OPÉRA CHEZ SOI. MONTEVERDI : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie (Gardiner, 2017)

monteverdi-ritorono-d-ulisse-patria-opera-gardiner-critique-review-classiquenewsOPÉRA CHEZ SOI. MONTEVERDI : Le Retour d’Ulysse dans sa patrie, Gardiner 2017, à voir dès aujourd’hui. The Monteverdi Choir, The English baroque soloists / John Eliot Gardiner proposent une série de captations vidéos pendant le confinement en accès gratuit depuis leur chaine Youtube. Dans le cycle de la trilogie des opéras de Monteverdi, l’ensemble britannique met en ligne ce jour (friday / vend 24 avril 2020 – 7 pm heure de Londres / 18h heure de Paris), la production du Ritorno d’Ulisse in patria / le Retour d’Ulysse dans sa patrie de Claudio Monteverdi captée à La Fenice de Venise en 2017 (version semi scénique). En ligne jusqu’au 9 juillet 2020.

VISIONNER ici
la production du Ritorno d’Ulisse in patria / le Retour d’Ulysse dans sa patrie de Claudio Monteverdi captée à La Fenice de Venise en 2017
https://www.youtube.com/channel/UCBYbc4_3QJ9YEhXJtCTVO0A

La vidéo ne présente pas de sous titres ; télécharger le livret / libretto, et les traductions des dialogues et airs depuis le site du Monteverdi Choir, ici :
https://issuu.com/monteverdi9/docs/sdg730-ulisse-booklet

Opéras et autres œuvres de Monteverdi déjà en ligne :
Vespro della Beata Vergine
L’Orfeo
Friday 24 April 2020: Monteverdi Il ritorno d’Ulisse in patria
Friday 1 May 2020 / à venir le 1er mai 2020 : Monteverdi L’incoronazione di Poppea

En ligne jusqu’au 9 juillet 2020.

Détail distribution L’Orfeo (La Fenice, 2017)   –   Monteverdi – L’Orfeo (1607)

Monteverdi Choir
English Baroque Soloists
John Eliot Gardiner – conductor / direction

Orfeo: Krystian Adam
La Musica/Euridice: Hana Blažíková
Messaggera: Lucile Richardot
Proserpina: Francesca Boncompagni
Caronte/Plutone: Gianluca Buratto
Speranza: Kangmin Justin Kim
Ninfa: Anna Dennis
Apollo: Furio Zanasi
Pastore I: Francisco Fernández-Rueda
Pastore II/Spirito II/Eco: Gareth Treseder
Pastore IV/Spirito III: John Taylor Ward
Pastore III: Michał Czerniawski
Spirito I: Zachary Wilder

This concert was filmed at Teatro La Fenice, Venice on 16 June 2017

VISITER le site du Monteverdi Choir / Gardiner / https://monteverdi.co.uk

DVD, critique. BERLIOZ : Cléopâtre, Didon. Lucile Richardot, Symphonie Fantastique. Gardiner (1 dvd – Château de Versailles spectacle, Live d’oct 2018)

Symphonie-fantastique-DVD-Inclus-Blu-ray BERLIOZ lucile ricahrdot cleopatre didon critique concert dvd review opera concert classiquenewsDVD, critique. BERLIOZ : Cléopâtre, Didon. Lucile Richardot, Symphonie Fantastique. Gardiner (1 dvd – Château de Versailles spectacles, Live d’oct 2018). Orchestral, – passionnante Fantastique de Berlioz, le programme est aussi surtout lyrique ; et quelle voix ! Mezzo d’impact, Lucile Richardot. d’abord célébrée comme interprète baroque, du XVIIè montéverdien au XVIIIè français, la voici … en furie et grande amoureuse romantique, et d’un engagement déclamé souverain dans la cantate Cléopâtre du jeune Hector alors candidat répétitif pour le prix de Rome…
« C’en est donc fait » place la barre très haut, dans le lugubre tragique et noble à la fois. C’est une Reine détruite qui paraît à nos yeux. Une femme exposée, ravagée mais digne. Ecrite en 1829, la cantate suit le texte imposé de Pierre-Ange Vieillard. La fureur de l’amoureuse, l’impuissance de la souveraine, sa solitude et son abandon, son cœur qui implose, puis sous le coup de l’aspic, se convulse, halète, expire… (avec ultimes spasmes mortels par les contrebasses). La vérité que l’interprète sait insuffler au texte, sa justesse expressive, sa finesse tragique soulignent la valeur du génie berliozien au delà du contexte académique. L’écriture transcende le prétexte romain et souligne combien Berlioz maîtrise le grand souffle lyrique légué par Gluck. Dans le sublime, l’intime surtout. Déjà l’auteur des troyens, à l’extrémité de sa carrière, est là, d’une maturité précoce. Bouleversant.

