PESARO. Juan Diego Florez chante Uberto pour les 20 ans de sa carrière

festival-de-pesaro-logo-rossini-2016-juan-diego-florez-donna-del-lagoPESARO. Juan Diego Florez chante Uberto : 8-17 aoĂ»t 2016. Le tĂ©nor pĂ©ruvien n’est pas seulement l’ambassadeur du festival Rossini de Pesaro. Depuis sa formidable prise de rĂ´le, presque Ă  pied levĂ©, dans l’immense dĂ©fi vocal du rĂ´le de Corradino dans Matilde di Shabran en 1996, prise de rĂ´le qui fut rĂ©vĂ©lation et dans sa carrière Ă  son aube, tremplin spectaculaire, Juan Diego Florez est surtout le plus grand tĂ©nor rossinien et au-delĂ , dĂ©tenteur d’une perfection vocale belcantiste qui Ă©blouit tout autant dans les opĂ©ras d’avant Verdi, ceux de Donizetti et surtout Bellini. Depuis 20 ans dĂ©jĂ , Juan Diego Florez chante sur les scènes du monde entier et particulièrement Ă  Pesaro chaque Ă©tĂ©, oĂą il a lancĂ© sa prestigieuse carrière. Du 8 au 17 aoĂ»t 2016, le tĂ©nor adulĂ© – vĂ©ritable trĂ©sor vivant au PĂ©rou, l’équivalent de son confrère Joseph Calleja pour la RĂ©publique de Malte – le plus petit Ă©tat de l’Union EuropĂ©enne-, chante Giacomo (Jacques V d’Ecosse) / Uberto, amoureux de la fille de son ennemi, Elena, qui est pourtant promise Ă  Rodrigo, et qui aime Malcolm… imbroglio amoureux, ou Ă©chiquier sentimental croisĂ© d’oĂą jaillissent les vrais identitĂ©s. MalgrĂ© ses rivaux dĂ©clarĂ©s, l’Ă©blouissant Uberto chante sa flamme irrĂ©pressible pour la belle Elena dans son fameux air  qui ouvre l’acte II : « O fiamma soave », sommet du beau chant rossinien enivrĂ©, sensuel, amoureux. Prince cachĂ©, et coeur noble comme gĂ©nĂ©reux c’est Ă  dire capable d’abnĂ©gation et de renoncement, Uberto sait sacrifier ses propres sentiments pour le bonheur d’Elena qui au final, peut Ă©pouser son aimĂ©, Malcolm. En 1819, Rossini signe ainsi, dans les couleurs pastorales raffinĂ©es de l’orchestre oĂą brillent le chant Ă©lĂ©giaque du cor et de la clarinette entre autres, le premier opĂ©ra romantique italien, avant les sommets lyriques des Bellini et Donizetti.

De toute évidence, par la subtilité de son chant, la pureté lumineuse de son style, Juan Diego Florez incarne à travers le personnage d’Uberto, la perfection du chant rossinien à son sommet. Incontournable.

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PESARO : Juan Diego Florez chante Uberto dans La Donna del Lago de Rossini, les 8, 11, 14 et 17 août 2016. Toutes les infos, réservez sur le site du Festival Rossini de Pesaro / Rossini Opera Festival Pesaro (Italie)

 

 

 

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Visage juvĂ©nile mais style affĂ»tĂ©, millĂ©mĂ©trĂ©, incandescent et raffinĂ© : Juan Diego Florez en 2016 confirme un immense talent, la perfection rossinienne au masculin…

DVD, compte rendu critique. Rossini : Guillaume Tell. Diego Florez, Rebeka, Alaimo (Pesaro 2013, 2 dvd Decca)

