OPÉRA CHEZ SOI. MONTEVERDI : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie (Gardiner, 2017)

monteverdi-ritorono-d-ulisse-patria-opera-gardiner-critique-review-classiquenewsOPÉRA CHEZ SOI. MONTEVERDI : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie, Gardiner 2017, Ă  voir dès aujourd’hui. The Monteverdi Choir, The English baroque soloists / John Eliot Gardiner proposent une sĂ©rie de captations vidĂ©os pendant le confinement en accès gratuit depuis leur chaine Youtube. Dans le cycle de la trilogie des opĂ©ras de Monteverdi, l’ensemble britannique met en ligne ce jour (friday / vend 24 avril 2020 – 7 pm heure de Londres / 18h heure de Paris), la production du Ritorno d’Ulisse in patria / le Retour d’Ulysse dans sa patrie de Claudio Monteverdi captĂ©e Ă  La Fenice de Venise en 2017 (version semi scĂ©nique). En ligne jusqu’au 9 juillet 2020.

VISIONNER ici
la production du Ritorno d’Ulisse in patria / le Retour d’Ulysse dans sa patrie de Claudio Monteverdi captée à La Fenice de Venise en 2017
https://www.youtube.com/channel/UCBYbc4_3QJ9YEhXJtCTVO0A

La vidéo ne présente pas de sous titres ; télécharger le livret / libretto, et les traductions des dialogues et airs depuis le site du Monteverdi Choir, ici :
https://issuu.com/monteverdi9/docs/sdg730-ulisse-booklet

Opéras et autres œuvres de Monteverdi déjà en ligne :
Vespro della Beata Vergine
L’Orfeo
Friday 24 April 2020: Monteverdi Il ritorno d’Ulisse in patria
Friday 1 May 2020 / à venir le 1er mai 2020 : Monteverdi L’incoronazione di Poppea

En ligne jusqu’au 9 juillet 2020.

DĂ©tail distribution L’Orfeo (La Fenice, 2017)   –   Monteverdi – L’Orfeo (1607)

Monteverdi Choir
English Baroque Soloists
John Eliot Gardiner – conductor / direction

Orfeo: Krystian Adam
La Musica/Euridice: Hana Blažíková
Messaggera: Lucile Richardot
Proserpina: Francesca Boncompagni
Caronte/Plutone: Gianluca Buratto
Speranza: Kangmin Justin Kim
Ninfa: Anna Dennis
Apollo: Furio Zanasi
Pastore I: Francisco Fernández-Rueda
Pastore II/Spirito II/Eco: Gareth Treseder
Pastore IV/Spirito III: John Taylor Ward
Pastore III: Michał Czerniawski
Spirito I: Zachary Wilder

This concert was filmed at Teatro La Fenice, Venice on 16 June 2017

VISITER le site du Monteverdi Choir / Gardiner / https://monteverdi.co.uk

DVD, critique. BERLIOZ : ClĂ©opâtre, Didon. Lucile Richardot, Symphonie Fantastique. Gardiner (1 dvd – Château de Versailles spectacle, Live d’oct 2018)

Symphonie-fantastique-DVD-Inclus-Blu-ray BERLIOZ lucile ricahrdot cleopatre didon critique concert dvd review opera concert classiquenewsDVD, critique. BERLIOZ : ClĂ©opâtre, Didon. Lucile Richardot, Symphonie Fantastique. Gardiner (1 dvd – Château de Versailles spectacles, Live d’oct 2018). Orchestral, – passionnante Fantastique de Berlioz, le programme est aussi surtout lyrique ; et quelle voix ! Mezzo d’impact, Lucile Richardot. d’abord cĂ©lĂ©brĂ©e comme interprète baroque, du XVIIè montĂ©verdien au XVIIIè français, la voici … en furie et grande amoureuse romantique, et d’un engagement dĂ©clamĂ© souverain dans la cantate ClĂ©opâtre du jeune Hector alors candidat rĂ©pĂ©titif pour le prix de Rome…
« C’en est donc fait » place la barre très haut, dans le lugubre tragique et noble à la fois. C’est une Reine détruite qui paraît à nos yeux. Une femme exposée, ravagée mais digne. Ecrite en 1829, la cantate suit le texte imposé de Pierre-Ange Vieillard. La fureur de l’amoureuse, l’impuissance de la souveraine, sa solitude et son abandon, son cœur qui implose, puis sous le coup de l’aspic, se convulse, halète, expire… (avec ultimes spasmes mortels par les contrebasses). La vérité que l’interprète sait insuffler au texte, sa justesse expressive, sa finesse tragique soulignent la valeur du génie berliozien au delà du contexte académique. L’écriture transcende le prétexte romain et souligne combien Berlioz maîtrise le grand souffle lyrique légué par Gluck. Dans le sublime, l’intime surtout. Déjà l’auteur des troyens, à l’extrémité de sa carrière, est là, d’une maturité précoce. Bouleversant.

