LIEGE : L’ORW affiche DON QUICHOTTE d’après Massenet

Don-quichotte-opera-royal-de-wallonie-mars-2019-annonce-critique-operaLIEGE, ORW. DON QUICHOTTE : 12 – 17 mars 2019. L’Opéra de Liège n’oublie pas les jeunes spectateurs ni leurs parents. Librement inspiré de l’opéra de Massenet, lui-même adaptant le mythe légué par Cervantès, le spectacle Don Quichotte présenté par l’ORW Opéra Royal de Wallonie à Liège, est participatif et surtout destiné au jeune public (dès 6 ans) : occasion idéale, littéralement enchanteresse, afin d’éveiller les plus jeunes à l’onirisme singulier du monde de l’opéra. La nouvelle production relit le sujet de Don Quichotte avec originalité et clarification : … « L’ingénieux Don Quichotte lit jour et nuit des romans de chevalerie qui le transportent dans une vie imaginaire. Faisant de Sancho son serviteur, il part avec Rossinante, son vieux cheval, à la conquête de Dulcinée, la Dame de coeur. Pour elle, il veut sauver le monde. Mais les rêves extravagants de Don Quichotte se fracassent contre la réalité, le laissant, de bataille en bataille, un peu plus cabossé… » La nouvelle production dresse le portrait d’un pauvre hidalgo (petit noble), passionné de romans chevaleresques, au point de se prendre lui-même, par la force de son imagination, pour un chevalier valeureux et conquérant ; il invente ses propres aventures, échafaude défis et exploits, voudrait être digne et admiré pour conquérir la belle Dulcinée, la dame de son cÅ“ur.

Emblématique de la littérature espagnole baroque, Don Quichotte de la Manche, est un héros picaresque (pîcaro / misérable mais fûté), d’essence populaire dont l’activité s’inscrit dans le rêve et la parodie ; Cervantès a conçu son roman éponyme en traitant le thème du chevalier errant, solitaire, un rien allumé et délirant, que la sincérité de sa folie, rend touchant, très humain. Il n’a rien, n’est personne mais ne manque ni de courage ni de ressource ; il aspire à l’absolu et l’idéal chevaleresque, c’est à dire servir le Bien et le Beau, pour être couvert de gloire et d’amour.

Préparé par leurs parents ou leurs professeurs, les jeunes spectateurs ont le loisir de chanter plusieurs chansons pendant le spectacle (à partir du CD reprenant les chants participatifs et fiche pédagogique) ; Ils sont dirigés par le chef d’orchestre et/ou les artistes chantent avec eux :

https://www.operaliege.be//content/uploads/2019/01/fiche_p%C3%A9dagogique_Don_Quichotte_compressed.pdf

L’Opéra Royal de Wallonie-Liège a commandé cette nouvelle production d’un opéra participatif pour jeune public dès six ans, librement inspiré de l’œuvre de Jules Massenet. Mis en scène et adapté par Margot Dutilleul et Laurence Forbin sur une musique arrangée par Julien Le Hérissier, Don Quichotte sera dirigé par le jeune chef d’orchestre belge Ayrton Desimpelaere.

Le baryton-basse Roger Joakim (Don Quichotte), le baryton Patrick Delcour (Sancho) et la mezzo-soprano Alexise Yerna (Dulcinée) donneront du 12 au 17 mars 2019 vie aux mythiques personnages de Cervantes et à la musique de Massenet, lors de trois représentations publiques et de sept séances scolaires.

 
 
 
 
 
 

________________________________________________________________________________________________

Don Quichotte, d’après Jules Massenetboutonreservation
Du 12 au 17 mars 2019
LIEGE, OPERA ROYAL DE WALLONIE
Opéra participatif pour jeune public à partir de 6 ans
Nouvelle production – Commande de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.operaliege.be/spectacle/don-quichotte/

________________________________________________________________________________________________

Au total, une nouvelle production comprenant 10 représentations destinées à un très large public :

Séances tout public / OPÉRA ROYAL DE WALLONIE à Liège :
Mercredi 13 MARS 2019 – 18h
Samedi 16 MARS 2019 – 18h
Dimanche 17 MARS 2019 – 15h

Séances scolaires :
Mardi 12 MARS 2019 – 10h & 13h30
Mercredi 13 MARS 2019 – 10h
Jeudi 14 MARS 2019 – 10h & 13h30
Vendredi 15 MARS 2019 – 10h & 13h30

