Instruments et partitions. Le luthiste Miguel SERDOURA lance sa propre marque, Le Luth Doré

luth-dore-miguel-yisrael-bandeau-582-logo-luth-doreInstruments et partitions. Le luthiste Miguel SERDOURA lance sa propre marque, Le Luth Doré. Le jeune luthiste Miguel SERDOURA entend révolutionner le monde du luth, en créant des instruments performants et accessibles ; son offre ne s’arrête pas là : il s’agit aussi des accessoires nécessaire à la pratique des instruments et aussi d’une maison d’édition de partitions de musique. Le Luth Doré ® : c’est la nouvelle marque incontournable de la facture instrumentale pour les luths, guitares et mandolines anciennes. Un projet fou produit, défendu et aujourd’hui réalisé par le jeune luthiste virtuose (le meilleur disciple de Hopkinson Smith) : Miguel SERDOURA. Le blason de la nouvelle marque “LLD” affiche fièrement un luth Renaissance de 8 rangs propre au XVIè siècle.

 

 

 

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Le luthiste Miguel SERDOURA lance une nouvelle marque d’instruments et une maison éditions

La perfection porte un nom : Le Luth Doré

En associant aujourd’hui “qualité, raffinement et tradition”, les luths et instruments fabriqués par Le Luth Doré / “LLD©” (le catalogue comprend aussi guitares et mandolines anciennes) représente la meilleure alternative pour les instrumentistes d’aujourd’hui, débutants ou praticiens confirmés : bois scrupuleusement sélectionnés, étui moderne en fibre de verre (« Superior », comprenant  un système remédiant aux variations climatiques, avec hygromètre et humidificateur). Le soin apporté à la fabrication en font des Å“uvres d’art… mais à des prix très compétitifs. Car Miguel Serdoura s’est associé la compétence des fabricants chinois (ayant 30 années d’expérience) pour produire des instruments acoustiques performants et à un prix jamais vu auparavant. De surcroit dans des délais de réalisation défiant toute concurrence.
Sa connaissance de l’instrument lui a permis de modéliser et superviser la conception d’un luth Renaissance (le “LLDIO1-B” pour débutant comprenant 8 chÅ“urs, longueur vibrante : 59cm, Côtes : 11, poids : 800g), véritable bijou conçu pour le plus grand nombre (prix : 1000 euros). Le modèle “avancé” (LLDIO1-A) est à 1500 euros. Un nouveau modèle, un luth baroque à 13 rangs, né d’un prototype longuement réfléchi, va bientôt voir le jour ; c’est la prochaine étape du Luth Doré : sa commercialisation est annoncée à l’automne 2015.

 

 

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Le Luth Doré fonctionne actuellement par précommandes. Dès septembre prochain, la marque disposera des instruments en stock et chaque acheteur pourra se procurer pour la première fois depuis la disparition du luth à la fin du 18e siècle, un instrument de qualité professionnelle, à prix accessibles et ce, à tout moment, car le vrai bénéfice du Luth Doré est là : outre son accessibilité, ses délais de livraison. Aujourd’hui les délais de fabrication d’un luth par n’importe quel autre fabricant, sont de 2 à 5 années. L’offre nouvelle fonctionnelle fin septembre 2015 sera effective avec le lancement d’une boutique en ligne : tous les modèles (luths Renaissance et Baroque, ensuite luths pour enfants et théorbes, et autres luths, guitares anciennes et mandolines) y seront présentés, commentés, et disponibles à la vente en quelques clics depuis votre ordinateur.

 

 

luth-dore-etui-superior-dossier-classiquenews-ete-2015Avec Le Luth Doré, il sera aussi simple d’acheter son luth que de choisir son dernier iPhone. Cette révolution de la facture engage aussi la démocratisation de l’instrument, une révolution jamais vue depuis plus de 250 ans dans l’histoire du luth, des guitares et des mandolines anciennes. C’est un retour à une époque bénie, à l’âge d’or du luth où la fabrication et la pratique des instruments à la Renaissance et pendant les siècles baroques se faisaient à grande échelle, exactement comme le font aujourd’hui les ateliers du Luth Doré.
Aujourd’hui, Le Luth Doré s’affirme grâce à une offre unique, alliant qualité et moindre coût : chaque luth est vendu avec son étui dont la qualité est supérieure pour un prix lui aussi attractif (300 euros, alors que le prix moyen des étuis est de 600/700 euros en sus).

Une maison d’édition de partitions
En complément aux instruments, Le luth Doré apporte un soin extrême dans l’édition de ses propres partitions. En grand format, sur un papier raffiné (beige à l’intérieur), chaque partition s’offre au musicien comme un livre rare ou une édition de luxe (collée et cousue). Toutes sont URTEXT et révisées, c’est à dire fruits d’une relecture attentive pour en supprimer les fautes, lesquelles sont fréquentes dans les facsimilés. D’importantes notes en bas de page expliquent ce qu’il y avait dans les manuscrits originaux. C’est donc un travail d’édition pointu et méticuleux nécessitant au minimum pour chaque partition, l’oeil expert de deux éditeurs. Le confort de l’utilisateur final est à ce prix.
Le Luth Doré annonce prochainement plusieurs méthodes pour tous les instruments (Peter Croton, professeur de luth à la Schola de Bâle réalise la méthode pour le luth Renaissance ; Lynda Sayce, la méthode de Théorbe). A terme, l’offre présentera aussi des méthodes pour les enfants (4 livres pour le premier cycle, de 7 à 11 ans). D’ailleurs en 2016 seront lancés des luth Renaissance à 6 rangs pour les enfants qui pourront jouer dès l’âge de 6 ou 7 ans. Il existe déjà plusieurs classes de luth en Ile de France comme ailleurs dans le monde mais professeurs et élèves ont toujours du mal à acquérir instruments, livres et matériel pédagogique.

 

yisrael-miguel-luth-xvii-582-594-actualites-1_Miguel-Yisrael,-lutenist(c)Jean-Baptiste-MillotIl n’existe aucune maison d’édition de cette ampleur pour ces instruments. Dans un souci de démocratisation des répertoires, Le Luth Doré ambitionne aussi de publier la transcription des partitions de luth pour la guitare classique. Demain des millions de guitaristes dans le monde pourront enfin découvrir les oeuvres anciennes originellement conçues pour le luth mais d’une certaine façon si proche de leurs instruments actuels. Un vaste territoire s’offrira à eux. Enfin, les ateliers du Luth Doré fabriquent aussi des tourne chevilles, des chevilles, des singles, des accordeurs, des pupitres et bientôt des cordes. Une révolution est en marche : elle s’appelle Le luth Doré. A suivre. (Illustration ci contre : Miguel SERDOURA, luthiste et fondateur du Luth Doré)

 

 

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Toutes les infos sur le site du Luth Doré www.leluthdore.com, par mail: contact@leluthdore.com ou par courrier :  Le Luth Doré, 76, rue de la Verrerie 75004 Paris – 00 33 (0)6 01 81 34 21

 

 

 

LIRE aussi notre entretien avec Miguel SERDOURA, dossier spécial Le Luth en France au XVIIème siècle

READ our interview with Miguel Serdoura lutenist about his new cd : The Kings of Versailles / Les Rois de Versailles (english version)

 

LIRE notre présentation du cd Les Rois de Versailles par Miguel Serdoura, luth.

CD event. The Kings of Versailles. Miguel Serdoura, lute. Suites of Robert de Visée, Germain Pinel (1 cd Brilliants classics, 2014)

CD event. The Kings of Versailles. Miguel Serdoura, lute. Suites of Robert de Visée, Germain Pinel (1 cd Brilliants classics, 2014). Reward : CLIC from Cassiquenews, January 2015. By Camille Joyeuse. Translation : Sandy Hackney.

 

devisee pinel luth miguel yisrael les rois de versailles louis XIIIThe style of Louis XIV  was sumptuous and solemn, majestic and almost declamatory (without however being pompous: this is the mythical balance of a Lully), while his father, Louis XIII, inventor of the Versailles myth, was reserved, introspective and secret. Without decorative effects or the temptation of narcissistic exhibition, the lute player Miguel SERDOURA confirms here his amazing mastery of the instrument with which he knows how to explore every expressive nuance with a convincing style and modesty.  The performer combines the already known De Visée, with several Suites signed Germain Pinel, a true poet and alchemist whose sensitivity as virtuoso still astonishes by his sense of economy and intensity. This remarkable saturnian program inspired by the melancholy Louis XII, begins with the first of two Suites of Robert de Visée (circa 1665-1733): hymn and hommage to the deceased « Tombeau de Tonty”: Allemande (track 1) of a melancholic and elegant « depression » whose allusive finesse is exemplarily portrayed: eloquent, precise and clear, the realization of our lutenist amazes by his accuracy and his constant modesty. It is a melancholy and deep poison that embraces and cradles the heart.

