DVD, critique, événement. BERLIOZ : DAMNATION DE FAUST (Versailles, Roth, Versailles, nov 2018 1 dvd CVS Chùteau de Versailles Spectacles)

150 ans de la mort de BERLIOZDVD, critique, Ă©vĂ©nement. BERLIOZ : DAMNATION DE FAUST (Versailles, Roth, Versailles, nov 2018 1 dvd CVS ChĂąteau de Versailles Spectacles)  -  AprĂšs avoir affiner, Ă©trenner, poli son approche de l’opĂ©ra de Berlioz, Ă  Linz et Ă  Bonn, le chef François-Xavier Roth prĂ©sente sa lecture de La Damnation de Faust Ă  Versailles, sur la scĂšne de l’OpĂ©ra royal, mais dans des dĂ©cors fixes empruntĂ©s au fonds local.

VoilĂ  une version allĂ©gĂ©e, Ă©claircie, volontiers dĂ©taillĂ©e (et d’aucun diront trop lente), mais dont l’apport principal est – instruments historiques obligent- la clartĂ©.

faust-berlioz-vidal-antonacci-courjal-dvd-cvs-roth-critique-opera-annonce-annonce-classiquenews-ROTHAu format particulier des instruments d’époque (Les SiĂšcles), rĂ©pondent trois voix qui se rĂ©vĂšlent convaincantes tant en intelligibilitĂ© qu’en caractĂ©risation : Mathias Vidal en Faust, Anna Caterina Antonacci (Marguerite), Nicolas Courjal (MĂ©phistofĂ©lĂšs)
 ComplĂšte le tableau, le ChƓur Marguerite Louise (direction: GaĂ©tan Jarry) pour incarner les paysans dĂšs la premiĂšre scĂšne, puis la verve des Ă©tudiants et celle des soldats, avant la fureur endiablĂ©e des suivants de MĂ©phisto dans le tableau final, celui de la chevauchĂ©e, avant l’apothĂ©ose de Marguerite entourĂ©e d’anges thurifĂ©raires et cĂ©lestes
 Roth prend le temps de l’introspection, fouillant la rĂȘverie solitaire de Faust au dĂ©but, l’intelligence sournoise et manipulatrice de MĂ©phisto; le maestro rappelle surtout combien il s’agit d’une lĂ©gende dramatique, selon les mots de Berlioz : peinture atmosphĂ©rique et orchestrale plutĂŽt que narration descriptive. Le fantastique et les Ă©clairs surnaturels s’exprimant surtout par le raffinement de l’orchestration
 laquelle scintille littĂ©ralement dans le geste pointilliste du chef français (Ă©clatant ballet des Sylphes). En 1846, soit 16 annĂ©es aprĂšs la Symphonie Fantastique, l’écriture de Berlioz n’a jamais aussi directe, flamboyante et intĂ©rieure.

Le point fort de cette lecture sans mise en scĂšne, demeure l’articulation du français : un point crucial sur nos scĂšnes actuelles, tant la majoritĂ© des productions demeurent incomprĂ©hensibles sans le soutien des surtitres.
Bravo donc Ă  l’excellent Brander de Thibault de Damas (chanson du Rat, aussi rythmique et frĂ©nĂ©tique que prĂ©cisĂ©ment articulĂ©e : un modĂšle absolu en la matiĂšre). On le pensait trop lĂ©ger et percussif voire serrĂ© pour un rĂŽle d’ordinaire dĂ©volu aux tĂ©nors puissants hĂ©roĂŻco-dramatiques : que nenni
 Mathias Vidal relĂšve le dĂ©fi du personnage central : Faust. Certes la carrure manque d’assurance et d’ampleur parfois (nature immense, un rien Ă©troite), mais quel chant incarnĂ©, nuancĂ©, dĂ©clamĂ© ! Le chanteur est un acteur qui a concentrĂ© et densifiĂ© son rĂŽle grĂące Ă  la maĂźtrise de phrasĂ©s somptueux qui inscrit ce profil dans le verbe et la puretĂ© du texte. La comprĂ©hension de chaque situation en gagne profondeur et sincĂ©ritĂ©. La ciselure d’un français intelligible fait merveille. On se souvient de son Atys (de Piccinni) dans une restitution en version de chambre : l’ñme percutante et tragique du chanteur s’était de la mĂȘme façon dĂ©ployĂ©e avec une grĂące ardente, irrĂ©sistible.

 

 

 

Berlioz Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles
FAUST exceptionnel :  textuel et orchestral

 

 

 

Sans avoir l’ñge du personnage, ni sa candeur angĂ©lique, Anna Caterina Antonacci, aux aigus parfois tirĂ©s et tendus, « ose » une lecture essentiellement ardente et passionnĂ©e.
elle aussi diseuse, au verbe prophĂ©tique, d’une indiscutable excellence linguistique (Ballade du roi de ThulĂ©). Capable de chanter la cantate ClĂ©opĂątre avec une grandeur tragique souveraine, la diva affirme sa vraie nature qui embrase par sa vibration rayonnante, la loyautĂ© du Faust lumineux de Vidal (D’amour l’ardente flamme).
Aussi impliquĂ© et nuancĂ© que ses partenaires, Nicolas Courjal rĂ©ussit un MĂ©phisto impeccable d’élĂ©gance et de diabolisme, profĂ©rant un verbe lyrique lĂ  encore nuancĂ©, idĂ©al. C’est sĂ»r, le français est ici vainqueur, et son articulation, d’une intelligence expressive, triomphe dans chaque mesure. La maĂźtrise est totale, sachant s’accorder au scintillement instrumental de l’orchestre, dans la fausse voluptĂ© enivrĂ©e (Voici des roses), comme dans le cri sardonique final de la victoire (Je suis vainqueur ! lancĂ© Ă  la face d’un Faust Ă©reintĂ© qui s’est sacrifiĂ© car il a signĂ© le pacte infernal).
Comme plus tard dans ThaĂŻs de Massenet, Berlioz Ă©chafaude son final en un chiasme dramatique contraire et opposĂ© : Ă  mesure que Faust plonge dans les enfers (comme le moine AthanaĂ«l saisi par les affres du dĂ©sir), Marguerite gagne le ciel et son salut en une Ă©lĂ©vation miraculeuse (comme ThaĂŻs qui meurt dans la puretĂ©). VoilĂ  qui est admirablement restituĂ© par le chef et son orchestre authentiquement berliozien. Il est donc lĂ©gitime de fixer par le dvd ce spectacle hors normes qui dĂ©poussiĂšre orchestralement et vocalement une partition oĂč a rĂ©gnĂ© trop longtemps les brumes du romantisme wagnĂ©rien.

François-Xavier Roth (© Pascal le Mée Chùteau de Versailles Spectacles)

 

 

 

faust-berlioz-vidal-antonacci-courjal-dvd-cvs-roth-critique-opera-annonce-annonce-classiquenews-ROTH

 

 

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BERLIOZ : La Damnation de Faust, 1846

Faust : Mathias Vidal
Marguerite : Anna Caterina Antonacci
MéphistophélÚs : Nicolas Courjal
Brander : Thibault de Damas d’Anlezy

ChƓur Marguerite Louise / Chef : GaĂ©tan Jarry
Les SiĂšcles
François-Xavier Roth, direction
Enregistré à Versailles, Opéra Royal, en novembre 2018

1 dvd ChĂąteau de Versailles Spectacles

 

 
 

 

CD, coffret Ă©vĂ©nement. BERLIOZ : La Damnation de Faust : Spyres, Courjal, NELSON (2 cd + 1 dvd ERATO – avril 2019)

BERLIOZ-DAMNATION-FAUST-NELSON-DIDONATO-SPYRES-COURJAL-critique-opera-classiquenews-annonce-critique-dossierCD, coffret Ă©vĂ©nement. BERLIOZ : La Damnation de Faust : Spyres, Courjal, NELSON (3 cd + 1 dvd ERATO – avril 2019). EnregistrĂ©e sur le vif Ă  Strasbourg en avril 2019, la production rĂ©unie sous la baguette Ă©lĂ©gante, exaltĂ©e sans pesanteur de l’amĂ©ricain John Nelson, rĂ©ussit un tour de force et certainement le meilleur accomplissement discographique et artistique pour l’annĂ©e BERLIOZ 2019. Du tact, de la pudeur aussi (subtilitĂ© caressante de l’air de Faust : « Merci doux crĂ©puscule » qui ouvre la 3Ăš partie), l’approche est dramatique et d’une finesse superlative. Elle sait aussi caractĂ©riser avec mordant comme le profil des Ă©tudiants et des buveurs Ă  la taverne de Leipzig, vraie scĂšne de genre, populaire Ă  la Brueghel, entre ripailles et grivoiseries sous un lyrisme libre. Il est vrai que la distribution atteint la perfection, en particulier parmi les hommes : sublime Faust de Michael Spyres, articulĂ©, nuancĂ© (aristocratique et poĂ©tique dans la lignĂ©e de Nicolas Gedda en son temps, et qui donc renouvelle le miracle de son EnĂ©e dans Les Troyens prĂ©cĂ©dents) auquel rĂ©pond en dialogues hallucinĂ©s, contrastĂ©s, fantastiques, le MĂ©phisto mordant et subtil de l’excellent Nicolas Courjal (dont on comprend toutes les phrases, chaque mot) ; leur naturel ferait presque passer l’ardeur de la non moins sublime Joyce DiDonato, un rien affectĂ© : il est vrai que son français sonne affectĂ© (et pas toujours exact). Manque de prĂ©paration certainement ; dommage lorsque l’on sait le perfectionnisme de la diva amĂ©ricaine, soucieuse du texte et de chaque intonation.

 

 

 

et de deux !, aprĂšs Les Troyens en 2017,
John Nelson réussit son Faust
pour l’annĂ©e BERLIOZ 2019

 

 

 

Son air du roi de ThulĂ©, musicalement rayonne, mais souffre d’un français pas toujours intelligible. Mais la soie troublĂ©e, ardente que la cantatrice creuse et cisĂšle pour le personnage, fait de sa Marguerite, un tempĂ©rament romantique passionnĂ©, possĂ©dĂ©, qui vibre et s’embrase littĂ©ralement. Quel chant ! VoilĂ  qui nous rappelle une autre incarnation fabuleuse et lĂ©gendaire celle de Cecilia Bartoli dans la mĂ©lodie de la Mort d’OphĂ©lie

Le chƓur portugais (Gulbenkian) reste impeccable : prĂ©cis, articulĂ© lui aussi. L’Orchestre strasbourgeois resplendit lui aussi, comme il l’avait fait dans le coffret prĂ©cĂ©dent Les Troyens (il y a 2 ans, 2017). Il n’est en rien ce collectif de province et rien que rĂ©gional ici et lĂ  prĂ©sentĂ© (!) : FrĂ©missements, Ă©clairs, hululements
 les instrumentistes, sous une direction prĂ©cise et qui respire, prend de la distance, confirme dans l’écriture berliozienne, cette conscience Ă©largie qui pense la scĂšne comme un thĂ©Ăątre universel, souvent Ă  l’échelle du cosmos (avant Mahler). Version superlative nous l’avons dit et qui rend hommage Ă  Berlioz pour son annĂ©e 2019.
CLIC_macaron_2014Les plus puristes regretteront ce français amĂ©ricanisĂ© aux faiblesses linguistiques si pardonnables quand on met dans la balance la justesse de l’intonation et du style des deux protagonistes (Spyres / DiDonato). L’attention au texte, le souci de prĂ©cision dans l’émission et l’articulation restent louables. La conception chambriste prime avant toute chose, restituant la jubilation linguistique du trio Faust / Marguerite / MĂ©phisto qui conclut la 3Ăš partie… Ailleurs expĂ©diĂ©e et vocifĂ©rĂ©e sans prĂ©cision. A Ă©couter de toute urgence et Ă  voir aussi puisque le coffret comprend aussi en 3Ăš galette, le dvd de la performance d’avril 2019 Ă  Strasbourg. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’hiver 2019.

 

 

  

 

 

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CD, coffret Ă©vĂ©nement. BERLIOZ : La Damnation de Faust (3 cd + 1 dvd ERATO – avril 2019).

LĂ©gende dramatique en quatre parties,
livret du compositeur d’aprùs Goethe
CrĂ©Ă©e Ă  l’OpĂ©ra-Comique le 6 dĂ©cembre 1846

Joyce DiDonato : Marguerite
Michael Spyres : Faust
Nicolas Courjal : MéphistophélÚs
Alexandre Duhamel : Brander

ChƓur de la Fondation Gulbenkian
Les petits chanteurs de Strasbourg

Orchestre philharmonique de Strasbourg
John Nelson, direction

 

 

 

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Enregistré à Strasbourg en novembre 2018
2 cd + 1 dvd – ref ERATO 9482753, 2h

LIRE aussi notre critique complĂšte des TROYENS de BERLIOZ par John Nelson, Michael Spyres, Joyce DiDonato, StĂ©phane Degout (2017)… :

 

 

 

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berlioz-les-troyens-didonato-spyres-nelson-3-cd-ERATO-annonce-cd-premieres-impressions-par-classiquenewsCD, compte rendu, critique. BERLIOZ : Les Troyens. John Nelson (4 cd + 1 dvd / ERATO – enregistrĂ© en avril 2017 Ă  Strasbourg). Saluons d’emblĂ©e le courage de cette intĂ©grale lyrique, en plein marasme de l’industrie discographique, laquelle ne cesse de perdre des acheteurs
 Ce type de rĂ©alisation pourrait bien relancer l’attractivitĂ© de l’offre, car le rĂ©sultat de ces Troyens rĂ©pond aux attentes, l’ambition du projet, les effectifs requis pour la production n’affaiblissant en rien la pertinence du geste collectif, de surcroit pilotĂ© par la clartĂ© et le souci dramatique du chef architecte, John Nelson. Le plateau rĂ©unit au moment de l’enregistrement live Ă  Strasbourg convoque les meilleurs chanteurs de l’heure Spyres DiDonato, Crebassa, Degout, Dubois
 Petite rĂ©serve cependant pour Marie-Nicole Lemieux qui s’implique certes, mais ne contrĂŽle plus la prĂ©cision de son Ă©mission (en Cassandre), diluant un français qui demeure, hĂ©las, incomprĂ©hensible. MĂȘme DiDonato d’une justesse Ă©motionnelle exemplaire, peine elle aussi : ainsi en est-il de notre perfection linguistique. Le Français de Berlioz vaut bien celui de Lully et de Rameau : il exige une articulation lumineuse.

 

 

 
 

 

 

La Damnation de Faust version 1846, sur instruments d’Ă©poque

berlioz Hector Berlioz_0FRANCE 2, lun 2 dĂ©c 2019, 00h55. BERLIOZ : La damnation de Faust. L’annĂ©e 2019 marque les cĂ©lĂ©brations du 150Ăšme anniversaire de la disparition d’Hector Berlioz. En lien avec la grande exposition sur Louis-Philippe donnĂ©e au ChĂąteau de Versailles, l’OpĂ©ra Royal de Versailles avait anticipĂ© cet Ă©vĂ©nement en programmant sur la saison 2018/2019, un cycle Berlioz, dont ce concert faisait partie.
Il y a  plus de 170 ans, prĂ©cisĂ©ment le dimanche 29 octobre 1848, dans une salle rĂ©novĂ©e et enfin ouverte au grand public, Hector Berlioz dirigeait l’un de ces immenses concerts dont il dĂ©tenait le secret : 400 musiciens sur scĂšne alternant les compositions de Gluck, Beethoven, Rossini, Weber et Berlioz bien entendu (“Grande fĂȘte chez les Capulet” du RomĂ©o et Juliette, “La Marche Hongroise” de La Damnation de Faust). Ce concert marquait avec faste l’avĂšnement de la Seconde RĂ©publique naissante.

François-Xavier Roth est un chef français dont la carriĂšre avec son propre orchestre Les SiĂšcles, mais aussi avec le GĂŒrzenich Orchester Ă  Cologne et le London Symphony Orchestra, connaĂźt un fort dĂ©veloppement. Ancien assistant de Sir John Eliot Gardiner, il cultive comme lui une passion pour Berlioz et la sonoritĂ© si « française » qui en est l’emblĂšme comme l’esprit.
Son interprĂ©tation de La Damnation de Faust en version de concert (comme pour la crĂ©ation de 1846) permet d’entendre cette Ɠuvre avec la force et les audaces du premier Berlioz : un chef-d’Ɠuvre sombre et resplendissant, cosmique aussi par l’ampleur de ses Ă©vocations orchestrales.

Opéra Royal de Versailles, le 6 novembre 2018
Direction musicale : François-Xavier Roth
La Damnation de Faust. Musique de Hector Berlioz (1803-1869)
Livret de Almire GandonniĂšre (1813-1863) et Hector Berlioz (1803-1869)
D’aprĂšs Faust de Goethe (1808)
PremiĂšre reprĂ©sentation Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris le 6 dĂ©cembre 1846
Les SiĂšcles
ChƓur ChƓur Marguerite Louise
Chef des ChƓurs GaĂ«tan Jarry

Mathias Vidal : Faust
Anne Caterina Antonacci : Marguerite
Nicolas Courjal : MéphistophélÚs
Thibault de Damas d’Anlezy : Brander

L’action de situe au Moyen-Age, en Hongrie et en Allemagne. Faust accablĂ© par le dĂ©goĂ»t de la vie, veut  mettre fin Ă  ses jours en absorbant du poison. Les chants de PĂąques l’arrachent Ă  son dĂ©sespoir en lui rendant la foi de son enfance, mais cet Ă©lan mystique suscite l’apparition soudaine du dĂ©mon, MĂ©phistophĂ©lĂšs, qui lui promet tous les plaisirs de l’existence et l’entraĂźne dans une taverne au milieu d’une bruyante assemblĂ©e. Ces plaisirs vulgaires ne parviennent pas Ă  sĂ©duire Faust et MĂ©phistophĂ©lĂšs le transporte sur les bords de l’Elbe oĂč il lui fait dĂ©couvrir la jeune Marguerite dans un rĂȘve enchanteur. DĂšs que Faust et Marguerite se rencontrent, ils se reconnaissent et se jurent un amour rĂ©ciproque. Mais les deux amants doivent se sĂ©parer car MĂ©phistophĂ©lĂšs les avertit qu’ils ont attirĂ© l’attention du voisinage et de la mĂšre de Marguerite. Faust, malgrĂ© sa promesse de revenir dĂšs le lendemain, semble avoir oubliĂ© Marguerite pour s’abĂźmer dans la contemplation de la nature. MĂ©phistophĂ©lĂšs le rejoint pour lui apprendre que la jeune fille est condamnĂ©e Ă  mort pour avoir empoisonnĂ© sa mĂšre. Pour la sauver, il exige de Faust qu’il signe un pacte l’engageant Ă  le servir et il l’entraĂźne avec lui en enfer au terme d’une chevauchĂ©e fantastique. Seule Marguerite est sauvĂ©e et accueillie au ciel par le chƓur des esprits cĂ©lestes.

