CD critique. HAYDN : Symphonies parisiennes 84 et 86. Stabat Mater (Le Concert de la Loge, J Chauvin, 2 cd ApartĂ© – nov 2019)

haydn concert de la loge stabat mater symph 84 et 86 cd critique classiquenews cd review classiquenewsCD critique. HAYDN : Symphonies parisiennes 84 et 86. Stabat Mater (Le Concert de la Loge, J Chauvin, 2 cd ApartĂ© – nov 2019). On ne cessera jamais assez de louer l’apport dĂ©cisif des instruments d’époque et de la pratique historique dans la rĂ©estimation actuelle du rĂ©pertoire classique et prĂ©romantique. En 1781, le Paris des LumiĂšres, prĂ© rĂ©volutionnaire bouillonne d’une ardeur musicale inĂ©dite, notamment au Concert Spirituel, salle symphonique et aussi de musique sacrĂ©e comme en tĂ©moigne le programme dĂ©fendue ici par Le Concert de la Loge : les symphonies ultimes du cycle parisien de Haydn, n°84 DiscrĂšte et n°86 Capricieuse affirment une nervositĂ© toute Ă©lĂ©gante, emblĂ©matique de l’équilibre et de la facĂ©tie haydnienne, auxquels le Stabat Mater, moins connu, apporte une ampleur sacrĂ©e remarquablement Ă©laborĂ©e ; ainsi, Haydn supplante dans le genre l’Ɠuvre de PergolĂšse (crĂ©Ă©e en France en 1753), depuis lors incontournable dans les programmes des concerts parisiens. AmorcĂ© par la voix tendre du tĂ©nor, le Stabat version Haydn colore le style Empfindsamkeit d’une finesse toute viennoise, Ă  la fois grave et raffinĂ©e dans laquelle la recherche de couleur affirme une ferveur rayonnante. En 1781, soit 20 ans avant l’oratorio La CrĂ©ation, Haydn dĂ©montre une maĂźtrise absolue dans l’expression de la douleur christique et mariale. La rĂ©vĂ©lation auprĂšs des parisiens indique clairement l’intuition visionnaire du tĂ©nor Jospeh Legros, directeur du Concert Spirituel depuis 1777.
Bel effet de commencer par la sombre DiscrĂšte, prĂ©lude idĂ©ale Ă  la piĂ©tĂ© pudique, dĂ©licatement inaugurĂ©e du Stabat. La partition dĂ©ploie le superbe timbre de l’alto AdĂšle Charvet (plage 1 cd1 : « O quam tristis »), sommet de cette sublimation classique de la douleur (oĂč perce l’alliance somptueusement lacrymale des bassons / hautbois). Tant d’excellence dans la retenue du sentiment de compassion doit beaucoup Ă  la palette poĂ©tique de CPE Bach dont les oratorios dĂ©jĂ  recueillaient toute la riche tradition des sepolcri, genre typiquement viennois oĂč la ferveur doloriste des sujets s’intensifiaient en une pudeur d’un raffinement inouĂŻ.

La Symphonie n°86 est un creuset d’invention mĂ©lodique, c’est elle qui retient surtout l’attention du coffret double; rĂ©vĂ©lant toute la puissance du rĂ© majeur sous le masque aimable de la distinction, une puissance parfois martiale que revendiquent les 2 trompettes et les timbales (bien exposĂ©es). L’invention de Haydn s’y concentre dans le mouvement lent en sol majeur, dont le titre « Capriccio. Largo » indique une libertĂ© formelle inĂ©dite bien dans l’esprit d’un auteur souvent imprĂ©visible et qui assume de superbes audaces harmoniques. Aucune baisse de tension ni d’inspiration dans le Menuet (Allegretto) qui suit, aussi vaste dans le catalogue des symphonies de Haydn, qu’il est subtilement troussĂ© (impertinence rustique du trio). Le martĂšlement du Finale (Allegro con spirito) rĂ©affirme Ă  la fois la maĂźtrise de la forme sonate et l’impĂ©tuositĂ© d’une Ă©criture inventive qui ne s’enferme dans aucun canevas mĂ©canique.

NuancĂ©e, prĂ©cise, souple et aĂ©rĂ©e, l’approche du Concert de la Loge restitue toute la fine parure classique (et ses Ă©quilibres sonores) d’un Haydn ici plus expĂ©rimental que conforme. Dont l’élĂ©gance inscrit clairement tout le cycle des 3 piĂšces, dans cette subtilitĂ© toute parisienne. Superbe programme.

