CRITIQUE, concert. AIX-EN-PROVENCE, le 10 avril 2022. Maria Joao Pires (piano), Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki Yamada (direction).  

CRITIQUE, concert. AIX-EN-PROVENCE, le 10 avril 2022. Maria Joao Pires (piano), Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki Yamada (direction). Après une Ă©dition annulĂ©e en 2020, puis une Ă©dition « numĂ©rique en 2021, la 9ème Ă©dition du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence peut enfin se tenir dans des conditions normales et sereines.  Du 8 au 24 avril vont se succĂ©der les meilleures formations orchestrales (Orchestre Philharmonique de Radio-France, Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Orchestre de la Suisse Romande, Orchestre de Chambre de Lausanne, Ensemble Pygmalion, Insula Orchestra, Ensemble Matheus…) et les plus grands solistes instrumentaux et vocaux (Juwa Yang, Juan-Diego Florez, Renaud Capuçon, Marina Viotti, Martha Argerich, Maria-Joao Pires, Nelson Goerner, Stephen Kovacevich…) faisant d’Aix la rivale française, Ă  sa propre Ă©chelle, des prestigieuses manifestations pascales de Salzbourg et Baden-Baden.

Au lendemain d’un brillant concert exĂ©cutĂ© par l’Orchestre Philharmonique de Nice (avec le niçois Lionel Bringuier Ă  sa tĂŞte) – dans la cĂ©lèbre Moldau de Smetana, puis une rutilante 5e Symphonie de TchaĂŻkovski, enfin le Concerto pour violon de Bruch dĂ©livrĂ© par un Ă©tincelant Renaud Capuçon -, c’est la phalange voisine de Monte-Carlo (dirigĂ©e par son directeur musical Kazuki Yamada) qui Ă©taient invitĂ©s Ă  se produire lors de ce WE d’ouverture du festival de Pâques 2022. Et en artiste invitĂ©e, rien moins qu’une immense Dame du piano : la merveilleuse pianiste portugaise Maria Joao Pires (qui s’était dĂ©jĂ  produite, en rĂ©cital solo, lors de la dernière Ă©dition du festival aixois).

 

 

MJP Maria Joa Pires,
… un toucher d’une profonde sincérité

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Mais avant l’extase que procure toujours un concert avec cette pianiste de légende, une mise en bouche symphonique (traditionnelle) est venue retentir dans l’immense vaisseau qu’est le Grand-Théâtre de Provence, avec une exécution de la fameuse Ouverture « Le Songe d’une nuit d’été » de Félix Mendelssohn, interprétée ici de manière très théâtrale, le chef faisant contraster un enthousiasme juvénile avec une rêverie tendre, selon les passages. Séquence émotion pure ensuite, avec l’entrée à pas mesurés de MJP, toujours aussi humble et simple, mais malheureusement de plus en plus rare dans les salles de concert.
C’est au 9ème Concerto pour piano de Mozart qu’elle s’attaque, le fameux « Jeunehomme », ainsi dénommé grâce à sa dédicataire, une certaine Mademoiselle Jeunehomme, virtuose du piano qui aurait fortement impressionné la divin Wolfgang. Les doigts de la soliste portugaise courent sur le clavier avec une aisance naturelle, enchaînant les mélodies avec une déconcertante facilité, et elle se fond dans la sonorité de l’orchestre avec un toucher particulièrement moelleux. Cela donne à son jeu une couleur romantique hors mode, où le temps est suspendu selon une sensibilité que l’on n’entend plus guère… Pires laisse entendre, comme à son habitude, un toucher d’une profonde sincérité. Elle reçoit une ovation méritée de la part du public, poussant l’artiste à donner, en bis, un ineffable Clair de lune de Claude Debussy, qui suspend à nouveau le temps, à tel point que le public observe un long silence… avant de la couvrir à nouveau de vivats !