Symphonie des Mille de Mahler par l’ONL Orchestre National de Lille

bloch-alexandre-mahler-symphonie-8-mille-nov-2019-annonce-critique-symphonie-classiquenewsLILLE, ONL. MAHLER : Symph n°8, les 20 et 21 nov 2019. Alexandre Bloch emporte le National de Lille dans son dernier jalon mahlĂ©rien : la 8Ăš, dite des mille par rĂ©fĂ©rence au nombre de musiciens sur le plateau : un Everest pour tout maestro, et une sorte de Nirvana pour l’amateur de sensations symphoniques… Certes Mahler n’a Ă©crit aucun opĂ©ra. Pourtant la seconde partie de sa 8Ăš Symphonie dite des mille concentre tous les styles lyriques, sur un sujet que tous les Romantiques avant lui ont tentĂ© de traiter en musique : Faust. AprĂšs Berlioz et Schumann, Liszt et Gounod, Mahler met en musique en particulier la scĂšne finale du second Faust de Goethe afin d’aborder et d’élucider le mystĂšre et le sens de la vie terrestre.
Le volet exige pas moins de 8 solistes, en plus des deux choeurs adultes, du choeur d’enfants, de l’orchestre aux effectifs ahurissants
 Symphonie opĂ©ra, cantate symphonique, la 8Ăš s’ouvre en premiĂšre partie sur le texte de l’hymne particuliĂšrement dramatique « Veni Creator spiritus », ample priĂšre chantĂ©e en latin, Ă  la gloire de Dieu, oĂč le compositeur se confronte Ă  toutes les ressources du contrepoint.

 

 

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SYMPHONIE COSMOS : planĂštes et soleils en rotation

 

 

mahler_profilLa partition cyclopĂ©enne est conçue en 2 mois et crĂ©Ă©e Ă  Munich, le 12 sept 1910 sous la direction du compositeur. C’est son dernier concert public et son plus grand triomphe en Europe. Elle est constamment chantĂ©e (sauf l’ouverture du second mouvement). La modernitĂ© de l’Ɠuvre tient surtout Ă  son plan, sans Ă©quivalent auparavant, Mahler innovant littĂ©ralement une nouvelle architecture, par sĂ©quences, selon le sens du texte, Ă  la façon d’un roman. A la diffĂ©rence des opus qui ont prĂ©cĂ©dĂ©, la 8Ăš n’a rien de tragique ni de subjectif : aucun doute, aucune angoisse, aucun trouble. PlutĂŽt l’affirmation d’une joie intime et collective Ă  l’échelle du cosmos. Car Mahler Ă©crit lui-mĂȘme au chef Mengelberg en aoĂ»t 1906 : « Imaginez l’univers entier, en train de sonner et de rĂ©sonner. Il ne s’agit plus de voix humaines, mais de planĂštes et de soleils en pleine rotation ».  C’est donc l’aboutissement de tout un cycle orchestral oĂč Mahler s’est battu avec la matiĂšre orchestrale ; s’y impliquant personnellement ; au terme de l’aventure – odyssĂ©e, il rĂ©alise l’Ɠuvre final, total, synthĂšse et miroir d’une conscience aussi accomplie qu’universelle. La 8Ăš symphonie est une symphonie cosmique. Et pour l’auditeur, l’une des expĂ©riences orchestrales les plus marquantes dont il puisse rĂȘver.
Les interprĂštes en expriment le sens et l’ampleur avec d’autant plus de justesse qu’ils se sont jetĂ©s Ă  corps perdus mais maĂźtrise totale et engagement permanent dans la rĂ©alisation des symphonies 1 Ă  8 depuis septembre 2018. Une expĂ©rience et une familiaritĂ© qui enrichissent encore leur approche du dernier vaisseau symphonique de Mahler, le plus impressionnant, le plus saisissant. 2 dates Ă©vĂ©nements Ă  Lille.

 

 

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Mercredi 20 novembre 2019, 20hboutonreservation
Jeudi 21 novembre 2019, 20h
Lille – Auditorium du Nouveau Siùcle

 

 

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.onlille.com/saison_19-20/concert/la-symphonie-des-mille-symphonie-n8/

 

 

Gustav Mahler
Symphonie n°8, dite “Des Mille”
Direction : Alexandre Bloch
Sopranos: Daniela Köhler, Yitian Luan, Elena Gorshunova / ‹Altos: Michaela Selinger, Atala Schöck / ‹TĂ©nor: Ric Furman / ‹Baryton: Zsolt Haja‹ / Basse Sebastian Pilgrim

Orchestre National de Lille‹  /  Orchestre de Picardie

Philharmonia Chorus‹ / Chef de chƓur : Gavin Carr
Jeune ChƓur des Hauts-de-France
Cheffe de chƓur : Pascale Dieval-Wils
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VIDEOS : les symphonies de MAHLER par l’Orchestre National de Lille / Alexandre BLOCH (intĂ©grales et explications par Alexandre Bloch):
Retrouvez toutes les symphonies de Mahler sur la chaĂźne Youtube ONLille ,
jusqu’en avril 2020.

 

 

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PrĂ©sentation par l’Orchestre National de Lille :
Pour la premiĂšre en 1910, il fallut construire une estrade spĂ©ciale dans la salle afin de pouvoir accueillir l’ensemble des musiciens. NĂ©cessitant deux chƓurs d’adultes, un chƓur d’enfants, huit solistes et un immense orchestre symphonique, la Symphonie n°8 dite “Des Mille” est la symphonie la plus dĂ©mesurĂ©e, la plus folle du cycle dans laquelle Mahler nous emporte d’un Veni creator ravageur Ă  une scĂšne faustienne qui mĂ©lange tous les genres musicaux connus. Venez vivre le gigantisme de cette Ɠuvre unique qui rĂ©unira plus de 300 artistes sur scĂšne sous la direction d’Alexandre Bloch. Lors de la premiĂšre Ă  Munich, Thomas Mann et Stefan Zweig, prĂ©sents dans le public, en Ă©taient restĂ©s sidĂ©rĂ©s.

The Symphony of a Thousand
Symphony No. 8, known as “The Symphony of a Thousand”, is the most monumental of Mahler’s symphonies. With its two adult choirs, children’s choir, eight soloists and immense symphony orchestra, this unique work has strucken since its very premiùre in 1910.

 

 

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Autour du concert
Ă  18h45
Rencontre mahlérienne

20 novembre 2019:
Bertrand Dermoncourt, directeur de la musique de Radio Classique et auteur du Retour de Gustav Mahler réunissant deux textes de Stephan Sweig

21 novembre 2019 :
Christian Wasselin auteur de Mahler : La Symphonie-Monde

En partenariat avec la
MĂ©diathĂšque Musicale Mahler
(entrĂ©e libre, muni d’un billet du concert)

 

 

 

 

 

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Symphonie n°8 de Gustav Mahler – PLAN

Du polyphonique saisissant, du dramatique lyrique

Mahler n’a pas composĂ© d’opĂ©ras proprement dit ; mais le directeur de lOpĂ©ra de Vienne qui a connu comme peu le rĂ©pertoire lyrique de Mozart et Beethoven Ă  Wagner et Strauss, a finalement Ă©crit son drame lyrique dans la seconde partie de la 8Ăš, inspirĂ© de la scĂšne finale du Faust de Goethe : vision et action spectaculaire qui imagine le hĂ©ros tant Ă©prouvĂ©, atteindre dĂ©lices et repos des bĂ©atitudes cĂ©lestes. Dans les plus hautes sphĂšres, anges, angelots, enfants bienheureux chantent, favorisent et accompagnent l’élĂ©vation et la mĂ©tamorphose (chrysalide devenue ange sanctifiĂ©) de l’ñme de Faust vers son dernier asile
 alors que les Enfants bienhereux contemple le corps du Faust qui s’élĂšve toujours, Marguerite paraĂźt, implore Marie, d’accueillir cette Ăąme nouvelle, morte et ressuscitĂ©e, Ă©ternellement jeune.

 

AprĂšs le monumental Veni Creator dont la force expressive, la complexitĂ© maĂźtrisĂ©e de l’écriture (ocĂ©an contrapuntique oĂč domine une double fugue) la sonoritĂ© colossale doivent saisir au sens strict selon les mots du compositeur le spectateur auditeur, place Ă  un cycle fraternel et compassionnel, la deuxiĂšme partie de la 8Ăš, Ă©pisode Ă©blouissant sur le plan de l’écriture orchestrale et vocale, dans lequel Mahler rĂ©tablit le lien avec l’humanitĂ©.

 

Pour plus d’unitĂ©, le Faust cite certains thĂšme du Veni Creator qui a prĂ©cĂ©dĂ©. L’architecture en est un triptyque : Andante, Scherzo, Finale, ou introduction, exposition en 3 parties, dĂ©veloppement en 3 sections, Ă©pilogue.

En ouverture (poco adagio), Mahler Ă©voque la solitude de Faust dans la montagne (prĂ©mices du Chant de la terre). Arbres, lions muets, asile d’amour


 

EXPOSITION

Aprùs le chƓur (Waldung, sie schwankt heran),

PATER ECSTATICUS et PATER PROFUNDUS entonnent leur couplet.

EXTATICUS : proie de l’amour Ă©ternel

PROFUNDUS : témoin du miraculeux amour

Le choeur des anges, portant l’essence de Faust, amorcent le 2Ăš Ă©pisode de l’exposition (« celui qui cherche et s’efforce dans la peine, sera sauvé » ;

Puis, se succùdent le chƓur des enfants bienheureux

(trÚs haut dans les cimes : « celui que vous vénérez, vous le verrez »),

le choeur des angelots qui ouvre le SCHERZO

(Jene rosen / les roses des pénitentes
).

Le choeur avec alto solo (Uns bleibt ein Erdenrest)

marque la 3Ăš et derniĂšre sĂ©quence de l’exposition

(le pur et l’impur mĂȘlĂ© dans un cƓur, ne peuvent ĂȘtre dissociĂ©s

que par l’amour).

 

DEVELOPPEMENT

Le dĂ©veloppement dĂ©bute avec le choeur des angelots (Ich spĂŒre soeben)

Le choeur des enfants bienheureux (Freudig empfangen wir) qui débouche sur

 

1- L’HYMNE A LA VIERGE (Mater dolorosa) du DOCTEUR MARIANUS :

« Hochste Herrscherin der Welt », témoin de la splendeur mariale (splendide et magnifique, la reine du ciel) ;

repris par le choeur (Jungfrau, ren im schönsten Sinne /Vierge pure, sublime  »).

S’épanouit alors le thĂšme de l’Amour, pour violon et harmonium (mi maj),

pour l’entrĂ©e de la Mater dolorosa

 

 

2- Choeur d’hommes (Dir, der UnberĂŒhrbaren)

MATER GLORIOSA : Choeur des PĂ©nitentes (Du Schwebst zu Höhen / Tu vogues vers les hauteurs, si mj), – apothĂ©ose de Marie, auxquelles succĂšdent

MAGNA PECCATRIX : Saint-Luc (Bei der Liebe : elle lave et parfume les pieds du Christ)

MULIER SAMARITANA : Saint-Jean (Bei dem Bronn) : elle abreuve les lĂšvres du Sauveur

MARIA AEGYPTIACA (Bei dem hochgeweithen Orte / Par le lieu saintement consacré)

puis unies en TRIO (Die du grossen SĂŒnderinnen / accordes le pardon Ă  Faust
).

La PĂȘcheresse MARGUERITE implore Marie (Neige, neige, rĂ© maj) : sauve Marie, Faust

Choeur des enfants bienheureux

La PĂȘcheresse implore encore Marie (Vom edlen Geisterchor, si b maj)

avec point culminant (trompette du Veni Creator).

 

3- MATER GLORIOSA (Komm! Hebe dich zu höhern SphÀren, mi bémol)

repris par

DOCTOR MARIANUS (Blicket auf !), repris par le choeur

 

 

Postlude orchestral

 

EPILOGUE / FINALE

AprĂšs un mystĂ©rieux prĂ©lude orchestral, s’affirme le presque imperceptible murmure du choeur mystique (Alles vergĂ€nglische ist nur ein Gleichnis)

Immense et progressif crescendo sur le thĂšme du Veni Creator. LĂ  encore, encensant la Vierge, source de toute misĂ©ricorde et divinitĂ© la plus admirable, « l’imparfait trouve l’achĂšvement ; l’ineffable devient acte ». Et « l’Eternel FĂ©minin » porte toujours plus haut.

 

 

Comme jamais auparavant, Mahler Ă©chafaude une Ă©criture qui lui est propre ; oĂč la forme respecte le sens et les enjeux de chaque situation dramatique. Moins d’effet de masse. Mais une Ă©criture « romanesque » et purement dramatique voire opĂ©ratique qui suit le sens de l’action dramatique, celle du Faust de Goethe ; selon lequel le hĂ©ros moderne (romantique) vit une expĂ©rience spirituelle, dans l’adoration de la Vierge, qui lui permet d’ĂȘtre transcendĂ©.

 

 

CD, critique. GOUNOD : FAUST (1859). Foster-Williams, Bernheim, Gens / Talens Lyriques (3 cd Palazzetto Bru Zane, juin 2018)

gounod faust rousset gens palazzetto critique cd classiquenews review critique opera classiquenews bernheim gens bou rousset talens lyriques critique classiquenewsCD, critique. GOUNOD : FAUST (1859). Foster-Williams, Bernheim, Gens / Talens Lyriques (3 cd Palazzetto Bru Zane, juin 2018). Et voici un nouvel opus de la collection « opĂ©ra français » ( / French opera) Ă©ditĂ© par le Palazzetto vĂ©nitien Bru-Zane, aux initiatives exploratrices de rĂ©fĂ©rence. Faust complĂšte notre meilleure connaissance du Gounod lyrique, aprĂšs les prĂ©cĂ©dents livres disques Cinq-Mars (Ă©clairant ode dernier Gounod) et Le Tribut de Zamora (de 1881). Le pilier de l’opĂ©ra français, aprĂšs Thomas, avant et Bizet et Massenet, mĂ©ritait bien ce focus. Surtout s’agissant d’un ouvrage emblĂ©matique de l’opĂ©ra romantique français tel qu’il est toujours reprĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra Garnier. La production est d’autant plus opportune qu’elle s’intĂ©resse Ă  la version  « originelle » – de 1859, – alors prĂ©parĂ©e, jouĂ©e et donc enregistrĂ©e en juin 2018.

gounod charles portrait jeune par classiquenews gounod centenaire 2018 par classiquenews portr19Contrairement Ă  la version actuellement jouĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Paris, soit celle de 1869, celle de 1859 privilĂ©gie des dialogues inĂ©dits, proches du thĂ©Ăątre, qui Ă©clairent le relief de rĂŽles depuis minorĂ©s ou Ă©cartĂ©s (Wagner, Dame Marthe). Ces derniers restituent Ă  l’ouvrage que l’on pesait trĂšs sĂ©rieux, une lĂ©gĂšretĂ© proche du genre opĂ©ra-comique de demicaractĂšre dont le Gounod pas encore rĂ©ellement cĂ©lĂ©brĂ©, avait la clĂ©. Avec la prĂ©sence des dialogues, le drame gagne en clartĂ© et prĂ©cision. Quand la version actuelle de 1869 fait se succĂ©der des tableaux et des situations pas toujours trĂšs progressifs. On y perd certes l’air du Veau d’or de Mephisto pour celui plus ancien et presque rafraĂźchissant de « MaĂźtre ScarabĂ©e ».

Le Choeur de la radio flamande convainc quelle que soit la figure concernée : jeunes filles candides ou soldats juvéniles.
L’orchestre (Les Talens Lyriques) s’applique, dĂ©taille, reste efficace, mais parfois sonne Ă©trangement pompier dans les tutti, couvre la voix (ThulĂ©), 
 sans jamais donner le vertige fantastique et romantique que l’on attend. La direction est sĂšche, tendue, nerveuse certes mais sans chair. Strictement narrative. Ombres, vertiges romantiques d’un Gounod wagnĂ©rien, sont Ă©vacuĂ©s
 Ici importent la clartĂ©, le souci du dĂ©tail, la perfection de la mis en place : une « objectivité » parfois droite et dĂ©sincarnĂ©e. Germanisme subtil, entre Wagner et Mendelssohn, brillant et Ă©lĂ©gant (oĂč les valses soulignent les temps forts de l’action dramatique et psychologique), Gounod mĂ©rite plus de nuances, d’élans roboratifs, de fluiditĂ© incarnĂ©e.
L’impression gĂ©nĂ©rale reste celle d’une lecture appliquĂ©e, parfois maniĂ©rĂ©e, scrupuleuse, qui manque de souffle, de rĂ©els vertiges, de sincĂ©ritĂ©. Trop d’artifice, de gestes mĂ©ticuleux au dĂ©triment de la vĂ©ritĂ© plus immĂ©diate du drame.

CĂŽtĂ© plateau vocal, dĂ©tachons le timbre mĂ©tallique et nasillard, pincĂ© et sans tendresse du Faust de Benjamin Bernheim, mais avec une intelligibilitĂ© intĂ©ressante. Qu’il est plaisant de comprendre le texte, c’est Ă  dire de ne rien perdre des nuances poĂ©tiques du livret, donc des accents spĂ©cifiques du chant orchestral qui l’enveloppe.
Truculent, lĂ©ger, savoureux et comme amusĂ© entre facĂ©tie et sĂ©duction, l’excellent baryton Andrew Foster-Williams s’impose : son jeu naturel contraste avec le timbre tendu, dĂ©vorĂ© du Faust de B Berheim. De ce point de vue la caractĂ©risation des caractĂšres est parfaite.
Valentin dĂ©pourvu de son superbe air (« Avant de quitter ces lieux » dont le superbe motif s’entend dĂšs l’ouverture), Jean-SĂ©bastien Bou s’impose par sa prĂ©sence dramatique.
Juliette Mars en Siebel maĂźtrise moins l’intelligibillitĂ© de son texte, avec des aigus tirĂ©s, tendus, vibrĂ©s (air « FaĂźtes lui mes aveux », dĂ©but acte II). La Marguerite de VĂ©ronique Gens dĂ©fend un souci du texte plus maĂźtrisĂ© (Air du roi de ThulĂ©), entre noblesse et naturel, un sens des nuances Ă©vident que contredit en arriĂšre plan, un orchestre surexposĂ© et hypernerveux aux accents appuyĂ©s
 dommage. Mais que de distinction efface la pure jeune fille pour une conception plus mĂ»re du personnage, trĂšs « princesse incognito » dans une piĂšce de thĂ©Ăątre.

