Compte-rendu, opéra. Liège, Opéra Royal de Wallonie, le samedi 21 mai. Giuseppe Verdi : La Traviata. Stefano Mazzonis di Pralafera, mise en scène. Francesco Cilluffo, direction musicale.

Créée en 2009 à l’Opéra Royal de Wallonie, reprise en 2012, cette production de La Traviata de Giuseppe Verdi – signée par Stefano Mazzonis di Pralafera, également directeur artistique et général de l’institution liégeoise – est redonnée in loco avec une distribution entièrement différente.

 

 

Traviata

 

 

La soprano d’origine roumaine Mirella Gradinaru est une Violetta très convaincante, affrontant sans sourciller les coloratures de l’acte I, malgré quelques notes stridentes. Mais c’est face à Germont que cette Traviata se révèle, intelligente et émouvante, comédienne et chanteuse accomplie : « Dite alla giovine », attaqué sur le fil de voix, sera un moment d’exception, de même que son « Adddio del passato », longuement salué par la salle.

Dans le rôle d’Alfredo, le jeune ténor espagnol Javier Tomé Fernandez a pour lui un timbre plutôt séduisant et d’incontestables moyens naturels, mais l’assise technique doit encore être travaillée car des soucis récurrents de justesse se font jour, ainsi que des problèmes de souffle perceptibles notamment dans le fameux air « De’ miei bollenti spititi ». Le Germont du baryton italien Mario Cassi est plus faible, avec un fâcheuse tendance à chanter « vériste » et à faire « du son », au mépris le plus élémentaire du style et du phrasé verdiens. Il se montre également incapable d’exprimer – que ce soit vocalement ou scéniquement – la moindre empathie ou compassion que son personnage est censé éprouvé à la fin de la scène du duo avec Violetta. Dommage…

Dans la mise en scène de Stefano Mazzonis di Pralafera, la critique sociale est plus féroce que jamais. Mais, contrairement à d’habitude, le sommet de la cruauté n’est pas atteint par avec la diabolique intervention de Germont père. C’est ici beaucoup plus l’inhumanité d’une société tout entière qui est en cause, que les mesquines démarches d’un bourgeois soucieux de considération. Pour le reste, nous renvoyons le lecteur vers les judicieux commentaires de notre confère Adrien de Vries qui avait rendu compte de la reprise du spectacle en 2012. (Compte rendu critique, opéra : La Traviata de Verdi à l’Opéra royal de Wallonie, Liège, 2012)

Le jeune chef italien Francesco Cilluffo allie rigueur musicale et sens du théâtre, à la tête d’un excellent Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie, et d’un très bon chœur. L’enthousiasme de ce dernier à jouer les intermèdes des gitanes et des matadors et la solidité des rôles de complément achèvent de faire de ce spectacle un succès auprès du public liégeois.

 

 

Compte-rendu, opéra. Liège, Opéra Royal de Wallonie, le samedi 21 mai. Giuseppe Verdi : La Traviata. Violetta Valery : Mirela Gradinaru ; Alfredo Germont : Javier Tomé Fernández ; Giorgio Germont : Mario Cassi ; Flora Bervoix : Alexise Yerna ; Gastone de Letorières : Papuna Tchuradze ; Barone Douphol : Roger Joakim ; Marchese d’Obigny : Patrick Delcour ; Dottor Grenvil : Alexei Gorbatchev ; Annina : Laura Balidemaj. Mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera ; Décors : Edoardo Sanchi ; Costumes : Kaat Tilley ; Lumières : Franco Marri. Francesco Cilluffo, direction musicale.

 

 

Compte rendu, opéra. Liège. Opéra Royal de Wallonie, le 30 décembre 2014. Giacomo Puccini : Tosca. Barbara Haveman, Marc Laho, Ruggero Raimondi. Paolo Arrivabeni, direction musicale. Claire Servais, mise en scène.

raimondi scarpia tosca opera royal de wallonie liege decembre 2014Pour clore en beauté l’année 2014, l’Opéra Royal de Wallonie a offert aux liégeois un cadeau sans prix : les derniers feux du Scarpia de Ruggero Raimondi. Et en ce soir de dernière pour le légendaire baryton-basse italien, l’émotion était palpable devant ce qui était vraisemblablement son l’ultime incarnation du Baron. Le chanteur jette ainsi toutes ses forces dans la bataille, et on frémit de plaisir à son apparition, inquiétante et fantomatique, hantant littéralement le plateau. Avouons-le, nous venions avant tout voir le comédien se glisser une fois encore dans un rôle qu’il fait sien depuis bien longtemps, c’est le chanteur qui nous a pris par surprise, faisant tonner sa voix dès les premières notes, avec une puissance et un éclat que nous ne soupçonnions pas. Le temps a naturellement émoussé l’émail de l’instrument, le recouvrant d’un voile dans le médium, mais cette brume ne fait que rendre plus percutant encore l’aigu, véritable lame qui traverse la salle dès que la colère et l’autorité sont de mise. 

 

 

 

Raimondi souverain : celui devant qui tout Rome tremblait

 

En outre, on ne perd pas un mot des terribles paroles prononcées par le chef de la police, l’interprète prenant un plaisir gourmand à en distiller chaque syllabe, en grand diseur. Le personnage, arpentant lentement la scène en tournant autour de sa proie, se dresse ainsi dans toute sa noire grandeur, ce qui nous vaut un deuxième acte anthologique de désir à peine contenu et de cruauté amoureusement savourée. Un rare moment d’opéra, de ceux qui ne s’oublient pas, et qu’on est heureux d’avoir pu partager ce soir. Face à ce monstre sacré, les chanteurs paraissent galvanisés par l’aura d’un tel partenaire.

Tosca altière, noble et fière, Barbara Haveman, après un premier acte au vibrato incertain, offre le meilleur d’elle-même dans le deuxième, dardant des aigus puissants et un grave poitriné avec une rageuse ardeur, notamment lors du meurtre de Scarpia. Dans « Vissi d’arte », elle trouve de superbes piani, parenthèse d’une émouvante pudeur au milieu du drame qui se joue.

Pour son premier – et inattendu – Cavaradossi, Marc Laho surprend, se tirant avec les honneurs d’une écriture excédant pourtant ses moyens naturels. Le médium sonne ferme, l’aigu se déploie sans effort – malgré un manque de vaillance parfois –, et la diction demeure remarquable de limpidité. On attend maintenant avec impatience le ténor belge dans Nadir des Pêcheurs de perles, un rôle qui lui ira parfaitement.

Excellents également, les seconds rôles, de l’Angelotti franc et sonore de Roger Joakim au Sacristain impeccable de Laurent Kubla, sans oublier le Spoletta insidieux et percutant de Giovanni Iovino. Tout ce petit monde évolue avec évidence dans la mise en scène imaginée par Claire Servais, d’une simplicité toujours respectueuse du livret.