En seconde partie, place Ă  la Symphonie n°1 « Le Printemps » de Schumann qui pose toujours le problème de la cohĂ©rence d’ensemble, mais lĂ  encore l’OPMC se montre remarquable : des couleurs Ă  se pâmer, une dynamique envoĂ»tante, une densitĂ© pĂ©nĂ©trante, une virtuositĂ© individuelle et d’ensemble infaillible, une large variĂ©tĂ© expressive, le tout au service d’une interprĂ©tation brillante de la part de Maestro Yamada. Et en choisissant un tempo de base assez rapide pour chaque mouvement, le japonais rĂ©ussit Ă  nous captiver du dĂ©but Ă  la fin. Quant Ă  l’orchestration, si elle n’avait pas cette rĂ©putation si difficile, nous n’aurions jamais cru qu’elle puisse apparaĂ®tre si naturelle et Ă©vidente, comme ce soir. De ce fait, son caractère Ă©tait sans doute plus lumineux et brillant que ce que l’on a coutume d’entendre dans cette Ĺ“uvre, pour notre plus grand bonheur – dirigĂ©e ici avec tellement de conviction et portĂ©e par une telle qualitĂ© sonore de la part d’un OPMC plus rutilant que jamais. Bref, nous sommes sortis enchantĂ©s du concert d’autant, qu’imitant la soliste, le chef nous a offert en bis une majestueuse pièce d’Edward Elgar, clĂ´turant en beautĂ© cette fantastique soirĂ©e !

 

 

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CRITIQUE, concert. AIX-EN-PROVENCE, le 10 avril 2022. Festival de Pâques d’Aix-en-Provence, Grand-Théâtre de Provence. Maria Joao Pires (piano), Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki Yamada (direction).

 

 

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VOIR un extrait du concert : https://festivalpaques.com/articles/en-musique-maria-joao-pires

VOIR le concert de Maria Joao Pires et de l’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo sur ARTEconcert / ARTEtv, en replay jusqu’au 11 octobre 22 : https://www.arte.tv/fr/videos/108664-002-A/maria-joao-pires-joue-mozart/

 

 

 

 

RADIO CLASSIQUE : L’OPMC et Kazuki Yamada jouent la 9è de Beethoven

kazuki-yamada-orchestre-philharmonique-monte-carlo-concert-critique-annonce-classiquenewsRADIO CLASSIQUE, dim 17 oct 2021, 21h. L’OPMC Orchestre Philharmonique de Monte Carlo jouait son concert d’ouverture de la nouvelle saison 21 / 22, le 26 sept dernier. A l’Auditorium Rainier III, Kazuki Yamada, directeur artistique et musical de l’Orchestre monégasque, dirige la Symphonie n°9 de Beethoven. Au programme : Ouverture Leonore II, l’une des trois ouvertures que Beethoven a composées pour son unique opéra Fidelio. Puis Symphonie n°9, la plus connue des neuf symphonies de Beethoven, créée avec succès à Vienne en 1824 ; les ébauches remontent à 1792, année où Beethoven envisage de mettre en musique le poème de Schiller « An die Freude », qui donnera au finale de l’œuvre, le texte entonné par les solistes et le chœur, en un hymne fraternel qui entend annoncer l’avènement d’un monde harmonisé.
La Symphonie n°9 est un hymne à la fraternité et à l’amour universel. Le thème de l’Hymne à la Joie est devenu en 1985 l’hymne européen,…

Avec Genia KĂĽhmeier (soprano),
Sophie Rennert (mezzo),
Werner Güra (ténor) et le baryton Johannes Weisser,
London Symphony Chorus
Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo,
Kazuki Yamada, direction.

ÉCOUTEZ ici : RADIO CLASSIQUE

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 10 janvier 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, FP Zimmermann (violon), Y Yamada (direction)