Justement, dialogues et rĂ©cits sont restituĂ©s dans un style thĂ©Ăątral, mais avec une rĂ©verbĂ©ration Ă©trange voire hors sujet pour la scĂšne lyrique. Tous les caractĂšres et leurs situations semblent se dĂ©rouler dans le mĂȘme lieu : Ă©glise ou vaste caverne, au volume rĂ©sonnant, Ă©cartant l’intimisme des scĂšnes pourtant plus psychologiques.

Notre rĂ©serve concerne le choix artistique des sĂ©quences prĂ©sentĂ©es : s’il s’agit non pas d’un « premier Faust » mais d’un « autre Faust », il eut Ă©tĂ© moins frustrant d’écouter aux cĂŽtĂ©s des « premiers airs » conçus par le Gounod de 1859, ceux plus tardifs de 1869 mais si beaux et si populaires ; pertinente sur le plan documentaire (pour les spĂ©cialistes), une telle production pour le disque, prĂ©sentant et les airs originels, et ceux plus tardifs, eut Ă©tĂ© « idĂ©ale ». Car ne pas entendre les airs du Veau d’or ou de Valentin crĂ©e un manque absolu. D’oĂč l’impression globale de cette « autre » version : originelle certes, juvĂ©nile, thĂ©Ăątralement plus riche
 mais moins aboutie.

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gounod faust rousset gens palazzetto critique cd classiquenews review critique opera classiquenews bernheim gens bou rousset talens lyriques critique classiquenewsCD, critique. GOUNOD : FAUST (1859). Foster-Williams, Bernheim, Gens / Talens Lyriques (3 cd Palazzetto Bru Zane, juin 2018). OpĂ©ra-comique en 4 actes – livret de Jules Barbier et Michel CarrĂ©, d’aprĂšs Goethe – Version premiĂšre ou « originelle » crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre-Lyrique le 19 mars 1859.

Faust : Benjamin Bernheim
Marguerite : VĂ©ronique Gens
MéphistophélÚs : Andrew Foster-Williams
Valentin : Jean-SĂ©bastien Bou
Siébel : Juliette Mars
Dame Marthe : Ingrid Perruche
Wagner : Jean-SĂ©bastien Bou

Choeur de la Radio flamande
Direction : Martin Robidoux
Les Talens Lyriques / dir : Ch Rousset

Enregistrement réalisé en juin 2018.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Autres livre cd  GOUNOD / Collection “OpĂ©ra français, Palazzetto Bru Zane, prĂ©sentĂ©s / critiquĂ©s sur CLASSIQUENEWS.COM :

 

 

gounod cinq mars cd opera critique review account of classiquenews ulf schirmer mathias videl veronique gens cd 1507-1Livre cd, compte rendu critique. GOUNOD : Cinq-Mars, 1877. Vidal, Gens, Christoyannis, 
 (2 cd 2015). DĂšs l’ouverture, les couleurs vĂ©nĂ©neuses, viscĂ©ralement tragiques, introduites par la couleur tĂ©nue de la clarinette dans le premier motif, avant l’implosion trĂšs wĂ©bĂ©rienne du second motif, s’imposent Ă  l’écoute et attestent d’une lecture orchestralement trĂšs aboutie. Du reste l’orchestre munichois, affirme un bel Ă©noncĂ© du mystĂšre Ă©voquĂ©, Ă©clairĂ© par une clartĂ© transparente continue, qui quand il ne sature pas dans les tutti trop appuyĂ©s, se montre d’une onctuositĂ© dĂ©lectable. Tant de joyaux dans l’écriture Ă©clairent la place aujourd’hui oubliĂ©e de Charles Gounod dans l’éclosion et l’évolution du romantisme français. Et en 1877, Ă  l’époque du wagnĂ©risme envahissant, (le dernier) Gounod, dans Cinq-Mars d’aprĂšs Vigny, impose inĂ©luctablement un classicisme Ă  la française qui s’expose dans le style et l’élĂ©gance de l’orchestre (premiĂšre scĂšne : Cinq-Mars et le chƓur masculin). D’emblĂ©e c’est le style trĂšs racĂ© de la direction (nuancĂ© et souple Ulf Schirmer), des choristes (excellentissimes dans l’articulation d’un français Ă  la fois dĂ©licat et parfaitement intelligible) qui Ă©claire constamment l’écriture lumineuse d’un compositeur jamais Ă©pais, orchestrateur raffinĂ© (flĂ»te, harpe, clarinette, hautbois toujours sollicitĂ©s quand le compositeur dĂ©veloppe l’ivresse enivrĂ©e de ses protagonistes).

 

 

tribut de zamora gounod cd critique par classiquenews concert munich compte rendu de classiquenewsCD, critique. GOUNOD : Le Tribut de Zamora 1881. Livre, 2 cd, BRU ZANE, collection « OpĂ©ra français » / French opera / H. Niquet. 2018, annĂ©e musicale riche. De Debussy Ă  Gounod, le gĂ©nie français romantique et moderne sort du bois et est plus ou moins honorablement servi par les institutions et initiatives privĂ©es. Ainsi cet enregistrement de l’opĂ©ra de Gounod, oubliĂ©, Ă©cartĂ© depuis sa crĂ©ation, Le tribut de Zamora qui renaĂźt par le disque aprĂšs avoir occupĂ© l’affiche munichoise (janvier 2018). Idem pour un Cinq Mars lui aussi mĂ©connu, oubliĂ©, ressuscitĂ© Ă  Munich
en 2015.
A Paris, on se souvient des rĂ©cents Faust (Bastille), Nonne Sanglante (OpĂ©ra-Comique)
 alors que RomĂ©o et Juliette tarde Ă  revenir Ă  Paris, – quand l’OpĂ©ra de Tours en avait offert une sublime production, voici donc ce Zamora, espagnolade et peinture d’histoire, Ă  l’efficacitĂ© dramatique indĂ©niable, et aux joyaux mĂ©lodiques et orchestraux, irrĂ©sistibles. Dans cette Espagne du XĂš, marquĂ© par la prĂ©sence arabe, le compositeur joue avec finesse de l’orientalisme colorĂ©, sensuel dont use et abuse avec un gĂ©nie de l’harmonie, son contemporain et peintre (d’Histoire), GĂ©rĂŽme.

Faust Symphonie de Liszt (1854)

FRANCE, MUSIQUE, Dim 14 avril 2019, 16h. FAUST-SYMPHONIE, LISZT. La Tribune des critiques de disque questionne l’Ɠuvre clĂ© de Franz Liszt, composĂ©e en 1854 Ă  43 ans. Le virtuose au piano impose son gĂ©nie de la couleur et de la construction orchestrale dans cet ample poĂšme symphonique avec tĂ©nor, crĂ©Ă© Ă  Weimar en 1857, structurĂ© en 3 portraits psychologiques qui campent dĂ©sirs et agissements des 3 protagonistes du mythe crĂ©Ă© par Goethe : Faust, Marguerite, MĂ©phistophĂ©lĂšs.

 
 
 

Les 3 visages d’un mythe / Faust en triptyque
Liszt : l’orchestre psychologique

 
 
 

LIVRES. Liszt, "premier de son siĂšcle"

 
 
 

Un point de vue cinĂ©matographique d’une modernitĂ© absolue qui campe le regard de chacun sur les enjeux d’une mĂȘme situation. Liszt s’inspire du Fauts de Berlioz car ce dernier lui a rĂ©vĂ©lĂ© la force du sujet. La vision psychologique de Liszt permet Ă  l’orchestre d’exprimer ce en quoi chacun des personnages est liĂ© aux autres , avec musicalement le principe des motifs rĂ©pĂ©tĂ©s d’une partie Ă  l’autre et qui se rĂ©pondent en reliant les rĂŽles (et assumant de fait la cohĂ©sion interne de la partition tripartite). Liszt ajoute chez MĂ©phistophĂ©lĂšs un chƓur d’hommes et la voix du tĂ©nor solo qui cĂ©lĂšbre (avant Wagner et son Tristan de 1865), l’éternel fĂ©minin, comme source de rĂ©demption. Ainsi, ce labyrinthe des passions (et manipulations) terrestres s’accomplit par l’apothĂ©ose finale, un volet spirituel qui Ă©videmment cite aussi l’architecture de la Damnation de Faust de Berlioz (laquelle s’achĂšve par l’apothĂ©ose de Marguerite). Liszt dĂ©die son Faust Ă  ce dernier.
Le chant orchestral dessine ainsi le portrait de Faust (le plus long, le plus complexe, tiraillĂ© par ses dĂ©sirs et sa clairvoyance, espoir et renoncement, mais l’épreuve essentielle demeure l’amour dont la force donne finalement le sens de sa vie) ; ensuite Marguerite dont le thĂšme innocent et angĂ©lique est Ă©noncĂ© au hautbois solo : andante soave, puis – quand Marguerite succombe Ă  Faust-, soave con amore. Enfin MĂ©phistophĂ©lĂšs, qui niant tout, ne crĂ©ant rien, dĂ©forme et caricature tous les thĂšmes de sa victimes dont il se nourrit. Le volet est un vaste rire et ricanement, grimaçant et vide ; mais Ă  la fin par le choeur d’hommes et le tĂ©nor solo, c’est marguerite qui a triomphĂ© ; son amour pur a conquis l’ñme de Faust, au dĂ©triment de toutes les intrigues du diable. 
 
 
 
 
 

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logo_france_musique_DETOUREFRANCE, MUSIQUE, Dim 14 avril 2019, 16h. FAUST-SYMPHONIE, LISZT. La Tribune des critiques de disque questionne l’Ɠuvre clĂ© de Franz Liszt, composĂ©e en 1854 Ă  43 ans: un sommet de l’inspiration symphonique et romantique qui tout en s’inspirant du Faust de Berlioz, renouvelle totalement la conception architecturale de l’édifice orchestral.

 
 
 
 
 
 

COMPTE-RENDU, opéra. MARSEILLE, Opéra, le 19 février 2019. GOUNOD : Faust. BORRAS, COURJAL. L FOSTER / N DUFFAUT.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. MARSEILLE, OpĂ©ra, le 19 fĂ©vrier 2019. GOUNOD : Faust. BORRAS, COURJAL. L FOSTER / N DUFFAUT. À reprise d’une production, reprise d’une introduction sur une Ɠuvre qui ne bouge pas, mĂȘme remuĂ©e des remous qui accueillirent Ă  Avignon cette mise en scĂšne de Nadine Duffaut, certes, dĂ©rangeante, hĂ©sitant entre symbolisme et rĂ©alisme, mais jamais indiffĂ©rente. À Marseille, au rĂŽle de Wagner prĂšs, c’est la distribution qui est renouvelĂ©e.

 
 
 

L’OEUVRE : Diables d’hommes

 

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Sur l’homme vendant son Ăąme au diable contre l’amour d’une jeune femme, l’Espagne connaissait dĂ©jĂ  quelques piĂšces de thĂ©Ăątre,El esclavo del demonio (1612), ‘L’esclave du dĂ©mon’, de Mira de Amescua et, entre autres plus tardives, El mĂĄgico prodigioso, ‘La magicien prodigieux’ (1637) [1] de Pedro CalderĂłn de la Barca, inspirĂ©e de la lĂ©gende des saints Cyprien et Justine, martyrs d’Antioche, IIIe siĂšcle : pour l’amour de la jeune chrĂ©tienne, le jeune savant paĂŻen, qui s’interrogeait sur le pouvoir absolu d’un Dieu unique contre la pluralitĂ© dissolue du panthĂ©on des dieux antiques, signe un pacte avec le Diable. C’est aux Ă©crivains allemands du Sturm und Drang, dont Herder, Schiller et Goethe, fĂ©rus de culture espagnole antidote au classicisme français, que l’on doit le renouveau de l’intĂ©rĂȘt pour la poĂ©sie du SiĂšcle d’Or espagnol (GƓthe en adaptera des poĂšmes) et son thĂ©Ăątre, dont s’abreuvera aussi Hugo.

Il est probable que GƓthe y ait puisĂ©, pour sa fameuse tragĂ©die, l’enjeu de la femme dans le pacte avec le diable, Ă©tant absente dans le livre source, Historia von Dr. Johann Fausten dem weitbeschreyten Zauberer und SchwarzkĂŒnstler
,couramment appelĂ© Faustbuch, ‘le Livre de Faust’, paru Ă  Francfort en 1587.Ce recueil populaire s’inspirait des lĂ©gendes tĂ©nĂ©breuses entourant le rĂ©el Docteur Johann Georg Faust (1480-1540), alchimiste allemand, astrologue, astrologue, nĂ©croman, c’est-Ă -dire magicien. Un MusĂ©e lui est consacrĂ© Ă  Knittlingen, sa ville natale.

La science rationnelle moderne, n’était pas encore sortie de la gangue des sciences occultes dans lesquelles, astrologue et astronome confondus, dans les secrets encore incomprĂ©hensibles, on voit souvent, par crainte et superstition, la main, la griffe du diable. Ainsi, la mort du savant Docteur Faust en 1540, dans une explosion due sans doute Ă  ses recherches chimiques ou alchimiques, passera pour le rĂ©sultat de ses expĂ©riences diaboliques, du pacte qu’il aurait passĂ© avec le Diable, signĂ© de son sang, pour retrouver la jeunesse sinon l’amour. [2]

Ce livre, qui sera aussi traduit avec succĂšs en français en 1598, sera adaptĂ©, d’aprĂšs la traduction anglaise, par Christopher Marlowe dans sa piĂšce La Tragique Histoire du Docteur Faust (1604) et, donc, deux siĂšcle aprĂšs, pa Johann Wolfgang von GƓthe dans son premier Faust(1808), qui fixera dans l’imagerie romantique, la touchante figure de Marguerite au rouet : sĂ©duite, enceinte, abandonnĂ©e, matricide, infanticide enfin : condamnĂ©e Ă  mort, et refusant d’ĂȘtre sauvĂ©e avec la complicitĂ© de MĂ©phistophĂ©lĂšs, pour le salut de son Ăąme.Son contemporain, Gotthold Ephaim,avait aussi commencĂ©, sans l’achever, une piĂšce sur Faust en 1759.

Berlioz avait reprĂ©sentĂ© Ă  Paris, sans guĂšre de succĂšs, en 1846, La Damnation de Faust [3] d’aprĂšs la cĂ©lĂšbre piĂšce de Goethe traduite en 1828 par GĂ©rard de Nerval: « Pour la ‘Chanson du rat’,il n’y avait pas un chat dans la salle », constatera cruellement Rossini. RuinĂ©, Berlioz s’exile. Gounod sera plus heureux. HantĂ© par le thĂšme, gratifiĂ© du bon livret que lui Ă©crivit Jules Barbier, la contribution de Michel CarrĂ©, auteur d’un drame intitulĂ© Faust et Marguerite, se limitant Ă  l’air du Roi de ThulĂ© et Ă  la ronde du veau d’or, deux beaux textes, il est vrai. AprĂšs des remaniements, l’opĂ©ra triompha en 1859, et rivalise en popularitĂ© dans le monde avec la Carmen de Bizet.

 
 
 
 
 
 

REALISATION

 
 
 

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Vaste demeure dĂ©vastĂ©e de l’hiver d’une vie Ă  vau-l’eau : vanitĂ© des vƓux, des rĂȘves du savoir, des souvenirs Ă©vanouis Ă  l’heure des bilans, des faillites, quand les regrets remplacent les projets. VautrĂ©, avachi sur un immense prie-Dieu, un lit, dont la traverse est une croix, qui se multiplie en ombres, le vieux Docteur Faust se lamente avant d’ĂȘtre relayĂ© par le jeune, vivifiĂ© par le pacte de sang ou transfusion sanguine, salvateur Ă©lixir de jouvence, dont le garrot Ă©lastique devient, comme un crachat, lance-pierre offensif d’un chenapan MĂ©phisto contre une effigie christique.

Efficace scĂ©nographie unique d’Emmanuelle Favre dans des clair-obscur, au sens prĂ©cis du terme, mĂ©lange de lumiĂšre et d’ombre Ă  la Rembrandt, virant parfois aux contrastes rasants caravagesques (lumiĂšres de Philippe Grosperrin), qui arracheront Ă  la pĂ©nombre les tĂȘtes d’une foule de spectres goyesques, cauchemar plein de choses inconnues, funĂšbre carnaval Ă©mergeant, surgissant des trappes, sinon des enfers, des arriĂšre-fonds, des bas-fonds de l’ñme sans doute, comme un retour du refoulĂ©. Surplombant la scĂšne, thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, une autre scĂšne ou tableau : un Christ de profil au regard douloureux sur ce monde, tĂ©moin apparemment aussi impuissant que le vieux Faust omniprĂ©sent rĂȘvant ou revoyant sa vie au moment de sa mort, apparaissant ponctuellement dans le cadre, ainsi que divers personnages, dont le thĂ©Ăątral MĂ©phistophĂ©lĂšs. RĂȘve ou mirage, Marguerite est projetĂ©e en immense portrait.

Plafond effondrĂ©, tout est terreux, ruineux, grisĂątre, brunĂątre, ainsi que les costumes (GĂ©rard Audier) ; le seul Ă©clat sera celui de Marguerite, toute fraĂźche en robe vichy bleu Ă  la Brigitte Bardot des annĂ©es 60, apparemment seule vivante dans ce monde fantomatique, escortĂ©e de Dame Marthe, plus rieuse que pieuse, impĂ©rieuse, en austĂšre tailleur noir. Une marionnette gĂ©ante descendant des cintres de la manipulation diabolique symbolise la jeune fille. Le Faust jeune, aura l’éclat d’une chemise blanche sur ses jeans et MĂ©phisto, en blouson de cuir, arbore des souliers rouges et non des pieds de bouc comme signe de son origine, comme le coffre et non coffret des bijoux, dont on s’étonne que Gretchen, Margot, ne l’ait pas vu du premier coup d’Ɠil tant il accapare abusivement l’espace et la vue. Pas de rouet mais un nĂ©cessaire de couture de jeune fille de ce temps, pliĂ©e aux travaux de mĂ©nage et d’aiguille. Jolie trouvaille, le bracelet dont se pare la jeune fille est vraiment « une main qui sur [son] bras se pose », surgie magiquement de la marionnette diabolique. C’est la poupĂ©e mĂ©canique, menaçante, de l’univers fantastique des Contes romantiques d’Hoffmann par la manipulation du Diable.