 

 

Deux Reines expirantes pour la diva Richardot

 

 

A ses côtés, Gardiner joue les grand sorcier tragique, sur un même niveau : écoute intérieure, pianis sculptés dans le silence, puis vertiges étourdissants ; tout indique l’art de Berlioz, à la fois Shakespearien et mozartien. Tout ce qui sonne artificiel et classique ailleurs, sonne juste et sincère ici.

La jeune diva enchaîne ensuite une autre mort, celle d’une autre reine, Didon la carthaginoise, elle aussi seule, défaite, abandonnée par Enée… « Ah je vais mourir… », pourtant la tragédienne embrase chaque mot, chaque accent, d’une noblesse plus serrée ici, dans une prosodie plus régulière et moins heurtée. Lucile Richardot sculpte le texte comme le chef éclaire chaque épisode orchestral dans l’allusion et le détachement progressif.

L’Orchestre révolutionnaire et romantique donne son meilleur enfin dans une œuvre qu’il a le premier et de façon visionnaire, jouer sur instruments d’époque : la Fantastique scintille et crépite au diapason du cœur berliozien, le plus exalté et le plus passionné qui soit. Le plus enivré aussi. Et donc le plus personnel voire autobiographique. Ce que n’oublient pas ni le chef ni ses instrumentistes.
Même engagement poétique, à la fois électrique irisé dans l’ouverture du Corsaire, langoureux et crépusculaire dans la fameuse chasse royale des Troyens, peinture symphonique aux climats époustouflants.

La réalisation est à classer parmi les excellents témoignages filmés au Château de Versailles ; l’Opéra royal y devient l’écrin d’un programme magicien, où parait aussi le décor de Ciceri daté de 1837 : un palais de marbre et d’or, évoquant la Galerie des Batailles, dispositif visuel conçu pour l’inauguration du musée de l’histoire de France de Louis-Philippe (1837). Les célébrations BERLIOZ à Versailles s’annoncent ainsi et se confirment passionnantes. On attend déjà avec impatience les 2 autres volumes de ce feuilleton Berlioz à versailles : Benvenuto Cellini et La Damnation de Faust. A suivre donc.

 

 

 

 

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CLIC_macaron_2014DVD, critique. BERLIOZ : ClĂ©opâtre, Didon. Lucile Richardot, Symphonie Fantastique. Gardiner (1 dvd – Château de Versailles spectacles, Live d’oct 2018)Clic de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

 

 

Versailles : Gardiner dirige les VĂŞpres de la Vierge de Monteverdi

Gardiner john eliot sir bach rameau Versailles, Chapelle royale. Monteverdi : Vespro della Beata vergine. Gardiner, 6, 7 novembre 2015. Au château de Versailles, Sir John Eliot Gardiner est invitĂ© Ă  jouer Monteverdi, le profane (Orfeo) et le sacrĂ© (le Vespro)… en un cycle de 4 dates incontournables. Les VĂŞpres sont l’aboutissement d’une maĂ®trise. Monteverdi en homme qui connaĂ®t sa dramaturgie – il l’a magistralement dĂ©montrĂ© avec son Orfeo de 1607, lequel fixe un premier modèle pour le genre de l’opĂ©ra naissant-, dĂ©ploie avec un sens non moins sĂ»r et mĂŞme somptueux, toute la science musicale dont il est capable en cette annĂ©e 1610. La pluralitĂ© des effets, la diversitĂ© des modes et des effectifs requis pour les 14 pièces composant cette ample portique dĂ©diĂ© Ă  la Vierge, impose un tempĂ©rament exceptionnel, autant mĂ»r pour le théâtre que pour l’église. Au cours de courte rĂ©sidence Ă  Versailles, le chef britannique John Eliot Gardiner aborde le sommet de l’Ă©criture du Monteverdi mĂ»r, bientĂ´t appelĂ© Ă  Venise Ă  inventer l’opĂ©ra baroque qu’il avait dĂ©jĂ  fixĂ© avec Orfeo Ă  Mantoue en 1607… mais trente ans ont passĂ© et l’expĂ©rience du maĂ®tre crĂ©monais grâce Ă  son laboratoire madrigalesque lui a permis d’atteindre l’excellence expressive et musicale au seul service du verbe dramatique. Lors de son cycle de concert Ă  Versailles, Gardiner joue aussi Orfeo de Monteverdi Ă  l’OpĂ©ra royal cette fois, les 8 et 9 novembre 2015 Ă  20h.