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CD critique. HAYDN : Symphonies parisiennes 84 et 86. Stabat Mater (Le Concert de la Loge, J Chauvin, 2 cd ApartĂ© – nov 2019)

TOUT HAYDN Ă  METZ : Osez HAYDN, les 8 et 9 nov 2019

OSEZ-HAYDN-festival-homepage-METZ-582METZ, Arsenal. FESTIVAL « OSEZ HAYDN! » ven 8, sam 9 nov 2019. L’Arsenal de METZ propose un festival 100% Joseph HAYDN pendant 4 jours… AprĂšs l’avoir crĂ©Ă© Ă  Paris en octobre 2018, Julien Chauvin et son ensemble, Le Concert de la Loge, sur instruments anciens, spĂ©cialistes du rĂ©pertoire classique et romantique, transfĂšrent le concept du festival HAYDN Ă  METZ, profitant opportunĂ©ment de leur rĂ©sidence Ă  la CitĂ© musicale de Metz (Arsenal)! Il est temps de (re)dĂ©couvrir l’écriture du gĂ©nie viennois, celui de Joseph Haydn, pĂšre du quatuor, de la symphonie classique, trop Ă©touffĂ© par MOZART. Au XVIIIĂš, rien de tel, car Mozart Ă©tait sousestimĂ©, et HAYDN, vĂ©nĂ©rĂ© comme le plus grand compositeur vivant de son temps
 car Haydn a presque tout inventĂ©, vĂ©ritable « aiguillon », tempĂ©rament audacieux et expĂ©rimentateur de premier plan (Beethoven l’a bien compris qui rechercha absolument Ă  suivre ses leçons Ă  Vienne).
Au programme du festival « OSEZ HAYDN 2019 » Ă  METZ, du 6 au 9 nov, soit pendant 4 journĂ©es, dĂ©bats, confĂ©rences, exposition, battle, pause gourmande et concerts bien sĂ»r.. avec la coopĂ©ration des artisans et des institutions de la rĂ©gion Grand Est. Temps forts entre autres, la confrontation des instruments d’époque et des instruments modernes le 8 nov dans les symphonies de Joseph Haydn

 

 

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Julien Chauvin, violoniste, fondateur du Concert de la Loge (DR / Arsenal de Metz 2019)

 

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Programme OSEZ HAYDN 2019
Ă  l’Arsenal de METZ – CitĂ© Musicale de Metz
https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/temps-forts/osez-haydn

 

 

 

Mercredi 6 novembre 2019

 

 

CONFÉRENCE | 18h30
Salon Claude Lefebvre
La lutherie Ă  Mirecourt au XVIIIe siĂšcle
Roland Terrier et Jean-Paul Rothiot racontent comment la lutherie se développe à Mirecourt, petite ville des Vosges au cours du siÚcle ; ils y détectent et analysent les influences des écoles allemande et italienne sur les violons fabriqués pendant cette période.
Roland Terrier – luthier
Jean-Paul Rothiot – historien

 

 

19h30, vernissage
EXPOSITION La lutherie dans tous ses Ă©tats
Grand Hall
Exposition organisĂ©e par le musĂ©e de la Lutherie et de l’archĂšterie françaises de Mirecourt et le Collectif Colof – horaires : du mercredi 6 Ă  samedi 9 nov 2019, de 13h–18h

 

 

 

Jeudi 7 novembre 2019

 

 

HAYDN-OSEZ-metz-arsenal-6-9-nov-2019CONCERT | 20h
Salle de l’Esplanade
Les Sonates pour pianoforte de Haydn
Sonate en ré majeur
Sonate n°35 en la bémol majeur
Andante et variations en fa mineur
Sonate en sol majeur
Sonate en mi bémol majeur
Alain PlanĂšs – pianoforte

 

 

 

Vendredi 8 novembre 2019

 

 

CONFÉRENCE | 18h30
Salon Claude Lefebvre
Haydn et sa présence à Paris
L’engouement pour les symphonies de Haydn Ă  Paris Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle infiltrait tous les aspects de la vie musicale : tous les concerts de  l’époque commençaient et se terminaient par l’une de ses symphonies, on les jouait Ă©galement durant les entractes des comĂ©dies et des tragĂ©dies lyriques. Haydn n’eut donc jamais besoin de venir Ă  Paris pour  promouvoir ses Ɠuvres. Intervenant :
Alexandre Dratwicki – musicologue et directeur scientifique du Palazzetto Bru Zane qui est le Centre de musique romantique française Ă©tabli Ă  Venise.

 

 

CONCERT | 20hHAYDN-OSEZ-metz-arsenal-6-9-nov-2019
Grande salle
“Deux Haydn sinon rien”
Le Concert de la Loge
L’Orchestre National de Metz
Julien Chauvin – direction
Antoine Pecqueur – prĂ©sentation

Symphonie n°86 en ré majeur
(Le Concert de la Loge)

Symphonie n°45 « Les Adieux »
(Orchestre national de Metz)

 

 

 

Samedi 9 novembre 2019

 

 

CONFÉRENCE À PLUSIEURS VOIX | 14h
Salon Claude Lefebvre
Un salon de musique chez Monsieur Haydn
Le collectif lorrain de la facture instrumentale (COLOFIN) propose une  installation prĂ©sentant des instruments historiques mĂȘlĂ©s Ă  des crĂ©ations sorties des ateliers de plusieurs membres de ce groupe de  luthiers lorrains. L’exposition sera articulĂ©e autour d’un piano carrĂ© historique Frederic Beck fait Ă  Londres en 1777.
Alain Meyer – Luthier

GOÛTER VIENNOIS | 15h30-17h30
Bar – PrĂ©sentation du chocolat “Quatuor” et dĂ©gustation de chocolat chaud et de viennoiseries, prĂ©parĂ©s et prĂ©sentĂ©s par Philippe Maas (chocolatier).