 

CLIC_macaron_2014More alert and lively, the Gavotte which follows (track 2) allow us to recover our spirit. Superbly presented – and our favorite sequence, La Montfermeil: rondeau (track 3) not only captivates: it confirms an exceptional talent for allusion and poetic accuracy. For Classiquenews, Miguel SERDOURA is the prince of the lute, an artist able to show himself in control of the most demanding of all instruments : always offering a variation of accents, and signs of constant agogic richness that reveal the great dynamic control of the performer. How can one not think rhetoric, the outpouring of the  extraordinarily flamboyant palette of sounds produced by the plucked strings, and the  underlying sensuality that tempers the false austerity of a rediscovered Pinel.

 

Le Tombeaux du Vieux Gallot (another Allemande even more rich and astounding ) is a return to the suggestive delicateness of the beginning: the Tombeaux de Tonty which succeeds Gallot marks just as much the same spirit through its evanescence, modesty in half words, also developed in duration, of extreme languor and here again the delicacy of the performer captivates by its sense of the allusion between withdrawal of the mourning and the liveliness of the memory aroused as a portrait of the honored deceased. Bases are sumptuously sounded and produced according to a tactus in harmony with breathing.

 

Allusive and introspective, accurate and poetic, Miguel SERDOURA has not forgotten to provide the incredible nonchalance, the more relaxed extravagance of the Chaconnes du Grand Siècle, an art which excels in the model among all of Lully and his followers, and also De Visée and especially, as we shall see further on, Pinel. The Chaconne from track 5 is another accomplishment, between determination, swing, suspension, port and tension, supreme realization between do and let it do… flexibility of the playing, veiled ductility, infinitely melancholic, of style, that leaves us speechless.

 

The interest of the new disc of Miguel SERDOURA is not so much to assert the inspiration of De Visée as a lute composer but to emphasize here the deep breath of an absolute master, his predecessor Germain Pinel (circa 1600-1661), a true musical myth which Miguel Serdoura renders in his absolute uniqueness.The lutenist offer us literally a gift by playing alongside the best-known Suite in D minor, the two unpublished Suites in F major and G minor, of allusive and complex delicacy. Here, the incredible maturity of the musician join Pinel’s deeply French writing, refined and natural, irresistibly charming. Less developed, more essential and secret, the art of Pinel in miniatures of less then 3, 2 or even 1 minute, express each feeling with unparalleled depth. SERDOURA’s mastery of the lute fascinates again after a « Entrée de luth » (track 6) almost ghost-like, by an consumed dance like art and choreographic understatement: the Allemande (track 7) is quiet, peaceful and almost without tension or threat. More delicate because of a development less obvious, the Courante (track 8) surprises however by its structural concision and its fugacity which requires the lutenist’s absolute mastery even in the short duration of the piece.

 

The Sarabande (track 9), a world premiere, is one of the most developed sequences of the Suite: infinite languor, suspended over time with the power of resurrected evocation of the feeling we believed buried and gone. The strength of the lute is equal to this power, this violence of reiteration: Miguel SERDOURA is at this level, a master of the lute that remains unique to this day. To the languor of the earlier Sarabande, Pinel also adds to the Branle des Frondeurs (track 10) a renewed fluidity and suspended poetical drunkenness which radiates a hypnotic balancing, essentially choreographic: letting go doubles once again as a very elegant determination, emblem of a decidedly unique interpreter.

 

The conclusion of the Suite, Gigue (track 11) seems to release all the tension previously balanced, contained, as muzzled by the framework? This Suite in D minor is the pearl of the program: it focuses the essence of the saturnine thought, not demonstrative, of Pinel, so close to that of his brother in painting, the future Watteau (of the next generation).

 

Another magnificent accomplishment is the Suite in F major, also a world premiere recording. The Prelude (track 12) states an extreme sweetness: the very smooth and flexible eloquent Courante (track 14), is beautifully set out but subjugated by his extremely elegant nimbleness. It has the same sense of ecstasy and accomplishment for the Sarabande (track 15), yet more noble and majestic and also of exquisite tenderness. The final Double (track 17) seduces by his sovereign agility where the extreme virtuosity and agogic flexibility do wonders.

 

 

 

 

Miguel SERDOURA unveils the lute of Louis XIII

Allusive modesty, miracle of languorous poetry

 

Louis XIIIDe Visée seems almost too obvious and too clear compared to the more troubled and ambivalent complexity of Pinel. That is why the latest Suite of Pinel (in D minor), also a world premiere recording, is another major contribution of this finely defined  program: it is even more flowing, more natural, of a concise and refined fluid in which the play of subtleties of Miguel SERDOURA renders its amazing vibrations, the science of Interior colors, and a sense of astonishing progression which does not make any sacrifices to an expected formal frame. The Allemande cradles by its tenderness and its often surprising harmonic passages. It is also the most extended movement (3 min 24, track 24). The playing seems to follow, close to improvisation, the mysterious meanderings of the human soul. Very reserved and chaste until its conclusion, the Courante (track 25) is equally strong despite its fleetingness with its refined articulation. To what “Sçavante” (scholar) was intended this Sarabande of great sustain and superior intelligence (track 26)? The tone is that of a new serenity as a renunciation in the form of accomplishment.

 

yisrael-miguel-luth-xvii-582-594-actualites-1_Miguel-Yisrael,-lutenist(c)Jean-Baptiste-MillotBetween restraint and languor, mystery and enigma, Miguel SERDOURA has definitely distinguished himself. Finally the last Chaconne (track 27), and the longest (3 mn) marvels as a balancing intoxication, folding, as its progress, its enigmatic dress, tightened in a final mystery. The maturity of the playing, its finesse and suggestive intelligence are the miracle of this enchanting disc: it is an incredible tribute to the great lutenists of early 17th century France. Thus the lute is reborn from the ashes: while so many theorbists and guitarists cultivate facility, Miguel SERDOURA stubbornly persists with grace and elegance on the lute (here an 11 course baroque lute). Mirror of a taciturn and lonely King with exquisite taste, the lute is as indicated in the title of the cd of Miguel SERDOURA, the true King of Versailles. The interpreter has not only put forth here his best record: he is also at the pivot of his career, a stepping stone for him to cross into a new international adventure where the lute has more than ever its place (read our exclusive interview with the lute player Miguel SERDOURA). For rehabilitation and the rediscovery of the art of playing the lute, no doubt: this superlative recording will count. A landmark for the resurrection of the lute?

 

CE review. Miguel SERDOURA, lute. The Kings of Versailles: Robert de Visée, Germain Pinel : Suites for lute. 1 cd Brilliants classics, December 2014. Recorded in June 2014 (Cessigny, France). LIRE la critique originale française par Camille de Joyeuse.

 

CD. Les Rois de Versailles. Miguel Yisrael, luth (1 cd Brilliants classics, 2014)

devisee pinel luth miguel yisrael les rois de versailles louis XIIICD événement, compte rendu critique. Les Rois de Versailles. Miguel Yisrael, luth. Suites de Robert de Visée, Germain Pinel (1 cd Brilliants classics, 2014). Autant Louis XIV fut fastueux et solennel, majestueux et presque déclamatoire (sans cependant être pompeux : voilà l’équilibre mythique d’un Lully), autant son père, Louis XIII, premier inventeur du mythe versaillais, fut réservé, introspectif et secret. Sans effet décoratif ni tentation de démonstration narcissique, le luthiste Miguel Yisrael confirme ici son étonnante maîtrise de l’instrument dont il sait explorer chaque nuance expressive avec ce style et cette pudeur qui convainquent. Au Visée déjà connu, l’interprète associe plusieurs Suites signées Germain Pinel, véritable poète alchimiste dont la sensibilité aussi virtuose que resserrée époustoufle par son sens de l’économie et de l’intensité.

CLIC D'OR macaron 200Ce remarquable programme dans les champs saturniens d’un souverain mélancolique, débute avec la première des deux Suite de Robert de Visée (circa 1665-1733) : Hymne et hommage au défunt d’abord ” le tombeau de Tonty”: Allemande (plage 1) d’une dépression mélancolique et élégante dont la finesse allusive est exemplairement conduite : éloquente, précise et claire, la digitalité du luthiste émerveille par sa justesse et sa constante pudeur. Comme une langueur et un profond poison qui étreint et berce le coeur.

Plus alerte et vive, la Gavotte qui suit (plage 2) permet de recouvrer ses esprits. Superbement investie, – et notre séquence favorite La Montfermeil : rondeau (plage 3) ne fait pas que captiver : elle confirme un talent exceptionnel pour l’allusion et la justesse poétique. Pour classiquenews, Miguel Yisrael est bien le prince du luth, un artiste hors norme capable de s’imposer dans la maîtrise du plus exigeant des instruments. :  chaque reprise offre une variation d’accents, signe d’une constante richesse agogique, révélant la grande maîtrise dynamique de l’interprète. Comment ne pas penser
froissement, affleurement, palette extraordinairement flamboyante de sonorités produites par les cordes pincées, en une sensualité sousjacente qui tempère la fausse austérité d’un Pinel ainsi redécouvert.

Le Tombeau du Vieux Gallot (autre Allemande aux nuances plus riches et confondantes encore) est un retour à la délicatesse suggestive du début : l’Allemande de Tonty à laquelle succède ce Gallot qui marque tout autant l’esprit par son évanescence, pudeur à demi mots, tout aussi développée en durée, d’une langueur extrême et là encore la finesse de l’interprète captive par son sens de l’allusion, entre repli du deuil et la vivacité du souvenir suscité comme un portrait du défunt honoré. Les graves somptueusement conduits et amenés selon un tactus qui suit la respiration du pleur.

