CD Ă©vĂ©nement critique. ARVO PĂ„RT : STABAT MATER (1 cd GDC – Gloriae Dei Cantores, OrlĂ©ans 2018-2019)

ARVO-PART-Stabat-Mater-cd-naxos-review-critique-classiquenews gloriae dei cantores-opera-cd-review-cd-critiques-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement critique. ARVO PĂ„RT : STABAT MATER (1 cd GDC – Gloriae Dei Cantores, OrlĂ©ans 2018-2019). Le Choeur Gloriæ Dei Cantores aborde plusieurs partitions chorales du compositeur estonien Arvo Pärt (nĂ© en 1935). Le cycle des 6 pièces compose une sorte d’anthologie des partitions sacrĂ©es parmi les plus touchantes et accessibles de Pärt. ChantĂ©es par le chĹ“ur amĂ©ricain (basĂ© Ă  OrlĂ©ans, Massachussets) Gloriæ Dei Cantores, les Ĺ“uvres gagnent une sincĂ©ritĂ© immĂ©diate, incarnĂ©es par un collectif qui en exprime Ă©lans, aspirations, sens des textes, passionnants contrastes, voire vertiges spirituels.

En ouverture, Peace upon You, Jerusalem est un chant de grâce pour Jerusalem, entonné avec nuance par le choeur de femmes. On y perçoit nettement cette ferveur rayonnante de Pärt, tissée de larmes et de joie, de compassion surtout.

La rĂ©sonance grave et doloriste de L’AbbĂ© Agathon (2004 – 2008, 15 mn) s’appuie dès son ouverture sur les cordes puissantes, sĂ©pulcrales ; la sĂ©quence Ă©voque la vie et les Ă©preuves endurĂ©es par l’AbbĂ© Agathon, ermite du IVè, sur un rythme de marche oĂą dialoguent le chĹ“ur de femmes et la voix de baryton (texte en français) ; le cheminement, dessinant un parcours spirituel, atteint un niveau mĂ©taphorique supĂ©rieur, tout en agissant de façon dramatique Ă  la façon d’un mini oratorio. La soprano qui sort du chĹ“ur, incarnant le lĂ©preux (l’ange dĂ©guisĂ©) perce le tissu sonore comme une apparition / rĂ©vĂ©lation, – l’agent du drame et de la rĂ©vĂ©lation finale ; il exprime le caractère miraculeux de l’épisode, soulignant ainsi son dĂ©nouement le plus expressif… le choeur de femmes Ă©voque chaque Ă©pisode majeur dans la vie du vieillard ainsi Ă©prouvĂ© : Agathon croise le chemin du lĂ©preux, le porte Ă  la ville, lui achète un gâteau, et autant d’objets qu’il souhaite, puis le reconduit oĂą ils s’étaient rencontrĂ©s. Musique de dĂ©nuement aussi et d’une grande force poĂ©tique proportionnellement allusive Ă  mesure que l’écriture se dĂ©cante (staccato des cordes, pas de vents ni de bois…) ; l’espoir se rĂ©alise dans la rencontre avec l’autre, dans ce que nous lui donnons, dans ce qu’il nous permet de connaĂ®tre dans cet Ă©change sincère. Agathon s’est enrichi en se dĂ©pouillant pour le lĂ©preux. La partition est pensĂ©e comme une miniature essentielle, d’une Ă©conomie formelle particulièrement efficace.

Le Salve Regina (plus de 11 mn) est pour le choeur mixte, recueilli, inscrit très haut dans les sphères (comme l’indique le chant continu de l’orgue en second plan). Le ton de la ferveur qui s’y déploie, est celui d’une sérénité confiante, assumée. La pièce a été écrite pour la Cathédrale d’Essen (1500 ans de la fondation de l’Abbaye d’Essen, 2002) et suit un parcours harmonique d’une rare subtilité entonné par les quatre parties du chœur qui semblent dialoguer entre elles, marquant là aussi les étapes d’un parcours spirituel où l’expérience collective en partage est le don le plus manifeste.