Sur les murs lĂ©preux, des projections de vagues fleurs —pas forcĂ©ment heureuses dĂ©jĂ  Ă  Avignon, et encore moins dans le vaste plateau marseillais qui les dilue—figurent un invraisemblable jardin et l’invisible bouquet d’un jeune Siebel masculin Ă©clopĂ©, expliquant sans doute sa rĂ©forme, il ne part pas Ă  l’armĂ©e ; plus dramatiquement parlantes, celles d’actualitĂ©s cinĂ©matographiques de nĂ©buleux soldats coloniaux du retour des troupes qui (dĂ©)chanteront une gloire discutable des aĂŻeux dont la mise en scĂšne de Nadine Duffaut, loin de donner dans le clichĂ© de la guerre jolie, montre la vĂ©ritĂ©, les blessĂ©s, les estropiĂ©s, les gueules cassĂ©es, les morts : sous le regard du Christ semblant regarder de biais et non de front le monde, sous l’écrasante croix, on se pose inĂ©vitablement la question de ce « Dieu bon » que priera Marguerite Ă  la fin qui permet cet enfer sur terre, autorise finalement ce DĂ©mon tout puissant, encore que terrassĂ© parfois comme un vampire par l’ombre ou la lumiĂšre de la croix qui le crucifie. Sous le dĂ©tail, dĂ©coratif en apparence, on retrouve l’humanitĂ© inquiĂšte, militante et non militaire, de Nadine Duffaut.

En somme, refusant le faste facile, nĂ©faste souvent au drame, la mise en scĂšne propose une lecture nouvelle de cette tragĂ©die, parlant plus Ă  l’esprit que sĂ©duisant les yeux.

 
 
 

INTERPRETATION

 
 
 

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D’emblĂ©e, on est captĂ© par le rythme, sans concession aux « numĂ©ros » que le public attend pour applaudir, qu’impose Lawrence Foster Ă  la partition. On a la sensation de redĂ©couvrir cette Ɠuvre usĂ©e de trop d’usage et d’habitudes paresseuses : une rigueur diabolique qui gomme les Ă©mollients clichĂ©s romantiques et, malgrĂ© les parenthĂšses obligĂ©es d’amour et de rĂȘve du jardin, depuis le dĂ©but, tout semble courir, concourir, dans la fiĂšvre, Ă  la course finale Ă  l’abĂźme au galop haletant mĂ©phistophĂ©lique. Une conception globale perceptible malgrĂ© la longueur de l’Ɠuvre. Et tout cela sans rien sacrifier au dĂ©tail. Dans la « SĂ©rĂ©nade » de MĂ©phistophĂ©lĂšs, on croit entendre les rires, les railleries des instruments qui nous font soupçonner que Gounod n’ignorait pas le persiflage instrumental du « Catalogue » de Leporello dans le Don Giovanni de Mozart dont son amie Pauline Viardot avait sans doute pu lui passer la partition qu’elle avait achetĂ©e. En tous les cas, on sent, dans cette interprĂ©tation magistrale toute la finesse mozartienne loin des pesanteurs orchestrales Ă  la mode romanticoĂŻde. La scĂšne de l’église est angoissante avec cet orgue lointain et menaçant (FrĂ©dĂ©ric Isoletta) dont les vagues ondes semblent avancer pour engloutir Marguerite.

Les chƓurs (Emmanuel Trenque), peut-ĂȘtre dĂ©shumanisĂ©s par les masques, trouvent alors leur pleine humanitĂ© par la musique et ils sont saisissants : les reproches Ă  leur hĂ©ros Valentin incapable de pardonner en mourant Ă  sa sƓur sont bouleversants d’une vĂ©ritĂ© morale, humaine et religieuse, qui dĂ©passe leur apparence spectrale.

À certains moments de liesse populaire ou sensuelle, entre ciel et terre, trois acrobates semblent dĂ©fier la pesanteur d’ici-bas.

Le baryton Philippe Ermelier qui figurait dans la production d’Avignon, confirme avec bonheur ce que j’en disais : c’est un solide Wagner de taverne digne compagnon sinon d’embauche guerriĂšre, de bamboche, de dĂ©bauche de biĂšre ou vin qui hĂ©sitera moins entre les deux boissons qu’il ne les alternera. OriginalitĂ© de cette mise en scĂšne, le pĂ©nible aujourd’hui rĂŽle travesti de SiĂ©bel, dĂ©volu Ă  un mezzo lĂ©ger, est rendu Ă  sa vĂ©ritĂ© thĂ©Ăątrale de jeune homme amoureux : KĂ©vin Amiel bien qu’affublĂ© d’une prothĂšse d’éclopĂ© —sans doute blessure de quelque aventure militaire qui montre que la guerre est bien contre toute Ă©thique et esthĂ©tique, contre la morale, la bontĂ©, la beautĂ©. Il est jeune, touchant, voix ronde de tĂ©nor de toutes les tendresses et dĂ©licatesses du cƓur et il incarne, dans une vĂ©ritĂ© immĂ©diate et sensible, l’amour dĂ©sintĂ©ressĂ©, la comprĂ©hension, la compassion humaine et chrĂ©tienne envers la Marguerite rejetĂ©e par la communautĂ©.

ÉlĂ©ment de comĂ©die, d’opĂ©ra-bouffe, Dame Marthe, savoureuse, voluptueuse, veuve vite joyeuse, sous l’uniforme trop Ă©troit de la duĂšgne austĂšre, vite maquerelle, faisant couple, sinon accouplĂ©e au fuyant MĂ©phisto qui ne succombe pas Ă  la tentation, tentĂ© sans doute par d’autres types d’amours comme semble le suggĂ©rer le pluri-sexe Walpurgis, est campĂ©e avec une vivacitĂ© aiguĂ« par la piquante mezzo Jeanne-Marie LĂ©vy.

Le baryton Étienne Dupuis, a tout l’hĂ©roĂŻsme de Valentin, voix aussi large et gĂ©nĂ©reuse qu’il le sera peu pour sa sƓur, par ailleurs trĂšs expressif, effrayant et sans compassion en maudissant Marguerite comme le fera MĂ©phisto.

Celui-ci, c’est Nicolas Courjal (photo ci dessus): il mĂšne le bal, et danse, se dandine mĂȘme au son de ce transistor dont il tente, par la magie rĂ©volutionnaire de l’appareil, de tenter le vieux Faust dont les Ă©lucubrations de toute une vie n’auront pas suffi Ă  crĂ©er ou imaginer cette merveille, ce miracle technologique. Il est un sacrĂ© diable facĂ©tieux, espiĂšgle, qui Ă©pingle les ridicules de certains, diablement sĂ»r de lui, sauf des faiblesses Ă  la Croix, jouant des mains et des doigts comme on aspergerait les dĂ©vots d’une eau bĂ©nite, maudite plutĂŽt, infernale. La tessiture est tendue, surtout dans le « Veau d’or » mais il s’en tire avec aisance, retrouvant des creux de graves infernaux Ă  sa mesure. En moine blanc, dans la remarquable scĂšne de l’église contre Marguerite, plus de plaisanterie : c’est le DĂ©mon dans une atroce volontĂ© de destruction de la frĂȘle jeune femme.

Celle-ci est incarnĂ©e par Nicole Car : elle a une saine vitalitĂ©, un sourire rayonnant, un regard solaire, qu’on imagine mal en gĂ©nĂ©ral pour la fragile hĂ©roĂŻne romantique des froideurs nordiques mĂȘmes rĂ©chauffĂ©es par un Diable mutin. Ses exclamations de joie « Ah, je ris
 », elle ne les donne pas en fines notes piquĂ©es de la glotte, toujours dangereuses pour l’organe, mais d’une voix large moins de jeune fille que de femme prĂȘte, sinon Ă  croquer les diamants, Ă  dĂ©vorer la vie qu’elle dĂ©couvre avec enthousiasme. Cette soliditĂ© prend un sens tragique dans la scĂšne grandiose de l’église oĂč elle affronte le dĂ©mon dans l’ombre, opposant la force de sa foi Ă  la puissance infernale et sa priĂšre qui clĂŽt l’épisode est dĂ©jĂ  la victoire qui annonce celle de son hymne final : « Anges pures, anges radieux
 »

Marguerite accouche

Autre signe de l’humanisme rĂ©aliste de Nadine Duffaut, on voit Marguerite enceinte, ce qui est dissimulĂ© toujours, Ă  peine dit par de plus pudiques que pieuses allusions : mais c’est la rĂ©alitĂ© de son drame. Des spectateurs se sont offusquĂ©s de la voir accoucher, aidĂ©e par la compassionnelle Marthe, aprĂšs la malĂ©diction du frĂšre. Mais cet enfant qu’elle noiera, qui lui vaudra sa condamnation Ă  mort, occultĂ©e ici celle de sa mĂšre, semble ĂȘtre parti avec l’eau du bain de la pudibonderie qui, pour oraison funĂšbre, ne lui concĂšde qu’une rapide phrase de Faust, alors que c’est le cƓur de la banale et triviale tragĂ©die de la fille sĂ©duite et abandonnĂ©e.

Deux Faust

L’un des problĂšmes du thĂ©Ăątre, c’est sans doute la prĂ©sentation d’un personnage Ă  deux Ăąges de sa vie, doublĂ© ici par la difficultĂ© que la mĂ©tamorphose se fait Ă  vue. Loin de grimer et de dĂ©grimer ostensiblement le vieil hĂ©ros prĂȘt Ă  se faire une injection mortelle de drogue et piquĂ© sans doute Ă  l’élixir de vie par MĂ©phisto de ce mĂȘme sang de la signature du pacte infernal, Nadine Duffaut a optĂ© pour deux Faust, le vieux,c’est Jean-Pierre Furlan, dont la voix toujours juvĂ©nile anticipe sur sa nouvelle jeunesse infernale. Il est Ă©mouvant dans ses regrets et adieu Ă  la vie, Faust encore sans faute, qui restera sur scĂšne en tĂ©moin accablĂ© de son pacte fautif sous le regard d’un Christ douloureux, sous l’ombre portĂ©e de la croix, poids de son pĂ©chĂ©, Ă©ternel stigmate de sa damnation, ou rĂ©demption par ce regard qui semble le hanter dans ce thĂ©Ăątre des ombres du monde. C’est sĂ»rement l’une des rĂ©ussites de cette audacieuse mise en scĂšne : ce regard rĂ©trospectif Ă  la fin de la vie, Ă  l’heure cruellement lucide des bilans. Et soudain, sans solution de continuitĂ©, c’est le jeune Faust qui surgit, insolent et insultant de jeunesse moins physique que vocale, encore qu’un peu empĂȘtrĂ© dans sa corpulence mal fagotĂ©e dans un blouson de teenager d’un joyeux luron avide de rattraper le temps perdu, Ă  corps perdu. Dans ce sens, on comprend, en contrepoint physique maillĂ©e, Ă©maillĂ©e de ces acrobates du plus bel effet graphique, perchĂ©s sur la croix du prie-Dieu devenu lit de dĂ©bauche multi-libertine pour un heureux Faust repu plus qu’en repos.

La voix de Jean-François Borras est ronde, onctueuse, souple, d’une Ă©gale qualitĂ© dans tous ses registres, suavement triomphante dans l’aigu dĂšs l’effet mĂ©phistophĂ©lique non mĂ©phitique mais bĂ©nĂ©fique de MĂ©phisto. Et voilĂ  notre vieillard savant, oublieux des grands mystĂšres du monde qui faisaient sa sublime ambition, qui chante, tout guilleret, un couplet digne d’un Ă©picurien et contemporain bourgeois d’Offenbach, BrĂ©silien ou Baron, qui borne, ou au contraire chante une insatiable ambition trĂšs Second Empire, « s’en fourrer jusque-lĂ  », avide de plaisirs terrestres et non plus spirituels ou intellectuels :

À moi, les plaisirs,

Les jeunes maĂźtresses,

À moi leurs caresses [
]

Et la folle orgie

Du cƓur et des sens.

Un Faust bourgeois plus physique que métaphysique.

 
 
 

[1] J’ai adaptĂ© cette piĂšce sous le titre de Faust vainqueur ou le procĂšs de Dieu Ă  la demande du metteur en scĂšne AdĂĄn Sandoval.

[2] Sur les divers Faust, je renvoie Ă  mon livre Figurations de l’infini. L’ñge baroque europĂ©en, Prix de la prose et de l’essai 2000, le Seuil, 1999, « De Dieu le PĂšre au PĂšre-Dieu », « La fin des thaumaturges », p.389-399.

[3] Berlioz ne devait pas ignorer la piĂšce de CalderĂłn, si admirĂ© par Wagner qui dit, dans une lettre Ă  Liszt, qu’il le lit pour maintenir l’inspiration de son Tristan. En tous les cas, l’invocation Ă  la nature de son Faust est trĂšs proche de la tirade lyrique de Cyprien dĂ©couvrant sa puissance diabolique dans Le Magicien prodigieux. Cf mon livre, Figurations de l’infini, op. cit. , p. 398.

 
 
 
 
 
 

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Faust de Gounod Ă  l’OpĂ©ra de Marseille
Coproduction Opéra Grand Avignon / Opéra de Marseille / Opéra de Massy / Opéra Théùtre Metz Métropole / Opéra de Nice / Opéra de Reims
A l’affiche les 10, 13, 16, 19, 21 fĂ©vrier 2019

Direction musicale: Lawrence FOSTER
Mise en scĂšne: Nadine DUFFAUT
DĂ©cors: Emmanuelle FAVRE
Costumes: GĂ©rard AUDIER
LumiĂšres: Philippe GROSPERRIN

Marguerite: Nicole CAR
Marthe: Jeanne-Marie LEVY

Faust: Jean-François BORRAS
Vieux Faust: Jean-Pierre FURLAN
MéphistophélÚs: Nicolas COURJAL
Valentin: Étienne DUPUIS
Wagner: Philippe ERMELIER
Siebel: KĂ©vin AMIEL

Orchestre et ChƓur de l’OpĂ©ra de Marseille

Photos : Christian Dresse
Les deux Faust ;
MĂ©phisto ;
Combat e Marguerite contre le DĂ©mon.

 
 
 
 
 
 

Compte-rendu, opéra. LIEGE, Opéra, le 25 janv 2019. Gounod : Faust. Patrick Davin / Stefano Poda.

Compte-rendu, opĂ©ra. LiĂšge, OpĂ©ra, le 25 janvier 2019. Gounod : Faust. Patrick Davin / Stefano Poda. CrĂ©Ă©e en 2015 Ă  Turin, la production de Faust imaginĂ©e par Stefano Poda a dĂ©jĂ  fait halte Ă  Lausanne (2016) et Tel Aviv (2017), avant la reprise liĂ©geoise de ce dĂ©but d’annĂ©e. Un spectacle Ă©vĂ©nement Ă  ne pas manquer, tant l’imagination visuelle de Poda fait mouche Ă  chaque tableau au moyen d’un immense anneau pivotant sur lui-mĂȘme et revisitĂ© pendant tout le spectacle Ă  force d’Ă©clairages spectaculaires et variĂ©s. Ce symbole fort du pacte entre Faust et MĂ©phisto fascine tout du long, tout comme le mouvement lancinant du plateau tournant habilement utilisĂ©.

  

 

 

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On ne se lasse jamais en effet des tours de force visuels de Poda, virtuose de la forme, qui convoque habilement une pile dĂ©sordonnĂ©e de livres anciens pour figurer la vieillesse de Faust au dĂ©but ou un arbre dĂ©charnĂ© pour Ă©voquer la sĂ©cheresse de ses sentiments ensuite. TrĂšs sombre, le dĂ©cor minĂ©ral rappelle Ă  plusieurs reprises les scĂ©nographies des spectacles de Py, mĂȘme si Poda reste dans la stylisation chic sans chercher Ă  aller au-delĂ  du livret. Les enfers sont placĂ©s d’emblĂ©e au centre de l’action, Poda allant jusqu’Ă  sous-entendre que le choeur est dĂ©jĂ  sous la coupe de MĂ©phisto lors de la scĂšne de beuverie au I : tous de rouges vĂȘtus, les choristes se meuvent de façon saccadĂ©e, Ă  la maniĂšre de zombies, sous le regard hilare de MĂ©phisto. On gagne en concentration sur le drame Ă  venir ce que l’on perd en parenthĂšse lĂ©gĂšre et facĂ©tieuse.

Plus tard dans la soirĂ©e, Poda montrera le mĂȘme parti-pris frigide lors de l’intermĂšde comique avec Dame Marthe, trĂšs distanciĂ©, et ce contrairement Ă  ce qu’avait imaginĂ© Georges Lavaudant Ă  GenĂšve l’an passĂ© (voir notre compte-rendu : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-geneve-opera-le-3-fevrier-2018-gounod-faust-osborn-faust-plasson-lavaudant/). Le ballet de la nuit de Walpurgis est certainement l’une des plus belles rĂ©ussites de la soirĂ©e, lorsque les danseurs, au corps presque entiĂšrement nu et peint en noir, interprĂštent une chorĂ©graphie sauvage et sensuelle, se mĂȘlant et se dĂ©mĂȘlant comme un seul homme. Les applaudissements nourris du public viennent logiquement rĂ©compenser un engagement sans faille et techniquement Ă  la hauteur. De quoi parachever la vision totale de Stefano Poda, auteur comme Ă  son habitude de tout le spectacle (mise en scĂšne, scĂ©nographie, costumes, lumiĂšres…), mĂȘme si l’on regrettera sa note d’intention reproduite dans le programme de la salle, inutilement prĂ©tentieuse et absconse.