L’église, où la colombe du Saint-Esprit demeure comme un point de fuite, et le bureau de Scarpia, que domine un Christ en croix encadré par les lavis de Goya et leurs images de torture, illustrent parfaitement l’intrigue, laissant libre cours à l’expression des chanteurs. Seul le Château Saint-Ange déçoit par manque d’imagination, malgré un ciel rougeoyant du plus bel effet.

A la tête des forces de la maison wallonne, Paolo Arrivabeni tire, comme à son habitude, le meilleur du chœur et des musiciens, trouvant les tempi justes et ciselant en orfèvre l’harmonie tissée par Puccini, tout en sachant faire gronder son orchestre sans couvrir les voix. Une belle soirée, saluée par un public debout, à l’issue de laquelle on salue une fois encore la performance inoubliable de Ruggero Raimondi.

Liège. Opéra Royal de Wallonie, 30 décembre 2014. Giacomo Puccini : Tosca. Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après Victorien Sardou. Avec Floria Tosca : Barbara Haveman ; Mario Cavaradossi : Marc Laho ; Baron Scarpia : Ruggero Raimondi ; Cesare Angelotti : Roger Joakim ; Le Sacristain : Laurent Kubla ; Spoletta : Giovanni Iovino ; Sciarrone : Marc Tisson ; Le Geôlier : Pierre Gathier. Chœurs et Maîtrise de l’Opéra Royal de Wallonie ; Chef de chœur : Marcel Seminara. Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie. Direction musicale : Paolo Arrivabeni. Mise en scène : Claire Servais ; Décors : Carlo Centolavigna ; Costumes : Michel Fresnay ; Lumières : Olivier Wéry ; Assistant à la mise en scène : Rodrigue André

Liège. Grand concert Rameau symphonique par Bruno Procopio, annonce

Liège, OPRL. Bruno Procopio joue Rameau. Le 14 décembre 2014, 16h. Dans la Salle Philharmonique, voici un récital symphonique qui célèbre l’année Rameau 2014 et sur instruments modernes. Faire jouer Rameau, le plus grand compositeur baroque français, en dirigeant des orchestres modernes ? C’est le choix audacieux du chef Bruno Procopio. Après l’Orchestre Simón Bolívar de Caracas, le voici à Liege ce 14 décembre 2014, 16h pilotant l’OPRL, l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

Il a osé ce que personne avant lui n'avait osé, renouant avec l'audace de premiers conquérants et pionniers baroqueux : jouer et enregistrer Rameau à Caracas sur instruments modernes ! Le résultat dépasse nos attentes...

 

VOIR notre reportage Les Grands Motets de Rameau à Cuenca

 

 

L’élève au clavecin de Christophe Rousset qui a dirigé et enregistré les Grands Motets, les Pièces pour clavecin en concerts, n’en est pas à un défi près. Jouer Rameau sur des instruments qui ne sont pas anciens peut paraître contradictoire de la part d’un enfant de la révolution baroque. Il n’en est rien bien au contraire car l’expérience pourrait s’avérer particulièrement formatrice pour le chef et les musiciens. Nouvelle technique d’archet, réalisation des attaques, ornements, vibrato, phrasés. .. tout le vocabulaire instrumental est ici reformulé dans le sens de la lisibilité et de la clarté. Bruno Procopio apprend pour sa part de nouvelles facettes de sa maîtrise pédagogique. Le style et l’esprit des oeuvres Baroques en particulier la vitalité rythmique et l’esprit chorégraphique de Rameau, sa sensualité comme sa profondeur sont des clés redoutables pour réussir une immersion dans l’esthétique baroque.

Bruno Procopio : maestro assoluto !

 

 

VOIR notre reportage Jouer Carl Philip Emanuel Bach à Caracas

Jouer Rameau sur instruments modernes

Le Rameau symphonique de Bruno Procopio

 

 

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)De quoi faire encore et encore progresser les instrumentistes du Philharmonique de Liège. Bruno Procopio connaît d’autant mieux ce programme qu’il l’a enregistré dans les mêmes conditions instrumentales et avec les mêmes enjeux esthétiques à Caracas au Venezuela, avec les musiciens du Simon Bolivar Orchestra, l’orchestre si énergique et audacieux qu’ a piloté Gustavo Dudamel. Du Venezuela à Liège, Bruno Procopio transmet la même tension recréatrice, le même élan dansant, un sens affûté de la transmission et s’agissant de Rameau, un sens remarquable de la construction dramatique comme des respirations poétiques. .. un art de la direction d’autant mieux adapté pour les ouvertures et les ballets extraits des opéras de Rameau.

 

Concert Rameau 2014 à la salle Philharmonique de Liège

Liège, salle philharmonique. Bruno Procopio dirige l’OPRL, Rameau 2014. Dimanche 14 décembre 2014, 16h.

Jean-Philippe Rameau

Ouvertures et ballets de Zoroastre, Dardanus, Naïs, Castor et Pollux, Acanthe et Céphise, Les Indes galantes

Orchestre Philharmonique Royal de Liège

Bruno Procopio, direction

28/16 € – GRATUIT pour les moins de 16 ans

 

« Rencontre avec… » Bruno Procopio. Le mercredi 10 décembre à 18h30, au Foyer Ysaye, Stéphane Dado (OPRL) anime une rencontre d’une heure avec Bruno Procopio : l’occasion de faire connaissance avec le musicien francobrésilien qui ne craint pas de sortir des sentiers battus (il est aussi fondateur du label de disques Paraty). Entrée gratuite.

 

 

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Bruno Procopio dirige Rameau à Liège

Liège, OPRL. Bruno Procopio joue Rameau. Le 14 décembre 2014, 16h. Dans la Salle Philharmonique, voici un récital symphonique qui célèbre l’année Rameau 2014 et sur instruments modernes. Faire jouer Rameau, le plus grand compositeur baroque français, en dirigeant des orchestres modernes ? C’est le choix audacieux du chef Bruno Procopio. Après l’Orchestre Simón Bolívar de Caracas, le voici à Liege ce 14 décembre 2014,  16h pilotant l’OPRL, l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

Il a osé ce que personne avant lui n'avait osé, renouant avec l'audace de premiers conquérants et pionniers baroqueux : jouer et enregistrer Rameau à Caracas sur instruments modernes ! Le résultat dépasse nos attentes...