Magnificat (1989) : le chœur recueille l’émotion qui submerge Marie à l’Annonce de sa future maternité ; elle est l’élue de Dieu, la plus admirable entre toutes les femmes. Les voix a cappella sont aux côtés de la Vierge, compassionnelles et attendries, puissantes et conquérantes à la fois. C’est une force qui surgit et submerge, née du mystère, qui s’efface (« Magnificat anima mea Dominus ») comme l’on referme un livre des Merveilles.

La partition du Nunc Dimitis daté de 2001, est la plus planante, expression chorale de la prière de Simeon : « l’espace, le lieu, le silence »… Pärt y concentre tous les éléments d’une conscience aiguë, la vision qu’a Simeon du Temple, en une lente intensification de la ligne vocale soutenue par tout le chœur, des ultra aigus aux graves les plus sépulcraux. Pärt élargit le spectre sonore en géomètre d’une foi inébranlable et croissante; comme inextinguible.

Le Stabat Mater est l’œuvre maĂ®tresse du programme ; elle prend Ă  tĂ©moin l’auditeur en vagues sombre et amères, d’une affliction totale – expression du dĂ©nuement le plus absolu (vagues descendantes par les cordes seules) oĂą la pudeur et l’expression allĂ©gĂ©e pèsent de tout leur poids ; le chĹ“ur, les instrumentistes savent en faire jaillir la puissante prière, vraie dĂ©ploration pour la Mère affligĂ©e face au Fils sacrifiĂ©, suppliciĂ© sur la croix. La partition de 25 mn (plus courte ici que certaines autres versions) concilie Ă  la fois intimisme de la ferveur intĂ©rieure et expressivitĂ© plus dramatique, avec cette couleur de l’affliction non rĂ©ellement acceptĂ©e grâce Ă  la vibration des cordes. Ainsi la musique opère ce qu’elle sait spĂ©cifiquement rĂ©aliser : une extension progressive du spectre temporel et sonore qui dit l’infini de la souffrance ; et dans le mĂŞme temps, une mĂ©tamorphose directe et sincère, de la profonde tristesse Ă  la joie de la RĂ©demption. Des tĂ©nèbres Ă  la Lumière. Arvo Pärt, en passeur Ă©clairĂ©, Ă©crit pas Ă  pas, mesure après mesure, cette transfiguration progressive, inĂ©luctable, qui contient le message christique dans la promesse du Salut. Tout sacrifice n’est pas vain, semble-t-il nous dire. Car il mène toujours plus près vers la Lumière. Ainsi le final qui s’accomplit en un murmure croissant, comme un dernier Ă©blouissement (aigu des cordes), expression d’un sommet immatĂ©riel, de pleine conscience.

Fidèle à ses convictions et sa culture musicale, Pärt synthétise ici musique orthodoxe, chant de la Renaissance, expressionnisme du style « Tintinnabuli » où saisissent l’importance du silence, la clarté, l’équilibre, la consonance. Familier de l’écriture chorale de Pärt, entre autres pour l’avoir chanté et présenté en tournée, entre autres à Orléans au Massachusset, les chanteurs de l’ensemble Gloriae Dei Cantores exposent avec franchise la ferveur qui porte tout l’édifice choral. Le Stabat Mater touche et captive par son expressivité directe, sa grâce qui s’accomplit pas à pas, en particulier dans les dernières mesures. Il semble agir par cercles et spirales… comme une réitération continue. Commandée par The Alban Berg Foundation (centenaire de la naissance de Berg, 2010), la partition oppose comme une confrontation impossible et pourtant structurelle, la peine et la consolation.
CLIC D'OR macaron 200Pärt y fait surgir l’incandescence de l’illumination de l’ombre et du silence avec un netteté tranchante (caractère du style « Tintinnabuli », d’après la clochette de l’orgue portatif médiéval, comme l’attestent aussi ses œuvres emblématiques tels, Cantus, à la mémoire de Benjamin Britten, Fratres, Tabula Rasa, When Bach Bienen gezüchtet hätte, Pari Intervallo, Arbos, … ). Simple, subtile, accessible, pure, la musique jaillit progressivement des profondeurs,… d’où cette densité exceptionnelle qui confère à ce qui pourrait sonner léger et planant, une sincérité souterraine qui est la marque de l’expérience spirituelle intime. Avec le temps, comme plus ancré dans une ferveur assumée et lumineuse, Pärt développe son écriture pour le sacré et les voix, surtout chorales. C’est un questionnement perpétuel, une foi intarissable et toujours tendue qui ne cesse d’interpeler. Les interprètes du programme en offrent une lecture juste, investie, souvent bouleversante.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement, critique. ARVO PĂ„RT : Choral works (Stabat Mater, L’AbbĂ© Agathon, Nunc Dimitis…) Gloriæ Dei Cantores / Richard K. Pugsley, direction (1 cd DGC records, 2018 – 2019).