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 10 janvier 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, FP Zimmermann (violon), Y Yamada (direction). Moins d’un mois après notre dernière venue (http://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-monaco-auditorium-rainier-iii-les-1213-dec-2020-orchestre-philharmonique-de-monte-carlo-daniel-lozakovich-violon-cornelius-meister-direction-le-12-frank-pe/), les choses ont quelques peu changé sur le Rocher. Si la vie culturelle continue de battre son plein, les concerts (et désormais les représentations d’opéra…) sont avancés à 14 heures (pour les opéras) ou 14 heures trente (pour les concerts et les ballets), le couvre-feu est avancé à 19 heures au lieu de 22, et les restaurants et bars, s’ils restent ouverts, ne sont désormais accessibles qu’aux résidents monégasques, à ceux qui y travaillent, ou à ceux qui y séjournent à l’hôtel… En attendant, nous ne boudons pas notre plaisir, et profitons d’un luxe qui est inaccessible à (quasiment) toute l’Europe (heureux monégasques !), et nous avons pris la bonne habitude de couvrir la majeure partie des événements culturels en Principauté, à l’instar de ce nouveau concert de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, cette fois placé sous la férule de son directeur musical et artistique, le chef japonais Kazuki Yamada.

 

Monaco est une FĂŞte !
Kazuki Yamada dirige le Philharmonique de Monte-Carlo

 

 

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En préambule du concert, séquence émotion avec la prise de parole de la Première violoniste Liza Kerob, puisque le concert est dédié à la mémoire de Yakov Kreizberg, directeur de la phalange monégasque de 2008 à 2011, et dont on fête le dixième anniversaire de la mort cette année. Après ce vibrant hommage, place à la musique avec toutefois un programme quelque peu bousculé, comme s’en excuse Didier de Cottignies (Conseiller et Délégué artistique de l’OPMC) auprès du public, pour raccourcir le concert et permettre aux auditeurs des Alpes Maritimes de regagner leurs foyers à temps avant le couvre-feu avancé à 18h depuis peu dans ce département limitrophe de la Principauté. Exit donc la Trumpet ouverture de Mendelssohn, et le violoniste allemand Frank Peter Zimmermann (entendu in loco au lendemain du concert précité dans l’Intégrale des Sonates pour Violon et Piano de Beethoven) s’avance après les deux discours pour interpréter le Concerto pour Violon de Robert Schumann : une première partie qui vaut presque avant tout pour la parure orchestrale que tisse le Maestro Yamada, qui apparaît comme étrangement mélancolique et désabusée ; non que les tempi soient en eux-mêmes particulièrement lents, mais l’élan vital et le romantisme incandescent sont ici sacrifiés au profit d’une vision méditative et triste dans laquelle se coule le violon de Zimmerman. C’est dans le mouvement lent et le dialogue avec le violoncelliste solo de l’OPMC que réside le meilleur moment de ce début de programme.

Le plat de résistance, donné sans entracte dans la foulée, est la monumentale 9ème Symphonie de Bruckner que le compositeur autrichien, comme on le sait, avait dédié à… Dieu ! Inspiré en effet par une foi profonde, Bruckner a malheureusement terminé sa carrière symphonique sans pouvoir mettre un point final à sa Neuvième symphonie. Les trois mouvements achevés représentent tout de même une bonne heure de musique, résultat de sept années de travail pour le compositeur. Les cuivres y sont très largement sollicités dans le premier mouvement (on compte ce soir neuf cors et cinq trombones !), une partition où des climax démesurés portent l’orchestre vers de ténébreux sommets, alternant avec des ponctuations méditatives qui laissent chanter les bois et les cordes. Le second mouvement permet à Yamada d’étirer à l’envi les dynamiques de la partition de Bruckner, et les pizzicati des cordes prennent alors un relief saisissant préfigurant le passage dévastateur des cuivres qui décrivent d’effrayants enfers ! Les cuivres s’avèrent flamboyants et le rythme martelé à travers ces pages s’avèrent magnifiquement articulé, matérialisant une implacable tension. L’Adagio qui suit traduit toujours plus de passion, les phrasés confiés aux cordes menant la phalange monégasque vers des sommets d’émotion. Malgré le caractère éprouvant d’une partition qui n’épargne aucun des pupitres de l’orchestre, le chef japonais parvient à communiquer à ses musiciens un souffle narratif jusqu’aux ultimes notes. Au terme d’un concert riche en émotions, il reçoit alors la juste et amplement méritée standing ovation d’une salle comble (mais avec un siège sur deux disponible seulement, respect des règles sanitaires oblige !).

