LILLE, ONL. JC CASADESUS / V REPIN. FASCINATIONS RUSSES

tchaikovsky portrait par classiquenewsCLIC D'OR macaron 200LILLE, ONL, jeudi 17 janv 2019. JC CASADESUS / REPIN. FASCINATIONS RUSSES : Tchaikovsky / Glazounov : l’âme russe Ă  Saint-PĂ©tersbourg. VoilĂ  le nouveau jalon de l’itinĂ©raire symphonique auquel nous convie Jean-Claude Casadesus, chef lĂ©gendaire et fondateur du National de Lille, au cours de cette saison 2018 – 2019. A mi parcours, le 17 janvier, l’idĂ©e est appĂ©tissante, en mettant en relation Tchaikovski le maudit et le classique et formellement lĂ©chĂ© Glazounov (mort Ă  Neuilly sur Seine, le 21 mars 1936). Au dĂ©but du siècle, l’autodidacte magnifique, Ă©lève privĂ© de Rimsky (avec lequel il orchestre l’opĂ©ra de Borodine, Prince Igor en 1887), compose son ballet Raymonda, quelques symphonies (n°3 Ă  7), et son Concerto pour violon, alors qu’il est devenu en 1899, professeur au Conservatoire de Saint-Petersbourg. Le programme du concert lillois permet de retrouver, serviteur zĂ©lĂ© et esthète du son, le violoniste devenu rare en France Vadim Repin que l’on retrouve avec bonheur dans le Concerto de Glazounov.
REPIN vadim violon lille ONL concert jean claude casadesus fascinations russes 17 janv annonce concert classiquenews critique ©Repim_328px_18-19Le génie orchestrateur du compositeur s’affirme ici, d’autant que Glazounov en 1904 est aussi sur le métier de sa dernière symphonie n°8. Instrumentiste habile, l’auteur s’essaye lui-même aux rudiments du violon pour écrire le Concerto : en deux mouvements enchaînés (Moderato, andante / Finale : allegro), la partition redouble de virtuosité solaire, d’un équilibre olympien qui exige beaucoup du soliste, en particulier dans la dernière partie de l’Andante où le jeu prodigieux du violoniste doit faire entendre deux instruments. Le feu conclusif, entre panache de la fanfare et énergie de la danse emporte toute réserve et pudeur, vers une cime joyeuse et éblouissante.

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Concert «  fascination russe »boutonreservation
LILLE, Auditorium du Nouveau Siècle
Jeudi 17 janvier 2019, 20h

http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/fascinations-russes/

CHOSTAKOVITCH
Ouverture de fĂŞte

GLAZOUNOV
Concerto pour violon et orchestre

TCHAĂŹKOVSKI
Symphonie n°6, “Pathétique”

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
DIRECTION: JEAN-CLAUDE CASADESUS
 / VIOLON: VADIM REPIN
Après le concert, bord de scène
avec Jean-Claude Casadesus
et Vadim Repin
(entrée libre, muni d’un billet du concert)

 

 

 

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Symphonie n°6 Pathétique de Tchaikovsky
tchaikovski piotr-Tchaikovsky-530-855Créée à Saint-Pétersbourg le 16 octobre 1893, la 6è symphonie est le sommet spirituel et introspectif de la littérature tchaikovskyenne : un Everest de la poésie intime et interrogative parfois inquiète voire angoissée. Annonçant ce même sentiment de terreur intérieure sublimée d’un Chostakovtich à venir. La 6è Symphonie captive de bout en bout par l’engagement des musiciens, qui doivent entre électricité et embrasement mais intérieurs, exprimer la traversée dans l’autre monde…Dans le dernier mouvement (conçu comme un « long adagio », selon sa correspondance avec son neveu chéri Vladimir Davydov qui en le dédicataire), et au cours de l’exposition ultime, énigmatique, de la Sarabande finale, le chant orchestral entonne une danse sacrale, noire, vertigineuse, véritable exposé et mise à nu, d’une vérité secrète, sourde, qui terrasse finalement tout le cycle… Cette conscience et cette sincérité dans l’intention globale et la construction de la symphonie ultime de Piotr Illiytch affirme une quête inédite, qui assure le passage du vivant au mort, en un renoncement obligé pas toujours serein. Aux portes de sa prochaine agonie, la Pathétique raconte la dernière odyssée du compositeur à la manière d’un Livre des morts, soit autant de paysages à la fois intime, personnels (donc secrets voire énigmatiques), puis terrassés, angoissés, comme saisis par l’ineffable du tragique. La terreur se fait prière.
Que sera le geste de JC Casadesus ? Il témoignera d’une expérience musicale unique à ce jour, nourrie par sa complicité avec les instrumentistes de l’Orchestre National de Lille. Entre la première exécution (pilotée par l’auteur) dont la direction incertaine suscita un certain malaise, et la reprise sous la baguette de Napravnik, portée en triomphe, Piotr Illiytch était mort, terrassé par un scandale lié à la menace d’une révélation de son homosexualité. Ainsi la 6è recueille la dernière pensée de l’immense synphoniste emporté dans la nuit du 18 nov 1893.