 

 

DÉBAT | 16h
Salon Claude Lefebvre
“Battle : Mozart vs Haydn”
Le dĂ©bat, qui opposera deux fervents dĂ©fenseurs de Mozart et de Haydn, tente d’expliquer la marginalisation des opĂ©ras de Haydn et de rappeler la trĂšs grande thĂ©ĂątralitĂ© de sa musique. Ce sera aussi aux auditeurs de trancher entre ces innovateurs! AttachĂ© Ă  la Cour des princes Esterhazy, prĂšs de Vienne, Haydn compose quantitĂ© de piĂšces divertissantes et plusieurs opĂ©ras encore aujourd’hui minorĂ©s et trĂšs peu jouĂ©s, quand ils sont comme ceux de Mozart, d’une facĂ©tie dramatique post rossinienne, d’une Ă©lĂ©gance toute viennoise et mozartienne.

Marc Vignal – musicologue
Ivan Alexandre – journaliste

 

 

HAYDN-OSEZ-metz-arsenal-6-9-nov-2019CONCERT | 18h
Salle de l’Esplanade   ”Haydn Intime”
Chantal Santon-Jeffery – soprano
Florent Albrecht – piano
Lucien Pagnon – violon
Lucile Perrin – violoncelle

Canzonettas & Lieder / Sonate en ut majeur – 1er mouvement / Fantaisie en ut majeur – Presto / Cantate Arianna a Naxos / Variations en fa mineur

 

 

CONCERT | 20hHAYDN-OSEZ-metz-arsenal-6-9-nov-2019
Grande salle
“Un soir sacrĂ© aux Tuileries “
Florie Valiquette – soprano
AdĂšle Charvet – alto
Reinoud Van Mechelen – tĂ©nor
Andreas Wolf – baryton
Ensemble Aedes – Mathieu Romano
Le Concert de la Loge 

 

 

 

 

 

 

 

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RESERVATIONS & INFORMATIONS
https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/temps-forts/osez-haydn

OSEZ-HAYDN-festival-homepage-METZ-582

 

 

 

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HAYDN-OSEZ-metz-arsenal-6-9-nov-2019

 

CD, critique. HAYDN : Symphonie n°86. Airs d’opĂ©ras
 Sacchini, GLuck, Lemoyne, Louis-charles Ragué  Sophie KarthĂ€user, soprano. Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction (1 cd APARTÉ – 2018)

HAYDN Symphonie-n-87-l-impatienteCD, critique. HAYDN : Symphonie n°86. Airs d’opĂ©ras
 Sacchini, GLuck, Lemoyne, Louis-charles Ragué  Sophie KarthĂ€user, soprano. Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction (1 cd APARTÉ – 2018). Peu Ă  peu, Le Concert de La Loge Ă©difie une intĂ©grale des 6 symphonies parisiennes de Haydn, sommet de l’éloquence et de l’élĂ©gance orchestrale viennoise et pour le collectif français fondĂ© par le violoniste Julien Chauvin, une nouvelle preuve de l’apport inestimable des instruments anciens dans notre connaissance (rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e) de la symphonie classique au XVIIIĂš. ComposĂ©e avant les 12 Londoniennes (1791 – 1795), les Parisiennes forment une programmation clĂ© du fameux Concert de la Loge Olympique, orchestre et entreprise de concerts Ă  Paris, florissant dans les annĂ©es 1780 et qui permet au public et au amateurs de bonne musique, d’écouter les tendances de l’époque. Sous la direction du Chevalier de Saint-Georges, les parisiens peuvent donc dĂ©couvrir l’écriture hyperĂ©lĂ©gante et si subtilement contrastĂ©e de Mr Haydn.
DĂ©jĂ  Ă©ditĂ©es les symphonies contemporaines, La Reine, La Poule, L’Ours
 Le Concert de la Loge poursuit son exploration de l’écriture viennoise alors que Haydn invente la symphonie : la Symphonie n° 87 en la majeur dite « L’Impatiente » offre un nouveau condensĂ© d’équilibre, de facĂ©tie, de surprise, de sensibilitĂ© aux timbres et aux Ă©quilibres de l’orchestre classique prĂ©romantique propre aux annĂ©es 1785 – 1787.
Haydn est une cĂ©lĂ©britĂ© europĂ©enne, la plus importante Ă  son Ă©poque (et non ce n’est pas Mozart) ; mais plutĂŽt que de diffuser une forme standard, « europĂ©enne », le Viennois sait se renouveler, Ă©vitant la rĂ©pĂ©tition et le systĂšme.
Le chef soigne l’élĂ©ment phare de l’opus : sa vigueur ; comme ses surprises (le second motif Ă  la place du premier, dans la rĂ©exposition du Vivace initial). Les instrumentistes font valoir leur grande homogĂ©nĂ©itĂ© sonore et expressive, en particulier dans l’Adagio (rĂ© mineur) au parcours rhapsodique d’une irrĂ©sistible profondeur. Tandis que le nerf et une caractĂ©risation roborative animent le Menuet et le Vivace final.