 

 

Deux Reines expirantes pour la diva Richardot

 

 

A ses côtés, Gardiner joue les grand sorcier tragique, sur un même niveau : écoute intérieure, pianis sculptés dans le silence, puis vertiges étourdissants ; tout indique l’art de Berlioz, à la fois Shakespearien et mozartien. Tout ce qui sonne artificiel et classique ailleurs, sonne juste et sincère ici.

La jeune diva enchaîne ensuite une autre mort, celle d’une autre reine, Didon la carthaginoise, elle aussi seule, défaite, abandonnée par Enée… « Ah je vais mourir… », pourtant la tragédienne embrase chaque mot, chaque accent, d’une noblesse plus serrée ici, dans une prosodie plus régulière et moins heurtée. Lucile Richardot sculpte le texte comme le chef éclaire chaque épisode orchestral dans l’allusion et le détachement progressif.

L’Orchestre révolutionnaire et romantique donne son meilleur enfin dans une œuvre qu’il a le premier et de façon visionnaire, jouer sur instruments d’époque : la Fantastique scintille et crépite au diapason du cœur berliozien, le plus exalté et le plus passionné qui soit. Le plus enivré aussi. Et donc le plus personnel voire autobiographique. Ce que n’oublient pas ni le chef ni ses instrumentistes.
Même engagement poétique, à la fois électrique irisé dans l’ouverture du Corsaire, langoureux et crépusculaire dans la fameuse chasse royale des Troyens, peinture symphonique aux climats époustouflants.

La réalisation est à classer parmi les excellents témoignages filmés au Château de Versailles ; l’Opéra royal y devient l’écrin d’un programme magicien, où parait aussi le décor de Ciceri daté de 1837 : un palais de marbre et d’or, évoquant la Galerie des Batailles, dispositif visuel conçu pour l’inauguration du musée de l’histoire de France de Louis-Philippe (1837). Les célébrations BERLIOZ à Versailles s’annoncent ainsi et se confirment passionnantes. On attend déjà avec impatience les 2 autres volumes de ce feuilleton Berlioz à versailles : Benvenuto Cellini et La Damnation de Faust. A suivre donc.

 

 

 

 

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CLIC_macaron_2014DVD, critique. BERLIOZ : Cléopâtre, Didon. Lucile Richardot, Symphonie Fantastique. Gardiner (1 dvd – Château de Versailles spectacles, Live d’oct 2018)Clic de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

 

 