Palais des Beaux-Arts de Charleroi :
Vendredi 5 AVR. 2019 – 10h30 et 13h30
Samedi 6 AVR. 2019 – 20h
Dimanche 7 AVR. 2019 – 16h

RESERVEZ VOTRE PLACE à CHARLEROI

________________________________________________________________________________________________

 
 
 

don-quichotte-nouvelle-production-opera-annonce-critique-opera-royal-de-wallonie-liege-classiquenews-charleroi-liege-opera-actualites-critique-classiquenews

 
 
 

1.-Ayrton-Desimpelaere-1400x1400

Ayrton Simpelaere dirige cette nouvelle production d’après Don Quichotte de Jules Massenet (DR)

 
 
 

 
 
 

DVD, compte rendu, critique. Joseph Bodin de Boismortier : Don Quichotte chez la duchesse (Santon, Niquet, 2015. 1 dvd Alpha)

don quichotte chez la duchesse boismortier herve niquet shirley et dino corinne et gilles benizio dvd critique compte rendu critique dvd classiquenewsDVD, compte rendu, critique. Joseph Bodin de Boismortier : Don Quichotte chez la duchesse (Santon, Niquet, 2015. 1 dvd Alpha). Les comiques composant duo, avec une truculence bon enfant désormais populaires, Charlie et Dino, entendez Mr et Mme Benizio reprennent ici du galon et s’encanaillent brut chez le baroque emperruqué XVIIIè, Boismortier, digne contemporain de Rameau. On leur doit déjà d’avoir sévi pour King Arthur (2008) et La Belle Hélène (2012), leur dernier avatar s’appelle ici Don Quichotte. Créé à l’Opéra-Théâtre de Metz (janvier 2015), le spectacle répète tout un système déjà observé dans les réalisations antérieures. Grotesque et burlesque, gags et incidents faussement imprévus (dont la Duchesse hystérique suspendue au dessus de la scène) revisitent ainsi une partition emblématique du Concert Spirituel et de son fondateur et chef volontiers provocateur (mais pas toujours très fin), … Hervé Niquet : le chef dirige son collectif prêt à le suivre dans le comique gentillet, avec lequel au début de l’aventure musicale, il avait déjà abordé cette partition éclectique depuis 1988 : c’est donc la reprise d’un ouvrage emblématique des interprètes ici réunis qui à Versailles, sous les ors de la sublime salle de l’opéra Gabriel, pur style Louis XV, vivent comme une manière de …. consécration.

Lorrain de naissance, Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755) sait pénétrer les salons de l’élite parisienne (grâce à une solide réputation de faiseur de Sonates raffinées (plusieurs livres de Sonates pour flûtes et cantates, éditées et prisées à Paris) ; il sait aussi imposer un tempérament taillé pour le drame et la comédie comme chef d’orchestre aux Foires Saint-Laurent (citée dans le spectacle à Versailles) et Saint-Germain, dans ses trois opéras-ballets : Les voyages de l’Amour (1736), Daphnis et Chloé (1747) et donc ce Don Quichotte chez la Duchesse (créé à l’Opéra-Comique en février 1743, soit à une époque où Rameau ne tarde pas à être reconnu comme le compositeur le plus important de son temps, et donc nommé compositeur officiel de la Cour de Louis XV… en 1745). Le livret signé du génial Charles-Simon Favart, auteur du sublime Arlequin-Dardanus de 1740 ou La Querelle des Théâtres, ou la Veuve d’Ephèse (VOIR notre clip vidéo), rassemble toutes les péripéties et les séquences d’une perle bouffone dans le pur esprit parisien de la Foire. A la façon des grandes enchanteresses et magiciennes amoureuses que l’Opéra met en scène, la Duchesse reçoit ici Quichotte, et souhaite le retenir en suscitant une série de tableaux illusoires propre à capter sa curiosité, saisir et capturer sa ridicule loyauté à Dulcinée… Hystérique, colérique, la Duchesse ne cesse de séduire le chevalier espagnole et voudrait l’épingler à son tableau de chasse. Mais face à l’imagination débordante et délirante de la séductrice, le chevalier illuminé, demeure fidèle à Dulcinée. Sa constance est saluée dans une conclusion où les petits esprits critiques célèbrent une telle constance.