Tell guillaume rossini Juan diego florez decca dvdDVD, compte rendu critique. Rossini : Guillaume Tell. Diego Florez, Rebeka, Alaimo (Pesaro 2013, 2 dvd Decca). Pesaro retrouve un ambassadeur de rĂŞve en la personnage du tĂ©nor pĂ©ruvien Juan Diego Florez, trĂ©sor national vivant dans son pays, et ici, nouveau hĂ©ros toutes catĂ©gories en matière de beau chant rossinien. Les dĂ©tracteurs ont boudĂ© leur plaisir en lui reprochant une absence de medium charnu et une vrai assise virile dans un style rien que… idĂ©alisĂ© non incarnĂ© : or la vaillance et l’intonation sont continument Ă©poustouflants et le grand genre, celui du grand opĂ©ra Ă  la française que Rossini inaugure ainsi sur la scène parisienne en 1829 marque Ă©videmment l’histoire lyrique, grâce Ă  l’Ă©clat de cette voix unique Ă  ce jour. Juan Diego Florez reste difficilement attaquable et les puristes dĂ©clarĂ©s qui brandissent les mannes d’Adolphe Nourrit (crĂ©ateur du rĂ´le) auront bien du mal Ă  dĂ©montrer la lĂ©gitimitĂ© de leur rĂ©serve.

 

 

A l’Ă©tĂ© 2013, le festival de Pesaro offre l’un de ses meilleurs spectacles…

Le superbe Tell de Pesaro 2013

 

CLIC_macaron_20dec13juan diego florez arnold guillaume tell pesaro 2013Florez apporte la preuve que le rĂ´le d’Arnold peut ĂŞtre incarnĂ© par un tĂ©nor di grazia non hĂ©roĂŻque, tant l’intelligence de son jeu et de son chant donnent chair et âme au personnage de Rossini : d’autant que Pesaro n’a pas lĂ©sinĂ© sur les moyens ni surtout la qualitĂ© artistique pour rĂ©ussir manifestement l’une de ses plus belles rĂ©alisations. Aux cĂ´tĂ©s du solaire Florez, Arnold noble et lumineux, aux aigus ardents, la Mathilde de Marina Rebeka n’est que tendresse et miel vocal ; le baryton Nicola Alaimo affirme lui aussi une noblesse humaine totalement convaincante, d’autant plus mĂ©ritoire que la mise en scène de Graham Vick est comme Ă  son habitude claire et politique mais clinique et très glaciale. Vick transpose le drame suisse gothique dans l’Italie du Risorgimento oĂą la soldatesque autrichienne humilie continument les paysans suisses, offrant de facto Ă  la figure ignoble et abjecte du conquĂ©rant Gessler (le meurtrier du père d’Arnold), une rare perversitĂ© souvent insupportable. Le ballet du III (qui prĂ©cède la fameuse Ă©preuve de la pomme) est totalement restituĂ© en une scène collective de soumission / oppression du petit peuple par les occupants arrogants. Alberghini fait un père d’Arnold très solide. Dommage que les rĂ©pĂ©titeurs du français pour les comprimari (seconds rĂ´les) et les choeurs n’aient pas rĂ©ussi totalement leur objectif : beaucoup de scènes Ă©chappent Ă  la comprĂ©hension, le texte français Ă©tant inintelligible. De lĂ  Ă  penser que le spectacle reste dĂ©sĂ©quilibrĂ© : rien de tel. Ce Tell comble les attentes, car le duo miraculeux (Arnold / Mathilde) et portĂ© comme tous par la baguette fine et nerveuse du chef Michele Mariotti. Ce pourrait ĂŞtre mĂŞme de mĂ©moire de festivalier depuis l’après guerre, l’un des meilleurs spectacles rossiniens de Pesaro, festival italien qui semble avoir renouĂ© avec les grands moments de son histoire.

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Juan Diego FLorez et Nicola Alaimo (Arnold et Guillaume Tell)

Rossini : Guillaume Tell, 1829. Juan Diego Florez (Arnold Melcthall), Nicola alaimo (Guillaume Tell), Marina Rebeka (Mathilde)… Michele Mariotti, direction. Graham Vick, mise en scène. EnregistrĂ© en aoĂ»t 2013 au Festival Rossini de Pesaro (Italie). 2 dvd Decca.