Pour contextualiser son approche, Julien Chauvin ajoute aussi plusieurs airs d’opĂ©ras peu connus d’Antonio Sacchini, de GrĂ©try, ou de Jean-Baptiste Lemoyne : le choix est « historique » ; bon nombre de concerts parisiens savaient alors mĂȘler les genres et offrir de copieux programmes avec orchestre et chanteurs d’opĂ©ras. Ici, l’invitĂ©e, la soprano Sophie KarthĂ€user incarne les hĂ©roĂŻnes tragiques et amoureuses avec un nerf articulĂ©, qui suit en complicitĂ© cette caractĂ©risation inestimable propre aux instruments d’époque.

On note parmi les contemporains de Haydn, l’écriture de Louis-Charles RAGUÉ, symphoniste et harpiste : sa Symphonie en rĂ© mineur op. 10 n° 1 montre combien le modĂšle Haydnien est assimilĂ© et compris, entre vitalitĂ© des contrastes, effet de surprises et virtuositĂ© aimable voire trĂšs Ă©loquente et racĂ©e (duo flĂ»te et harpe de son Andante, tout Ă  fait dans le style viennois). Avec Mozart, Haydn donc et bientĂŽt Beethoven, la musique du futur vient d’Autriche. Et Paris se met alors Ă  la page.
Julien Chauvin et Le Concert de la Loge
 sur les traces du Chevalier de Saint-Georges jouent le ven 8 nov 2019 Ă  l’Arsenal de Metz, dans le cadre du Festival Ă©vĂ©nement in loco « OSEZ HAYDN! » (METZ, citĂ© Musicale du 6 au 9 nov 2019), la symphonie parisienne n°86 (rĂ© majeur), mise en dialogue avec la Symphonie n°45 « Les Adieux » (par l’Orchestre national de Metz, sur instruments modernes). A suivre.

 

 

 

 

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HAYDN Symphonie-n-87-l-impatienteCD, critique. HAYDN : Symphonie n°86. Airs d’opĂ©ras
 Sacchini, GLuck, Lemoyne, Louis-charles Ragué  Sophie KarthĂ€user, soprano. Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction (1 cd APARTÉ – 2018)

 

 

 

 

Joseph Haydn (1732-1809) :
Symphonie n°87 en la majeur « l’Impatiente », Hob.I :87.

Airs d’opĂ©ras :
Antonio Sacchini (1730-1786) : « C’est votre bontĂ© que j’implore » (ChimĂšne ou Le Cid). Christophe Willibald Gluck (1714-1787) : « Fortune ennemie »(OrphĂ©e et Eurydice). Jean-Baptiste Lemoyne (1751-1796) : « Il va venir »(PhĂšdre). Johann Christoph Vogel (1756-1788) : « Age d’or, ĂŽ bel Ăąge »(DĂ©mophon). AndrĂ© Ernest Modeste GrĂ©try (1741-1813) : « O sort ! par tes noires fureurs »(Les Mariages samnites).

Louis-Charles Ragué (1744-aprÚs 1793) :
Symphonie en ré mineur op. 10 n°1.

Sophie KarthÀuser, soprano. Le Concert de la Loge / Julien Chauvin, direction. 1 CD Aparté. Enregistré à PARIS, Louvre en octobre 2018. Durée : 1h

 

 

COMPTE-RENDU, oratorio. MONTPELLIER, le 14 juillet 2019. KRAUS, HAYDN. Julien Chauvin

KRAUSS-portrait-par-classiquenews-joseph-martin-kraus-contemporaneo-mozart-peor-L-puGIQGCOMPTE-RENDU, oratorio. MONTPELLIER, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, OpĂ©ra-ComĂ©die, 14 juillet 2019. KRAUS, HAYDN, HASSE, CHERUBINI. Valiquette, Charvet, Van Mechelen, Wolf, Julien Chauvin. La lecture de la proposition interrogeait. Le Stabat Mater de Haydn, au coeur du programme (malgrĂ© son intitulĂ©) y est dĂ©coupĂ© en tranches de deux numĂ©ros, entrelardĂ©es de piĂšces de Joseph Martin Kraus, contemporain exact de Mozart, de Cherubini et de Hasse. La proposition de Julien Chauvin, bien qu’argumentĂ©e, aboutit Ă  altĂ©rer la profonde unitĂ© dramatique du texte si souvent illustrĂ©. Mais, simultanĂ©ment, c’est l’occasion de dĂ©couvrir quelques piĂšces de ce prĂ©tendu « Mozart suĂ©dois », et d’autres de ses contemporains.