Allusif et recueilli, juste et poète, Miguel Yisrael n’oublie pas pour autant la nonchalance inouïe, ce basculement plus relaché des Chaconnes du Grand siècle, un art où excelle le modèle entre tous, Lully, et ses suiveurs, dont les Visée et surtout comme nous le verrons plus loin, Pinel. Ainsi la Chaconne de la plage 5 est un autre accomplissement, entre détermination, balancement, suspension, port et tension, suprême réalisation entre le faire et le laisser faire… souplesse du jeu, ductilité voilée infiniment mélancolique du style laissent sans voix.

CD. Miguel Yisrael : le luth, roi de Versailles !L’intérêt du nouveau disque de Miguel Yisrael n’est pas tant d’affirmer l’inspiration de Visée au luth que de souligner la profonde inspiration d’un maître absolu ici, son prédécesseur Germain Pinel (circa 1600-1661), véritable mythe musical dont Miguel Yisrael restitue l’absolue singularité.Le luthiste nous régale littéralement en jouant aux côtés de la Suite en Ré mineur plus connue, les deux inédites Suite en Fa majeur et en Sol mineur, d’une délicatesse allusive arachnénenne. ici, la maturité inouïe du musicien rejoint l’écriture de Pinel si essentiellement française, raffinée et naturelle, d’un charme irrésistible. Moins développé, plus essentiel et secret, l’art de Pinel en quelques miniature de moins de 3 mn, autour de 2 mn et même 1 mn, exprime chaque sentiment avec une profondeur inégalée. Sa maîtrise du luth fascine davantage encore après une “entrée du luth” (plage 6) quasi fantomatique, par un art consommé de la danse et de la litote chorégraphique : l’Allemande (7) est calme, paisible presque sans tension ni menace. Plus délicate car d’une développement moins évident et manifeste, la Courante centrale (8) étonne cependant par sa concision structurelle et sa fugacité qui exige du luthiste une maîtrise absolue dans la durée même courte de la pièce.

La Sarabande (9), en première mondiale, est l’une des séquences les plus développées de la Suite : langeur infinie et suspendue d’un temps révolu où la puissance de l’évocation ressuscite jusqu’au sentiment que l’on pensait enfoui et enseveli. La force du luth tient à cette puissance, à cette violence de la réitération : Miguel Yisrael se situe à cette hauteur de ton, un maître luhtiste unique à ce jour. A la langueur de la Sarabande antérieure, Pinel ajoute aussi  dans le Branle des Frondeurs, une fluidité renouvelée d’une ivresse suspendue où rayonne un balancement hypnotique, d’esprit essentiellement chorégraphie : le lâcher prise se double d’une détermination élégantissime là encore, emblème d’un interprète décidément unique.

Conclusion de la Suite, la Gigue (plage 11)semble libérer toute la tension précédemment mesurée, contenue, comme muselée par le cadre ? Cette Suite en D minor est la perle du programme  : elle concentre la pensée saturnienne, essentielle, en rien démonstrative de Pinel, si proche en cela de son frère en peinture, le futur Watteau (de la génération suivante).

Autre somptueuse réalisation, La Suite en Fa (plages 12 à 17), de surcroît inédite, enregistrée en première mondiale. Le Prélude (12) affirme une douceur extrême : l’éloquence souple et très onctueuse de la Courante (14), admirablement énoncée subjugue par son délié élégantissime. Même sentiment d’extase et d’accomplissement pour la Sarabande (15), plus noble et majestueuse encore et aussi d’une tendresse exquise. Le final indiqué “double” (17) séduit par cette agilité souveraine dont l’extrême virtuosité et la souplesse agogique font merveille.

 

 

 

Miguel Yisrael dévoile le luth de Louis XIII

Pudeur allusive, miracle de poésie langoureuse

Visée paraît presque trop évident et trop clair comparé à la complexité trouble et ambivalente de Pinel. Justement la dernière Suite de Pinel (en Ré mineur), également enregistrée en première mondiale est un autre apport majeur de ce programme ciselé : elle est même d’un ton plus fluide encore, plus naturel, d’un eau raffinée et concise à laquelle le jeu tout en nuances de Miguel Yisrael restitue ses vibrations étonnantes, la science des couleurs intérieures, un sens de la progression étonnant qui ne sacrifie à aucun cadre formel attendu. L’Allemande berce par sa tendresse et ses passages harmoniques souvent surprenants. C’est d’ailleurs le mouvement le plus développé (3mn24!, plage 24). Le jeu semble suivre, proche de l’improvisation, les méandres mystérieux de l’âme humaine. Très réservée et pudique jusqu’à l’effacement, la Courante 25) s’impose tout autant malgré sa fugacité par sa finesse articulée.
A quelle ” Sçavante ” fut destinée cette Sarabande d’une fermeté de maintien et d’une intelligence supérieure (plage 26)? Le ton est celui d’une sérénité nouvelle comme d’un renoncement en forme d’accomplissement.

yisrael-miguel-luth-xvii-582-594-actualites-1_Miguel-Yisrael,-lutenist(c)Jean-Baptiste-MillotEntre retenue et langueur, mystère et énigme, Miguel Yisrael se distingue définitivement. Enfin la dernière Chaconne (27), et la plus longue du cycle (3mn) émerveille comme un balancement enivré, repliant au fur et à mesure de son avancée, sa robe énigmatique, resserrée dans un mystère final. La maturité du jeu, sa finesse et son intelligence suggestives font tout le miracle de ce disque enchanteur : c’est un hommage inouï aux grands luthistes du premier XVIIème français. Ainsi le luth renaît de ses cendres : alors que tant de théorbistes et guitaristes cultivent la facilité, Miguel Yisrael s’entête avec grâce et élégance sur le luth (ici à 11 chÅ“urs). Miroir d’un Roi taciturne et solitaire, au goût exquis, le luth est bien comme l’indique le titre du cd de Miguel Yisrael, le vrai Roi de Versailles.
L’interprète ne fait pas que signer son meilleur disque : il est aussi à la charnière de sa carrière, un tremplin s’ouvre à lui que croise aussi une nouvelle aventure internationale où le luth a plus que jamais toute sa place (lire notre entretien exclusif avec le luthiste Miguel Yisrael). Pour la réhabilitation et le jeu retrouvé du luth, aucun doute : ce disque superlatif comptera. Une borne pour la résurrection du luth ? Cd événement : CLIC de classiquenews en janvier 2015.

 

 

Miguel Yisrael, luth. Les Rois de Versailles : Robert de Visée, Germian Pinel : Suites pour luth. 1 cd Brilliants classics. Enregistré en juin 2014 (Cessigny, France). LIRE aussi notre compte rendu critique en anglais, traduction de Sandy Hackney

 

 

INTERVIEW with Miguel SERDOURA, lutenist, about the lute in France in the 17th century

yisrael-miguel-luth-xvii-582-594-actualites-1_Miguel-Yisrael,-lutenist(c)Jean-Baptiste-MillotInterview with Miguel SERDOURA lutenist, about his new cd: “The Kings of Versailles ». By dedicating his new album to the kings of the lute at Versailles, especially the composers and lutenists under Louis XIII and Louis XIV, Germain Pinel and Robert de Visée, Miguel SERDOURA highlights the golden age of the lute in the 17th century in France: a solo instrument that embodies the taste, the education, the perfection of style and manners, recognized and adopted by the sovereign, the Queens and their intimates. But Miguel SERDOURA has done more than reveal the difficult art and virtuosic, poetic and contemplative side to this legendary instrument: the young lutenist, one of the best pupils of Hopkinson Smith, also through own project return to the lute the fame and fascination it exercised at the time of its glory… Serdoura is not only a subtle performer, he is now an ambitious entrepreneur creating a new adventure for the lute. Here is an exclusive interview with Miguel Serdoura about his new album: “The Kings of Versailles” a new cd to be published December 1, 2014.

 

 

 

 

Why did you choose Germain Pinel and Robert De Visée? What do we learn of the taste of Louis XIII and what aesthetics are revealed?