gardiner john eliot maestro-gardiner_voyage-automne-versailles classiquenewsLe désir de démontrer ses compétences est d’autant plus important qu’il souffre de sa condition de musicien à la Cour des Gonzague de Mantoue. Les relations avec son employeur, le Duc Vincenzo de Gonzague ne sont pas parfaites, pire, son patron est un mauvais payeur. A peine estimé, Monteverdi doit supplier pour être payé. Les Vêpres sont bien l’acte accompli et mesuré d’un musicien courtisan qui recherche un nouveau protecteur, des conditions et un mode de vie plus agréables. Déjà avant Mozart, le Monteverdi des Vêpres est un homme peu reconnu, du moins pas à la mesure de son génie, une figure « gâchée » de la musique de son temps.

Genèse. Avant d’être le Vespro que nous connaissons aujourd’hui, l’oeuvre religieuse qui nous concerne a vécu sous une première forme, non liée au culte virginal. Monteverdi après la mort du maître de la chapelle de la Basilique Palatine de Santa Barbara à Mantoue, – Gastoldi, décédé en 1610-, se met sur les rangs pour offrir ses services. Il souhaite diriger officiellement l’activité d’une institution musicale sacrée digne de sa qualité. Mais là encore les autorités mantouanes en décidèrent autrement et le musicien dépité, transforma son œuvre qui faisait initialement les louanges de Sainte-Barbe à laquelle par exemple le motet Duo Seraphin – absolument étranger au culte de la dévotion mariale-, renvoie immanquablement.

monteverdi claudio portrait classiquenewsAutour du premier axe développé sur le thème de la Sainte locale, Monteverdi ambitionne une œuvre plus spectaculaire dédiée à la Vierge pour saisir l’attention d’autres possibles mécènes et patrons.  Maître de chœur du Duc Vincenzo de Gonzague, depuis 1595, Monteverdi a le sentiment de piétiner à Mantoue. C’est pourquoi, il reprend totalement son œuvre première, y combine tout ce qu’il lui semble témoigner à cette date, de son éblouissante maestrià. Selon son assistant à Mantoue, Bassano Cassola, le compositeur ambitionnait d’aller lui-même apporter un exemplaire au Pape Paul V à Rome, à qui d’ailleurs, le recueil des Vêpres est dédié. Au final pas de poste nouveau au sein d’une église prestigieuse. Il lui faudra encore attendre trois années, quand il sera pressenti pour diriger la chapelle du Doge à Venise, au sein de la Basilique San Marco. Pour le concours et l’audition de principe, le matériel éclectique et foisonnant de ses Vêpres lui sera très probablement utile.

La qualité et la fascination de la partition, qui n’a peut-être jamais été jouée d’un seul tenant comme les interprètes baroques ont coutume de le faire aujourd’hui du vivant de l’auteur, apparaissent clairement dans l’alliance de l’ancien et du moderne dont Monteverdi fait une arche entre deux mondes. Le compositeur offre une synthèse quasi encyclopédique de toutes les formes possibles à son époque. Les Vêpres de ce point de vue, dessinent une superbe passerelle édifiée pour la réconciliation de deux tentations ou deux directions esthétiques et musicales, apparemment antinomiques.

Le passé et l’avant-garde ici dialoguent. Cette facilité est à la fois troublante et totalement convaincante. Tradition ancestrale héritée du Grégorien avec son cantus firmus, avec le plain-chant aussi (Sonata sopra sancta Maria), d’un côté ; liberté du geste vocal, en solo (Nigram sum pour ténor), ou en duo (Pulchra es pour deux sopranos), par exemple, de l’autre, dont les hymnes incantatoires, la projection dramatique du texte (l’écho de l’Audi Caelem sur le nom de Maria, répété comme une incantation obsessionnelle et tendre à deux voix…) désigne en pleine fresque paraliturgique, le dramaturge dont la magie fut capable d’infléchir les âmes les plus insensibles, par le chant de
son Orfeo de 1607. L’opéra n’est pas loin de la ferveur virginale. Disons même qu’il s’invite à l’église. Le Vespro est bien l’archétype des grandes messes et célébrations religieuses baroque à venir, préludant à Bach, Haendel, Vivaldi.

