains bois, la douleur, l’amertume voire l’aigreur. L’orchestre de Mahler palpite en rĂ©sonance avec le cƓur meurtri, durement Ă©prouvĂ© d’un homme frappĂ© par le destin, mais il reconstruit aussi, un lien avec les mouvements et le souffle de la divine et mystĂ©rieuse Nature. Une nature rĂ©confortante dont il cherchait chaque Ă©tĂ©, la proximitĂ© et la contemplation, deux Ă©lĂ©ments propices Ă  l’écriture. Le lien au motif naturel s’exprime aussi dans la prĂ©sence rĂ©currente des animaux.

Porté par la divine Nature
Le propre de la 7 Ăšme symphonie de Mahler est peut-ĂȘtre de ne prĂ©senter d’un premier abord aucune unitĂ© de plan. Cinq morceaux en guise de dĂ©veloppement progressif, avec au cƓur du dispositif, le scherzo central, encadrĂ© par deux « nachtmusiken » / nocturne. Pourtant, il s’agit bien d’un massif exceptionnel par ses outrances sonores, ses combinaisons de timbres, son propos original, certes pas narratif ni descriptif

PlutĂŽt affectif et passionnel, dont la texture mĂȘme, extrĂȘmement raffinĂ©e, souhaite exprimer un sentiment d’exacerbation formelle et mĂȘme d’exaspĂ©ration lyrique. Un sentiment dans lequel Mahler dĂ©sire faire corps avec la Nature, une nature primitive et imprĂ©visible, constituĂ©e de forces premiĂšres et d’énergie vitale que le musicien restitue Ă  la mesure de son orchestre.
Fait important parce que singulier dans son Ɠuvre, Ă  l’étĂ© 1904 oĂč il aborde la composition de cette montagne sonore, Mahler est dans l’intention de terminer sa 6 Ăšme symphonie, or, ce sont en plus de la dite symphonie, les deux nachtmusiken qui sortiront de son esprit. Ces deux mouvements originaux Ă  partir desquels il structurera les volets complĂ©mentaires pour sa 7Ăšme symphonie, achevĂ©e Ă  l â€˜Ă©tĂ© 1905, Ă  Mayernigg.

Les excursions dans le Tyrol du Sud lui sont favorables. Le contact avec l’élĂ©ment naturel et minĂ©ral, en particulier des Dolomites, lui fait oublier la tension de l’activitĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Vienne dont il est le directeur. L’intĂ©gralitĂ© de sa 7Ăšme symphonie est achevĂ©e le 15 aoĂ»t 1905.
La partition sera crĂ©Ă©e sous la direction du compositeur Ă  Prague au mois de septembre 1908. L’accueil dĂšs la crĂ©ation est des plus mitigĂ©s. La courtoisie des critiques et des commentaires, y compris des amis et proches, des disciples et confrĂšres du musicien, dont Alban Berg et Alexandre von Zemlinsy, Oskar Fried et Otto Klemperer, prĂ©sents Ă  la crĂ©ation, ne cachent pas en dĂ©finitive une profonde incomprĂ©hension.
Le fil dĂ©cousu de l’Ɠuvre, son sujet qui n’en est pas un, l’effet disparate des cinq mouvements, ont dĂ©concertĂ©. Et de fait, la 7Ăšme symphonie sans thĂšme nettement dĂ©veloppĂ©, sans matiĂšre grandiose, clairement explicitĂ©e (en apparence), demeure l’opus le moins compris, le moins apprĂ©ciĂ© de l’intĂ©grale des symphonies. D’ailleurs, le premier enregistrement date de 1953 !

Journal symphonique
Il y a certes le sentiment de la fatalitĂ© et de la tragĂ©die, surtout dĂ©veloppĂ© dans le premier mouvement, Langsam puis allegro con fuoco. Il y a aussi les relans d’amertume et de cynisme acides, les grimaces et les crispations d’un destin marquĂ© par la souffrance et la perte, le deuil et les Ă©checs.
Mais ce qui est imprime Ă  l’ensemble, et lui donne son unitĂ© de tons et de couleurs, c’est la vitalitĂ© agissante, le sentiment d’un orgueil qui fait face, une dĂ©termination qui veut Ă©pouser coĂ»te que coĂ»te, les aspĂ©ritĂ©s de la vie.
A cela s’ajoute, l’éveil du sentiment naturaliste, la contemplation des montagnes et des cimes. Entre deux ascensions, entre le premier mouvement et l’ultime rondo, Mahler, le voyageur, s’octroie plusieurs pauses, pleinement fĂ©condes dans la douce Ă©vocation des nachtmusiken.
On sait qu’il Ă©tait alors sous l’inspiration d’une contemplation Eichendorffienne (murmures et romantisme de la seconde Nachtmusik), surtout comme il l’a Ă©crit lui-mĂȘme, il est habitĂ© par le souffle cosmique, la recherche d’un oxygĂšne au delĂ  de la vie terrestre, la perception d’un autre monde qui puisse lui transmettre la volontĂ© d’affronter l’existence et de poursuivre son Ɠuvre. Il s’agit de communier avec la nature primitive, de l’embraser toute entiĂšre, dans sa totalitĂ© Ă©nigmatique et foudroyante.

L’esprit de Pan et chant du cosmos

MAHLER-GUSTAV-SYMPH-7-annonce-concert-critique-classiquenews-Arnold_Bocklin_-_Pan_im_Schilf_(1857)Il s’agit moins ici d’un conflit de forces opposĂ©es, que l’expression quasi orgiaque, libĂ©ratrice des Ă©nergies fondatrices de la nature. Accord recherchĂ© avec la vibration de l’univers, recherche d’une expression inĂ©dite et personnelle qui invoque l’esprit de Pan, que l’auteur a lui-mĂȘme Ă©voquĂ© pour expliquer la richesse plurielle de sa musique, ou plutĂŽt communion avec le rythme dionysiaque d’un temps nouveau, recomposĂ©. Disons que la profusion des rythmes, des timbres, des couleurs affirment au final, une vision totalement nouvelle des horizons musicaux.
S’il y a une empreinte incontestable du destin, de sa force contraignante et barbare, il y aussi grĂące Ă  l’élan propre Ă  la musique de Mahler, l’affirmation de plus en plus Ă©clatant d’une restructuration active. A mesure qu’il absorbe dans l’orchestre, la rĂ©sonance du chaos, Mahler semble recomposer au mĂȘme moment, le chant du cosmos. La dĂ©structuration apparente s’inverse Ă  mesure que le principe symphonique s’accomplit. Un magma de puissances telluriques se cabre et danse ici (Scherzo).

Musique, matiĂšre cathartique
Musique audacieuse et mĂȘme rĂ©volutionnaire, et sans Ă©quivalent Ă  son Ă©poque, et dans le restant de l’Ɠuvre, la 7Ăšme symphonie n’en finit pas de nous interroger sur la maniĂšre de l’approcher. Tout y est contenu des sentiments mahlĂ©riens, rictus, aigreurs, pollutions et poisons, dĂ©rision, ironie et fausse innocence mais aussi, -surtout-, rĂ©gĂ©nĂ©rescence Ă  l’Ɠuvre dans la matiĂšre sonore, ici d’autant plus fascinante qu’elle est dans la 7 Ăšme, d’une Ă©poustouflante diversitĂ©, d’une subtile complexitĂ© (mandoline, harpe et guitare tissent dans le second Nachtmusik, plusieurs mĂ©lodies Ă©nigmatiques dont Schönberg gardera le souvenir)


Au sein de l’intĂ©grale des symphonies de Mahler, ce volet est l’une des expĂ©riences les plus captivantes. Et le geste du chef, qui doit y brasser l’olympien et le dyonisiaque, le diabolisme et le lumineux, la dĂ©sespĂ©rance ironique et la pure joie, a le dĂ©fi de s’y rĂ©vĂšle des plus Ă©loquents !

COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 2 oct 2019. MAHLER : Symphonie n°6. Orch National de Lille, Alexandre Bloch.

Compte-Rendu, concert. Lille, Auditorium du Nouveau SiĂšcle, le 2 octobre 2019. Symphonie n°6 de Gustav Mahler (dite « Tragique »). Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch (direction). La seconde partie de l’IntĂ©grale Mahler – initiĂ©e par Alexandre Bloch avec son Orchestre National de Lille (qui ont dĂ©jĂ  interprĂ©tĂ© les symphonies 1 Ă  5 lors de la saison 18/19) – se poursuit avec la 6Ăšme symphonie (dite « Tragique »). La 6Ăšme a Ă©tĂ© composĂ©e entre 1903 et 1904, pour ĂȘtre crĂ©Ă©e Ă  Essen en 1906 sous la direction du compositeur, et fait partie de la trilogie mĂ©diane des symphonies de Mahler (avec la 5Ăšme et la 7Ăšme que nous irons entendre dans ces mĂȘmes lieu la semaine prochaine
). Avec cette symphonie, le monde – dont on sentait la fragilitĂ© dans la symphonie antĂ©rieure, tombe pour un temps dans le dĂ©sespoir et le nĂ©ant, bien qu’apparemment rien, dans la vie du compositeur Ă  cette Ă©poque, n’explique de façon claire cette disposition au tragique. Mais aussi dĂ©chirantes que puissent ĂȘtre les Ă©motions qu’elle vĂ©hicule, il existe indubitablement quelque chose d’excitant, voire d’exaltant, comme une source d’espoir qui parcourt toute la symphonie, une sorte d’« Ă©ternel retour de la vie », un des credos de Nietzsche (que Mahler lisait beaucoup). Et il semble bien que Alexandre Bloch se soit inspirĂ© d’une telle interprĂ©tation, mettant en exergue, dans sa lecture de la partition, le combat des forces de la vie face au tragique de la destinĂ©e humaine.

 

 

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Le jeune chef français choisit de revenir Ă  la succession originale des quatre mouvements. L’Allegro initial introduit une marche funĂšbre inĂ©luctable martelĂ©e par des contrebasses impĂ©tueuses, une dĂ©ploration dans laquelle se manifestent les cris dĂ©sespĂ©rĂ©s et plaintifs de la petite harmonie, comme les vestiges d’une humanitĂ© qui refuserait de disparaĂźtre : une dualitĂ© trĂšs claire entre la vie et la mort qui s’achĂšve par un appel ardent Ă  la vie, Ă  la fois angoissant et lyrique. Bloch recourt ici Ă  un tempo rapide, et favorise les nuances et les contrastes, sollicitant tour Ă  tour les diffĂ©rents pupitres de maniĂšre Ă  obtenir de sa phalange des sonoritĂ©s inhabituelles qui laissent une large place aux contrechants : le phrasĂ© est tendu et la mise en place s’avĂšre au millimĂštre prĂšs. L’orchestre reste fidĂšle Ă  son excellente renommĂ©e, et on notera tout spĂ©cialement l’admirable dialogue entre cor et violon solo. L’Andante fait la part belle Ă  des cordes magnifiquement soyeuses, d’une ampleur Ă©mouvante jusqu’à la douleur, mais sans pathos exagĂ©rĂ©, dans un remarquable dialogue entre vent et cordes qui Ă©volue par vagues, dans un crescendo orchestral s’achevant sur une note pincĂ©e des violoncelles. Le Scherzo, lyrique et dansant, met en avant discordances et ruptures rythmiques, tout Ă  fait caractĂ©ristique des scherzos mahlĂ©riens, puis la musique s’estompe pour laisser place au silence. L’Allegro final, majestueux, s’ouvre sur une espĂ©rance (dĂ©livrĂ©e par le cor et le tuba) et un sentiment d’urgence, avant que l’orchestre ne se montre Ă  nouveau plein d’un irrĂ©sistible allant, se muant en une cavalcade effrĂ©nĂ©e et sauvage, vĂ©ritablement dionysiaque, oĂč les fameux coups de marteau marquent la prĂ©sence du destin en embuscade. Le doute plane sur l’issue de la bataille
 qui ne rencontrera sa (rĂ©)solution que dans les deux derniĂšres symphonies.

 

 

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En bref, une interprétation pertinente et une direction trÚs engagée, et une superbe réalisation musicale, qui nous fait déjà languir les prochains rendez-vous mahléro-lillois !

 

 
 

 
 

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Compte-rendu, concert. Lille, Auditorium du Nouveau SiÚcle, le 2 octobre 2019. Symphonie n°6 de Gustav Mahler (dite « Tragique »). Orchestre National de Lille. Alexandre Bloch (direction). Illustrations, photos : © Ugo Ponte / Orchestre National de Lille 2019

 

 

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STREAMING : revoir et réécouter la 6Úme symphonie de Mahler :
Mahler : Symphonie n°6 en streaming jusque fin avril 2020 sur la chaüne YOUTUBE de l’ONL Orchestre National de Lille :
https://m.youtube.com/watch?v=Dtd0WqUtgCY

 

  

 

6Ăšme de MAHLER par l’Orchestre National de Lille / Alexandre BLOCH

ONL-orchestre-national-de-lille-saison-2019-2020-nouvelle-saison-symphonique-annonce-concerts-symphonies-chefs-maestro-opera-classiquenews-VIGNETTE-COR-19-20LILLE, 6Ăšme de MAHLER. 1er, 2 oct 2019. SAISON 2019 – 2020. ONL, Orchestre National de Lille. L’orchestre fondĂ© par Jean-Claude Casadesus poursuit sa formidable odyssĂ©e grĂące Ă  son nouveau directeur musical, Alexandre BLOCH. Un musicien dynamique qui ne s’économise guĂšre, ayant le goĂ»t des dĂ©fis impressionnants, fusionnant grands effectifs et sens du dĂ©tail comme de l’architecture. Les deux annĂ©es Ă©coulĂ©es ont dĂ©montrĂ© cette capacitĂ© du colossal et de l’intime dans le choix de partitions qui supposent un grand engagement collectif : l’inclassable mais fraternelle MASS de Bernstein, le cycle en cours dĂ©diĂ© aux Symphonies de Gustav Mahler (avec bientĂŽt le massif herculĂ©en de la 8Ăš dite des « mille » qui rĂ©unit alors, les 20 et 21 novembre 2019, pas moins de 300 artistes sur le plateau)

La nouvelle saison 2019-2020 s’annonce sous les mĂȘmes proportions (dont la 9Ăš de Beethoven associant solistes, chƓurs et orchestre pour un final somptueusement festif les 25 et 26 juin 2020), avec un souci « pĂ©dagogique » d’ampleur, celui de rĂ©vĂ©ler les « chefs d’Ɠuvres intemporels » du rĂ©pertoire, ceux qui ressuscitent pour le plus grand nombre, les vertiges de l’expĂ©rience symphonique.

 

 

En 2019 – 2020, l’ONL Ă©crit un nouveau chapitre de son odyssĂ©e symphonique


MAHLER, BEETHOVEN, LINDBERG


 

 

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Ainsi l’ONL Ă©largit toujours davantage sont rĂ©pertoire, interrogeant les pages ambitieuses taillĂ©es par les plus grands compositeurs : Haydn, Bizet, TchaĂŻkovski, Dvorak, Brahms, Schubert, sans omettre les rĂ©formateurs du XXĂš : Ravel et Debussy (entre autres, cycle « J’aime la musique française » …

 

 

 

SUITE DE L’ODYSSEE GUSTAV MAHLER

 

 

Suite de l'odyssĂ©e MAHLER par l'Orchestre National de Lille2019 voit l’achĂšvement du cycle GUSTAV MAHLER : soit 5 nouveaux rendez vous dĂ©sormais incontournable au Nouveau SiĂšcle de Lille pour tous ceux que le grand frisson orchestral attire et captive : Adagio de la 10Ăš (le 5 sept), surtout 6Ăšme (les 1er et 2 octobre), la sublime 7Ăš ou « chant de la nuit » (le 18 octobre), Symphonie n°8 des « mille » (les 20 et 21 nov), enfin ultime programme ou « Adieu mahlĂ©rien », Symphonie n°9, les 15 et 16 janvier 2020.

 

A LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle :

MAHLER 6 : Symphonie n°6  ”Tragique” – 1er et 2 octobre 2019  > rĂ©servez ici

MAHLER 7 : Symphonie n°7, “chant de la nuit” – vend 18 octobre 2019 > rĂ©servez ici

MAHLER 8 :  Symphonie n°8 “des Mille” – merc 20, jeudi 21 nov 2019 > rĂ©servez ici

 

 

 

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6Ăš symphonie de GUSTAV MAHLER, 1903 – 1904
l’oeuvre « jaillie du cƓur »

La SixiĂšme est un chant dĂ©sespĂ©rĂ© qui peint un paysage dĂ©vastĂ©. Son registre est le dĂ©faitisme qui marque une expĂ©rience amĂšre et sans illusions du hĂ©ros, sur sa propre carriĂšre et face Ă  l’univers. Cette percĂ©e dans un lyrisme dĂ©fait, mordant, dĂ©sabusĂ© qui n’a pas perdu, pour autant son orgueil ni sa dĂ©mesure, est assez surprenant Ă  la pĂ©riode oĂč Gustav Mahler la conçoit.

Sa collaboration pour l’OpĂ©ra de Vienne se dĂ©roule de mieux en mieux, en partie grĂące Ă  la participation du peintre Alfred Roller. Son activitĂ© de compositeur commence Ă  ĂȘtre reconnue. RĂ©cemment mariĂ©, il est pĂšre de la petite Maria. Les sources sur la genĂšse de l’Ɠuvre sont moins documentĂ©es et nombreuses que pour ses autres symphonies. Il semble que Mahler cependant, arrive Ă  Mayernigg, en juin 1903 et compose presque immĂ©diatement son nouvel opus.

Pour se remettre de l’écriture, il prend comme Ă  son habitude le train et sa bicyclette pour parcourir la campagne incomparable des Dolomites. A l’étĂ© 1903, seront couchĂ©es sur le papier, les deux mouvements intermĂ©diaires, et l’esquisse du premier. L’étĂ© 1904 est moins heureux : Alma allitĂ©e Ă  la suite de la naissance de leur deuxiĂšme fille, le rejoint tardivement ; et le temps, orages et pluies, l’empĂȘche de sortir ; il vit claustrĂ© et peu inspirĂ©. Pourtant, le compositeur achĂšve les (funĂšbres) Kindertotenlieder (Chant pour les enfants morts). Ce sont encore les massifs et les paysages de ses chĂšres Dolomites qui lui inspirent la suite de sa SixiĂšme symphonie. Fin aoĂ»t, le cycle entier est terminĂ©. Mahler en joue une rĂ©duction au piano Ă  Alma qui est Ă©mue jusqu’aux larmes, affirmant qu’il s’agit d’une Ɠuvre « fonciĂšrement personnelle », celle qui semble avoir jailli directement du cƓur. Alma ira mĂȘme jusqu’à reconnaĂźtre rĂ©trospectivement, dans les trois dĂ©flagrations du Finale, la prĂ©monition claire des trois Ă©vĂ©nements tragiques qui surviendront en 1907 : la mort de leur fille aĂźnĂ©e, le diagnostic de l’insuffisance cardiaque qui frappe Mahler, son dĂ©part forcĂ© de l’OpĂ©ra de Vienne.

Symphonie du destin

MĂȘme lorsque Mahler dirige la SixiĂšme, en mai 1906, dans le cadre du Festival de l’Allgemeiner Deutscher Musikverein Ă  Essen dans la Ruhr, rien ne lui permet d’entrevoir les Ă©vĂ©nements Ă  venir. Pendant la crĂ©ation, il se sent mal. Alma et Mengelberg, prĂ©sents, s’inquiĂštent de son apparent malaise. ƒuvre personnelle, trop peut-ĂȘtre pour celui qui est invitĂ© Ă  la diriger, la partition suscite sentiments et Ă©motions qui submergent leur auteur.

Contrairement aux symphonies prĂ©cĂ©dentes bercĂ©es malgrĂ© leur aigreur, par le chant idĂ©al du Knaben Wunderhorn, la SixiĂšme indique un dĂ©chirement : Mahler y peint un monde dĂ©senchantĂ©, cruel, violent. Une conscience nouvelle a surgi. Cette sensation nouvelle de la vie, de sa cruautĂ© et sa froideur, il l’a dĂ©jĂ  exprimĂ©e dans la texture de la CinquiĂšme. La caisse claire marque le rythme haletant et syncopĂ© de la marche initiale, une marche au supplice et une dĂ©claration de guerre. Le dĂ©roulement de tant de catastrophes n’ouvrant sur aucun rĂ©pit ni aucune vision rĂ©confortante est d’autant plus forte, presque insoutenable. Le motif d’Alma, et celui des vaches renforcent l’humeur autobiographique de la partition qui conserve sa force rĂ©aliste et son dĂ©nuement poĂ©tique.

Le Scherzo est Ă  lui seul, une Ă©vocation lugubre de la mort, moins dansante que convulsive. L’andante offre une pause dans un monde agitĂ©, sans grĂące. Et c’est encore l’évocation du monde pastoral, des oiseaux (flĂ»tes et clarinettes) et des vaches, qui renforce toujours ce lien vital entre Mahler et l’élĂ©ment naturel, sans lequel il ne pourrait vivre ni composer, trouver le mode de vie transitoire, ce pacte rĂ©gulateur, absorbant ses innombrables angoisses.

Dans le Finale, la peinture s’obscurcit encore et les perspectives sont bouchĂ©es. Sans issue, murĂ© dans son errance, Mahler fait l’expĂ©rience du chaos et de l’effondrement. Il fallait qu’il explore les TĂ©nĂšbres dans son Ăąme pour mieux s’ouvrir dans les HuitiĂšme puis NeuviĂšme, aux champs Ă©lysĂ©ens en un hymne de paix pleinement atteint. Mais cet accomplissement devait encore passer par des traversĂ©es fondatrices, celle de la SeptiĂšme symphonie, aussi personnelle et dans laquelle le hĂ©ros est le spectateur et l’observateur, -ni acteur, ni victime-, qui a pris le recul face aux forces, mystĂ©rieuses, terrifiantes et insondables qui façonnent l’univers.

 

 

 

 

 

NOUVELLE SAISON 2019 – 2020 de l’ONL Orchestre National de Lille : Riche en propositions musicales nouvelles, l’ONL sait aussi se rĂ©inventer pour chaque nouvelle saison : en tĂ©moignent ses formats orchestraux inĂ©dits capables de sĂ©duire et fidĂ©liser un public de plus en plus Ă©largi : cinĂ©-concerts (Star Wars, Ă©pisodes VI et VII, les 21 et 22 fĂ©v 2020 : « Le retour du Jedi » ; puis, les 2 et 3 avril 2020 : « Le rĂ©veil de la force »), « Just play » (24 sept), « concert flash » (45 mn de musique Ă  la pause dĂ©jeuner : les 10 oct, 7 nov 2019 ; 20 janv, 12 mars 2010), «  Famillissimo » (programmes oniriques pour les petits et leurs familles : les 31 oct, 30 nov 2019 ; LIRE notre prĂ©sentation complĂšte de la nouvelle saison 2019 2020 de l’Orchestre National de LILLE

 

 

 

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TOUTES LES INFOS et les modalités de réservation
(différentes formules et pass, abonnements saison
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https://www.onlille.com/saison_19-20/pass_19-20/

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CD
les derniers cd de l’Orchestre National de Lille, critiquĂ©s sur CLASSIQUENEWS

CD, critique. Les PĂȘcheurs de Perles de BIZET : Fuchs, Dubois, Sempey


CD, critique. CHAUSSON : oeuvres symphoniques / Poùme de l’amour et de la mer / Symphonie opus 20

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REPORTAGES VIDEOS
Les derniers reportages dĂ©diĂ©s au travail de l’ONL Orchestre National de Lille :

REPORTAGE VIDEO : Les PĂȘcheurs de perles

REPORTAGE VIDEO : MASS de Bernstein

ET bientĂŽt en nov 2019 : Symphonie des Mille de Gustav Mahler

LILLE. MAHLER, Adagio de la 10Ăš symphonie

ONL lille le 5 sept 19 concert Mahler Strauss concert annonce classiquenews Lise-de-la-Salle_slide_328px_19-20LILLE, ONL, le 5 sept 2019 : MAHLER, Adagio de la 10Ăš symphonie. DĂšs dĂ©but septembre 2019, pour amorcer sa nouvelle saison 2019 2020, l’Orchestre National de Lille dĂ©die sa programmation Ă  Gustav Mahler
 Le 5 septembre, place Ă  l’Adagio de la 10Ăš symphonie par une phalange invitĂ©e : l’Orchestre Français des Jeunes sous la direction de Fabien Gabel.
Ensuite, sous la direction de son directeur musical, Alexandre BLOCH, l’ l’Orchestre National de Lille / ONL poursuit son cycle des Symphonies de Mahler, dùs les 1er et 2 octobre : Symphonie n°6.

L’ADAGIO DE LA SYMPHONIE N°10
 Gustav Mahler dĂ©cĂ©dĂ© Ă  Vienne en mai 1911 laisse inachevĂ©e son ultime symphonie, la 10Ăš : le premier mouvement, adagio (en fa diĂšse majeur) est retrouvĂ©, publiĂ© par sa veuve Alma en 1924, puis « achevé » avec le 3Ăš mouvement (Purgatorio) par Ernst Krenek et le chef Franz Schalk. C’est ce dernier qui joue les deux Ă©pisodes ainsi restituĂ©s d’aprĂšs les manuscrits autographes en octobre 1924. D’une durĂ©e circa 25 mn, l’Adagio est le seul mouvement dont subsistent des Ă©lĂ©ments significatifs de la main de Mahler pour autoriser une restitution acceptable. Ample, dĂ©tachĂ©, intĂ©rieur voire dĂ©sincarnĂ© (le renoncement ultime en liaison avec la crise conjugale que vit alors le compositeur en 1910), rappelle l’adagio de la Symphonie n°9 de Bruckner. Mahler y superpose 3 idĂ©es thĂ©matiques, pas vraiment fusionnĂ©es ni dialoguĂ©es, alternĂ©es, sur un canevas harmonique oĂč Mahler dĂ©passe aussi loin qu’il le peut le classicisme tonal. Au moment de la conclusion, tous les motifs se combinent et se fondent, emblĂšme d’un gĂ©nie du dĂ©veloppement et de l’architecture orchestrale.