 

 

Compte rendu, récital lyrique. Liège. Opéra Royal de Wallonie, le 5 novembre 2014. Récital Juan Diego Flórez. Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie. Christopher Franklin, direction musicale

florez juan diego 58-Juan-Diego-FlorezUn concert de Juan Diego Florez, c’est toujours un évènement. C’est donc plein d’enthousiasme que nous avons traversé la frontière pour nous rendre à Liège, où le ténor péruvien faisait halte durant sa tournée consacrée aux airs français, répertoire composant le programme de son dernier récital discographique. Rappelons également que cette date liégeoise était la seule qui voyait le piano du fidèle Vincenzo Scalera remplacé par un orchestre, en l’occurrence celui de la maison wallonne, dirigé par Christopher Franklin, déjà partenaire du chanteur voilà plus d’un an au Théâtre des Champs-Elysées. Autant de raisons qui promettaient de combler nos attentes. Quelle ne fut pas notre déception devant ce que nous appellerons une routine de luxe. Durant toute la première partie du concert, le ténor assure simplement son métier, devant une salle ronronnante et aux applaudissements pondérés. Le chanteur demeure toujours aussi infaillible, le contrôle restant total de la première respiration au dernier son, mais à aucun moment il ne transcende cette fabuleuse maîtrise.

 

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Un feu d’artifice inattendu

 

Reconnaissons que l’air de Gérald sied merveilleusement bien à son instrument, une voix mixte inconnue jusqu’alors faisant son apparition, la diction française s’avérant comme à l’ordinaire digne d’éloges, ainsi qu’il en est du doux balancement de la sérénade d’Henri Smith extrait de la rare Jolie Fille de Perth de Bizet, superbement phrasée.

Avec Werther, Juan Diego Florez touche aux limites de sa voix, notamment dans le lied d’Ossian, audiblement trop large pour ses moyens, malgré un indéfectible soutien de la part du chef. Le chanteur parvient pourtant à ne jamais grossir l’émission, couronnant cet air d’aigus percutants.

En revanche, on apprécie pleinement un air d’entrée détaillé avec beaucoup de poésie, servi par une déclamation du texte de haute école, la beauté de la musique de Massenet faisant le reste.

Néanmoins, nous formons le vœu que ces deux airs restent la seule approche du rôle qu’en fasse le ténor, et qu’il n’aille pas plus loin, pour la santé et la longévité de son exceptionnel instrument.

L’entracte passé, nous renouons avec le souvenir vivace de La Favorite donnée avenue Montaigne l’an passé avec le même ténor, grâce au premier air de Fernand. La cantilène est toujours ciselée avec le même soin, mais la flamme paraît manquer à l’appel. Grâce à l’air d’Iopas tiré des Troyens de Berlioz, place à une rareté, chantée avec un art qu’on ne réentendra pas de sitôt.

Mais c’est avec la cavatine de Roméo que tout bascule. Juan Diego Florez semble soudain fendre l’armure et sortir de lui-même, le technicien – toujours d’une impériale sûreté – s’effaçant devant l’interprète, déroulant un phrasé d’une infinie tendresse, osant une reprise piano du plus bel effet, et achevant l’air sur un mezzo-forte lentement enflé jusqu’au forte, crescendo électrisant mettant le feu à la salle, qui éclate soudain en ovations, sortant de sa réserve polie pour crier littéralement son plaisir. La fête tant attendue bat enfin son plein, il était temps !

Avec Pâris, le ténor demeure sur les mêmes sommets, s’amusant visiblement comme un petit fou. Aigus insolents, nuances multiples, texte distillé avec une gourmandise palpable, tant de qualités que couronne un contre-ut retentissant,  salué par un public en furie.

La salle est définitivement conquise et le fait bruyamment savoir, revirement aussi spectaculaire qu’inattendu. L’ambiance dans le théâtre liégeois a changé du tout au tout, et les spectateurs, déchaînés, en redemandent.