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TOURNEE EN REGION

En région
Pas de billetterie O.N.L / billetterie extérieure
Violon : Esther Yoo

Boulogne-sur-Mer Théâtre
vendredi 18 janvier 20h
Infos et réservations au 03 21 87 37 15 ou sur www.ville-boulogne-sur-mer.fr

Aire-sur-la-Lys Le Manège
samedi 19 janvier 20h
Infos et réservations au 03 74 18 20 26

 

 

 

 

 

 

COMPTE RENDU, concert. TOULOUSE, le 8 déc 2018. Lopez. Korngold. Stravinski. Akiko Suwanai. Orch Nat du Capitole / K Mäkelä.

makela klaus maestro classiquenews concert reviewCOMPTE RENDU, concert. TOULOUSE, le 8 déc 2018. Lopez. Korngold. Stravinski. Akiko Suwanai. Orch Nat du Capitole / K Mäkelä. Parmi les chefs invités par l’Orchestre du Capitole, il y en a de toutes sortes. Ce n’est pas fréquent qu’un chef aussi jeune, 23 ans , fasse une impression aussi consensuelle et évidente sur d’autres qualités que la jeunesse. Le très jeune chef finlandais Klaus Mäkelä est déjà un très grand chef. Il est nommé à Oslo l’année prochaine, hélas pour le reste du monde car il sera très pris et a dû renoncer à des engagements (dont deux concerts à Toulouse prévus la saison  prochaine). Les génies de la baguette sont rares et les plus audacieux ont su se l’attacher. Qu’apporte ce chef de si génial ? Une autorité bienveillante et naturelle, des gestes très clairs et dont la souplesse révèle une belle musicalité. Cet artiste est également un violoncelliste de grand talent ! La précision de la mise en place, la clarté des plans sont sidérantes.

 
 
 
 

Klaus Mäkelä, jeune maestro superlatif
Le génie n’attend pas le nombre des années

 
 
 
 

Il encourage l’orchestre et ne le bride pas. Il faut dire que l’Orchestre du Capitole atteint un niveau d’excellence qui permet à un chef musicien d’atteindre de suite des sommets.

La première pièce du concert est une nouveauté pour le public comme pour l’orchestre, une pièce en forme de poème symphonique de Jimmy Lopez. La difficulté est comme un jeu entre le chef et l’orchestre qui dans une véritable flamboyance de chaque instant nous régale. Pourtant le propos du compositeur est polémique car il parle de l’esclavage qui a conduit les victimes à inventer des instruments et un style musical avec les moyens du bord. L’homme est incroyablement créatif dans l’adversité et la souffrance. Ainsi en fine suggestion plusieurs  instruments à percussion ont intégré ceux d’un grand orchestre symphonique gagnant ainsi leurs titres de noblesse. La mâchoire d’âne étant la plus singulière et la plus emblématique de ce génie humain dans le malheur. Magnifique œuvre mettant donc en valeur tous les pupitres de l’orchestre et la technique impeccable des musiciens et du chef. Les rythmes populaires intégrés permettant rubato et swing à l’envie.

 
 

suwanai akiko concert critique classiquenews 2018 2012Soliste invitée,  la violoniste Akiko Suwanai, toute d’élégance féminine bleutée en une robe de ciel étoilé,  a auréolé la salle de son charme. Le violon dont elle joue a appartenu à un prince, un poète du violon, Jascha Heifetz. Elle retrouve les qualités esthétiques faites de pureté de son, de grain noble du timbre et d’un exquis moelleux des lignes,  comme  le maestro et ce fameux  « Dolphin » de 1714. L’interprétation du Concerto pour violon de Korngold est lumineuse, planante et délicatement phrasée. Tout coule et rien ne fait aspérité. Peut être un léger manque de contraste et d’émotion peuvent diminuer l’intense plaisir hédoniste que le jeu de la violoniste offre au public. En bis, la violoniste offre avec une déconcertante facilité, le final de la Sonate pour violon seul d’Ysaÿ  mêlant Bach et le Dies Irae.