Le mouvement ainsi jouĂ© marque le premier jalon du cycle Mahler 2019 / 2020 prĂ©sentĂ© par l’ONL Orchestre National de Lille : les prochains rv sont 1er et 2 octobre 2019 (Symphonie n°6), 18 octobre (Symphonie n°7), mercredi 20 et jeudi 21 novembre (Symphonie n°8 des mille), puis les 15 et 16 janvier 2020 (Symphonie n°9)


Lille – Auditorium du Nouveau Siùcle
Jeudi 5 septembre 2019, 20h

De l’ombre à la lumiùre
Orchestre Français des Jeunes
Fabien Gabel, direction

Lindberg : Vivo
Schumann : Concerto pour piano
Soliste : Lise de la Salle, piano

Mahler : Symphonie n°10, Adagio
R. Strauss : Mort et Transfiguration

PrĂ©sentation du concert sur le site de l’ONL / Orchestre National de Lille : « L’Orchestre Français des Jeunes est en rĂ©sidence en rĂ©gion Hauts-de-France.
Lorsqu’il entame sa Symphonie n°10 en 1910, Mahler est rongĂ© par ses souffrances conjugales et par la maladie. Il ne pourra d’ailleurs achever sa derniĂšre grande partition. L’Adagio qu’il compose est extraordinaire par ses sonoritĂ©s tranchantes. Plus apaisĂ©, le Concerto pour piano de Schumann est un exaltant cri du cƓur composĂ© pour sa femme Clara. Brillante musicienne du rĂ©pertoire romantique, Lise de la Salle interprĂšte ce joyau de la littĂ©rature pianistique. Couronnant un programme placĂ© sous le signe de l’amour et de la mort, l’Orchestre Français des Jeunes et son chef Fabien Gabel prĂ©sentent pour terminer la grandiose et lumineuse Mort et Transfiguration de Strauss. »

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/de-lombre-a-la-lumiere/

ORANGE : Symphonie n°8 “des mille” de Gustav MAHLER

MAHLER-gustav-symphonie-5-orchestre-national-de-lille-Alexandre-Bloch-annonce-concert-classiquenews-critique-concertORANGE, ChorĂ©gies, lun 29 juil 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des mille. CrĂ©Ă©e Ă  Munich au moment de l’Exposition Internationale, le 12 septembre 1910, la Symphonie des Mille ou Symphonie n°8 de Gustav Mahler est un immense chant d’espoir qui marque aussi la pleine maturitĂ© d’une Ă©criture enfin apaisĂ©e, aprĂšs les tourments plus ou moins contrĂŽlĂ©s et assumĂ©s des Symphonies n°5, n°6 et surtout n°7, symphonies autobiographiques oĂč le conflit, la noirceur, la prĂ©sence de forces cosmiques insurmontables, les blessures liĂ©es Ă  son destin personnel et sa vie sentimentale, sont le sujet principal. Ici rien de tel, sinon, une arche grandiose dont les tensions canalisĂ©es convergent vers une priĂšre de rĂ©conciliation, une aspiration profonde Ă  la paix Ă©ternelle.

Si Mahler n’a pas Ă©crit d’opĂ©ras, cette fresque grandiose Ă  l’échelle du colossale nĂ©cessite un plateau artistique impressionnant : triple choeur (femmes, hommes, enfants), grand orchestre, solistes dont les airs sont dignes d’un drame lyrique.

L’odyssĂ©e mahlĂ©rienne de la 8Ăšme doit son unitĂ© Ă  la constance attendrie, exaltĂ©e mais toujours Ă©lĂ©gante des interprĂštes. D’autant plus que les deux parties sont d’un Ă©tonnant contraste : premier volet construit autour du Veni, Creator Spiritus, selon le texte mĂ©diĂ©val de l’archĂ©vĂȘque de Mayence, Hrabanus Maurus. Le compositeur a reçu la rĂ©vĂ©lation de cette hymne au CrĂ©ateur, d’autant plus bienvenue pour son Ăąme inquiĂšte et de plus en plus mystique. Tout le dĂ©veloppement est une variation sur le thĂšme de cette fulgurance personnelle dont il souhaite nous faire partager l’intensitĂ©.

PLAN

Le volet 1 qui reprend la traduction de l’hymne mĂ©diĂ©val : Hymnus : Veni Creator, est un immense chant de priĂšre et d’espĂ©rance, dans une Ă©criture contrapuntique des plus maĂźtrisĂ©e, qui cite toutes les messes et oratorios qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. Mahler exprime la tendresse des croyants rĂ©cepteurs du miracle, tĂ©moins d’une vision sidĂ©rante partagĂ©e. DurĂ©e : circa 30 / 35 mn.

Dans le second volet,  d’aprĂšs Schluss-szene aus « Faust » (ScĂšne finale du Faust) de Goethe, pendant littĂ©raire au premier volet d’origine sacrĂ©e, mais non moins extraordinairement exaltĂ©, solistes, chƓurs et orchestre façonnent une superbe peinture de la foi, soit un vĂ©ritable opĂ©ra spirituel oĂč l’évocation du mystĂšre, grĂące Ă  des Ă©pisodes suggestifs, un sens Ă©vident de l’articulation et des nuances (bois somptueux, cuivres grandioses, cordes amples et suspendues) donne le format de cette seconde Passion. Comme une rĂ©ponse moderne aux Passions de JS BACH, Mahler orchestre un remarquable drame sacrĂ© oĂč se prĂ©cisent plusieurs profils Pater Profundis, Maria Aegyptica, lesquels en intercesseurs, accompagnent le croyant vers l’étreinte finale que lui rĂ©serve, ĂŽ comble du bienheureux, Maria Gloriosa.
Rien ne manque Ă  l’évocation de ce diptyque religieux. Ni l’élan fervent, ni la sensibilitĂ©. Le chef doit veiller aux dĂ©tails comme Ă  l’architecture de cette cathĂ©drale orchestrale et lyrique. Ici Homme et univers ne font plus qu’un : le but ciblĂ©, espĂ©rĂ©, exaucĂ© d’un Mahler enfin en paix avec lui-mĂȘme, est atteint. Plan : adagio, scherzo, finale agitato - DurĂ©e : circa 1h.

 
 
orange-choregies-2019-concert-mahler-symphonie-n-8-annonce-critique-concert-par-classiquenews-582

 

 

 

 

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mahler gustav profil gustav mahler classiquenewsORANGE, Chorégies 2019. 150Úme anniversaire. 21h30 :  MAHLER : Symphonie n°8 des Mille. Diffusion en direct sur FRANCE MUSIQUE, lundi 29 juillet, 19h45. 
En différé sur FRANCE 5 à 22h30
depuis les ChorĂ©gies d’Orange 2019 (150Ăš anniversaire en 2019)

Magna Peccatrix: Meagan Miller
Una poenitentium: Ricarda Merbeth
Mater gloriosa :Eleonore Marguerre
Mulier Samaritana: Claudia Mahnke
Maria Aegyptica: Gerhild Romberger
Doctor Marianus: NikolaĂŻ Schukoff
Pater ecstaticus: Boaz Daniel
Pater profondus: Albert Dohmen

Orchestre Philharmonique de Radio France
Orchestre National de France

Choeur de Radio France
Choeur philharmonique de Munich
MaĂźtrise de Radio France

Jukka-Pekka Saraste, direction

 

 

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PLUS D’INFOS sur le site des ChorĂ©gies d’Orange 2019 / MAHLER : Symphonie n°8 des Mille 

Mahler : Symphonie n°8 des Mille (Orange 2019)

MAHLER-gustav-symphonie-5-orchestre-national-de-lille-Alexandre-Bloch-annonce-concert-classiquenews-critique-concertFRANCE MUSIQUE, le 29 juil 2019. MAHLER : Symphonie n°8 des mille. CrĂ©Ă©e Ă  Munich au moment de l’Exposition Internationale, le 12 septembre 1910, la Symphonie des Mille ou Symphonie n°8 de Gustav Mahler est un immense chant d’espoir qui marque aussi la pleine maturitĂ© d’une Ă©criture enfin apaisĂ©e, aprĂšs les tourments plus ou moins contrĂŽlĂ©s et assumĂ©s des Symphonies n°5, n°6 et surtout n°7, symphonies autobiographiques oĂč le conflit, la noirceur, la prĂ©sence de forces cosmiques insurmontables, les blessures liĂ©es Ă  son destin personnel et sa vie sentimentale, sont le sujet principal. Ici rien de tel, sinon, une arche grandiose dont les tensions canalisĂ©es convergent vers une priĂšre de rĂ©conciliation, une aspiration profonde Ă  la paix Ă©ternelle.

Si Mahler n’a pas Ă©crit d’opĂ©ras, cette fresque grandiose Ă  l’échelle du colossale nĂ©cessite un plateau artistique impressionnant : triple choeur (femmes, hommes, enfants), grand orchestre, solistes dont les airs sont dignes d’un drame lyrique.

L’odyssĂ©e mahlĂ©rienne de la 8Ăšme doit son unitĂ© Ă  la constance attendrie, exaltĂ©e mais toujours Ă©lĂ©gante des interprĂštes. D’autant plus que les deux parties sont d’un Ă©tonnant contraste : premier volet construit autour du Veni, Creator Spiritus, selon le texte mĂ©diĂ©val de l’archĂ©vĂȘque de Mayence, Hrabanus Maurus. Le compositeur a reçu la rĂ©vĂ©lation de cette hymne au CrĂ©ateur, d’autant plus bienvenue pour son Ăąme inquiĂšte et de plus en plus mystique. Tout le dĂ©veloppement est une variation sur le thĂšme de cette fulgurance personnelle dont il souhaite nous faire partager l’intensitĂ©.

Le volet 1 est un immense chant de priĂšre et d’espĂ©rance, dans une Ă©criture contrapuntique des plus maĂźtrisĂ©e, qui cite toutes les messes et oratorios qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. Mahler exprime la tendresse des croyants rĂ©cepteurs du miracle, tĂ©moins d’une vision sidĂ©rante partagĂ©e.
Dans le second volet, qui reprend la traduction du Veni Creator par Goethe, pendant littĂ©raire au premier volet d’origine sacrĂ©e, mais non moins extraordinairement exaltĂ©, solistes, chƓurs et orchestre façonnent une superbe peinture de la foi oĂč l’évocation du mystĂšre, grĂące Ă  des Ă©pisodes suggestifs, un sens Ă©vident de l’articulation et des nuances (bois somptueux, cuivres grandioses, cordes amples et suspendues) donne le format de cette seconde Passion. Comme une rĂ©ponse moderne aux Passions de JS BACH, Mahler orchestre un remarquable drame sacrĂ© oĂč se prĂ©cisent plusieurs profils Pater Profundis, Maria Aegyptica, lesquels en intercesseurs, accompagnent le croyant vers l’étreinte finale que lui rĂ©serve, ĂŽ comble du bienheureux, Maria Gloriosa.
Rien ne manque Ă  l’évocation de ce diptyque religieux. Ni l’élan fervent, ni la sensibilitĂ©. Le chef doit veiller aux dĂ©tails comme Ă  l’architecture de cette cathĂ©drale orchestrale et lyrique. Ici Homme et univers ne font plus qu’un : le but ciblĂ©, espĂ©rĂ©, exaucĂ© d’un Mahler enfin en paix avec lui-mĂȘme, est atteint.

 

 

 

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FRANCE MUSIQUE, lundi 29 juillet, 19h45. MAHLER : Symphonie n°8 des Mille.
EN DIRECT sur France MUSIQUE, – en diffĂ©rĂ© sur FRANCE 5 Ă  22h30
depuis les ChorĂ©gies d’Orange 2019 (150Ăš anniversaire en 2019)

Magna Peccatrix: Meagan Miller
Una poenitentium: Ricarda Merbeth
Mater gloriosa :Eleonore Marguerre
Mulier Samaritana: Claudia Mahnke
Maria Aegyptica: Gerhild Romberger
Doctor Marianus: NikolaĂŻ Schukoff
Pater ecstaticus: Boaz Daniel
Pater profondus: Albert Dohmen

Orchestre Philharmonique de Radio France
Orchestre National de France

Choeur de Radio France
Choeur philharmonique de Munich
MaĂźtrise de Radio France

Jukka-Pekka Saraste, direction

 

 

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LILLE, ONL : 5Ăšme de MAHLER au Nouveau SiĂšcle


BLOCH-alexandre-portrait-2019-chef-orchestre-national-de-lille-annonce-concert-opera-classiquenewsMAHLER à LILLE (28 juin) : La 5ù par Alexandre Bloch / ONL. Prochain volet attendu du cycle Mahler par l’ONL
– Orchestre National de Lille et son directeur musical, Alexandre Bloch. Avant la pause estivale, l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille affiche la suite de l’odyssĂ©e malhĂ©rienne par les instrumentistes lillois et leur chef Alexandre Bloch. Ce vendredi 28 juin 2019, place Ă  la Symphonie n°5 de Gustav Mahler, l’une des plus personnelles, liĂ©es Ă  sa rencontre puis son mariage avec la lumineuse Alma. C’est la premiĂšre symphonie du noyau central de son Ɠuvre (5Ăš, 6Ăš, 7Ăš), celui des symphonies les plus intimes et personnelles du compositeur (les plus bavardes diront les critiques, Ă©trangers Ă  son Ă©criture d’une rare sensualitĂ©). De fait, pas de voix ni de chƓur comme ce fut le cas des symphonies prĂ©cĂ©dentes (Ă  part la 1Ăšre Titan) : rien que le chant enivrĂ©, Ăąpre, exacerbĂ© ou langoureux des seuls instruments…

MAHLER-gustav-symphonie-5-orchestre-national-de-lille-Alexandre-Bloch-annonce-concert-classiquenews-critique-concertLa Symphonie n°5, se prĂ©sent telle la clef de voĂ»te de la crĂ©ation mahlĂ©rienne. AmorcĂ©e par une marche funĂšbre frĂ©nĂ©tique, c’est l’une des musiques les plus sombres du compositeur autrichien qui a Ă©chappĂ© miraculeusement Ă  une hĂ©morragie intestinale (fĂ©vrier 1901). Le Scherzo cependant affirme des forces nouvelles, Ă©vident combat qu’exalte ensuite le glorieux choral du Rondo-finale. Il semble que Mahler en a ciselĂ© chaque note, trouvant l’accent juste : dans cette prise de conscience vivifiĂ©e, Ă©blouit la caresse amoureuse de l’Adagietto pour cordes seules, vĂ©ritable confession et dĂ©claration dĂ©diĂ©es Ă  sa nouvelle Ă©pouse, Alma


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Lille, Nouveau SiĂšcle
Vendredi 28 juin 2019, 20h
MAHLER : Symphonie n°5

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/symphonie-n-5/

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
DIRECTION :  ALEXANDRE BLOCH / ‹CHEF ASSISTANT : JONAS EHRLER

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Les plus de votre soirée à Lille :

18h45 : Rencontre mahlĂ©rienne insolite avec Marina Mahler, petite-fille de Gustav Mahler, fondatrice de la Mahler Foundation   (entrĂ©e libre, muni d’un billet du concert)

à l’issue du concert : Bord de scùne avec Alexandre Bloch
(entrĂ©e libre, muni d’un billet du concert)

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LIRE aussi nos comptes rendus critiques des Symphonies prĂ©cĂ©dentes par l’Orchestre National de Lille, sous la direction d’Alexandre BLOCH : Symphonie n°1 Titan, Symphonie n°2 RĂ©surrection, Symphonie n°3, Symphonie n°4

VOIR... La Symphonie n°5 de Gustav Mahler est diffusĂ©e en direct sur la chaĂźne YOUTUBE de l’ONL Orchestre National de Lille, vendredi 28 juin 2019

COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, le 27 avril 2019. MAHLER. Le Chant de la Terre. Baechle, Elsner /J. SWENSEN

MAHLER portrait classiquenews IMG_20190502_125114COMPTE-RENDU, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 27 avril 2019. G.MAHLER. Le Chant de la Terre. J. Baechle. C. Elsner. Orchestre National du Capitole. J. SWENSEN, direction. L’orchestre du Capitole et Joseph Swensen tissent des liens d’amitiĂ© musicale de plus en plus Ă©troits. Ce chef qui a dirigĂ© presque toute l’oeuvre symphonique de Mahler Ă  Toulouse aborde ce soir deux Ɠuvres posthumes. En effet quel sort cruel ! Mahler, mort Ă  tout juste 51 ans, n’a pas pu entendre la crĂ©ation du premier mouvement de sa Symphonie n°10, pas plus que son sublime cycle du Chant de La Terre. Ironie du sort pour deux Ɠuvres qui parlent paisiblement (c’est toutefois relatif) du dĂ©part suprĂȘme, de l’absence et de la mort. Le premier mouvement de la dixiĂšme symphonie est un trĂšs large Andante qui dure presque une demi heure. La modernitĂ© comme la perfection formelle de cet Andante sont incroyables : il siĂšge parmi les Ɠuvres les plus bouleversantes de la musique orchestrale. Joseph Swensen dirige Ă  main nue et par cƓur obtenant comme un mage, une musique qui se dĂ©ploie en vagues sublimes.

 

 

 

Joseph Swenson Ă  Toulouse :
Mahler au sommet de l’émotion

 

 

 

DĂ©butĂ© dans un pianissimo hypnotique, vĂ©ritablement Ă©thĂ©rĂ©, avec un chant Ă©perdu des alto d’une beautĂ© et d’une mĂ©lancolie envoĂ»tante, l’andante Ă©volue lentement vers des tutti aux cuivres impressionnants. DĂšs ces premiĂšres mesures, le large phrasĂ© se dĂ©ploie et Swensen avec un sourire de bonheur, intĂ©rieur et partagĂ©, dirige en osmose avec les musiciens comme si c’était lui qui jouait avec de larges mouvements des bras. Le magnifique orchestre du Capitole est ainsi suspendu aux demandes sensuelles du chef, lui mĂȘme en Ă©tat de grĂące. Parler de virtuositĂ© sublimĂ©e, de couleurs comme chez Klimt, de structure limpide quasi cĂ©leste, de phrasĂ©s portĂ©s au bout du souffle, de don de tout, permet d’évoquer un moment rare et inoubliable. Le public envoutĂ© fait la fĂȘte Ă  ces interprĂštes si inspirĂ©s. Les musiciens Ă©perdus d’admiration pour le chef et le chef ravi du don total de l’orchestre, ont semblĂ© particuliĂšrement Ă©panouis.

AprĂšs l’entracte, l’orchestre s’étoffe pour une vaste oeuvre tout Ă  fait inclassable. Das Lied von der Erde, le chant de la Terre, est une oeuvre sans Ă©quivalent. De la taille d’une symphonie, elle rĂ©clame un vaste orchestre particuliĂšrement au niveau des percussions et exigeant mĂȘme une incroyable mandoline pour la derniĂšre mĂ©lodie. Il s’agit donc d’une vaste symphonie avec voix. Ce n’est pas la seule de Mahler certes. Ce n’est pas non plus le seul cycle de lieder avec orchestre de Mahler mais cette alchimie subtile, exigeant deux chanteurs aux voix larges mais surtout capables de magnifier un texte superbe avec un orchestre majestueux, est restĂ©e sans descendant.
La superstition de Mahler y est probablement pour quelque chose. Il ne s’est pas autorisĂ© Ă  Ă©crire une dixiĂšme symphonie. Beethoven, Schubert et Bruckner Ă©taient morts aprĂšs leur neuviĂšme. La Chant de la Terre est sa dixiĂšme symphonie dĂ©guisĂ©e. C’est le parti pris qu’a choisi Joseph Swensen. Il a dirigĂ© une symphonie avec voix pour faire corps avec l’orchestre. Jamais il n’a accompagnĂ© les voix, les poussant dans leurs retranchements.

Ainsi le premier lied a mis le tĂ©nor Ă  mal. « Das Trinklied vom Jammer der Erde » n’a pas Ă©tĂ© agrĂ©able pour Christian Elsner dont la voix a Ă©tĂ© engloutie trop souvent par la puissance et la beautĂ© de l’orchestre. Mais aprĂšs tout, l’ivresse et la douleur Ă©taient si prĂ©sentes dans l’orchestre que ce choix a Ă©tĂ© au final trĂšs convaincant. C’est dans les deux lieder suivants que le tĂ©nor a pu libĂ©rer son interprĂ©tation subtile basĂ©e sur une voix solide et homogĂšne mais surtout sur une comprĂ©hension et une lisibilitĂ© du texte tout Ă  fait remarquables.

Le poĂšme « Von der Jugend » a Ă©tĂ© d’une subtilitĂ© incroyable associant un chanteur-diseur de premier ordre et un orchestre orientalisant d’une beautĂ© irrĂ©elle. « Der Trunkene im FrĂŒhling » a scellĂ© un superbe accord musical et poĂ©tique entre le chef, le tĂ©nor et les musiciens. La mezzo-soprano Janina Baechle a la mĂȘme qualitĂ© de diction que son collĂšgue, tous deux Ă©tant germanistes. Sa voix ombrĂ©e et dirigĂ©e avec une agrĂ©able souplesse est capable de nuances d’une grande subtilitĂ©. Janina Baechle a rendu le texte limpide et en particulier lui a permis de diffuser cette douce ou amĂšre mĂ©lancolie si consubstantielle Ă  Mahler tandis que l’orchestre de Swensen soufflait le vent de la passion. « Der Eiseime in Hebst » avec un orchestre diaphane ou compact a Ă©tĂ© un grand moment de luxe Ă©thĂ©rĂ©. Mais c’est « Von der Schönheit » qui a Ă©tĂ© un sommet vocal avec une largeur du souffle Ă©mouvante de la mezzo-soprano. Le dernier lied, plus long que les cinq lieder prĂ©cĂ©dents, a Ă©tĂ© le large moment de temps suspendu, attendu et espĂ©rĂ©. Les deux poĂšmes qui forment cet «Abschied », cet adieux, sont liĂ©s par un interlude orchestral sublime. La direction amoureuse de Joseph Swensen, la voix de Janina Baechle, toute de beautĂ© et de douleur pĂ©trie, mais surtout avec des mots subtilement offerts, ont amenĂ© le public a atteindre cette sĂ©rĂ©nitĂ© hĂ©doniste mais consciente de la nĂ©cessaire finitude des choses de ce monde, avec un art consommĂ©. Et que dire des extraordinaires musiciens de l’orchestres ? Avec des pupitres de tous jeunes musiciens capables de tenir des solo d’une beautĂ© renversante ! Et les habituĂ©s comme Jacques Deleplancque au cor, Hugo Blacher Ă  la trompette et Lionel Belhacene au basson en solistes Ă©mouvants ! Tous mĂ©riteraient d’ĂȘtre citĂ©s…
Mais que dire de plus ? Assister Ă  un tel concert, avec des interprĂštes si engagĂ©s, renouvelle l’émotion d’une partition si aimĂ©e au disque. Les Ă©quilibres subtils et si essentiels dans l’orchestration sublime de Mahler ne se rĂ©vĂšlent qu’au concert et par exemple, tout particuliĂšrement l’osmose entre la mandoline, le cĂ©lesta et la harpe, restera comme un moment de magie pure.
Quelle chance pour la public toulousain d’avoir pu se dĂ©lecter d’ un concert tout Mahler si Ă©mouvant dans une perfection formelle idĂ©ale. Les mĂąnes de Mahler en ont certainement souri.

 

 

 

Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 27 avril 2019. Gustave Mahler (1860-1911) : Symphonie n°10 en fa diÚse majeur, Adagio ; Das Lied von der Erde, Le Chant de la Terre ; Janina Baechle, mezzo-soprano ; Christian Elsner, ténor ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Joseph Swensen, direction.

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch.

cycle-mahlerCOMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiĂšcle, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Christianne Stotijn (mezzo-soprano), Philharmonia Chorus, Choeur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal / ONL Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch (direction). Apres une Symphonie n°1 « Titan », de « lancement », puis une n°2 « RĂ©surrection », tendue, recueillie, incarnĂ©e
 enfin spiritualisĂ©e en sa fin cĂ©leste, la 3Ăšme Symphonie de Mahler, jouĂ©e ce soir au Nouveau SiĂšcle Ă  Lille, dĂ©livre et confirme dĂ©sormais les qualitĂ©s du cycle Ă©vĂ©nement que le chef et directeur musical du National de Lille, ALEXANDRE BLOCH, dĂ©die au compositeur (qui fut aussi un grand chef). De l’Ă©nergie, une urgence continue, une intelligence des timbres, surtout une attention particuliĂšre Ă  l’architecture interne du massif malhĂ©rien
 A contrario des conceptions plus « droites », objectives de certains chefs, plus extraverti que d’autres (comme les « grands ainĂ©s » tels Karajan, Haitink
 sans omettre Abbado), Alexandre Bloch lui ne s’économise en rien, dansant sur le podium, habitĂ©, exaltĂ© par son sujet, avec une intensitĂ© qui rappelle 
 Bernstein.

 

 

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FINALE DE COMPASSION ET D’AMOUR… Ceci nous vaut pour le dernier mouvement, le plus aĂ©rien (aux cordes surtout), des jaillissements de lyrisme flexible et amoureusement dĂ©ployĂ©, un baume pour le cƓur et l’esprit, aprĂšs avoir passĂ© tant d’épisodes si divers et contrastĂ©s. On n’oubliera pas ce 6Ăš mouvement final (« Langsam. Ruhevoll. Empfunde ») qui semble comme un choral fraternel et recueilli, embrasser tous les ĂȘtres vivants (hommes et animaux) et les couvrir d’un sentiment d’amour, irrĂ©pressible et caressant. Dans son intonation, sa pĂąte transparente, suspendue, le mouvement prĂ©figure l’Adagietto de la 5Ăš, ses amples respirations,sa couleur parsifalienne, sa ligne constante qui appelle et dessine l’infini


 

 
 

 

La 3Ăš Symphonie de Mahler par
l’Orchestre national de Lille et Alexandre Bloch

Sons et conscience de la Nature

 

 

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Toutes les illustrations : © Ugo Ponte / Orchestre National de Lille 2019

 

 
 

Notre attente Ă©tait d’autant plus affĂ»tĂ©e que la 3Ăš Symphonie de Gustav Mahler (alors ĂągĂ© de 34 ans) est rarement donnĂ©e si on la compare aux autres Ă©videmment; mĂȘme le chef fondateur de l’Orchestre National de Lille, Jean-Claude Casadesus, malhĂ©rien distinguĂ© et reconnu, ne l’a jouĂ© avec les musiciens lillois que… trois fois (1996, 1997, puis 2006) quand on compte pas moins de 11 rĂ©alisations de la 4Ăšme sous sa baguette !, soit de 1978 Ă  2017 ; distinguons l’enregistrement que CLASSIQUENEWS avait saluĂ© lors de sa parution par un CLIC : la Symphonie n°2 RĂ©surrection de 2017). Voila qui en dit long.