Versailles : Gardiner dirige les Vêpres de la Vierge de Monteverdi

Gardiner john eliot sir bach rameau Versailles, Chapelle royale. Monteverdi : Vespro della Beata vergine. Gardiner, 6, 7 novembre 2015. Au château de Versailles, Sir John Eliot Gardiner est invité à jouer Monteverdi, le profane (Orfeo) et le sacré (le Vespro)… en un cycle de 4 dates incontournables. Les Vêpres sont l’aboutissement d’une maîtrise. Monteverdi en homme qui connaît sa dramaturgie – il l’a magistralement démontré avec son Orfeo de 1607, lequel fixe un premier modèle pour le genre de l’opéra naissant-, déploie avec un sens non moins sûr et même somptueux, toute la science musicale dont il est capable en cette année 1610. La pluralité des effets, la diversité des modes et des effectifs requis pour les 14 pièces composant cette ample portique dédié à la Vierge, impose un tempérament exceptionnel, autant mûr pour le théâtre que pour l’église. Au cours de courte résidence à Versailles, le chef britannique John Eliot Gardiner aborde le sommet de l’écriture du Monteverdi mûr, bientôt appelé à Venise à inventer l’opéra baroque qu’il avait déjà fixé avec Orfeo à Mantoue en 1607… mais trente ans ont passé et l’expérience du maître crémonais grâce à son laboratoire madrigalesque lui a permis d’atteindre l’excellence expressive et musicale au seul service du verbe dramatique. Lors de son cycle de concert à Versailles, Gardiner joue aussi Orfeo de Monteverdi à l’Opéra royal cette fois, les 8 et 9 novembre 2015 à 20h.

gardiner john eliot maestro-gardiner_voyage-automne-versailles classiquenewsLe désir de démontrer ses compétences est d’autant plus important qu’il souffre de sa condition de musicien à la Cour des Gonzague de Mantoue. Les relations avec son employeur, le Duc Vincenzo de Gonzague ne sont pas parfaites, pire, son patron est un mauvais payeur. A peine estimé, Monteverdi doit supplier pour être payé. Les Vêpres sont bien l’acte accompli et mesuré d’un musicien courtisan qui recherche un nouveau protecteur, des conditions et un mode de vie plus agréables. Déjà avant Mozart, le Monteverdi des Vêpres est un homme peu reconnu, du moins pas à la mesure de son génie, une figure « gâchée » de la musique de son temps.

Genèse. Avant d’être le Vespro que nous connaissons aujourd’hui, l’oeuvre religieuse qui nous concerne a vécu sous une première forme, non liée au culte virginal. Monteverdi après la mort du maître de la chapelle de la Basilique Palatine de Santa Barbara à Mantoue, – Gastoldi, décédé en 1610-, se met sur les rangs pour offrir ses services. Il souhaite diriger officiellement l’activité d’une institution musicale sacrée digne de sa qualité. Mais là encore les autorités mantouanes en décidèrent autrement et le musicien dépité, transforma son œuvre qui faisait initialement les louanges de Sainte-Barbe à laquelle par exemple le motet Duo Seraphin – absolument étranger au culte de la dévotion mariale-, renvoie immanquablement.

monteverdi claudio portrait classiquenewsAutour du premier axe développé sur le thème de la Sainte locale, Monteverdi ambitionne une œuvre plus spectaculaire dédiée à la Vierge pour saisir l’attention d’autres possibles mécènes et patrons.  Maître de chœur du Duc Vincenzo de Gonzague, depuis 1595, Monteverdi a le sentiment de piétiner à Mantoue. C’est pourquoi, il reprend totalement son œuvre première, y combine tout ce qu’il lui semble témoigner à cette date, de son éblouissante maestrià. Selon son assistant à Mantoue, Bassano Cassola, le compositeur ambitionnait d’aller lui-même apporter un exemplaire au Pape Paul V à Rome, à qui d’ailleurs, le recueil des Vêpres est dédié. Au final pas de poste nouveau au sein d’une église prestigieuse. Il lui faudra encore attendre trois années, quand il sera pressenti pour diriger la chapelle du Doge à Venise, au sein de la Basilique San Marco. Pour le concours et l’audition de principe, le matériel éclectique et foisonnant de ses Vêpres lui sera très probablement utile.

La qualité et la fascination de la partition, qui n’a peut-être jamais été jouée d’un seul tenant comme les interprètes baroques ont coutume de le faire aujourd’hui du vivant de l’auteur, apparaissent clairement dans l’alliance de l’ancien et du moderne dont Monteverdi fait une arche entre deux mondes. Le compositeur offre une synthèse quasi encyclopédique de toutes les formes possibles à son époque. Les Vêpres de ce point de vue, dessinent une superbe passerelle édifiée pour la réconciliation de deux tentations ou deux directions esthétiques et musicales, apparemment antinomiques.