 
 
 
 

Après l’entracte, le chef dirige avec un rĂ©el plaisir communicatif la pièce de Stravinski qu’il prĂ©fère, Petrouchka. Il faut reconnaĂ®tre que son interprĂ©tation est marquĂ©e par une confiance absolue et une soliditĂ© remarquable. Rien ne vient ternir une Ă©nergie invincible. L’orchestre du Capitole rĂ©pond comme un seul Ă  cette direction prĂ©cise et le rĂ©sultat est particulièrement lumineux et mĂŞme Ă©clatant. Chaque instrumentiste est parfait. Il manque juste un peu de farce et d’humour Ă  ce ballet facĂ©tieux et mĂŞme mĂ©lancolique en second degrĂ©. Pour l’heure, le chef finlandais est tout Ă  son admiration pour cette partition exubĂ©rante, haute en couleurs, et pour les qualitĂ©s de l’orchestre du Capitole très Ă  l’aise dans ce rĂ©pertoire.
Avec le temps viendront le sens du théâtre et le burlesque que Stravinski a mis dans sa partition qui à l’origine est un ballet.

Un très beau concert qui rĂ©vèle les qualitĂ©s d’un vĂ©ritable gĂ©nie de la baguette et la confirmation de l’exceptionnelle virtuositĂ© de la violoniste nippone. De son cĂ´tĂ©, notre Orchestre du Capitole poursuit son excellence comme partenaire idĂ©al des plus grands musiciens.

 
 

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Compte rendu concert. Toulouse. Halle-aux-Grains, le 8 décembre 2018. Jimmy Lopez (né en 1978) : Peru Negro pour orchestre ; Erich Wolfgang Korngold ( 1897-1957) : concerto pour violon et orchestre en ré majeur op.45 ; Igor Stravinski (1882-1971) : Petrouchka, scènes burlesques en quatre tableaux ( version de 1947) ; Akiko Suwanai, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Klaus Mäkelä, direction. Illustrations : DR, © Mäkelä by Heikki Tuuli

 
  
 

VISITEZ aussi le site officiel de KLAUS MAKELA :
https://www.klausmakela.com

 
  
 
 
 

makela klaus maestro classiquenews concert review

NDLR / NOTE DE LA REDACTION : KLAUS MĂ„KELÄ… Le jeune maestro travaille avec le Turku Music Festival, le Tapiola Sinfonietta. Il est chef principal invitĂ© du Swedish Radio Symphony Orchestra, et deviendra Ă  partir de la saison 2020 / 2021 (dès septembre 2020) : directeur musical du Philharmonique d’Oslo / Chief Conductor & Artistic Advisor: Oslo Philharmonic Orchestra – une personnalitĂ© dĂ©sormais Ă  suivre, hĂ©ritier d’une dĂ©jĂ  riche tradition de chef finnois. En particulier dans le cycle des symphonies de son compatriote Sibelius, immense gĂ©nie symphoniste encore trop peu joué…

 

OPERA, New York. Yannick Nézet-Séguin succède à James Levine au Metropolitan Opera

seguin_yannick_nezet_chef_maetroOPERA, New York. Yannick Nézet-Séguin succède à James Levine au Metropolitan Opera. Le directeur du Metropolitan Opera de New York, Peter Gelb, confirme avoir nommé le jeune chef canadien Yannick-Nézet Séguin (41 ans, né en 1975), directeur musical, successeur de James Levine (72 ans), empêché récemment à cause de problèmes de santé. C’est la première nomination nouvelle depuis 40 ans dans l’histoire de l’institution new yorkaise. YNZ est directeur musical de l’Orchestre Metropoltain de Montréal depuis 2000, du Phildephia Orchestra depuis 2012 (mandat renouvelé jusqu’à la saison 2025-2026), du Rotterdam Philharmonic depuis 2008. Sa prise de fonction au Metropolitan Opera sera effective progressivement, à partir de la saison 2017-2018 (où il dirigera 2 productions lyriques dont une nouvelle Traviata), puis à partir de la saison 2020-21, dirigeant in loco 5 productions lyriques, devenant de fait, le nouveau réel directeur musical du Met, avec des projets signés : Wagner, Strauss, Puccini, Poulenc et Verdi. L’emploi du temps du maestro Nézet-Séguin ne pouvant pas permettre un engagement new yorkais plus tôt.
Signe distinctif : direction analytique et fiĂ©vreuse, d’une Ă©nergie souvent irrĂ©sistible, « viscĂ©rale », assurĂ©ment l’une des meilleures baguettes de l’heure – Autrement : tatouage (tortue) Ă  l’épaule droite, rĂ©alisĂ© lors d’un sĂ©jour Ă  Tahiti. C’est une reprĂ©sentation de La Bohème, justement au Met… alors qu’il avait 16 ans, qui aurait dĂ©cidĂ© de sa vocation musicale.