VoilĂ  qui donne du poids aussi Ă  la proposition d’Alexandre Bloch de jouer les 9 symphonies pendant 2019, histoire de renouer avec un rĂ©pertoire qui a construit et façonnĂ© le son de l’Orchestre lillois depuis sa crĂ©ation. DĂ©fi aussi puisqu’il s’agit Ă  chaque session de dĂ©voiler la richesse de l’écriture malhĂ©rienne, tout en renouvelant encore l’engagement de tous les musiciens. Ce cycle en cours s’affirme donc comme une expĂ©rience majeure pour l’auditeur et pour les interprĂštes, un nouveau jalon de leur aventure musicale.

De par ses effectifs, l’ONL / Orchestre National de Lille, voit grand et peut aborder des Ɠuvres spectaculaires. Dans ce sens MASS, fresque dĂ©lirante, inouĂŻe s’inscrivait pour l’annĂ©e Bernstein 2018 dans cette ambition (fin de saison, juin 2018); la Symphonie des Mille, n°8 sera le prochain volet Ă  ne pas manquer. Sans avoir jamais Ă©crit d’opĂ©ras, Mahler, qui comme chef, en dirigea beaucoup (entre autres comme directeur de l’OpĂ©ra de Vienne) semble y synthĂ©tiser toutes les possibilitĂ©s orchestrales et lyriques, – en particulier dans sa 2Ăš partie.‹ D’opĂ©ra, il est aussi question dans la 3Ăš, prĂ©cisĂ©ment dans l’épisode IV oĂč sort de l’ombre, Ă  la fois entitĂ© maternelle envoĂ»tante et prophĂ©tesse d’une Ăšre Ă  venir, la mezzo (convaincante Christianne Stotjin, dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e dans la RĂ©surrection de fĂ©vrier dernier). Son texte empruntĂ© Ă  Nietzsche (Zarathoustra) est une exhortation adressĂ©e aux hommes, un appel, Ă  la fois berceuse et priĂšre, une invocation et une alerte pour que chacun s’interroge sur lui-mĂȘme, sur le sens de sa vie terrestre. Le texte contient la clĂ© de l’Ɠuvre ; sans joie, sans dĂ©passement de la souffrance, l’homme ne peut atteindre l’éternitĂ©. Encore faut-il qu’il atteigne cet Ă©tat de conscience salvateur 
auquel nous prĂ©pare la musique de Mahler. Dans l’opĂ©ra imaginaire du compositeur, ce pourrait ĂȘtre une apparition magique et nocturne dont la couleur est saisissante par sa profondeur, sa justesse, sa couleur de fraternitĂ©. Chef, soliste, instrumentistes sculptent la couleur de l’hallucination ; ils en expriment idĂ©alement le caractĂšre d’urgence et d’envoĂ»tement.

  

 

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SPLENDEUR D’UNE NATURE A L’AGONIE… Auparavant, prĂ©lude Ă  ce surgissement inĂ©dit, Mahler n’a pas mĂ©nagĂ© son auditeur. Son orchestre plĂ©thorique embrasse toute la crĂ©ation et le monde, convoque les Ă©lĂ©ments dans leur primitive splendeur. Mais une splendeur parfois lugubre qui paraĂźt comme en sursis : Ă©videmment l’ample premier mouvement le plus long jamais Ă©crit par Mahler (« I. KrĂ€ftig. Entschieden ») dĂ©veloppe en une mise en ordre progressive, qui s’apparente peu Ă  peu Ă  une marche, l’évocation d’un monde terrestre tellurique et chtonien, inscrit dans la gravitas la plus caverneuse (rang fourni des contrebasses…), oĂč brillent aussi tous les pupitres des cuivres : cors par 8, trombones, tuba, trompettes
 MĂȘme s’il s’agit d’une vision panthĂ©iste, le regard que porte Mahler sur la crĂ©ation est froid, analytique, mordant.
Au scalpel, Alexandre Bloch en fait surgir (rugir) toutes les rĂ©sonances hallucinĂ©es et souvent fulgurantes : cris, dĂ©flagrations, dĂ©chirements, plutĂŽt que cĂ©lĂ©bration bienheureuse ; mĂȘme si de purs vertiges sensuels, lyriques, d’une tendresse absolue, Ă©mergent : ils s’y pressent, prĂ©cipitĂ©s, exacerbĂ©s jusqu’à la parodie. Le geste est clair, prĂ©cis, souple : le chef dessine le plus passionnant des orages naturels, Ă  la fois chaos et mĂ©canique cynique singeant une marche militaire, plus ivre que majestueuse.

 

 

Grand concert Mahler par l'Orchestre OSE. Daniel Kawka, directionMAHLER ECOLOGISTE... La richesse des teintes, le creuset des accents et des nuances simultanĂ©es forment une matrice orchestrale et un maelström symphonique d’une irrĂ©sistible puissance. Pour nous, en Ă©cho Ă  notre planĂšte martyrisĂ©e et au rĂšgne animal sacrifiĂ©, agonisant, ce premier mouvement exprime les tensions qui soumettent une terre Ă  l’agonie : et nous voyons clairement dans les Ă©clairs et les fulgurances (appels des trompettes, danse lugubre des bassons, solo du trombone
) que dessinent l’énergie du chef, l’indice d’une conscience visionnaire, celle d’un Mahler plus que panthĂ©iste: animaliste, Ă©cologiste
 Le chant de son orchestre exprime la conscience doloriste de la Nature, la mise Ă  mort des espĂšces animales, le cri de la terre qui se convulse, meurt et ressuscite Ă  chaque battement de la grosse caisse, battement sourd et dĂ©licat Ă  la fois, (Ă  peine audible mais si prĂ©sent cependant ce soir) sur lequel s’organise et se dĂ©ploie toute la mĂ©canique orchestrale, du dĂ©but Ă  la fin de ce premier acte sidĂ©rant. Passionnante lecture.

On ne passera pas en revue chaque sĂ©quence suivante, Ă  la loupe, pourtant l’acuitĂ© et l’analyse que sait dĂ©velopper le chef, affirment davantage sa comprĂ©hension, sa conception trĂšs juste de tous les climats qui sont nĂ©s dans l’esprit de Mahler, que l’on aime imaginer, chaque Ă©tĂ©, dans son cabanon de travail, vĂ©ritable balcon sur la Nature, miraculeuse, fragile, impĂ©rieuse


Le II est ainsi depuis le premier solo instrumental (hautbois) une claire Ă©vocation florale dont l’activitĂ© et le chatoiement des couleurs (transparent et dĂ©taillĂ©) contrastent avec le tragique tellurique qui a dĂ©ferlĂ© prĂ©cĂ©demment. Les combinaisons de timbres prĂ©figurent dĂ©jĂ  ce que sera la parure de la 4Ăš (clarinette).
Puis Alexandre Bloch enchaĂźne le III (« Comodo. Scherzando. Ohne Hast ») : d’abord suractivitĂ© instrumentale qui caractĂ©rise chaque espĂšce animale de la forĂȘt ; puis, surprenant rupture de climat avec l’enchantement suspendu du cuivre soliste dans la coulisse, – nouveau surgissement du songe le plus pur et le plus angĂ©lique (l’idĂ©al d’innocence et d’insouciance auquel rĂȘve le compositeur) dont la ligne aussi nous Ă©voque le voyage de Siegfried sur le Rhin (Wagner) par son caractĂšre onirique, Ă©perdu, magicien, la distanciation spatiale, le souffle poĂ©tique… La souplesse et le tact du musicien soliste affirment ce caractĂšre de nocturne enchantĂ©, et toute la grĂące du mystĂšre de la nature. Que n’a t on assez dit de ce troisiĂšme mouvement, qu’il Ă©tait vĂ©ritable expression d’une conscience enfin accordĂ©e aux animaux ?

 

 

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AprĂšs le IV, – exhortation nietszchĂ©enne-, l’épisode V fait intervenir le chƓur des femmes et la maĂźtrise des enfants, dĂ©fenseurs zĂ©lĂ©s, articulĂ©s du salut permis au coupable Pierre (« la joie cĂ©leste a Ă©tĂ© accordĂ©e Ă  Pierre / Par JĂ©sus et pour la bĂ©atitude de tous. »)

Enfin c’est l’Adagio final, apaisement, rĂ©conciliation, acte de pardon et d’amour gĂ©nĂ©ral dont le chef Ă©tire le ruban orchestral avec une tension et une dĂ©tente qui creusent encore et encore l’unisson voluptueux des cordes : c’est Ă  la fois un choral spirituel et le plus bel acte de fraternitĂ©, de compassion, comme de renoncement. L’indice, franc et vertigineux, retenu, suspendu que la lumiĂšre est atteinte. Et avec le chef, d’une sensibilitĂ© affĂ»tĂ©e, entraĂźnante 
 que la hauteur souhaitĂ©e et l’état de conscience qui lui est inhĂ©rente, rĂ©alisĂ©s.
Il n’y a que chez Mahler que l’auditeur peut Ă©prouver telle expĂ©rience. Alexandre Bloch s’avĂšre notre guide  inspirĂ© et  communicatif. A suivre. Reprise ce soir Ă  Amiens de la 3Ăš Symphonie. Prochain volet du cycle des 9 symphonies de Mahler avec l’Orchestre National de Lille, samedi 8 juin Ă  18h30 (Symphonie n°4) ; puis, Symphonie n°5 (et son Adagietto suspendu, aĂ©rien.), vendredi 28 juin 2019, 20h (toujours Ă  l’Auditorium du Nouveau siĂšcle de Lille)
 RV pris.

 

 
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COMPTE-RENDU, critique, concert. LILLE, Nouveau SiÚcle, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Christianne Stotijn (mezzo-soprano), Philharmonia Chorus, Choeur maßtrisien du Conservatoire de Wasquehal / ONL Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch (direction).

 

  

 

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VIDEO : replay FRANCE 3 Hauts de Seine
Revoir et récouter la Symphonie n°3 de Gustav Mahler
par l’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch

https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/lille/concert-regardez-direct-symphonie-ndeg3-gustav-mahler-mercredi-3-avril-20h-1648220.html

 

 

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
Direction : Alexandre Bloch
Mezzo-soprano : Christianne Stotijn
Philharmonia Chorus
Chef de choeur : Gavin Carr
Choeur maĂźtrisien du Conservatoire de Wasquehal
Chef de choeur : Pascale Dieval-Wils
Violon solo : Fernand Iaciu

 

  

  

 

LILLE, ONL. Alexandre BLOCH dirige la 3Ăš Symphonie de Mahler

INTEGRALE MAHLER Ă  LILLELILLE, le 3 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Alexandre Bloch pilote l’orchestre National de Lille, son orchestre puisqu’il en est le directeur musical, dans une Ă©popĂ©e Ă  risques, mais spectaculaire et singuliĂšre : les 9 symphonies de Gustav Mahler, architecte visionnaire dont le souffle, le goĂ»t des timbres, et le sens des Ă©tagements s’avĂšrent sous la baguette du maestro
 passionnants Ă  suivre. Jusqu’en juin 2019, le premier objectif est de jouer les 5 premiĂšres symphonies. Un marathon qui expose les musiciens Ă  de multiples dĂ©fis. AprĂšs les Symphonies 1 et 2, voici venir les 3 et 4 avril prochains, la symphonie n°3, moins connue car moins jouĂ©e. Un nouvel Ă©difice dont les dimensions correspondent manifestement Ă  l’Orchestre lillois que la grande forme ne fait pas fuir, bien au contraire. On l’a rĂ©cemment vu en fin de saison derniĂšre dans la flamboyance fraternelle, dĂ©jantĂ©e, humaniste de la partition Mass de Leonard Bernstein, formidable expĂ©rience humaine et artistique par laquelle chef et orchestre fĂȘtaient le centenaire Bernstein 2018. Un dispositif regroupant de nombreuses phalanges locales (orchestres d’harmonies, chorales et chƓurs, sans compter les chanteurs acteurs « jouant » leur partie sur la scĂšne de ce rituel paĂŻen polymorphe
 Et si la maestro savait mieux qu’aucun autre, rĂ©tablir l’humain au cƓur de partitions pourtant colossales ?
Entretien avec Alexandre Bloch à propos de la Symphonie n°3 de Gustav Mahler, à l’affiche du Nouveau Siùcle à Lille le 3 avril (concert repris le 4 avril à la Maison de la culture d’Amiens). Propos recueillis en mars 2019.

 

 

 

Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille poursuivent leur cycle MAHLER 2019 

Les enjeux de la Symphonie n°3 de Gustav Mahler

 

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QUELQUES CLÉS DE COMPRÉHENSION
 POUR LA 3Ăšme de MAHLER. En 2019, cap sur Mahler : un nouvel eldorado dont les promesses ciblent le grand frisson symphonique. Pour mieux comprendre la structure et le sens de ce nouvel opus, nous avons posĂ© quelques questions au Maestro, qui venait de diriger en Allemagne, la symphonie la plus sombre et bouleversante de Tchaikovski, le 6Ăš (« PathĂ©tique », le 18 mars dernier Ă  la Tonhalle de DĂŒsseldorf, Ă  la tĂȘte du DĂŒsseldorfer Symphoniker).
« C’est un Ă©cart total d’une symphonie Ă  l’autre”, nous prĂ©cise Alexandre Bloch. « Si la 6Ăš et derniĂšre symphonie de Tchaikovski est des plus tragiques, la 3Ăš de Mahler s’achĂšve dans l’espĂ©rance, mais Ă  la diffĂ©rence de la 2Ăš, RĂ©surrection, il n’y est pas question de la souffrance ni des peines inĂ©vitables qui sont le prĂ©alable nĂ©cessaire Ă  la rĂ©surrection finale. Dans la 3Ăš Symphonie, Mahler exprime son admiration pour la Nature, pour toutes les crĂ©atures terrestres. Et comme les prĂ©cĂ©dentes, la 3Ăš prĂ©pare au dernier mouvement qui incarne un fabuleux message d’optimisme et de sĂ©rĂ©nité ».

Parmi les temps forts de l’opus achevĂ© Ă  l’étĂ© 1896 (mais qui ne sera crĂ©Ă© qu’en
 1902), le chef distingue l’ampleur du premier mouvement : « c’est l’un des plus longs et des plus dĂ©veloppĂ©s jamais Ă©crits par Mahler ; c’est un monde Ă  lui seul, et terminĂ© en dernier, comme une piĂšce Ă  part, distinct des 5 autres parties. Le souffle emporte cette premiĂšre et vaste fresque prĂ©liminaire dans laquelle le compositeur affirme si l’on en doutait, son gĂ©nie du contrepoint. La force d’évocation y est spectaculaire. »

 

 

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 Notez-vous d’autres points importants ? « L’intelligence de la construction est comme pour les symphonies prĂ©cĂ©dentes, captivante. Mahler est un architecte : les 3 premiers mouvements s’inscrivent dans la terre (d’oĂč leurs couleurs graves et sombres) ; les 3 derniers expriment une Ă©lĂ©vation progressive, jusqu’à l’Adagio final, – en rĂ© majeur, vaste chant d’amour. J’aimerai aussi souligner le champs des expĂ©rimentations que dĂ©veloppe Mahler sur le plan instrumental : je retrouve comme dans la 2Ăš Symphonie, des alliages souvent remarquables par leur pertinence, leur justesse, entre autres, dans l’évocation des espĂšces terrestres, vĂ©gĂ©tales et animales (2Ăš et 3Ăš mouvements) mais il ne s’agit pas de simples descriptions car le langage de Mahler va au delĂ  de l’illustration (
) ; Enfin, la 3Ăš est traversĂ©e par une hauteur de vue phĂ©nomĂ©nale : la 2Ăš nous parlait du destin de l’homme ; ici, il s’agit d’un hymne Ă  la Nature, de la place de l’homme ; la vision est trĂšs large et bien sĂ»r l’on peut parler du panthĂ©isme de Mahler, lequel s’accomplit dans le sublime Adagio final ».

 

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LILLE, les 3 et 4 avril 2019. MAHLER : Symphonie n°3. Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille. 20h. RESERVEZ VOTRE PLACE ICI

 

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Illustrations : Alexandre Bloch (© Ugo Ponte / ONL) – Gustav Mahler

 

 

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LIRE notre prĂ©sentation du concert : Symphonie n°3 de Gustav Mahler par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille :
http://www.classiquenews.com/lille-3eme-symphonie-de-mahler-par-lorchestre-national-de-lille/

 

VISITER le site de l’Orchestre National de Lille
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/symphonie-n-3/

 

 

 

VISIONNER les Symphonies de Mahler par Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille sur la chaüne Youtube de l’ONL / Orchestre National de Lille
https://www.youtube.com/user/ONLille/videos
(Accessibles : les symphonies n°1 Titan, n°2 RĂ©surrection, de nombreux entretiens et explications sur les symphonies par les musiciens de l’orchestre, par Alexandre Bloch

 

 

 

 

 

VOIR la Symphonie n°3 de Mahler par Leonard Bersntein / Wiener Philharmoniker / VIENNE 1973
https://www.youtube.com/watch?v=1AwFutIcnrU

 

LILLE, 3Ăšme Symphonie de Mahler par l’Orchestre National de Lille

cycle-mahlerLILLE, ONL : MAHLER : Symph n°3, les 3 et 4 avril 2019. Suite de l’épopĂ©e des symphonies de Gustav Mahler par l’ONL Orchestre National de Lille sous la direction de l’impĂ©tueux et introspectif Alexandre Bloch, pilote majeur de ce cycle orchestral Ă©vĂ©nement Ă  Lille. AprĂšs les Symphonies n°1 « Titan », n°2 « RĂ©surrection, voici la 3Ăš, moins connue, moins jouĂ©e. C’est pourtant l’un des volets orchestralement les plus riches, expression libre d’un sentiment de communion avec la Nature


AprĂšs avoir atteint le sentiment d’éternitĂ© et l’expĂ©rience de la RĂ©surrection, ni plus ni moins, dans l’ultime mouvement de sa deuxiĂšme symphonie (Finale en apothĂ©ose et lĂ©vitation oĂč le ciel s’ouvre enfin
), Mahler pour sa TroisiĂšme symphonie, conservant la nostalgie des hauteurs cĂ©lestes, compose un partition qui logiquement se place Ă  l’échelle du cosmos. L’exaltation spirituelle et mystique dĂ©veloppĂ©e dans la DeuxiĂšme symphonie, « RĂ©surrection », le laisse Ă  la mĂȘme altitude, un Ă©tat d’ascension vertigineux, cultivĂ©e ici avec une plĂ©nitude exceptionnelle (en particulier dans le Minuetto)
MAHLER_GUSTAV_UNE_veranstaltungen_gustav_mahler_musikwochen_024_gustav_mahler_musikwochen_bigA 34 ans, l’homme qui se sent asphyxiĂ© par son activitĂ© comme directeur d’opĂ©ra, – Ă  Hambourg-, ne disposant que d’un temps trop comptĂ© pour composer (l’étĂ©), la seule activitĂ© qui compte rĂ©ellement, veut en se mesurant Ă  l’échelle universelle, dĂ©montrer sa pleine maturitĂ© de compositeur. Avec lui, le cadre symphonique gagne de nouveaux horizons, des perspectives jusque lĂ  inconnues. Affirmation d’un dĂ©miurge symphonique, la TroisiĂšme approfondit davantage le rapport unissant l’homme et la nature.

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LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcleboutonreservation
Orchestre National de Lille
Mercredi 3 avril 2019, 20h

 

MAHLER
Symphonie n°3
ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE  /  ‹CHRISTIANNE STOTIJN, mezzo soprano
ALEXANDRE BLOCH, direction

CHƒURS PHILHARMONIA CHORUS‹CHEF DE CHƒUR : GAVIN CARR
CHƒUR MAÎTRISIEN DU CONSERVATOIRE DE WASQUEHAL‹CHEF DE CHƒUR : PASCALE DIEVAL-WILS
CHEF ASSISTANT : JONAS EHRLER

RESERVER VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/symphonie-n-3/

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Concert repris jeudi 4 avril 2019
Ă  Amiens, Maison de la culture
Infos et réservations
au 03 22 97 79 77 ou sur maisondelaculture-amiens.com

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LA NATURE, source Ă©ternelle, apaisante


MAHLER-gustav-et-alma-symphonie-classiquenews-Gustav-MahlerGENESE
 A l’étĂ© 1895, Mahler retrouve son ermitage au bord du lac d’Attersee. La solitude recherchĂ©e, le dĂ©sir de faire communion avec l’élĂ©ment naturel, la contemplation de la nature lui inspirent le goĂ»t vital de l’immensitĂ©. La proche vĂ©gĂ©tation entourant sa cabane de compositeur marque le climat du menuet BlumenstĂŒck (morceau de fleurs), dĂ©jĂ  citĂ©. La contemplation lui ouvre un univers de sensations inĂ©dites, en particulier le sentiment d’une pure jubilation suscitĂ©e par le motif naturel. A la maniĂšre des impressionnistes qui ont renouvelĂ© la perception du plein air et transformĂ© radicalement les modes et rĂšgles du paysage, en recherchant toujours plus loin et plus intensĂ©ment la vĂ©ritable perception rĂ©tinienne sur le motif naturel, Mahler emprunte des chemins similaires. Rien ne compte davantage que cette retraite au sein du cƓur vĂ©gĂ©tal, dans la captation directe des Ă©lĂ©ments.
Conscient de l’immensitĂ© de la tĂąche Ă  venir, il couche d’abord le dĂ©roulement d’un programme : le titre en est : « songe d’un Matin d’été ». C’est l’époque oĂč il lit Nietzsche (le Gai savoir). Ses lectures lui donne des pistes formulĂ©es dans de nouveaux titres : « l’arrivĂ©e de l’été » ou « l’éveil de Pan » (dont le sujet annonce la trame de sa future 7Ăšme symphonie, la plus personnelle de ses Ɠuvres et intimement liĂ©e Ă  sa propre expĂ©rience de la Nature). Finalement son premier mouvement, s’intitulera « le CortĂšge de Bacchus » : l’aspect dyonisiaque de l’élĂ©ment naturel le touche infiniment plus que la vision ordonnĂ©e d’une nature maĂźtrisĂ©e, Ă  l’échelle humaine. L’univers mahlĂ©rien plonge dans le mystĂšre et l’équilibre Ă©ternellement recommencĂ© des forces en prĂ©sence.
Au final, Mahler compose Ă  l’étĂ© 1895, son premier mouvement ou partie I, de loin le plus ample et long prĂ©lude symphonique jamais Ă©crit (plus de trente minutes), poussant plus loin le gigantisme de la DeuxiĂšme Symphonie, en son final spectaculaire et mystique.
 C’est que le point de vue des deux symphonies prĂ©cĂ©dentes, est totalement diffĂ©rent : Mahler semble se placer Ă  la droite de Dieu, contempler, embrasser, exprimer la grandeur indicible de la CrĂ©ation. Il compose ensuite les quatre mouvement qui suivent et qui constituent les trois quart de la Seconde partie.
A l’étĂ© 1896, Mahler affine les Ă©bauches de 1895


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LIRE la suite de la genÚse de la symphonie n°3 de Gustav Mahler ici
(Symphonie n°3 de Gustav MAHLER par le chef mahlérien Rafael KUBELIK)
http://www.classiquenews.com/gustav-mahler-3-eme-symphonie-rafael-kubelik/

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En direct sur la chaüne YOUTUBE de l’Orchestre National de Lille / ONL
Ă  partir de 20h
https://bit.ly/2Sjlo6M

Et pendant tout le cycle, jusqu’au 30 avril 2020, l’intĂ©gralitĂ© des 9 symphonies sera accessible la chaĂźne You Tube ONLille:
https://bit.ly/2Sjlo6M

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APPROFONDIR
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LIRE AUSSI notre prĂ©sentation du cycle GUSTAV MAHLER par Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille 
 

LIRE aussi notre critique de la Symphonie TITAN par Alexandre BLOCH

LIRE aussi notre critique de la Symphonie  Résurrection par Alexandre BLOCH

 

 

LIRE aussi notre compte rendu de la Symphonie TITAN par Ph Herreweghe et le JOA (Saintes, 2013, sur instruments d’époque)
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-saintes-abbatiale-festival-le-13-juillet-2013-gustav-mahler-symphonie-n1-titan-joa-jeune-orchestre-atlantique-philippe-herreweghe-direction/

VIDEO : prĂ©sentation vidĂ©o des symphonies de Gustav Mahler par Alexandre Bloch, directeur musical de l’Orchestre National de Lille

https://www.youtube.com/channel/UCDXlku0a3rJm7SV9WuQtAdw 

https://www.youtube.com/watch?v=ACFvSpBDXV0&feature=youtu.be

 

 

 

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Illustration : © Ugo Ponte / ONL – Orchestre National de Lille 2019

 

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9Ăšme Symphonie de Gustav Mahler Ă  l'OpĂ©ra de ToursVOIR notre reportage VIDEO : Le JOA, Philippe Herreweghe jouent (sur instruments d’époque) la Symphonie n°1 de Gustav Mahler (Ă©tĂ© 2013, Saintes)
http://www.classiquenews.com/reportage-video-le-joa-jeune-orchestre-atlantique-interprete-la-titan-de-mahler-sous-la-direction-de-philippe-herreweghe-juillet-2013/
Le JOA Jeune Orchestre atlantique interprĂšte la Symphonie Titan de Gustav Mahler. Le festival de Saintes 2013 s’ouvre avec un rendez vous symphonique incontournable : jouer Mahler sur instrument d’époque. Philippe Herreweghe pionnier des relectures historiques conquiert les sonoritĂ©s Ă©tranges et familiĂšres, Ă  la fois autobiographiques donc intĂ©rieures et aussi cosmiques soit flamboyantes, si spĂ©cifiques aux univers de Mahler, en assurant aux jeunes instrumentistes choisis du JOA Jeune Orchestre Symphonique, une approche trĂšs attendue des textures et Ă©tagements malhĂ©riens. A Saintes, lieu de rĂ©sidence habituelle du collectif de jeunes musiciens, le travail se rĂ©alise sur une partition majeure du 
 XXĂšme siĂšcle. L’oeuvre date de 1889, ses espaces, horizons, perspectives qu’elle trace immĂ©diatement, ainsi au diapason d’une subjectivitĂ© Ă  l’échelle du cosmos, Ă©tablissent de nouvelles rĂšgles qui abolissent les limites de l’espace, du temps, du son 
 en route pour la modernitĂ© complexe et si riche, captivante et vertigineuse du XXĂšme siĂšcle ! Concert incontournable. Grand reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM

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LILLE : l’Orchestre National joue la RĂ©surrection de Mahler

MAHLER Symphonies symphonies critique review classiquenews _gustav-mahler-grandhotel-toblach-dobbiaco_c36864daebLILLE, ONL. 28 fĂ©v 2019 : MAHLER : RĂ©surrection. La Symphonie n°2 de Gustav Mahler est un prolongement naturel de la 9Ăš de Beethoven : pour solistes et choeur, l’arche orchestrale exprime la vie restaurĂ©e, une rĂ©mission espĂ©rĂ©e, attendue ardemment par un compositeur qui nous invite Ă  en parcourir tout le cheminement, de jalon en jalon, – Ă  travers les 5 mouvements, explicitĂ©s par le texte (Ă©crit par Mahler lui-mĂȘme) qui un hymne Ă©perdu Ă  la grĂące divine, rĂ©confortant le pĂšlerin, perdu, Ă©prouvĂ© sur la route de l’existence.
La partition est achevĂ© en juin 1895 : Mahler l’a affinĂ©e comme chaque Ă©tĂ©, dans sa cabane de Steinbach, son fameux « Hauschen » (la cabane), le spectacle de la miraculeuse nature lui insufflant les germes de l’inspiration, comme le cri de 2 corneilles lui ont soufflĂ© la mĂ©lodie du Finale : on ne saurait imaginer plus Ă©troite connivence entre le crĂ©ateur et la nature, les oiseaux.