 

VOIR notre reportage Les Grands Motets de Rameau à Cuenca

 

 

L’élève au clavecin de Christophe Rousset qui a dirigé et enregistré les Grands Motets,  les Pièces pour clavecin en concerts, n’en est pas à un défi près.  Jouer Rameau sur des instruments qui ne sont pas anciens peut paraître contradictoire de la part d’un enfant de la révolution baroque.  Il n’en est rien bien au contraire car l’expérience pourrait s’avérer particulièrement formatrice pour le chef et les musiciens.  Nouvelle technique d’archet, réalisation des attaques,  ornements,  vibrato,  phrasés. .. tout le vocabulaire instrumental est ici reformulé dans le sens de la lisibilité et de la clarté. Bruno Procopio apprend pour sa part de nouvelles facettes de sa maîtrise pédagogique. Le style et l’esprit des oeuvres Baroques en particulier la vitalité rythmique et l’esprit chorégraphique de Rameau, sa sensualité comme sa profondeur sont des clés redoutables pour réussir une immersion dans l’esthétique baroque.

Bruno Procopio : maestro assoluto !

 

 

VOIR notre reportage Jouer Carl Philip Emanuel Bach à Caracas

 
 

 
 

Jouer Rameau sur instruments modernes

Le Rameau symphonique de Bruno Procopio

 

 

De quoi faire encore et encore progresser les instrumentistes du Philharmonique de Liège. Bruno Procopio connaît d’autant mieux ce programme qu’il l’a enregistré dans les mêmes conditions instrumentales et avec les mêmes enjeux esthétiques à Caracas au Venezuela, avec les musiciens du Simon Bolivar Orchestra,  l’orchestre si énergique et audacieux qu’ a piloté Gustavo Dudamel.  Du Venezuela à Liège,  Bruno Procopio transmet la même tension recréatrice, le même élan dansant, un sens affûté de la transmission et s’agissant de Rameau, un sens remarquable de la construction dramatique comme des respirations poétiques. .. un art de la direction d’autant mieux adapté pour les ouvertures et les ballets extraits des opéras de Rameau.

Rameau_Joseph_Aved-Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728L’Orchestre Philharmonique Royal de Liège participe ainsi aux concerts-anniversaire de la mort de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), inscrits au programme de l’année Rameau 2014, en interprétant les suites des plus célèbres opéras du compositeur. Des Indes galantes à Zoroastre en passant par Castor et Pollux, soit six opéras de Rameau que l’OPRL fait revivre le dimanche 14 décembre à 16 heures dans l’extraordinaire Salle Philharmonique de Liège, célèbre pour son acoustique électrisante. C’est là il y a peu que classique news avait capté plusieurs séquences de l’enregistrement du Thésée de Gossec remarquable opéra composé à la fin du règne de Marie-Antoinette, frappant par la couleur et l’énergie de son orchestration,  la noirceur des personnages en particulier celui de Médée, la construction très originale de choeurs ambitieux à l’ampleur spatialisée…Bruno Procopio. Pour ce « best-of symphonique » baroque sur instruments modernes, l’OPRL fait appel à la vedette du moment dans ce domaine, le claveciniste et chef brésilien Bruno Procopio. De Paris à Caracas. Bruno Procopio est avant tout claveciniste, formé à Paris auprès de Pierre Hantaï et Christophe Rousset. En tant que chef, il dirige régulièrement plusieurs orchestres sud-américains, dont le fameux Orchestre Symphonique Simón Bolívar de Gustavo Dudamel (Venezuela), qu’il a initié au baroque français avec son projet« Rameau à Caracas ». La presse a salué un talent rare au feu communicant : « Tant d’évidence avec un orchestre moderne aux cordes nombreuses relève du miracle. Cette expérience exotique révèle comme rarement la fantaisie effrontée de Rameau » (Classica). « Vous n’en croirez pas vos oreilles » (Diapason)… le disque édité chez Paraty (Rameau à Caracas) a été élu CLIC de classique news (il fait aussi partie des cd incontournables de notre bilan discographique Rameau 2014). Bruno Procopio explique qu’il a conçu son programme de manière à valoriser les deux dimensions fondamentales de la musique de Rameau : la danse et le drame en une sélection subtile et remarquablement élaborée des ballets et ouvertures des opéras.

 

 

 

Bruno Procopio dirige Rameau à Caracas

 

 

 

 

Concert Rameau 2014 à la salle Philharmonique de Liège

Liège,  salle philharmonique. Bruno Procopio dirige l’OPRL,  Rameau 2014. Dimanche 14 décembre 2014, 16h.

Jean-Philippe Rameau

Ouvertures et ballets de Zoroastre, Dardanus, Naïs, Castor et Pollux, Acanthe et Céphise, Les Indes galantes

Orchestre Philharmonique Royal de Liège

Bruno Procopio, direction

28/16 € – GRATUIT pour les moins de 16 ans

 

 

« Rencontre avec… » Bruno Procopio. Le mercredi 10 décembre à 18h30, au Foyer Ysaye, Stéphane  Dado (OPRL) anime une rencontre d’une heure avec Bruno Procopio : l’occasion de faire connaissance avec le musicien francobrésilien qui ne craint pas de sortir des sentiers battus (il est aussi fondateur du label de disques Paraty). Entrée gratuite.

 

 

 

approfondir :

Le site de Bruno Procopio :www.brunoprocopio.com

(extraits de presse : http://brunoprocopio.com/wp/fr/presse/)

Bruno Procopio dirige les Grands motets de Rameau au Festival de Cuenca 2014, critique sur  http://www.classiquenews.com/cuenca-2014/

Bruno Procopio explique son projet « Rameau à Caracas » avec l’Orchestre Symphonique Simón Bolívar, reportage Classiquenews : https://www.youtube.com/watch?v=Fnt4DlFE3_g

Extraits de presse : CD « Rameau à Caracas » :

Rameai in Caracas, Bruno Procopio« Vous avez bien lu : l’orchestre révélé par Gustavo Dudamel dans les mambos de Bernstein et de Marquez, l’énorme machine qui ne joue les symphonies de Mahler qu’à seize contrebasses et douze cors, réduit ses forces à cinquante et, sous la direction d’un jeune claveciniste brésilien formé à Paris, le méconnu Bruno Procopio, gambade dans le jardin réputé le plus épineux du répertoire. Est-ce d’avoir appris son métier par la danse ? Est-ce de porter plus haut le jeu collectif que la prouesse individuelle ? Vous n’en croirez pas vos oreilles. La fermeté des phrases, la justesse des ornements, l’économie du vibrato, la perfection des équilibres, la scansion des menuets, le tournoiement des passepieds, le naturel du style… Zoroastre est un miracle. »(Ivan Alexandre, Diapason, )

« Fin connaisseur de ce répertoire, le claveciniste Bruno Procopio a appris à l’orchestre le style, les gestes et le son idoines. Attaques précises, vibrato limité, notes inégales : la transformation est impressionnante. Ce voyage à Caracas se révèle un des meilleurs remèdes contre la morosité ambiante. » (Philippe Venturini, Les Echos, 12/2013)