 

NĂ©zet-SĂ©guin : un jeune maestro au Met

 

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Serait-ce le signe d’une volonté de renouvellement spectaculaire à la direction musicale du Met ? Force est de constater que malgré la politique médiatique spectaculaire sur le plan mondial (grâce à ses séries de directs Live des productions retransmises au cinéma, dans le monde entier), le Metropolitan Opera qui aujourd’hui ne totalise plus que 72% de remplissage en moyenne, a dû procéder à des coupes sombres sur son budget annuel courant de 300 millions de dollars.

De son côté, Yannick Nézet Séguin s’est dit ravi d’organiser dans les années à venir son travail symphonique et lyrique, aux USA, principalement entre Philadelphie et New York. James Levine prend sa retraite progressive, devenant dès ce printemps, directeur musical « emeritus »

 

 

 

CD dirigés par Yannick Nézet-Séguin, récemment critiqués, distingués par CLASSIQUENEWS :

CHEF LYRIQUE… Evidemment le cycle des opĂ©ras live de Mozart, jouĂ©s / enregistrĂ©s chaque Ă©tĂ© au festival de Baden Baden :

mozart-2-cd-deutsche-grammophon-die-entfurhung-aus-dem-serail-enlevement-au-serail-yannick-nezet-seguin-villazon-prohaska-paul-schweinester-rolando-villazonCD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sĂ©rail, Die EntfhĂĽrung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, NĂ©zet-SĂ©guin (2 cd Deutsche Grammophon). Après Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composĂ©e par Mozart en 1782, au coeur des Lumières dĂ©fendue Ă  Baden Baden par NĂ©zet-SĂ©guin et son Ă©quipe ? Évidemment avec son lĂ©ger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine Ă  convaincre dans le rĂ´le de Belmonte;  outre l’articulation contournĂ©e de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniĂ©rĂ© Ă  notre goĂ»t, autant de petites anomalies qui malgrĂ© l’intensitĂ© du chant placent le chanteur en dehors du rĂ´le… LIRE notre critique complète de L’enlèvement au sĂ©rail / Die EntfĂĽhrung aux rem Serail de Mozart par Yannick NĂ©zet-SĂ©guin

LIRE aussi notre compte rendu critique de DON GIOVANNI et de COSI FAN TUTTE par la même équipe Villazon / Nézet-Séguin qui fait actuellement l’affiche de Banden Baden chaque été (cycle des opéras de Mozart à Baden Baden)

CHEF SYMPHONIQUE… 

schumann robert schumann nezet seguin  chamber orchestra of europe symphonies deutsche grammophon cdCD. Schumann : 4 Symphonies (Chamber orchestra of Europe, Nézet Séguin, 2013). Le chef Yannick Nézet Séguinpublie chez Deutsche Grammophon les 4 Symphonies de Robert Schumann. Le feu bouillonnant du chef québécois Yannick Nézet-Séguin (36 ans en 2014) nouvellement arrivé chez Deutsche Grammophon (pour lequel il a gravé une intégrale de la trilogie mozartienne en cours : ne manque plus que Les Nozze di Figaro à paraître d’ici fin 2014) s’est réalisé auparavant au concert en octobre 2012 à Paris lors d’une intégrale des Symphonies de Schumann. L’enregistrement de Deutsche Grammophon qui paraît en mars 2014 reflète ce travail sur la texture orchestrale et la vitalité d’une écriture exaltée, volcanique qui dit assez outre l’autobiographie qui s’écrit alors, la volonté radicale d’un être passionné, déterminé à s’inscrire dans la lumière, l’antithèse de ses dérèglements psychiques qui ne tarderont pas à poindre. Exaltation, juvénilité, feu et embrasement, voire excitation des finales, Yannick Nézet-Séguin pourrait bien bouleverser la donne discographique en place (car les épisodes plus intérieurs et introspectifs : adagio de la 2, Feierlich de la 3, Romanze de la 4… y gagnent en mystère et en sombres questionnements). La direction affûtée se montre proche d’un cœur ardent dont le diapason versatile incarne toute la complexité et l’ambivalence de la sensibilité romantique… Doué d’une baguette vive et articulée, disposant d’un collectif ductile et énergique, la lecture du chef montréalais s’impose très honorablement par sa générosité sensible, si proche du jeu incessant des humeurs d’un Schumann ambivalent, imprévisible, contrasté. Du pain béni pour un orchestre qui souhaite en découdre comme galvanisé par l’appétit scintillante du maestro. Compte rendu détaillé de chaque symphonie pour mieux identifier l’apport de Yannick Nézet-Séguin. Le double cd Schumann par Yannick Nézet Séguin est «  CLIC » de CLASSIQUENEWS.COM. LIRE notre critique complète des Symphonies de Schumann par Yannick Nézet-Séguin