CD. Miguel Yisrael : le luth, roi de Versailles !We have only a few recordings of French music for the baroque lute. This is due to our lack of knowledge of the life of the french lutenists of the 17th century as well as the style of their music. The choice of these  two composers is first both musicological and historical.  It is a question of returning the lute to the place that it held in the 17th century in France: the instrument of Kings and the King of instruments. From her childhood in Florence, Marie de Medici played the lute and when she became queen of France, she had lutenists constantly among her close followers. Jean Héroard, the doctor charged with constantly looking after the young Louis, the future Louis XIII, from the hour of his birth, provides us with numerous anecdotes that show the importance of this instrument in the private lives of the kings of France. Thus, Jean Héroard tells us that one of the little prince’s first toys was a lute. At three years of age, in 1604, « he asks for his lute, brings it at ten o’clock to the Queen to show her how well he can play it ». A lute playing groom of the chamber (valet de chambre), Florent Hindret (or Indret), was from the first hour, charged with singing and playing the lute to send the child-king to sleep. Two years later, the king « takes a big lute, and has Indret stop the strings on the fingerboard, while he plucks the strings ». When the young Louis XIII had regained power, the power his mother had confiscated from him, he had the Spanish courtiers and their ladies who surrounded his wife thrown out and replaced by a French court. It was Ennemond Gaultier who was then chosen to teach the lute to the young queen, Anne d’Autriche, who until that moment had only played the guitar, a typically Spanish instrument.

luth_1652Germain Pinel (c. 1600-1661) was not only lutenist at the Court of Louis XIII, but he had the privilege to have been selected to teach the young Dauphin, future Sun King, his 9-year-old to the age of 18. Pinel then worked, until his death, at the Court of Louis XIV, after the death of Louis XIII. Until I made this recording, there was only a few scattered recordings of the works of Pinel. One wonders how is it possible, that one of the most essential lutenists of the French baroque, who held one of the most important positions in the Court of the Kings of France, could be so little today? After investigation into his music, the answer became obvious: Pinel is not like the other composers of his time – he is different. Understanding his music requires a deep immersion in his style.  His music is nothing like that of his contemporaries (the Gaultier for example). The most striking example are the unmeasured 3 Preludes on my disk.  Pinel’s music is probably the most refined and the most elitist of all that was written for the French baroque lute. Each note has no meaning unless it is essential after full analysis of the sound and the style of the piece. I will give a modern literary example so that we can better understand the complexities of this music: Pinel is to French music for baroque lute as Jorge Luis Borges is in contemporary literature: extreme sophistication, playing with a great profusion of references, claiming an inimitable and complex style. Similarly, the musical language of Pinel is immense, sometimes confused, but with deep meaning.

luth portrait luthiste 1661For Robert De Visée (c. 1665-1732/3), everything is much more prosaic: his music is beautiful, inspired by the pleasures of the Ballet so loved by Louis XIV.   De Visee’s music is direct and elegant.  It is certainly much easier for the listener to understand. For the lutenist, it is ‘easy’ music but can delight in its skilled composition (one can hear that on the 2 Tombeaux on my recording). To sum up, the two composers summarize the reign, the style, the spirit of Louis XIII and Louis XIV.   For Louis XIII, the music is intimate, deep, spiritual, reserved and discreet, very internalized, but remains modest in its presentation.  But for Louis XIV,  there is expressed the love of himself and easy pleasures – he was a megalomaniac (and a guitar player!). Louis XIII is embodied in  Pinel, and Louis XIV in De Visée.  And were they not all Kings of Versailles!

What instrument do you play? What are its qualities?

 

For several years, I researched different luthiers, different kinds of Baroque lutes (French, German, etc.), in order to come closer to the great Parisian lutenists of the 17th century. I myself am Parisian, and I tried to put myself in their mid and spirit.   I studied the musicological texts describing how the French lutenists went to Bologna, in Italy, in the early 17th century, to buy lutes by Laux Maler, described as the father of all luthiers by Ernst Gootlieb von Baron, a  great composer and German musicologist of 18th century. So I ordered 2 Laux Maler lutes by two different makers (there are 5 original Laux Maler lutes worldwide today). I play on this disc an 11-course lute after Laux Maler built in 2012,  by Cezar Mateus, a luthier able to transform my aesthetic ideal into the lute of my vision.

Le luth au XVIIème : Roi des instruments, instrument des RoisThe particularity of Laux Maler lutes is obvious when compared to other lutes: the body is very elongated (somewhat tear-shaped); further, the back of the body is very flat, while all other lutes have deeper backs. The French lutenists prized his Lutes so much that they paid top dollar (the Italians complained at the time because they suspected buyers speculated on the prices of these lutes that they also wanted).  In part they all recognized the great clarity of sound which was due, I believe, to the fact that the body was very flattened. A shallower body allows the  sound to emerge more quickly.  French music is subtle with many amenities. Therefore it requires clarity and speedy execution.  The French music for baroque lute is infused with the understanding of the rhetorics. A speech that is able to convince its auditor is not a forceful speech with many words; It is a speech of clarity and precision. That’s what I’m trying to express through my organologic, musicological and technical research. But there are other aspects like the choice of wood (the best is always maple) as reported to us in treaties such as the “The Burwell Lute Tutor” published in the 17th century; the position of the bridge, etc…,  Mary Burrell also tells us that the French bought old Laux Maler lutes not only for the construction, but also because of the great age of the wood.

Why play a lute is different or even more difficult to play than the theorbo or the archlute, both being more frequent in concert today…?

In 1899, in an article entitled “Notes on the history of the lute in France”, Marie Bobillier writes that “amateur musicians are tired of the difficulties of the lute; they are moving toward the theorbo [and/or the archlute in Italy],  and the harpsichord and bass viol “.” In 1660, Nicolas Fleury published a method to learn easily how to play Basso continuo on the theorbo. In less than 10 years, dozens of other methods of the same kind, emerged, meeting new tastes, accommodating their laziness and vanity. Most amateurs, retreating from the serious and deep studies required to be skilled in the art of music would “decide to play parts only”, as the Fox of the fable dismisses the  inaccessible grapes.  Asked, said one  author in 1701, why they abandoned the lute, the instrument so touted and so harmonious, and which in thirty years will be more known in name only: they respond that it is too difficult.

artemisia-gentileschi-joueuse-de-luth-autoportrait-luthThe archlute and theorbo are accompanying instruments (the archlute was used only for Italian music, never for English, French or German music). These aren’t instruments for the solo repertory (despite a few rare works written for them). This was true in that time and this remains true today. Technically, the archlute and theorbo are more accessible instruments because they are strung  with single strings, like a classical guitar. Earlier this was often not the case because these instruments were strung with double strings – sometimes not the bass. But today nobody does, in order to make the instrument more simple and of easy execution. The lute was strung at the time, and also today, with double strings. It is precisely this that allows all the beauty and refinement of the lute.   Also, and as in any field of classical music, chamber music is generally less demanding than solo (except rare exceptions where the composer wrote an obbligato part). Basso Continuo is even less (from the technical point of view and interpretation) because it consists only to accompany or play a simple bass line to support a singer or a violinist. In an orchestra, the theorbo or the archlute today are difficult to hear on live performances (large orchestras, oversized rooms, small numbers – often only one  player on the theorbo and archlute…).  Earlier, the orchestra contained several theorbos,  archlutes or baroque guitars to solve the problem. You will not usually find this arrangement today (the fault lies with the organizers of concerts and conductors who prefer sacrificing two or three lutenists and keep one for visual aesthetics, due to financial constraints, so they say).  Continuo playing therefore allows the baroque  guitar, archlute and theorbo players to blend into any sort of set and by so, there is an increasing demand (which is very positive).  Concerts with the solo lute are rare because organizers are more prone to ensemble music with basso continuo because it attracts the eye and the masses.

The solo lute (there is more repertory written for solo lute than for any other instrument… before the modern piano) seeks not only a great technical requirement and musicality on the part of the interpreter (we are talking about an instrument that is probably the most delicate, fragile and refined of all the instruments of the Western world) but also demands attention on the part of the listener. During a recital of lute, it is not uncommon to experience true moments of meditation and pure contemplation. It is the strength of the lute and its music: it leads the listener into a very personal and intimate experience with the sound and with oneself. No other instrument has quite this ability. In this regard, the Treaty of the 17th century by Mary Burwall said « Of all the arts that I know there is none that engages more the inclination of men than the lute, for ravishing the soul by the ear and the eyes by the swiftness and neatness of all the fingers ». Mary Burwell continued: « In effect, it seems that the lute was only invented for the soul, because the soul is soon weary and glutted of all other things except the lute. And if we consider all the works and handicrafts of the world, we will find that there is none where all the fingers of b!oth hands are absolutely necessary but the lute ».

How do you explain the lack of current interest in the lute? Neither festival, concert and recital organizers are taking the risk to program the solo lutenists? Is this linked to the sound of the instrument, the volume suitable only for small circles of listeners, at a time when they want mainly to fill more and more large rooms?

LUTH 1650Several aspects need to be taken into account: the practice of the lute is still little known because those wishing to play still have difficulty procuring not expensive and good quality instruments… not to mention that they need to wait 2 or 3 years for a luthier construct one for them.   How to start  studies from the earliest age, if you have no quality instruments available for purchase or rental? Also very few publishers sell music for the lute (almost everything is still in the libraries in facsimile… and in addition filled with errors). We can add to this the fact that many programmers of concerts today, and small independent labels, are no longer really artistically directed, but sell (without much success, by the way) and force the public always to hear the same works of Vivaldi or Bach. The argument of the organizers on how intimate the lute and its lesser volume, leading to the non-programming of recitals of small ensembles around the lute or the solo lute, shows not only a great lack of culture but also a lack of vision of a musical world richer culturally than just  making noise and speaking louder than its neighbor. Silence is a sign of education, sophistication and a spiritual quest. The lute is one of the rare musical instruments of the Western world capable of responding to the major components of the soul, and we must do everything to share this beauty with the highest number. Incidentally, I’m working on a large project (in France and the United States), with dozens of musicians but also business leaders from around the world: this project will be made public in two or three months. It is going to change the reality of the lute, early guitars and mandolins today, I hope, in a decisive way. But I can’t say more for now.