« The Simón Bolívar Symphony Orchestra are known for bringing energy and vibrancy to their playing, and this album is no exception. Royal and regal, or lively and lilting, it’s a treat to hear the musicians bringing the dotted dance rhythms to life, and adding a sense of excitement to every note.  » (Classic FM, 12/2013)

 

 

LIRE aussi la critique complète du cd Rameau à Caracas par notre rédacteur Carter Chris Humphray : “Rameau électrisé” (1 cd Paraty)

 

 
 

 

Compte rendu, Opéra. Liège. Opéra Royal de Wallonie, le 19 octobre 2014. Jules Massenet : Manon. Annick Massis, Alessandro Liberatore, Pierre Doyen, Roger Joakim. Patrick Davin, direction musicale. Stefano Mazzonis di Pralafera, mise en scène

massis annick liegeQuatre ans après sa prise de rôle à l’Opéra de Rome, il était temps pour Annick Massis de se frotter une nouvelle fois à l’héroïne née sous la plume de l’abbé Prévost et mise en musique par Massenet. Des retrouvailles entre une chanteuse et un personnage, comme une rencontre enfin aboutie, dont le concert du mois d’avril Salle Favart nous avait déjà donné un avant-goût des plus prometteurs.  Force est de constater que l’écriture du rôle convient idéalement à la maturité vocal acquise par la soprano française depuis plusieurs années, dont on ne cesse d’admirer l’évolution, toute en sagesse et en lent mûrissement, comme un grand vin dont le bouquet s’enrichit au fil du temps. Ainsi que sa Juliette dans la maison liégeoise nous le faisait déjà écrire voilà près d’un an, l’instrument d’Annick Massis a gagné en ampleur comme en richesse, affirmant un médium désormais parfaitement assis et un grave sonore dans un poitrinage réalisé avec beaucoup d’art, Annick Massis marche sur tous les chemins sans pour autant perdre l’insolence et l’éclat de son registre aigu, osant toujours de spectaculaires contre-rés qui médusent l’assistance et déchaînent ses ovations par leur puissance et  leur impact dans la salle.

 

 

Annick Massis marche sur tous les chemins

 

A l’instar de l’héroïne de Shakespeare et Gounod, l’évolution du personnage apparaît de façon parfaitement lisible dans son jeu scénique et ses inflexions vocales, l’adolescente naïve du début de l’œuvre faisant place peu à peu à une femme sûre de ses charmes et habile dans leur usage sur la gent masculine.

Plus encore qu’une « petite table » poignante et un « Cours-la-Reine » éblouissant, on retient surtout une scène de Saint-Sulpice débordante de sensualité et de tendresse, ciselée dans ses nuances comme jamais, dans un intense moment d’émotion.

On comprend mal en revanche la nécessité des costumes à enlaidir l’héroïne, la ravalant tout au long de la représentation au rang d’une vulgaire pute de luxe, affublée qu’elle est d’une affreuse perruque blonde contre laquelle se bat constamment l’interprète, un comble pour une chanteuse naturellement dotée d’élégance et de prestance !

A ses côtés, on découvre le jeune ténor italien Alessandro Liberatore, tout entier dans son premier Des Grieux, qu’il sert avec fougue et sincérité. Sa prestation démontre un travail sur la langue française, mais le style propre à cette déclamation et à cette musique mériterait d’être davantage approfondi, la nature profondément transalpine de sa voix transparaissant souvent, malgré un bel effort de nuances en voix mixte dans le Rêve. L’aigu demeure parfois un rien serré et fragile, la projection modeste du chanteur se réduisant alors dans le registre supérieur, rendant ainsi le combat inégal contre l’orchestre. Un talent à suivre, qu’on retrouvera bientôt dans le Nabucco nancéen, où il tiendra le rôle d’Ismaele.

Formidable Lescaut, Pierre Doyen confirme cet après-midi encore les qualités qu’on suit chez lui depuis un moment. Beauté du timbre, puissance de la voix, solidité de la technique, aisance de l’aigu, précision de la diction et intelligence scénique, voilà un carton plein qu’on est heureux, une fois de plus, de saluer bien bas.

On apprécie également sans réserve le Comte Des Grieux de Roger Joakim, davantage baryton-basse que vraie basse, mais c’est un plaisir d’entendre ce rôle chanté haut et clair, avec noblesse et bonté, loin de l’autorité charbonneuse des voix fatiguées souvent distribuées ici. On est sincèrement émus par un « Epouse quelque brave fille » à la ligne de chant si tendrement déroulée que l’amour paternel contenu dans cet air en devient pleinement sensible.

Excellents, le Guillot insidieux de Papuna Tchuradze et le Brétigny imposant de Patrick Delcour, ainsi que le trio d’élégantes formé par Sandra Pastrana, Sabine Conzen et Alexise Yerna.

Tous évoluent dans la mise en scène imaginée par Stefano Mazzonis di Pralafera. Le maître des lieux à conçu sa scénographie comme le grand livre de la vie de Manon, que la jeune femme feuillette avant de mourir. Les pages se tournent ainsi au fil des actes, idée d’une belle poésie mais dont la réalisation s’avère souvent poussive et la mise en place, à grand renfort de techniciens visibles du public, laborieuse. Si les décors évoquent clairement le premier quart du XXe siècle et les Années Folles – provoquant souvent un décalage avec la musique de Massenet évoquant clairement le XVIIIe siècle –, les costumes balaient allègrement trois cents ans, sans doute pour évoquer l’universalité de l’histoire de Manon Lescaut, ces télescopages créant une confusion qui laisse souvent les spectateurs extérieurs à l’action, les sentiments peinant souvent à s’installer.

A la tête des Chœurs de la maison, en bonne forme, et de l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie, très investi dans cette partition, Patrick Davin défend avec passion ce répertoire qu’il affectionne et galvanise ses troupes tout en ménageant les solistes, notamment le rôle-titre qu’il paraît couver amoureusement. Au rideau final, triomphe mérité pour Annick Massis, qu’on retrouvera à de nombreuses reprises durant cette saison, et un beau succès pour l’œuvre de Massenet, qu’on ne se lasse pas de redécouvrir.