Hervé Niquet depuis 1988, avait repris Don Quichotte en version scénique en 1996, avant la tournée 2014/2015 comptant plusieurs lieux comme ici à Versailles, dans l’écrin très officiel de l’Opéra royal. Ce qui fonctionnait mieux chez Arthur, s’épuise dans ce Quichotte dont le grille de lecture répète les procédés déjà vus : décalages, gags hors musique et pitreries potaches (le chef chante même en attendant le train…. sifflet en bouche; puis joue la comédie en costume grandguignol : d’abord en Quichotte lui-même, refusant d’ailleurs au début de rendre la lance du chevalier, puis en toréador des faubourgs), exacerbation du comique (originellement parodique chez Boismortier). Ravi d’être surpris et parfois décontenancé, le public, s’encanaille, surpris et amusé de voir un maestro se parodier lui-même (qui prend prétexte du théâtre et du divertissement dans l’opéra pour offrir plusieurs parodies symphoniques, intermèdes divers et totalement délurés pour combler un vide dans le déroulement de la soirée). Est-ce que cela sert pour autant la lisibilité de la partition ? Pas vraiment. Mais le narcissisme des interprètes lui est exposé, valorisé, flatté (on sait jouer nous madame). Mais alros que l’entrain bas son plein, on aurait souhaité alors plus de délire dans l’opposition bon enfant et la concurrence complice à laquelle se livrent le chef en fosse et le Duc/Dino.
Pourtant la verve est bien présente (et se suffit à elle-même) dans une partition qui cisèle des mélodies prenantes, avec une précision et un raffinement que n’auraient pas renié les grands baroques français, dont Rameau ou Dauvergne. Précisément Boismortier connaît son Rameau : son sens dramatique, l’économie et l’intelligence dans l’enchaînement des épisodes : poétiques, satiriques, graveleux, héroïques et sentimentales… convainquent absolument. Le compositeur maîtrise sans réserve les enjeux du théâtre.

 

 

Hervé Nique en perte de poésie ressuscite le joyau de Boismortier

Gags et saillies potaches font-ils un spectacle complet ?

boismortier niquet donquichotte-ot-metz-metropole-2015-4295

Osons dire que le geste du chef depuis 1988 et 1996 s’est …. caricaturé : nerveux, tranchant, vif pas toujours très articulé, parfois droit et martial; plutôt précipité et expéditif. Comme on aurait aimé plus de tendresse, de sensualité trouble, de douceur, de mystère. De poésie. Certes même si le sujet reste majoritairement comique, la musique et certains passages auraient gagné à être plus mélancoliques et introspectifs : comme par exemple, le solo de la Duchesse parodiant un air pastoral de Rameau (avec flûte obligée), assise sur sa balançoire, portée par un angélisme tendre et séducteur : pour se jouer de la naïveté (et de la loyauté) du Chevalier Quichotte, la duchesse aimerait tant le dégriser et le séduire pour qu’il soit enfin infidèle à sa Dulcinée, si souvent sollicitée… A trop vouloir nous démontrer la saveur facétieuse de l’ouvrage, le chef tend à en réduire la perception, car Boismortier est aussi ambivalent que Rameau : comique et nostalgique. Favart a façonné un livret plein de péripéties dont les astuces visuelles et les épisodes dramatiques annoncent indiscutablement et Monty Pyhton et aussi la comédie musicale française (d’ailleurs, le choeur n’hésite pas à basculer l’un des divertissements dans une parodie à la Michel Legrand). Autre réussite incontestable la traversée sur un cheval de bois (à bascule) des deux héros (Quichotte et Pancha) qui yeux bandés éprouvent une série d’épisodes spectaculaires, musicalement finement caractérisés (tempête et chevauchée avant de vaincre un monstre, nain puis géant…).

boismortier critique compte re rendu critique concert classiquenews_don-quichotte-montPourtant on remarque illico les beautés de cette partition méconnue, qui préfigure par son intelligence et son acuité dramatique, les meilleures perles de l’opéra comique à venir : ouverture dense, vitalité des contrastes poétiques d’un tableau à l’autre, chaconne finale… Parmi les joyaux de cette révélation, retenons l’air de conclusion de la Japonaise défendu par la soprano Chantal Santon dont la voix ample et agile, brillante et charnue, malgré son articulation encore perfectible convainc, séduit, saisit même par son brio délirant et nuancé. La soprano incarne une Duchesse déjantée, prête à tout pour déniaiser le preux mystique dont la fidélité à Dulcinée l’agace prodigieusement. Chantal Santon est le pilier de cette vision délirante et rien que comique. Hélas, l’autre protagoniste qui devait être un pilier lui aussi, François-Nicolas Geslot, déçoit continûment : faiblesse de sa présence scénique, voix à la ligne aléatoire aux aigus tendus et serrés, surtout style et intonation uniformes d’un bout à l’autre, son Quichotte pas assez humain, trop caricatural, est le maillon faible de la production. Visiblement la soirée de la captation n’était pas le soir du ténor.

