Le Viol de Lucrèce de BRITTEN

britten-titien-tiziano-lucrezia-concert-opera-critique-opera-annonce-opera-classiquenewsFrance 2, jeudi 17 janv 2019, 00h05. BRITTEN : LE VIOL DE LUCRECE. OpĂ©ra de chambre mais drame incandescent, Le Viol de Lucrèce, The Rape of Lucrecia, selon les tableaux saisissant du dernier Titien, est certes une partition chambriste mais dĂ©ploie une intensitĂ© dĂ©cuplĂ©e. L’ouvrage crĂ©Ă© en 1946 rappelle combien Benjamin Britten a rĂ©ussi Ă  dĂ©velopper en Grande-Bretagne, un genre lyrique revitalisĂ© et efficace, alliant sobriĂ©tĂ© voire modestie du dispositif (1 chĹ“ur rĂ©duit Ă  deux voix : le choeur fĂ©minin et masculin, quelques solistes, un orchestre rĂ©duit) et passions humaines portĂ©es Ă  leur incandescence. D’après l’Histoire romaine, – en une vision morale (le chĹ“ur qui commente Ă  deux voix, dĂ©fend une conception chrĂ©tienne du mariage, soulignant l’obligation Ă  la fidelitĂ©), le fils du roi de Rome Tarquinius profite de l’absence de Collatin, gĂ©nĂ©ral vertueux, pour abuser de l’hospitalitĂ© de son Ă©pouse pour la violer : car Lucrèce Ă©tait la femme rĂ©putĂ©e la plus loyale. DĂ©truite, humiliĂ©e, Lucrèce ne sait pas si son mariage pourra durer après cette ignominie. Tarquinius Sextus le violeur retors provoqua ensuite la chute de la dynastie Ă©trusque Ă  cause de son esprit corrompu et dĂ©cadent. France 2 diffuse la production de l’opĂ©ra rĂ©alisĂ©e au Festival de Glyndebourne 2015.

Avant que ne soit proclamée la République de Rome, c’est la dynastie des Tarquins qui régnait. Le viol de Lucrèce par Tarquinius Sextus, fils du roi étrusque de Rome, qui la conduisit à se suicider provoqua un soulèvement qui contribua au renversement de la royauté.
Dans le livret, l’action est introduite et commentée par deux observateurs contemporains, un chœur féminin et un chœur masculin.

 

 

 

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BRITTEN : LE VIOL DE LUCRECElucrecia-lucrezia-titien-britten-opera-critique-concert-classiquenews
OpĂ©ra en deux actes
Livret de Ronald Duncan
D’après la pièce d’AndrĂ© Obey
CrĂ©ation : Glyndebourne, 12 juillet 1946

Direction musicale : Leo Hussain
London Philharmonic Orchestra
Mise en scène : Fiona Shaw
DĂ©cors : Michael Levine
Costumes : Nicky Gillibrand
Lumières : Paul Anderson
Distribution
Lucretia : Christine Rice
Male Chorus : Allan Clayton
Female Chorus : Kate Royal
Tarquinius : Duncan Rock
Collatinus : Matthew Rose
Bianca : Catherine Wyn-Rogers
Junius : Michael Sumuel
Lucia : Louise Alder
Enregistré en août 2015, au Festival de Glyndebourne.
DurĂ©e : 1h54mn – AnnĂ©e : 2015

Réalisation : François Roussillon

 

 

 

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Argument

Premier acte
Le Chœur masculin et le Chœur féminin nous racontent comment les anciens Étrusques se sont emparés de Rome et comment ils y règnent.
Dans un camp militaire à l’extérieur de la ville, les généraux Collatin, Junius et Tarquin relatent comment, la nuit précédente, ils sont retournés à Rome avec les autres généraux pour voir si leurs épouses étaient fidèles, et les ont toutes trouvées infidèles – à l’exception de Lucrèce, l’épouse de Collatin. Junius, cocu, est jaloux de la fidélité de Lucrèce ; il se moque de Tarquin, qui est célibataire, et se querelle avec lui. Junius insiste sur le fait que toutes les femmes sont des putains par nature, mais Tarquin, qui est ivre, affirme que ce n’est pas le cas de Lucrèce. « Je prouverai qu’elle est chaste », dit-il, et il part pour Rome.
Dans un interlude, le Chœur masculin décrit la chevauchée de Tarquin vers Rome.
Ce soir-là, dans la maison de Lucrèce à Rome, ses servantes Bianca et Lucia sont en train de filer. En travaillant, elles parlent des hommes et de l’amour.
On frappe violemment à la porte d’entrée. Tarquin entre et demande à Lucrèce de lui donner du vin et de l’héberger. Elle lui donne une chambre pour la nuit.

Deuxième acte
Le Chœur masculin et le Chœur féminin décrivent la domination de Rome par les Étrusques.
Tarquin se glisse dans la chambre de Lucrèce. Il l’embrasse et elle, rêvant de Collatin, l’attire plus près de lui. Mais elle s’éveille, se rend compte que l’homme à ses côtés est Tarquin, et ils luttent. Tarquin fait céder Lucrèce.
Dans un interlude, le Chœur masculin et le Chœur féminin interprètent les événements de la nuit de leur point de vue de chrétiens pieux.
Le lendemain matin, Lucia et Bianca arrangent des fleurs. Lucrèce entre et demande à Lucia d’aller chercher Collatin, mais Bianca tente d’arrêter le messager. Collatin arrive avec Junius. Lucrèce raconte à Collatin ce qui s’est passé. Il soutient que les événements ne changeront rien à leur mariage, mais Lucrèce sait que ce ne sera pas le cas.
Dans un épilogue, le Chœur féminin se demande s’il y a une signification à ces événements tragiques. Le Chœur masculin affirme que Jésus-Christ apporte la rédemption. Mais la question reste : « Est-ce tout ? »

 

 

 

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DVD, critique. BERLIOZ : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. Pelly / Manacorda (Glyndebourne, 2016 – 1 dvd Opus Arte).