Monteverdi_claudio_portrait_claudio_monteverdi_1_hiA 43 ans, Claudio le Grand affirme son art de la synthèse, son intuition innovatrice, une vision grandiose qui confine à un langage universel. Avec le Vespro, le musicien se révèle comme le penseur le plus génial de son époque. Mais la partition n’était qu’une étape qui le mènera vers les deux ouvrages de la pleine maturité. Une contradiction ou une singularité qui lui est spécifique, entre le profane et le sacré, se précise. Musicien des divertissements et du théâtre pour la Cour ducale de Mantoue, il écrit le chef-d’oeuvre des grandes célébrations sacrées. Maître de chapelle à partir de 1613 pour le Doge de Venise , il composera pour la scène lyrique, le Couronnement de Poppée puis le Retour d’Ulisse dans sa patrie deux sommets lyriques propres aux débuts des années 1640, qui marquent sur le plan profane cette fois, un nouvel accomplissement après les Vêpres. Sous la voûte de San Marco, sur la scène des théâtres d’opéra de Venise, l’homme transmet un même témoignage, saisissant d’émotion et de vérité.

 

 

Versailles, Chapelle royale
boutonreservationMonteverdi : Vespro della Beata vergine.
John Eliot Gardiner. Les  6, 7 novembre 2015. 20h

 

 

Programme Ă©galement prĂ©sentĂ© par Jordi Savall, le 18 novembre 2015 Ă  Paris, Philharmonie 1, Grande salle. Kiehr, Piccinini, Galli, Serafini, Tiso, Sagastume, Auvity, zanassi, Carnovich…

CD. Gluck : coffret The great operas (Gardiner, Minkowski, McCreesh, 15 cd Decca)

CLIC D'OR macaron 200Gluck Ă  Paris (1774-1779)CD. Aux couleurs acidulĂ©es, le coffret Gluck 2014 par DECCA est un must.  Tout en offrant une pluralitĂ© heureuse des interprĂ©tations, le coffret Gluck du tricentenaire 2014 rend compte de la carrière du Chevalier  Christoph Willibald Gluck sur la scène lyrique, entre Vienne et Paris. Qu’on prĂ©fère comme nous Gardiner, d’une sensualitĂ© poĂ©tique superlative Ă  la hargne finalement parfois outrĂ©e et caricaturale de Minkowski (le geste est souvent mĂ©canique), qu’importe : les 7 opĂ©ras rĂ©unis ici y trouvent d’indĂ©niables dĂ©fenseurs inspirĂ©s, convaincants, chacun, ardent gluckiste, capable d’indĂ©niables arguments. 300 ans après, le théâtre de Gluck continue de fasciner et ses Ĺ“uvres respectives, celles italiennes Ă  Vienne comme leurs reprises françaises Ă  Paris sans compter les nouvelles partitions pour Marie Antoinette, sont loin d’avoir dĂ©voiler tout leurs enseignements. D’une version Ă  l’autre, de Vienne Ă  Paris, se prĂ©cise l’exigence d’un gĂ©nie du drame musical, jalon essentiel après Rameau vers le spectacle total de Wagner…
Incroyable jeu des chassĂ©s croisĂ©s… Alors que le Comte Durazzo, intendant des théâtres impĂ©riaux Ă  Vienne appelle et confirme Gluck comme compositeur officiel pour renouveler les opĂ©ras viennois – Gluck s’y affirme peu Ă  peu comme un maĂ®tre du genre exotique de l’opĂ©ra comique français (La rencontre imprĂ©vue de 1764 marque le sommet de cette veine française Ă  Vienne), c’est Ă  Paris, adaptant ses opĂ©ras viennois (Orfeo, Alceste…) que le Chevalier se refait une renommĂ©e, important sa conception de la dĂ©clamation solennelle remise en forme en un drame resserrĂ©, Ă©difiant, d’une redoutable efficacitĂ© dramatique. Entre Rameau et Spontini, Gluck rĂ©forme l’opĂ©ra français Ă  l’Ă©poque de Marie-Antoinette.