In the 17th, how do you explain the favor for the lute? How to  manifest this favor and this specific taste?

Le luth, instrument des Rois, roi des instrumentsIn France, as well as in the intimate circle of the royal family, the lute was relished by the aristocracy, by men of letters and also by the wealthy bourgeoisie. The powerful in the realm always maintained a lute player in their outer or inner court circle. Being able to play the lute was a guarantee of success in the eyes of the great of that world. At the end of the 19th century, the musicologist Marie Bobillier writes that « It is to stand out in some way that the Count of Fiesque, in spite of rather mediocre musical talents, began to study singing and theorbo playing which caused him infinite suffering. It is to flatter Anne d’Autriche that all the people of the court, beginning with the most powerful of the realm, the cardinal de Richelieu, wanted to play the lute ».12 Indeed, she tells us that « women in particular, all prided themselves in their knowing tablatures, and how to play this fashionable instrument at least a little, or if not to cherish and admire it ».13 It was in the Parisian salons run by high society women such as Mme de Rambouillet, Mlle de Scudéry, Mme de la Sablière or the beautiful Mme Scarron (who thirty years later secretly married Louis XIV and became Mme de Maintenon) that the preciosity movement was born. Seeking extreme refinement in deportment, in ideas and language, the Précieuses delighted in subtlety of thought and language, intellectual games and discourse on love. These society salons were also musical gatherings, and as in the courts of Marie de Medici and of Anne d’Autriche, the desire to rise above the ordinary found expression in the lute. The skills of Ninon de L’Enclos, made her famous, while still a child. Mademoiselle Paulet distinguished herself through her singing which she accompanied on h!er lute. Charles Mouton, whose compositions marked the zenith of the French lute, was frequently invited to play at the Scarron’s.

devisee pinel luth miguel yisrael les rois de versailles louis XIIIThe lute was also the favorite instrument of an “honest man”. The honest man (l’honnête homme) is a model of humanity that emerged in the 17th century from the pen of moralists and the writers of the time. The honest man is a being of contrasts and balance.   He embodies a tension that results from the search for balance between body and soul, between the demands of life and thought, between the secular (closer to the fashionable gathering of the Précieuses) virtues and spiritual virtues. The honest man in this continual adaptation must have the nature to lead. His behaviour responds to this fundamental imperative. It prohibits affectation, not trying to seem what he is not, strives to be simple, refuses exaggeration, and defends the positions of balance. The conception that the honest man knows is a direct consequence of the role that is his own. The diversity of environments that he inhabits obliges him to encompass a vast field of knowledge. He possesses enlightenment in all subjects. The moderation of the volume of the lute, but also the incredible versatility possible in musical discourse with this instrument makes us understand now why it was so appreciated and respected in the 17th century in France, but also all over Europe.

Translated from French by Sandy Hackney 

Interview by Alexandre Pham in November 2014.

Read our presentation of the cd Kings of Versailles by Miguel Serdoura, lute (in french).

Read our record (special file) the history of the lute in France in the 17th century: a golden age of musical perfection (in french)

Lire notre entretien avec Miguel Serdoura en français

ENTRETIEN avec Miguel SERDOURA, luth, à propos du luth en France au XVIIème

yisrael-miguel-luth-xvii-582-594-actualites-1_Miguel-Yisrael,-lutenist(c)Jean-Baptiste-MillotENTRETIEN avec le luthiste Miguel SERDOURA, à propos de son nouveau cd : ” Les Rois de Versailles “. En dédiant son nouvel album aux Rois du luth à Versailles, en particulier les compositeurs et luthistes sous Louis XIII et Louis XIV, Germain Pinel et Robert de Visée, Miguel Serdoura souligne l’âge d’or du luth au XVIIè en France : un instrument soliste qui incarne le goût, l’éducation, la perfection du style et des manières, reconnu et adopté alors par le Souverain, les Reines et leurs proches. Mais Miguel Serdoura fait plus aujourd’hui que dévoiler l’art si difficile et virtuose, poétique et contemplatif d’un instrument légendaire : le jeune luthiste, l’un des meilleurs élèves d’Hopkinson Smith, entend aussi grâce à son propre projet restituer au luth, sa notoriété et la fascination qu’il exerçait au temps de sa gloire… L’artiste n’est pas qu’un subtil interprète, c’est désormais un entrepreneur ambitieux porteur d’une nouvelle aventure pour le luth. Entretien exclusif avec Miguel Serdoura à propos de son nouveau disque : ” Les Rois de Versailles “. nouveau cd à paraître le 1er décembre 2014.

 

 

 

Pourquoi avez-vous choisi Germain Pinel et Robert De Visée ? Que nous apprennent-ils du goût de Louis XIII et quelle esthétique leur mise en regard, révèle-t-elle ?

yisrael-miguel-une-home-actualites-582-594Nous n’avons à ce jour que très peu de disques de musique française concernant le luth baroque. Cela est dû à notre méconnaissance de la vie des luthistes français du XVIIème siècle ainsi que du style de leur musique. Le choix de ses deux compositeurs est d’abord d’ordre musicologique et historique : il s’agit de replacer le luth à la place qui a toujours été la sienne au XVIIème siècle en France : l’instrument des Rois et le roi des instruments.
Depuis son enfance à Florence, Marie de Médicis jouait du luth. Devenue reine de France, elle veille constamment à s’attacher le service des luthistes à sa suite.  Jean Héroard, le médecin chargé de s’occuper de façon permanente du petit Louis, le futur Louis XIII, dès l’heure de sa naissance, nous rapporte de nombreuses anecdotes qui montrent l’importance de cet instrument dans la vie intime des rois de France. Ainsi, Héroard raconte qu’un des premiers jouets du petit prince fut un luth. Il a trois ans en 1604. « Il demande son luth, le porte à dix heures chez la Reine pour lui faire voir comme il en joue ». Un valet de chambre joueur de luth, Florent Hindret (ou Indret) fut, dès la première heure, chargé de chanter et de jouer du luth pour endormir l’enfant-Roi. Deux ans plus tard, celui-ci « prend un grand luth, fait que Indret met ses doigts sur les touches et lui, il pince les cordes ».  Après que le jeune Louis XIII eût repris le pouvoir qu’accaparait sa mère, il fit chasser les courtisans et courtisanes espagnoles qui entouraient son épouse pour les remplacer par des Français. C’est Ennemond Gaultier qui fut alors choisi pour enseigner le luth à la jeune reine Anne d’Autriche, qui, jusqu’ici ne jouait que de la guitare, instrument typiquement espagnol. Par sa grande maîtrise du luth, il fut alors très en vue à la cour.

luth_1652Germain Pinel (c. 1600-1661) fut non seulement luthiste à la Cour de Louis XIII, mais il eut le privilège d’avoir été choisi pour enseigner le jeune Dauphin, futur Roi Soleil, de ses 9 ans à ses 18 ans. Pinel a ensuite travaillé, jusqu’a sa mort, à la Cour de Louis XIV, après la mort de Louis XIII.
Jusqu’au programme que j’ai choisi d’enregistrer pour ce disque, il n’existait que quelques enregistrements épars des Å“uvres de Pinel. Comment est-il possible, que l’un des luthistes les plus essentiels du baroque français, celui qui a occupé l’un des postes les plus importants à la Cour des rois de France, ait pu être ainsi ignoré de nos jours ? Après quelques semaines d’étude approfondie sur sa musique, la réponse est devenue une évidence : Pinel n’est pas comme les autres, il est différent. Comprendre sa musique demande une immersion profonde dans son style, jusqu’ici ignoré par la plupart des luthistes qui ne l’ont jamais joué. Sa musique ne ressemble en rien à celle de ses contemporains (les Gaultier par exemple). Les 3 Préludes non mesurés enregistrés dans mon disque en sont l’exemple le plus marquant. La musique de Germain Pinel est probablement la plus raffinée et la plus élitiste de tout ce qui fut écrit pour le luth baroque français. Chaque note n’a de sens que si elle s’impose après analyse globale du son et du style de la pièce. Je donnerai un exemple littéraire moderne afin qu’on puisse mieux comprendre la complexité de cette musique: Pinel est à la musique française pour luth baroque ce que Jorge Luis Borges est à la littérature contemporaine : d’ une extrême sophistication, jouant d’une grande profusion de références, affirmant un style inimitable et complexe. Les codes sont immenses, parfois confus, mais ils ont toujours un sens profond. Ainsi en est-il de la musique de Germain Pinel.
LUTH 1650Concernant Robert De Visée (c. 1665-1732/3), tout est bien plus prosaïque : sa musique est d’une grande beauté, très inspirée des plaisirs du Ballet qu’adorait alors Louis XIV. Musique directe, élégante ; c’est certainement beaucoup plus aisé pour l’auditeur de la comprendre. Pour le luthiste, c’est une musique « facile » mais on peut tout autant s’en délecter tellement elle est bien écrite (nous n’avons qu’a écouter les 2 Tombeaux enregistrés dans mon disque).
Pour résumer, les deux compositeurs résument le règne, le style, l’esprit de Louis XIII et de Louis XIV : le premier, Louis XIII, intime, très profond, spirituel, réservé et discret, très intériorisé, demeure modeste dans ses faits et gestes ; le second, Louis XIV, amoureux de lui-même, aimant les plaisirs faciles, est un mégalomane et un joueur de guitare. Louis XIII est Pinel, Louis XIV est De Visée. Et ils sont tous Les Rois de Versailles !