Parmi les autres rôles : distinguons le Pancha très vocal et bien chantant de Marc Labonnette ; comme l’excellent Merlin de Virgile Ancely ; la paysanne de Marie-Pierre Wattiez (qui chantait le rôle déjà en 1996 : c’est elle que l’on fait passer pour Dulcinée pour fixer Quichotte à la Cour ducale. Son parler vrai et son dialecte de vraie maraîchère du village produisent le contraste idéal avec le monde héroïque hébété de Quichotte ; l’amante d’Agathe Boudet au charme bien trempé qui élève le niveau scénique souvent potache. Le berger séducteur et lascif du sopraniste Charles Barbier... En duc, le coréalisateur de la mise en scène Dino soi-même, dans un rôle parlé, affirme un naturel sûr et très rodé, une bête de scène, faussement benêt, possédant un vrai métier théâtral. Indiscutable.

Dans une mise en scène aux costumes généreux, et contrastes dramatiques favorisés, la production sait séduire le public, souvent de façon un rien racoleuse. L’inattendu né de la présence des comiques délirants dans un théâtre baroque raffiné, peut séduire. N’empêche on a déjà vu tout cela, et les ficelles de ce comique potache détourne l’attention du public des vraies attraits d’une partition savoureuse, plus raffinée et ambivalente qu’il n’y paraît. Malgré l’excellente Chantal Santon, notre appréciation est donc réservée.

DVD, compte rendu, critique. Joseph Bodin de Boismortier : Don Quichotte chez la duchesse.
Ballet comique en trois actes, livret de Charles-Simon Favart
Créé à l’Académie royale de musique, le 12 février 1743

Mise en scène : Corinne et GIlles Benizio
Décors : Daniel Bevan
Costumes : Anaïs Heureaux et Charlotte Winter
Lumières : Jacques Rouveyrollis
Chorégraphie : Philippe Lafeuille

Don Quichotte : François-Nicolas Geslot
Sancho Pança : Marc Labonnette
Altisidore / La Reine du Japon : Chantal Santon-Jeffery
Montésinos / Merlin / Le Traducteur: Virgile Ancely
La Paysanne : Marie-Pierre Wattiez
Une Amante / Une Suivante : Agathe Boudet
Un Amant : Charles Barbier

Le Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction

Enregistrement réalisé à l’Opéra royal de Versailles en février 2015. 1 dvd Alpha.

Compte rendu, concert. Montpellier, le 17 juillet 2015. Boismortier : Don Quichotte chez la duchesse. Le Concert Spirituel, Hervé Niquet.

Pour les vacanciers et baroudeurs de juillet, Montpellier est avant tout la plage… Palavas-les-Flots, Carnon ou La Grande Motte attirent dans les pourtours méditerranéens. Et pourtant aussi Montpellier, c’est une ville-état médiévale, la Place Royale du Peyrou, la toute première université de Médecine, le Musée Fabre et, bien entendu, la musique. 30 ans sont passés vite pour le Festival de Radio France et Montpellier. Source de créations, de résurrections, de révélations, le Festival de Montpellier est devenu en trois décennies l’aorte musicale des étés Méditerranéens. Cette année, Montpellier accueillait à l’Opéra-Comédie et au Corum, la fine fleur des ensembles et des voix. Avec deux recréations du XIXème siècle et deux résurrections baroques, la 30ème édition a assuré les surprises.

 

 

 

Festival de Radio France et Montpellier : la trentaine florissante !