 

faust gounod opera critique opera classiquenews musique classique actus infos opera festival concerts par classiquenews thumbnail_Ensemble--Opra-Royal-de-Wallonie-Lige-3-ConvertImageLe plateau vocal rĂ©uni est un autre motif de satisfaction, il est vrai dominĂ© par un interprĂšte de classe internationale en la personne d’Ildebrando d’Arcangelo, dĂ©jĂ  entendu ici en 2017 dans le mĂȘme rĂŽle de MĂ©phisto (celui de La Damnation de Faust de Berlioz). Emission puissante et prestance magnĂ©tique emportent l’adhĂ©sion tout du long, avec une prononciation française trĂšs correcte. Le reste de la distribution, presque entiĂšrement belge, permet de retrouver la dĂ©licieuse Marguerite d’Anne-Catherine Gillet, meilleure dans les airs que dans les rĂ©citatifs du fait d’une diction qui privilĂ©gie l’ornement au dĂ©triment du sens. Elle doit aussi gagner en crĂ©dibilitĂ© dramatique afin de bien saisir les diffĂ©rents Ă©tats d’Ăąme de cette hĂ©roĂŻne tragique, surtout dans la courte scĂšne de folie en fin d’ouvrage. Quoi qu’il en soit, elle relĂšve le dĂ©fi vocal avec aplomb, malgrĂ© ces rĂ©serves interprĂ©tatives. On pourra noter le mĂȘme dĂ©faut chez Marc Laho, trop monolithique, avec par ailleurs un timbre qui manque de chair. Il assure cependant l’essentiel avec constance, tandis que l’on se fĂ©licite des seconds rĂŽles parfaits, notamment le superlatif Wagner de Kamil Ben HsaĂŻn Lachiri.
Outre un chƓur local en grande forme, on mentionnera la trĂšs belle prestation de l’Orchestre royal de Wallonie, dirigĂ© par un Patrick Davin dĂ©chainĂ© dans les parties verticales, tout en montrant une belle subtilitĂ© dans les passages apaisĂ©s. Un spectacle vivement applaudi en fin de reprĂ©sentation par l’assistance venue en nombre, que l’on conseille Ă©galement chaleureusement.

  

 
 

 

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Compte-rendu, opĂ©ra. LiĂšge, OpĂ©ra de LiĂšge, le 25 janvier 2019. Gounod : Faust. Marc Laho (Faust), Anne-Catherine Gillet (Marguerite), Ildebrando d’Arcangelo (MĂ©phistophĂ©lĂšs), Na’ama Goldman (SiĂ©bel), Lionel Lhote (Valentin), AngĂ©lique Noldus (Marthe), Kamil Ben HsaĂŻn Lachiri (Wagner). Orchestre de l’OpĂ©ra royal de Wallonie, Patrick Davin, direction musicale / mise en scĂšne, Stefano Poda. A l’affiche de l’OpĂ©ra de LiĂšge jusqu’au 2 fĂ©vrier 2019, puis au Palais des Beaux-Arts de Charleroi le 8 fĂ©vrier 2019. Illustrations © OpĂ©ra royal de Wallonie 2019

  

 

 
  

 

 

BERLIOZ 2019 : actualitĂ©s et infos des Ă©vĂ©nements BERLIOZ en 2019 (cd, spectacles…)

berlioz-ODYSSEY-box-set-10-CD-critique-cd-review-cd-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-2019-dossier-BERLIOZ-150-ans-classiquenewsBERLIOZ 2019 : coffrets cd, spectacles
L’annĂ©e BERLIOZ 2019, – cĂ©lĂ©brant le 150Ăš anniversaire de la mort du grand Hector (dĂ©cĂ©dĂ© en mars 1869 Ă  66 ans), le plus « classique » des Romantiques français, plusieurs Ă©diteurs annoncent leurs coffrets discographiques qui sont dĂ©jĂ  des Ă©vĂ©nements en soit, grĂące entre autres Ă  la qualitĂ© de l’édition et au contenu, souvent des enregistrements de grande valeur. Le premier Ă©diteur sur les rangs est le LSO LONDON SYMPHONY ORCHESTRA, pilotĂ© par Sir Colin Davis, premier berliozien en Europe, et qui laisse plusieurs pages symphoniques inoubliables, comme des lectures de Faust, RomĂ©o et Juliette ou BĂ©atrice de premiĂšre qualitĂ© (mĂȘme si les chanteurs ne sont pas français,
 mais subtilement francophiles). Le coffret LSO est paru dĂšs ce mois de novembre 2018 : LIRE ici notre critique et prĂ©sentation de cette somme incontournable (coffret LSO ” BERLIOZ Odyssey “).

CD coffret FANTASTIQUE BERLIOZ WARNER coffret Berlioz 2019 critique presentation cd par classiquenewsWarner classics annonce aussi un remarquable cycle, proposant l’intĂ©grale des Ɠuvres de Berlioz : lĂ  encore des versions de rĂ©fĂ©rence s’agissant des chefs, des orchestres, des chanteurs (entre autres, fleurons rĂ©Ă©ditĂ©s du coffret : la Fantastique et LĂ©lio par Jean Martinon (et Nicolai Gedda), Harold en Italie par Bernstein, RomĂ©o et Juliette par Muti et Jessye Norman ; Les Nuits d’étĂ© par Janet Baker et Sir J Barbirolli ; La Damnation par Nagano (Moser, Graham, van Dam), BĂ©atrice par John Nelson (Kunde, Ciofi, DiDonato
) ; le mĂȘme chef pour Les Troyens (Spyre, DiDonato,
), sans omettre toutes les cantates pour le prix de Rome et les mĂ©lodies (dont la Mort d’OphĂ©ie par Sabine Devielhe, comme des piĂšces pour orgue
 inĂ©dites, et bien sĂ»r La Messe solennelle dĂ©couverte et enregistrĂ©e par Gardiner, et les fragments de La nonne sanglante (1841/1847), lĂ  encore un joyau inconnu enfin rĂ©vĂ©lé  Parution en janvier 2019 (Coffret de 27 cd). Le must de l’annĂ©e 2019 en France. A suivre : prochaine critique complĂšte du coffret BERLIOZ 2019 ( « FANTASTIQUE BERLIOZ ! » ) chez Warner dans le mag cd dvd livres de classiquenews

AGENDA

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CÎté productions berliozienne pour les 150 ans, ne tardez pas pour réservez les spectacles suivants :

Paris, Opéra Bastille
Les Troyens, 28 janv – 12 fev 2019. Nouvelle production

Heureusement Ă  notre avis, l’OpĂ©ra Bastille choisit deux excellentes donc prometteuses interprĂštes : StĂ©phanie d’Oustrac en Cassandre ; Ekaterina Semenchuk en Didon. Chacune a son aimĂ©, ChorĂšbe, mĂąle martial habitĂ© par la grĂące et la tendresse (StĂ©phane Degout) ; Didon aime sans retour EnĂ©e (Bryan Hymel).
Cette nouvelle mise en scĂšne attendue certes, devrait dĂ©cevoir Ă  cause du metteur en scĂšne choisi Dmitri Tcherniakov dont l’imaginaire souvent torturĂ© et trĂšs confus devrait obscurcir la lisibilitĂ© du drame, cherchant souvent une grille complexe, lĂ  oĂč la psychologie et les situations sont assez claires. Son Don Giovanni dont il faisait un thriller familial assez dĂ©routant ; sa Carmen plus rĂ©cente, qui connaissait une fin rĂ©Ă©crite
 ont quand mĂȘme dĂ©concertĂ©. De sorte que l’on voit davantage les ficelles (grosses) de la mise en scĂšne, plutĂŽt que l’on Ă©coute la beautĂ© de la musique. Le contresens est envisageable. A suivre


http://www.classiquenews.com/paris-berlioz-2019-nouveaux-troyens-a-bastille/

APPROFONDIR

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LIRE aussi notre grand dossier BERLIOZ 2019 : ses voyages, ses Ă©pouses et muses, le romantisme de Berlioz, l’orchestre et les instruments de Berlioz


Dossier spécial HECTOR BERLIOZ 2019

Compte rendu, opĂ©ra. PourriĂšres, le 26 juillet 2016 : Faust et Marguerite, Barbier, Terrasse, Offenbach…

Compte rendu, opĂ©ra. PourriĂšres, le 26 juillet 2016 : Faust et Marguerite, Barbier, Terrasse, Offenbach… DIABLERIES A POURRIERES. En changeant ou variant les lieux, mais en gardant la mĂȘme Ă©quipe, du petit cloĂźtre du couvent des Minimes Ă  la Place du ChĂąteau de PourriĂšres ou au ChĂąteau de Roquefeuille, l’OpĂ©ra au Village n’a ni perdu son Ăąme ni sa qualitĂ©. Âme de personnes de qualitĂ© qui ont su animer musicalement un village, fĂ©dĂ©rer des dizaines de bĂ©nĂ©voles depuis plus de dix ans pour faire un rendez-vous obligĂ© de cet endroit, dĂ©sormais dissĂ©minĂ© en trois lieux, la chapelle douillette pour les concerts d’automne et d’hiver et, pour les spectacles d’Ă©tĂ©, la Place, admirable mirador du ChĂąteau, dominant Ă  perte de vue une plaine viticole avec quelques mas arrimĂ©s Ă  un cyprĂšs comme des barques dans la houle des sillons, entre le Montagne Sainte Victoire Ă  l’ouest, la chaĂźne de l’Étoile au sud et, Ă  l’est, les monts AurĂ©liens qui, sans l’Ă©craser, arrĂȘtent le regard et le chemin de la troisiĂšme scĂšne, le beau domaine du ChĂąteau de Roquefeuille.

 

 

 

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Lieux patrimoniaux et patrimoine
Des lieux patrimoniaux pour des spectacles modestes en moyens mais gĂ©nĂ©reux en rĂ©ussite et ardents au travail assidu d’exhumer et rendre vie Ă  des Ɠuvres d’un patrimoine ni pompeux, ni pompier et surtout pas pompant, mais « peuple » : des opĂ©rettes, coquette et tout aussi modeste appellation de ces courtes saynĂštes musicales qui ont fait rire nos arriĂšre grands-parents et nous font, aujourd’hui, sourire par des livrets certes surannĂ©s, mais qui, mine de rien, sont imbus de culture, baignent dans une Ă©rudition musicale alors populaire. En effet, fonder des effets spectaculaires et musicaux sur le pastiche, la caricature Ă  force de citations scĂ©niques ou lyriques d’un original, ici le Faust de Gounod, suppose au moins un fonds culturel commun entre le bourgeois pouvant se permettre le luxe de l’opĂ©ra et le peuple se contentant au mieux du « paradis », le poulailler, ou de la vulgarisation populaire des parodies des vaudevilles oĂč, finalement, toutes les classes pouvaient se retrouver Ă  moindres frais. Une Ă©poque, entre Second Empire, malgrĂ© tout dĂ©jĂ  attentif au peuple, et une TroisiĂšme RĂ©publique dont la grandeur fut de veiller Ă  l’Ă©ducation populaire, qui nous adresse un miroir et ses reflets oĂč s’abĂźme aujourd’hui la rĂ©flexion sur la perte du patrimoine national d’une culture, pour modeste qu’elle paraisse, identitĂ© d’un peuple.
Il me semble donc, sans emphase, nĂ©cessaire de souligner encore que, grĂące Ă  la modeste gentillesse de tous ces bĂ©nĂ©voles et le travail acharnĂ© de l’Ă©quipe artistique, ce qui se passe Ă  PourriĂšres l’air de rien, sans prĂ©tention, est une restauration d’un humble pan de culture perdue.
Avec douze ans de recul, on peut juger, comparĂ©s aux moyens en rien grandioses, les grand rĂ©sultats, le bilan impressionnant de ce festival : quatorze Ɠuvres lyriques, quarante-cinq spectacles, soixante solistes (des jeunes) engagĂ©s pour deux-cent-cinquante-huit chanteurs auditionnĂ©s soigneusement, plus trente-six choristes, trente-sept musiciens, trente cinq concerts. L’action pĂ©dagogique a pu accueillir quatre-cent-quatre-vingt scolaires. Sans oublier mille repas servis aux spectateurs dĂ©sireux de partager ce sympathique moment avant le spectacle, c’est-Ă -dire prĂšs d’un sur dix. Car ce festival, on me pardonnera la redite, allie joyeusement la gastronomie, l’art de la bouche, et l’art de chanter : il mĂ©rite le nom d’opĂ©ra bouffe, Ă  tous les sens plaisants des termes, lyrique et culinaire, qu’on arrose des gĂ©nĂ©reux vins du cru gĂ©nĂ©reusement offerts par des vignerons locaux. D’autant que la solide Ă©quipe artistique qui le prĂ©side, Bernard Grimonet pour la scĂšne, Luc Coadou pour la direction musicale, tout aussi bĂ©nĂ©voles, ont donnĂ© Ă  ce festival l’identitĂ© de brĂšves saynĂštes comiques, bouffesdonc. Avec la complicitĂ© d’Isabelle Terjan qui dirige du piano le petit effectif musical, clarinette, violoncelle, accordĂ©on, ils en assurent Ă©galement les arrangements musicaux dont les partitions sont absentes.

DIABLERIES AU PROGRAMME
Cette annĂ©e, l’OpĂ©ra au Village se donnait, s’adonnait joyeusement au diable, avec deux opĂ©rettes inspirĂ©es du cĂ©lĂšbre opĂ©ra de Charles Gounod, lui-mĂȘme inspirĂ© du fameux Faust de Goethe, dont le facteur commun, un lever de rideau, un Prologue, Ă©tait un extrait de Faust et Marguerite (1868) de FrĂ©dĂ©ric Barbier (1829-1889),prolifique compositeur d’opĂ©rettes bouffes en un acte,sur un texte cocasse de Bernard Grimonet, d’aprĂšs le livret deBumaine et Blondelet. Deux chanteurs devant incarner Faust et Marguerite dans l’opĂ©ra de Gounod, Ă  force de tergiverser, de cabotiner, ratent non seulement la rĂ©pĂ©tition mais leur entrĂ©e en scĂšne, et camouflet Ă  leur vanitĂ© de cabots, sans grand dommage apparemment pour le spectacle puisqu’on apprend que le metteur en scĂšne moderne (clin d’Ɠil de Grimonet), plus que minimaliste, a pu se passer des hĂ©ros Ă  la grande satisfaction du public. On goĂ»te « J’ai cassĂ© ma bretelle  » qui Ă©voque irrĂ©sistiblement «Votre habit a craquĂ© dans le dos  » de l’antĂ©rieure Vie parisienne d’Offenbach (1866) et l’air du maquillage et ses coquettes et cocottantes notes joyeuses des joyaux faustiens. La soprano Claire Baudouin et le tĂ©nor Olivier Hernandez, belles et claires voix, bons acteurs, s’Ă©chauffent ici agrĂ©ablement pour les deux piĂšces qui suivent, leurs diverses incarnations de Marguerite et Faust et ils ne rateront pas leur entrĂ©e, ces deux fois !

Faust en ménage
OpĂ©rette bouffe posthume (1924)de Claude Terrasse (1867-1923), connu pour sa musique de scĂšne d’Ubu Roi d’Alfred Jarry (1896), considĂ©rĂ© comme un hĂ©riter d’Offenbach. C’est une claire et hilarante suite Ă  Faust de Gounod. Sinon vingt ans, c’est quinze ans aprĂšs que l’on retrouve nos hĂ©ros, mais bien fatiguĂ©s sauf la fringante Marguerite, la beautĂ© du diable, fatiguĂ©e justement de la fatigue de son Faust d’Ă©poux que la complaisance du mĂ©phitique MĂ©phisto a sauvĂ© de l’enfer, se condamnant lui-mĂȘme Ă  l’ire de Satan sauf Ă  se racheter par l’Ăąme de Marguerite poussĂ©e Ă  l’adultĂšre dans les bras d’un Siebel dĂ©sormais homme et soldat.
En couple amoureux usĂ© inĂ©galement par le mĂ©nage et le temps, nous retrouvons les excellents Claire Baudouin et Olivier Hernandez auxquels se joignent le puissant baryton Thibault Desplantes en MĂ©phisto dĂ©crĂ©pitet le contre-tĂ©nor RaphaĂ«l Pongy, dont la voix est judicieusement et plaisamment choisie ici sans doute pour incarner, par sa force, l’homme, et par son ambiguĂŻtĂ© sexuelle, le travesti du Siebel original. Une accorte et acariĂątre comĂ©dienne, BĂ©atrice Giovannetti, campe avec drĂŽlerie une Dame Marthe servante du couple, Ă  l’accent allemand Ă  couper au couteau, bien capable d’attraper le pauvre diable par la queue.
Plus que le texte, le comique de qualitĂ© vient des citations musicales, exactes ou dĂ©tournĂ©es, variĂ©es, suggĂ©rĂ©es, de l’opĂ©ra de Gounod, la ballade du roi de ThulĂ©, air des fleurs, le duo, «  le Veau d’or  », « Anges purs  » etc, pĂ©tillantes de verve et d’intelligence musicale dans leur enchaĂźnement. L’air de Marguerite est des plus jolis et celui « Le sucre est hors de prix », digne du loufoque Offenbach. Les beaux costumes d’Ă©poque (Mireille, Anne-Marie, Michelle, Nouch) contrastent avec la cape et bonnet pointus fatalement rouges de MĂ©phisto, hĂ©bĂ©tĂ©, titubant malgrĂ© sa canne, rĂ©duit ici, dĂ©possĂ©dĂ© de ses pouvoirs, au rĂŽle de « Diable honoraire d’opĂ©rette », ratant par excĂšs de plus ou de moins un rajeunissement de la derniĂšre chance de Faust, retombĂ© en enfance ou dans un gĂątisme prĂ©coce, inutile aux vƓux charnels d’une rouĂ©e Marguerite qui ne file plus doux le sien, finalement comblĂ©e par le fuseau du frais et fringant Siebel.