Le passé et l’avant-garde ici dialoguent. Cette facilité est à la fois troublante et totalement convaincante. Tradition ancestrale héritée du Grégorien avec son cantus firmus, avec le plain-chant aussi (Sonata sopra sancta Maria), d’un côté ; liberté du geste vocal, en solo (Nigram sum pour ténor), ou en duo (Pulchra es pour deux sopranos), par exemple, de l’autre, dont les hymnes incantatoires, la projection dramatique du texte (l’écho de l’Audi Caelem sur le nom de Maria, répété comme une incantation obsessionnelle et tendre à deux voix…) désigne en pleine fresque paraliturgique, le dramaturge dont la magie fut capable d’infléchir les âmes les plus insensibles, par le chant de
son Orfeo de 1607. L’opéra n’est pas loin de la ferveur virginale. Disons même qu’il s’invite à l’église. Le Vespro est bien l’archétype des grandes messes et célébrations religieuses baroque à venir, préludant à Bach, Haendel, Vivaldi.

Monteverdi_claudio_portrait_claudio_monteverdi_1_hiA 43 ans, Claudio le Grand affirme son art de la synthèse, son intuition innovatrice, une vision grandiose qui confine à un langage universel. Avec le Vespro, le musicien se révèle comme le penseur le plus génial de son époque. Mais la partition n’était qu’une étape qui le mènera vers les deux ouvrages de la pleine maturité. Une contradiction ou une singularité qui lui est spécifique, entre le profane et le sacré, se précise. Musicien des divertissements et du théâtre pour la Cour ducale de Mantoue, il écrit le chef-d’oeuvre des grandes célébrations sacrées. Maître de chapelle à partir de 1613 pour le Doge de Venise , il composera pour la scène lyrique, le Couronnement de Poppée puis le Retour d’Ulisse dans sa patrie deux sommets lyriques propres aux débuts des années 1640, qui marquent sur le plan profane cette fois, un nouvel accomplissement après les Vêpres. Sous la voûte de San Marco, sur la scène des théâtres d’opéra de Venise, l’homme transmet un même témoignage, saisissant d’émotion et de vérité.

 

 

Versailles, Chapelle royale
boutonreservationMonteverdi : Vespro della Beata vergine.
John Eliot Gardiner. Les  6, 7 novembre 2015. 20h

 

 

Programme également présenté par Jordi Savall, le 18 novembre 2015 à Paris, Philharmonie 1, Grande salle. Kiehr, Piccinini, Galli, Serafini, Tiso, Sagastume, Auvity, zanassi, Carnovich…

CD. Gluck : coffret The great operas (Gardiner, Minkowski, McCreesh, 15 cd Decca)

CLIC D'OR macaron 200Gluck à Paris (1774-1779)CD. Aux couleurs acidulées, le coffret Gluck 2014 par DECCA est un must.  Tout en offrant une pluralité heureuse des interprétations, le coffret Gluck du tricentenaire 2014 rend compte de la carrière du Chevalier  Christoph Willibald Gluck sur la scène lyrique, entre Vienne et Paris. Qu’on préfère comme nous Gardiner, d’une sensualité poétique superlative à la hargne finalement parfois outrée et caricaturale de Minkowski (le geste est souvent mécanique), qu’importe : les 7 opéras réunis ici y trouvent d’indéniables défenseurs inspirés, convaincants, chacun, ardent gluckiste, capable d’indéniables arguments. 300 ans après, le théâtre de Gluck continue de fasciner et ses Å“uvres respectives, celles italiennes à Vienne comme leurs reprises françaises à Paris sans compter les nouvelles partitions pour Marie Antoinette, sont loin d’avoir dévoiler tout leurs enseignements. D’une version à l’autre, de Vienne à Paris, se précise l’exigence d’un génie du drame musical, jalon essentiel après Rameau vers le spectacle total de Wagner…
Incroyable jeu des chassés croisés… Alors que le Comte Durazzo, intendant des théâtres impériaux à Vienne appelle et confirme Gluck comme compositeur officiel pour renouveler les opéras viennois – Gluck s’y affirme peu à peu comme un maître du genre exotique de l’opéra comique français (La rencontre imprévue de 1764 marque le sommet de cette veine française à Vienne), c’est à Paris, adaptant ses opéras viennois (Orfeo, Alceste…) que le Chevalier se refait une renommée, important sa conception de la déclamation solennelle remise en forme en un drame resserré, édifiant, d’une redoutable efficacité dramatique. Entre Rameau et Spontini, Gluck réforme l’opéra français à l’époque de Marie-Antoinette.