 

 

Livres. Riccardo Muti : Prima la musica (L’Archipel)

muti riccardo prima la musicaLivres. Riccardo Muti : Prima la musica (L’Archipel). On se souvient qu’en mars 2011, à Rome, alors qu’il dirige Nabucco de Verdi et son choeur des esclaves, le chef septuagénaire Riccardo Muti (né en 1941) jamais en reste d’une action fracassante propre à défendre l’art et la musique, regrettant l’Italie perdue, bissait le choeur fameux avec la complicité du public debout, explicitement hostile à Berlusconi, à l’instar des révoltés républicains de 1840. La musique était devenu hymne politique contre un pouvoir étranger à tout essor culturel. L’anecdote souligne les positions d’un chef déterminé voire sec et despotique qui incarne après Toscanini et Nino Votto (son maître direct, avant que Karajan ne l’appelle à Salzbourg pour y diriger Mozart au début des années 1980 (Cosi…), le mythe du chef charismatique, guide et visionnaire pour tous. De fait, sa plume, à l’honneur dans ce carnet de commentaires, pensées, suggestions sur sa carrière ne manque pas de phrases pénétrantes, souvent superfétatoires voire autosatisfaites lorsqu’il s’agit d’évoquer telle ou telle production, tel ou tel concert. Félin mordant et jaloux de sa gloire, Muti semble souvent dresser la liste de ses réalisations comme s’il s’agissait de démontrer tous ses mérites dans un procès imaginaire.

Le titre «  Prima la musical! » donne l’indice d’un musicien qui laisse toute la place à l’orchestre et au chant ; face aux mises en scène dont Muti dénonce souvent les décalages, les glissements dangereux, l’incompréhension, le chef défend ses chanteurs et ses instrumentistes. Il n’est guère que quelques scénographes dignes de son engagement et de son exigence : Ronconi ou Strehler.
Passion Verdi. C’est essentiellement au chapitre verdien que la plume se révèle la plus passionnante : Muti l’inflexible se montre très inspiré dans le travail sur les opéras de Verdi : rajeunir La Traviata (avec Alagna), dépoussiérer Le Trouvère, retrouver les silences de Macbeth (et ses pianissimos souhaités par Verdi), opter pour le diapason 432 pour Otello… Autant d’options bien argumentées et expliquées qui fondent ici une connaissance profonde et intime d’une écriture si proche de sa sanguinité artistique.
L’affaire de sa démission obligée de La Scala (dont il est directeur de 1986 à 2005) après la résistance d’un personnel de plus en plus réticent face à la droiture fière et souvent supérieure d’un maestro drapé comme un dieu grec est évidemment évoquée… à la faveur du démissionnaire.
Outre les évocations positives des épisodes de la vie musicale, plusieurs figures paraissent ici : Karajan (le père spirituel), Pavarotti (et ses aigus satinés dans un Don Carlos mémorable), Strehler, Jessye Norman, Fellini, Toscanini, mais aussi Callas (pressentie espérée mais finalement inaccessible) ou Nino Rota et Sviatoslav Richter, duo de solistes pour ses noces… A l’heure des révolutions stylistiques permises par le jeu sur instruments d’époque, Muti fait cependant figure de chef d’un monde révolu. Quel grand metteur en scène voudrait d’ailleurs travailler avec lui ? L’Italien magnifique, comme un lion aguerri, ne semble plus être aussi convaincant à l’opéra et demeure surtout invité pour quelques cycles symphoniques et des messes exigeant souffle fervent, solennité d’un autre âge.