BERLIN, 1895 : Symphonie de l’élĂ©vation
L’ivresse des hauteurs aprùs l’Apocalypse

mahler gustav profil gustav mahler classiquenewsC’est l’époque oĂč Mahler rencontre Brahms puis Ă  Bayreuth Ă  l’invitation de Cosima, assiste au reprĂ©sentation de Parsifal, Lohengrin, TannhĂ€user (sous la direction de Richard Strauss). L’orchestration du Finale de la Symphonie RĂ©surrection est rĂ©alisĂ©e dans ce contexte musical. L’ouvrage est crĂ©Ă© Ă  ses frais et dans son intĂ©gralitĂ© Ă  Berlin le 13 dĂ©cembre 1895. Pour se faire il choisit lui-mĂȘme la cloche qui doit rĂ©sonner dans le dernier mouvement, celui de libĂ©ration et d’apothĂ©ose dans la lumiĂšre. Le public boude le concert et il a fallu distribuer des billets gratuitement pour remplir la salle. Musiciens et Ă©lĂšves du conservatoire assistent mĂ©dusĂ©s au Finale, le chant de l’oiseau de la mort qui plane, puis les premiers murmures du chƓur final en sa sublime priĂšre ultime, vraie Ă©lĂ©vation, de la terre au paradis. Ainsi les Ă©preuves passĂ©es sont le tremplin au salut, le passage vers l’éternitĂ© bienheureuse.
Si les spectateurs sont touchĂ©s, les critiques fustigent en gĂ©nĂ©ral une Ă©criture pompeuse, grandoliquente qui manque de personnalitĂ©, empruntant trop aux anciens Meyerbeer et Wagner en tĂȘte. Les contrastes « durs », les vertiges spectaculaires dĂ©concertent et mĂȘme agacent une bonne partie des soit disants spĂ©cialistes
lesquels ne dĂ©tectent pas la modernitĂ© d’une Ă©criture dont ils dĂ©noncent la « fausse nouveauté ». Rare, Humperdinck, que Mahler avait invitĂ©, adresse au compositeur, une lettre admirative.

Itinéraire de la Symphonie n°2 « Résurrection »
Mahler a laissĂ© un texte qui explique le sens de sa symphonie de 1895. On peut y retrouver les Ă©lans et passions qui ont inspirĂ© sa symphonie n°1 Titan. Le premier mouvement Ă©voque les funĂ©railles du hĂ©ros qui s’est battu – il Ă©voque son bonheur terrestre (2Ăš mouvement), mais aussi l’incrĂ©dulitĂ© et l’esprit de nĂ©gation qui l’ont saisi jusqu’à douter de tout mĂȘme de Dieu (Scherzo). Mais l’espoir revient (4Ăš mouvement). Et le Finale (5Ăš et dernier mouvement) dĂ©cide de son sort car il Ă©voque avec terreur et vertige l’Apocalypse, les dĂ©chus et les damnĂ©s qui hurlent, la chute de tous les hommes trop corrompus et lĂąches
 (fracas et cri des cuivres) ; puis dans le silence, se prĂ©cise le chant de l’oiseau (le rossignol porteur de la vie terrestre) et le chƓur des anges qui chante l’ivresse salvatrice de la rĂ©surrection (« tu ressusciteras! ») : l’amour submerge le cƓur des Ă©lus et des mĂ©ritants ; le bonheur Ă©ternel apparaĂźt comme une porte cĂ©leste attendue, espĂ©rĂ©e.

PortĂ©s par le cycle des 9 symphonies de Mahler, amorcĂ© au dĂ©but de ce mois de fĂ©vrier par la Symphonie n°1 Titan (LIRE notre critique / concert du 1er fĂ©vrier 2019), Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille relisent avec une rare ardeur, l’écriture de Mahler, gĂ©nie symphonique du XXĂš. Cet unique concert le dernier soir de fĂ©vrier 2019 s’annonce comme un nouveau jalon majeur du cycle Mahler par l’Orchestre National de Lille et son directeur musical, Alexandre Bloch. 2Ăš volet du cycle Mahler Ă  Lille, incontournable.

 

 

 

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LILLE, Nouveau SiĂšcleboutonreservation
Jeudi 28 février 2019, 20h

MAHLER : Symphonie n°2 « Résurection »
Kate Royal, soprano / Christianna Stotijn, mezzo-soprano
Orchestre National de Lille
Philharmonia Chorus
Alexandre Bloch, direction

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/resurrection/

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A 18h45, rencontre mahlérienne insolite
entrée libre muni du billet du concert de 20h

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LIRE AUSSI notre prĂ©sentation du cycle GUSTAV MAHLER par Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille 
 

LIRE aussi notre critique de la Symphonie TITAN par Kubelik (1979) :
http://www.classiquenews.com/gustav-mahler-symphonie-n1-titan-kubelik/

LIRE aussi notre compte rendu de la Symphonie TITAN par Ph Herreweghe et le JOA (Saintes, 2013, sur instruments d’époque)
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-saintes-abbatiale-festival-le-13-juillet-2013-gustav-mahler-symphonie-n1-titan-joa-jeune-orchestre-atlantique-philippe-herreweghe-direction/

9Ăšme Symphonie de Gustav Mahler Ă  l'OpĂ©ra de ToursVOIR notre reportage VIDEO : Le JOA, Philippe Herreweghe jouent (sur instruments d’époque) la Symphonie n°1 de Gustav Mahler (Ă©tĂ© 2013, Saintes)
http://www.classiquenews.com/reportage-video-le-joa-jeune-orchestre-atlantique-interprete-la-titan-de-mahler-sous-la-direction-de-philippe-herreweghe-juillet-2013/
Le JOA Jeune Orchestre atlantique interprĂšte la Symphonie Titan de Gustav Mahler. Le festival de Saintes 2013 s’ouvre avec un rendez vous symphonique incontournable : jouer Mahler sur instrument d’époque. Philippe Herreweghe pionnier des relectures historiques conquiert les sonoritĂ©s Ă©tranges et familiĂšres, Ă  la fois autobiographiques donc intĂ©rieures et aussi cosmiques soit flamboyantes, si spĂ©cifiques aux univers de Mahler, en assurant aux jeunes instrumentistes choisis du JOA Jeune Orchestre Symphonique, une approche trĂšs attendue des textures et Ă©tagements malhĂ©riens. A Saintes, lieu de rĂ©sidence habituelle du collectif de jeunes musiciens, le travail se rĂ©alise sur une partition majeure du 
 XXĂšme siĂšcle. L’oeuvre date de 1889, ses espaces, horizons, perspectives qu’elle trace immĂ©diatement, ainsi au diapason d’une subjectivitĂ© Ă  l’échelle du cosmos, Ă©tablissent de nouvelles rĂšgles qui abolissent les limites de l’espace, du temps, du son 
 en route pour la modernitĂ© complexe et si riche, captivante et vertigineuse du XXĂšme siĂšcle ! Concert incontournable. Grand reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM

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LILLE : l’ONL et Alexandre BLOCH jouent la Symphonie n°1 ” Titan ” de MAHLER

MAHLER Symphonies symphonies critique review classiquenews _gustav-mahler-grandhotel-toblach-dobbiaco_c36864daebLILLE, le 1er FEV 2019 : Symphonie TITAN de MAHLER. Voici le premier concert d’un cycle Ă©vĂ©nement qui devrait marquer la saison symphonique 2019. L’intĂ©grale des Symphonies de Gustav Mahler proposĂ© par Alexandre BLOCH, directeur musical de l’Orchestre National de Lille. La premiĂšre symphonie de Mahler est composĂ©e de janvier Ă  mars 1888. Mahler a 28 ans. Comme compositeur, il a remportĂ© un premier succĂšs avec Die drei Pintos d’aprĂšs les esquisses inachevĂ©es de Weber. Il a toujours souhaitĂ© composer. Avec la Symphonie “Titan”, Mahler se met au diapason de la Nature, surpuissante, Ă©nigmatique, aussi dĂ©concertante que fascinante.
Alors chef d’orchestre au thĂ©Ăątre de Leipzig, il a profitĂ© de la pĂ©riode de deuil consĂ©cutive Ă  la mort de l’Empereur Guillaume Ier, pour s’atteler Ă  sa seule vraie passion : l’écriture. En dĂ©coule, la composition de son “poĂšme symphonique”. La crĂ©ation a lieu Ă  la Philharmonie de Budapest, le 20 novembre 1889.
Comme Mozart et son Don Giovanni mieux compris hors de Vienne qu’en terre germanique, mĂȘme cas de figure pour Gustav : ses Ɠuvres ne sont pas acceptĂ©es ni en Autriche ni en Allemagne. Trop moderne, trop «  vulgaires », trop bavardes et autobiographiques.

  

 

 

Cycle Gustav Mahler Ă  LILLE
ALEXANDRE BLOCH présente la Symphonie TITAN,
PREMIER NÉ, INCOMPRIS (1888),
essai gĂ©nial Ă  l’Ă©chelle du Cosmos


  

 

 

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Mais il semble que la crĂ©ation Ă  Budapest n’ait pas Ă©tĂ© une expĂ©rience heureuse : Mahler laisse l’audience dans un climat d’incertitude, puis d’indignation. La claque est mĂȘme sĂ©vĂšre : « par la suite, tout le monde m’a fui, terrorisĂ©, et personne n’a osĂ© me parler de mon oeuvre! », Ă©crit-il amer. En 1891, il rejoint Hambourg oĂč il est nommĂ© premier chef au Stadt-Theater. Il aura l’occasion de diriger Ă  nouveau son Ɠuvre, en octobre 1893, au programme « Titan, poĂšme musical en forme de symphonie ». Le public applaudit quand la critique s’insurge contre la vulgaritĂ© d’une subjectivitĂ© excessive. De fait, de son vivant, la premiĂšre symphonie restera un « enfant de douleur », une Ɠuvre jamais vraiment comprise, ni analysĂ©e Ă  sa juste mesure.

mahler gustav profil gustav mahler classiquenewsD’emblĂ©e dans cette premiĂšre symphonie, amorce et annonce du cycle orchestral qui va suivre, et l’un des plus impressionnants pour le XXĂš – l’équivalent des symphonies de Beethoven pour le XIXĂš, le gĂ©nie dĂ©miurgique et visionnaire de Mahler s’impose avec une hauteur de vue inouĂŻe. Comme s’il Ă©tait en prĂ©sence des forces primitives universelles, celles qui dĂ©cident de l’avenir et du temps, de la Nature et donc de l’humanitĂ©, Mahler ressent tout cela Ă  l’échelle du cosmos : la Titan est une dĂ©claration de crĂ©ation, le chant d’une Ă©nergie et d’une puissance premiĂšres, Ă  l’aube des mythes fondateurs. L’ampleur du souffle comme le raffinement de l’orchestration, avec des alliances de timbres somptueuses, nous saisissent littĂ©ralement. Tout dĂ©coule de ce « printemps naissant et qui ne finit pas » dont parle le compositeur.
Le destin, le mystĂšre de l’univers, le bouillonnement primordial qui sont Ă  la source de toute genĂšse s’expriment ici, mais avec l’espoir d’une pleine conscience aiguisĂ©e (1er mouvement et sa fanfare d’ouverture, qui placĂ©e dans la coulisse convoque la rĂ©sonance du cosmos
) ; avec une charge parodique, finalement sombre voire dĂ©sespĂ©rĂ©e et fantastique « à la Calot » (Ă  l’évocation du cortĂšge des animaux de la forĂȘt dans le 2Ăš mouvement: s’y prĂ©cise l’idĂ©alisme enivrĂ©, la dĂ©pression ironique
 en un bain de sentiments mĂȘlĂ©s qui n’appartiennent qu’à l’auteur) ; avec un sentiment personnel de ressentiment, d’amertume voire de souffrance chaotique (trĂšs perceptible dans la polyphonie complexe et trĂšs moderne du 3Ăš mouvement, Ă  partir de la mĂ©lodie « FrĂšre Jacques », dĂ©calĂ©e, dĂ©construite, sublimĂ©e
). Comment de la mĂȘme maniĂšre passer sous silence, les Ă©tagement vertigineux du dernier mouvement, le plus long presque 20 mn (selon les versions et lectures), oĂč les cuivres somptueux comme spectaculaires font imploser le cadre symphonique lĂ©guĂ© par Beethoven, Brahms
 Jamais le langage symphonique, aprĂšs Wagner s’entend, ne fut aussi marquĂ© et colorĂ© par une sensualitĂ© empoisonnĂ©e, vĂ©nĂ©neuse, d’une lascive et pĂ©nĂ©trante torpeur. Exigeant, expĂ©rimentateur et poĂšte sonore unique comme singulier, Gustav Mahler ne cesse au fur et Ă  mesure des auditions de son Ɠuvre, de reprendre instrumentation et orchestration, en particulier en 1897, puis en 1906.

Hugo Papbst Ă©claire le travail de Mahler sur le mĂ©tier de la Titan : « A propos de l’utilisation des timbres et des notes Ă©crites pour chaque instrument, en particulier dans la partie extrĂȘme de leur tessiture, les Ă©crits de Mahler sont Ă©loquents : il s’agit pour le musicien de travailler la pĂąte instrumentale, d’inaugurer en quelque sorte une nouvelle gamme de rĂ©sonances, un travail exceptionnel dans la matiĂšre et la texture, comme le ferait un peintre, en plasticien rĂ©formateur, sur le registre des tons et des nuances de la palette : « Plus tard dans la Marche, les instruments ont l’air d’ĂȘtre travestis, camouflĂ©s. La sonoritĂ© doit ĂȘtre ici comme assourdie, amortie, comme si on voyait passer des ombres ou des fantĂŽmes. Chacune des entrĂ©es du canon doit ĂȘtre clairement perceptible. Je voulais que sa couleur surprenne et qu’elle attire l’attention. Je me suis cassĂ© la tĂȘte pour y arriver. J’ai finalement si bien rĂ©ussi que tu as ressenti toi-mĂȘme cette impression d’étrangetĂ© et de dĂ©paysement. Lorsque je veux qu’un son devienne inquiĂ©tant Ă  force d’ĂȘtre retenu, je ne le confie pas Ă  un instrument qui peut le jouer facilement, mais Ă  un autre qui doit faire un grand effort pour le produire et ne peut y parvenir que contraint et forcĂ©. Souvent mĂȘme, je lui fais franchir les limites naturelles de sa tessiture. C’est ainsi que contrebasses et basson doivent piailler dans l’aigu et que les flĂ»tes sont parfois obligĂ©es de s’essouffler dans le grave, et ainsi de suite  », prĂ©cise-t-il Ă  son amie, Nathalie Bauer-Lechner, en 1900.
Passionnante explication qui nous immerge dans la magie du grand chaudron symphonique.

  

 

 

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ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
Cycle intĂ©grale Mahler / saison 2018 – 2019

Vendredi 1er février 2019
LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle, 20h

MAHLER, Symphonie n°1 « TITAN »
couplé avec (en ouverture du concert) :
MOZART
Ouverture des Noces de Figaro
Concerto pour cor et orch n°4
Rondo pour cor et orchestre
(soliste : Alec Franck-Guillaume, cor)

Orchestre National de Lille / Alexandre BLOCH, direction

RESERVER VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/titan/

 
 
  
 
 

Programme joué auparavant en tournée :
En région
Pas de billetterie O.N.L / billetterie extérieure
Dunkerque Le Bateau Feu
mardi 29 janvier 2019 Ă  20h
Infos et réservations au 03 28 51 40 40 ou sur lebateaufeu.com

Valenciennes Le Phénix
jeudi 31 janvier 2019 Ă  20h
Infos et réservations au 03 27 32 32 32 ou sur lephenix.fr

  

 

    

 

 

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LIRE AUSSI notre prĂ©sentation du cycle GUSTAV MAHLER par Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille 
 

LIRE aussi notre critique de la Symphonie TITAN par Kubelik (1979) :
http://www.classiquenews.com/gustav-mahler-symphonie-n1-titan-kubelik/

LIRE aussi notre compte rendu de la Symphonie TITAN par Ph Herreweghe et le JOA (Saintes, 2013, sur instruments d’époque)
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-saintes-abbatiale-festival-le-13-juillet-2013-gustav-mahler-symphonie-n1-titan-joa-jeune-orchestre-atlantique-philippe-herreweghe-direction/

9Ăšme Symphonie de Gustav Mahler Ă  l'OpĂ©ra de ToursVOIR notre reportage VIDEO : Le JOA, Philippe Herreweghe jouent (sur instruments d’époque) la Symphonie n°1 de Gustav Mahler (Ă©tĂ© 2013, Saintes)
http://www.classiquenews.com/reportage-video-le-joa-jeune-orchestre-atlantique-interprete-la-titan-de-mahler-sous-la-direction-de-philippe-herreweghe-juillet-2013/
Le JOA Jeune Orchestre atlantique interprĂšte la Symphonie Titan de Gustav Mahler. Le festival de Saintes 2013 s’ouvre avec un rendez vous symphonique incontournable : jouer Mahler sur instrument d’époque. Philippe Herreweghe pionnier des relectures historiques conquiert les sonoritĂ©s Ă©tranges et familiĂšres, Ă  la fois autobiographiques donc intĂ©rieures et aussi cosmiques soit flamboyantes, si spĂ©cifiques aux univers de Mahler, en assurant aux jeunes instrumentistes choisis du JOA Jeune Orchestre Symphonique, une approche trĂšs attendue des textures et Ă©tagements malhĂ©riens. A Saintes, lieu de rĂ©sidence habituelle du collectif de jeunes musiciens, le travail se rĂ©alise sur une partition majeure du 
 XXĂšme siĂšcle. L’oeuvre date de 1889, ses espaces, horizons, perspectives qu’elle trace immĂ©diatement, ainsi au diapason d’une subjectivitĂ© Ă  l’échelle du cosmos, Ă©tablissent de nouvelles rĂšgles qui abolissent les limites de l’espace, du temps, du son 
 en route pour la modernitĂ© complexe et si riche, captivante et vertigineuse du XXĂšme siĂšcle ! Concert incontournable. Grand reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM

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LIRE aussi notre ENTRETIEN avec Alexandre BLOCH au sujet de Mahler et de sa premiĂšre symphonie

Intégrale événement à Lille
Les 9 Symphonies de Gustav Mahler
Un Eldorado symphonique Ă  LILLE

 

bloch-alexandre-maestro-orchestre-national-de-lille-portrait-entretien-sur-classiquenews

    

 

 

ENTRETIEN avec Alexandre BLOCH. L’IntĂ©grale Mahler en 2019

cycle-mahlerENTRETIEN avec ALEXANDRE BLOCH
 A quelques mois du dĂ©but du cycle Mahler Ă  Lille, le directeur musical de l’Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch, alors qu’il dirigeait Ă  Innsbruck, la 7Ăš Symphonie, nous expliquait en novembre 2018, pourquoi se lancer Ă  partir du 1er fĂ©vrier 2019 dans une intĂ©grale Gustav Mahler
 Un cycle qui s’annonce dĂ©jĂ  spectaculaire et passionnant. L’aventure promet d’ĂȘtre une expĂ©rience orchestrale particuliĂšrement saisissante : Ă©tagement des pupitres, spiatialisation de l’orchestre, prĂ©sence des choeurs, de solistes, souffle opĂ©ratique, instrumentarium singulier qui dĂ©voile la recherche expĂ©rimentale d’un compositeur visionnaire… Mahler Ă  Lille est l’Ă©vĂ©nement symphonique de l’annĂ©e 2019.

 

 

 

 

 BLOCH-alexandre-chef-maestro-portrait-classiquenews-cycle-mahler-2018-integral-MAHLER-symphonies-orchestre-national-de-Lille

 

 

 

 

Quel est le sens du cycle dans son entier, croisé avec la vie du compositeur ?

ALEXANDRE BLOCH : Les symphonies de Mahler reconstituent le fil de sa propre vie ; chaque opus est en lien avec ses aspirations les plus profondes, son expĂ©rience, les Ă©tapes aussi de sa vie amoureuse
 en cela la rencontre avec Alma aura Ă©videmment marquĂ© l’homme et son Ɠuvre. Comme en d’autres moments de sa vie, les lettres Ă  Nathalie Bauer auront beaucoup renseignĂ© sur la composition, le processus d’écriture et de conception ; Gustav Mahler s’y dĂ©voile et explique son Ă©criture. De partition en partition, on suit l’évolution du langage ; Mahler ne cesse d’explorer toujours plus loin de nouveaux mondes sonores, il ne cesse de repousser les possibilitĂ©s de l’orchestre ; son instrumentarium est constamment modifiĂ©, renouvelĂ© ; il s’intĂ©resse aussi Ă  la place des percussions, ou Ă  la technique instrumentale
 Prenez par exemple le cas de la 7Ăš Symphonie, celle que je travaille actuellement Ă  Innsbruck, en particulier dans le Scherzo qui fait entendre un Ă©norme piz aux contrebasses, et les violoncelles qui sont notĂ©s « 5 f » : Mahler innove, et rĂ©alise dĂ©jĂ  le fameux piz bartokien.

Pour comprendre l’univers mahlĂ©rien, il est intĂ©ressant de se remettre dans le rythme de l’époque et suivre le musicien, dans sa vie de chef, de directeur d’opĂ©ra et de compositeur
 Mahler le chef dirigeait l’hiver quand le compositeur Ă©crivait l’étĂ©. Comme directeur de l’OpĂ©ra de Vienne, il a dirigĂ© nombre d’opĂ©ras et d’oeuvres symphoniques ; sa culture Ă©tait prodigieuse et sa connaissance des instruments de l’orchestre, particuliĂšrement affĂ»tĂ©e. Tout cela l’a menĂ© Ă  l’expĂ©rimentation ; il a laissĂ© des annotations trĂšs prĂ©cises et souvent ses partitions Ă©taient jugĂ©s « injouables ».
J’ai effectuĂ© un long travail de relecture des sources et des manuscrits originels, en particulier pour retrouver ce rubato viennois propre Ă  l’époque de Mahler au dĂ©but du XXĂš siĂšcle. Il est essentiel de veiller au bon tempo, Ă  l’articulation ; c’est la mission du chef de rĂ©tablir la clartĂ© du propos.

 

  

 

Intégrale événement à Lille
Les 9 Symphonies de Gustav Mahler
Un Eldorado symphonique Ă  LILLE

 

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Pourquoi avoir choisi pour premiĂšre intĂ©grale avec l’Orchestre National de Lille, les symphonies de Mahler ?

ALEXANDRE BLOCH : C’est une conjonction de plusieurs facteurs. Nous souhaitions choisir un rĂ©pertoire adaptĂ© aux dimensions de l’orchestre. L’Orchestre national de Lille permet la rĂ©alisation d’Ɠuvres gigantesques. L’échelle du gigantisme est un challenge et la source d’une excitation qui porte tous les musiciens moi compris. Cela exige beaucoup en concentration comme sur le plan physique. Et souvent, il y a des moments de grĂące et de jubilation que le public ressent aussi.
Par ailleurs, dans le cadre de Lille 3000, le thĂšme retenu en 2019 est l’Eldorado. Or chaque symphonie de Mahler dessine tout un monde sonore, et le cycle entier est une odyssĂ©e, 
 certainement la plus impressionnante et passionnante du XXĂš. Rien de mieux pour exprimer l’idĂ©e d’un Eldorado
 que l’écriture symphonique de Mahler. Nous aborderons donc les opus de façon chronologique, avec la 1Ăšre Symphonie Titan le 1er fĂ©vrier 2019, soit 130 ans aprĂšs sa crĂ©ation.

 

 

 

 

On note la place de la voix dans certaines symphonies – les 4 premiĂšres, puis la 8Ăš. Quelle en serait pour vous la signification ?