Stabat en tranches

Le Stabat Mater est une Ɠuvre ambitieuse dont le succĂšs et la diffusion furent considĂ©rables. Le traitement des quatre solistes, du chƓur et de l’orchestre anticipe les Sept derniĂšres paroles, dans leur version chorale, Ă©videmment, et ne manquent pas d’analogies. Les tempi y sont le plus souvent modĂ©rĂ©s, le caractĂšre mĂ©ditatif. Les solistes sont admirables. Ce sont eux qui nous rĂ©servent manifestement le plus de satisfactions, de joies. L’Ɠuvre est variĂ©e Ă  souhait : huit airs, deux duos, cinq participations chorales, dont le Virgo virginum qui constitue le sommet de l’ouvrage, faisant dialoguer le quatuor de solistes et le chƓur. Florie Valiquette nous offre un seul air (Quis non posset), mais participe aux deux duos (avec le tĂ©nor, puis avec l’alto) et rayonne Ă©galement dans l’Amen final. Le timbre est sĂ©duisant, les aigus, agiles et clairs, comme le soutien traduisent une santĂ© vocale Ă©vidente. AdĂšle Charvet, dĂšs le « O quam tristis » nous ravit par sa sĂ»retĂ©, son ampleur lyrique et ses couleurs. Reinoud van Mechelen, le plus sollicitĂ©, se distingue par son aisance, l’intelligibilitĂ© de son chant, fin musicien au style irrĂ©prochable.
Nous dĂ©couvrons avec bonheur Andreas Wolf, solide basse en grande forme, d’une tenue et d’une projection exemplaires dans ses deux airs, particuliĂšrement vigoureux. Le chƓur Aedes ne semble pas avoir encore mĂ»ri la partition, Ă  moins que la direction de Julien Chauvin, konzertmeister dirigeant de son archet, soit inaboutie. Les pupitres manquent d’homogĂ©nĂ©itĂ©, les phrasĂ©s scolaires, la dynamique insuffisante. Tout est correctement chantĂ©, mais l’Ɠuvre appelle bien davantage qu’une mise en place irrĂ©prochable. ParticuliĂšrement lorsqu’on a en mĂ©moire ce qu’ont rĂ©alisĂ© ici Trevor Pinnock et Fritz Bernius, pour ne citer que les plus remarquables.

MĂȘme si les tempi sont gĂ©nĂ©ralement modĂ©rĂ©s, Ă  l’exception des deux airs de basse, le caractĂšre Sturm und Drang, dont relĂšve la partition, n’est pas vraiment perceptible, l’Ɠuvre Ă©tant noyĂ©e par morceaux dans un flot trĂšs composite. Certes, la relation au Miserere de Hasse, auquel Haydn soumit son texte, paraĂźt lĂ©gitime. Nous restons sur notre faim Ă  l’écoute, disjointe, du Dies irae et du Benedictus du Requiem de Joseph Martin Kraus. AntĂ©rieur de plus de quinze ans Ă  celui de Mozart, il mĂ©rite d’ĂȘtre Ă©coutĂ© dans sa totalitĂ©. Les trois mouvements de deux de ses symphonies sont intĂ©ressants et invitent Ă  la dĂ©couverte.

N’eĂ»t-il pas mieux valu choisir une oeuvre donnĂ©e au Concert spirituel, lors de son sĂ©jour parisien ? A ce propos, Haydn, informĂ© de la (fausse) nouvelle de sa disparition, propagĂ©e depuis Londres, aurait dĂ©clarĂ© avec humour avoir pu assister au Chant sur la mort de Joseph Haydn, commande de la Loge olympique Ă  Cherubini : « Ah ! les braves gens ! Si j’avais Ă©tĂ© informĂ© de cette cĂ©rĂ©monie, je me serais rendu lĂ -bas pour la diriger en personne » aurait dĂ©clarĂ© le compositeur amusĂ©. Nous n’aurons droit qu’à un air de tĂ©nor de cette cantate, qui est une belle dĂ©couverte. Les qualitĂ©s de Reinoud van Mechelen sont en adĂ©quation idĂ©ale avec cette musique : le texte est toujours parfaitement intelligible, le soutien constant, la voix admirable.

L’orchestre, ductile, se plie Ă  la dynamique imposĂ©e par Julien Chauvin, mais, comme pour le chƓur, l’engagement n’est pas vraiment collectif. Souhaitons-lui une maturitĂ© plus accomplie.