Les trois baisers du diable
Sur un texte de ses habituels comparses Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy, les duettistes librettistes futurs auteurs du livret de Carmen , Offenbach, en 1858, met en musique Les trois baisers du diable, une Ɠuvre un peu inhabituelle dans sa prodigieuse production. Au lieu de la bouffonnerie boursouflant la bourgeoisie que Ă  laquelle nous a habituĂ©s « le petit Mozart des Champs-ÉlysĂ©es », cette Ɠuvre, une plutĂŽt insolite scĂšne paysanne avec musique de musette pastorale souvent, bascule et baigne dans une fĂ©erie dont Offenbach, qui rĂȘvait de sortir de son rĂŽle d’amuseur permanent dans ses opĂ©rettes, nimbera son grand opĂ©ra, Les Contes d’Hoffmann, qu’il ne verra malheureusement pas sur scĂšne puisqu’il meurt l’annĂ©e prĂ©cĂ©dant la crĂ©ation de 1881.
La vocalitĂ©, hors quelques procĂ©dĂ©s qui sont la marque du maĂźtre Ăšs dĂ©composition des mots, affiche ici une autre ambition : airs brillants, air Ă  boire, ensembles, longue scĂšne concertante et, dans ce registre visant le « grand opĂ©ra », tous les chanteurs citĂ©s dans l’opĂ©rette prĂ©cĂ©dente (un enfant, muet, complĂšte la distribution) sont Ă  fĂ©liciter de leur grande maĂźtrise technique et musicale pour un rĂ©sultat de toute beauté : on les sent heureux de donner leur mesure. L’instrumentation passionnĂ©ment et ludiquement forgĂ©e en commun par les musiciens est encore remarquable, l’on ne peut que le dire en passant, sans les Ă©puiser, au fil d’une plume Ă©puisĂ©e Ă  tenter d’en capter les trop rapides trouvailles musicales humoristiques en tachant de n’en pas perdre l’Ă©coute : frissons, ronflements diaboliques, grincements d’archet du violoncelle, ricanements de l’accordĂ©on, cris perçants de la clarinette, piano scandant ou ponctuant l’angoisse Ă  petit pas du Diable : ils se sont fait plaisir et nous le communiquent. Avec sa prĂ©cision habituelle, mais aussi sa libertĂ©, Luc Coadou dirige ce petit monde, plateau et ensemble, avec alacritĂ©, un sensible bonheur qu’il nous fait partager.
Dans un simple dĂ©cor pratiquement semblable et prestement modulable, loge de thĂ©Ăątre, intĂ©rieur d’appartement bourgeois ou paysan (sans autre prĂ©cision onomastique comme les costumiĂšres, dans une amicale dĂ©nomination,GĂ©rard, Jacky, Dominique, Alain, Jean-Pierre, Michel), Bernard Grimonet joue avec aisance d’une grande palette scĂ©nique Ă  laquelle ces jeunes chanteurs se plient avec souplesse : gestes typĂ©s, stĂ©rĂ©otypĂ©s, outrĂ©s des cabotins dans une plaisante gestuelle d’autrefois entre convention de thĂ©Ăątre et de cinĂ©ma muet, fluiditĂ© et accĂ©lĂ©rations ou ralentissement des dĂ©placements ; les personnages sont savoureusement campĂ©s, croquĂ©s. Mais, diablerie ? on avoue n’avoir pas saisi comment ce diable d’homme, sans moyens techniques extraordinaires, rĂ©ussit les scĂšnes fĂ©eriques, des myriades, des constellations d’Ă©toiles que l’on garde aux yeux avec l’Ă©merveillement de l’enfance, sans rĂ©elle volontĂ© rĂ©aliste d’en percer le mystĂšre, tout au plaisir bienheureux de s’abandonner Ă  cette nuit des Ă©toiles en avance.
Encore une rĂ©ussite sans tambour ni trompette de ce festival aux confins des Bouches-du-RhĂŽne et du Var, qui n’est pas au Diable Vauvert.

L’OpĂ©ra au Village, PourriĂšres,
Faust et Marguerite de Frédéric Barbier (adaptation B. Grimonet)
Faust en ménage de Claude Terrasse,
Les trois baisers du diable de Jacques Offenbach.
Pourriùres, le 26 juillet 2016. A l’affiche les 23, 24, 26 et 27 juillet 2016.
Direction musicale : Luc Coadou,
Mise en scÚne : Bernard Grimonet.
Avec :
Claire Beaudouin, soprano ; Thibault Desplantes, baryton ; Olivier HernĂĄndez, tĂ©nor ; RaphaĂ«l Pongy, contre-tĂ©nor ; BĂ©atrice Giovannetti, comĂ©dienne, Annabelle (l’enfant).

Isabelle Terjan (piano), Claude Crousier (clarinette), Angélique Garcia (accordéon) et Virginie Bertazzon (violoncelle).
Décors : Gérard, Jacky, Dominique, Alain, Jean-Pierre, Michel.
Costumes : Mireille, Anne-Marie, Michelle, Nouch. Régie : Sylvie Maestro et MDE Sound Live. Photos : © JL.Thibault

Compte-rendu Opéra. Toulouse, Capitole, le 22 juin 2016 ; Charles Gounod (1818-1893) : Faust ; Nicolas Joël, mise en scÚne ; Anita Harding, Marguerite ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale.

Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 22 juin 2016 ; Charles Gounod (1818-1893) : Faust ; Nicolas JoĂ«l, mise en scĂšne ; Anita Harding, Marguerite ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale. Et si nos amis allemands avaient complĂštement raison qui couramment dĂ©baptisent « Faust » pour le renommer « Margarete » ? D’ailleurs la piĂšce de laquelle est adaptĂ© le livret, est signĂ©e CarrĂ© et son titre est « Faust et Marguerite ». Car des deux Faust de Goethe, il faut bien dire que l’opĂ©ra de Gounod ne conserve que l’épisode de Marguerite. Et dans la salle bien des jeunes spectateurs se demandaient combien une romance si marquĂ©e par le modĂšle petit bourgeois des relations d’amour pouvaient avoir encore tant de sĂ©ductions. Car cet opĂ©ra si marquĂ© par son Ă©poque reste au top 3 des opĂ©ras reprĂ©sentĂ©s au monde avec Carmen et Traviata. La sĂ©duction de la partition de Gounod tiendrait donc tout l’ouvrage, et plus personne ne serait sensible Ă  la force de la jeunesse Ă©ternelle, Ă  l’enthousiasme des premiers transports dans la naissance de l’amour et aucun homme ne vibrerait Ă  la puretĂ© d’une belle vierge ?

 

 

 

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Belle reprise consensuelle de Faust Ă  Toulouse

 

 

Quoi qu’il en soit, dĂ©passant toutes ces questions, un beau succĂšs a Ă©tĂ© accordĂ© Ă  cette production de Nicolas JoĂ«l crĂ©e in loco en 2009. Mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes et lumiĂšres font un tout harmonieux respectant les didascalies et ne cherchant pas Ă  moderniser artificiellement, et trop souvent avec laideur, un propos qui n’en a pas besoin. StĂ©phane Roche fidĂšle Ă  Nicolas JoĂ«l laisse les chanteurs libres et face au public pour leurs moments engagĂ©s. Peu de gestes mais qui prennent souvent sens. MĂ©phisto trouve en Alex Esposito un diable vif-argent, maitre loyal organisant toute l’histoire et faisant voler les difficultĂ©s d’un coup d’éventail. VĂ©ritable acteur-chanteur, il donne Ă©nergie et vitalitĂ© Ă  la scĂšne qu’il occupe avec panache. Vocalement le charme opĂšre avec un timbre clair mais sonore sur tout l’ambitus. La diction nonobstant un lĂ©ger accent est comprĂ©hensible. Il arrive Ă  rendre perceptible ce lĂ©ger dĂ©calage du personnage grĂące Ă  l’humour. Le Faust de Teodor Ilincai a le mĂ©rite de tenir la gigantesque partition de bout en bout, ce qui n’est pas rien ! La voix est un peu trop monocorde et manque Ă  notre goĂ»t de couleurs comme de nuances, signalant peut ĂȘtre un rĂŽle un peu trop large pour son organe. Mais l’agrĂ©ment du timbre fonctionne et il est un partenaire convainquant tant avec MĂ©phisto que Margueritte. Son jeu est par contre apathique. C’est donc la magnifique Margueritte d’Anita Hartig qui gagne tous les cƓurs. Le jeux est subtil et expressif, la jeune fille idĂ©aliste, pure et naĂŻve, la Gretchen intemporelle, deviendra amoureuse, femme puis mĂšre, pĂȘcheresse rejetĂ©e, meurtriĂšre dĂ©sespĂ©rĂ©e, enfin folle de douleur avant de devenir consciente du dĂ©sastre de sa vie rĂ©elle. L’évolution du personnage est particuliĂšrement touchante et la scĂšne finale avec le trio de la transfiguration est absolument magnifique. Vocalement cette soprano lyrique a toutes les qualitĂ©s souhaitĂ©es. Un timbre riche et beau, des couleurs variĂ©es, des expressions d’une dĂ©licieuse musicalitĂ©. Le brillant du dĂ©but, les vocalises perlĂ©es, laissent place au lyrisme avec un legato de rĂȘve dans la si belle scĂšne d’amour. La douleur colore plus sombrement la voix dans la scĂšne du rouet, la vaillance vocale dans la scĂšne de l’église est admirable. Mais c’est l’engagement vocal total et scĂ©nique qui subjugue dans le trio final. Son « Anges purs anges radieux » est victorieux dans une pĂąte sonore enivrante de beautĂ© ! Le Valentin de John Chest est trĂšs touchant. Ce rĂŽle, si convenu dans sa reprĂ©sentation de la pudibonderie, est chantĂ© avec tant de cƓur et d’une voix si sensible et belle que le personnage en devient presque attachant. Ce jeune chanteur a de belles qualitĂ©s d’interprĂšte sensible. La dame Marthe de Constance Heller est Ă©lĂ©gante et pleine d’humour, la voix claire et jeune lui donne du panache loin des matrones habituelles. Elle sait tenir sa prĂ©sence dans les ensembles et sa scĂšne de sĂ©duction avec MĂ©phisto est un rĂ©gal
Le Siebel de MaitĂ© Beaumont est hors de propos, pour donner de la vitalitĂ© a cet adolescent elle a tendance a aboyer plus que chanter. Le Wagner de RafaƂ Pawnuk est vocalement bien discret face aux premiers rĂŽles. L’orchestre si particulier de Gounod est dĂ©fendu ce soir par un chef que nous avons admirĂ© in loco dans Mozart et Strauss : Claus Peter Flor. Il se saisit de la partition avec beaucoup de respect, dĂ©veloppe la richesse harmonique, vivifie les rythmes et assume les moments pompiers, tout en dĂ©veloppant une sonoritĂ© chambriste bien venue dans les moments tendres. Il tient les chƓurs fermement et soutient les chanteurs. La plus belle rĂ©ussite est avec sa Marguerite au sommet de l’émotion dans la scĂšne du rouet. Le soin apportĂ© aux nuances et aux couleurs sombres dans les prĂ©ludes rend hommage aux qualitĂ©s expressives de l’orchestration de Gounod. Les choeurs admirablement prĂ©parĂ©s par Alfonso Caiani sont magnifiques de prĂ©sence vocale et de prĂ©cision avec une belle allure scĂ©nique.

La voix est Ă  la fĂȘte dans cette production, le public ravi a fait un triomphe Ă  cette belle Ă©quipe. La fin de saison capitoline est bien heureuse !

Compte-rendu OpĂ©ra. Toulouse, Capitole, le 22 juin 2016 ; Charles Gounod (1818-1893) : Faust, opĂ©ra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel CarrĂ© crĂ©Ă© le 19 mars 1859 au ThĂ©Ăątre-Lyrique, Paris ; Production du ThĂ©Ăątre du Capitole (2009) ; Nicolas Joel, mise en scĂšne ; StĂ©phane Roche, collaborateur artistique Ă  la mise en scĂšne ; Ezio Frigerio, dĂ©cors ; Franca Squarciapino, costumes ;Vinicio Cheli, lumiĂšres ; Avec : Teodor Ilincai, Faust ; Anita Hartig, Marguerite : Alex Esposito, MĂ©phistophĂ©lĂšs ; Maite Beaumont, SiĂ©bel ; John Chest,Valentin ; Constance Heller, Marthe ; RafaƂ Pawnuk, Wagner ; ChƓur du Capitole : Alfonso Caiani Direction ; Orchestre National du Capitole ; Claus Peter Flor, direction musicale. Illustration : P. Nin

Poitiers. ThĂ©Ăątre, le 11 fĂ©vrier 2016. Andrea Liberovici (nĂ© en 1962) : Faust’s box (crĂ©ation). Helga Davis,Andrea Liberovici.Ars Nova Ensemble. Philippe Nahon

Faust en crĂ©ation Ă  PoitiersDe tous les mythes existants, celui de Faust est celui qui rĂ©ussit l’exploit de concentrer le plus grand nombre d’oeuvres littĂ©raires, cinĂ©matographiques ou musicales depuis son apparition. Parmi les plus cĂ©lĂšbres, figurent le Faust de Johann Wolfgang Von Goethe (1749-1832), celui de Charles Gounod (1818-1893) ou celui de RenĂ© Clair (1898-1981). Dans cet univers de chefs d’oeuvres, le dernier opus du compositeur italien Andrea Liberovici (nĂ© en 1962) ne fait que confirmer le succĂšs jamais dĂ©menti du mythe de Faust. Faust’s box est la derniĂšre commande d’Ars Nova Ensemble et de son directeur musical Philippe Nahon. A l’occasion de la crĂ©ation mondiale de Faust’s Box, c’est Helga Davis, actrice et chanteuse Ă  la voix assez jazzy, qui a Ă©tĂ© invitĂ©e Ă  chanter et Ă  dĂ©clamer l’oeuvre prĂ©sentĂ©e en crĂ©ation Ă  Poitiers, une partition particuliĂšrement exigeante de Liberovici.

Création saluée unanimement, le mythe de Faust réinventé par Andrea Liberovici

Faust’s box au TAP de Poitiers

Comme nombre de compositeurs contemporains, Liberovici utilise une bande son sur laquelle est enregistrĂ©e la voix de Robert Wilson, le «narrateur de l’ombre», mĂȘlĂ©e Ă  des sons captĂ©s dans la ville et dans la nature. Quant Ă  l’orchestre, outre les cordes et les timbales, paraissent des «instruments» surprenants que Liberovici est allĂ© chercher dans la vie quotidienne : marteaux, cravaches, roues Ă  eau par exemple. Faust damnĂ© aprĂšs son pacte avec MephistophĂ©lĂšs, arrivĂ© en enfer, s’Ă©chappe comme il peut pour tenter de rendre sa situation vivable, Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre acceptable. L’actrice et chanteuse Helga Davis s’intĂšgre dans le spectacle avec talent ; d’une voix chaleureuse, l’artiste alterne texte chantĂ© et parlĂ© et fait transparaĂźtre avec talent le dĂ©sespoir de Faust enfermĂ© dans sa boite infernale. Le miroir installĂ© au fond de la boĂźte oĂč se trouve Faust, oblige le malheureux damnĂ© Ă  affronter son passĂ© et les raisons qui l’ont poussĂ© Ă  accepter de passer un pacte avec le diable.
Philippe Nahon dirige Ars Nova avec souplesse et rigueur ; la battue est claire, nette, prĂ©cise ; d’ailleurs la musique de Liberovici ne permet pas vraiment d’improviser. Musicalement et textuellement, Liberovici alterne avec talent, espoir, dĂ©sespoir, tentative d’Ă©vasion, rĂ©signation. C’est la complicitĂ© entre Nahon et ses musiciens qui forme le socle du succĂšs de la soirĂ©e, alliĂ©e Ă  une artiste exceptionnelle, Helga Davis, et Ă  un compositeur talentueux, Andrea Liberovici ; le collectif s’est appropriĂ© le mythe de Faust en une Ɠuvre absolument personnelle qui ne copie ni ne s’inspire de personne.

N’oublions pas qu’Ars Nova rĂ©alise une crĂ©ation Ă  peu prĂšs chaque annĂ©e. AprĂšs « A l’agitĂ© du bocal » de Bernard Cavanna en 2013 et ” Courte longue vie au grand petit roi » d’Alexandros MarkĂ©as, en 2014, Faust’s box » d’AndrĂ©a Liberovici qui voit le jour en ce mois de fĂ©vrier 2016, s’impose Ă  nous avec force et poĂ©sie. Le public venu nombreux rĂ©serve un accueil triomphal Ă  chacun, et Liberovici, prĂ©sent, car il assurait lui mĂȘme la mise en espace, reçoit largement sa part des «bravos» qui fusent ici et lĂ . Souhaitons longue vie Ă  ce «Faust’s box» dont la crĂ©ation a reçu comme rarement, un accueil spontanĂ© et plutĂŽt trĂšs chaleureux du public venu pour sa crĂ©ation. Preuve qu’il y a bien une audience pour la musique contemporaine, et que le TAP Ă  Poitiers a su parfaitement le fidĂ©liser.

Poitiers. ThĂ©Ăątre, le 11 fĂ©vrier 2016. Andrea Liberovici (nĂ© en 1962) : Faust’s box. Helga Davis, voix, Robert Wilson, narrateur de l’ombre, Andrea Liberovici, musique, texte, mise en scĂšne, Ars Nova Ensemble. Philippe Nahon, direction.

Faust’s Box au TAP de Poitiers

TAP-visuel-660-2016-poitiers-tap1Poitiers, TAP. Le 11 fĂ©vrier 2016, 20h30. Faust in the box / Faust’s Box, crĂ©ation. Nouvel objet sonore en crĂ©ation Ă  Poitiers avec cette production inclassable dans sa forme musicale mais si riche en sens et questionnement que son thĂšme suscite : Faust (dans une boĂźte) interroge la destinĂ©e humaine, le sens d’une vie terrestre. DĂ©sirs comblĂ©s au delĂ  de ses espĂ©rances, le docteur Faust n’espĂšre ni n’aspire Ă  rien. Peut-il encore vivre ? En a t il encore la volontĂ© et le vouloir ? A trop s’ĂȘtre perdu, peut-il se (re)trouver ? C’est tout l’enjeu de la nouvelle production qui met en scĂšne les multiples interrogations de Faust dans sa boĂźte.