Premier bis : la cavatine de Gaston tirée de la Jérusalem verdienne, phrasée avec une élégance infinie, jusqu’au un ut aussi souple que séduisant.

Second bis, comme une étape obligée : les neufs contre-uts de la Fille du Régiment, qui tiennent, pour le ténor, de la promenade de santé. Mieux encore, ces notes paraissent remettre la voix du chanteur dans son axe naturel, comme un retour aux sources, véritable fontaine de jouvence pour son instrument. Aigus insolents et facilité déconcertante, que demander de plus ?

La soirée prendrait-elle fin avec ce tour de force ? Que nenni ! Place à une autre découverte : le premier air de Georges Brown extrait de la Dame Blanche de Boieldieu, « Ah ! Quel plaisir d’être soldat », à la gaieté contagieuse, plein de vaillance et d’esprit, lui aussi chapeauté de son contre-ut cadentiel, qui fuse comme un tir d’arquebuse.

Le public est en délire, tape des mains et des pieds à en faire crouler le théâtre, encouragé dans sa liesse par le directeur des lieux, visiblement heureux de la joie qui règne en sa maison.

Seul écart au programme intégralement français qui faisait loi ce soir, une « Donna è mobile » superbe, charmeuse, avec sa vocalise incluant l’ut dièse, et son inévitable aigu final frappant haut et fort, longuement tenu, pour le plus grand bonheur de tous… et le nôtre.

Le récital peut à présent s’arrêter là, le chanteur l’ayant amplement mérité.

S’arrêter là ? Les spectateurs ne l’entendent pas de cette oreille et sont bien décidés à obtenir un ultime rappel. Ce sera une reprise de l’air de Pâris, émaillé de facéties aussi imprévues qu’un saut d’octave piano là où chacun attend l’incisivité du timbre, ou encore une interrogation « qu’est-ce que c’est, évohé ? ». L’assistance rit aux éclats devant tant d’humour, et le chanteur affiche avec elle une complicité réjouissante, avant de retrouver sa concentration pour un dernier ut spectaculaire, peut-être le plus beau de la soirée. Un bonheur !

On aura garde de ne pas oublier les autres artisans de ce récital jubilatoire, à savoir l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie, galvanisé par un tel soliste, et le chef, Christopher Franklin, toujours impeccable tant dans les pièces orchestrales – notamment une tourbillonnante Ouverture du rarissime Toréador d’Adam – que dans les airs, remarquables d’équilibre sonore et d’attention au ténor. Une soirée qui nous aura pris par surprise, et dont on se souviendra longtemps.

Liège. OpĂ©ra Royal de Wallonie, 5 novembre 2014. Adolphe Adam : Le TorĂ©ador, Ouverture. LĂ©o Delibes : LakmĂ©, “Prendre le dessin d’un bijou… Fantaisie, Ă´ divin mensonge”. Georges Bizet : Carmen, Ouverture ; La Jolie Fille de Perth, “A la voix d’un amant fidèle” ; L’ArlĂ©sienne, Suite et Farandole. Jules Massenet : Werther, “Ă” nature pleine de grâce”, “Pourquoi me rĂ©veiller”. Gaetano Donizetti : La Favorite, “Un ange, une femme inconnue” ; Ouverture. Hector Berlioz : Les Troyens, “Ă” blonde CĂ©rès ; Ballet. Charles Gounod : RomĂ©o et Juliette, “L’amour ! L’amour !… Ah! Lève-toi, soleil”. Jacques Offenbach : La Belle HĂ©lène, “Au mont Ida”. Juan Diego FlĂłrez, tĂ©nor. Orchestre de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie. Christopher Franklin, direction musicale

 

Opéra magazine, n°95, mai 2014. Juan Diego Florez, ténor.