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COMPTE-RENDU, oratorio, MONTPELLIER, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, Opéra-Comédie, 14 juillet 2019. KRAUS, HAYDN, HASSE, CHERUBINI. Valiquette, Charvet, Van Mechelen, Wolf, Julien Chauvin

CD, compte rendu critique. Haydn : La Reine. Rigel, Sarti (Le Concert de la Loge, Julien Chauvin, 1 cd Aparté, mars 2016)

Le concert de la loge julien chauvin haydn la reine RIgel Sarti JC Bach cd review, cd critique compte rendu critique cd classiquenewsCD, compte rendu critique. Haydn : La Reine. Rigel, Sarti (Le Concert de la Loge, Julien Chauvin, 1 cd ApartĂ©, mars 2016). Voici donc le premier cd du collectif rassemblĂ©, pilotĂ©, Ă©lectrisĂ© par le violoniste Julien Chauvin : Le Concert de la Loge. D’emblĂ©e, la Symphonie n°4 de Rigel, mort en 1799, emblĂ©matique de cette nervositĂ© frĂ©nĂ©tique post gluckiste (les rĂ©miniscences de son OrphĂ©e et Eurydice français sont bien perceptibles ici), fait valoir les qualitĂ©s expressives de l’orchestre sur instruments anciens : les cordes vibres, claquent, vrombissent, trĂšs affĂ»tĂ©es, efficaces, d’un relief mordant, d’une Ă©lĂ©gance parisienne totalement irrĂ©sistible. Le calibrage trĂšs fin de la sonoritĂ©, la caractĂ©risation filigranĂ©e que permet aujourd’hui les instruments d’époque (cordes, cor, hautbois, bassons
) permettent de percevoir ce fini racĂ©e, nerveux, en effet vĂ©ritablement frĂ©nĂ©tique propre Ă  la pĂ©riode oĂč travaille travaille Rigel, c’est Ă  dire en peine esthĂ©tique prĂ©classique et prĂ©romantique, rĂ©ponse au Sturm und Drang germanique. Ainsi ressuscite le son et l’engagement expressif du Concert de la loge dirigĂ© par Viotti au XVIIIIĂš, actif au sein du Concert des Amateurs jusqu’en janvier 1781, puis au Louvre, salle du Pavillon de L’Horloge (d’époque Louis XIIII), Ă  partir de janvier 1786. La coupe syncopĂ©e, le flux mordant et palpitant, la vitalitĂ© gĂ©nĂ©rale milite en faveur du collectif rĂ©uni, pilotĂ© par Julien Chauvin.
S’inspirant des concerts Ă©clectiques au Concert Spirituel, offrant aux parisiens des programmes mi lyriques mi symphoniques, Julien Chauvin ajoute au programme purement symphonique Rigel / Haydn, des extraits lyriques d’époque : ici l’air de SĂ©lĂšne, extrait de Didone Abbandonata de Giuseppe Sarti (1762), priĂšre Ă  l’adresse d’EnĂ©e, d’un coeur amoureux, implorant que le hĂ©ros demeurĂąt in loco Ă  Carthage
 Eloquente, d’une couleur tragique, dĂ©sespĂ©rĂ©e, le soprano ardent, vif, impliquĂ©, comme blessĂ©, de Sandrine Piau, Ă©blouit par sa grĂące musicale, la justesse des intentions expressifs et une style qui sert avant tout le texte.
CLIC D'OR macaron 200Le clou du programme, en conformitĂ© avec les concerts donnĂ©es Ă  Paris par Le Concert de la Loge reste Ă©videmment la Symphonie La Reine de France (n°85), de Joseph Haydn. L’époque est celle de l’esthĂ©tique europĂ©enne prĂŽnĂ©e par Marie-Antoinette, d’un Ă©clectisme nerveux, tendu, Ă©lĂ©gant – la souveraine est capable de favoriser aprĂšs son cher Gluck, Sacchini, Piccini, Gossec, Jean ChrĂ©tien Bach 
 : cordes ardentes, frĂ©missantes, Ă  l’unisson prĂ©cis, fluide ; harmonie calibrĂ©e, nette et prĂ©cise pour un son global d’une absolue clartĂ©. Julien Chauvin veille Ă  l’élasticitĂ© Ă©lectrique des instrumentistes de son ensemble. Le premier mouvement n’est que tension et frĂ©nĂ©sie, les cordes admirables de galbe ; le climat Ă©lectrique que le chef instille au collectif trouve un Ă©quilibre irrĂ©sistible entre cordes, bois, vents et cuivres. La rusticitĂ© affichĂ©e par l’énoncĂ© du motif du second mouvement Ă  la flĂ»te, distille ce caractĂšre de chasse (cors pleins de panache), cette superbe un rien bravache qui nourrit lĂ  encore la vitalitĂ© des respirations. Le Menuet est fiĂ©vreux, enivrĂ©, taquin, d’une articulation subtile et facĂ©tieuse, avec propre Ă  l’Orchestre du Concert de la Loge, une vivacitĂ© du trait qui confirme les excellentes capacitĂ©s des instrumentistes : Julien Chauvin rĂ©ussit par son sens de l’élĂ©gance, des couleurs instrumentales (hautbois, flĂ»tes, bassons
). Le finale, Presto captive par sa coupe frĂ©nĂ©tique, ses syncopes admirablement tempĂ©rĂ©es par le geste nerveux et Ă©lĂ©gant de l’ensemble. De toute Ă©vidence, le premier cd du Concert de la Loge affirme une excellente vivacitĂ©, une finesse d’intention superlative. A quand la suite ? CLIC de Classiquenews d’octobre 2016.