 

 

 

RĂ©formateur de l’opĂ©ra tragique entre Vienne et Paris
GLUCK coffret cd DECCA Gardiner operas_de_gluck_chez_deccaVoici rĂ©capitulĂ©e, sa carrière entre Vienne (annĂ©es 1760) et Paris (annĂ©es 1770), qui fait de Gluck, Ă  la veille de la RĂ©volution, le champion de l’opĂ©ra seria en Europe. Le coffret Decca est incontournable en ce qu’il offre aussi une synthèse des lectures les plus dĂ©cisives pour la comprĂ©hension de sa manière propre, de l’apport du maĂ®tre au genre lyrique Ă  la fin du XVIIIè : cette synthèse dont il est le seul Ă  dĂ©fendre lĂ©gitimiment les vertus esthĂ©tiques ; son art est europĂ©en avant la lettre, empruntant Ă  l’Italie (mĂ©lodies suaves), au germanisme (le dĂ©veloppement orchestral souvent stupĂ©fiant), Ă  la France (choeurs et ballets, sens des contrastes dramatiques). A sa source, Berlioz s’abreuve directement. Forme Ă©quilibrĂ©e, drame prĂ©servĂ©, passions exacerbĂ©es…  autant de qualitĂ©s que recueillent tous les auteurs de son vivant et après lui : Vogel, Sacchini, Piccini, Gossec… Voici donc les enregistrements qui ont fait date, en particulier ceux de Gardiner qui en France aura Ĺ“uvrĂ© de façon dĂ©cisive pour la rĂ©Ă©valuation des opĂ©ras de Gluck : les deux IphigĂ©nies, -IphigĂ©nie en Tauride d’après Racine de 1779 (Lyon, fĂ©vrier 1985), IphigĂ©nie en Aulide de 1774 (Lyon, juillet 1987)-, puis Orfeo ed Euridice (Londres, mai 1991), sans omettre la sublime Alceste de 1767, point d’accomplissement du Britannique (Londres, Paris 1999) au service d’un sommet tragique de l’opĂ©ra nouvelle formule, celle gluckiste rompant avec l’idĂ©al des Lumières lĂ©guĂ© par MĂ©tastase : chĹ“urs tragiques, ballets funèbres et poĂ©tiques de Noverre. Le chef et ses Ă©quipes anglosaxonnes trouvent un ton idĂ©al, dramatique et d’une rare Ă©lĂ©gance, proposant une lecture du style “bruyant et gĂ©missant” du Chevalier, claire et racĂ©e, d’une perfection indĂ©niablement”europĂ©enne”. Sa reprise Ă  Paris est un jalon de l’opĂ©ra tragique nĂ©o grec Ă  Paris. C’est la version parisienne de 1776 que Gardiner enregistre ici, dĂ©livrant les bĂ©nĂ©fices de sa comprĂ©hension très fine et passionnante de Gluck.
 

 

 
Moins abouties et plus brouillonnes que son aĂ®nĂ© Gardiner, les lectures de Minkowski (chĹ“urs instables, chanteurs majoritairement français mais comble dommageable, souvent peu intelligibles!) s’imposent nĂ©anmoins (grâce Ă  l’engagement de la diva complice mise en avant : Mireille Delunsch) : Armide version parisienne de 1776/1777 d’après l’original viennois de 1767 (Paris, 1996), OrphĂ©e et Eurydice (Poissy, 2002)…
Joyau oubliĂ© parce qu’il Ă©choua Ă  Vienne, marquant le dĂ©but de la dĂ©faveur de Gluck en 1770, l’excellent Paride ed Elena, magnifiquement ciselĂ© par Paul McCreesh (avec une distribution fĂ©minine remarquable : Kozena, Gritton, Sampson) Ă©tincelle par sa sensualitĂ© fĂ©minine, traitĂ©e comme un huit clos d’une exquise dĂ©licatesse et d’une subtile caractĂ©risation.
 