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1 – Peace upon You, Jerusalem
2 – L’abbĂ© Agathon
3 – Salve Regina
4 – Magnificat
5 – Nunc dimitis
6 – Stabat Mater

Durée totale : 1h09mn

HYBRID SACD RELEASE

RECORDING ENGINEERS: Brad Michel, Dan Pfeiffer
RECORDED: September 2018, May & September 2019
at The Church of the Transfiguration, Orleans
MA UPC: 709887006524
USA & Canada: CD65
Naxos Global Logistics: PARCD65
Retail price: $19.99

 

 

 

Visiter le site de l’ensemble Gloriae dei Cantores : https://gdcrecordings.com/

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VIDEO

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CD, compte rendu critique : Antoine-Esprit Blanchard : Magnificat Ă  la Chapelle royale. Les Passions. Jean-Marc Andrieu (1 cd Ligia Digital)

blanchard-magnificat-chapelle-royale-les-passions-jean-marc-andrieu-critique-review-cd-classiquenews-compte-rendu-critique-concert-cdCD, compte rendu critique : Antoine-Esprit Blanchard : Magnificat à la Chapelle royale. Les Passions. Jean-Marc Andrieu (1 cd Ligia Digital). Voici un très bon document qui reste une sérieuse réalisation au service d’une évidente révélation. Blanchard, maître méconnu à la Chapelle royale de Versailles sort définitivement de l’oubli. Bon choix ardent, expressif, au médium riche et cuivré : le baryton (basse-taille selon la nomenclature baroque française) Alain Buet que l’on connaît depuis des années par son engagement musical toujours probe, efficace (bientôt un excellent cd Clérambault avec de solides partenaires Cyril Auvity et Jean-François Piolino à paraître chez Paraty le 21 octobre 2016) assume ici avec panache chacun de ses airs plein d’allant et de certitude déclamatoire (Et exultavit, Suscepit Israël…du Magnificat, 1741), et surtout le fabuleux récit dramatique digne de l’opéra, véritable vent de tempête de Mare vidit et fugit de l’excellent Motet, de loin le plus convaincant des trois de ce programme : In exit Israël (1749) : … quand les eaux de la Mer Rouge se séparent pour faire passage au peuple en fuite… D’ailleurs la noblesse recueillie du Quid est tibi mare (pour dessus et choeur) offre l’autre versant de l’épisode : dignité, majesté et tendre recueillement hérités des premiers Motets versaillais de Lully à De Lalande. D’emblée, toute la science portée vers l’opéra et la virtuosité italienne caractérise ici la main de Antoine-Esprit Blanchard, compositeur à la Cour de Versailles sous Louis XV, parfait épigone de Rameau pour son instinct dramatique, de Mondonville en particulier car comme ce dernier, les 3 Motets ici recréés attestent avec éclat le succès du Concert Spirituel des années 1740, effets et contrastes volontiers exacerbés (cf le choeur tremblé A facie Domini du même Motet dont la tenue dramatique rappelle évidemment le choeur des trembleurs d’Atys de Lully).