Quel instrument jouez vous ? Quels sont ses qualités propres ?

Depuis plusieurs années, je poursuis des recherches sur la lutherie, les différentes sortes de luths baroques (français, allemands, etc…), afin de m’approcher au plus près de ce qu’auraient pu faire les grands luthistes parisiens du XVIIème. Je suis moi-même Parisien, je me suis donc prêté au jeu en me plaçant dans leur peau. Je suis donc arrivé aux textes musicologiques qui nous expliquent que les luthistes français allaient à Bologne, en Italie, au début du XVIIème siècle, pour y acheter de vieux luths fabriqués par Laux Maler, celui que plus tard Ernst Gootlieb von Baron, grand compositeur et musicologue Allemand du XVIIIème siècle, présente comme le père de tous les luthiers. J’ai donc commandé 2 luths de Laux Maler à deux luthiers différents (il n’existent aujourd’hui dans le monde que 5 luths originaux de Laux Maler). Je joue sur ce disque un luth à 11 rangs de Laux Maler construit en 2012, à Princeton (États-Unis), signé Cezar Mateus, mon luthier de toujours et le seul qui arrive à transformer dans la matière, mon idéal esthétique sonore.

LUTH-home-dossiers-Jean-de-Reyn-luth-582-826-Lute-Player-about-1640La particularité des luths de Laux Maler est évidente, si on les compare aux autres luthiers : la caisse est très allongée (un peu comme une larme) ; surtout, le dos de la caisse est très plat, alors que tous les autres luthiers font des caisses plus profondes. Si les luthistes français prisaient tellement ses luths, au point de payer des fortunes (les italiens se plaignaient à l’époque car ils soupçonnaient les acheteurs de spéculer sur les prix des luths tellement ils les voulaient pour leur musique), c’est qu’ils goûtaient particulièrement leur grande clarté de son laquelle était due, selon moi, au fait que la caisse était très aplatie. Une caisse moins profonde fait que le son sort de la caisse plus vite. La musique française est faite de subtilité, surtout de beaucoup d’agréments. Il faut donc une grande clarté et une grande rapidité d’exécution. La musique française pour luth baroque est, on le sait depuis de nombreuses années, l’équivalent de la rhétorique. Un discours capable de convaincre son auditeur n’est pas un discours prononcé fort ni avec beaucoup de mots ; c’est un discours de clarté et de précision. Voilà ce que j’essaie d’obtenir dans mes recherches organologiques, musicologiques et techniques. Mais il y a d’autres aspects comme le choix des bois (le meilleur étant toujours l’érable, comme cela nous est rapporté dans des traités comme le « The Burwell Lute Tutor » publié au XVIIème siècle ; la position du chevalet, etc…, Mary Burrell nous explique aussi que les français achetaient les luths anciens de Laux Maler non seulement pour les raisons déjà évoquées mais aussi en raison du grand âge du bois de ses instruments.

 

 

 

Pourquoi jouer un luth est-il différent voire plus difficile que jouer le théorbe ou l’archiluth, ces derniers instruments étant plus fréquents en concert aujourd’hui…?

En 1899, dans un article intitulé « Notes sur l’histoire du luth en France », Marie Bobillier écrit que ” les amateurs se lassaient des difficultés du luth; ils se portaient vers le théorbe [et/ou l’archiluth en Italie], le clavecin et la basse de viole “. Déjà en 1660, Nicolas Fleury publia une Méthode pour apprendre facilement à toucher du théorbe sur la basse continue. Ainsi en moins de 10 années, des dizaines d’autres méthodes du même genre, ont vu le jour, répondant au nouveau goût, comme à la vanité (paresseuse) des amateurs. La plupart, reculant devant des études sérieuses et profondes tenaient cependant à paraître habiles dans l’art de la musique; ils « renonçaient à jouer seuls des pièces », comme le renard de la fable renonce aux raisins inaccessibles. « On leur demande, dit un auteur en 1701, pourquoi ils ont abandonné le luth, cet instrument si vanté et si harmonieux, et qui dans trente ans ne sera plus connu que de nom: ils répondent qu’il est trop difficile ».

artemisia-gentileschi-joueuse-de-luth-autoportrait-luthLe théorbe et l’archiluth sont des instruments d’accompagnement (l’archiluth ne fut utilisé que pour la musique Italienne, jamais pour la musique Anglaise, Française ou Allemande) ; ce ne sont pas des instruments de répertoire soliste (malgré quelques Å“uvres, rares, écrites pour eux). Cela été vrai à son époque, et cela reste vrai aujourd’hui. Techniquement, le théorbe et l’archiluth sont des instruments plus  accessibles car ils sont cordés aujourd’hui toujours avec des cordes simples, comme une guitare classique. A l’époque cela ne fût souvent pas le cas car on cordait ces instruments avec des doubles choeurs (parfois pas les basses, etc). Mais aujourd’hui personne ne le fait, justement pour rendre l’instrument encore plus simple et facile d’exécution. Le luth, lui, est cordé toujours, à l’époque, mais aussi aujourd’hui, avec des cordes doubles. C’est justement là qui découle toute la beauté et le raffinement de ses instruments. Aussi, et comme dans tout domaine de la musique classique, la musique de chambre est en général moins exigeante que la musique soliste (sauf rares exceptions où le compositeur écrit une partie obligato). La basse continue l’est encore moins (du point de vue technique et de l’interprétation) puisque il ne s’agit que de réaliser des accords, ou de jouer une simple ligne de basse pour soutenir un chanteur ou un violoniste. Dans un orchestre, on constate que le théorbe ou l’archiluth ne servent aujourd’hui pas à grande chose puisqu’on ne les entend jamais (orchestres trop bruyants, salles trop grandes, effectifs trop petits, souvent 1 seul joueur de théorbe ou d’archiluth…). A l’époque, on faisait appel à plusieurs théorbes, archiluths ou autres guitares baroques pour résoudre le problème. Mais cela ne se fait presque plus du tout aujourd’hui (la faute en incombe aux organisateurs de concerts et aux chefs d’orchestre qui préfèrent sacrifier deux ou trois luthistes et en garder un seul pour l’esthétique visuelle, au nom des contraintes financières)… La basse continue permet donc aux continuistes joueurs de théorbe, archiluth et guitare baroque, de se fondre dans toute sorte d’ensemble, et il y a une demande croissante (ce qui est très positif). Comme les organisateurs sont souvent plus enclins à la musique d’ensemble, car cela attire l’oeil et les masses, il est naturel de voir beaucoup de concerts de basse continue, et rarement de concerts avec des solistes (en ce qui concerne le luth).

Le luth solo (précision qu’il y a plus de répertoire écrit pour le luth solo que pour tout autre instrument… avant le piano moderne) demande non seulement une grande exigence technique et musicale de la part de l’interprète (nous parlons d’un instrument qui est probablement le plus délicat, fragile et raffiné de tous les instruments du monde occidental) mais il réclame aussi une toute autre attention de la part de l’auditeur. Lors d’un récital de luth, il n’est pas rare de vivre de vrais moments de méditation et de pure contemplation. C’est la force du luth et de sa musique : conduire l’auditeur dans une expérience très personnelle et intime avec le son et avec soi-même. Aucun autre instrument à ma connaissance a cette capacité. A ce propos, le traité du XVIIème siècle de Mary Burwall dit « De tous les arts que je connaisse, aucun n’engage plus l’inclination des hommes que le luth, pour réjouir l’âme par l’ouïe et la vue d’une part et par la rapidité et l’habileté de tous les doigts, d’autre part ». On y lit encore : « en effet, il semble que le luth ait été uniquement inventé pour l’âme, parce que l’âme se rassasie et se fatigue rapidement de tout, sauf du luth. Et si l’on observe tous les métiers et artisanats du monde, on n’en trouve aucun où tous les doigts des deux mains soient autant nécessaires qu’au luth».

 

 

 

Comment expliquez-vous le peu d’intérêt actuel pour le luth ? Ni festivals, ni concerts, ni organisateurs de récitals ne prennent le risque de programmer les luthistes solistes ? Est-ce lié au volume sonore de l’instrument, taillé pour de petits cercles d’auditeurs à une époque on l’on recherche surtout à remplir des salles de plus en plus grandes ?

luth portrait luthiste 1661Plusieurs aspects sont à prendre en compte : la pratique du luth est encore peu généralisée car ceux qui désirent en jouer ont encore énormément de difficulté à se procurer des instruments bon marché et de bonne qualité, … sans compter qu’il leur faut attendre 2 ou 3 ans pour qu’un luthier leur en construise un. Comment ouvrir de nouvelles classes, dès le plus jeune âge, si vous n’avez pas d’instruments de qualité, disponibles à l’achat ou à la location ? Aussi, il n’y a que très peu d’éditeurs qui commercialisent les partitions pour le luth (tout est encore dans les bibliothèques, en version facsimilé, … et de surcroît rempli d’erreurs).
On peut ajouter à cela, le fait que beaucoup de programmateurs de concerts aujourd’hui, et les petits labels indépendants, ne font plus vraiment de direction artistique mais du commerce (sans grand succès, d’ailleurs) et forcent le public à écouter toujours les mêmes oeuvres de Vivaldi ou de Bach.