 

 

 

Réformateur de l’opéra tragique entre Vienne et Paris
GLUCK coffret cd DECCA Gardiner operas_de_gluck_chez_deccaVoici récapitulée, sa carrière entre Vienne (années 1760) et Paris (années 1770), qui fait de Gluck, à la veille de la Révolution, le champion de l’opéra seria en Europe. Le coffret Decca est incontournable en ce qu’il offre aussi une synthèse des lectures les plus décisives pour la compréhension de sa manière propre, de l’apport du maître au genre lyrique à la fin du XVIIIè : cette synthèse dont il est le seul à défendre légitimiment les vertus esthétiques ; son art est européen avant la lettre, empruntant à l’Italie (mélodies suaves), au germanisme (le développement orchestral souvent stupéfiant), à la France (choeurs et ballets, sens des contrastes dramatiques). A sa source, Berlioz s’abreuve directement. Forme équilibrée, drame préservé, passions exacerbées…  autant de qualités que recueillent tous les auteurs de son vivant et après lui : Vogel, Sacchini, Piccini, Gossec… Voici donc les enregistrements qui ont fait date, en particulier ceux de Gardiner qui en France aura Å“uvré de façon décisive pour la réévaluation des opéras de Gluck : les deux Iphigénies, -Iphigénie en Tauride d’après Racine de 1779 (Lyon, février 1985), Iphigénie en Aulide de 1774 (Lyon, juillet 1987)-, puis Orfeo ed Euridice (Londres, mai 1991), sans omettre la sublime Alceste de 1767, point d’accomplissement du Britannique (Londres, Paris 1999) au service d’un sommet tragique de l’opéra nouvelle formule, celle gluckiste rompant avec l’idéal des Lumières légué par Métastase : chÅ“urs tragiques, ballets funèbres et poétiques de Noverre. Le chef et ses équipes anglosaxonnes trouvent un ton idéal, dramatique et d’une rare élégance, proposant une lecture du style “bruyant et gémissant” du Chevalier, claire et racée, d’une perfection indéniablement”européenne”. Sa reprise à Paris est un jalon de l’opéra tragique néo grec à Paris. C’est la version parisienne de 1776 que Gardiner enregistre ici, délivrant les bénéfices de sa compréhension très fine et passionnante de Gluck.
 

 

 
Moins abouties et plus brouillonnes que son aîné Gardiner, les lectures de Minkowski (chÅ“urs instables, chanteurs majoritairement français mais comble dommageable, souvent peu intelligibles!) s’imposent néanmoins (grâce à l’engagement de la diva complice mise en avant : Mireille Delunsch) : Armide version parisienne de 1776/1777 d’après l’original viennois de 1767 (Paris, 1996), Orphée et Eurydice (Poissy, 2002)…
Joyau oublié parce qu’il échoua à Vienne, marquant le début de la défaveur de Gluck en 1770, l’excellent Paride ed Elena, magnifiquement ciselé par Paul McCreesh (avec une distribution féminine remarquable : Kozena, Gritton, Sampson) étincelle par sa sensualité féminine, traitée comme un huit clos d’une exquise délicatesse et d’une subtile caractérisation.
 