Liège. Opéra Royal de Wallonie, 19 octobre 2014. Jules Massenet : Manon. Livret de Henri Meilhac et Philippe Gille d’après Les Aventures du Chevalier Des Grieux et Manon Lescaut d’Antoine François Prévost. Avec Manon : Annick Massis ; Le Chevalier Des Grieux : Alessandro Liberatore ; Lescaut : Pierre Doyen ; Le Comte Des Grieux : Roger Joakim ; Guillot de Morfontaine : Papuna Tchuradze ; De Brétigny : Patrick Delcour ; Poussette : Sandra Pastrana ; Javotte : Sabine Conzen ; Rosette : Alexise Yerna. Chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie ; Chef de chœur : Marcel Seminara. Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie. Direction musicale : Patrick Davin. Mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera ; Décors : Jean-Guy Lecat ; Costumes : Frédéric Pineau ; Lumières : Franco Marri

 

 

Rossini: nouvelle production de La Gazzetta à Liège

boilly-tetes-expressions-opera-rossini-575Liège, Opéra royal. Rossini: La Gazzetta, 20>28 juin 2014. Le 20 juin 2014, l’Opéra royal de Wallonie présente un nouveau joyau lyrique de Rossini, totalement méconnu et pourtant redevable de sa meilleure inspiration : La Gazzetta, créé en 1816, l’année du Barbier de Séville, son chef d’oeuvre comique délirant. Liège, grâce au discernement de son directeur Stefano Mazzonis di Pralafera, qui met en scène cette résurrection attendue, affirme une curiosité enthousiasmante pour les partitions oubliées… Après L’Equivoco stravagante, L’inimico delle donne de Galuppi, et plus récemment l’autre Guillaume Tell, non pas celui de Rossini mais celui jamais joué de Grétry, la scène liégeoise offre toutes ses équipes au service de ce nouvel événement lyrique de fin de saison.
La prochaine production est d’autant plus prometteuse qu’elle intègre les dernières trouvailles de la recherche musicologique : le fameux quintette du premier acte, que l’on croyait perdu et qui vient d’être redécouvert à Palerme en 2011. Créé à Naples le 26 septembre 1816, La Gazzetta impose dès l’ouverture son excellente inspiration : Rossini la reprend in extenso pour La Cenerentola. En deux actes, l’action s’inspire de la pièce de Goldoni, Il matrimonio per concorso. Titre oblige, Rossini cite le monde de la presse: en faisant paraître une annonce ciblée dans un journal de Paris, un riche parvenu (Pomponio) veut marier sa fille (Lisetta) au meilleur parti de la place…  Rien n’est trop grand  pour ses projets matrimoniaux. Hélas, la fille est amoureuse du propriétaire de l’hôtel (Filippo) où elle loge avec son père. Brodant sur le thème de l’amour capricieux, Rossini ajoute une intrigue secondaire celle de Doralice (la fille de l’ami de Pomponio : Anselmo, venu lui aussi à Paris) qui aime Alberto, voyageur insatisfait en quête de l’amour absolu… Pomponio cèdera-t-il aux vœux de sa fille Lisetta en lui permettant d’épouser Filippo ?
Dans le rôle de Filippo, Laurent Kubla, jeune ténor belge à suivre, fait ses premiers pas sur la scène liégeoises aux côtés de Cinzia Forte (Lisetta), Monica Minarelli (Madama la Rose), Edgardo Rocha (Alberto)…

Rossini : La Gazzetta, 1816. Nouvelle production
Liège, Opéra royal de Wallonie, les 20,22,24,26,28 juin 2014

Live web, le 26 juin 2014, 20h (dernière représentation de la production)
en direct de l’Opéra royal de Wallonie

Illustrations : Louis Leopold Boilly (35 têtes d’expression, vers 1823)

Donizetti : Maria Stuarda à l’Opéra royal de Wallonie, Liège (16>24mai)

donizettiDonizetti : Maria Stuarda à Liège (16>24mai 2014). Contemporain de Bellini, sous-estimé en comparaison à Rossini auquel il succède et à Verdi qu’il préfigure, Donizetti incarne cependant un style redoutablement efficace, comme en témoigne ses deux ouvrages inspirés de l’histoire des Tudor (Anna Bolena, 1830 et Maria Stuarda, 1834). Les deux opéras, célèbres parce qu’ils osent confronter chacun deux portraits de femmes héroïques et pathétiques (Anna Bolena, Giovanna Seymour – Maria Stuarda, Elisabetta), se révèlent convaincants par la violence des situations comme le profil psychologique qu’ils convoquent sur la scène. Liège accueille Maria Stuarda et Bordeaux, Anna Bolena.

Nommé directeur musical des théâtre royaux de Naples, Gaetano Donizetti profite avant l’avènement irrépressible de Verdi, de l’absence de Rossini en Italie (au profit de la France). Anna Bolena est son premier grand succès en 1830 au Teatro Carcano avec le concours des vedettes du chant, Giuditta Pasta et Giovanni Battista Rubini. Son inspiration ne semble plus connaître de limites, produisant ouvrages sur ouvrages avec une frénésie diabolique, malgré ses ennuis de santé liés à la syphilis contractée peu auparavant… Suivent de nouveaux jalons de sa carrière lyrique dont surtout dans la veine comique pathétique, L’Elixir d’amorce (Milan, 1832 : le premier joyau annonçant dix années avant l’autre sommet qui demeure Don Pasquale de 1843 pour le Théâtre-Italien de Paris), puis Lucrezia Borgia (sur le livre de Felice Romani, l’ex librettiste de Bellini)… Comme un nouvel avatar de ce drame gothique anglais qu’il semble aimer illustrer, Donizetti compose après Anna Bolena, Maria Stuarda créé à Naples en 1834. Marino Faliero triomphe ensuite en 1835 sur la scène parisienne, la même année où il produit aussi Lucia di Lammermoor, alors que son confrère Bellini meurt après avoir livré I Puritani. Donizetti souffre toujours d’une évaluation suspecte sur son œuvre : moins poète que Bellini, moins virtuose et délirant que Rossini, moins dramatique et efficace que Verdi… l’artisan inspiré synthétise en vérité toutes ses tendances de l’art lyrique, proposant de puissant portraits lyriques à ses interprètes. Car il ne manque ni de finesse psychologique ni de sens théâtral propice aux situations prenantes.