INTEGRALE MAHLER Ă  LILLEALEXANDRE BLOCH :L’opĂ©ra est prĂ©sent dans l’écriture symphonique de Mahler. Comme chef Ă  l’OpĂ©ra de Vienne, il Ă©tait familier des plus grands ouvrages de Mozart, de Wagner dont il a dirigĂ© Tristan und Isolde, opĂ©rant en tant que directeur, la rĂ©forme du concert et des conditions de reprĂ©sentation que l’on sait. La dramaturgie, la couleur de certaines sĂ©quences orchestrales sont trĂšs proches de l’opĂ©ra. Il faut toujours avoir en mĂ©moire le rythme de Mahler : chef et directeur d’opĂ©ra l’hiver, puis l’étĂ©, compositeur de symphonies. L’un et l’autre activitĂ©s se mĂȘlent, elles sont interdĂ©pendantes.
L’autre Ă©lĂ©ment qui porte les symphonies est la Nature dont il a exprimĂ© le souffle, le mystĂšre, le rugissement aussi. Mahler change constamment les tonalitĂ©s d’une mesure Ă  l’autre, avec une versatilitĂ© qui peut dĂ©sorienter, mais qui porte des Ă©tats Ă©motionnels et psychologiques d’une rare profondeur. Il y a une hypersensibilitĂ© chez Mahler qui remonte certainement Ă  son enfance ; Son Ă©pouse Alma a relatĂ© la rencontre du compositeur avec Freud. Mahler enfant aurait Ă©tĂ© marquĂ© par des scĂšnes trĂšs violentes entre ses parents ; oĂč son pĂšre frappait sa mĂšre.
Dans sa jeunesse, il cite Ă  de nombreuses reprises un joueur d’orgue de barbarie et aussi des chansons populaires
 tout cela a nourri un monde sonore liĂ© Ă  son enfance et que l’on entend dans ses Ɠuvres. Il y a un caractĂšre versatile, parodique, ironique voire schizophrĂšne chez Mahler. L’auditeur comme l’interprĂšte doivent identifier tout cela pour en mesurer la richesse. Mais le plus impressionnant chez lui, c’est le parcours Ă©laborĂ© du dĂ©but Ă  la fin, oĂč la voix quand elle est prĂ©sente semble transcender l’expĂ©rience offerte, vers une Ă©lĂ©vation, comme c’est le cas de la Symphonie n°2 « RĂ©surrection » (Ă  l’affiche Ă  Lille, le 28 fĂ©vrier 2019).

 

 

 

 

Quelles sont les grands chefs mahlériens qui vous inspirent ?

ALEXANDRE BLOCH :Il y a bien sĂ»r Leonard Bernstein pour son cĂŽtĂ© humain et gĂ©nĂ©reux, sa fraternitĂ© et son optimisme ; Rattle pour son respect de la partition, son sens du dĂ©tail, son sens de l’écoute ; Abbado pour sa profondeur et son mysticisme, une Ă©conomie qui Ă©carte toute exubĂ©rance ; enfin, et surtout Bernard Haitink dont je garde un souvenir durable de sa vision de la 7Ăš Symphonie lors du MahlerFest 1995 Ă  Amsterdam : or je dirige actuellement la partition Ă  Innsbruck. Sa vision, son mĂ©tier sont de l’or pour l’interprĂšte et le chef que je suis.

 

 

 

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Vous venez d’ĂȘtre prolongĂ© comme directeur musical de l’Orchestre National de Lille (jusqu’en 2024). Qu’apporte selon vous pour les musiciens de l’Orchestre, et aussi pour le public, cette intĂ©grale Mahler ?


©smartphony2_328px_18-19ALEXANDRE BLOCH : C’est une formidable opportunitĂ© pour moi et les musiciens de l’orchestre : nous allons mener un travail de fond. LĂ  oĂč Brahms est davantage jouĂ©, Mahler est tout autant convoitĂ©, attendu (car on sait qu’au moment de chaque concert, il va se passer quelque chose) mais terriblement exigeant. Actuellement notre phalange se renouvelle ; les nouveaux musiciens arrivants profitent de cette aventure pour adhĂ©rer au groupe. Les instrumentistes apprennent Ă  se connaĂźtre au sein de chaque pupitre. D’autant que pour notre intĂ©grale Mahler et pour chaque symphonie, nous travaillerons la cohĂ©sion de chaque pupitre, avec en moyenne des temps de rĂ©pĂ©titions prĂ©alables, supĂ©rieurs Ă  l’habitude (10 jours au lieu de 7). Il s’agit de rĂ©aliser pour chaque session, une formidable expĂ©rience symphonique pour le public. J’ai souhaitĂ© renforcer encore le lien entre les spectateurs et l’orchestre : rv le 2 fĂ©vrier Ă  18h30, pour la 2Ăš Ă©dition de « Smartphony », dĂ©diĂ©e Ă  la Symphonie n°1 que nous aurons dirigĂ©e la veille : avec son mobile allumĂ©, le spectateur rĂ©pond aux sollicitations du chef et s’immerge dans les secrets de la partition ; puis, Ă©coute la symphonie, portable Ă©teint, en connaissance de cause. Mahler se prĂȘte trĂšs bien Ă  cette nouvelle expĂ©rience qui renouvelle le format du concert et son accessibilitĂ© pour tous. A noter : 2Ăš session de Smartphony, le 2 fĂ©vrier 2019 : Ă  la dĂ©couverte de la Symphonie Titan de Gustav Mahler :
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/smartphony/

 

 

 

Entretien réalisé en novembre 2018

BLOCH-alexandre-Orchestre-national-de-lille-classiquenews-orchestre-grand-angle

  

  

  

  

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation du cycle MAHLER par l’Orchestre National de LILLE et Alexandre BLOCH
http://www.classiquenews.com/lille-onl-lintegrale-mahler-2019/

 

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation de la Symphonie n°1 TITAN par Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille / le 1er fĂ©vrier 2019 : http://www.classiquenews.com/symphonie-n1-titan-de-mahler-a-lille/

 

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L’INTEGRALE GUSTAV MAHLER : Symphonies n°1 Ă  9
par L’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
ALEXANDRE BLOCH, direction

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Illustrations : Ugo Ponte / Orchestre National de Lille / Visitez le site ONL INSTAGRAM pour suivre en photos l’actualitĂ© de l’Ă©popĂ©e symphonique de l’Orchestre National de Lille

CD, coffret événement. MAHLER / RATTLE / BERLINER PHILHARMONIKER : 6Ú Symphonie

mahler-rattle-symphony-symphonie-6-berliner-philharmoniker-annonce-review-critique-cd-par-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement. MAHLER / RATTLE / BERLINER PHILHARMONIKER : 6Ăš Symphonie. En guise d’adieux, comme directeur musical du Philharmonique de Berlin, Simon Rattle enregistre ici la 6Ăš de Mahler, en juin 2018 (mise en regard de leur enregistrement prĂ©cĂ©dent en 1987). Evidemment la comparaison laisse se prĂ©ciser plusieurs points esthĂ©tiques d’importance. Dont surtout une prise de son moins compacte et uniforme en 2018, avec un travail remarquable sur le dĂ©tail et la ciselure de chaque mesure, rĂ©vĂ©lant l’évolution du chef, d’architecture parfois dur Ă  ses « dĂ©buts », quoique trĂšs engagĂ©, vers un souffle intĂ©rieur filigranĂ©, qui en 2018 montre une vive attention Ă  l’énergie et l’activitĂ© de l’ombre qui sous-tend l’ensemble de la cathĂ©drale orchestrale.
Pour un dernier enregistrement entre Rattle et l’Orchestre berlinois, le choix de la 6Ăš peut se rĂ©vĂ©ler curieux : pas d’ample Ă©lan vocal et choral, pas de conclusion triomphale, dans la lumiĂšre ; plutĂŽt l’emprise du doute, de l’ombre, de l’inquiĂ©tude ; lesquels concluent le Finale, vif, acĂ©rĂ©, tranchant mĂȘme comme un coup du destin plus assĂ©nĂ© et subi
 qui laisse interrogatif. Rattle s’est appropriĂ© le sens du dĂ©veloppement Ă  travers les 4 mouvements : il fait des questionnements de Mahler lui-mĂȘme sur sa vie et sur l’écriture symphonique, un terreau riche en idĂ©es, un fourmillement de sentiments mĂȘlĂ©s et contradictoire d’oĂč l’issue salvatrice ne surgit rĂ©ellement jamais. Pour Ă©clairer ce magma de forces sombres voire lugubres (coup de hache du marteau au cri sourd et froid, voire glacial), le chef Ă©tage et Ă©quilibre idĂ©alement les pupitres surdimensionnĂ©s des cuivres, des percussions
 qui creusent davantage l’ñpretĂ© et la tension constante du dĂ©veloppement. Les couleurs du destin (cors, trombones, tuba mais aussi vents dont les bassons
) sont magnifiques, leur dĂ©finition dans la totalitĂ© sonore, remarquable de prĂ©cision et de relief. De ce vortex Ă  la fois amer et majestueux, se dĂ©tache Ă©videmment le mouvement lent, – le seul vĂ©ritable avec celui de la 4Ăš prĂ©cĂ©dente-, une pause oĂč s’alanguit et s’affirme l’idĂ©e du songe, suspendu, attendri avec Ă©videmment la citation de la nature (cloches des vaches) : le prĂ© Ă  vaches Ă©tant l’élĂ©ment central de ce ressourcement auquel aspire l’ñme du poĂšte compositeur, fuyant ce chaos de fin du monde, tel qu’il se prĂ©cise et s’enfle au dĂ©but du Finale justement. Rattle plus dĂ©taillĂ© que jamais, sans aucune duretĂ©, rĂ©tablit la morsure du destin, impitoyable machine Ă  broyer et soumettre. L’engagement du chef et sa complicitĂ© avec les instrumentistes du Berliner, en ce mois de juin 2018, atteignent un sommet d’expressivitĂ© incisive, aux Ă©lans Ă©perdus, fouillĂ©s, 
assassinĂ©s, idĂ©alement bouleversants. Il fallait du courage pour conclure sur cette note lugubre et tendue, dĂ©pressive et presque maladive. Rattle y apporte toute son expĂ©rience et sa sensibilitĂ©, rĂ©alisant du maestrum mahlĂ©rien, un bain aux remous souterrains entre angoisse et impuissance mĂȘlĂ©es (de la part du hĂ©ros) qui convoquent le cosmos et laisse finalement dĂ©muni, dans le dĂ©pouillement quasi spectral de la fin. Somptueuse et courageuse fin de mandat.

 

 

 

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Le Berliner Philharmoniker n’a pas lĂ©sinĂ© sur les moyens, rĂ©alisant une luxueuse Ă©dition discographique : le coffret Ă  l’italienne, s’ouvre Ă  gauche avec un boĂźtier trĂšs sobre contenant les 2 cd, soit les 2 versions de la 6Ăš, celle de 2018, celle de 1987; le disc blu ray contenant les deux ; un double bonus video qui apporte les Ă©clairages du chef sur l’oeuvre choisie et sur sa proximitĂ© et son travail avec les Berliner Philharmoniker, le temps de son mandat, de 2002 Ă  juin 2018.
A droite, c’est un « an extensive companion book », un livre magnifiquement illustrĂ© rĂ©capitulant les temps forts de la direction de Rattle Ă  Berlin, comme un journal de bord, avec le souvenir photographique des annĂ©es de complicitĂ© et d’accomplissement musical.

 

 

 

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2 CDs + 1 Blu-ray Disc + Audio Download
Edition de luxe – 44,90 € (prix indicatif)

CLIC_macaron_2014Berliner Philharmoniker‹Sir Simon Rattle, direction
Gustav Mahler : Symphonie n°6
CD 1: Recorded in June 2018 at the Philharmonie Berlin‹CD 2: Recorded in November 1987 at the Philharmonie Berlin

Bonus videos
2 documentaires: “Echoing an Era: Simon Rattle and the Berliner Philharmoniker 2002–2018” (67 min)
Introduction by Sir Simon Rattle (10 min)

 

 

 
 

 

 

CD, coffret. BERLINER PHILHARMONIKER : Simon RATTLE / MAHLER : Symphonie n°6 (2 cd, 1 blu ray – Ă©ditions Berliner Philharmoniker recordings)

mahler-rattle-symphony-symphonie-6-berliner-philharmoniker-annonce-review-critique-cd-par-classiquenewsCD, coffret. BERLINER PHILHARMONIKER : Simon RATTLE / MAHLER : Symphonie n°6 (2 cd, 1 blu ray – Ă©ditions Berliner Philharmoniker recordings). La 6Ăš de Mahler marque un tournant dĂ©cisif dans le travail de l’orchestre et du chef britannique : voici leur premier enregistrement de novembre 1987 ; puis celui de juin 2018, – soit 30 ans aprĂšs, tel le volet de la saison des adieux, car Simon Rattle quitte le direction musicale Ă  l’étĂ© 2018 (aprĂšs 16 annĂ©es d’une direction qui laisse pourtant mitigĂ©). C’est un apport rĂ©flĂ©chi qui trouve un Ă©cho prĂ©cĂ©dent d’une admirable profondeur, plus profonde, mieux ambivalente Ă  notre avis ; avec les annĂ©es, la sonoritĂ© s’est enrichie, atteignant une rondeur hĂ©doniste que n’aurait pas dĂ©savouĂ© Claudio Abbado. Mais qui a perdu son sens des contrastes et des vertiges intĂ©rieurs
 Avec les annĂ©es, Rattle s’est comme assagi, optant en 2018 pour une lecture d’une perfection sonore trĂšs (trop) sĂ©duisante) ; mais en novembre 1987, il y avait un souffle d’une tension « wagnĂ©rienne », une ĂąpretĂ© qui s’est attĂ©nuĂ©e avec les annĂ©es
 La confrontation entre les deux lectures est passionnante et dĂ©voile l’évolution d’un travail en complicitĂ© et en approfondissement. Double vision en guise de testament artistique du chef qui tire sa rĂ©vĂ©rence, et fait ainsi ses adieux en juin 2018 par l’enregistrement, aux instrumentistes du Berliner Philharmoniker. Grande critique du coffret Symphonie n°6 de Gustav Mahler par Simon Rattle et le Philharmoniker Berliner, Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com.

 
 
 

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CONTENU du coffret

 
 
 

Berliner Philharmoniker
Sir Simon Rattle, direction / conductor

Gustav Mahler : Symphony No. 6 

CD 1: Recorded in June 2018 from the Philharmonie Berlin
CD 2: Recorded in November 1987 from the Philharmonie Berlin

Bonus video:
Documentary: “Echoing an Era: Simon Rattle and the Berliner Philharmoniker,

2002-2018” (67 min)
Introduction by Sir Simon Rattle (10 min)

 
 
 

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Gustav Mahler: Symphony No. 6
2 CD + 1 Blu-ray + download / hardcover linen edition
Prix indicatif : 44, 90 euros

Contenu du coffret commémoratif
CDs 1&2 :
Gustav Mahler: Symphony No. 6
CD 1: Recording from 20 June 2018
CD 2: Recording from 15 November 1987
BLU-RAY DISC :
Concert Video: Symphony No. 6 from 20 June 2018 (83 min)
High resolution audio:
Symphony No. 6 from 20 June 2018
2.0 PCM Stereo 24-bit/96 kHz
5.1 DTS-HD MA 24-bit/96 kHz
Symphony No. 6 from 15 November 1987
2.0 PCM Stereo 24-bit/96 kHz
Bonus
· Documentary: “Echoing an Era – Simon Rattle and the Berliner Philharmoniker 2002–2018” (67 mins)
· Introduction by Sir Simon Rattle
Full HD 16:9 / PCM Stereo
5.1 Surround DTS-HD
Region Code: ABC (worldwide)
Accompanying booklet
72 pages / German, English
Download Code
For high resolution audio files of
the entire album (24-bit / up to 192 kHz)
Digital Concert Hall
7- Day Ticket for the Berliner Philharmoniker’s
virtual concert hall

 
 
 

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Plus d’infos sur le site du Berliner Philharmoniker :
https://www.berliner-philharmoniker-recordings.com/mahler-6.html

 
 
 

Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie. Le 19 octobre 2015. Mahler : Symphonie N°3. The Cleveland Orchestra. Jennifer Johnston (mezzo). Franz Welser-Möst (direction).

Foule des grands soirs Ă  la Philharmonie de Paris (Philharmonie 2) pour la venue de l’un des « Big Five » Ă©tatsuniens – le Cleveland Orchestra – dirigĂ© par son directeur musical, le cĂ©lĂšbre chef autrichien Franz Welser-Möst. DĂšs le grand fracas inaugural des huit cors, on reste impressionnĂ© par l’homogĂ©nĂ©itĂ© et la puissance de l’articulation.

 
 

Cleveland-Welser-Most

 
 
 

DĂ©bute alors un Ă©tat de grĂące pour l’orchestre – comme pour les spectateurs – que l’on ne quittera pas de toute la soirĂ©e (1h40 sans entracte). Chaque pupitre se hisse Ă  son summum : Ă©lĂ©gance des cordes, sonoritĂ© expressive des instruments Ă  vents et infaillibilitĂ© des cuivres. Les trompettes et les trombones se couvrent notamment de gloire, Ă  commencer par le trombone solo de Massimo La Rosa, au timbre veloutĂ© et doux, Ă  lui seul porteur d’émotion, et la trompette de Michael Sachs, d’une virtuositĂ© Ă  toute Ă©preuve dans les soli du « KrĂ€ftig » initial ou ceux du « Comodo scherzando », dont la derniĂšre note semble ne jamais finir…

Si l’on se doit de citer Ă©galement les percussions, saisissants par leur exactitude rythmique et stylistique, c’est bien la qualitĂ© collective de l’orchestre – et son extraordinaire Ă©quilibre de timbres – qui suscite ce soir notre admiration et soulĂšve notre enthousiasme. Cependant, le moment le plus magique et bouleversant de la soirĂ©e, on le doit bien Ă  la mezzo britannique Jennifer Johnston qui offre au public le plus beau « O Mensch ! » que l’on ait pu entendre : la tenue de la voix, la couleur du timbre, l’intelligence du phrasĂ©, la puretĂ© du grave, et surtout l’ineffable Ă©motion qu’elle parvient Ă  distiller par son chant, le public prĂ©sent s’en souviendra longtemps comme un pur moment d’éternitĂ©…

 
 

Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie. Le 19 octobre 2015. Mahler : Symphonie N°3. The Cleveland Orchestra. Jennifer Johnston (mezzo). Franz Welser-Möst (direction).

  

7Ăšme Symphonie de Mahler par Riccardo Chailly

9Ăšme Symphonie de Gustav Mahler Ă  l'OpĂ©ra de ToursArte. Dimanche 28 juin 2015, 1h. Gustav Mahler : Symphonie n°7 de Mahler. La composition de la symphonie n°7 en mi mineur dite « Chant de la nuit » ou Chant de nuit, a coĂ»tĂ© plusieurs nuits blanches et une telle Ă©nergie Ă  Mahler qu’il a frĂŽlĂ© la dĂ©pression. La partition est crĂ©Ă©e en 1908 Ă  Prague avec Mahler en personne Ă  la baguette pour diriger le Philharmonique de Prague. Les 4e et 6e mouvements sont des nocturnes  enchantĂ©s et aussi inquiĂ©tants qui ont Ă©tĂ© Ă©crits dĂšs 1904 alors que Mahler travaillait sur la 6Ăšme, autre symphonie  parmi les plus autobiographiques. ConsidĂ©rĂ©e comme la plus difficile des symphonies du maĂźtre viennois, la 7Ăšme est moins jouĂ©e que les autres. Fervent admirateur de Mahler, Ricardo Chailly l’a intĂ©grĂ©e en 2014 dans le cycle Mahler au rĂ©pertoire de l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig. Ce concert y a Ă©tĂ© enregistrĂ© le 28 fĂ©vrier 2014. LIRE aussi notre dossier spĂ©cial Symphonies de Mahler

Symphonie de la nuit 

Mahler_gustav_profilLe propre de la 7 Ăšme symphonie de Mahler est peut-ĂȘtre de ne prĂ©senter d’un premier abord aucune unitĂ© de plan. Cinq morceaux en guise de dĂ©veloppement progressif, avec au cƓur du dispositif, le scherzo central, encadrĂ© par deux « nachtmusiken ». Pourtant, il s’agit bien d’un massif exceptionnel par ses outrances sonores, ses combinaisons de timbres, son propos original, certes pas narratif ni descriptif
 PlutĂŽt affectif et passionnel, dont la texture mĂȘme, extrĂȘment raffinĂ©e, souhaite exprimer un sentiment d’exacerbation formelle et mĂȘme d’exaspĂ©ration lyrique. Un sentiment dans lequel Mahler dĂ©sire faire corps avec la Nature, une nature primitive et imprĂ©visible, constituĂ©e de forces premiĂšres et d’énergie vitale que le musicien restitue Ă  la mesure de son orchestre. Fait important parce que singulier dans son Ɠuvre, Ă  l’étĂ© 1904 oĂč il aborde la composition de cette montagne sonore, Mahler est dans l’intention de terminer sa 6 Ăšme symphonie, or, ce sont en plus de la dite symphonie, les deux nachtmusiken qui sortiront de son esprit. Ces deux mouvements originaux Ă  partir desquels il structurera les volets complĂ©mentaires pour sa 7Ăšme symphonie, achevĂ©e Ă  l â€˜Ă©tĂ© 1905, Ă  Mayernigg.

Les excursions dans le Tyrol du Sud lui sont favorables. Le contact avec l’élĂ©ment naturel et minĂ©ral, en particulier des Dolomites, lui fait oublier la tension de l’activitĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Vienne dont il est le directeur. L’intĂ©gralitĂ© de sa 7Ăšme symphonie est achevĂ©e le 15 aoĂ»t 1905.

La partition sera crĂ©Ă©e sous la direction du compositeur Ă  Prague au mois de septembre 1908. L’accueil dĂšs la crĂ©ation est des plus mitigĂ©. La courtoisie des critiques et des commentaires, y compris des amis et proches, des disciples et confrĂšres du musicien, dont Alban Berg et Alexandre von Zemlinsy, Oskar Fried et Otto Klemperer, prĂ©sents Ă  la crĂ©ation, ne cachent pas en dĂ©finitive une profonde incomprĂ©hension. Le fil dĂ©cousu de l’Ɠuvre, son sujet qui n’en est pas un, l’effet disparate des cinq mouvements, ont dĂ©concertĂ©. Et de fait, la 7Ăšme symphonie sans thĂšme nettement dĂ©veloppĂ©, sans matiĂšre grandiose, clairement explicitĂ©e (en apparence), demeure l’opus le moins compris, le moins apprĂ©ciĂ© de l’intĂ©grale des symphonies. D’ailleurs, le premier enregistrement date de 1953 ! En LIRE +

CD, compte rendu critique. Mahler : 7Ăšme Symphonie (Dudamel, 2012)

dudamel mahler symphonie 7 deutsche grammophon simon bolivar symphpny orchestra classiquenews compte rendu critique cd avril 2015CD, compte rendu critique. Mahler : 7Ăšme Symphonie (Dudamel, 2012). Suite du cycle Mahler par Dudamel : le chef vĂ©nĂ©zuĂ©lien, meilleur ambassadeur du Sistema d’Abreu, retrouve aprĂšs une 5Ăšme dĂ©jĂ  somptueuse et cohĂ©rente (en 2007), la 7Ăšme beaucoup plus mordante et Ăąpre, contrastĂ©e et troublante, ironique mais rĂȘveuse. L’éventail des affects symphoniques y est particuliĂšrement trouble et subtil : il exige un chef mĂ»r et trĂšs nuancĂ©, introspectif sachant Ă©carter bavardage et pathĂ©tique dĂ©monstratif. Avec la 6Ăšme, certainement la plus autobiographique de Mahler, le discours orchestral atteint des sommets de poĂ©sie intime (ce malgrĂ© le nombre impressionnant d’instrumentistes). L’onctuositĂ© crĂ©meuse des cordes (trĂšs fournies) est un argument de choc : le Bolivar est de facto trĂšs impressionnant par sa pĂąte sonore. Face Ă  l’engagement fĂ©lin voire carnassier (donc idĂ©alement aigre d’un Solti chez Decca), Dudamel sĂ©duit par sa parfaite architecture, la justesse de sa direction carrĂ©e, maĂźtrisĂ©e, affirmĂ©e sans lourdeur. Il y manque encore cependant le doute et l’angoisse, la gravitĂ© d’une Ăąme qui se sent perdue, donc Ă©chevelĂ©e / angoissĂ©e, en panique crĂ©pusculaire : oĂč s’insinuent la fragilitĂ©, l’effroi et le vertige qu’apporte un Kubelik (l’un de nos prĂ©fĂ©rĂ©s, chez Deutsche Grammophon).

Vertus du Scherzo


Le geste est rond, superbement Ă©loquent mais l’intonation manque de sincĂ©ritĂ© parfois, malgrĂ© une sĂ©duction hĂ©doniste de la sonoritĂ©. Pour preuve, l’excellent Scherzo plutĂŽt trĂšs convaincant. AprĂšs deux premiers mouvements oĂč le chef peine Ă  exprimer clairement ses idĂ©es, le Scherzo affiche une toute autre Ă©vidence Ă©lectrisĂ©e grĂące outre l’engagement global et Ă  l’unisson flexible des cordes parfaitement enfiĂ©vrĂ©es,  d’une tenue impeccable,  prĂ©cises,  contrepointant les cuivres et les bois, chef et instrumentistes expriment cette houle entre inquiĂ©tude,  lyrisme Ă©chevelĂ©,  apaisement tendre. .. vite rattrapĂ©s par l’aiguillon grimaçant des trompettes bouchĂ©es. Cette sincĂ©ritĂ© de ton, la finesse dynamique et la grande subtilitĂ© expressive dans l’Ă©tagement des plans dĂ©voilent un tout autre Dudamel 
 entier,  rĂ©flĂ©chi, trouble d’une transe riche et nuancĂ©e qui Ă©gale ce que fit avant lui LĂ©onard Bernstein. C’est dire. Soudainement le tissu sonore semble habitĂ©,  investi par un flux organique Ă©tonnement naturel et habitĂ©. La valeur de cet enregistrement tient beaucoup Ă  cette rĂ©ussite liĂ©e au mouvement ainsi dĂ©terminant.

De toute Ă©vidence, s’il travaille encore, Dudamel Ă  des choses Ă  nous dire chez Mahler pour notre plus grande satisfaction. Cycle Ă  suivre : ce jalon est un indicateur prometteur.

Gustav Mahler (1860-1911): Symphonie n°7. Simón Bolívar Symphony Orchestra of Venezuela. Gustavo Dudamel, direction. 1 cd  Deutsche Grammophon 0289 479 1700 7. Durée : 1h18mn.