 

 

boismortier niquet donquichotte-ot-metz-metropole-2015-4295

 

 

Le Rire. L’Opéra-Comédie accueillait la production de Don Quichotte chez la Duchesse de Joseph Bodin de Boismortier, dans une reprise des productions de Metz et de l’Opéra Royal de Versailles. Cette mouture, est la deuxième incursion de Corinne et Gilles Benizio dans l’opéra baroque après le fastueux King Arthur de Purcell, toujours avec le Concert Spirituel et Hervé Niquet. Ce couple venant du théâtre est plus connu par leurs sketches grimés en Shirley et Dino. Mythiques dans le panthéon populaire, Corinne et Gilles Benizio offrent une vision pointilleuse et légère du spectacle lyrique. Que l’on ne s’y méprenne pas, cette vision nous a semblé juste et aboutie, la potion magique dont avait sacrément besoin la fatuité de la scène opératique.  Quand on parle de comédie, en France, souvent ça sonne faux aux oreilles des publics vieillissants et conservateurs. La comédie, n’en déplaise, n’est pas simplement l’apanage des longues tirades de Lope de Vega ou des facéties de Molière ou autres Goldoni voire Ionesco ou Fo. Le propre du comique est de grossir les traits et démontrer par le rire que la vie n’est qu’une suite de ridicules, voulus ou pas; la gravité est un acte manqué de la vie. Pour vivre en paix, il faut savoir rire, et surtout rire de soi.

boismortier don quichotte chez la duchesse Opera-ballet-La-rejouissante-exuberance-de-Don-Quichotte-chez-la-duchesse_article_popinDon Quichotte chez la Duchesse, avec un livret du grandiose Charles-Simon Favart, est une fable intéressante, issue du délirant chevalier de Cervantes. Favart et Boismortier ont fignolé un épisode efficace proche du théâtre de l’absurde.  Ce génial tandem a créé un objet unique, qui nous offre l’opportunité de veiller à ne pas sombrer dans la folie du sérieux et rire de nous mêmes. Favart et Boismortier ont tiré les leçons essentielles du Don Quichotte de Cervantes, dans cette production Corinne et Gilles Benizio aussi. Ils ont accompli, avec respect, ce que d’autres membres de “l’establishment” lyrique auraient pu rendre lourd et pontifiant ; ils nous ont rendu le Quijote originel de Cervantes, celui qui brave le ridicule pour servir la cause de l’amour. Dans cette mise en scène, Corinne et Gilles Benizio nous ont fait sentir leur amour profond pour la musique lyrique. Merci à eux.

A leurs côtés, Hervé Niquet se prête au plaisir de divertir et de jouer un rôle plus que musical dans la production. Il interpelle tellement il joue bien. Musicalement, le Concert Spirituel déploie toutes les couleurs dignes de cette oeuvre, alliant l’exotisme, la parodie, l’enthousiasme et, quelque fois un héroïsme dramatique à la Française.

Côté voix, Emiliano Gonzalez Toro remplace François Nicolas Geslot. Il incarne un Quichotte lunaire, très à même de grimer la folie, ayant un sens du comique tout en subtilité. La voix est grande et belle, avec des moments de pure beauté qui mettent en avant la musique inspirée de Boismortier.

Chantal Santon, sublime en Virago et en enchanteresse déguisée. Sa voix pourfend telle une épée d’argent les difficultés semées par Boismortier et s’en tire avec de l’or patiné dans les graves, un torrent diamantin dans les aigus.

Les deux loufoques Sancho et Merlin, campés par Marc Labonnette et Joao Fernandes sont enivrants de drôlerie comme stupéfiants de talent dans les airs.

Camille Poul et Charles Barbier sont charmants ; ils ajoutent une belle cerise sur ce délicieux dessert lyrique.

Les danseurs de la Compagnie La Feuille d’Automne de Philippe Lafeuille ajoutent la grâce, l’humour et la beauté à cette production très complète.

Il est insoutenable de ne pas rire et d’apprécier ce Don Quichotte qui nous revient d’un extraordinaire voyage dans le temps. Mais pour les quelques détracteurs à la censure facile, nous répondrons la belle phrase de l’Ingenioso Hidalgo de Cervantes: “Sancho, los perros ladran, quiere decir que vamos avanzando.” (“Sancho, les chiens aboient, ça veut dire qu’on avance ».)

Compte rendu, concert. Montpellier, le 17 juillet 2015. Boismortier : Don Quichotte chez la duchesse. Le Concert Spirituel, Hervé Niquet.