Création au TAP de Poitiers

Faust’s Box / Faust in the box

Andrea Liberovici / Ars Nova ensemble instrumental

Faust en création à Poitiers

 

Faust est seul, enfermĂ© dans une boĂźte. Il vient d’ĂȘtre damnĂ© et il est en fuite. Non plus vers un monde extĂ©rieur mais en lui-mĂȘme. Il ne cherche plus rien sinon retrouver sa voix. S’ouvre alors un dialogue entre lui et son ombre. La chanteuse Helga Davis, remarquĂ©e dans la recrĂ©ation de Einstein on the Beach de Philip Glass et Robert Wilson, campe un Faust ni homme ni femme. Un ĂȘtre qui pense et dit Ă  la fois l’horreur et le miracle de la condition humaine. Narrateur, chanteuse et musiciens interprĂštent une partition Ă  la croisĂ©e des esthĂ©tiques, dĂ©multipliant les espaces grĂące Ă  l’électronique et ouvrant la voie Ă  de multiples illusions sonores. Andrea Liberovici signe une Ɠuvre trĂšs originale pour voix, corps, instruments, ombres en mouvement, et crĂ©e un seul et mĂȘme langage, nouveau et profondĂ©ment expressif.

liberovici-andrea-faust-creation-opera-poitiers-presentation-annonce-CLASSIQUENEWS-fevrier-2016FACE AU MIROIRAndrea Liberovici qui a conçu la musique, le texte et la mise en scĂšne du spectacle imagine Faust dans un ultime face Ă  face : lui-mĂȘme et son ombre. C’est face au miroir, le bilan d’une existence en quĂȘte de sens. Le hĂ©ros (la chanteuse Helga Davis) interroge l’enjeu et le but d’une vie terrestre Ă  travers sa propre quĂȘte. C’est un voyage intĂ©rieur et intime qui Ă  travers l’Ă©vocation de son enfance, de l’amour, du pouvoir, de l’argent, rĂ©capitule enjeux et dĂ©sirs, finalitĂ© et moralitĂ© de toute une vie, entre passion, dĂ©sir, ambition. Face au miroir de son Ăąme, que va dĂ©couvrir Faust de lui-mĂȘme ? Le spectacle d’Andrea Liberovici souligne la vacuitĂ© des existences solitaires et dĂ©sespĂ©rĂ©es oĂč le lien humain, la conscience Ă  la Nature font dĂ©faut. La force du spectacle tient Ă  la figure centrale de la chanteuse-Faust, ni homme ni femme ; au concours d’une voix off (celle de Robert Wilson, prĂ©enregistrĂ©e, sorte de “ghost-writer” ou narrateur de l’ombre dont la voix structurante mordante et juste par la pertinence des propos, organise l’action et lui apporte sa continuitĂ© dramaturgique). Avec l’apport de l’Ă©lectronique, la rĂ©alisation visuelle produit de superbes illusions sonores. Les 7 instrumentistes se fondent dans une rĂ©flexion vivante d’une tension irrĂ©sistible. Car le thĂ©Ăątre de Liberovici nous parle Ă  travers Faust du chemin qui s’offre Ă  chacun de nous. Faust, c’est nous.

Le spectacle est repris à Paris, Philharmonie, le 17 septembre 2016 ; puis du 29 nomvebre au 4 décembre 2016, au Teatro Stabile de GÚnes (Italie)

 

 

boutonreservationPoitiers, TAP. Le 11 fĂ©vrier 2016, 20h30. Faust in the box / Faust’s Box, crĂ©ation
Placement libre / Création
Andrea Liberovici, musique, texte et mise en scĂšne
Helga Davis, chant
Philippe Nahon, direction
Ars Nova ensemble instrumental (7 musiciens)
Robert Wilson, narrateur de l’ombre
Controluce – Teatro d’ombre, ombres en vidĂ©o

Autour de Faust au TAP de Poitiers

Dialogue des plateaux : Faust, une légende allemande de Murnau, dim 14 fév 11h

Pourquoi les chefs d’orchestre mĂšnent-ils tout le monde Ă  la baguette ? avec François Martel, jeu 11 fĂ©v 18h30

Une question existentielle Ă  laquelle tentera de rĂ©pondre par trois fois au cours de la saison un comĂ©dien ou metteur en scĂšne avec la complicitĂ© d’un musicien ou chef d’orchestre. Ce duo s’interrogera sur une oeuvre du rĂ©pertoire, un air connu ou un compositeur cĂ©lĂšbre, il nous ouvrira avec humour et espiĂšglerie les portes de la musique classique et contemporaine. Des « non-confĂ©rences », Ă©laborĂ©es avec nos trois orchestres associĂ©s, Ă  dĂ©guster au bar de l’auditorium.
jeudi 11 février 18h30
La rĂ©ponse de François Martel, comĂ©dien, avec la complicitĂ© d’Alain Tresallet, altiste d’Ars Nova ensemble instrumental.
En lien avec Faust in the box

 

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Jonas Kaufmann chante Faust sur France Musique

Jonas Kaufmann est RadamĂšsFrance Musique. Samedi 2 janvier 2016, 19h. Berlioz : Damnation de Faust avec Jonas Kaufmann. C’Ă©tait LA production Ă  Bastille Ă  ne pas manquer en dĂ©cembre 2015, pourvu que vous ayez sĂ©lectionnĂ© la bonne date avec le tĂ©nor illustrissime et Ă©poustouflant, Jonas Kaufmann qui affrontait un nouveau dĂ©fi dans carriĂšre (aprĂšs Werther, Lohengrin et bientĂŽt Otello), ici sur les planches parisiennes, le rĂŽle du docteur Faust, vieux philosophe, aigri et dĂ©sillusionnĂ©, qui au bord du suicide est envoĂ»tĂ© par le diabolique MĂ©phistophĂ©lĂšs : contre son Ăąme, le manipulateur lui offre l’Ă©ternelle jeunesse et la satisfaction de tous ses dĂ©sirs… Pour lire le compte rendu critique de Clasiquenews (soirĂ©e du 13 dĂ©cembre 2015, cliquer ici : compte rendu critique du Faust de Berlioz par Jonas Kaufmann et Philippe Jordan)
France Musique nous rĂ©gale en diffusant samedi 2 janvier 2016 Ă  19h, de Faust mĂ©morable non pas tant par la mise en scĂšne, dĂ©calĂ©e, laide, hors sujet, parfois parasitant la lisibilitĂ© de l’action, mais convaincante grĂące Ă  la distribution, surtout masculine : Jonas Kaufmann donc et aussi Bryn Terfel dans le rĂŽle du dĂ©mon tentateur… sous la direction toujours trĂšs fine, intĂ©rieure, allusive du directeur musical de l’OpĂ©ra parisien, Philippe Jordan.
LIRE notre prĂ©sentation de l’opĂ©ra Faust de Berlioz : genĂšse, enjeux, perspectives…

 

Distribution

Direction musicale: Philippe Jordan
Marguerite: Sophie Koch
Faust: Jonas Kaufmann (5 > 20 déc.)
MéphistophélÚs: Bryn Terfel
Brander: Edwin Crossley-Mercer
Voix céleste: Sophie Claisse

ChƓur de l’OpĂ©ra de Paris
Chef des Choeurs : José Luis Basso
Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris

 

Synopsis
PremiĂšre partie. Au printemps, Ă  l’aube, dans les plaines de Hongrie, tandis que le vieux philosophe Faust contemple seul l’éveil de la nature,  le chant des paysans cĂ©lĂšbre les plaisirs de l’amour. Au loin retentissent bientĂŽt les Ă©clats d’une marche guerriĂšre entonnĂ©e par l’armĂ©e hongroise qui se prĂ©pare au combat. Faust reste indiffĂ©rent, « loin de la lutte humaine et loin des multitudes ».
DeuxiĂšme partie. Au nord de l’Allemagne, Faust dans son cabinet de travail porte une coupe de poison Ă  ses lĂšvres, dĂ©cidĂ© Ă  en finir avec une existence devenue trop douloureuse, quand retentit dans l’église voisine un cantique de PĂąques qui le sauve du dĂ©sespoir en lui rendant la foi de son enfance. C’est alors qu’apparaĂźt  le cynique MĂ©phistophĂ©lĂšs venu lui promettre : « tout ce que peut rĂȘver le plus ardent dĂ©sir ». Il transporte Faust dans un cabaret Ă  Leipzig au milieu d’une assemblĂ©e bruyante et vulgaire. Puis, voyant que Faust est dĂ©goĂ»tĂ© par tant de trivialitĂ©, il l’entraĂźne sur les bords de l’Elbe oĂč il le berce d’un rĂȘve enchanteur dans lequel apparaĂźt l’image parfaite de l’amour, Marguerite. A son rĂ©veil, Faust veut aller retrouver la jeune fille et MĂ©phistophĂ©lĂšs lui suggĂšre de se mĂȘler Ă  une bande de soldats, puis d’étudiants qui se dirigent vers la ville.
TroisiĂšme partie. C’est le soir. Faust, dissimulĂ© dans la chambre de Marguerite, observe avec Ă©merveillement la jeune fille qui tresse ses cheveux en chantant la vieille ballade du roi de ThulĂ©. MĂ©phistophĂ©lĂšs, devant la maison, ordonne Ă  son armĂ©e de feux follets d’ensorceler Marguerite. DĂšs le premier regard, Faust et Marguerite, se reconnaissent et se jurent une foi mutuelle. Mais MĂ©phistophĂ©lĂšs les interrompt brutalement pour conseiller Ă  Faust de fuir car les voisins rĂ©veillĂ©s par les dĂ©monstrations des deux amants, ont alertĂ© crĂ»ment la mĂšre de la jeune fille qui va les surprendre.
QuatriĂšme partie. Dans sa chambre, Marguerite, seule Ă  son rouet, s’abandonne au chagrin. En dĂ©pit de sa promesse, Faust n’est pas revenu et elle l’attend, accablĂ©e par le sentiment d’avoir Ă©tĂ© oubliĂ©e. Loin d’elle, il se laisse exalter par son dĂ©sir de ne faire qu’un avec la nature qui lui apparaĂźt comme l’unique consolation face Ă  son «  ennui sans fin ».MĂ©phistophĂ©lĂšs le rejoint et lui annonce la condamnation Ă  mort de Marguerite accusĂ©e d’avoir empoisonnĂ© sa mĂšre avec une « certaine liqueur brune » que Faust lui-mĂȘme lui avait conseillĂ© d’utiliser pour l’endormir et faciliter ainsi leurs futures rencontres nocturnes.
Pour sauver Marguerite, MĂ©phistophĂ©lĂšs exige que Faust signe un pacte qui l’engage Ă  le servir dans l’autre monde et il l’entraĂźne en enfer au terme d’une terrible chevauchĂ©e, course Ă  l’abĂźme. Marguerite est sauvĂ©e et le chƓur des esprits cĂ©lestes accueille cette « Ăąme naĂŻve que l’amour Ă©gara ». Si la jeun femme est sauvĂ©e, Faust est promis Ă  d’Ă©ternelles flammes.

Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 13 décembre 2015. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Avec Jonas Kaufmann (Faust), Sophie Koch (Marguerite), Bryn Terfel (MéphistophélÚs), Edwin Crossley-Mercer (Brander), Sophie Claisse (Voix Céleste). Alvis Hermanis (mise en scÚne). Philippe Jordan (direction musicale).

Jonas Kaufmann est RadamĂšsOn le sait, La Damnation de Faust du gĂ©nial Hector Berlioz est une partition rebelle, Ă  la fois opĂ©ra de l’imagination et anti-opĂ©ra , dont la fantaisie et la concision des scĂšnes causent bien des soucis aux metteurs en scĂšne qui s’aventurent Ă  la traduire en images. Nouveau trublion des scĂšnes lyriques internationales, le letton Alvis Hermanis – signataire d’une extraordinaire production des Soldaten de Zimmerman au Festival de Salzbourg – a essuyĂ© une bronca historique Ă  l’OpĂ©ra Bastille, Ă  l’issue de la premiĂšre, Ă  tel point que StĂ©phane Lissner lui a demandĂ© de revoir certains dĂ©tails de sa copie, changements opĂ©rĂ©s dĂšs la deuxiĂšme reprĂ©sentation (nous Ă©tions, quant Ă  nous, Ă  la troisiĂšme).

Mise en scĂšne huĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Bastille

Bronca Ă  Bastille

La DamnationNous n’avons donc pas vu certains « effets », tel la copulation d’escargots pendant le grand air de Marguerite « D’amour l’ardente flamme », qui a provoquĂ© l’ire ou les rires du public, et qui pourtant ne faisait, nous le voyons ainsi, que traiter avec humour l’Ă©rotisme trĂšs accusĂ© entre les deux principaux protagonistes. Pour notre part, donc, nous avons Ă©tĂ© sĂ©duits par la production, tant par son postulat de dĂ©part – Faust est ici un scientifique et non plus un philosophe, dĂ©doublĂ© par Stephen Hawking dans un fauteuil roulant (jouĂ© par le danseur Dominique Mercy), convaincu que la survie du genre humain passe par la colonisation de Mars – que par les fabuleuses images vidĂ©o de Katarina Neiburga, projections d’une grande beautĂ© visuelle (images de mars, champ de coquelicots d’un rouge flamboyant, baleines s’Ă©battant dans l’onde ou encore spermatozoĂŻdes jetĂ©s dans une course frĂ©nĂ©tique pour aller fĂ©conder une ovule), jamais gratuites Ă  nos yeux, Ă  l’instar des superbes chorĂ©graphies imaginĂ©es par Alla Sigalova.

Un bĂ©mol cependant Ă  apporter Ă  ses derniĂšres, qui n’ont rien Ă  voir avec leur pertinence et beautĂ© intrinsĂšque, mais leur omniprĂ©sence nuit parfois Ă  l’attention que l’on devrait porter au chant, comme Ă  la musique. Autre point noir, Alvis Hermanis ne s’est pas assez investi dans la direction d’acteurs, les chanteurs – et plus encore le chƓur – restant la plupart figĂ©s, ou ne faisant que passer de cour Ă  jardin sans guĂšre plus d’interaction entre eux.

 

Jonas Kaufmann, Bryn Terfel : Faust et MĂ©phistofĂ©lĂšs de rĂȘve

Mais c’est plus encore pour le somptueux plateau vocal que le dĂ©placement s’imposait. Le tĂ©nor star Jonas Kaufmann campe un Faust proche de l’idĂ©al, capable d’assumer aussi bien la vaillance de « L’Invocation Ă  la Nature » que les ductilitĂ©s du duo avec Marguerite. A partir du sol aigu, son utilisation trĂšs subtile du falsetto dĂ©livrĂ© pianississimo (la « marque maison » du tĂ©nor allemand) est un authentique tour de force, et le raffinement avec lequel il intĂšgre ces passages escarpĂ©s dans la ligne mĂ©lodique souligne une musicalitĂ© hors-pair. De surcroĂźt, sa prononciation du français est parfaite, de mĂȘme que celle du baryton gallois Bryn Terfel, tour Ă  tour insinuant et incisif, qui ravit l’auditoire avec sa magnifique voix chaude et superbement projetĂ©e. La puissance de l’instrument, la beautĂ© d’un timbre reconnaissable entre tous, comme la pertinence du moindre de ses regards, donnent le frisson. Enfin, comment ne pas ĂȘtre admiratif devant la multitude d’inflexions dont il pare la fameuse « Chanson de la puce », ou devant l’intelligence et l’Ă©lĂ©gance avec lesquelles il dĂ©livre sa magnifique « SĂ©rĂ©nade ».

Face Ă  ces deux personnages, Marguerite symbolise la vie qui rĂ©siste. La voix ronde et chaude de Sophie Koch donne beaucoup de douceur Ă  l’hĂ©roĂŻne, et la maniĂšre dont la mezzo française dĂ©livre avec maĂźtrise et Ă©motion sa « Ballade », de mĂȘme que sa « Romance », fait d’elle une Marguerite lyrique et grave Ă  la fois, qui est la vraie opportunitĂ© offert Ă  l’humanitĂ© d’ĂȘtre sauvĂ©e. La distribution est complĂ©tĂ©e par le Brander plus que convenable du baryton Edwin Crossley-Mercer. Quant aux ChƓurs de l’OpĂ©ra de Paris, magnifiquement prĂ©parĂ©s (dĂ©sormais) par JosĂ© Luis Basso, ils sont superbes de bout en bout, et la cohĂ©sion des registres impressionnent durablement dans la fugue de l’Amen ou encore dans la sublime apothĂ©ose finale.

Dans la fosse, Philippe Jordan veille aux grands Ă©quilibres, et si « La Marche hongroise » manque de clinquant, il sait toutefois – Ă  certains moments – conduire Ă  l’effervescence un Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris qui fait honneur Ă  l’extraordinaire et subtile orchestration berliozienne. Sous sa baguette, la phalange parisienne vit, les cordes chantent, les bois se distinguent, et les mille et un dĂ©tails de la partition sautent ici Ă  nos oreilles enchantĂ©es. A peu prĂšs seul et contre tous – et malgrĂ© les quelques rĂ©serves Ă©mises plus haut – la mise en scĂšne imaginative et esthĂ©tique d’Alvis Hermanis nous a fait rĂȘver.

Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 13 décembre 2015. Hector Berlioz : La Damnation de Faust. Avec Jonas Kaufmann (Faust), Sophie Koch (Marguerite), Bryn Terfel (MéphistophélÚs), Edwin Crossley-Mercer (Brander), Sophie Claisse (Voix Céleste). Alvis Hermanis (mise en scÚne). Philippe Jordan (direction musicale).

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 2 mars 2015. Charles Gounod : Faust. Piotr Beczala, Jean-François Lapointe
 Orchestre et choeurs de l’OpĂ©ra National de Paris. Michel Plasson, direction. Jean-Romain Vesperini, mise en scĂšne.

Michel Plasson revient Ă  l’OpĂ©ra National de Paris pour Faust de Charles Gounod. L’OpĂ©ra Bastille accueille une distribution largement non-francophone dans une nouvelle mise en scĂšne conçue par Jean-Romain Vesperini. 3 heures d’Ă©motion et de musique enchanteresse, mais peut-ĂȘtre trop dĂ©sĂ©quilibrĂ©e en ce qui concerne quelques choix artistiques qui laissent perplexes. Une performance honorĂ©e plutĂŽt par les quelques spĂ©cialistes engagĂ©s, et un choeur et un orchestre… ravissants.

 Gounod + Plasson = un duo gagnant !

FAUSTFaust de Gounod a Ă©tĂ© reçu comme une Ɠuvre innovante et impressionnante lors de sa crĂ©ation en 1859 grĂące Ă  un certain rejet des conventions de l’Ă©poque, notamment le chƓur introductif et le final concertĂ©. Aujourd’hui, nous apprĂ©cions surtout les vertus musicales de la partition, sa transparente et efficace thĂ©ĂątralitĂ©, malgrĂ© le livret de modeste envergure de Jules Barbier et Michel CarrĂ© d’aprĂšs Goethe. Rarement mise en scĂšne, l’opus a une abondance mĂ©lodique indĂ©niable et un certain flair avec beaucoup de potentiel dramatique. Or, ce soir le drame se voit largement affectĂ© par toute une sĂ©rie de pĂ©ripĂ©ties et choix incomprĂ©hensibles. Le bateau tient bon grĂące Ă  la direction musicale d’un Michel Plasson toujours maĂźtre de son art et des chƓurs impressionnants, mais nous avons de nombreuses rĂ©serves vis-Ă -vis de la plupart des rĂŽles et aussi quant Ă  la mise en scĂšne.