On ne cesse de le répéter… Monaco est une Fête !

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 10 janvier 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Frank Peter Zimmermann (violon), Yazuki Yamada (direction).

 

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Le Philharmonique de Monte-Carlo en janvier 2021 © Emmanuel Andrieu

 

Compte-rendu, concert. Monte-Carlo, le 12 oct 2018. Pärt, Prokofiev, Repin / Orch Philh de Monte-Carlo,Yamada.

repin_vadim violon russe par classiquenewsCompte-rendu, concert. Monte-Carlo, Auditorium Rainier III, le 12 octobre 2018. Pärt, Prokovief, Tchaïkovsky. Vadim Repin, Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Yazuki Yamada. Un an après avoir subjugué le public monégasque dans le Premier Concerto pour violon de Sergueï Prokofiev, le grand violoniste russe Vadim Repin (né en 1971) était de retour en Principauté pour interpréter, cette fois, le Deuxième Concerto du célèbre compositeur russe. Mais comme à peu près dans toutes les salles de concert aujourd’hui, c’est par une pièce plus contemporaine que s’est ouverte la soirée, avec une exécution du superbe Fratres pour violon solo, orchestre à cordes et percussion d’Arvo Pärt, ici dans sa version remaniée de 1992. Fratres est un ouvrage de très belle facture polyphonique dont l’inspiration des œuvres de Benjamin Britten n’est pas dissimulée et le propos très religieux. Typique du caractère très répétitif de la musique balte, cette partition d’une dizaine de minutes fait ici appel à un orchestre à cordes dont la progression inébranlable est régulièrement parcourue par de calmes interventions de la grosse caisse et des claves.

Dans le concerto de Prokovief qui vient juste après, Vadim Repin – tout autant que l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigĂ© par son chef titulaire Kazuki Yamada – sĂ©duisent. MalgrĂ© une première partie un peu moins bien conduite, mais que sa longueur rend de fait plus ardue d’exĂ©cution, la romance centrale est particulièrement rĂ©ussie : en face d’un violon Ă  l’expressivitĂ© parfaite, l’accompagnement en pizzicati des cordes apparaĂ®t comme lĂ©gèrement railleur. Quant au Finale, une sorte d’« espagnolade » rythmĂ©e par les castagnettes, il est livrĂ© avec une densitĂ© et une impĂ©tuositĂ© incroyables, qui dĂ©montrent que Repin possède un art de la virtuositĂ© Ă  l’image de sa sensibilitĂ© musicale. MalgrĂ© l’insistance du public, il ne sacrifiera pas Ă  la tradition du bis…

kazuki-yamada-jc-vinaj-opmc-11Après l’entracte, la Quatrième Symphonie de Tchaïkovski enthousiasme également : si le thème du fatum paraît au premier abord peu terrifiant – l’inquiétude ne s’immisce pas moins de manière graduelle et subtile dans l’œuvre, plus souvent à travers le tempo (implacable dans la valse, ou qui se déchaîne subitement au détour d’une phrase) que par celui des timbres, en tous points magnifiques. Le deuxième mouvement esquisse une immense arche mélodique, qui respire avec naturel grâce à la gradation des dynamiques et des articulations des voix intermédiaires. C’est avec le scherzo que s’établit véritablement un début de frénésie rythmique qui ne s’interrompra plus : les pizzicati sont incroyablement dansants et volubiles, mettant en avant les touches folkloriques de la partition.

Que ce soit dans le concerto de Prokovief ou la symphonie de TchaĂŻkovsky – l’incisivitĂ© des attaques, les timbres magnifiquement opulents, la perfection formelle renforcĂ©e par une certaine dĂ©contraction -, tout laisse Ă  penser que le courant passe formidablement bien entre les musiciens et le chef japonais ! Illustrations : Vadim Repin / Kazuki Yamada (DR)

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Compte-rendu, concert. Monte-Carlo, Auditorium Rainier III, le 12 octobre 2018. Pärt, Prokovief, Tchaïkovsky. Vadim Repin, Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki Yamada.