Don Quichotte – Emiliano Gonzalez Toro
Sancho Pan̤a РMarc Labonnette
Altisidore/ La Duchesse/La reine du Japon – Chantal Santon Jeffery
Montesinos/Merlin / Le traducteur – Joao Fernandes
Le Duc / Le Japonais – Gilles Benizio (“Dino”)
La Danseuse espagnole – Corinne Benizio (“Shirley”)
Une paysanne, Une Amante, Le “Joli sapajou” – Camille Poul
Un Amant – Charles Barbier

Mise en sc̬ne РCorinne et Gilles Benizio (alias Shirley et Dino)
Chor̩graphie РPhilippe Lafeuille
D̩cors РDaniel Bevan
Lumi̬res РJacques Rouveyrollis
Costumes – Charlotte Winter & Anaïs Heureaux

Le Concert Spirituel, dir. Hervé Niquet
Cie La Feuille d’Automne

 

 

France Musique. Concert Richard Strauss par Chailly, le 14 janvier 2015, 14h.

richard-strauss-102~_v-image360h_-ec2d8b4e42b653689c14a85ba776647dd3c70c56logo_francemusiqueFrance Musique. Concert Richard Strauss par Chailly, le 14 janvier 2015, 14h. Au programme : 3 pièces orchestrales de Richard Strauss : les poèmes Symphoniques, Mort et transfiguration, Tod und verklärung opus 24, Till l’Espiègle et Don Quixote opus 35. Le concert dirigé par Riccardo Chailly (Gewandhaus de Leipzig, juin 2014 pour le centenaire Strauss)… est copieux en soulignant la verve et le lyrisme parfois exubérant du symphoniste Richard Strauss. C’est bien le plus grand compositeur pour l’orchestre avec Mahler à l’extrême fin du XIXè et au tout début XXè. D’autant que ses expérimentations préparent ici à l’aventure lyrique qui suit, l’une des plus passionnantes de la première moitié du XXème siècle. En regroupant 3 poèmes symphoniques de Strauss, Riccardo Chailly dévoile l’inspiration et la maîtrise du compositeur bavarois dans un genre qu’il a servi mieux que personne à son époque. Au ténébriste et introspectif Mort et transfiguration répondent la verve tendre des deux sommets pour l’orchestre que sont Till l’Espiègle et Don Quichotte dont Strauss fait deux héros, le premier à l’inénarrable fureur de vivre, le second d’une humanité dérisoire puis philosophe.

Mort et transfiguration est né de la pure imagination d’un Strauss bercé par les rêves et les passions romantiques. Rien donc d’autobiographique dans cette expérience musicale de la mort, éprouvée selon le sujet narré par Romain Rolland par un mourant sur son lit d’agonie : alors qu’expirant, le malade angoisse mais rêve aussi et songe à son enfance, aux exploits de la maturité comme aux désirs non encore exaucés, la mort surgit enfin en criant “halte”. Après une lutte inégale, le mourant succombe et du ciel résonne sa rémission tant attendue sur les mots prononcés telle une délivrance : “Rédemption, transfiguration”.
Strauss voulait prolonger comme un exercice et un défi personnel, les trouvailles réalisées par ses poèmes précédents : Macbeth (début et fin en ré mineur), Don Juan (mi majeur initial mais mi mineur final) auquel répond ainsi la performance nouvelle de Mort et Résurrection débutant en ut mineur mais s’achevant dans la lumière souveraine et spirituelle de l’ut majeur. Composée entre 1887 et 1888, la partition est créée le 21 juin 1890 sous la direction de Strauss à Eisenach. Et déjà le critique Eduard Hansslick pouvait anticiper le succès lyrique de Strauss en avouant son admiration pour cette Å“uvre qui mène droit sur la voie du drame en musique. Durée : 25 ou 26 mn selon les versions.

Till Eulenspiegel, Till l’Espiègle, opus 28. Le Till dont s’empare Strauss n’a ni la superbe héroique du héros historique, paysan agitateur au XIVè en Allemange du nord et qui meurt de la peste noire. Ce n’est pas non plus ce glorieux rebelle opposé à Charles Quint dans les Flandres soumises aux Habsbourg… Rien de cela, mais la figure archétypale d’un luron facétieux et provocateur, lutin séditieux qui sous les coup d’un orchestre vengeur et moral, meurt sur le gibet.
Le forme du rondeau revendiqué par Strauss, alternant refrain et couplet, structure toute la narration du poème, comme des épisodes très identifiés. Composé en 1895, la partition est créée à Cologne en novembre de la même année, puis Munich et Vienne (janvier 1896) par Strauss et Richter, suscitant un immense succès : là encore la verve dramatique du conteur Strauss galvanise les esprits et offre à l’orchestre, l’une de ses partitions romantiques les plus virtuoses. Durée : 14 ou 15 mn selon les versions : c’est le poème symphonique le plus court du catalogue straussien.