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 20 mars 2015. Gustav Mahler (1860-1911) : Lieder eines fahrenden Gesellen ; Hans Rott (1858-1884) : symphonie n°1 en mi majeur ; Florian Sempey, baryton ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Marc Minkowski, direction

Mahler portrait sideCe concert placĂ© par Marc Minkowski sous le signe de la jeunesse de deux Ă©lĂšves du Conservatoire de Vienne dans les annĂ©es 1880, cherche Ă  les rassembler quand tout, semble les opposer. Le cycle de quatre lieder de Gustav Mahler, sur des poĂšmes d‘Arnim et de Brentano tirĂ© du recueil Le cor merveilleux de l‘enfant, est un vĂ©ritable chef d‘oeuvre. L’émotion poignante qui se dĂ©gage des poĂšmes est ennoblie par une orchestration d’une subtilitĂ© inouĂŻe. RĂ©cemment Ă  Toulouse, le grand Jonas Kaufmann nous en avait proposĂ© une version chambriste bouleversante. Ce soir c‘est une voix de baryton, et non de tĂ©nor, qui sera celle de Mahler. Car on ne peut oublier que le compositeur, amoureux Ă©conduit, a mis tout le romantisme de sa jeunesse dans cette composition et a partagĂ© les affres du hĂ©ros, il avait 25 ans lorsqu’il dĂ©buta la composition de ces lieder.

Mahler / Rott : GĂ©nie de l’un, talent de l‘autre
Minkowski engagĂ©, sans dĂ©licatesse…

Le jeune baryton Florian Sempey a su interprĂ©ter avec noblesse ces lieder dans un allemand fluide. La voix est trĂšs homogĂšne, capable de belles nuances. L’art du chant du baryton est superbe et la ligne donne corps au texte. Marc Minkowski retrouve l’Orchestre du Capitole qu’il connaĂźt bien, il en exploite toutes les richesses de timbres et couleurs, abusant de force et un peu avare de dĂ©licatesse. La lenteur des tempi, et un peu trop de pathos alourdissent l’oeuvre mĂ©lancolique de Mahler qui a cherchĂ© Ă  mettre une sorte de distance avec la dimension romantique du mal d‘amour de jeunesse.

La dĂ©couverte de la premiĂšre symphonie de Hans Rott terminĂ©e 5 ans avant les Lieder eines fahrenden Gesellen n’a pas manquĂ© de nous intĂ©resser. Ce collĂšgue et ami de Mahler, est surtout un brillant Ă©lĂšve de Bruckner, un admirateur de Wagner et Brahms. Cette Ɠuvre de jeunesse est intĂ©ressante mais ne se dĂ©colle pas des modĂšles des maitres. Les grands aplats de groupes d‘instruments comme chez Bruckner, crĂ©e un son compact. Les cuivres utilisĂ©s en force impressionnent souvent. Marc Minkowski trĂšs engagĂ© cherche Ă  donner puissance et force Ă  cette partition fleuve.
L‘absence de recherche de dĂ©licatesse finit hĂ©las par lasser. La longueur de la symphonie apparaĂźt comme une marque de jeunesse, car certains moments manquent d’originalitĂ©. C’est peut ĂȘtre au niveau de l’utilisation des timbres et de l’association des instruments que le souvenir de la partition de Mahler entendue en premiĂšre partie de concert s’avĂšre cruel. La partition est puissante, l’effet du dĂ©but de la symphonie est trĂšs prometteur avec l’appel des trompettes et des cors sur fond d‘arpĂšges des violons. Les grandes formes fuguĂ©es sont impressionnantes, les rythmes endiablĂ©s du Scherzo mettent tout l’orchestre en Ă©moi. Pourtant peu de surprises nous permettent de croire au gĂ©nie. La mort prĂ©maturĂ©e a certainement gĂąchĂ© le beau talent de Rott, mais en comparaison de Mahler, Bruckner ou Brahms, ce chainon manquant trĂšs intĂ©ressant reste scolaire dans cette Ɠuvre un peu longue.
Marc Minkowski a semblĂ© prendre beaucoup de plaisir Ă  faire dĂ©couvrir cette partition et a su en exprimer toute la puissance. L’orchestre du Capitole a Ă©tĂ© merveilleux, rĂ©sistant Ă  cette dĂ©ferlante de puissance sonore demandĂ©e avec vaillance et sachant conserver son Ă©lĂ©gance.

Compte rendu, danse. Paris. Palais Garnier, le 24 fĂ©vrier 2015. John Neumeier : Le chant de la Terre. Mathieu Ganio, LaĂ«titia Pujol, Karl Paquette, Nolwenn Daniel, Fabien RĂ©villion, Audric Bezard
 Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Gustav Mahler, compositeur. Burkhard Fritz, Paul Armin Edelmann, chanteurs. Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris. Patrick Lange, direction musicale.

Mahler_gustav_mahler_2007John Neumeier revient au Palais Garnier pour la crĂ©ation du ballet Le Chant de la Terre sur la cĂ©lĂšbre musique de Gustav Mahler inspirĂ©e des poĂšmes chinois du VIII Ăšme siĂšcle! Ses danseurs prĂ©fĂ©rĂ©s tels que Mathieu Ganio ou Karl Paquette tiennent les rĂŽles solistes pour cette premiĂšre mondiale (il y a trois distributions, dont la plus jeune aussi nous interpelle). L’Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris dirigĂ© par le jeune chef Patrick Lange est accompagnĂ© par le tĂ©nor Burkhard Fritz et le baryton Paul Armin Edelmann interprĂ©tant les six lieder symphoniques. Une danse nĂ©oclassique savante et abstraite, non dĂ©pourvue d’un certain mysticisme et d’une mystĂ©rieuse tension sur scĂšne, rĂ©gale l’audience, tous sens confondus.

 

 

 

Le Chant de la Terre, version chorégraphique au Palais Garnier

« Comme je voudrais, ami, savourer prÚs de toi la beauté de ce soir. »

 

 

Gustav Mahler a une relation privilĂ©giĂ© avec le chorĂ©graphe et directeur du ballet de Hambourg. Le dernier rendez-vous parisien les rĂ©unissant a Ă©tĂ© la monumentale TroisiĂšme Symphonie de Mahler en 2013, crĂ©Ă©e en 1975 et rentrĂ©e au rĂ©pertoire du ballet de l’OpĂ©ra en 2009. L’annĂ©e 2015 voit la crĂ©ation de sa troisiĂšme commande, reçue de la maison nationale, aprĂšs Magnificat et Sylvia en 1987 et 1997 respectivement. Le Chant de la Terre est aussi la derniĂšre symphonie d’un Mahler superstitieux qui ne voulait pas la nommer ainsi (Ă  cause de la lĂ©gende des 9 symphonies : la plupart des compositeurs dĂ©cĂ©dant avant de composer leur 10Ăš). Comme d’habitude chez le compositeur viennois, la musique a un caractĂšre formel spĂ©cial, s’agissant en l’occurrence d’une sĂ©rie de 6 lieder symphoniques pour tĂ©nor et alto, ou plus rarement, comme ce soir d’ailleurs, pour tĂ©nor et baryton. Les textes sont des poĂšmes chinois anciens surtout de la plume du cĂ©lĂšbre poĂšte Li Bai (oĂč Li Po), figure poĂ©tique d’envergure Ă  l’Ăąge d’or chinois dans la dynastie Tang, mais aussi de Chang Tsi, Meng Haoran et Wang Wei, traduits et adaptĂ©s par Mahler.

 

Neumeier, maĂźtre de son art, illustre ainsi en mouvements, les sentiments explorĂ©s par les poĂšmes, parfois blasĂ©s, parfois drĂŽles, toujours beaux, toujours nostalgiques. Mathieu Ganio, Karl Paquette et LaĂ«titia Pujol sont le trio d’Etoiles solistes. Si la relation entre eux paraĂźt froidement ambiguĂ« au dĂ©but, elle s’expose progressivement sans pourtant jamais complĂštement se dĂ©voiler. Les deux derniers orbitent autour du premier, seraient-ils produits de son imagination ? Peu importe. Ce qui frappe l’audience depuis le dĂ©but et jusqu’Ă  la fin est un Ganio Ă  la belle extension, toujours merveilleusement nuancĂ© dans son expression. Pujol pourrait ĂȘtre un ange ou un fantĂŽme, elle impressionne par son style, et si son rĂŽle abstrait brille par une certaine froideur, son investissement est loin d’ĂȘtre glacial. Une figure Ă©thĂ©rĂ©e qui, virtuose, va et vient, que veut-elle ? On ne sait pas.
On en sait pas plus sur le rĂŽle de Paquette. C’est toujours un partenaire solide et fiable, surtout par rapport aux portĂ©s redoutables de Neumeier. Est-il aussi un fantĂŽme ? Ou un fantasme ? Nous remarquons une certaine tension entre Paquette et Ganio lors de leurs nombreuses interactions. Cette tension donne davantage d’intĂ©rĂȘt Ă  la prestation gĂ©nĂ©rale, si belle et si abstraite et pourtant tout aussi illustrative et technique. Les sentiments qui lient les deux personnages se prĂ©sentent donc comme un secret ; seraient-ils de cet amour qui n’ose -toujours- pas dire son nom, 
 encore en 2015 ? Encore une fois on ne sait pas, mais ceci n’est pas essentiel. L’important est que Neumeier sache stimuler et captiver l’auditoire avec son art, aussi riche que mystĂ©rieux.

 

Qu’en est-il du Corps de Ballet parisien et des couples demi-solistes ? Florian Magnenet souffrant a la chance d’ĂȘtre remplacĂ© par un Fabien RĂ©villion, sujet, en grande forme. L’audience a tout autant de chance, Ă  notre avis. Son partenariat avec Nolwenn Daniel est rĂ©ussi malgrĂ© l’imprĂ©vu. Si les beaux costumes de Neumeier donnent une espĂšce de cohĂ©sion chromatique au premier degrĂ©, les personnalitĂ©s et talents distincts au sein de la troupe des danseurs se rĂ©vĂšlent tout aussi fortement : saluons ainsi  Audric Bezard et Vincent Chaillet, sĂ©duisants, le premier avec un je ne sais quoi d’envoĂ»tant capable de lignes fantastiques, le deuxiĂšme excelle dans le langage de Neumeier ; il est mĂȘme fabuleux lors de son solo au 5e mouvement, avec des sauts impressionnants, une prĂ©sence remarquable, une agilitĂ© superlative. Si le Corps du Ballet ne paraĂźt pas toujours, Neumeier offre au collectif, plusieurs ensembles, dont le superbe troisiĂšme chant/mouvement, le plus orientalisant et dans la musique et dans la danse. Ces jeunes danseurs seront distribuĂ©s en vĂ©ritable solistes le 3 et 10 mars, Ă  dĂ©couvrir !

 

FĂ©licitons Ă©galement l’Orchestre de l’OpĂ©ra dirigĂ© par Patrick Lange, ainsi que les chanteurs lyriques : Burkhard Fritz et Paul Armin Edelmann, tous excellents dans leur interprĂ©tation de la partition mahlĂ©rienne, quelque peu adaptĂ©e au service de la chorĂ©graphie. Nous invitons nos lecteurs Ă  dĂ©couvrir cette nouvelle production, Ă  se dĂ©lecter dans le langage gĂ©omĂ©trique et parfois exotique, mais toujours d’une grande beautĂ© nĂ©oclassique, d’un Neumeier qui pense ne plus jamais chorĂ©graphier Mahler ! L’occasion d’entendre une fabuleuse partition et de revoir nos meilleurs danseurs ! Le Chant de la Terre version Neumeier est Ă  l’affiche du Palais Garnier les 24, 25, 26, 27 et 28 fĂ©vrier ainsi que les 2, 3, 4, 5, 6, 9, 10, 11 et 12 mars 2015.

 

 

 

CD, annonce. Mahler : Symphonie n°7 par Gustavo Dudamel chez Deutsche Grammophon (annoncé le 12 janvier 2015)

mahler symphonie 7 gustavo dudamel _ simon bolivar symphony orchestra 1 cd Deutsche grammophon critique annonce classiquenewsCD, annonce. Mahler : Symphonie n°7 par Gustavo Dudamel chez Deutsche Grammophon (annoncĂ© le 12 janvier 2015). TĂ©nĂšbres symphoniques selon Gustav Dudamel… AprĂšs la 6Ăš, – Symphonie du destin, “tragique”, la 7Ăšme Symphonie de Gustav Mahler prolonge les confessions orchestrales du plus grand symphoniste du dĂ©but du XXĂšme (avec Richard Strauss). AmorcĂ©e Ă  l’Ă©tĂ© 1904, achevĂ©e dans les Dolomites Ă  Schluderbach prĂšs de Toblach, la 7Ăšme prend forme aprĂšs  une genĂšse douloureuse. Mahler qui avait composĂ© les deux Nocturnes, Ă©crit dans la foulĂ©e, en juin 1905, les 1er, 3Ăš et 5Ăš mouvements; c’est une partition marquĂ©e par l’ombre, la nuit, la mort, l’Ă©preuve obligĂ©e donc douloureuse du renoncement. Le fantastique fantomatique et dĂ©lirant du Scherzo central, le climat satirique amoureux du second Nachtmusik, l’ascension irrĂ©sistible et Ă©blouissante du Finale composent l’un des cycles symphoniques les plus modernes de tout l’oeuvre de Mahler. DĂ©sespĂ©rĂ©e mais palpitante, la matiĂšre de la 7Ăšme offre aussi, surtout un formidable parcours des TĂ©nĂšbres absolues vers la “grand jour” du Finale (comme le prĂ©cise Mahler lui-mĂȘme). Qu’en sera-t-il de la lecture du venezuelien Gustavo Dudamel, chef prodige, issu du Sistema dans l’une des symphonies les plus difficiles et complexes de Mahler ? Le chef retrouve son orchestre symphonique Simon Bolivar du Venezuela…  RĂ©ponse le 12 janvier 2015. Grande critique du cd ” Mahler 7 : Gustavo Dudamel ” Ă  venir dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews…

Gustavo Dudamel en concert Ă  Paris
En concert Ă  Paris, nouvelle Philharmonie de Paris, les 24 et 25 janvier 2015. Le 24 janvier, 20h30 : puis le 25 Ă  16h30.
Consultez aussi la premiĂšre saison 2015 de la Philharmonie de Paris.

OSE, le nouvel orchestre de Daniel Kawka joue Mahler

Kawka_daniel_OSE_orchestreOrchestre OSE. Daniel Kawka. Concert Gustav Mahler. Ce jour, Ă  Saint-Priest (69, 17h), le chef Daniel Kawka offre un sublime programme Gustav Mahler avec son nouvel orchestre OSE et la complicitĂ© du baryton Vincent Le Texier… Ose est le nouvel orchestre fondĂ© par le chef Daniel Kawka. Fonctionnement coopĂ©ratif, dialogue et Ă©galitĂ© parmi les musiciens forment un nouveau type de collectif dont les valeurs partagĂ©es assurent une nouvelle qualitĂ© d’interprĂ©tation. Pour sa premiĂšre tournĂ©e (en RhĂŽne-Alpes, puis Ă  Aix en Provence au Grand ThĂ©Ăątre en septembre 2014), chef et instrumentistes abordent l’amour et la mort du chant mahlĂ©rien (avec la complicitĂ© du baryton Vincent Le Texier)… Le Chant MahlĂ©rien : mort Ă  Venise met en lumiĂšre la flamme crĂ©pusculaire d’un Mahler Ă©prouvĂ©, accablĂ© et finalement, subtilement transfigurĂ© … alchimie des timbres, Ă©quilibre des pupitres, dynamiques et balances rĂ©investies, souci du phrasĂ© spĂ©cifique, le travail des musiciens d’Ose dĂ©fendent avec passion et transparence l’un des programmes mahlĂ©riens les mieux conçus Ă  ce jour. En lire +

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programme

1Ăšre partie

Kindertoten Lieder / Chants pour voix et orchestre
(20 min environ)

Symphonie n°10, Adagio / Pour orchestre seul
(25 min environ)

Entracte

2Ăšme partie
Ruckert Lieder / Chants pour voix et orchestre
(25 min environ)

Symphonie n°5, Adagietto « Mort à Venise »
Pour orchestre seul (10 min environ)

 

 

MAHLER_GUSTAV_UNE_veranstaltungen_gustav_mahler_musikwochen_024_gustav_mahler_musikwochen_bigAgenda 2014 :
TournĂ©e Gustav Mahler par l’Orchestre Ose
Vincent Le Texier, baryton
Daniel Kawka, direction
5 dates en janvier et février 2014
pour vivre le grand frisson wagnérien

Aprofondir:

Lire notre dossier spĂ©cial RĂŒckert lieder (1901-1902)
Lire notre dossier spécial Kindertotenlieder (1901-1904)

 

OSE_logo_NOIR8 février 2014 : Théùtre Théo Argence, Saint Priest (69), 17h

Durée totale du concert: 1h40, avec entracte
Effectif: 80 musiciens
Chaque Ɠuvre est prĂ©cĂ©dĂ©e d’une lecture de lettres d’amour Ă©crites de Gustav Mahler et adressĂ©es Ă  Alma Mahler

Informations, rĂ©servations sur le site de l’Orchestre Ose

boutonreservation

Autre dates de l’Orchestre OSE en 2014 :
Programme Stravinsky, TchaĂŻkovski, Bizet
les 10, 11 et 12 juillet 2014

Festival Berlioz le 21 août 2014

Le programme Gustav Mahler : Mort Ă  Venise est repris le 30 septembre 2014 Ă  Aix :

30 septembre 2014 : Grand Théùtre de Provence (13)

 

 

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 janvier 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der FreischĂŒtz, ouverture ; Richard Danielpour (nĂ© en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.

Mahler_gustav_mahler_2007Pour dĂ©buter ce concert, l’orchestre, un peu plĂ©thorique pour une oeuvre du premier romantisme, s’est lancĂ© sans finesse dans l’ouverture du FreischĂŒtz de Carl Maria Von Weber. Les instrumentistes ont semblĂ© presque pris au dĂ©pourvu avec des attaques parfois imprĂ©cises et des cors en ordre dispersĂ©. Les gestes Ă©nergiques du chef lui donnant presque un cotĂ© martial par moment.
Lui a fait suite une oeuvre contemporaine du compositeur amĂ©ricano-iranien Richard Daniel, Darkness in the ancient Valley. Cette Suite est construite comme la quatriĂšme symphonie de Mahler avec en final un chant de soprano. Richement orchestrĂ©e, la partition ne manque pas d’allure en faisant rĂ©fĂ©rence Ă  Britten y mĂȘlant quelques Ă©lĂ©ments ethniques. Il y eut des moments d’une grande violence, dignes des musiques de films en CinĂ©mascope. La tragĂ©die de la vie des Iraniens est ainsi rendue perceptible avec un effet immĂ©diat, le compositeur aimant Ă  parler directement aux Ă©motions de l’auditeur. Le chant final confiĂ© Ă  une soprano est troublant. Une femme, parlant pour son pays, l’Iran, accepte par amour les coups presque mortels de son Ă©poux espĂ©rant toujours arriver Ă  se relever par la force de son amour. La voix de soprano assez corsĂ©e de  Soula Parassidis ainsi que sa diction tranchĂ©e sont trĂšs Ă©vocatrices des dangers encourus en Iran et de la force de la rĂ©sistance du peuple. Il s’agissait de la crĂ©ation française de cette piĂšce.

AprĂšs l’entracte la QuatriĂšme Symphonie de Mahler a Ă©tĂ© proposĂ©e dans une interprĂ©tation immĂ©diate et hĂ©doniste par Giancarlo Guerrero. La beautĂ© de cette partition trĂšs lumineuse a ainsi resplendi, limpide mais sans ombres. Le trouble qui peut sourdre, la dĂ©rision et l’humour noir contenus dans certaines pages n’ont pas Ă©tĂ© invitĂ©s par un chef plutĂŽt soucieux Ă  tout moment de beautĂ© sonore. L’orchestre est trĂšs gĂ©nĂ©reux en somptuositĂ© de timbres et moins en nuances et subtilitĂ© de phrasĂ©s. Le premier mouvement dans un tempo prudent a dĂ©roulĂ© ses ensorcelants mĂ©lismes en toute candeur sans dĂ©rision ni gentilles moqueries lors des archets frappĂ©s ou les riches percussions. Le deuxiĂšme mouvement contenant une marche funĂšbre avec un premier violon en scordattura est restĂ© trĂšs Ă©lĂ©gant et joyeux sans jamais rien d’inquiĂ©tant ou de vraiment provoquant. Le troisiĂšme, Ruhevoll,  eut la beautĂ© des songes avec une avancĂ©e de tapis volant sans jamais rien de trop profond.  Le final a Ă©tĂ© un peu dĂ©cevant par son manque d’humour mais la partition jouĂ©e ainsi au premier degrĂ© avec une soprano au chant ferme reste un pur joyaux mettant en valeur le gĂ©nie d’orchestrateur de Mahler et la virtuositĂ© de l’orchestre du Capitole. L’Ă©vocation de l’ambivalence de l’enfance n’a mĂȘme pas Ă©tĂ© effleurĂ©e. Cette version solide et avant tout centrĂ©e sur le beau son, a Ă©tĂ© bien accueillie par le public. Mais nous nous sommes souvenus de l’interprĂ©tation si complĂšte sur bien des plans, y compris quant Ă  l’ambivalence de l’image du paradis enfantin, donnĂ©e par ce mĂȘme orchestre autrement plus engagĂ© sous la baguette de Tugan Sokhiev trĂšs inspirĂ© en mars 2010


Toulouse. Halle-aux-grains, le 17 dĂ©cembre 2014. Carl Maria Von Weber (1786-1828) : Der FreischĂŒtz, ouverture; Richard Danielpour (nĂ© en 1956) : Darkness in the ancient valley ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Soula Parassidis, soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Giancarlo Guerrero, direction.

Compte-rendu : Bordeaux. Auditorium de Bordeaux, le 26 septembre 2013. Purcell, Mahler … Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Paul Daniel, direction.

Paul Daniel PortraitPremier concert de la nouvelle saison de l’ONBA, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine qui dĂ©bute sa saison symphonique Ă  Bordeaux avec un nouveau directeur musical : le chef anglais Paul Daniel (photo ci dessus). D’une longue trajectoire, il a collaborĂ© avec le compositeur Michael Tippett, entre autres. Sa prĂ©sence au disque concerne surtout la musique vocale, mais aussi le rĂ©pertoire symphonique anglais. Lors de la prĂ©sentation de son projet artistique avec l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, la maestro a rĂ©vĂ©lĂ© sa prĂ©dilection pour la musique romantique et contemporaine, comme sa volontĂ© d’insertion sociale  et son souci de diversitĂ©, au sein de l’orchestre comme et avec le public. 

 

Une saison d’ampleur et de nouveautĂ©

 

En effet, il compte inviter des femmes chefs d’orchestre et des jeunes chefs mais aussi explorer et faire dĂ©couvrir la musique contemporaine aux bordelais. De mĂȘme, l’orchestre entrera en contact avec de nouveaux publics, sur place Ă  l’OpĂ©ra et Ă  l’Auditorium de Bordeaux mais aussi hors de ces lieux familiers ; dans son dĂ©sir d’insertion et d’Ă©largissement de l’expĂ©rience et de l’activitĂ© musicale, Paul Daniel propose des concerts gratuits, invitant toute l’Ă©chelle socio-Ă©conomique Ă  dĂ©couvrir le bonheur de la musique classique et les qualitĂ©s de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine.

La saison 2013-2014 dĂ©bute avec un concert symphonique, mais aussi choral, tout Ă  fait exemplaire.  C’est une sorte d’avant-goĂ»t des ambitions de la saison remplie de temps forts et d’Ă©vĂ©nements immanquables ! Certainement un pari gagnĂ© avec Paul Daniel ; les mois qui viennent nous le diront.

Au rendez-vous de ce soir, voici Purcell et Mahler, chiaroscuro et solennitĂ© pleins de maestria et de caractĂšre. Le programme commence avec la Musique pour les funĂ©railles de la Reine Mary de Henry Purcell, pĂšre de la musique anglaise. Purcell a composĂ© une musique Ă  la solennitĂ© rayonnante, aux effectifs pourtant rĂ©duits pour l’occasion. Une marche et une canzona purement instrumentales ainsi qu’une mise en musique d’un texte liturgique. Paul Daniel a dĂ©cidĂ© d’inclure Ă©galement un extrait choral du compositeur anglais de la renaissance Thomas Morley. Dans cet extrait « Man is born », les voix masculines du choeur rĂ©duit enchantent par leur sombre dignitĂ©. Purcell s’accorde brillamment au style antique de Morley avec « You knowest, Lord, the secrets of our heart » mais injecte de sublimes harmonies tout Ă  fait particuliĂšres. La marche et la canzona sont interprĂ©tĂ©s magistralement par les musiciens, nous remarquons surtout la canzona d’une beautĂ© sĂ©vĂšre et austĂšre mais aussi d’une grande difficultĂ© pour les cuivres. A ce prĂ©ambule baroque, s’enchaĂźne directement le premier mouvement de la 2e symphonie de Gustav Mahler.

RĂ©surrection de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine

Le premier mouvement est une sorte de marche funĂšbre (il s’agĂźt Ă  l’origine d’un poĂšme symphonique) en forme de sonate modifiĂ©e. DĂšs le dĂ©but, l’orchestre joue avec une sĂ»retĂ© Ă©tonnante. Le sens de l’Ă©preuve existentielle si typique Ă  Mahler est prĂ©sentĂ© de façon impeccable sous la direction de Paul Daniel. Les permanentes transitions entres les tĂ©nĂšbres post-wagnĂ©riennes et un lyrisme bucolique et quelque peu pompier sont plus subtilement exprimĂ©s encore. Les vents sont puissants ; les bois, d’une teinte pastorale et les cuivres Ă©poustouflants. Nous retenons notamment les excellentes flĂ»tes et trompettes.

Le deuxiĂšme mouvement est un andante moderato de grande beautĂ© et limpiditĂ©. Les cuivres apportent un cĂŽtĂ© sombre et sensuel pourtant. Les cordes jouant en pizzicato accompagnĂ©es du piccolo instaurent une ambiance presque enfantine, une certaine innocence mais non dĂ©nuĂ©e d’humour. Le troisiĂšme mouvement en forme de scherzo n’est pas sans rappeler le Mendelssohn de l’ouverture « Les HĂ©brides », notamment par les cordes et la clarinette. Un certain aspect folklorique juif se mĂ©lange ici avec le pathos obligatoire et poussĂ© si cher aux post-romantiques. L’orchestre passe facilement du massif brouhaha brucknĂ©rien Ă  l’intimitĂ© de la chambre pour revenir Ă  l’intensitĂ© bruyante avec un fortissimo peut-ĂȘtre trop fort vers la fin du mouvement.