 

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Donizetti : Maria Stuarda
Opéra royal de Wallonie, Liège
Du 16 au 24 mai 2014

Depuis plusieurs années, Maria Stuarda, reine d’Ecosse, est prisonnière et assignée à résidence au château de Fortheringhay par sa cousine Elisabetta, la reine d’Angleterre. Celle-ci doit épouser le roi de France, mais elle aime en secret le comte de Leicester qui aime en secret… Maria Stuarda. Entre les deux femmes, le conflit politique se double d’un conflit amoureux : un affrontement spectaculaire et dramatique entre la reine souveraine et la reine déchue; autour d’elles, les intrigues de la cour, les complots, la cruauté. Maria Stuarda finira décapitée…

MARIE-STUART-francois-clouet-portrait-François_ClouetMaria Stuarda, la tragédie de 1834, qui met en scène les reines ennemies Marie Stuart et Elisabeth Ire, est l’oeuvre la plus connue de la trilogie de Donizetti sur les reines de l’époque Tudor (avec Anna Bolena et Roberto Devereux). Déjà Anna Bolena, ouvrage plus ancien, créé en 1830, opposait deux femmes rivales (soprano et mezzo : Anna et Giovanna soit Anne Boleyn et Jane Seymour). Dans l’ouvrage de Donizetti, les deux femmes ne s’affrontent pas tant pour le pouvoir que pour l’amour d’un homme, le comte de Leicester. Leur altercation culmine au II.
Parmi les moments les plus poignants figurent le dialogue entre les deux reines à l’acte II, le duo entre Maria et Talbot à l’acte III, l’air déchirant de Maria avant son exécution (alors que Donizetti imagine un évanouissement fatal pour Anna Bolena). L’opéra fut interdit par le roi de Naples à cause d’une dispute qui éclata lors des répétitions entre les prime donne qui incarnaient les reines d’Ecosse et d’Angleterre. L’une traita l’autre de “vile bâtarde”, conformément au texte mais avec tellement de conviction, qu’il fallut les séparer de force…
Outre l’anecdote, l’opéra qui répond à une commande du San Carlo de Naples fut créé dans une version tronquée. C’est la Scala de Milan qui en 1835 accueillit Maria Stuarda avec Maria Malibran dans le rôle-titre, laquelle en méforme chanta très mal. Qu’importe, la confrontation entre les deux reines opposées au II redouble d’impact et de surenchère dramatique, dont Verdi se souviendra. Le dramatisme de Donizetti atteint là un paroxysme particulièrement réussi par ce qu’il dévoile non deux types politiques, mais deux âmes bataillant, échevelées, portées par une passion égale pour le même homme (Roberto : Robert de Leicester). En traitant Elisabeth de « bâtarde », Maria Stuarda signe son arrêt de mort.

Direction musicale: Aldo Sisillo
Mise en scène et costumes: Francesco Esposito
Chef des chœurs: Marcel Seminara
Orchestre & Chœurs: Opéra Royal de Wallonie-Liège

Maria Stuarda: Martine Reyners*
Elisabetta: Elisa Barbero*
Roberto comte de Leicester: Pietro Picone
Talbot: Pierre Gathier
Cecil: Ivan Thirion
Anna Kennedy: Laura Balidemaj

* pour la première fois à l’Opéra royal de Wallonie, Liège

5 dates événements
Les 16, 18, 20, 22, 24 mai 2014, à 15h ou 20h

 

Compte rendu, opéra. Liège. Opéra Royal de Wallonie, le 1er et 2 avril 2014. Giuseppe Verdi : Aida. Isabekke Kabatu / Kristin Lewis, Rudy Park / Massimiliano Pisapia, Anna-Maria Chiuri / Nino Surguladze, Carlos Almaguer / Mark Rucker. Paolo Arrivabeni, direction musicale. Ivo Guerra, mise en scène

Depuis 2006, l’Opéra Royal de Wallonie n’avait plus monté l’Aida de Giuseppe Verdi, c’est chose faite, la scène liégeoise s’offrant même le luxe d’une double distribution, une gageure à notre époque. La mise en scène d’Ivo Guerra, importée de Bordeaux et réalisée ici par Johannes Haider, se révèle plaisante dans son imagerie égyptienne évitant toute surcharge, pharaonique sans lourdeur, ménageant de beaux moments d’intimité. Comme le dit lui-même le scénographe « je fais face pour la première fois à un mythe du théâtre avec respect et révérence : je n’ose toucher à ce qui a été écrit. Je peux seulement le lire, le repenser, l’imaginer avec ma sensibilité ».

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Gloria all’Egitto

Ce qui nous vaut ainsi des tableaux certes conventionnels et fidèles à une certaine tradition, mais qui jamais ne viennent empêcher l’écoulement du flot musical. Une direction d’acteurs plus resserrée aurait néanmoins été la bienvenue, le soin de faire vivre le drame étant laissé aux seules voix.

Le premier soir, à tout seigneur, tout honneur : on retrouve avec un grand plaisir le ténor coréen Rudy Park après son inoubliable Calaf nancéen. L’écriture redoutable de Radames ne paraît lui poser aucun problème, et il déploie à volonté son instrument large et puissant, aussi tellurique que sa personne. Il soulève ainsi à bout de bras une voix au médium presque barytonal, paraissant monter vers les hauteurs avec la même vaillance, ce qui nous vaut des aigus électrisants, longuement tenus, d’un impact irrésistible. Il va jusqu’à surprendre dans la scène ultime, osant des piani dont on ne l’aurait jamais cru capable. Scéniquement, il se pose sur le plateau tel Osiris en personne, souvent monolithique par sa stature de géant, mais tant d’arrogance vocale est à ce prix.

A ses côtés, l’Amneris d’Anna Maria Chiuri se lance avec courage dans la bataille, gagnant en force durant la représentation, pour finir par rendre justice à la vocalité du personnage, aigus dardés et graves autoritaires.

Face à eux, Isabelle Kabatu, visiblement décidée à oser désormais les rôles les plus larges – le programme de salle évoque la Gioconda, Abigaille et Brünnhilde –, paraît se mesurer à plus fort qu’elle, la tessiture demandée par le rôle-titre excédant ses possibilités. Le registre grave apparaît confidentiel, l’aigu forte, souvent poussé et perdant toute souplesse, bouge sous l’effort, tandis que l’émission sonne souvent tubée et artificiellement grossie, rendant le texte difficilement compréhensible. Quelques aigus piano bien négociés rappellent la véritable nature vocale de la soprano belge, et on regrette qu’une voix aussi intéressante se lance dans pareils défis, quitte à en pâtir.

Avec Amonasro, Carlos Almaguer retrouve un de ses emplois de prédilection, et c’est un bonheur d’entendre ainsi une voix de baryton Verdi sainement émise, ronde autant que claire et bien timbrée, se déployant aisément dans la salle. L’interprète connait pleinement son personnage et se révèle convainquant de bout en bout.

Bon Ramfis de Luciano Montanaro, à l’aigu toutefois parfois retenu, et le Roi bien chantant mais trop peu imposant de Roger Joakim.