Opéra magazine, n°95, mai 2014. Juan Diego Florez, ténor. «  C’est très important pour un artiste de ne pas tourner en rond dans les cinq mêmes opéras! ». Au sommaire du magazine mensuel de mai 2014 :

A la une, grand entretien : Juan Diego Florez
opera-magazine-95-mai-2014Avec son nouvel album d’airs d’opéras français chez Decca, récemment couronné d’un Diamant d’Opéra Magazine, le ténor péruvien annonce ce que sera l’évolution de sa carrière dans les années à venir. Catalogué « rossinien » dès ses grands débuts au Festival de Pesaro, en 1996, le chanteur n’a cessé depuis d’explorer de nouveaux territoires, jusqu’à sa dernière prise de rôle : Fernand dans La Favorite, à Monte-Carlo, en décembre 2013. Il prépare maintenant Roméo de Gounod et Raoul des Huguenots, sans renoncer pour autant aux emplois qui ont fait sa gloire. À partir du 23 mai 2014, il sera ainsi à l’affiche d’Il barbiere di Siviglia, au Bayerische Staatsoper de Munich.

Rencontres
Michel Legrand : Coproduction entre l’Opéra et le Théâtre National de Nice, Dreyfus, livret de Didier van Cauwelaert et musique de Michel Legrand, sera créé le 16 mai à l’Opéra de Nice. L’illustre compositeur de films et de chansons lève le voile sur cette nouvelle aventure.
Enrique Mazzola : Une nouvelle production de Tancredi, le 19 mai, La scala di seta en version de concert, le 13 juin : le chef italien, directeur musical de l’Orchestre National d’Île-de-France, célèbre au Théâtre des Champs-Élysées l’un de ses compositeurs de prédilection.
Bérénice Collet : À partir du 25 mai, au Théâtre Roger Barat d’Herblay, la metteuse en scène s’attaque au Consul de Menotti, créé à Philadelphie en 1950. Très rarement représenté en France, l’opéra le plus ambitieux du compositeur italo-américain est bien plus qu’une curiosité.
Nicolas Bacri : Le 14 mai, au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, le compositeur propose Cosi Fanciulli, son nouvel opéra, pensé comme un prologue à Cosi fan tutte.
Aurélien Dumont : Le 16 mai, au Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine, Mireille Larroche met en scène Chantier Woyzeck, d’après Büchner.

Événement
Charles Lecocq revient à l’Opéra-Comique
À partir du 12 mai, la Salle Favart affiche Ali-Baba, « opéra-comique » en trois actes écrit par l’auteur de l’inusable Fille de Madame Angot. L’oeuvre a été créée à Bruxelles, en 1887. Cette nouvelle coproduction avec l’Opéra de Rouen Haute-Normandie et le Palazzetto Bru Zane-Centre de musique romantique française sera l’occasion, pour le public parisien, de renouer le lien avec un musicien jadis porté aux nues et aujourd’hui négligé, voire méprisé. Puisse Ali-Baba ouvrir la voie à la redécouverte d’autres ouvrages de Lecocq, Le Petit Duc en particulier, qu’on rêve de voir à l’Opéra-Comique !

En coulisse : le Real de Madrid
Une nouvelle ère s’est ouverte au Teatro Real après le « règne » du regretté Gérard Mortier. Après la nomination d’Ignacio Garcia-Belenguer Laita à la direction générale, en 2012, Joan Matabosch a succédé à Gérard Mortier à la direction artistique, à la rentrée 2013. Alors que le détail de la saison 2014-2015 vient d’être annoncé, les deux directeurs s’expriment sur le futur de l’institution.

Comptes rendus
Les scènes, concerts et récitals.

Guide pratique
La sélection CD, DVD, livres et l’agenda international des spectacles.

Opéra magazine n°95. Mai 2014. Parution : le 7 mai 2014.

Compte-rendu : Poitiers. CinĂ©ma “Le Castille”, le 27 mai 2013. En direct du Royal Opera House de Londres. Rossini : La donna del lago. Juan Diego Florez, Joyce DiDonato … Michele Mariotti, direction.