Toute la grammaire du Grand Siècle, revivifiĂ© au XVIIIè sous les ors de la Chapelle de Louis XIV, s’expose ici sous la plume d’un maĂ®tre riche en expertise dans un genre très prisĂ© par l’audience parisienne, mais colorĂ© par une verve dansante « provençale » proche de son confrère Campra (cf. allant pĂ©tillant du second Non nobis Domine, surtout la conclusion du dernier choeur du De Profondis de 1740 – jouĂ© ensuite pour les funĂ©railles de la Reine en 1768-, lequel malgrĂ© son sujet de dĂ©ploration et d’invitation ultime Ă  la paix bienheureuse, semble hĂ©siter constamment entre marche et danse allègre, en particulier Ă©clatante pour le Lux perpetua, d’une lumière scintillante et volontaire). Ce tempĂ©rament joyeux et mĂŞme vainqueur se manifeste aussi dans l’ouverture d’In Exitu Israel (avec ses piccolos conquĂ©rants et dĂ©claratifs).
Le programme par sa valeur musicale et la facilité indiscutable de l’écriture justifie amplement cet enregistrement : l’engagement des Passions reste méritant, et le geste plein de panache du chef Jean-Marc Andrieu sait emporter son collectif dans la vitalité requise, l’expression d’une foi théâtrale et hautement dramatique. Dommage cependant que certains solistes accusent des limites parfois difficiles à écouter (justesse aléatoire, usures, aigus tirés et voilés… en particulier du côté du haute-contre). Le chœur se bonifie en cours de concert (atteignant une cohérence renforcée et une précision fervente dans le second Non Nobis Domine déjà cité).
Non obstant ces faiblesses, l’enregistrement se rĂ©vèle passionnant, rĂ©vĂ©lant le style sĂ©duisant, flamboyant d’Antoine-Esprit Blanchard (1696-1770), documentant dĂ©sormais la suite des Rameau et Mondonville dans le genre du Grand Motet français, partition fervente, surtout spectaculaire et dramatique, plus proche de l’opĂ©ra que de l’église. Reste que Blanchard après avoir occupĂ© des fonctions Ă  responsabilitĂ© Ă  Besançon, Rouen, est nommĂ© après la mort de Campra en 1744, et Ă  la succession de ce dernier, MaĂ®tre des Pages de la Chambre, puis MaĂ®tres des Pages de la Chapelle en 1748, après la mort de Madin. Blanchard devait ensuite diriger avec Gauzargues, la Chapelle royale de Versailles après sa rĂ©organisation en 1761… Saluons cet oubli rĂ©parĂ© grâce Ă  la dĂ©termination des Passions et de leur chef, Jean-Marc Andrieu… Toulousains impliquĂ©s, parfaits ambassadeurs de cette verve propre aux compositeurs provençaux.

 

 

 

CD, compte-rendu critique. d’Antoine-Esprit Blanchart (1696-1770) : Trois Grands Motets. Magnificat (1741), De Profundis (1740), In exit Israel (1749). Anne MagouĂ«t, dessus – François.Nicolas Geslot, haute-contre – Bruno Boterf, taille – Alain Buet, basse-taille. Les ElĂ©ments. Les Passions. Jean-Marc Andrieu, direction (1 cd Ligia Digital, enregistrement rĂ©alisĂ© en juillet 2016 au Festival Radio France et Montpellier.

 

 

 