La Femme sans ombre de Richard StraussDon Quichotte / Don Quixote opus 35 est composé d’abord à Florence dès octobre 1896 puis n’est pleinement achevé qu’en décembre 1897. Si les créations allemandes (Cologne puis Francfort sur le Main par Strauss en mars 1898) sont favorables, la création parisienne aux Concerts Lamoureux en 1900, indigne l’assistance (témoignage de Romain Rolland), par son caractère bouffon et comique qui renoue avec la vitalité insolente et si exaltante/tée de Till l’Espiègle. En 1900, à 33 ans, Strauss est au sommet de ses possibilités : il obtient tout ce qu’il veut de l’orchestre dont il fait le miroir précis et enivrant des moindre nuances de l’âme humaine. Strauss développe une fantaisie débridée et fantastique sur le sujet chevaleresque : le violoncelle solo incarne l’antihéros à la triste figure qui semble par sa tendresse épique et son héroïsme décalé, incarner la dérisoire destinée des hommes. L’alto de Sancho Pancha lui donne la réplique. En auteur cultivé et raffiné, donc moins provocateur lui-même que ce qui a été dit et écrit sur la partition, Strauss cite Cervantes à l’entrée de chaque tableau. En tout 9 variations qui expriment plus qu’elles n’illustrent le souffle de la fable à la fois hilarante et tragique, comique et sentimentale du Chevalier éconduit et vaincu… La belle Dulcinée, l’Idéal, le dernier combat contre le chevalier de la blanche lune,… la partition n’omet aucun des grands combats de la vie d’un idéaliste inspiré voire halluciné. La fin est troublante et d’une grandeur tragique irrésistible : après sa défaite, Don Quichotte renonce à tout, devient berger et philosophe, voit sa mort et accepte la délivrance finale sur l’accord de ré majeur. Apothéose orchestrale inouïe d’un soldat de la vie qui a gagné l’éternité du salut. Bavard mais sincère, contrasté et pétillant même mais profond, Strauss signe dans Don Quichotte sa meilleure oeuvre symphonique concertante, offrant au genre du poème symphonique, une ampleur de vue, une justesse poétique rarement aussi bien réussies. Attention chef d’oeuvre ! Et pour tout amateur de symphonisme, une expérience exaltante. Durée : Entre 38 et 40 mn selon les versions. On sait la passion de Karajan pour cette Å“uvre qu’il en a enregistré à plusieurs reprises : c’est dire l’hommage immense du chef au compositeur. Karajan en digne interprète fait de la partition et du mythe chevaleresque, une odyssée  symphonique existentielle dont les rebonds et ressentiments s’expriment dans le chant de l’orchestre.

richard-strauss-102~_v-image360h_-ec2d8b4e42b653689c14a85ba776647dd3c70c56logo_francemusiqueFrance Musique. Concert Richard Strauss par Chailly, le 14 janvier 2015, 14h. Au programme : 3 pièces orchestrales de Richard Strauss : les poèmes Symphoniques, Mort et transfiguration, Tod und verklärung opus 24, Till l’Espiègle et Don Quixote opus 35.

Télé,Arte, ce soir: Don Quichotte de Noureev, 20h45

Télé,Arte, ce soir: Don Quichotte de Noureev, 20h45

Ballet filmé

Le Don Quichotte de Noureev

Arte, vendredi 4 janvier 2013 à 20h50

O6ApuyjMRD_201313SKAU355K9TCervantès inspire Noureev. En 1981, Noureev qui danse le rôle de Basile dans sa nouvelle chorégraphie, entre autres déjà applaudie alors à l’Opéra de Vienne, fait entrer le ballet Don Quichotte à l’Opéra de Paris: c’est un nouveau choc esthétique, alliant grâce, ardeur, souplesse, nervosité. Dans les décors inspiré de Goya, les étoiles 2012: Karl Paquette, Dorothée Gilbert, Marie-Agnès Gillot et Ludmila Pagliero réactivent la beauté d’un spectacle devenu emblématique de l’art français de la danse, défendu par le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris.

Don Quichotte. Chorégraphie de Noureev d’après Petipa. Opéra Bastille, décembre 2012. Musique Ludwig Minkus. Kevin Rhodes, direction musicale. En lire +