Ensuite nous trouvons la contralto française Nathalie Stutzmann au quatriĂšme mouvement « Urlicht ». Il s’agĂźt originellement d’un lied, et si le mouvement est court il est davantage saisissant. Surtout grĂące Ă  la voix puissante et idiosyncratique de Stutzmann ainsi qu’Ă  la prestation du premier violon. Ce court mouvement prĂ©pare au cinquiĂšme et dernier mouvement choral (qui est aussi le plus long, plus de 30 minutes!) oĂč participe Ă©galement la soprano soliste Henriette Bonde-Hansen. L’inspiration formelle beethovĂ©nienne est Ă©vidente mĂȘme si le langage est complĂštement diffĂ©rent. La couleur orchestrale est exploitĂ©e Ă  l’extrĂȘme et de façon spectaculaire, le son est distinct mais la cohĂ©sion n’est jamais compromise.

Dans une  remarquable cohĂ©rence, jamais l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine n’a semblĂ© jouer avec autant de suprĂ©matie, de virtuositĂ©. AprĂšs un dĂ©but sobre arrive le triomphe brillant et glorieux, la rĂ©surrection ! (le surnom programmatique de la symphonie est prĂ©cisĂ©ment « RĂ©surrection »). Une marche pompeuse du mouvement a, dans la lecture de Paul Daniel, une sonoritĂ© presque Elgarienne, ce qui rehausse le charme de la partition. La fanfare revient plus tard, et si Mahler a conçu tout un programme mĂ©taphysique pour la symphonie, cette marche Ă©voque plus un hĂ©roĂŻsme de pacotille qu’une expĂ©rience religieuse. Le sentiment mystique arrive avec les choeurs de l’OpĂ©ra National de Bordeaux et de l’Orfeon PamplonĂ©s, au dĂ©but trĂšs solennels mais gagnant en intensitĂ© avec le solo pour soprano Ă  la fois sentimental et lumineux. A partir de ce moment, les frissons nous submergent en permanence. Stutzmann se joint Ă  la soprano ; puis un violon Ă©lĂ©giaque sert de prĂ©lude aux choeurs revenants. Nous sommes au sommet de l’expressivitĂ© et du drame dans le duo des chanteuses auquel s’ajoutent les choeurs en crescendo. L’effet est d’une incroyable et inclassable beautĂ©, les frissons se complĂštent de larmes inĂ©luctables devant tant de talent et de majestĂ©. L’extase de la fin touche les cƓurs de l’auditoire et des interprĂštes qui sont aussi en larmes.

AprĂšs le concert nous sommes de surcroĂźt enthousiasmĂ©s par la riche programmation de la saison 2013-2014 oĂč l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine devrait briller. L’excellente direction du chef Paul Daniel, mĂ©langeant subtilitĂ© et vivacitĂ©, est inspiratrice et allĂ©chante.

Les prochains concerts sont dĂ©jĂ  fortement attendus ! Le 9 et 11 octobre, il revient Ă  l’Auditorium cette fois-ci avec la soprano Heidi Melton pour un concert dĂ©diĂ© Ă  Wagner. Des extraits de TannhĂ€user, Tristan et Isolde et Le CrĂ©puscule des dieux seront au rendez-vous. Nous en sommes impatients et invitons tous nos lecteurs Ă  dĂ©couvrir et redĂ©couvrir la force et les couleurs de l’Orchestre bordelais.

Les 28 et 29 novembre suivants, le pianiste Bertrand Chamayou, artiste associĂ© de la saison, sera aussi Ă  l’Auditorium pour un concert prometteur associant des Ɠuvres de Richard Strauss (dont le Burlesque pour piano et orchestre) Ă  la 9e symphonie de Dvorak.

Les 22 et 23 janvier, Paul Daniel aborde avec le violoniste franco-Serbe Nemanja Radulovic  Mendelssohn et Haydn ainsi que le compositeur anglais Eric Coates, rarement entendu en France. Des Ă©vĂ©nements Ă  ne surtout pas rater, vous pouvez consulter le programme de la saison sur le site de l’OpĂ©ra National de Bordeaux.  Bordeaux nouvelle capitale symphonique : nous sommes prĂȘts Ă  relever le pari ! Rendez-vous dans quelques semaines pour un premier bilan critique.

Bordeaux. Auditorium de Bordeaux, le 26 septembre 2013. Nathalie Stutzmann, contralto. Henriette Bonde-Hansen, soprano. Choeur de l’OpĂ©ra National de Bordeaux, Choeur de l’Orfeon PamplonĂ©s. Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Paul Daniel, direction.

Compte-rendu : Saintes, Abbatiale. Festival, le 13 juillet 2013. Gustav Mahler : Symphonie n°1 ” Titan “. JOA, Jeune orchestre Atlantique. Philippe Herreweghe, direction.

Philippe Herreweghe portraitDepuis ses premiĂšres sessions Ă  l’Abbaye aux Dames de Saintes, le JOA Jeune Orchestre Atlantique ne cesse de porter toujours plus loin les apports bĂ©nĂ©fiques des instruments d’Ă©poque dans l’interprĂ©tation des partitions classiques et romantiques; rien n’Ă©gale en Europe la formation ainsi proposĂ©e aux jeunes instrumentistes venus du monde entier pour y suivre les conseils de l’Ă©quipe pĂ©dagogique, de façonner et perfectionner leur propre jeu sous la conduite des chefs aujourd’hui reconnus dans l’approfondissement du texte musical (Minkowski, Rousset, LangrĂ©e, David Stern,  Christophe Coin … sont les derniers chef invitĂ©s Ă  diriger l’orchestre des jeunes musiciens Ă  Saintes).
Cette annĂ©e, volet toujours trĂšs attendu du festival estival, le JOA ose aller plus loin encore ; il repousse le cadre chronologique des pĂ©riodes classiques et romantiques …  jusqu’Ă  la Symphonie n°1 Titan de Gustav Mahler (1889) … un nouveau dĂ©fi post romantique se dresse face Ă  l’Ă©nergie et Ă  la curiositĂ© des apprentis musiciens et pour lequel s’engage aussi le chef flamand Philippe Herreweghe qui depuis sa crĂ©ation, suit les avancĂ©es et l’Ă©volution de l’orchestre.

La prĂ©paration des instrumentistes est assurĂ©e d’abord par Catherine Puig, violoniste au sein de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es et ici, responsable pĂ©dagogique. Sensibiliser les jeunes Ă  la sonoritĂ© d’Ă©poque, au jeu, au style, mais encore Ă  l’esthĂ©tique de l’oeuvre dans son contexte, sans omettre toutes les contraintes et les dĂ©fis du jeu collectif… – l’Ă©coute, la disponibilitĂ©, l’Ă©nergie-, sont des vertus propices au dĂ©passement ; car au moment du concert, ce samedi 13 juillet sous la voĂ»te de l’Abbatiale, le public attend un niveau musical au moins aussi impliquĂ© et convaincant que celui des phalanges constituĂ©es depuis des annĂ©es, tels Les SiĂšcles, et Ă©videmment l’Orchestre des Champs ElysĂ©es, lui-mĂȘme fondĂ© par Philippe Herreweghe … et pionnier parmi les premiers orchestres sur instruments anciens.

 

 

Titan maßtrisée à Saintes

 

Sous la baguette de Philippe Herreweghe, le nouveau programme dĂ©fendu par le JOA a triomphĂ© : il reste pour le festival l’une de ses meilleures soirĂ©es symphoniques.

Comment agissent les quelques 80 jeunes instrumentistes rĂ©unis pour cette Titan dont le seul nom impressionne dĂ©jĂ  ? Justement a contrario de ses promesses, c’est un jeu mesurĂ© infiniment nuancé  et d’une constante intĂ©rioritĂ© qui domine les trois premiers mouvements … avant que n’explosent littĂ©ralement tensions, rĂ©sistances, espĂ©rances du hĂ©ros, dans le dernier et quatriĂšme Ă©pisode, le plus long (18mn) comme le plus pĂ©rilleux (en raison des Ă©tagements et spacialisations des pupitres avec lesquels joue le compositeur en bĂątisseur rĂ©solument moderne) : les cuivres (trombones, trompettes, tuba Ă  droite du maestro) sont rugueux et suggestifs ; les cors (6 Ă  sa gauche) superbes de rondeurs noble et attendrie ; la direction aux mouvements d’une perpĂ©tuelle activitĂ© prĂ©serve la lisibilitĂ© des plans, cette Ă©loquence spĂ©cifique de chaque instrument (malgrĂ© le nombre des musiciens), en particulier le triangle, la harpe, et tous les bois d’une pĂ©tillante et heureuse vitalitĂ© (flĂ»te, clarinette, hautbois sont d’un mordant toujours ciselĂ©). On savait Mahler divin orchestrateur : le geste libĂ©rĂ© et prĂ©cis du chef nous rappelle combien Gustav fut aussi un expĂ©rimentateur gĂ©nial, l’Ă©gal en ce sens de Stravinsky, annonçant sous bien des aspects, Chostakovitch : ses alliances de timbres saisissent par leur aciditĂ© gĂ©nĂ©reuse, leur ĂąpretĂ© expressive choisie, entre cynisme, lyrisme, sincĂ©ritĂ©, parodie…. les mondes de Mahler sont dĂ©jĂ  tous pressentis dans ce premier opus si personnel, entre amertume, souffrance, tendresse, espĂ©rance.

Le mystĂšre captive dĂšs l’ouverture avec ses trompettes invisbles au formidable chant lointain (3 trompettistes situĂ©s derriĂšre le pilier de droite) ; l’ivresse du second mouvement enchante ; dans le troisiĂšme volet, la citation de la mĂ©lodie ” FrĂšres Jacques ” dont Mahler fait une marche funĂšbre, enivre ; puis, c’est surtout le dernier mouvement qui s’impose par son architecture vaste et dĂ©taillĂ©e ; tout l’art du chef s’accomplit ici en presque 20 mn d’une progression constante oĂč cordes, cuivres, vents ne s’affrontent pas mais s’interpĂ©nĂštrent au diapason d’un coeur Ă©chevelĂ©, aux accents d’une rancoeur irrĂ©pressible Ă  laquelle rĂ©pond dĂ©finitivement l’immense et croissante espĂ©rance finale.  C’est assurĂ©ment ce bouillonnement instrumental, vĂ©ritable creuset et forge sonore que dĂ©voile Philippe Herreweghe, en son cheminement certes contrariĂ© (riche en soubresauts, en vagues expressionnistes, en dĂ©veloppements convulsifs imprĂ©vus …) mais inĂ©luctablement tournĂ© vers la lumiĂšre conclusive. Le geste est ample, la sonoritĂ© Ă©clatante et fondue,  d’un fini souvent jubilatoire. Aucun doute que confrontĂ©s Ă  ce massif orchestral, les jeunes musiciens ont pu approfondir leur pratique et leur comprĂ©hension d’une oeuvre clĂ© dans la maturation de l’un des plus grands symphonistes du XXĂšme siĂšcle.

Les rendez-vous symphoniques font aussi le lustre du festival de Saintes. Cette Titan (en sa dĂ©mesure magistralement nuancĂ©e), parfaitement Ă  sa place sous la voĂ»te de l’Abbatiale, est outre le dĂ©fi de sa rĂ©alisation, un instant d’une indĂ©niable rĂ©ussite, Ă  marquer d’une croix blanche dans l’histoire du festival et du JOA.

Prochaine soirée symphonique à Saintes pendant le festival, le 20 juillet 2013 : concert de clÎture, symphonie n°4 de Johannes Brahms. Orchestre des Champs Elysées. Philippe Herreweghe, direction (couplé, le Concerto pour violon avec Thomas Zehetmair, violon).

Compte-rendu : Toulouse. Halle aux Grains, le 27 juin 2013. Mahler : Symphonie n°4 en sol majeur. Mojca Erdmann, soprano ; Orchestre Philharmonique de Radio France. Myung-Whun Chung, direction.

Mahler portrait sideFaire prĂ©cĂ©der la 4Ăšme symphonie de Mahler par un extrait de la messe en ut de Mozart, a l’avantage de mettre en valeur la voix de soprano, en Ă©tablissant une filiation pleine de grĂące entre les deux musiciens viennois que le temps sĂ©pare. Ils sont pourtant rĂ©unis par la voix de l’enfance. Mojca Erdmann, distille l’« Et Incarnatus est » avec beaucoup de puretĂ© et une admirable technique vocale. Le timbre trĂšs adamantin fait merveille. Seul l’orchestre mĂȘme s’il est rĂ©duit, reste un peu lourd pour Mozart.
Car l’Orchestre de Radio France est venu en force avec pas moins de 10 contrebasses. C’est une version savante et opulente de la Quatriùme de Mahler que Myung-Whun Chung nous offre ce soir. Tout est donc gigantesque pour la plus intime des symphonies de Mahler.

Nous ne cacherons pas notre surprise et rendons les armes devant le rĂ©sultat d’ensemble. Cette beautĂ© sonore, cette puissance inhabituelle, permettent de trĂšs belles nuances, Ă©clairent la symphonie  en magnifiant sa structure. Le dĂ©tail des contre-chants, des thĂšmes secondaires et des formules rĂ©pĂ©titives s’en trouvent mises en valeur. Myung-Whun Chung dirige par cƓur, et le regard libĂ©rĂ©, il peut dĂ©ployer ses gestes avec beaucoup d’élĂ©gance. Il laisse dĂ©coller de longues phrases et des envolĂ©es cĂ©lestes enthousiasmantes. Toutefois le choix hĂ©doniste de Myung-Whun Chung ignore les Ă©lĂ©ments grotesques et moqueurs de la danse macabre du Scherzo. C’est dans le mouvement lent que le chef est le plus convaincant. L’orchestre arbore une beautĂ© sonore enviable, surtout aux cordes dont le velours est difficilement Ă©galable. La maniĂšre dont les nuances sont parfaitement gĂ©rĂ©es et calculĂ©es au plus loin possible, offre des Ă©motions fortes au public.
Le final permet de retrouver la soprano, Mojca Erdmann. Avec sensibilitĂ© et Ă©motion, elle chante les paroles d’enfants. Elle rend bien le cotĂ© malicieux du texte. Son timbre clair et frais fait merveille. Sa musicalitĂ©, sa capacitĂ© d’écoute des instrumentistes, surtout les bois, permet Ă  la dĂ©licatesse de la partition de dĂ©ployer son charme paradisiaque.
Durant tout le concert, l’attitude des musiciens traduit une apparente dĂ©contraction, un vrai plaisir Ă  jouer. Les rares scories instrumentales (en particulier les cors) ne viennent jamais gĂącher la fine musicalitĂ© de l’ensemble. Les remarquables qualitĂ©s de solistes du premier violon, alto et violoncelle et la beautĂ© sonore de la flĂ»te, clarinette et hautbois solo magnifient la partition.
Le bis choisi par Myung-Whun Chung est particuliĂšrement intĂ©ressant. Le jardin fĂ©Ă©rique de « ma MĂšre l’ Oie » de Ravel a une double parentĂ© avec Mahler. Le merveilleux se rencontre avec le paradisiaque et la beautĂ© orchestrale repose sur la  mĂȘme savante utilisation des timbres et des couleurs. Comme dans le dĂ©but mozartien l’opulence sonore dans Ravel est inhabituelle avec une tendance Ă  l’opacification de la texture. Mais les phrasĂ©s sont si sensuels et inspirĂ©s que Myung-Whun Chung  emporte une adhĂ©sion totale. N’a-t-il pas su par une geste suspendu Ă  la fin de la symphonie, faire respecter un long silence musical aprĂšs le dernier accord de harpe de la symphonie ?
Un trÚs bel orchestre et un grand chef ont ainsi fermé la saison des grands interprÚtes avec brio, le public leur a fait un triomphe.

Toulouse. Halle aux Grains, le 27 juin 2013. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Et incarnatus est , extrait de la Messe en ut mineur K.427 ; Gustav Mahler ( 1860-1911) : Symphonie n°4 en sol majeur. Mojca Erdmann, soprano ; Orchestre Philharmonique de Radio France. Myung-Whun Chung, direction.

Gustav Mahler: 3 Ăšme symphonie. (Rafael Kubelik)

AprĂšs avoir atteint le sentiment d’éternitĂ© et l’expĂ©rience de la rĂ©surrection, ni plus ni moins, dans l’ultime mouvement de sa deuxiĂšme symphonie, Mahler pour sa TroisiĂšme symphonie, conservant la nostalgie des hauteurs cĂ©lestes, compose un partition qui logiquement se place Ă  l’échelle du cosmos.
L’exaltation spirituelle et mystique dĂ©veloppĂ©e dans la DeuxiĂšme symphonie, « RĂ©surrection », le laisse Ă  la mĂȘme altitude, un Ă©tat d’ascension vertigineux, cultivĂ©e ici avec une plĂ©nitude exceptionnelle (en particulier dans le Minuetto)
A 34 ans, l’homme qui se sent asphyxiĂ© par son activitĂ© comme directeur d’opĂ©ra, – Ă  Hambourg-, ne disposant que d’un temps trop comptĂ© pour composer, la seule activitĂ© qui compte rĂ©ellement, veut en se mesurant Ă  l’échelle universelle, dĂ©montrer sa pleine maturitĂ© de compositeur. Avec lui, le cadre symphonique gagne de nouveaux horizons, des perspectives jusque lĂ  inconnues. Affirmation d’un dĂ©miurge symphonique, la TroisiĂšme approfondit davantage le rapport unissant l’homme et la nature.

Pour mieux comprendre l’enjeu et le sens de la partition, Ă©voquons tout d’abord sa genĂšse.

A l’étĂ© 1895, Mahler retrouve son ermitage au bord du lac d’Attersee. La solitude recherchĂ©e, le dĂ©sir de faire communion avec l’élĂ©ment naturel, la contemplation de la nature lui inspire l’une des partitions les plus dĂ©mesurĂ©es. La proche vĂ©gĂ©tation entourant sa cabane de compositeur lui inspire le menuet BlumenstĂŒck (morceau de fleurs), dĂ©jĂ  citĂ©. La contemplation lui ouvre un univers de sensations inĂ©dites, en particulier le sentiment d’une pure jubilation suscitĂ©e sur le motif naturel. A la maniĂšre des impressionnistes qui ont renouvellĂ© la perception du plein air et transformĂ© radicalement les modes et rĂšgles du paysages, en recherchant toujours plus loin et plus intensĂ©ment la vĂ©ritable perception rĂ©tinienne sur le motif naturel, Mahler emprunte des chemins similaires. Rien ne compte davantage que cette retraite au sein du cƓur vĂ©gĂ©tal, dans la captation directe des Ă©lĂ©ments.
Conscient de l’immensitĂ© de la tĂąche Ă  venir, il couche d’abord le dĂ©roulement d’un programme : le titre en est : « songe d’un Matin d’été ». C’est l’époque oĂč il lit Nietzsche (le Gai savoir). Ses lectures lui donne des pistes formulĂ©es dans de nouveaux titres : « l’arrivĂ©e de l’été » ou « l’éveil de Pan » (dont le sujet annonce la trame de sa future 7Ăšme symphonie, la plus personnelle de ses Ɠuvres et intimement liĂ©e Ă  sa propre expĂ©rience de la Nature). Finalement son premier mouvement, s’intitulera « le CortĂšge de Bacchus » : l’aspect dyonisiaque de l’élĂ©ment naturel le touche infinement plus que la vision ordonnĂ©e d’une nature maĂźtrisĂ©e, Ă  l’échelle humaine. L’univers mahlĂ©rien plonge dans le mystĂšre et l’équilibre Ă©ternelement recommencĂ© des forces en prĂ©sence.
Au final, Mahler compose Ă  l’étĂ© 1895, son premier mouvement ou partie I, de loin le plus ample et long prĂ©lude symphonique jamais Ă©crit (plus de trente minutes), poussant plus loin le gigantisme de la DeuxiĂšme Symphonie, dĂ©jĂ  fortement dĂ©criĂ©e. C’est que le point de vue des deux symphonies prĂ©cĂ©dentes, est totalement diffĂ©rent : Mahler semble se placer Ă  la droite de Dieu, contempler, embrasser, exprimer la grandeur indicible de la CrĂ©ation. Il compose ensuite les quatre mouvement qui suivent et qui constituent les trois quart de la Seconde partie.
A l’étĂ© 1896, Mahler affine les Ă©bauches de 1895. Le premier mouvement prĂ©cisera l’aspect de la nature comme assommĂ©e de Soleil, gavĂ©e et mĂȘme emplombĂ©e de l’énergie de l’astre vital : c’est le temps oĂč « toute vie est retenue et qu’aucun souffle n’agite l’air qui vibre et flamboie, ivre de soleil ». Bacchus paraĂźt : pour incarner son essence orgiaque, libĂ©ratrice des Ă©nergies fĂ©condantes et primordiales de la nature, Mahler pense par rĂ©fĂ©rence Ă  une harmonie, et cette musique de marche militaire,- tant entendue pendant sa jeunesse Ă  Iglau-, pleine d’un panache dĂ©risoire, dĂ©sormais caractĂ©ristique de son Ă©criture.
Sa correspondance avec son amie Nathalie Baueer-Lechner, et aussi les lettres adressĂ©es Ă  son aventure du moment, la cantatrice Anna von Mildenburg, tĂ©moigne de l’extase crĂ©atrice qui l’habite alors : « Ma Symphonie sera quelque chose que le monde n’a encore jamais entendu! Toute la nature y trouve une voix pour narrer quelque chose de profondĂ©ment mystĂ©rieux, quelque chose que l’on ne pressent peut-ĂȘtre qu’en rĂȘve! Je te le dis, certains passages m’effrayent presque. Il m’arrive de me demander si rĂ©ellement cela devait ĂȘtre Ă©crit. »
En juillet 1896, la matrice du premier mouvement est achevĂ©e et Mahler Ă©claire son disciple Bruno Walter de l’importance de qe qui a Ă©tĂ© rĂ©alisé : un accomplissement qui « dĂ©passera toutes les limites admises ».
Sans ĂȘtre encore pleinement croyant au sens chrĂ©tien du terme, mĂȘme si l’élĂ©vation et l’aspiration dont tĂ©moigne la DeuxiĂšme symphonie, nous laisse du compositeur, un tĂ©moignage bouleversant qui pourrait ĂȘtre celui d’un ĂȘtre traversĂ© par le sentiment christique de la compassion et du pardon, Mahler affirme dans la TroisiĂšme symphonie, son culte viscĂ©ral pour l’élĂ©ment naturel, un panthĂ©isme primitif dont les fulgurances et les dĂ©flagrations salutaires, outre l’effet cathartique qu’ils ont du produire sur le compositeur qui souffrait de devoir travailler pour vivre et « jouer » le directeur de thĂ©Ăątre, indiquent que le lien qu’il cultive avec les forces de la nature, embrassĂ©es dans leur sauvageries rĂ©gĂ©nĂ©ratrices, sont l’aliment indispensable Ă  son identitĂ© propre, comme l’est le lien qui unit l’enfant Ă  la mĂšre.

L’accueil de la partition jouĂ©e par morceaux, – deuxiĂšme mouvement interprĂ©tĂ© le 9 novembre 1896 par le Berliner sous la direction d’Arthur Nikkisch-, puis le 9 mars 1897, deuxiĂšme, troisiĂšme et sixiĂšme mouvements jouĂ©s par les mĂȘmes musiciens de la Philharmonie de Berlin sous la baguette de FĂ©lix Weingartner-, suscite une horde de critiques nĂ©fastes, absolument opposĂ©es Ă  la vulgaritĂ© de son style, Ă  ses outrances banales. La reconnaissance se prĂ©cisera six ans aprĂšs sa crĂ©ation, le 9 juin 1902 par l’orchestre de Cologne sous la direction du compositeur de festival de Crefed en RhĂ©nanie. En prĂ©sence de Richard Strauss, Humperdinck, Willem Mengelberg, Max Von Schillings, Mahler connut son premier vĂ©ritable grand triomphe publique comme compositeur.


Kubelik, une vision exemplaire
kubelikDans l’Allegro initial, « KrĂ€ftig, entschieden » (avec force et dĂ©cision), Kubelik douĂ© d’un sens Ă©pique Ă©poustouflant, exprime la dĂ©mesure titanesque de la vaste fresque Ă  l’échelle du cosmos. Nous sommes spectateurs mĂ©dusĂ©s, confrontĂ©s au combat, ou plus prĂ©cisĂ©ment au spectacle vertigineux des forces qui rĂ©gissent le cycle grandiose de l’univers. L’hymne de la marche initiale clamĂ© par les huit cors qui sert de clĂ© de voĂ»te Ă  cette Ă©vocation oĂč rĂ©sonne le souffle et le chant des planĂštes, permet aussi Ă  Mahler de citer le finale de la PremiĂšre symphonie de Brahms (qui lui-mĂȘme s’inspirait de l’Hymne Ă  la Joie de Beethoven !). Mais Ă  l’élĂ©vation des images convoquĂ©es correspond aussi l’enracinement terrestre qu’attestent le CortĂšge de Bacchus et ses rĂ©miniscences nettement plus « populaires », si parfaitement explicites dans les marches militaires et la musique de kiosque, dont Kubelik restitue la grandeur dĂ©risoire, comparĂ©e Ă  celle qui la dĂ©passe de loin. Embrasser les deux dimensions ou les deux conceptions, terrienne ou cosmique, sensuelle ou spirituelle, crĂ©ent une permanente confrontation, d’éblouissantes Ă©tincelles qui se font pĂ©pites d’incandescence tragique, de flamboyant lyrisme, grĂące Ă  l’orchestre Symphonique de la Radio bavaroise.
Kubelik libĂšre le flot musical comme le dragon souffle des tempĂȘtes d’un feu primordial. Par le chant souverain du trombone, il semble que musicien et chef partagent une mĂȘme vision de la vie : celui qui a connu l’abĂźme profond de la dĂ©sespĂ©rance, reconnaĂźt le chemin parcouru et rĂ©trospectivement, la force d’un tempĂ©rament qui malgrĂ© les assauts de la fatalitĂ©, n’a jamais perdu confiance dans ses propres ressources.