CD, critique compte rendu. Le Concert de La Loge, Julien Chauvin : Rigel, Sarti, JC Bach, Haydn (Symphonie La Reine). 1 cd Aparté

ORCHESTRES. Le Concert de la Loge… ne sera pas olympique

ORCHESTRES. La Loge
 ne sera pas olympique. Pas facile de dĂ©fendre l’identitĂ© d’un orchestre. C’est la dure expĂ©rience Ă  laquelle est confrontĂ©e depuis des mois, le nouvel orchestre sur instruments anciens, Le Concert de la Loge
, crĂ©Ă© par le violoniste Julien Chauvin – ex co fondateur de l’Orchestre Ă©galement sur instruments anciens, Le Cercle de l’Harmonie.

chauvin-julien-concert-de-la-loge-orchestre-prensentation-critique-classiquenewsAprĂšs plusieurs Ă©changes via avocats interposĂ©s, le nom mĂȘme de « Loge Olympique », pourtant accrĂ©ditĂ© dans l’Histoire, en lien avec l’une des aventures le plus passionnantes du symphonisme français Ă  l’époque des LumiĂšres, n’est pas « lĂ©gal », car concurrençant directement l’autoritĂ© officielle de l’Olympisme athlĂ©tique, dont l’activitĂ© n’a pourtant rien Ă  voir
 On souhaite cependant longue vie Ă  l’orchestre de Julien Chauvin qui nĂ©anmoins Ă  travers ces pĂ©ripĂ©ties juridiques, aura retenu l’attention et se sera taillĂ© une certaine notoriĂ©tĂ© au moment de son lancement et de ses premiers concerts
 Longue vie et plein de rĂ©ussite aux concerts de l’Orchestre de la Loge.

Voici le communiquĂ© de presse diffusĂ© par l’Orchestre de la Loge :

Le Concert de la Loge Olympique contraint de changer son nom

AprĂšs des semaines d’attente et d’échanges entre avocats, il apparaĂźt que le CNOSF ne donnera pas l’autorisation Ă  l’orchestre fondĂ© par Julien Chauvin en 2015 d’utiliser l’appellation « Le Concert de la loge Olympique ».

Si cette nouvelle reste affligeante et arbitraire, l’orchestre a dĂ©cidĂ© de ne pas prendre d’initiative qui pourrait le mener Ă  un procĂšs dont il n’aurait ni les moyens financiers, ni le temps Ă  consacrer sans se dĂ©tourner de la prioritĂ© que reprĂ©sente ses activitĂ©s musicales.

L’orchestre le Concert de la Loge Olympique n’a jamais Ă©tĂ© un « concurrent » du CNOSF et on voit mal comment il aurait pu tirer profit de la notoriĂ©tĂ© des Jeux Olympiques pour se produire dans des salles de concerts et des festivals dĂ©diĂ©s Ă  la musique classique.

Un accord entre personnes de bonne volontĂ© avait Ă©tĂ© espĂ©rĂ© et ce dans le respect de la charte Olympique qui promeut notamment : « la comprĂ©hension mutuelle, l’esprit d’amitiĂ©, de solidaritĂ© et de fair-play », mais Ă©galement dans la tradition « antique » des Jeux oĂč le sport cohabitait avec les Ă©preuves artistiques de thĂ©Ăątre, de poĂ©sie, de chant et de musique
.

L’usage exclusif d’une marque, dont un procĂšs aurait pu arbitrer le caractĂšre abusif ou lĂ©gitime, ne peut empĂȘcher qu’un chaĂźnon de l’Histoire musicale française revive. Julien Chauvin a donc dĂ©cidĂ© d’amputer le nom de son orchestre, qui devient :

« Le Concert de la Loge »

et garde ainsi la référence explicite au Concert de la Loge Olympique, formation illustre créée en 1783.

L’ensemble se dĂ©marque du paysage musical et ce, notamment, par la force d’un projet inĂ©dit qui s’emploie Ă  faire revivre les usages musicaux de la fin du XVIIIe autour de l’intĂ©grale des six Symphonies Parisiennes de Haydn, qui sera prĂ©sentĂ©e et enregistrĂ©e dans les formats des concerts de l’époque aux cĂŽtĂ©s de partenaires historiques tels que le Louvre. Il est Ă©galement engagĂ© dans la redĂ©couverte d’Ɠuvres oubliĂ©es de la musique française et prĂ©sentera la saison prochaine deux recrĂ©ations : ChimĂšne ou le Cid de Sacchini et PhĂšdre de Lemoyne.

Sans que la raison et la culture triomphent et sans pouvoir conserver son nom historique, Le Concert de la Loge s’emploiera Ă  faire rayonner le patrimoine musical qu’il dĂ©fend et fait revivre.

«  L’important n’est pas de gagner, mais de
 jouer ! »

fin du communiqué diffusé par Le Concert de la Loge, reçu ce mardi 14 juin 2016.