Magnificat d’Arvo Pärt

ARVO PART Composerlogo_france_musique_DETOUREMagnificat d’Arvo Pärt. France Musique, dimanche 11 octobre 2015, 14h. La tribune des critiques de disques. Le Magnificat est une Ĺ“uvre pour chĹ“ur mixte Ă©crite par Arvo Pärt en 1989. D’une durĂ©e de 7 mn environ, il s’agit d’une ample prière Ă  la Vierge, dans le style dĂ©sormais emblĂ©matique de son auteur, “tintinabuli”, resserrĂ©, dense, tendant vers cette unitĂ© dont il a la nostalgie depuis ses dĂ©buts de compositeur. La structure est celle d’une sĂ©rie de rĂ©pons entre couplets et tutti. Fidèle Ă  l’inspiration de Pärt, le caractère est baignĂ© de tendre mĂ©ditation, de tension de plus en plus ardente, dessinant une arche ascensionnelle qui fait jaillir dans sa sĂ©quence finale la lumière en un murmure Ă©nigmatique. Étoffe dense tissĂ©e comme un mĂ©tal parfois âpre oĂą dialoguent en sĂ©quences alternĂ©es voix masculines nobles, sombres et profondes, et voix fĂ©minines aiguĂ«s jusqu’Ă  la conclusion Ă©noncĂ©e non pas comme une rĂ©solution sereine mais l’affirmation inquiète du mystère le plus inaccessible. Le caractère de la pièce fluctue entre imploration, rĂ©signation, mais toujours  compassion pour la Vierge de douleur Ă  laquelle la foule fervente semble offrir un chant de plus en plus intĂ©rieur et intime cherchant l’enfouissement du recueillement le plus sensible. Le dernier accord en forme de murmure affirme cette vĂ©ritĂ© de la pudeur : le mystère demeure dans l’ombre. En rien tapageur ni dĂ©monstratif, le Magnificat d’Arvo Pärt propre aux annĂ©es 1989 est bien l’une de ses oeuvres chorales parmi les plus sincères et justes ; forme resserrĂ©e et concentrĂ©e, elle a l’Ă©quilibre et le rayonnement diffus des icĂ´nes moins le mouvement dansant et ascensionnel d’un retable baroque.

CD. Magnificat. Vivaldi, Bach. Jordi Savall (1 cd / 1 dvd Alia Vox).

magnificat-jordi-savall-vivaldi-bach-alia-vox-cd-clic-de-classiquenewsCD. Magnificat. Vivaldi, Bach. Jordi Savall (1 cd / 1 dvd Alia Vox). Alia Vox offre un montage spĂ©cifique pour les fĂŞtes de NoĂ«l 2014, associant les Magnificat de Vivaldi puis de Bach, en les faisant prĂ©cĂ©dĂ©e chacun de Concerti, prĂ©ambules profanes qui fonctionnent cependant Ă  merveille, comme les portiques d’une ferveur Ă©panouie Ă  suivre, d’une Ă©vidente profondeur exaltĂ©e. Au volet Vivaldi, le Concerto pour 2 violons RV578 enregistrĂ© en 2003 Ă  Cardona prĂ©cède donc le Magnificat enregistrĂ© en live Ă  la Chapelle royale de Versailles dix annĂ©es après, en juin 2013. Puis le Magnificat de Bach captĂ© Ă  la mĂŞme date Ă  Versailles est introduit par le Concert pour clavecin en RĂ© mineur BWV 1052, enregistrĂ© quant Ă  lui quelques semaines plus tard en juillet 2013 Ă  Fontfroide.

 

 

2013 : Magnificat de Vivaldi et Jean-SĂ©bastien Bach

2 Magnificat embrasés par Savall

CLIC D'OR macaron 200Après la théâtralitĂ© mordante (un rien hachĂ©e et parfois sèche) du RV 578 vivaldien (de 1725), le Magnificat rayonne par sa somptueuse rondeur collective, idĂ©alement rĂ©verbĂ©rĂ©e sous la voĂ»te versaillaise. Le sens des contrastes, la voluptĂ© active des solistes, l’accent et l’allant de l’orchestre plus assurĂ©, plus mĂ»r savent plus nettement emporter les effectifs vocaux que dans la prise de 2004, dans le mĂŞme lieu (album spĂ©cifique : Marc-Antoine Charpentier Ă  la Chapelle royale de Versailles). Savall trouve mĂŞme des couleurs plus convaincantes dans le mystère resplendissant d’Et Misericordia… (plage 6). le Fecit potentia qui suit, fait valoir la coupe frĂ©nĂ©tique et très opĂ©ratique du chĹ“ur, ses accents projetĂ©s (dispersit), d’une Ă©nergie pourtant mesurĂ©e. Autant de fermetĂ© partagĂ©e par tous les pupitres qui affirment non sans justesse, l’Ă©loquente certitude de Vivaldi sur le plan sacrĂ©.