L’argument des organisateurs sur l’aspect intime du luth et de son volume moindre, étant associé à la non programmation des récitals de luth ou de petits ensembles autour du luth, montre non seulement un grand manque de culture mais aussi un manque de vision d’un monde musical plus riche culturellement que celui qui consiste à faire du bruit et à parler plus fort que son voisin. Le silence est le signe de l’éducation, du raffinement et d’une recherche spirituelle. Le luth est l’un des rares instruments de musique du monde occidental capable de répondre aux grands chantiers de l’âme, et nous devons tout faire pour partager cette beauté avec le plus grand nombre. D’ailleurs, Je travaille sur un très grand projet (en France et aux Etats-Unis), avec des dizaines de musiciens mais aussi des chefs d’entreprise, originaires du monde entier : ce projet sera rendu public dans deux ou trois mois ; il va bouleverser la réalité du Luth, des guitares anciennes et des mandolines anciennes aujourd’hui, je le souhaite, d’une façon décisive. Mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant.

Au XVIIème, comment expliquez-vous la faveur pour le luth ? Comment ce manifeste cette faveur et ce goût spécifique ?

cd miguel yisrael luth les rois de VersaillesEn France, en dehors du cercle intime de la famille royale, le luth était fortement prisé par l’aristocratie, par les lettrés mais aussi par la bourgeoisie aisée. Les puissants du royaume entretenaient toujours un joueur de luth dans leur grande ou petite cour. Jouer du luth était un gage de réussite auprès des grands de ce monde. À la toute fin du XIXe siècle, Marie Bobillier rapporte que « C’est pour se distinguer d’une façon quelconque que le comte de Fiesque entreprend, malgré d’assez médiocres dispositions musicales, l’étude du chant et du théorbe qui lui coûtent des peines infinies ; c’est pour flatter Anne d’Autriche que tous les gens de cour, à commencer par le plus puissant du royaume, le cardinal de Richelieu, veulent jouer du luth ».  Elle nous dit encore que les « femmes, en particulier, se piquent toutes de connaître la tablature, de toucher l’instrument en vogue, ou tout au moins de le chérir et de l’admirer ». C’est dans les salons parisiens tenus par des femmes de la bonne société, comme Mme de Rambouillet, Mlle de Scudéry, Mme de la Sablière ou la belle Mme Scarron – une trentaine d’années plus tard, elle épousera secrètement Louis XIV et deviendra Mme de Maintenon – qu’éclôt la préciosité. Recherchant un raffinement extrême du comportement, des idées et du langage, les Précieuses affectionnaient la subtilité de la pensée, les jeux de l’esprit, les discours sur l’amour. Ces salons mondains furent aussi musicaux, et, comme dans les cours de Marie de Médicis et d’Anne d’Autriche, le désir de s’élever au-dessus du commun passa par le jeu du luth et la maîtrise de sa technique. Les dispositions de Ninon de L’enclos, encore enfant, lui permirent d’acquérir une grande renommée, et Mademoiselle Paulet s’y distingua par son chant qu’elle accompagnait de son luth. Charles Mouton, dont les compositions marquent peut-être l’apogée du luth Français, était lui aussi, fréquemment invité à les jouer chez les Scarron.

devisee pinel luth miguel yisrael les rois de versailles louis XIIILe luth était aussi l’instrument de prédilection d’un « honnête homme ». L’honnête homme est un modèle d’humanité qui est apparu au XVIIe siècle sous la plume des moralistes et des écrivains de l’époque. L’honnête homme est un être de contrastes et d’équilibre. Il incarne une tension qui résulte de cette recherche d’équilibre entre le corps et l’âme, entre les exigences de la vie et celles de la pensée, entre les vertus profanes (plus proche des mondanités des Précieuses) et les vertus spirituelles. L’honnête homme, dans cette adaptation continuelle, doit avoir la nature pour guide. Tout son comportement répond à cet impératif fondamental. Il proscrit l’affectation, ne cherche pas à paraître ce qu’il n’est pas, s’efforce d’être simple, refuse l’exagération, défend les positions du juste milieu. La conception que l’honnête homme a du savoir est une conséquence directe du rôle qui est le sien. La diversité des milieux qu’il fréquente l’oblige à dominer un vaste champ de connaissances. Il possède des lumières sur tous les sujets. La modération du volume du luth mais aussi l’incroyable versatilité dans le discours musical possible avec cet instrument nous fait comprendre maintenant pourquoi il fût si apprécié et respecté au XVIIème siècle en France, mais aussi partout en Europe.

 

 

 

Propos recueillis par Alexandre Pham en novembre 2014.

approfondir

LIRE notre présentation du cd Les Rois de Versailles par Miguel Serdoura, luth.

LIRE notre dossier L’histoire du luth en France au XVIIème : un âge d’or de la perfection musicale

 

READ our interview with Miguel Serdoura lutenist about his new cd : The Kings of Versailles / Les Rois de Versailles (english version)

 

 

 

Dossier. Le luth en France au XVIIème

devisee pinel luth miguel yisrael les rois de versailles louis XIIIVersailles avant Versailles : la retraite de Louis le juste…  A l’occasion de la sortie de son dernier cd (intitulé « les rois de Versailles »), le luthiste Miguel Yisrael, élève virtuose d’Hopi (Hopkinson Smith) dédie son nouveau programme aux maîtres du luth à l’époque de Louis XIII et de Louis XIV, Germain Pinel et Robert de Visée. Outre la résurrection de Suites inédites, l’instrumentiste ajoute aussi un éclairage singulier et d’autant plus saisissant sur l’époque où le luth fut estimé tel le roi des instruments, ou l’instrument des rois, réservé à l’intimité de la Couronne, celle du Roi évidemment et de ses proches (famille, ministres, favoris…)… Dans cette évocation spécifique, le luth, Versailles composent une équation emblématique du goût de Louis XIII, souverain raffiné et solitaire, dont la faveur pour la musique fut aussi importante que celle de son fils, et davantage encore tourné vers le raffinement tendre et noble, porté par la maîtrise du luth… C’est Henri IV qui fait aimer Versailles au jeune dauphin, futur Louis XIII : à 6 ans, le garçon accomplit sa première chasse : le souvenir en sera indélébile. Versailles sera son domaine privé, intime même : inaccessible à sa mère, à son épouse. Ainsi le pavillon de chasse qu’il édifie en 1623. Auquel succède en 1631, le château brique et pierre qui est le cÅ“ur du palais de son fils Louis XIV. Mais quel est donc le secret de Versailles ? Contre toute attente et à rebours des célébrations fastueuses qui ont cours à présent, l’idée d’un temple de l’intimité, du repli entre hommes, est le vrai message de ce disque enchanteur et totalement visionnaire. Outre le répertoire défendu, qui se soucie du luth aujourd’hui ? Louis XIII de son vivant le considérait comme le lieu de sa retraite, où ni Marie de Médicis ni Anne d’Autriche, la mère et l’épouse, ne furent acceptées pour y coucher. Emblème de son tempérament solitaire voire saturnien, le luth retient l’intérêt du roi, incarne même au plus près son goût le plus personnel. Excellent luthiste, offrant pour ses intimes des concerts privés, Louis XIII n’autorisait pas les femmes, trop bavardes, trop inattentives… il y invite d’excellents joueurs de luths tels M. de Mortemar et M. de Schomberg.

 

Louis XIIIVersailles avant Louis XIV : le goût de Louis XIII Souvent malade, Louis XIII avoue sa résignation et son usure dans l’exercice du pouvoir : il appelle de ses voeux l’aptitude de son jeune fils à lui succéder au plus vite, afin de retrouver son cher Versailles, retraite espérée, attendue, chère à son coeur pour le repos de son esprit, pour l’équilibre et la santé de son corps éprouvé : «  … et je me retirerai à Versailles avec quatre de vos Pères, pour m’entretenir avec eux des choses divines et pour ne plus penser de tout qu’aux affaires de mon âme et de mon salut ». Louis XIII n’eut-il comme baume au coeur que son cher luth ?  Le roi des instrument règne de facto à la cour de France dès Henri IV. Le médecin chargé de la santé du jeune Louis XIII précise la place de l’instrument auprès du souverain : premier « jouet » qui lui est offert (en 1604, pour ses 3 ans!), le luth est le centre de toutes les attentions. Le petit Louis qui s’endort aux sons de la voix de son valet Florent Hindret qui joue du luth évidemment pour s’accompagner, montre à sa mère la Reine régente l’avancement de ses progrès. Marie de Médicis, joueuse de luth elle aussi, embauche Robert Ballard, son maître en la matière. A ce dernier se joint le père de Ninon de l’Enclos, Henri de L’Enclos, autre professeur de luth pour la Reine mère. Nombre de musiciens compositeurs tous joueurs de luth assurent le fonds sonore de l’éducation du prince, futur Louis XIII. Ainsi, Jean Mesnager et René Saman comme Gaultier de Lyon (dit aussi le vieux Gaultier ) paraissent dans les témoignages de l’époque.