PassĂ© le sentiment plus apaisĂ© du tempo di menuetto (grĂące aĂ©rienne) puis du comodo, Scherzando, Ohne Hast (instant de pure poĂ©sie personnelle oĂč Mahler se souvient d’un souvenir d’enfance : il y Ă©voque le monde animal souillĂ© par l’intrusion des hommes), Kubelik rĂ©tablit l’Ă©chelle du cosmos dans le quatriĂšme mouvement : Sehr langsam, Misterioso, Durchaus ppp. Le texte chantĂ© par la contralto Marjorie Thomas revĂȘt le mĂȘme Ă©cho fascinant de l’Urlicht de la deuxiĂšme symphonie : c’est un chant de lamentation, un texte que Mahler emprunte Ă  Nietzsche (Chant de Minuit), quand Zarathoustra au comble du dĂ©sespoir sur le devenir de l’humanitĂ©, appelle Ă  mĂ©diter sur le sens de la catastrophe aux douze coups de minuit. Le chant sublime s’Ă©lĂšve au coeur de la nuit, dans son immobilitĂ© incantatoire et hallucinĂ©e (respirations de l’orchestre) telle une rĂ©vĂ©lation, un appel Ă  l’Ă©ternitĂ©.

Ainsi pourront se rĂ©aliser la succession des deux derniers mouvements : l’innocence retrouvĂ©e du cinquiĂšme mouvement, enfin l’extase contemplative du dernier mouvement de plus de vingt minutes. Kubelik y trouve les termes justes d’une conclusion idĂ©ale : un pur sentiment de paix et d’apaisement. Mahler n’a-t-il pas jusque lĂ  exprimer ses craintes, ses peurs et ses paniques personnelles comme pour mieux, le temps venu, se dĂ©lecter d’un pur moment de bonheur, comme c’est le cas ici dans cette grandiose fin de cycle.

CD. Mahler: symphonie n°5. Kubelik

Gustav Mahler: 5 Ăšme symphonie. (Rafael Kubelik)

Nouvelle symphonie, nouvel acte de foi
 Mais aussi sombre et parfois douloureux soit-il, le chant mahlĂ©rien est un combat pour la vie. MĂȘme s’il exprime une amertume terrifiante voire vertigineuse, l’acte musical chez Mahler dĂ©passe les contingences rĂ©elles et concrĂštes car, en dĂ©pit des rictus et des contractions de l’esprit malmenĂ©, s’élĂšve une priĂšre pleine d’espoir.
GenĂšse. La CinquiĂšme n’échappe pas au sentiment de l’inĂ©luctable et du fatalisme. Symphonie du destin certes, et mĂȘme d’un accablement terrible que Mahler dĂ©veloppera encore dans la SixiĂšme dont l’acier s’écoule dans la gangue d’un dĂ©sespoir encore plus sombre.  Mais les angoisses sont fondĂ©es car le destin ne l’a pas Ă©pargnĂ©. Il a faillit mourir dans la nuit des 24 au 25 fĂ©vrier 1901, Ă  cause d’une hĂ©morragie intestinale, soignĂ©e in extremis par des docteurs vigilants.
A l’étĂ© 1902, revenu Ă  Mayernigg, Mahler peut compter auprĂšs de lui sa jeune Ă©pouse Alma, musicienne et pianiste, qui s’appliquera Ă  copier au propre la partition de la nouvelle Symphonie. Selon un rituel bien rĂ©glĂ©, le compositeur travaille dans un ermitage au cƓur de la forĂȘt, une cabane en bois, propice au contact direct avec le motif naturel, si prĂ©cieux pour son Ă©quilibre et son inspiration. Pour lui tĂ©moigner son amour, le musicien dĂ©die Ă  sa femme adorĂ©e, le lied Liebst du um schönheit. Fin aoĂ»t, tout est Ă©crit, et Mahler invite Alma Ă  Ă©couter toute la symphonie au piano.
L’hiver suivant permet les derniers ajustements. La remise de la copie dĂ©finitive est effective Ă  l’automne 1903. L’éditeur C.F. Peters lui propose de publier la partition. Autre indice favorable, la crĂ©ation est prĂ©sentĂ©e au sein des GĂŒrzenich Konzerte de Cologne, comme l’évĂ©nement de sa saison 1904/1095.
Mais Mahler prit de doute sur l’orchestration finale de la Symphonie pourtant dĂ©jĂ  imprimĂ©e, dĂ©cide d’en reprendre le manuscrit: il y rectifie les dĂ©fauts d’une ouvrage qui est selon les mots d’Alma, une « symphonie pour percussions ».  Les versions se succĂšdent, et la derniĂšre, celle de 1909, ne sera publiĂ©e qu’en 1964 !
Le patron de la sociĂ©tĂ© Ă©ditrice, Henrich Hinrischen, consternĂ© par l’ampleur du dĂ©ficit de la nouvelle Symphonie qui ne suscite pas le succĂšs escomptĂ©, avait cessĂ© toute nouvelle Ă©dition en dĂ©pit des promesses faites au musicien, de son vivant. Il est mĂȘme prĂȘt Ă  supprimer les plaques d’impression et s’en ouvre au jeune Schönberg qui par rĂ©action et consternĂ©, Ă©crit en 1912, un article de dĂ©fense sur l’Ɠuvre symphonique de Mahler.Auparavant la premiĂšre a lieu Ă  Cologne le 18 octobre 1904 par le Philharmonique de Cologne sous la direction du compositeur. Depuis la crĂ©ation triomphale de sa TroisiĂšme symphonie en 1902, Mahler jouit d’une renommĂ©e europĂ©enne. Or si le public applaudit, l’effet dĂ©concerte les auditeurs et le lendemain, surtout lors de la crĂ©ation Viennoise, en 1905, les critiques se montrent Ă  nouveau d’un violence nĂ©faste et hargneuse.

Kubelik renforce le sentiment de rupture observĂ© dans la CinquiĂšme. Rompre avec les enchantements d’hier (bercements du Knaben Wunderhorn) pour renouveler le langage d’autant plus violent et abrupt que les derniers Ă©vĂ©nements de la vie de l’auteur ont Ă©tĂ© tragiques. Il a eu le sentiment de jouer sa vie. L’orchestre fouille cette nouvelle odyssĂ©e qui puise dans la forme symphonique, et dans la volontĂ© de structuration de l’écriture (nombreux rappels thĂ©matiques, citations des motifs prĂ©cĂ©dents, rĂ©seau entre les Ă©pisodes, rĂ©expositions
), les Ă©lĂ©ments d’une mĂ©tamorphose de la sensibilitĂ© sous le jeu d’une prise de conscience renouvellĂ©e. Ainsi Mahler opte pour l’abandon de la forme sonate (dans le premier mouvement), pour des micros Ă©pisodes qui nourrissent la texture, le sentiment d’activitĂ©. Il y cite aussi les appels de la fanfare militaire dont il assistait, depuis la maison de ses parents Ă  Iglau, aux dĂ©monstrations cĂ©rĂ©monielles

Le Scherzo affiche une santĂ© presque insolente : ample dĂ©veloppement de plus de 15 minutes, les mouvements de danse se fondent Ă  la marche de la nature, en un flamboiement sauvage. L’Adagietto, ce lied sans paroles qui suit, connu pour ĂȘtre l’emblĂšme musical de Mort Ă  Venise de Visconti, se fait sous la baguette de Kubelik, ample respiration, irrĂ©pressible aspiration Ă  l’au-delĂ , dĂ©jĂ  prĂ©figuration du finale du Chant de la terre et du dernier mouvement de la NeuviĂšme symphonie, ces tremplins vers l’éternitĂ© rĂȘvĂ©e.
Kubelik Ă©claire dans le cinquiĂšme et dernier mouvement, l’empressement d’en finir, et mĂȘme le climat d’euphorie qui emporte finalement la partition sur un air de victoire. Mais une victoire qui a conscience de son Ă©lan factice. Nature Ă©quivoque et pluralitĂ© des lectures, l’esprit de la CinquiĂšme pose plus d’interrogations qu’elle ne rĂ©sout la problĂ©matique du hĂ©ros : elle est dans ce balancement sĂ©rieux/parodique Ă  l’échelle du monde, et exprime en miroir,  cet Ă©quilibre pĂ©rilleux et imprĂ©visible de forces chaotiques et antagonistes. Cette ambivalence structurelle, Kubelik l’a parfaitement comprise. C’est tout  ce qui donne sa saveur particuliĂšre Ă  son intĂ©grale Audite. Episme du hĂ©ros combatif, mais aussi cynisme liĂ© Ă  l’expĂ©rience profonde du malheur. Action/ impossibilitĂ©. Optimisme/obsessions. EspĂ©rance/aigreur et cynisme.

Ernst Van Bek – mercredi 21 juin 2006

Compte rendu, concert. Toulouse. Halle-Aux-Grains, le 6 décembre 2013. Gustav Mahler (1860-1911) : 9° Symphonie en ré majeur. Budapest Festival Orchestra. Direction, Ivan Fischer.

Diriger et jouer Mahler n’est pas donnĂ© Ă  tout le monde. Rendre justice Ă  sa 9° symphonie encore moins. Le Budapest Festival Orchestra, dirigĂ© par Ivan Fischer a ce soir Ă©tĂ© Ă  la hauteur des attentes du public venu trĂšs nombreux. Il parait vain en quelques lignes de parler des exigences d’une telle partition, unique entre les symphonies les plus complexes composĂ©es par Gustav Mahler. 

MAHLER_GUSTAV_UNE_veranstaltungen_gustav_mahler_musikwochen_024_gustav_mahler_musikwochen_bigNous dirons juste que rien d’aussi dĂ©licat et subtil n’a Ă©tĂ© Ă©crit par Mahler lui-mĂȘme. Faisant suite Ă  son extraordinaire Chant de la Terre, la neuviĂšme symphonie a Ă©tĂ© composĂ©e en un temps record. Jamais retouchĂ©e par son compositeur, elle  n’a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e qu’aprĂšs sa mort le 26 juillet 1912 Ă  Vienne sous la direction de Bruno Walter.  L’orchestration est subtile, le discours est fluide et sans les insistances et redites de certaines symphonies. EncadrĂ©e par deux mouvements lents d’une absolue beautĂ©, cette symphonie en quatre mouvements a un rapport au silence inouĂŻ. Jamais il ne parait aussi Ă©vident que la musique naĂźt du silence et y retourne comme l’eau de pluie va Ă  la mer. Comme la vie  elle-mĂȘme vient et va du nĂ©ant vers le nĂ©ant.

 

 

Sonorité métaphysique de la musique

 

 
 

DĂšs les premiĂšres mesures les violoncelles, les harpes et les cors bouchĂ©s, en une audace d’orchestration bouleversante, invitent Ă  cette comprĂ©hension quasi mĂ©taphysique de la musique. Tout est possible aprĂšs un tel commencement, comme une naissance en toute quiĂ©tude dans le silence. Ce premier mouvement, vraie symphonie Ă  lui seul, exige tant d’attention et d’Ă©nergie du chef comme des instrumentistes, afin de permettre à  l’auditeur  de planer dans un entre deux incommunicable Ă  la fois berceuse de l’infini invitant au sommeil Ă©ternel et musique de l’introspection sur la finitude de tout et la paix de la mort. Ivan Fischer comprend tout ce que cette partition contient et nous la rend limpide. L’orchestre est merveilleux de concentration, de prĂ©cision et d’audaces assumĂ©es dans les couleurs et les nuances. L’Ă©coute est Ă©blouie et devient flottante devant tant de beautĂ© et d’intelligence. AprĂšs ce premier mouvement bouleversant, le chef sort quelques instants de scĂšne afin de rĂ©cupĂ©rer et l’orchestre se raccorde, le public tousse et reprend conscience. Les deux mouvements mĂ©dians, dansants et provocants, rappellent toute la vanitĂ© de l’agitation du monde.
Ivan Fischer obtient de son orchestre, dans une relation de confiance de prĂšs de trente ans, de ne pas jouer joli. Ainsi les sons s’enhardissent  Ă  ĂȘtre laids et grotesques. Les sarcasmes sont dĂ©lurĂ©s ; le vulgaire de la vie est assumĂ©. Ces deux mouvements affreusement moqueurs crĂ©ent un contraste saisissant. Le final de cette symphonie est un hymne au repos et Ă  l’au-revoir acceptĂ© aux ĂȘtres, aux mondes et Ă  la musique mĂȘme. Le chant des violons, dĂ©chirants et oppressĂ©s ouvre un ocĂ©an de tendresse. L’immense Adagio dĂ©ploie ensuite son espace de mĂ©lancolie sublimĂ©e. Comme le dernier chant, l’Abschied, du Chant de la Terre, ce merveilleusement long mouvement de pure beautĂ© chante et dĂ©passe les cadres Ă©troits du normal. Un adieu ainsi distendu devient une vie Ă  lui seul. Devant tant d’Ă©motion, le demi-sommeil semble un refuge pour continuer Ă  penser sans s’effondrer. L’interprĂ©tation d’Ivan Fischer et son Budapest Festival Orchestra est admirable en tout. Intelligence des phrasĂ©s, beautĂ© des nuances, prĂ©cisions des attaques et du rythme. Les instrumentistes rivalisent d’une virtuositĂ© musicalement dĂ©chirante. Il faudrait citer chacun mais c’est le collectif de ce don de tout ce que chacun a de meilleur qui fait le prix de cette interprĂ©tation Ă  la forme parfaite et au fond infiniment grand.

Avec une telle oeuvre et de tels interprĂštes nous touchons aux limites mĂȘme du commentaire possible. Tant de gĂ©nie ne peut se dire, ni mĂȘme se murmurer. Les mots manquent, le souffle lui-mĂȘme
 Chacun a Ă©tĂ© confrontĂ© Ă  sa finitude et a Ă©tĂ© changĂ©. VĂ©ritable expĂ©rience d’une humanitĂ© partagĂ©e en sa solitude absolue. Le long silence imposĂ© par le chef Ă  la fin a permis un retour en soi aprĂšs cet immense voyage dont la fin a un goĂ»t d’Ă©ternitĂ© dans son lien au silence. Jamais un concert des  Grands InterprĂštes n’a mĂ©ritĂ© ainsi son nom.

 

Toulouse. Halle-Aux-Grains, le 6 décembre 2013. Gustav Mahler (1860-1911) : 9° Symphonie en ré majeur. Budapest Festival Orchestra. Direction, Ivan Fischer.

 
 

 

Livres. Alain Galliari : Alban Berg 1935 (Fayard)

Alain Galliari  : Concerto Ă  la mĂ©moire d’un ange, Alban Berg 1935 (Fayard)   …    On doit Ă  l’auteur un rĂ©cent ouvrage dĂ©diĂ© au thĂšme du salut dans les opĂ©ras de Wagner, remarquable vision d’une rare subtilitĂ© sur le sens profond et la nature vĂ©ritable du salut tel qu’il est dĂ©fendu / illustrĂ© par l’auteur du Vaisseau FantĂŽme, de TannhĂ€user, de Parsifal. En prĂ©cisant l’Ă©tat et les enjeux d’un malentendu sur la question, Alain Galliari lĂšve le voile sur l’ambition de Wagner qui n’a rien de religieux ni de sacrĂ© mais relĂšve plutĂŽt d’un narcissicisme romantique exacerbĂ©.

 
 
Concerto Ă  la mĂ©moire d’un ange

Vienne, 1935 : l’ultime opus de Berg

 

Galliari_alain_berg_concerto_a-la-memoire-un-ange_fayard_livre_1935_critiqueIci, dans le mĂȘme style fin et pudique, l’auteur s’intĂ©resse aux vraies Ă©vĂ©nements et aux ferments intĂ©rieures d’une vie d’artiste et de crĂ©ateur Ă©prouvĂ© dont dĂ©coule la composition du Concerto pour violon A la mĂ©moire d’un ange d’Alban Berg. Le contexte plonge dans la Vienne de 1935, Ă  l’arriĂšre fond social et politique dĂ©lĂ©tĂšre oĂč l’homme de 50 ans, plutĂŽt dĂ©primĂ© (n’ayant pas du tout la prĂ©monition de sa mort… survenue Ă  la fin de l’annĂ©e) doit renoncer Ă  l’achĂšvement de son nouvel opĂ©ra Lulu parce qu’il reçoit la commande d’un Concerto grassement payĂ©. Le violoniste amĂ©ricain de 32 ans, Louis Krasner lui offre 1500 dollars pour cette oeuvre appelĂ©e Ă  un destin exceptionnel… Suit alors une sĂ©rie d’Ă©vĂ©nements singuliers et tragiques dont la mort de la jeune Manon Gropius, fille de Walter Gropius et de la veuve de Mahler, Alma Schindler, qui s’Ă©teint le 24 avril 1935 soit le lundi de PĂąques de cette annĂ©e horribilis. La pauvre Manon vit son corps se raidir inĂ©luctablement sous l’effet d’une paralysie gĂ©nĂ©rale survenue pendant un sĂ©jour Ă  Venise en 1934 … Le dĂ©cĂšs bouleverse Berg au plus haut point (la jeune fille n’avait que 18 ans) ; qu’elle ait Ă©tĂ© cet ” ange gazelle” ou une gosse gĂątĂ©e (selon les tĂ©moignages de l’entourage), l’attachement que lui portait Berg dĂ©clenche chez le compositeur l’inspiration tant recherchĂ©e… avec le succĂšs et la justesse que l’on sait.
On a dit Berg amoureux de la jeune Manon : fausse piste que dĂ©fend l’auteur en rĂ©vĂ©lant que le musicien restait profondĂ©ment attachĂ© Ă  Hanna Fuchs, sa passion premiĂšre, mĂȘme s’il Ă©tait mariĂ© Ă  HĂ©lĂšne Hahowski,  fille naturelle de l’empereur François Joseph.

Au fil des pages, ce sont les jardins intimes de Berg qui Ă©mergent peu Ă  peu, ses liaisons fĂ©minines, sa pudeur crĂ©atrice, et pour revenir Ă  Manon, ses relations avec la Vienne d’hier dont la mĂšre Alma, veuve de Gustav alors, reste l’icĂŽne la plus fascinante … les airs du jeune Berg, d’une grĂące fĂ©minine Ă  la Oscar Wilde avait touchĂ© l’esprit d’Alma et explique la faveur dont pu jouir Berg Ă  la diffĂ©rence de son maĂźtre Schoenberg ou de leur ami, Webern.

Ni Requiem pour lui mĂȘme, ni produit frustrĂ© d’un amour sans lendemain, le Concerto  Ă  la mĂ©moire d’un ange  exprime au plus prĂšs l’expĂ©rience intime d’un homme dĂ©jĂ  dĂ©fait voire dĂ©sespĂ©rĂ© que la mort soudaine d’un petit ĂȘtre cher a subitement frappĂ© et conduit Ă  composer. Le texte plonge le lecteur dans les pensĂ©es les plus personnelles de Berg au moment de l’Ă©criture de la partition, dĂ©voilant la fabrication du matĂ©riau musical et ses multiples sources d’inspiration (dont par exemple le choix de choral ouvrant le dernier mouvement, composition personnelle d’aprĂšs … Bach). Au dĂ©but de l’Ă©tĂ© 1935, le commanditaire et violoniste Louis Krasner pouvait dĂ©jĂ  jouer la premiĂšre partie de l’oeuvre totalement Ă©crite. Tout Ă©tait fini le 12 aoĂ»t.

Quant Ă  la soit disante prĂ©monition de Berg sur sa propre disparition (liĂ©e Ă  une piqĂ»re d’insecte causant l’anthrax) faisant du Concerto, un Ă©talage visionnaire et son Requiem, l’auteur demeure radical : ” Et dans sa construction linĂ©aire sans rĂ©trogradation, le Concerto, qui parle autant de la vie que de la mort, ou qui plus exactement parle du mystĂšre de la vie menĂ©e jusqu’Ă  son point final, dĂ©nie au destin un quelconque rĂŽle. ” On ne peut ĂȘtre plus clair.

Alain Galliari, directeur de la MĂ©diathĂšque Musicale Mahler, rĂ©tablit la vĂ©ritĂ© des Ă©vĂ©nements, s’immerge dans le processus de composition d’un musicien parvenu en sa derniĂšre annĂ©e (mais il ne le sait pas encore : Berg s’Ă©teindra fin 1935), volontiers pessimiste et fataliste, frappĂ© pour ses 50 ans, par une prise de conscience sur sa propre vie et le sens rĂ©el de l’existence … ayant Ă©tĂ© saisi par l’inĂ©luctable fin : expĂ©rience de la mort et non de sa mort, place sacrĂ©e de l’amour dans la triste vie terrestre. Or la fin du Concerto laisse une porte d’entrĂ©e, un seuil ouvert Ă  toute forme d’espĂ©rance… un comble pour le compositeur qui ne portait pas une telle certitude dans ses autres oeuvres, lui habitĂ© par ce pessimisme foncier dont a parlĂ© si justement son Ă©lĂšve et ami ThĂ©odore Adorno.
L’Ă©tude de la partition qui suit, les affinitĂ©s de la plume avec le monde intĂ©rieur et psychique de Berg font tous les dĂ©lices (nombreux) de ce texte parfaitement Ă©crit et construit.

 

Alain Galliari : Concerto Ă  la mĂ©moire d’un ange, Alban Berg 1935.  Editions Fayard. ISBN : 978-2-213-67825-2. Paru le : 18/09/2013

 

CD. Mahler: Symphonie n°9 (Dudamel, 2012)

Mahler: Symphonie n°9 (Dudamel, 2012)
1 cd Deutsche Grammophon
Mahler_dudamel_symphony_9_deutsche_grammophon_los-angeles-philharmonic-gustavo-dudamel-mahler-9Mahler : Symphonie n°9 (Dudamel, 2012). Voici un nouveau jalon de l’intĂ©grale MahlĂ©rienne de Gustavo Dudamel qui ne dirige pas ici sa chĂšre phalange orchestrale, l’Orquestra sinfonica Simon Bolivar de Venezuela mais le collectif amĂ©ricain de la CĂŽte Ouest, le Philharmonique de Los Angeles, succĂ©dant pour se faire au prestigieux Esa Pekka Salonen.
Globalement si les instrumentistes font valoir leur rayonnante sensibilitĂ©, le chef vĂ©nĂ©zuĂ©lien peine souvent Ă  transmettre la transe voire les vertiges intimes du massif malhĂ©rien. La baguette est encore trop timorĂ©e, en rien aussi fulgurante que celle d’un MalhĂ©rien toujours vivant, Claudio Abbado prĂ©dĂ©cesseur inĂ©galĂ© chez Mahler pour Deutsche Grammophon comme peut l’ĂȘtre aussi dans une autre mesure, Bernstein (et Kubelik).

MahlĂ©rien en devenir, Dudamel rĂ©ussit vraiment les I et IV…


D’emblĂ©e, dans le I
, le sentiment d’asthĂ©nie paralysante liĂ© aux visions sĂ©pulcrales comme si au terme d’ une vie Ă©prouvante , Mahler osait fixer sa propre mort, s’impose puis se justifie. Le balancement quasi hypnotique entre anĂ©antissement et dĂ©sir d’apaisement structure toute la dĂ©marche, Ă  juste titre: grimaces aigres et accents sardoniques des cuivres comme enchantements nocturnes et crĂ©pusculaires des cordes et des bois, Dudamel Ă©tire la matiĂšre sonore conme un ruban Ă©lastique jusqu’au bout de souffle (derniĂšr chant au hautbois puis Ă  la flute) … Le geste sait ĂȘtre profond, captivant par le sentiment d’angoisse et de profond mystĂšre ; il sait aussi ĂȘtre habile dans cette fragilitĂ© nerveuse, hypersensibilitĂ© active et inquiĂšte qui innerve toute la sĂ©quence.Le seconde mouvement hĂ©las se dilue dans… l’anecdotique : il perd toute unitĂ© fĂ©dĂ©ratrice Ă  force de soigner le dĂ©tail et les microĂ©pisodes. S’effacent toute structure, tout Ă©lan; voici le mouvement le moins rĂ©ussi de cette prise live au Walt Disney Concert Hall de Los Angeles. Les tempo trop lents, spasmes et derniers sursauts Ă©clatent le flux formel ; ils finissent par perdre leur Ă©lan ; le dĂ©lire des contrastes (nerf des cordes, claques des cuivres,…), comme la syncope et les nombreuses interruptions de climats… tout retombe Ă©trangement. L’urgence fait dĂ©faut et l’Ă©noncĂ© des danses, landler et valses manque de nervositĂ©, Ă  tel point que la baguette semble lourde, de toute Ă©vidence en manque d’inspiration et de contrĂŽle.Pas facile de rĂ©ussir les dĂ©fis du III: ” rondo burlesque ” dont la suractivitĂ© marque un point de conscience panique, de malaise comme d’instabilitĂ© maladive… Dudamel Ă©vite pourtant la dĂ©route du II grĂące au flux, au mordant qui Ă©lectrisent la succession des climats trĂšs agitĂ©s, d’une instabilitĂ© dĂ©pressive. La vision plus franche et claire efface la lourdeur trop manifeste dans le mouvement prĂ©cĂ©dent.Les choses vont en se bonifiant... ApothĂ©ose de l’intime et chant crĂ©pusculaire au bord de la mort, le IV aspire toute rĂ©serve par sa cohĂ©rence et sa sincĂ©ritĂ©. C’est comme un dernier souffle qui saisit, d’autant plus irrĂ©pressible qu’il prĂ©cĂšde plusieurs Ă©pisodes aux contrastes et instabilitĂ©s persistants. Le renoncement et l’apaisement qui font de la mort non plus une source d’angoisse mais bien l’accomplissement d’une sĂ©rĂ©nitĂ© supĂ©rieure, se rĂ©alisent sans maladresse ni dĂ©faillance … La hauteur requise, les sommets dĂ©finis dessinent le plus beau chant d’adieu. Une rĂ©verence finale que n’aurait pas dĂ©savouĂ© Mahler lui-mĂȘme. GrĂące Ă  la vision nettement plus aboutie des I et III, Ă  la force active du III, pourtant d’une versatilitĂ© suicidaire, Dudamel confirme ses affinitĂ©s mahlĂ©riennes. A suivre.

Mahler: Symphonie n°9. Los Angeles Philharmonic. Gustavo Dudamel, direction. Enregistrement réalisé à Los Angeles en février 2012. 1 cd Deutsche Grammophon 028947 90924.