L’art des transitions est total passant du final exclamatif et presque guerrier du Magnificat vivaldien Ă  la coupe tragique et enivrĂ©e du Concert pour clavecin en rĂ© mineur BWV 1052. vĂ©ritable partition aux flammes enivrantes dont Pierre HantaĂŻ sait exprimer les crĂ©pitements denses et dramatiques.
ExaltĂ©, percutant, prĂ©cis, d’une parfaite ivresse, le dĂ©but du Magnificat de Bach est irrĂ©sistible, totalement enivrant d’autant plus mĂ©ritant pour une prise live : les airs solistes sont de la mĂŞme grâce inspirĂ©e ; c’est Ă©videmment une lecture irrĂ©sistible. Ă  classer parmi les meilleures bandes live de Savall Ă  Versailles. Le duo pour 2 voix (haute-contre et tĂ©nor), Et misericordia est d’une sĂ©duction tendre superlative, d’une juvĂ©nilitĂ© ardente (le sommet du Magnificat). MĂŞme coupe dramatique et fervente du Deposuit  potentes (plage 24) ; idem dans Esurientes implevit… qui suit (plage 25) : doublĂ© aux flĂ»tes en duo, Damien Guillon affirme un sens superlatif du texte (aciditĂ© prĂ©cise et ronde du timbre). MĂŞme souffle avec trompettes percutantes superbement mesurĂ©es (et des voix chorales parfaitement dĂ©tachĂ©es) pour le Gloria Patri final. Rien Ă  dire Ă  cette cĂ©lĂ©bration totalement rĂ©ussie et qui mĂ©rite amplement d’ĂŞtre fixĂ©e par le disque et le dvd.

SAVALL_savall_jordi-savall-724x464ExaltĂ©, rythmique mais inspirĂ© chez Vivaldi ; tragique et d’une fièvre prĂ©cise alternant l’exclamation doxologique et la ferveur attendrie des sĂ©quences de solistes, Jordi Savalll Ă©merveille dans ce recueil dĂ©diĂ© aux Magnificat des deux baroques. Le geste voluptueux mais mesurĂ©, la grâce collective font tout le prix de ce programme que le dvd complĂ©mentaire, renforce encore par la sĂ©duction de l’image.

 

 

Magnificat. Jordi Savall. Vivaldi et JS Bach : Concerti et Magnificat. La Capella Reial de Catlunya, Le concert des nations. Pierre Hantaï, clavecin. Jordi Savall, direction. Enregistrements de juin 2013 (Magnificat de Bach et Vivaldi), 2003 et 2013 pour le Concerti de Vivaldi, de Jean-Sébastien Bach. 1 cd + 1 dvd Alia Vox AVSA 9909D. Parution : décembre 2014.

 

 

DVD. Magnificat (Heinz Spoerli, 2011)

DVD. Heinz Spoerli : Magnificat (Zurich, 2011). 1 dvd Belair classiques …OpĂ©ra de Zurich, 2011: le ballet de jeunes danseurs dirigĂ©s et souvent magnifiĂ©s par leur maĂ®tre Ă  danser et chorĂ©graphe attitrĂ©, Hans Spoerli aborde l’aspiration spirituelle de Jean-SĂ©bastien Bach Ă  travers un nouveau ballet centrĂ© sur le Magnificat prĂ©cĂ©dĂ© de plusieurs pièces isolĂ©es, airs de cantates ou purs instrumentaux… Au gĂ©nie du mouvement de Spoerli revient dĂ©jĂ  une rĂ©alisation antĂ©rieure absolument sublime : Cello suites d’après les Suites pour violoncelle de Bach. Ici mĂŞme exaltante signature, mĂŞme style accompli : Ă©loge des corps aĂ©riens et d’une souple Ă©lĂ©gance, vitalitĂ© souvent partagĂ©e d’un danseur l’autre, d’un couple Ă  l’autre, sous les dispositifs lumineux particulièrement soignĂ©s.