 

 

 

 

Le luth à la cour de France…

luth_1652En 1615, Louis XIII épouse l’espagnole Anne d’Autriche : les deux ados âgés de 14 ans pendant leur nuit de noces, se manquent, ratent une union pourtant espérée. Le roi délaisse vite son épouse et préfère de toute évidence la compagnie virile. Anne d’Autriche prolonge en France, au cours de ses déplacements du Louvre à Fontainebleau ou au Château de Saint-Germain-en-Laye, les us de la cour ibérique où règnent les guitaristes.  A la mort de Louis XIII (1643), le dauphin futur Louis XIV n’a que 4 ans : à 8 ans, miraculé à la suite d’une variole aiguë, le jeune Louis reçoit ses premières leçons de… luth grâces aux soins de Germain Pinel. Le musicien enseignera ainsi au souverain jusqu’à ses 18 ans.  10 années d’un apprentissage fastidieux et formateur. Ce lien qui le rattache au souvenir de son père, se concrétise aussi pour l’amour de Versailles dont il fera sa résidence royale et le palais le plus fastueux de l’Europe baroque.

Pour parfaire l’éducation et les qualités de la reine Anne d’Autriche (qui ne jouait que la guitare), Ennemond Gaultier est nommé pour lui enseigner le luth. Puis les Bataille, Gabriel père et fils, sont maîtres de musique auprès de la Reine Anne d’Autriche quand le jeune luthiste Pierre de Nyert, remarqué par Louis XIII, devient son valet de la garde robe, puis celui qui lui chanta au luth des motets de dévotion sur son lit de mort.

 

luth_1653Le luth, instrument aristocratique. Miroir des coutumes royales, les cercles aristocratiques adoptent tout autant le luth dont la maîtrise est l’insigne d’une haute éducation et d’un raffinement prestigieux. Lettrés, intellectuels, bourgeois aisés partagent cette affection qui flattent leur statut et renforce leur dignité : Richelieu comme Louis XIII se délasse en écoutant son musicien favori, Michel Lambert, chanter des mélodies de sa composition en s’accompagnant au luth. Dans les salons parisiens, Mme de Rambouillet, Mlle de Scudéry, Mme de la Sablière ou la belle Mme Scarron – futur Madame de Maintenon, seconde épouse de Louis XIV-, cultivent elles aussi le goût du luth. Les Précieuses – épinglées dans leurs travers par Molière entre autres, favorisent jeux et joutes poétiques, divertissements musicaux où poésie et luth sont étroitement associés. Ninon de L’enclos et Mademoiselle Paulet gagnent une notoriété enviable. Charles Mouton, compositeur à la mode, assure l’éclat des soirées chez les Scarron.

Le luth s’impose comme instrument soliste, dévoilant son éloquence secrète et fascinante dans une série de Suite de danses qui lui sont spécifiquement réservées.  C’est Germain PInel qui écrit alors les Suites les plus abouties, d’une rêveuse austérité. A l’époque, le modèle le plus estimé vient de Bologne et porte la signature du luthier Laux Maler (c’est un fac similé de ce type que joue aujourd’hui Miguel Yisrael).

 

1730, la fin du luth en France… Réservé à la délectation intime, dans le cercle restreint de quelques initiés et amateurs, le luth, roi des instruments et instrument des rois, perd peu à peu son prestige et son rayonnement à mesure que l’essor des concerts, et la représentation théâtralisée fixée par Lousi XIV à Versailles, se déploient. Emblème de l’intimité, le luth ne se prête guère à la démonstration fastueuse et spectaculaire du pouvoir tel qu’il s’est développé dans le Versailles du Roi-Soleil (même si ce dernier continue de le goûter dans l’intimité réservée de ses salons privés – certes le Roi-Soleil préférera ensuite la guitare).

artemisia-gentileschi-joueuse-de-luth-autoportrait-luthDe fait, l’instrument polyphonique se retire peu à peu à mesure que l’orchestre et l’opéra de Lully s’imposent sur la scène lyrique et officielle.  A mesure aussi que le clavecin, autre instrument à cordes pincées se distingue alors dans le goût des nouvelles classes dirigeantes, suivant le modèle de Versailles.  A l’époque de Louis XIII, la musique est un exercice privé ; avec Louis XIV, elle est l’élément central de la propagande royale. Quand Rameau s’affirme à l’opéra avec son premier opus Hippolyte et Aricie (1733) au début des années 1730, le luth est devenu hors d’âge, un art du passé. Son jeu se perpétua cependant grâce aux Huguenots français qui l’avait cultivé ; contraint à l’exil dans les pays germaniques du nord, ils développèrent bientôt une école particulière que l’Autriche sut aussi féconder jusqu’au plein XVIIIème : c’est le sujet du cd  « Austria, 1676 », publié par Miguel Yisrael en 2012 qui y révélait ainsi une prodigieuse école du luth autrichienne, dont les compositeurs sont Wolff Jacob Lauffensteiner (1676-1754), Johann Georg Weichenberger (1676-1740).

CD. Les Rois de Versailles. Miguel Yisrael, luth baroque. Robert de Visée, Germain Pinel  (1 cd Brilliants classics). Parution : décembre 2014

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Abraham Bosse : allégorie des 5 sens : l’ouïe (DR)

Le luth au XVIIème : Roi des instruments, instrument des Rois

 

Portrait d’un luthiste français par Jean de Reyn, vers 1640

 

 

 

Approfondir

 

LIRE notre critique du cd Austria 1676 par Miguel Yisrael

LIRE notre entretien avec Miguel Yisrael à propos du cd Austria 1676

LIRE notre grand entretien avec Miguel Yisrael à propos du luth baroque réalisé en 2010

LIRE notre grand entretien avec Miguel Yisrael à propos du luth baroque en France au XVIIème, à l’occasion de la parution du cd Les Rois de Versailles (décembre 2014), réalisé en novembre 2014

 

 

 

CD, annonce. Miguel Yisrael : le luth de Louis XIII (parution chez Brilliant classics en décembre 2014).

Cover CD Les Rois de Versailles_V1CD, annonce. Miguel Yisrael : le luth de Louis XIII (parution chez Brilliant classics en décembre 2014). Miguel Yisrael, disciple d’Hopkinson Smith, est aujourd’hui le jeune luthiste le plus doué de sa génération, un tempérament rare qui défend, seul, la noblesse et l’élégance inégalables du luth, le roi des instruments (ou l’instrument du Roi, en particulier Louis XIII). Couronné « prince du luth » par la Rédaction de classiquenews, entre autres pour son dernier album dédié aux compositeurs autrichiens baroques et précisément à l’école viennoise,  – Austria, 1676 : Wolff Jacob Lauffensteiner (1676-1754), Johann Georg Weichenberger (1676-1740): Partitas-, Miguel Yisrael fait paraître un nouvel opus très prometteur annoncé en décembre 2014 qui met en lumière deux compositeurs renommés à l’époque de Louis XIII et de Louis XIV : Germain Pinel (circa 1600-1664) et De Visée (circa 1650-après 1732). Aboutissement d’un long travail de recherche sur l’instrument à la Cour de France, sur son statut privilégié au sein de l’élite politique française, le programme ainsi abordé gagne de nombreux éclaircissements qui soulignent l’irrésistible ascension du luth à l’époque de Louis XIII qui en jouait dès 3 ans, l’impose à sa Cour, lui consacre des cycles de « concerts » privés devant une assemblée choisie d’amateurs et de praticiens comme lui. Louis XIII joue du luth ; Louis XIV danse… la formule est certes un raccourci mais elle indique clairement le caractère saturnien, mélancolique, infiniment rêveur du père du Roi-Soleil dont on sous-estime la profondeur et la personnalité complexe…

Si Louis XIV qui en joue de 9 à 18 ans (grâce à son professeur, Germain Pinel), délaisse le luth pour la guitare (sous l’influence de sa mère espagnole), jamais le Roi Soleil n’oubliera le goût de son père, figure inégalée et référence du style monarchique : c’est Louis XIII qui invente le mythe de Versailles : un lieu où il aimait se retrouver seul et que son fils prit soin de magnifier à sa mesure. Avant l’artifice solennel des ornements du “grand Versailles “, celui de Louis XIV, Miguel Yisrael dévoile un pan oublié du goût français classique, celui du premier XVIIème, où Louis XIII favorise avec son luth, un art premier dont le raffinement était perdu. Le nouvel album édité en décembre chez Brillant classics devrait encore confirmer l’immense talent du jeune luthiste qui n’a jamais été aussi engagé pour la réévaluation du luth en France. Prochain dossier spécial dédié au Luth dans les colonnes de classiquenews, et compte rendu développé du cd Les rois de Versailles par Miguel Yisrael, luth, au moment de la parution de l’album, en décembre 2014.

CD, annonce. Les rois de Versailles. G. Pinel, R. De Visée. Miguel Yisrael, luth.  1 cd Brilliant classics. Parution annoncée courant décembre 2014.