Joyce Didonato portraitLorsqu’il compose La donna del lago en 1819, Gioachino Rossini (1792-1868) hĂ©rite d’un livret initialement destinĂ© Ă  Gaspare Spontini (1774-1851) qui venait de quitter la France pour la Prusse, laissant tout autre projet en plan. Rossini est le premier compositeur Ă  recevoir un livret tirĂ© d’une oeuvre de Walter Scott; vingt ans plus tard en effet Gaetano Donizetti se basera sur La fiancĂ©e de Lamermoor pour son opĂ©ra Lucia di Lamermoor. La donna del lago est certes moins donnĂ©e ou enregistrĂ©e que d’autres opĂ©ras de Rossini mais l’oeuvre n’en contient pas moins de très belles pages, notamment l’air d’entrĂ©e de Malcom, et le rondo final (Tanti affeti in tal momento) dĂ©volu Ă  Elena (ce rondo sera repris plus tard dans Bianca e Falliero, revenant Ă  Bianca).

Pour cette nouvelle production, le Royal Opera House de Londres rĂ©unit un plateau vocal exceptionnel largement dominĂ© par Juan Diego Florez et Joyce DiDonato en grande forme. Le couple rossinien s’Ă©tait dĂ©jĂ  retrouvĂ© dans la mĂŞme oeuvre donc dans les mĂŞmes rĂ´les il y a 3 ans sur les planches du Palais Garnier Ă  Paris.

Quant Ă  la mise en scène,c’est John Fulljames qui en est chargĂ© et … on ne  peut que le regretter.

Si la volontĂ© de bien faire est Ă©vidente, on peut se demander pourquoi il commet autant d’erreurs. La transposition au XIXe siècle n’a rien de choquant, il y en a dĂ©jĂ  eu : Les Troyens, par exemple, autre production du Covent Garden, ou Lucia di Lamermoor au Metropolitan Opera de New York. En revanche le fil rouge du duo Scott/Rossini tombe Ă  l’eau; en effet si chacun connaissait la rĂ©putation de l’autre, les deux hommes ne se sont jamais rencontrĂ©s.
D’autre part situer l’action dans l’une des innombrables sociĂ©tĂ©s historiques qui existaient au dĂ©but du XIXe siècle, Walter Scott Ă©tait d’ailleurs le prĂ©sident de l’une d’entre elles, est assez incomprĂ©hensible. John Fulljames a-t-il souhaitĂ© par lĂ  se souvenir du temps ou l’Écosse Ă©tait un pays Ă  part entière? Faut il rappeler que l’Écosse n’a Ă©tĂ© intĂ©grĂ©e au Royaume Uni qu’en 1603 sous le règne de Jacques VI. Il faut aussi se remĂ©morer que Jacques V, Uberto pour tous jusqu’aux deux ou trois dernières scènes, Ă©tait l’un des derniers rois de l’Écosse indĂ©pendante. Si le recours au flash-back peut ĂŞtre une bonne idĂ©e, quelle bizarrerie de mettre Elena dans une vitrine en verre : souvenir ou prison?
Enfin l’entrĂ©e de Rodrigo et de ses hommes, accompagnĂ©e d’une sĂ©rie de viols pendant qu’ils chantent les vertus de l’amour est assez peu convaincante et plutĂ´t mal venue. Si les costumes sont seulement corrects et les chorĂ©graphies tout Ă  fait honorables, seules les lumières de Bruno Poet ont un intĂ©rĂŞt particulier car elles soulignent avec justesse les moments les plus dramatiques.