Berlioz-Beatrice-et-Benedict-Glyndebourne-DVD opus arte critique dvd dvd review doustrac sly manacorda-362x512DVD, critique. BERLIOZ : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. D’Oustrac, Appleby… Pelly / Manacorda (Glyndebourne, 2016 – 1 dvd Opus Arte). EnregistrĂ© Ă  Glyndebourne Ă  l’étĂ© 2016, voici une nouvelle production de l’opĂ©ra le plus malaimĂ© de Berlioz, objet d’une incomprĂ©hension persistante, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict, rĂ©alisĂ© par une Ă©quipe britannique dont on sait les affinitĂ©s Ă©videntes avec le Romantique Français. Le spectacle de Glyndebourne est alors produit pour le tricentenaire de la mort de Shakespeare (Ă©videmen t l’opĂ©ra s’inspire de sa comĂ©die, heureux marivaudage, « Beaucoup de bruit pour rien »). La partition, contemporaine de son travail colossal sur Les troyens, concentre les dernières Ă©volutions du style ; de fait, BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict est son ultime opĂ©ra.
Deux Français s’imposent ici : Stéphanie d’Oustrac en Béatrice et Laurent Pelly pour la mise en scène. On évite le côté comique déluré, pour s’attacher au caractère onirique et psychologique du drame berliozien ; pour se faire les dialogues ont été réécrits et modernisés : en somme, une lecture shakespearienne de l’opéra, qui ailleurs manque de finesse et de profondeur. Rien de tel ici, tant les anglais se montrent d’excellents connaisseurs de la lyre d’Hector, cultivant la cohérence de l’action dans l’enchainement des scènes et des situations. Ce premier DVD de Beatrice et Bénédicte labellisé Glyndebourne est indiscutablement une réussite. Pelly a troqué la soleil de Sicile (l’action se passe en Italie méridionale), contre un paysage plus brumeux et opaque, celle de la guerre des années 1940, une période que le metteur en scène semble décidément affectionner. Dans une société permissive, qui tend à étiqueter chaque individu et le mettre en boîte (au sens littéral du terme) pour mieux l’asservir, les deux amants qui s’ignorent, observent cette neutralité blafarde, collective jusqu’au moment où ils ne peuvent plus se cacher l’un à l’autre.

Un marivaudage shakespearien
servi par le très convaincant duo D’Oustrac / Appleby

Béatrice fière et sensible, vocalement impériale, Stéphanie d’Oustrac fait merveille, car elle est diseuse et excellente actrice : en elle prennent vie bien des facettes d’un amour qui s’égare, se ment à lui-même puis se libère enfin. Le Bénédict du ténor américain Paul Appleby assure sa partie avec tempérament lui aussi, jusqu’à son léger accent dans un français qui semble toujours émaillé de facétie. Mésentente, jalousie, soupçons, puis retrouvailles et pardon, réconciliation enfin après moult accrocs : les deux cœurs trouvent le chemin de la juste humanité.
Autour d’eux, les seconds rĂ´les, peu Ă  leur aise, ou n’ayant pas travaillĂ© leur rĂ´le… n’atteignent pas une telle Ă©vidence, parfois surjouent ou chantent droit ; le duo HĂ©ro / Ursule si fameux et Ă  juste titre, est terne, Ă  peine Ă©clairĂ© par une once maigre de sentiment… ; il est vrai que la direction d’Antonello Manacorda reste pauvre en nuances et en imagination. C’est que, comme chez Rossini, la comĂ©die de Berlioz, exige une finesse voire une subtilitĂ© constante. Les Choeurs sont excellents. Comme le Don Pedro de FrĂ©dĂ©ric Caton Ă  l’allure gaullienne. Encore une rĂ©fĂ©rence au paris de l’Occupation…Globalement une belle rĂ©ussite qui mĂ©rite d’être connue, d’autant plus recommandable pour les 150 ans de la mort de Berlioz en mars 2019, car l’ouvrage est très peu jouĂ© et encore moins enregistrĂ©.

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DVD, critique. BERLIOZ : BĂ©atrice et BĂ©nĂ©dict. Pelly / Manacorda (Glyndebourne, 2016 – 1 dvd Opus Arte).

Hector Berlioz (1803-1869) : Béatrice et Bénédict, opéra-comique en deux actes sur un livret du compositeur. Mise en scène et costumes : Laurent Pelly. Lumières : Duane Schuller. Avec : Stéphanie d’Oustrac, Béatrice ; Paul Appleby, Bénédict ; Sophie Karthäuser, Héro ; Philippe Sly, Claudio ; Katarina Bradić, Ursule ; Frédéric Caton, don Pedro ; Lionel Lhote, Somarone. Chœur de Glyndebourne, London Philharmonic Orchestra / Antonello Manacorda, direction. Enregistré à Glyndebourne en août 2016. Livret en anglais, français et allemand. Durée: 1h58 + bonus (11 min). 1 DVD Opus Arte.