VISITER le site du Concert de la Loge

Compte-rendu, opéra. Reims. Opéra, le 16 janvier 2015. Haydn : Armida. Chantal Santon, Juan Antonio Sanabria, Enguerrand De Hys, Laurent Deleuil, Dorothée Lorthiois, Francisco Fernandez-Rueda. Mariame Clément, mise en scÚne. Julien Chauvin, direction.

haydn-joseph-portrait-perruqueAprĂšs L’Empereur d’Atlantis de Viktor Ullman la saison passĂ©e, c’est l’Armide de Joseph Haydn que l’Arcal – la compagnie de thĂ©Ăątre lyrique et musical fondĂ©e par Christian Gangneron en 1983 (dĂ©sormais dirigĂ©e par Catherine Kollen) – a retenu comme titre cette annĂ©e. ÉtrennĂ©e en octobre dernier au ThĂ©Ăątre de Saint-Quentin en Yvelines, c’est Ă  l’OpĂ©ra de Reims que la production – signĂ©e Mariame ClĂ©ment – continue sa tournĂ©e, avant Massy, Besançon ou encore Clermont-Ferrand. Armida, dans la production dramatique de Haydn, c’est un peu comme La Clemenza di Tito dans celle de Mozart : alors que toute son Ă©volution montre une dramatisation progressive du buffa, un rĂŽle croissant de l’orchestre et des ensembles vocaux plus dĂ©veloppĂ©s, avec, notamment, de superbes finales, Armida est, comme La Clemenza di Tito, un retour aux conventions de l’opera seria : le bouffe n’y a aucune part, les rĂ©citatifs secs abondent. Est-ce la raison pour laquelle cet opĂ©ra, le dernier que Haydn ait Ă©crit pour Esterhaza, en 1783 (ce qui le situe chronologiquement juste aprĂšs Idomeneo et Die EntfĂŒhrung aus Serail) – et qui contient tant de pages sublimes qui ne le cĂšdent en rien aux grands opĂ©ras de Gluck et de Mozart – reste si ignoré ?

 

 

 

 

 

Pro et anti gays


 

 

 

armida reims (6)Pour cette histoire de croisĂ©s et d’ensorceleuse ensorcelĂ©e par l’amour, cent fois mise en musique, et qui remonte, au moins, Ă  la JĂ©rusalem dĂ©livrĂ©e du Tasse, Mariame ClĂ©ment n’a pas choisi la reconstitution historique, mais dĂ©cidĂ© de transposer l’action de nos jours, en substituant aux guerres de religion (pourtant d’une brĂ»lante et douloureuse actualitĂ©) le combat entre les « pro » et les « anti » Mariage pour tous. Armida est ici un homme, dont Rinaldo est tombĂ© amoureux, au grand dam de ses compagnons d’armes et du Roi sarrasin Idreno, farouchement anti-gay. Si l’idĂ©e peut se dĂ©fendre – mĂȘme si on la trouve, Ă  titre personnel, quelque peu rĂ©ductrice -, on sera beaucoup plus circonspect sur la banalitĂ© et la laideur de la scĂ©nographie, qui entre en constante opposition avec la beautĂ© de la partition.

Musicalement, Armida exige beaucoup des chanteurs. La jeune soprano française Chantal Santon, au timbre riche et expressif, a la prĂ©sence dramatique, la flamme et les moyens vocaux d’Armida. Elle trouve en Juan Antonio Sanabria (Rinaldo) un partenaire Ă  sa hauteur : timbre suave, aigus glorieux et virtuositĂ© Ă  l’avenant font de ce tĂ©nor canarien un talent Ă  suivre. Tous d’eux sont entourĂ©s d’autres jeunes chanteurs remarquables, Ă  commencer par Enguerrand de Hys (Ulbado), favorablement remarquĂ© derniĂšrement (malgrĂ© sa courte apparition) dans l’Otello rossinien au TCE, et qui semble Ă©galement promis Ă  un bel avenir. De son cĂŽtĂ©, DorothĂ©e Lorthiois (Zelmira) possĂšde l’ampleur vocale exigĂ©e par sa partie (et une belle maĂźtrise de la ligne vocale), tandis que Laurent Deleuil (Idreno) se montre parfaitement convaincant dans le rĂŽle du mĂ©chant de service.

Formation nouvelle (avec des musiciens essentiellement issus du Cercle de L’Harmonie) dirigĂ©e (dans les deux sens du terme) par le talentueux violoniste français Julien Chauvin, La Loge Olympique s’avĂšre remarquable, la soirĂ©e durant, par la prĂ©cision rythmique, l’articulation, le souci de la couleur : ils ont Ă©tĂ© les justes triomphateurs – avec l’Ă©quipe vocale, de cette rĂ©surrection d’Armida.

 

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Compte-rendu, opéra. Reims. Opéra, le 16 janvier 2015. Haydn : Armida. Chantal Santon, Juan Antonio Sanabria, Enguerrand De Hys, Laurent Deleuil, Dorothée Lorthiois, Francisco Fernandez-Rueda. Mariame Clément, mise en scÚne. Julien Chauvin, direction.

 

Illustrations : © Enrico Bartolucci