Vocalement, le Royal Opera House a rĂ©uni une distribution prestigieuse et quasi idĂ©ale au vue de la grande difficultĂ© de la partition. A tout seigneur, tout honneur : Joyce DiDonato est une Elena irrĂ©prochable tant scĂ©niquement que vocalement; l’artiste amĂ©ricaine affronte avec une facilitĂ© impressionnante les redoutables vocalises rossiniennes. Quant au rondo final, si on peut regretter qu’il soit pris sur un tempo si lent, DiDonato l’aborde crânement d’autant que la mise en scène ne l’aide vraiment pas. Face Ă  la mezzo amĂ©ricaine, Juan Diego Florez campe un Uberto (Giacomo V) Ă©bouriffant; le tĂ©nor pĂ©ruvien qui connait parfaitement le rĂ©pertoire rossinien plie sa voix Ă  sa volontĂ© et il relève le dĂ©fi avec brio. En revanche, la mezzo soprano italienne Daniela Barcellona est un Malcom inĂ©gal; tendue pendant tout son air d’entrĂ©e la jeune femme a du mal Ă  vocaliser correctement. La voix, est pourtant belle et correspond bien Ă  la tessiture terrible du rĂ´le; elle se reprend cependant avec aisance et chante impeccablement dans le second acte. A sa dĂ©charge, le vilain costume dont elle a Ă©tĂ© affublĂ©e ne l’aide vraiment pas Ă  faire sien un rĂ´le travesti qui, mĂŞme s’il n’est pas forcĂ©ment très long est dense et redoutable pour la voix. Colin Lee est un excellent Rodrigo; la vocalise est aisĂ©e quoique parfois hachĂ©e et les aigus sont faciles mais Ă  la dĂ©charge du tĂ©nor amĂ©ricain, la mise en scène ratĂ©e de l’entrĂ©e de Rodrigo ne l’aide vraiment pas Ă  se mettre en valeur. Notons par ailleurs que la voix de Colin Lee est assez similaire Ă  celle de Juan Diego Florez mais le tĂ©nor pĂ©ruvien est plus aĂ©rien et plus facile que son collègue ce qui lui donne un avantage certain pendant toute la soirĂ©e.

Le choeur du Royal Opera House remarquablement préparé par son chef se montre à la hauteur de la distribution exceptionnelle qui évolue sur le plateau et ce malgré une mise en scène peu convaincante.

Dans la fosse, Michele Mariotti dirige le prestigieux orchestre du Royal Opera House avec efficacitĂ© insufflant Ă  ses musiciens et aux chanteurs une Ă©nergie et un dynamisme bienvenus. Il est cependant dommage que son enthousiasme, pour communicatif qu’il soit, le pousse Ă  couvrir Daniela Barcellona ici et la pendant son air d’entrĂ©e; mais dans l’ensemble le chef italien dirige le chef d’oeuvre de Rossini avec une justesse et une intelligence qui sont pour beaucoup dans le succès globales de la soirĂ©e.

On peut regretter la mise en scène truffĂ©e d’erreurs, peu engageante, handicapante pour les chanteurs avec des dĂ©cors et des costumes au mieux corrects mais sans vĂ©ritables liens avec l’histoire. En revanche, le plateau vocal est de rĂŞve largement dominĂ© par Joyce DiDonato et Juan Diego Florez Ă©blouissants.

Poitiers. CinĂ©ma CGR “Le Castille”, le 27 mai 2013. En direct du Royal Opera House de Londres. Gioachino Rossini (1792-1868) : La donna del lago opĂ©ra en deux actes sur un livret de Andrea Leone Tottola tirĂ© du roman Ă©ponyme de Walter Scott The lady of the lake. Juan Diego Florez, Urbeto (Giacomo V); Joyce DiDonato, Elena; Colin Lee, Rodrigo; Daniela Barcellona, Malcolm; Justine Gringyte, Albina; Robin Leggate, Serano; Simon Orfila, Douglas; Pablo Bemsch, Bertram; Christoph Lackner, un barde. Orchestre et choeur du Royal Opera House, Michele Mariotti, direction. John Fulljames, mise en scène; Dick Bird, dĂ©cors; Yannis Thavis, costumes; Bruno Poet, lumières; Arthur Pita, chorĂ©graphies.