Eloge de la ligne

BAC089Sans atteindre au miracle de leur ballet antĂ©rieur, Magnificat pâtit esentiellement de la direction musicale dure et martiale de Minkowski dans la fosse qui confond tension martiale et expression. Que ce Bach sonne rugueux et rien que tendu… quand les corps Ă  contrario sur le plateau dessinent en arabesques dĂ©liĂ©es dĂ©licates un hymne d’une tendresse souvent confondante. Car le signe distinctif de Spoerli demeure ce souci de la silhouette, corps totalement dĂ©ployĂ© dont les enchevĂŞtrements d’un corps Ă  l’autre semblent recomposer l’art de la ligne florentine, la fameuse serpentine utilisĂ©e par Michel-Ange, qui intègre le sujet dans l’espace et dans le mĂŞme temps le fait tournoyer dans les 3 dimensions. Le chorĂ©graphe s’appuie sur le collectif juvĂ©nile de plus de 40 danseurs sur scène, en particulier sur le trio (2 hommes, 1 femme) qui revient rĂ©gulièrement.
Tout au long du trop court Magnificat (Ă  peine 30 mn), on note l’action Ă©voquĂ©e Ă  travers le placement au centre des planches de scène, de blocs scindant symboliquement l’espace en deux places dĂ©limitĂ©es (lieux affrontĂ©s des communautĂ©s religieuses qui s’ignorent et se mĂ©prisent car l’intolĂ©rance et le fanatisme sont aussi Ă©voquĂ©s dans le ballet)… c’est d’ailleurs le monticule des mĂŞmes blocs situĂ©s Ă  jardin en fin d’action qui s’effondre sous la montĂ©e d’un humanitĂ© rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e sans conflits… beau message.
Parmi les quelques heureuses trouvailles qui s’enchaĂ®nent saluons en particulier le pas de deux sur la barcarolle d’Et misericordia pour tĂ©nor et alto: la pure poĂ©sie des mouvements Ă©crits pour un couple de danseurs (homme et femme) souligne au delĂ  du texte religieux, cet indĂ©finissable abstraction musicale d’oĂą jaillit la force d’un sens purement chorĂ©graphique : l’invention de Spoerli atteint son meilleur, utilisant le vocabulaire classique (figure tournante sur une pointe pour la danseuse) avec toujours, signe du chorĂ©graphe, ce souci de la ligne dĂ©ployĂ©e. Nous retenons aussi l’Esurientes pour alto et flĂ»tes obligĂ©es oĂą un superbe trio de danseuses (d’une grâce fluide inouĂŻe) est rejoint par la danseuse soliste… nouvel instant de grâce ineffable sur les mots pourtant rĂ©volutionnaires du texte sacrĂ© : quand les riches seront dĂ©possĂ©dĂ©s et les pauvres, rassasiĂ©s … (!).Ajouter en fond de scène, la projection d’un ciel avec ses nuages en Ă©volution accĂ©lĂ©rĂ©e, fait toujours son effet : une ivresse visuelle adaptĂ©e Ă  l’exaltation irrĂ©pressible du Gloria, vĂ©ritable jaillissement de plĂ©nitude collective et doxologique avec l’Ă©clat si particulier des trompettes percutants et cinglantes.
Dommage en effet que dans la fosse l’orchestre sur instruments d’Ă©poque de l’OpĂ©ra de Zurich, La Scintilla, ailleurs partenaire flamboyant de Cecilia Bartoli, n’offre aucun Ă©clat sous la direction mĂ©canique et sans finesse de Marc Minkowski. MĂŞme dĂ©ception pour les solos vocaux massacrĂ©s par une voix dĂ©finitivement usĂ©e et des aigus Ă  la limite de l’inaudible (airs des cantates qui prĂ©cèdent le Magnificat). Heureusement ce qui se passe sur scène est d’une toute autre tenue : c’est un nouvel accomplissement dans l’Ă©criture du très inspirĂ© Heinz Spoerli.
Magnificat. ChorĂ©graphie de Heinz Spoerli. Musiques de Johann Sebastian Bach (1685-1750). Ballet de Zurich (Zurich Ballet). Danseurs solistes : Galina Mikhaylova, Sarah-Jane Brodbeck, Juliette Brunner, Samantha Mednick, She Yun kim, Melanie Borel, Vahe Martirosyan, Filipe Portugal, Arman Grigoryan, Olaf Kollmannsperger. Orchestra La Scintilla. Marc Minkowski, direction. EnregistrĂ© en fĂ©vrier 2012 Ă  l’OpĂ©ra de Zurich. 1 dvd Bel Air classiques BAC089