Les choeurs de l’OpĂ©ra de Paris sous la nouvelle direction de JosĂ© Luis Basso sont extraordinaires. Ils sont toujours investis lors des nombreuses interventions et font preuve d’un dynamisme saisissant que ce soit dans la lĂ©gĂšretĂ© mondaine au deuxiĂšme acte dans « Ainsi que la brise lĂ©gĂšre » ou dans l’expression d’un hĂ©roĂŻsme mystique et glorieux au quatriĂšme lors du cĂ©lĂšbre chƓur des soldats « Gloire immortelle ». Nous regrettons pourtant l’Ă©cart abyssal entre la richesse de leur prestation musicale et la trop modeste inspiration du metteur en scĂšne. En ce qui concerne les solistes embauchĂ©s, il s’agĂźt sans doute d’artistes de qualitĂ©, dont les talents musicaux arrivent Ă  toucher l’auditoire malgrĂ©, notamment, un grand souci d’articulation et de diction du français pour la plupart. Mais connaissant la prosodie pas facile du livret, nous constatons tout autant que de tels artistes spĂ©cialistes du chant français auraient pu avoir plus d’impact. En
l’occurrence le Faust de Piotr Beczala est solide, avec le beau timbre qui lui est propre et une projection correcte. Or, si nous aimons l’intensitĂ© passionnante et passionnĂ©e de son chant lors du cĂ©lĂšbre air « Salut, demeure chaste et pure », nous pensons que le français peut s’amĂ©liorer et nous sommes davantage frappĂ©s et conquis par le violon solo du morceau (NDLR : le tĂ©nor polonais vient de sortir chez Deutsche Grammophon un rĂ©cital dĂ©diĂ© aux Romantiques Français : Piotr Beczala, The French Collection : lire notre compte rendu critique complet “Les Boieldieu et Donizetti sans dĂ©faut de Beczala, 1 cd DG).
Ildar Abdrazakov en MĂ©phistophĂ©lĂšs est une force de la nature. C’est un diable charmant et charmeur, avec une voix qui ne nous laisse pas insensibles. Or, encore une fois, il est regrettable que son français ne soit pas Ă  la hauteur de son charisme scĂ©nique ni de son Ă©vidente musicalitĂ©. Nous pouvons presque en dire autant de Krassimira Stoyanova dans le rĂŽle de Marguerite. Si nous aimons les qualitĂ©s de l’instrument, le français presque incomprĂ©hensible nous Ă©loigne des charmes de sa belle voix. En plus elle ,’est guĂšre aidĂ©e par la mise en scĂšne, pas trĂšs valorisante pour son personnage.

Bien heureusement la distribution compte avec quelques francophones dans les rĂŽles secondaires, notamment le baryton spĂ©cialiste du chant français Jean-François Lapointe. Il habite le rĂŽle de Valentin avec une prestance et une prĂ©sence pleine d’Ă©motion qui ensorcelle l’auditoire. A la beautĂ© plastique du chanteur se joignent une prosodie sensible et un chant sincĂšre et touchant. Lors de son air au deuxiĂšme acte « Sol natal de mes aĂŻeux » comme dans la scĂšne de sa mort au quatriĂšme, il se donne et s’abandonne totalement,  thĂ©Ăątralement et musicalement, rĂ©galant l’audience des moments de trĂšs fortes sensations. La mezzo-soprano AnaĂŻk Morel dans le rĂŽle travesti de Siebel, rayonne d’un charme attendrissant lors de ses participations, son articulation est bonne et son chant irrĂ©prochable.

L’orchestre de l’OpĂ©ra, lui, est sans doute le protagoniste de l’oeuvre en l’occurrence, et son principal argument. Si nous avons aimĂ© les lumiĂšres de François Thouret et la chorĂ©graphie de Selin DĂŒndar au ballet du dernier acte, nous avons beaucoup de rĂ©serves vis-Ă -vis Ă  la mise en scĂšne de Jean-Romain Vesperini, protĂ©gĂ© d’un Luc Bondy et d’un Peter Stein.
Certaines idĂ©es de potentiel aboutissent souvent Ă  un rien quelque peu dĂ©suet. Des nombreuses et longues transitions scĂ©niques impliquent beaucoup de temps mort (dans une Ɠuvre dĂ©jĂ  longue…), l’aspect fantastique se limite Ă  des explosions et du feu sur scĂšne, frappant aux yeux et aux oreilles, mais d’un kitsch et d’une facilitĂ© confondante. La beautĂ© monumentale des dĂ©cors de Johan Engels contrastant avec la modestie confondante de quelques scĂšnes cĂ©lĂšbres. Notamment la scĂšne de Marguerite, avec tant de potentiel, « Il Ă©tait un Roi de ThulĂ© » finissant dans l’air des bijoux,  moments de la mise en scĂšne que nous aimerions oublier.

FAUSTLa prestation de l’orchestre est, elle, complĂštement inoubliable. Michel Plasson est un des grands spĂ©cialistes de la musique romantique française d’une ardeur intacte, et toujours avec une baguette sensible et raffinĂ©e, mais aussi inventive, rĂ©active, parfois dynamique, parfois sublime. Toujours intĂ©ressante ! Impossible de ne pas aimer l’Ɠuvre devant un travail si bien ciselĂ©, l’Orchestre de l’OpĂ©ra faisant preuve d’un beau coloris, de transparence et de clartĂ©, de charme et de brio ; une prestation si frappante par son naturel et son rigueur, inspirant tour Ă  tour des soupirs et des frissons, des frĂ©missements dĂ©licieux qui caressent et enivre l’ouĂŻe  en permanence. Une Ɠuvre Ă  voir par sa raretĂ©, pour la beautĂ© des performances et gestes d’un Lapointe saisissant, d’un Plasson inspirĂ© et rayonnant, d’un superbe orchestre, de superbes choeurs, et de quelques bons danseurs… Suffisamment de sĂ©ductions Ă  nous yeux pour venir applaudir ce nouveau Faust parisien.  A l’affiche Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris, les 5, 9, 12, 15, 18, 22, 25 et 28 mars 2015.

Compte-rendu, concert. Bordeaux. Auditorium de Bordeaux. Le 18 février 2015. Hector Berlioz : La Damnation de Faust (Version de concert). Eric Cutler, Géraldine Chauvet, Laurent Alvaro, Frédéric Gonçalves. Paul Daniel, direction.

LĂ©gende dramatique ou opĂ©ra en version de concert ? Berlioz a longtemps hĂ©sitĂ© entre les deux termes pour dĂ©finir son opus faustien. Dans tous les cas, il ne semble pas avoir songĂ© Ă  une rĂ©alisation scĂ©nique, et c’est sous forme concertante que l’OpĂ©ra National de Bordeaux a retenu ce titre, donnĂ© trois soirĂ©es dans le formidable Auditorium dont s’est dotĂ©e la ville il y a deux ans.

Eric CutlerDans la partie de Faust, le tĂ©nor amĂ©ricain Eric Cutler s’avĂšre – aux cĂŽtĂ©s de Michael Spyres (qui l’a justement remplacĂ© le 20, Cutler Ă©tant souffrant) – le titulaire le plus enthousiasmant actuellement : perfection de la diction, clartĂ© des aigus, raffinement de la ligne, intensitĂ© vocale, tout y est. La douceur de son air de la troisiĂšme partie, les notes Ă©mises en falsetto dans son duo avec Marguerite, le corps Ă  corps avec la houle de l’orchestre dans l’Invocation Ă  la nature, 
 tous les Ă©cueils sont franchis avec une indĂ©niable rĂ©ussite !

En revanche, la mezzo française GĂ©raldine Chauvet offre une prestation bien lisse face Ă  lui, et se trouve trop souvent Ă  court de souffle, d’articulation et d’influx passionnels pour vraiment convaincre en Marguerite. Par bonheur, le baryton-basse Laurent Alvaro sait lui ce que chanter Berlioz veut dire, et il en traduit magnifiquement le style, colorant chacune de ses interventions de toute l’ambiguĂŻtĂ© requise. Nous resterons malheureusement muet sur la prestation de FrĂ©dĂ©ric Gonçalves (Brander), un “accident de personne” dans le train, entre Toulouse et Bordeaux, nous ayant fait arriver en gare de Bordeaux alors que le concert avait dĂ©jĂ  dĂ©butĂ©, et en salle aprĂšs qu’il eĂ»t interprĂ©tĂ© la fameuse “Chanson du rat”…

Paul DanielHabitĂ© d’une fougue communicative, le chef britannique Paul Daniel confĂšre Ă  l’Orchestre National Bordeaux-Aquitaine – dont il est le directeur musical depuis septembre 2013 -, une chaleur, une jubilation et une prĂ©cision enthousiasmantes. Sous sa battue, l’orchestre vit, les cordes chantent, les bois se distinguent et les mille et un dĂ©tails qui innervent la partition sont magnifiquement ciselĂ©s. Cependant, les choristes lui voleraient presque la vedette : par leur cohĂ©sion et leur articulation parfaitement naturelle du français, les membres des Choeurs conjuguĂ©s de l’OpĂ©ra de Bordeaux et de l’ArmĂ©e française forment une seule et mĂȘme grande voix qui se plie Ă  toutes les nuances voulues par le compositeur. Quand on pense Ă  la maniĂšre dont Berlioz les sollicite dans cet ouvrage, on ne peut qu’applaudir pareille rĂ©ussite. L’apothĂ©ose de Marguerite – avec l’arrivĂ©e lĂ©gĂšre et galopante des jeunes chanteurs de la Jeune AcadĂ©mie vocale d’Aquitaine – est d’ailleurs le radieux couronnement de cette superbe soirĂ©e.

Compte-rendu, concert. Bordeaux. Auditorium de Bordeaux. A l’affiche les 18, 20, 22 fĂ©vrier 2015. Hector Berlioz : La Damnation de Faust (Version de concert). Eric Cutler, GĂ©raldine Chauvet, Laurent Alvaro, FrĂ©dĂ©ric Gonçalves. Paul Daniel, direction.

Illustrations : Eric Cutler et Paul Daniel (DR)

Marco Guidarini dirige Mefistofele de Boito Ă  Prague

prague-opera-narodni-divadlo-prague-opera-580-380Prague, 22 janvier>29 mai 2015. Boito : Mefistofele. Marco Guidarini. La genĂšse du Mefistofele (1868-1881) de Boito est longue et difficile : Ă  chaque reprise aprĂšs l’Ă©chec retentissant de la crĂ©ation initiale (5h de spectacle!) Ă  La Scala de Milan en 1868, Boito comme dĂ©passĂ© par un trop plein d’idĂ©es formelles, recoupe, taille, rĂ©Ă©crit en 1875, 1876 enfin en 1881, dĂ©voilant la formation que nous connaissons. DĂšs le prologue -conçu comme un final symphonique exprimant la souverainetĂ© de Mefistofele parmi les anges et les chĂ©rubins soumis-, le souffle goethĂ©en portĂ© par le livret rĂ©digĂ© par le compositeur lui-mĂȘme, saisit : violence, passion, lyrisme Ă©chevelĂ© sont au diapason et Ă  la hauteur du mythe littĂ©raire. Ne serait-ce que pour cet ample portique qui atteint le grandiose palpitant d’une cathĂ©drale, la partition sait enchanter avec une redoutable efficacitĂ©, entre l’opĂ©ra et l’oratorio (un clin d’oeil au final du premier acte de Tosca de Puccini, lui aussi sur le thĂšme d’un vaste Te Deum atteint la mĂȘme surenchĂšre chorale et orchestrale, voluptueuse, terrifiante et spectaculaire).

Le Faust de Boito, 1868-1881

Dans le Prologue – fresque orchestrale inouĂŻe, aux dimensions du Mahler de la Symphonie des mille, Boito souligne le dĂ©monisme de Mefistofele qui mĂ©prisant l’homme et sa nature corruptible, jure en prĂ©sence des crĂ©atures cĂ©lestes, de prĂ©cipiter le vertueux Faust, tout philosophe qu’il soit. va-t-il pour autant rĂ©ussir ?

boito-arrigo-mefistofele-operaSynopsis, argument. EmpĂȘtrĂ© par les tableaux divers du roman homĂ©rique de Goethe, Boito respecte tant bien que mal le fil de la narration originelle oĂč peu Ă  peu le docteur Faust pourtant conscient des limites de l’homme et de sa nature, s’enfonce dans les tourments de la tentation et de l’expĂ©rience sensorielle. A Francfort pendant la fĂȘte de la RĂ©surrection, Faust qui cĂ©lĂšbre l’avĂšnement du printemps accepte l’offre du dĂ©mon Mefistofele face aux miracles et prodiges dont il sera bĂ©nĂ©ficiaire (Acte I).  Au II, alors que Mefistofele dĂ©tourne la duĂšgne Marta, Faust peut roucouler avec Marguerite en son jardin d’amour. TrĂšs vite, le revers tragique d’une vie insouciante montre ses effets effrayants : au III, c’est la visite de Faust coupable dans la prison de Marguerite, incarcĂ©rĂ©e pour avoir commis un double meurtre : empoisonner sa mĂšre (pour que son amant la visite) et noyer son enfant ! Mais Mefistofele se souciant de la seule chute morale de Faust  entraĂźne son sujet passif dans le sabbat des sorciĂšres, oĂč paraĂźt surtout l’irrĂ©sistible HĂ©lĂšne, la plus belle femme du monde Ă  laquelle Faust dĂ©sormais ensorcelĂ© voue son Ăąme (IV).
MalgrĂ© tous ces prodiges oĂč tout est offert au philosophe : amour, richesse, joyaux et femme sublime, … le coeur du docteur n’est pas apaisĂ© : au ciel, il destine sa vraie nature… morale. Mefistofele avouant sa dĂ©faite finale, Ă©clate d’un rire sardonique. Ainsi l’opĂ©ra mephistophĂ©lique dĂ©bute sur l’apothĂ©ose du DĂ©mon puis s’achĂšve par son rire sardonique.

La partition est l’une des plus ambitieuses de son auteur dont le gĂ©nie dramatique se dĂ©voile sans limites : Boito aprĂšs avoir dans sa jeunesse militante conspuĂ© le thĂ©Ăątre de Verdi, devient son librettiste prĂ©fĂ©rĂ©, rĂ©alisant la construction d’Otello et de Falstaff (les ultimes chefs d’oeuvre de Verdi) et surtout reprenant l’architecture complexe de Simon Boccanegra. Mefistofele profite Ă©videmment du travail de Boito avec Verdi.

 

 
 
 

Agenda : Mefistofele de Boito Ă  l’OpĂ©ra de Prague

 
 
Guidarini © R. DuroselleL’excellent chef italien, symphoniste, bel cantiste et tempĂ©rament lyrique, Marco Guidarini, dirige Ă  l’OpĂ©ra de Prague (Narodni Divadlo) Mefistofele de Boito, en janvier, fĂ©vrier et mars 2015 :  soit au total 8 reprĂ©sentations Ă  l’affiche pragoise : 22,24 et 30 janvier, 5 et 22 fĂ©vrier puis 10 mars 2015 (puis le 15 avril et le 29 mai 2015). La direction du maestro cofondateur du rĂ©cent Concours Bellini (dont il assure la sĂ©lection des laurĂ©ats) est l’atout majeur de cette nouvelle production praguoise.

RĂ©servez votre place pour cet Ă©vĂ©nement d’un raffinement orchestral flamboyant sur le site de l’opĂ©ra de Prague  / narodni-divadlo.

 
 

 
 

cd
 
 
Renata-Tebaldi-1960La version enregistrĂ©e sous la direction de Tulio Serafin Ă  Rome en 1958 fait valoir la sensualitĂ© raffinĂ©e de l’orchestration comme son souffle Ă©pique dĂšs le prologue (domination du dĂ©mon sur la cohorte des anges et des ChĂ©rubins), la cour d’amour entre Faust et Marguerite, le sabbat orgiaque et le culte d’HĂ©lĂšne…) :  Renata Tebaldi chante Marguerite aux cĂŽtĂ©s de Mario del Monaco (Faust) et Cesare Siepi (Mefistofele). Decca. L’intĂ©grale de l’opĂ©ra Mefistofele est l’objet d’une rĂ©Ă©dition Ă©vĂ©nement au sein du coffret rĂ©unissant tous les enregistrements de Renata Tebaldi pour Decca : “Reanta Tebaldi, Voce d’angelo, The complete Decca recordings, 66 cd (1951 (La BohĂšme, Madama Butterfly), Un Ballo in maschera (1970).

 
 

DVD. Gounod : Faust (NĂ©zet SĂ©guin, Kaufmann, 2011)

Gounod faust kaufmann pape decca dvdMetropolitan Opera de New York, 2011. Aux cĂŽtĂ©s de ses Siegmund, Werther, Lohengrin et rĂ©cemment Parsifal (sur la mĂȘme scĂšne new yorkaise en 2013), le Faust de Jonas Kaufmann irradie d’une vĂ©ritĂ© superlative grĂące Ă  une intelligence des phrasĂ©s, particuliĂšrement dĂ©lectable. Fin, possĂ©dĂ© par une angoisse sourde, le philosophe dĂ©sespĂ©rĂ© au dĂ©but qui veut croire encore Ă  la beautĂ© de la vie et l’illusion de l’amour trouve dans le tĂ©nor munichois, un visage, une prĂ©sence, une sensibilitĂ© … souverains. Quel chanteur ! MĂȘme si le français n’a pas la clartĂ© immĂ©diate de ses prĂ©dĂ©cesseurs parmi les plus marquants (dont Alagna), Kaufmann s’affirme par l’opulence de son timbre sombre d’une infinie langueur. A ses cĂŽtĂ©s, le Mephisto de RenĂ© Pape, est certes puissant et trempĂ© mais… rien que routinier. Les Valentin (Russel Braun) et SiĂ©bel (MichĂšle Losier), corrects. Face Ă  ce tableau viril, globalement convaincant, que vaut l’hĂ©roĂŻne, icĂŽne romantique ? HĂ©las, la Marguerite de Marina Poplavskaya ne tient pas la route : d’autant que comparĂ© Ă  la prestation de son partenaire munichois, son chant reste imprĂ©cis, dĂ©jĂ  inintelligible, mais surtout stylistiquement poussiĂ©reux et archaĂŻque. C’est le maillon faible qui ternit le niveau musical de la production.
Dans la fosse new yorkaise, Yannick NĂ©zet SĂ©guin cisĂšle le romantisme flamboyant d’une partition Ă  juste titre mythique. Dommage que la mise en scĂšne soit elle aussi sans idĂ©e, sans relief, sans aucune intelligence dramatique. Disposant d’un tel tĂ©nor, avec les moyens du Met, on avait pensĂ© qu’une toute autre rĂ©alisation, plus exigeante scĂ©niquement, fut possible.

Gounod : Faust. Jonas Kaufmann, RenĂ© Pape… Yannick NĂ©zet SĂ©guin. Enregistrement rĂ©alisĂ© au mettropolitan de New York en 2011. 1 dvd Decca 074 3811.