Le lendemain, on découvre avec curiosité l’Aida de la soprano américaine Kristin Lewis dont la renommée ne cesse de grandir, notamment dans ce rôle précis. Sa plastique irréprochable et sa peau couleur d’ébène conviennent admirablement au personnage, et l’interprète s’engage pleinement dans le drame, mais vocalement le bilan demeure plus mitigé, laissant comme une impression d’inachevé : si le timbre se révèle d’une belle teinte moirée et les moyens idéaux pour le rôle-titre, grâce notamment à un grave chaud et sonore, la conduite du chant apparait souvent irrégulière, certains sons mal contrôlés et mal soutenus alternant avec des sonorités somptueuses, comme si le geste vocal variait d’une voyelle à l’autre. En début de représentation, de nombreuses attaques en soufflet viennent gâcher la ligne de chant, produisant des notes poussées et stridentes. Mais la chanteuse se rachète grâce à un « O patria mia » de grande école, comme si l’écriture vocale lentement déroulée par Verdi dans cet air lui permettait d’enfin assouplir son instrument, laissant la voix monter toute seule, ce qui nous vaut une superbe messa di voce suivi d’un bel aigu piano à la fin du morceau. Une artiste à suivre, mais qui devrait encore polir sa technique vers davantage de détente et encore moins d’efforts, travail nécessaire au vu de la célébrité qui s’ouvre à elle, car la beauté du matériau vocal en vaut la peine.

En Radames, Massimiliano Pisapia affronte crânement les difficultés qui parsèment sa partition, mais malgré un aigu puissant – bien qu’étrangement émis, plus volumineux que rayonnant –, sa voix manque de largeur dans le médium pour rendre justice à la vocalité du général égyptien.

Face à lui, Nino Schurguladze ne fait qu’une bouchée de la partie d’Amnéris, affichant les mêmes particularités vocales que sa consœur de la veille : un médium assez opaque, au vibrato audiblement marqué – signalant une fatigue de l’instrument –, mais un aigu percutant et insolant ainsi qu’un grave sonore et généreux, poitriné assez haut mais sans appui excessif. La mezzo géorgienne affiche en outre un tempérament flamboyant et on croit sans réserve à sa fille de Pharaon naviguant sans cesse entre amour et haine.

On salue également l’Amonasro ample et venimeux de Mark Rucker, le baryton américain semblant lui aussi ne faire qu’un avec son rôle, tant l’identification vocale autant que scénique apparaît grande.

Ainsi que les seconds rôles, tous efficaces, les chœurs du théâtre effectuent un excellent travail musical, triomphants autant que nuancés.

Pour sa première Aida, Paolo Arrivabeni, directeur musical de la maison, a parfaitement saisi les enjeux de cette partition et sait en éclairer les différentes facettes. Sa direction, jamais tonitruante, mesurée et attentive aux chanteurs, permet aux musiciens de l’orchestre de se montrer sous leur meilleur jour, et sert l’ouvrage avec les honneurs.

Liège. Opéra Royal de Wallonie, 1er et 2 avril 2014. Giuseppe Verdi : Aida. Livret d’Antonio Ghislanzoni d’après Auguste Mariette et Camille Du Locle. Avec Aida : Isabelle Kabatu / Kristin Lewis ; Radames : Rudy Park / Massimiliano Pisapia ; Amneris : Anna-Maria Chiuri / Nino Surguladze ; Amonasro : Carlos Almaguer / Mark Rucker ; Ramfis : Luciano Montanaro ; Le Roi : Roger Joakim ; La Grande-Prêtresse : Laura Balidemaj / Chantal Glaude ; Un Messager : Marcel Arpots / Giovanni Iovino. Chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie ; Chef de chœur : Marcel Seminara. Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie. Direction musicale : Paolo Arrivabeni. Mise en scène : Ivo Guerra ; Réalisée par : Johannes Haider ; Décors : Giulio Achilli ; Costumes : Bruno Fatalot ; Lumières : Michel Theuil

Aida de Verdi depuis l’Opéra royal de Wallonie

ORW_liege_logo_tete_201_fond_violetLive web depuis l’ORW Liège. Verdi : Aida, le 2 avril, 20h. En pleine Egypte pharaonique, l’amour de Radamès, général égyptien, et d’Aida, esclave nubienne, est menacé par la guerre que vont se livrer les deux pays. Mais un autre danger les guette : Amneris, fille du roi d’Egypte, est éprise de Radames et voit en Aida une rivale. La victoire des troupes égyptiennes est totale. En guise de récompense, le roi offre sa fille à Radamès. Par amour, le héros guerrier victorieux adoré par le pharaon lors de la fameuse scène du défilé de la victoire -tableau collectif qui revisite le grand opéra à la française-, trahit les siens, le peuple qui l’adule, Pharaon qui lui a remis l’or des dieux … Condamnés à être ensevelis vivants, cependant que la fille de Pharaon Amnéris observe impuissante à l’accomplissement de cet amour fatal qu’elle n’a pu infléchir, Radamès et Aida incarnent jusqu’à la mort, la souveraineté d’un amour qui dépasse les conflits et le destin des individus qui en sont traversés. La force de l’opéra égyptien de Verdi demeure son réalisme archéologique (l’égyptologue Mariette a collaboré au livret pour la vraisemblance de l’action sur scène, jusqu’à la justesse de certaines sonorités purement égyptiennes…), mais aussi son intimisme. En faisant d’Aida, un opéra surtout psychologique à la façon d’un huit clos qui se joue à 3 personnages : Radamès pris entre les sentiments d’Amnéris et d’Aida, la princesse et son esclave captive, Verdi a réussi un authentique chef d’œuvre lyrique, évitant le superficiel et le creux qu’un prétexte historique aurait pu causé…  Livret Antonio Ghislanzoni.

 

 

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ORW_liege_logo_tete_201_fond_violetAida de Verdi, Direct live le 2 avril 2014
Paolo Arrivabeni, direction
Ivo Guerra, mise en scène
Barbara Frittoli, Isabelle Kabatu, Stuart Neill, Rudy Park, Nino Surguladze, Anna Maria Chiuri, Mark Rucker …
9 dates.  A l’affiche du 25 mars au 4 avril 2014

 