 

 
GLUCKImpression gĂ©nĂ©rale. La comparaison avec Minkowski s’avère lĂ  encore parfois peu favorable pour ce dernier : face Ă  l’Ă©lĂ©gance et au raffinement naturel de ses compĂ©titeurs, McCreesh et Gardiner soignent la cohĂ©rence de leurs plateaux vocaux, l’Ă©quilibre orchestre/voix, la sonoritĂ© suave et dansante de l’orchestre-, le geste vif du Français bascule souvent dans la caricature sèche et mĂ©canique, un tranchant qui ne manque pas de drame (le duo Armide et son père Hidraot, en l’exhalaison de leur souffle haineux, ensorcelant et fantastique, – contre Renaud par exemple, sĂ©duit immanquablement) mais finit par le rendre trop incisif. NĂ©anmoins, l’offre aussi diversifiĂ©e  et impliquĂ©e de part en part, offre un panel d’interprĂ©tations d’une irrĂ©pressible attractivitĂ©.
En plus des 7 opĂ©ras majeurs de Gluck, le coffret regroupe plusieurs perles historiques, premières approches d’un Gluck encore “non historique” (pas encore sur instruments d’Ă©poque), mais pour les interprètes concernĂ©s, d’un style articulĂ© qui parfois convainc tout autant car chez Gluck et son style frĂ©nĂ©tique (puissant et raffinĂ©, expressif et noble Ă  la fois), il est question aussi d’engagement Ă©motionnel (Bartoli, Horne, Florez, Baker, Ferrier…). Superbe coffret Gluck qui sĂ©duit autant par le choix des interprètes convoquĂ©s que la sĂ©lection des opĂ©ras rĂ©unis.

Christoph Willibald Gluck : the great operas. Orfeo ed Euridice, Paride ed Elena. Alceste. Orphée et Eurydice, Iphigénie en Aulide, Iphigénie en Tauride, Armide. Gardiner, Minkwoski, McCreesh. 15 cd Decca. Coffret pour le tricentenaire Gluck 2014.

Gardiner : Les VĂŞpres de Monteverdi en direct de Versailles

monteverdi_Claudio_Monteverdi_2Direct internet. Claudio Monteverdi : Les Vêpres de la Vierge, le 9 mars 2014, 18h. En direct depuis la chapelle royale du château de Versailles, Culturebox diffuse le concert des Vêpres de la Vierge de Claudio Monteverdi (Pages du CMBV, English Baroque Soloists. John Eliot Gardiner, direction), œuvre sacrée, surtout expérimentale et inventive de 1610, véritable performance chorale et solistique inventée par le père de l’opéra vénitien au XVIIème siècle. Pour cette captation, les équipes techniques utilisent de nouvelles techniques audio vidéo (ultra HD et audio 3D) assurant au moment du visionage un réalisme spectaculaire. Le dispositif du concert se prête à la captation et son modèle spatialisé car dès l’origine Monteverdi a conçu plusieurs chœurs qui se répondent, la polychoralité étant l’emblème de l’esthétique baroque à l’église (un phénomène utilisé sous la voûte depuis la fin de la Renaissance)… Le concert après le direct du 9 mars 2014, reste disponible au visionnage sur le site de cuturebox et à l’adresse : http://francetv.in/1g0ceBh (http://francetv.in/1g0ceBh )

Les Vêpres sont l’aboutissement d’une maîtrise. Monteverdi en homme qui connaît sa dramaturgie – il l’a magistralement démontré avec son Orfeo de 1607, lequel fixe un premier modèle pour le genre de l’opéra naissant-, déploie avec un sens non moins sûr et même somptueux, toute la science musicale dont il est capable en cette année 1610. La pluralité des effets, la diversité des modes et des effectifs requis pour les 14 pièces composant cette ample portique dédié à la Vierge impose un tempérament exceptionnel, autant mûr pour le théâtre que pour l’église.

Le dĂ©sir de dĂ©montrer ses compĂ©tences est d’autant plus important qu’il souffre de sa condition de musicien Ă  la Cour des Gonzague de Mantoue. Les relations avec son employeur, le Duc Vincenzo de Gonzague ne sont pas parfaits, pire, son patron est un mauvais payeur. A peine estimĂ©, Monteverdi doit supplier pour ĂŞtre payĂ©. Les VĂŞpres sont bien l’acte accompli et mesurĂ© d’un musicien courtisan qui recherche un nouveau protecteur, des conditions et un mode de vie plus agrĂ©ables. DĂ©jĂ  avant Mozart, le Monteverdi des VĂŞpres est un homme peu reconnu, du moins pas Ă  la mesure de son gĂ©nie, une figure « gâchĂ©e » de la musique de son temps… En lire +

CD. JS Bach : masterworks (50 cd)