 

 
GLUCKImpression générale. La comparaison avec Minkowski s’avère là encore parfois peu favorable pour ce dernier : face à l’élégance et au raffinement naturel de ses compétiteurs, McCreesh et Gardiner soignent la cohérence de leurs plateaux vocaux, l’équilibre orchestre/voix, la sonorité suave et dansante de l’orchestre-, le geste vif du Français bascule souvent dans la caricature sèche et mécanique, un tranchant qui ne manque pas de drame (le duo Armide et son père Hidraot, en l’exhalaison de leur souffle haineux, ensorcelant et fantastique, – contre Renaud par exemple, séduit immanquablement) mais finit par le rendre trop incisif. Néanmoins, l’offre aussi diversifiée  et impliquée de part en part, offre un panel d’interprétations d’une irrépressible attractivité.
En plus des 7 opéras majeurs de Gluck, le coffret regroupe plusieurs perles historiques, premières approches d’un Gluck encore “non historique” (pas encore sur instruments d’époque), mais pour les interprètes concernés, d’un style articulé qui parfois convainc tout autant car chez Gluck et son style frénétique (puissant et raffiné, expressif et noble à la fois), il est question aussi d’engagement émotionnel (Bartoli, Horne, Florez, Baker, Ferrier…). Superbe coffret Gluck qui séduit autant par le choix des interprètes convoqués que la sélection des opéras réunis.

Christoph Willibald Gluck : the great operas. Orfeo ed Euridice, Paride ed Elena. Alceste. Orphée et Eurydice, Iphigénie en Aulide, Iphigénie en Tauride, Armide. Gardiner, Minkwoski, McCreesh. 15 cd Decca. Coffret pour le tricentenaire Gluck 2014.

Gardiner : Les Vêpres de Monteverdi en direct de Versailles

monteverdi_Claudio_Monteverdi_2Direct internet. Claudio Monteverdi : Les Vêpres de la Vierge, le 9 mars 2014, 18h. En direct depuis la chapelle royale du château de Versailles, Culturebox diffuse le concert des Vêpres de la Vierge de Claudio Monteverdi (Pages du CMBV, English Baroque Soloists. John Eliot Gardiner, direction), œuvre sacrée, surtout expérimentale et inventive de 1610, véritable performance chorale et solistique inventée par le père de l’opéra vénitien au XVIIème siècle. Pour cette captation, les équipes techniques utilisent de nouvelles techniques audio vidéo (ultra HD et audio 3D) assurant au moment du visionage un réalisme spectaculaire. Le dispositif du concert se prête à la captation et son modèle spatialisé car dès l’origine Monteverdi a conçu plusieurs chœurs qui se répondent, la polychoralité étant l’emblème de l’esthétique baroque à l’église (un phénomène utilisé sous la voûte depuis la fin de la Renaissance)… Le concert après le direct du 9 mars 2014, reste disponible au visionnage sur le site de cuturebox et à l’adresse : http://francetv.in/1g0ceBh (http://francetv.in/1g0ceBh )

Les Vêpres sont l’aboutissement d’une maîtrise. Monteverdi en homme qui connaît sa dramaturgie – il l’a magistralement démontré avec son Orfeo de 1607, lequel fixe un premier modèle pour le genre de l’opéra naissant-, déploie avec un sens non moins sûr et même somptueux, toute la science musicale dont il est capable en cette année 1610. La pluralité des effets, la diversité des modes et des effectifs requis pour les 14 pièces composant cette ample portique dédié à la Vierge impose un tempérament exceptionnel, autant mûr pour le théâtre que pour l’église.

Le désir de démontrer ses compétences est d’autant plus important qu’il souffre de sa condition de musicien à la Cour des Gonzague de Mantoue. Les relations avec son employeur, le Duc Vincenzo de Gonzague ne sont pas parfaits, pire, son patron est un mauvais payeur. A peine estimé, Monteverdi doit supplier pour être payé. Les Vêpres sont bien l’acte accompli et mesuré d’un musicien courtisan qui recherche un nouveau protecteur, des conditions et un mode de vie plus agréables. Déjà avant Mozart, le Monteverdi des Vêpres est un homme peu reconnu, du moins pas à la mesure de son génie, une figure « gâchée » de la musique de son temps… En lire +