Livres. Riccardo Muti : Prima la musica (L’Archipel). 19,95 €. ISBN : 9782809805390. 236 pages. Parution : 12 mars 2014.

Jean-Claude Casadesus : le goût des autres. Portrait

casadesus_jean_claude_portrait_290TĂ©lĂ©. Jean-Claude Casadesus : le goĂ»t des autres. Portrait d’un chef engagĂ©, passionnĂ©, humaniste, gĂ©nĂ©reux … Chef d’orchestre de renommĂ©e internationale, et depuis de nombreuses annĂ©es, directeur musical de l’Orchestre national de Lille, Jean-Claude Casadesus se rĂ©vèle Ă  travers ce documentaire intime et proche tel un artiste humaniste, douĂ© de sagesse, tĂ©moignant sans cesse de sa solidaritĂ© envers ceux qui sont en marge de la sociĂ©tĂ©. La musique est un baume pour l’âme et le cĹ“ur : l’activitĂ© multiple engagĂ©e du maestro lillois nous le montre avec passion et gĂ©nĂ©rositĂ©.

Il évoque avec beaucoup d’émotion son enfance à Montmartre, ses parents, ses enfants, ses rencontres. Il nous fait part des liens très forts qui l’unissent à ses musiciens de l’Orchestre national de Lille et définit le rôle du chef, en charge de cette grande famille que constitue l’orchestre.
Notre avis. Enfant d’une famille de musiciens (et de comĂ©diens) – qui a mĂŞme sa place Ă  Montmartre, Jean-Claude Casadesus honore la tradition familiale: le chef d’orchestre qui conduit avec gĂ©nĂ©rositĂ©, amour, patience et surtout humilitĂ©, le destin des 100 musiciens du National de Lille, se livre devant la camĂ©ra Ă  l’occasion de concerts Ă  Lille (Symphonie n°5 de Schubert, Symphonie n°9 de Dvorak), de rĂ©pĂ©titions autour de Ravel … Pourquoi devenir chef ? Pour l’envie voire la passion de partager la magie de la musique.
Il est passĂ© par tous les instruments avant la baguette : violon, piano, contrebasse et timbalier (un poste privilĂ©giĂ© pour observer ce qui se passe Ă  l’orchestre : j’Ă©tais au coeur du rĂ©acteur… face aux chefs, un avant poste idĂ©al pour analyser leurs gestes, les bons comme les moins convaincants). Alors Ă  quoi consiste le mĂ©tier de chef ? Battre la mesure et tenir le rythme (Ă  la main droite) ; exprimer, souligner, inflĂ©chir un caractère Ă  la main gauche… Mais toujours ĂŞtre habitĂ©.
Dans son appartement parisien non loin de Montmartre, le maestro prĂ©sente une partie de ses objets chers  dont un intĂ©rĂŞt pour les lettres de musiciens (Stravinsky qu’il a approchĂ©, Berlioz dont il souligne la bipolaritĂ© attachante, Ă©reintante, Darius Milhaud, voisin de quartier très estimĂ© … ). Le chef est un berger, celui qui prĂ©pare l’action simultanĂ©e des instrumentistes de l’orchestre pour susciter une lĂ©vitation Ă©motionnelle collective. Ainsi il faut servir la partition, oser certains partis personnels (comme le rubato, ce temps prĂ©cipitĂ© ou ralenti, offrant la sensation oxygĂ©nante du flux et du reflux, de la tension et de la dĂ©tente…), et obtenir…  Un chef d’envergure ne commande pas : il invite chaque musicien Ă  Ă©couter les autres et Ă  se dĂ©passer.
Pour autant, le maestro ne reste pas dans sa bulle artistique : l’art musical est un art vivant qui doit demeurer en contact avec la vie ; c’est pourquoi il est montrĂ© dans le docu, chef et musiciens se dĂ©placent jusque dans les prisons et maisons d’arrĂŞt pour y faire souffler un vent d’espĂ©rance, y donner une perspective positive. La musique rend meilleur. Comme on aimerait le croire. Bravo maestro ! Portrait simple, direct, Ă©loquent.

 

france2-logo_2013« Au clair de la lune », documentaire
Jean-Claude Casadesus, le goût des autres
France 2
Mardi 26 novembre 2013 Ă  00h30

Documentaire de 54’
Réalisé par : Claude Couderc

Produit par : Skopia Films – Eric Bitoun et Adèle Menard
Unité Musique et Spectacles vivants : Nicolas Auboyneau – Brice Chappey