DVD. Rossini: Matilde di Shabran (Florez, 2012)

Rossini-Matilde-Di-Shabran_Olga-Peretyatko-Mario-Martone-Juan-Diego-Florez,images_big,28,0743816-1DVD. Rossini : Matilde di Shabran (Florez, 2012)   …   Souvenons-nous c’Ă©tait en 1996, ici mĂŞme Ă  Pesaro, lieu des rĂ©vĂ©lations rossiniennes, le jeune Juan Diego Florez faisait Ă  23 ans ses dĂ©buts foudroyants dans le rĂ´le de Corradino de Matilde di Shabran : tĂ©nor en or pour oeuvre mĂ©connue. Normal car il y faut des chanteurs hors pairs, capables sous le masque formatĂ© d’une comĂ©die lĂ©gère, de vrais tempĂ©raments vocaux qui osent prendre des risques. Depuis, le PĂ©ruvien divin a chantĂ© 3 fois ce rĂ´le dĂ©sormais emblĂ©matique de son style comme de sa carrière ; un rĂ´le fĂ©tiche liĂ© Ă  ses dĂ©buts fulgurants, en quelque sorte qui mĂ©ritait bien d’ĂŞtre filmĂ©, ici pour la reprise en 2012 … Le Florez 2012 est plus libre et inventif, fin et nuancĂ© encore qu’Ă  ses dĂ©buts, sans avoir perdu aucun de ses aigus filĂ©s d’une candeur et d’une prĂ©cision inouĂŻes. Le jeu d’acteur a gagnĂ© une imagination qui fait miracle.
Mis en perspective avec sa participation 2013 au mĂŞme festival (Guillaume Tell en version française oĂą il Ă©blouit dans le rĂ´le d’Arnold), Juan Diego Florez affirme bien ses affinitĂ©s inĂ©galĂ©es au bel canto rossinien, tissĂ© dans la clartĂ© solaire et le style le plus raffinĂ© qui soit.

 

 

Florez plus rossinien que jamais

 

Shabran_Juan Diego Florez dvd DeccaDĂ©jĂ  enregistrĂ©e pour le disque en 2006 avec une partenaire mĂ©morable elle aussi, -Annick Massis-, l’oeuvre a donc les faveurs de l’archivage, mais pour le transfert au dvd, le tĂ©nor change de complice pour le rĂ´le titre en la personne de Olga Peretyatko, nouvelle voix rossinienne chez Sony classical, voix ronde et corsĂ©e, d’une musicalitĂ© Ă  la hauteur de son royal partenaire (la diva vient de sortir un premier album dĂ©diĂ© Ă  Mozart, Rossini, Johann Strauss oĂą sa coloratura s’Ă©panouit avec un mordant très affirmĂ©). En outre, l’exceptionnel Nicola Alaimo, repĂ©rĂ© dans Stiffelio de Verdi (oĂą il jouait Stankar, le père vengeur avec une justesse vocale et dramatique impeccable) Ă  Monaco dernièrement, fait tout le relief du rĂ´le d’Aliprando : subtilitĂ©, simplicitĂ©, flexibilitĂ© : quelle distribution ! Après Riccardo Frizza, Michele Mariotti dirige l’action avec une vivacitĂ© efficace sans surlignage abusif ni dĂ©monstration pâteuse : les finales d’acte dont le quintette du I donnent le vertige et le tournis par leur Ă©vidente prĂ©cision et leur irrĂ©sistible nervositĂ© collective. Dans sa version napolitaine, plus riche et caractĂ©risĂ©e que la crĂ©ation romaine de 1821, cette Matilde di Shabran a certes un livret un rien lĂ©ger, mais ce qu’y rĂ©alisent les interprètes, tous Ă  l’avenan, relève d’un miracle rĂ©cent, Ă  inscrire en lettres blanches parmi les redĂ©couvertes les plus extraordinaires de l’histoire rossinienne rĂ©cente. Incontournable.

 

Rossini : Matilde di Shabran. Juan Diego Florez (Corradino). Olga Peretyako (Matilde), Nicola Alaimo (Aliprando)… Orchestra e coro del Teatro comunale di Bologna. Michele Mariotti, direction. Mario Martone, mise en scène. 2 dvd Decca 0743813