CD. JS Bach : masterworks (50 cd)

Coffret cd. JS Bach : masterworks (50 cd) … somme jubilatoire s’agissant de Bach, un Bach façonné par le chercheur d’âme et d’émotions sur instruments modernes (avec excusez du peu : Fischer Dieskau, Maria Studer, Edith Mathis, Ernst Haefliger entre autres… dans la Messe en si de février 1961 : un sommet de souffle, d’intensité palpitante) Karl Richter (1926-1981). L’ex enfant prodige et fils de pasteur qui fonda la société Bach de Munich (orchestre et chÅ“ur) au début des années 1950 et rayonna jusqu’à l’avènement des Harnoncourt et Leonhardt, s’offre ici une sorte de bain de jouvence : certes côté acuité des timbres, recherche instrumentale et phrasés instrumentaux, nous repasserons, mais… la finesse des équilibres, l’intonation, le style et l’attention expressive sont loin de démériter. De l’excellent ouvrage …  à l’ancienne.
Plus au fait des innovations organologiques et musicologiques, donc sur instruments anciens, Trevor Pinnock et son English Concert (incisives et pétillantes Suites orchestrales et ouvertures de 1978, non moins sémillants et raffinés, solaires et tendus Concertos pour clavecin de 1981),  Reinhardt Goebel du temps de son activité à la tête de Musica Antiqua Köln (L’Offrande musicale BWV 1079 réalisé à Munich en 1979), Hogwood (Cantates profanes du Café et des paysans de 1986) et Gardiner (Oratorio de Noël de 1987, Saint-Jean de 1989, Cantates éditées pour Archiv au début des 90′), mais aussi plus proche de nous l’excellent Paul McCreesh, lui aussi fervent amateur d’allègement surtout choral (jusqu’à une voix par partie pour sa Saint-Matthieu de 2002) compensent l’arrière garde pourtant inspirée de l’époque Richter. De ce dernier, la boîte miraculeuse contient donc l’essentiel : Cantates avec un plateau de superbes solistes, portés par la ferveur d’un choeur déjà articulé et diseur, ou le recueil Schemelli des chants sacrés avec Peter Schreier de 1978 …)
bach_50cd_masterworks_dg_archivDe sorte que le coffret de 50 cd nous offre une excellente opportunité pour traverser les époques, décennies et manières interprétatives s’agissant des Cantates, Passions d’un Bach dont on ne cesse alors de se délecter de la prodigieuse universalité poétique.
Côté clavier, vous pourrez savourez l’exhaustivité pluri stylistique de l’offre réunie : le clavecin de Pinnock (Goldberg, 1980) et Gilberth, le piano (volet  réellement impressionnant du coffret) de Argerich (secrète et envoûtante en 1979), Pires (1994, 1995 à la fois enfantine et funambule), Ivo Pogorelich, Aimard, Pollini (Clavier bien tempéré, 2008 et 2009) … quand même ;  l’orgue de Preston, surtout Helmut Walcha (somptueux album DG de  1962, 1970 alliant sobriété et élégance),  Richter soi même (ne peut comprendre l’oeuvre de Bach sans en maîtriser aussi les pièces pour l’instrument seul…)
On reste moins convaincus par les Brandebourgeois bavards et atones de Claudio Abbado et son Orchestra Mozart (2007), mais divertis diversement par les récitals de super solistes vocaux : Christine Schäfer (deux Cantates de mariage sous la direction de Goebel), Kathleen Battle et Itzhak Perlman (1990), Thomas Quasthoff (2004) … Dans cette quasi intégrale (des pièces majeures), laissez vous tenter aussi par le violon d’Hilary Hahn (Concertos pour violon, 2003) et de Nathan Milstein (1973), le violoncelle seul de Pierre Fournier (1961), … la reproduction des couvertures d’origine ajoute toujours son effet. Coffret incontournable pour les fêtes.

Jean-Sébastien Bach : Masterworks.  The Original Jackets Collection, 50 cd.