Aida de Verdi à L’Opéra royal de Wallonie

Giuseppe VerdiLiège, ORW. Aida de Verdi. 25 mars > 11 avril 2014. C’est assurément l’un des opéras les plus joués au monde, tant par la qualité de sa musique que sa dramaturgie alliant avec équilibre et finesse huit-clos psychologique (trio amoureux tragique : Radamès, Aida, Amnéris) et grande scène collective dont la marche victorieuse et le défilé devant Pharaon restent de claironnants manifestes (trompettes à l’appui). L’attrait d’Aida aujourd’hui tient essentiellement au réalisme sentimental dont Verdi est capable ; on pensait écouter et voir un peplum, Aida exprime surtout une ardente passion amoureuse : la liaison impossible entre l’esclave éthiopienne Aida et le général égyptien Radamès, l’un et l’autre appartenant à deux clans opposés-, y est minutieusement dépeinte à travers une lente course à l’abime : unis au I, dénoncés au II, condamnés et ensevelis vivants au III. A mesure que leur destin croisé s’enfonce dans l’absolu de la solitude et de la mort, Amnéris la propre fille de Pharaon et la rivale malheureuse d’Aida, rugit, intrigue puis implore : son impuissance est à la mesure de l’amour des deux amants magnifiques. L’opéra est l’œuvre d’un compositeur parvenu au faîte de sa gloire planétaire : il est adulé avec le même enthousiasme à Milan, Paris, Saint-Pétersbourg et donc au Caire. Pour inaugurer le Canal de Suez et l’opéra du Caire en 1869, Verdi reçoit donc commande de l’Etat égyptien d’un nouvel ouvrage. Aida ne sera cependant créé que deux ans après, en 1871. A l’époque de la guerre contre l’Ethiopie, l’Egypte antique ressuscite ainsi avec un scrupule archéologique (auquel a participé le scientifique égyptologue Mariette), mais ce qui touche surtout le public encore aujourd’hui c’est la passion amoureuse qui dévore et consume le couple souverain Aida et Radamès.

 

 

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Verdi : Aida
Opéra en quatre actes
Giuseppe Verdi
Livret d’Antonio Ghislanzoni d’après Auguste Mariette et Camille Du Locle. Créé au Caire, le 24 décembre 1871. Dernière représentation à Liège, novembre 2006

Aida à l’Opéra royal de Wallonie à Liège
Du 25 mars au 5 avril 2014 : 9 représentations à Liège
Le 11 avril 2014 à Charleroi – www.pba.be
ma. 25, me. 26, je. 27, ve. 28 mars & ma. 1er, me. 2, ve. 4, sa. 5 avril I 20 h – le 30 mars à 15h
> Opéra royal de Wallonie-Liège : Place de l’Opéra – BE-4000 Liège
> Infos/réservations : 04/221 47 22 – www.operaliege.be

Fidelio en direct de liège sur internet, ce soir jeudi 6 février 2014 à 20 h

ORW_beethoven_fidelio_live_webEn direct sur internet, ce soir : Fidelio de Beethoven, le 6 février 2014, 20h. Live web en direct de l’ORW à Liège. Depuis plusieurs années, l’Opéra royal de Wallonie se met au diapason du numérique en offrant en accès libre, l’accès en direct de nombreuses productions de la saison lyrique en cours. Jeudi 6 février 2014, en direct de l’Opéra royal de Wallonie à Liège, pleins feux sur Fidelio de Beethoven dès 20h, sur le site de l’Opéra royal de Wallonie. En lire +, lire notre présentation complète

 

 

Fidelio en direct sur internet depuis l’Opéra Royal de Wallonie à Liège

 

ORW_liege_logo_tete_201_fond_violetFidelio de Beethoven, Direct live le 6 février 2014
Paolo Arrivabeni, direction
Mario Martone, mise en scène
Jennifer Wilson (Leonore), Zoran Todorovitch (Florestan), Franz Hawlata (Rocco), Conzia Forte (Marzelline)…
A l’affiche du 31 janvier au 11 février 2014

 

fidelio_liege Opéra royal de Wallonie, Fidelio en direct sur internetL’amour d’une femme. L’action se situe en Espagne, dans une prison près de Séville à la fin du XVIIIe siècle. Florestan a été jeté en prison par le gouverneur Don Pizarro, dont il avait dénoncé les agissements illégaux. Leonore, épouse de Florestan, est déterminée à sauver son mari. Déguisée en garçon, sous le nom de Fidelio, elle parvient à s’introduire auprès du geôlier Rocco, à gagner sa confiance et à libérer Florestan, aidée par l’arrivée providentielle du ministre venu mettre fin à l’arbitraire tyrannique de Don Pizarro… Fidelio, opéra romantique, recueille les fruits solaire des Lumières, soulignent la vertu d’une épouse fidèle et loyale prête à sauver jusqu’à la mort celui qu’elle aime : telle Alceste de Gluck, c’est une figure de femme droite et déterminée que l’amour conduit jusqu’au sublime exemplaire. Livret Josef Sonnleithner et Georg Friedrich Treitschke.
En lire +, lire notre présentation complète

 

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Chaque séance débute à 20h, accessible depuis le site de l’Opéra royal de Wallonie.
Les Live Web de l’Opéra royal de Wallonie, consultez la page dédié ” web & tv ” sur le site de l’Opéra royal de Wallonie ORW à Liège

 

En direct sur internet : Fidelio de Beethoven, jeudi 6 février 2014, 20h

ORW_beethoven_fidelio_live_webEn direct sur internet : Fidelio de Beethoven, le 6 février 2014, 20h. Live web en direct de l’ORW à Liège. Depuis plusieurs années, l’Opéra royal de Wallonie se met au diapason du numérique en offrant en accès libre, l’accès en direct de nombreuses productions de la saison lyrique en cours. Jeudi 6 février 2014, en direct de l’Opéra royal de Wallonie à Liège, pleins feux sur Fidelio de Beethoven dès 20h, sur le site de l’Opéra royal de Wallonie. En lire +, lire notre présentation complète

 

 

Fidelio en direct sur internet depuis l’Opéra Royal de Wallonie à Liège

 

ORW_liege_logo_tete_201_fond_violetFidelio de Beethoven, Direct live le 6 février 2014
Paolo Arrivabeni, direction
Mario Martone, mise en scène
Jennifer Wilson (Leonore), Zoran Todorovitch (Florestan), Franz Hawlata (Rocco), Conzia Forte (Marzelline)…
A l’affiche du 31 janvier au 11 février 2014

 

fidelio_liege Opéra royal de Wallonie, Fidelio en direct sur internetL’amour d’une femme. L’action se situe en Espagne, dans une prison près de Séville à la fin du XVIIIe siècle. Florestan a été jeté en prison par le gouverneur Don Pizarro, dont il avait dénoncé les agissements illégaux. Leonore, épouse de Florestan, est déterminée à sauver son mari. Déguisée en garçon, sous le nom de Fidelio, elle parvient à s’introduire auprès du geôlier Rocco, à gagner sa confiance et à libérer Florestan, aidée par l’arrivée providentielle du ministre venu mettre fin à l’arbitraire tyrannique de Don Pizarro… Fidelio, opéra romantique, recueille les fruits solaire des Lumières, soulignent la vertu d’une épouse fidèle et loyale prête à sauver jusqu’à la mort celui qu’elle aime : telle Alceste de Gluck, c’est une figure de femme droite et déterminée que l’amour conduit jusqu’au sublime exemplaire. Livret Josef Sonnleithner et Georg Friedrich Treitschke.
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