Coffret cd. JS Bach : masterworks (50 cd) … somme jubilatoire s’agissant de Bach, un Bach façonnĂ© par le chercheur d’âme et d’Ă©motions sur instruments modernes (avec excusez du peu : Fischer Dieskau, Maria Studer, Edith Mathis, Ernst Haefliger entre autres… dans la Messe en si de fĂ©vrier 1961 : un sommet de souffle, d’intensitĂ© palpitante) Karl Richter (1926-1981). L’ex enfant prodige et fils de pasteur qui fonda la sociĂ©tĂ© Bach de Munich (orchestre et chĹ“ur) au dĂ©but des annĂ©es 1950 et rayonna jusqu’Ă  l’avènement des Harnoncourt et Leonhardt, s’offre ici une sorte de bain de jouvence : certes cĂ´tĂ© acuitĂ© des timbres, recherche instrumentale et phrasĂ©s instrumentaux, nous repasserons, mais… la finesse des Ă©quilibres, l’intonation, le style et l’attention expressive sont loin de dĂ©mĂ©riter. De l’excellent ouvrage …  Ă  l’ancienne.
Plus au fait des innovations organologiques et musicologiques, donc sur instruments anciens, Trevor Pinnock et son English Concert (incisives et pĂ©tillantes Suites orchestrales et ouvertures de 1978, non moins sĂ©millants et raffinĂ©s, solaires et tendus Concertos pour clavecin de 1981),  Reinhardt Goebel du temps de son activitĂ© Ă  la tĂŞte de Musica Antiqua Köln (L’Offrande musicale BWV 1079 rĂ©alisĂ© Ă  Munich en 1979), Hogwood (Cantates profanes du CafĂ© et des paysans de 1986) et Gardiner (Oratorio de NoĂ«l de 1987, Saint-Jean de 1989, Cantates Ă©ditĂ©es pour Archiv au dĂ©but des 90′), mais aussi plus proche de nous l’excellent Paul McCreesh, lui aussi fervent amateur d’allègement surtout choral (jusqu’Ă  une voix par partie pour sa Saint-Matthieu de 2002) compensent l’arrière garde pourtant inspirĂ©e de l’Ă©poque Richter. De ce dernier, la boĂ®te miraculeuse contient donc l’essentiel : Cantates avec un plateau de superbes solistes, portĂ©s par la ferveur d’un choeur dĂ©jĂ  articulĂ© et diseur, ou le recueil Schemelli des chants sacrĂ©s avec Peter Schreier de 1978 …)
bach_50cd_masterworks_dg_archivDe sorte que le coffret de 50 cd nous offre une excellente opportunitĂ© pour traverser les Ă©poques, dĂ©cennies et manières interprĂ©tatives s’agissant des Cantates, Passions d’un Bach dont on ne cesse alors de se dĂ©lecter de la prodigieuse universalitĂ© poĂ©tique.
CĂ´tĂ© clavier, vous pourrez savourez l’exhaustivitĂ© pluri stylistique de l’offre rĂ©unie : le clavecin de Pinnock (Goldberg, 1980) et Gilberth, le piano (volet  rĂ©ellement impressionnant du coffret) de Argerich (secrète et envoĂ»tante en 1979), Pires (1994, 1995 Ă  la fois enfantine et funambule), Ivo Pogorelich, Aimard, Pollini (Clavier bien tempĂ©rĂ©, 2008 et 2009) … quand mĂŞme ;  l’orgue de Preston, surtout Helmut Walcha (somptueux album DG de  1962, 1970 alliant sobriĂ©tĂ© et Ă©lĂ©gance),  Richter soi mĂŞme (ne peut comprendre l’oeuvre de Bach sans en maĂ®triser aussi les pièces pour l’instrument seul…)
On reste moins convaincus par les Brandebourgeois bavards et atones de Claudio Abbado et son Orchestra Mozart (2007), mais divertis diversement par les rĂ©citals de super solistes vocaux : Christine Schäfer (deux Cantates de mariage sous la direction de Goebel), Kathleen Battle et Itzhak Perlman (1990), Thomas Quasthoff (2004) … Dans cette quasi intĂ©grale (des pièces majeures), laissez vous tenter aussi par le violon d’Hilary Hahn (Concertos pour violon, 2003) et de Nathan Milstein (1973), le violoncelle seul de Pierre Fournier (1961), … la reproduction des couvertures d’origine ajoute toujours son effet. Coffret incontournable pour les fĂŞtes.

Jean-Sébastien Bach : Masterworks.  The Original Jackets Collection, 50 cd.