LIEGE : L’ORW affiche DON QUICHOTTE d’après Massenet

Don-quichotte-opera-royal-de-wallonie-mars-2019-annonce-critique-operaLIEGE, ORW. DON QUICHOTTE : 12 – 17 mars 2019. L’OpĂ©ra de Liège n’oublie pas les jeunes spectateurs ni leurs parents. Librement inspirĂ© de l’opĂ©ra de Massenet, lui-mĂŞme adaptant le mythe lĂ©guĂ© par Cervantès, le spectacle Don Quichotte prĂ©sentĂ© par l’ORW OpĂ©ra Royal de Wallonie Ă  Liège, est participatif et surtout destinĂ© au jeune public (dès 6 ans) : occasion idĂ©ale, littĂ©ralement enchanteresse, afin d’éveiller les plus jeunes Ă  l’onirisme singulier du monde de l’opĂ©ra. La nouvelle production relit le sujet de Don Quichotte avec originalitĂ© et clarification : … « L’ingĂ©nieux Don Quichotte lit jour et nuit des romans de chevalerie qui le transportent dans une vie imaginaire. Faisant de Sancho son serviteur, il part avec Rossinante, son vieux cheval, Ă  la conquĂŞte de DulcinĂ©e, la Dame de coeur. Pour elle, il veut sauver le monde. Mais les rĂŞves extravagants de Don Quichotte se fracassent contre la rĂ©alitĂ©, le laissant, de bataille en bataille, un peu plus cabossé… » La nouvelle production dresse le portrait d’un pauvre hidalgo (petit noble), passionnĂ© de romans chevaleresques, au point de se prendre lui-mĂŞme, par la force de son imagination, pour un chevalier valeureux et conquĂ©rant ; il invente ses propres aventures, Ă©chafaude dĂ©fis et exploits, voudrait ĂŞtre digne et admirĂ© pour conquĂ©rir la belle DulcinĂ©e, la dame de son cĹ“ur.

Emblématique de la littérature espagnole baroque, Don Quichotte de la Manche, est un héros picaresque (pîcaro / misérable mais fûté), d’essence populaire dont l’activité s’inscrit dans le rêve et la parodie ; Cervantès a conçu son roman éponyme en traitant le thème du chevalier errant, solitaire, un rien allumé et délirant, que la sincérité de sa folie, rend touchant, très humain. Il n’a rien, n’est personne mais ne manque ni de courage ni de ressource ; il aspire à l’absolu et l’idéal chevaleresque, c’est à dire servir le Bien et le Beau, pour être couvert de gloire et d’amour.

Préparé par leurs parents ou leurs professeurs, les jeunes spectateurs ont le loisir de chanter plusieurs chansons pendant le spectacle (à partir du CD reprenant les chants participatifs et fiche pédagogique) ; Ils sont dirigés par le chef d’orchestre et/ou les artistes chantent avec eux :

https://www.operaliege.be//content/uploads/2019/01/fiche_p%C3%A9dagogique_Don_Quichotte_compressed.pdf

L’Opéra Royal de Wallonie-Liège a commandé cette nouvelle production d’un opéra participatif pour jeune public dès six ans, librement inspiré de l’œuvre de Jules Massenet. Mis en scène et adapté par Margot Dutilleul et Laurence Forbin sur une musique arrangée par Julien Le Hérissier, Don Quichotte sera dirigé par le jeune chef d’orchestre belge Ayrton Desimpelaere.

Le baryton-basse Roger Joakim (Don Quichotte), le baryton Patrick Delcour (Sancho) et la mezzo-soprano Alexise Yerna (Dulcinée) donneront du 12 au 17 mars 2019 vie aux mythiques personnages de Cervantes et à la musique de Massenet, lors de trois représentations publiques et de sept séances scolaires.

 
 
 
 
 
 

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Don Quichotte, d’après Jules Massenetboutonreservation
Du 12 au 17 mars 2019
LIEGE, OPERA ROYAL DE WALLONIE
Opéra participatif pour jeune public à partir de 6 ans
Nouvelle production – Commande de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie-Liège

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.operaliege.be/spectacle/don-quichotte/

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Au total, une nouvelle production comprenant 10 représentations destinées à un très large public :

Séances tout public / OPÉRA ROYAL DE WALLONIE à Liège :
Mercredi 13 MARS 2019 – 18h
Samedi 16 MARS 2019 – 18h
Dimanche 17 MARS 2019 – 15h

SĂ©ances scolaires :
Mardi 12 MARS 2019 – 10h & 13h30
Mercredi 13 MARS 2019 – 10h
Jeudi 14 MARS 2019 – 10h & 13h30
Vendredi 15 MARS 2019 – 10h & 13h30

Palais des Beaux-Arts de Charleroi :
Vendredi 5 AVR. 2019 – 10h30 et 13h30
Samedi 6 AVR. 2019 – 20h
Dimanche 7 AVR. 2019 – 16h

RESERVEZ VOTRE PLACE Ă  CHARLEROI

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Ayrton Simpelaere dirige cette nouvelle production d’après Don Quichotte de Jules Massenet (DR)

 
 
 

 
 
 

DVD, compte rendu, critique. Joseph Bodin de Boismortier : Don Quichotte chez la duchesse (Santon, Niquet, 2015. 1 dvd Alpha)

don quichotte chez la duchesse boismortier herve niquet shirley et dino corinne et gilles benizio dvd critique compte rendu critique dvd classiquenewsDVD, compte rendu, critique. Joseph Bodin de Boismortier : Don Quichotte chez la duchesse (Santon, Niquet, 2015. 1 dvd Alpha). Les comiques composant duo, avec une truculence bon enfant dĂ©sormais populaires, Charlie et Dino, entendez Mr et Mme Benizio reprennent ici du galon et s’encanaillent brut chez le baroque emperruquĂ© XVIIIè, Boismortier, digne contemporain de Rameau. On leur doit dĂ©jĂ  d’avoir sĂ©vi pour King Arthur (2008) et La Belle HĂ©lène (2012), leur dernier avatar s’appelle ici Don Quichotte. CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Théâtre de Metz (janvier 2015), le spectacle rĂ©pète tout un système dĂ©jĂ  observĂ© dans les rĂ©alisations antĂ©rieures. Grotesque et burlesque, gags et incidents faussement imprĂ©vus (dont la Duchesse hystĂ©rique suspendue au dessus de la scène) revisitent ainsi une partition emblĂ©matique du Concert Spirituel et de son fondateur et chef volontiers provocateur (mais pas toujours très fin), … HervĂ© Niquet : le chef dirige son collectif prĂŞt Ă  le suivre dans le comique gentillet, avec lequel au dĂ©but de l’aventure musicale, il avait dĂ©jĂ  abordĂ© cette partition Ă©clectique depuis 1988 : c’est donc la reprise d’un ouvrage emblĂ©matique des interprètes ici rĂ©unis qui Ă  Versailles, sous les ors de la sublime salle de l’opĂ©ra Gabriel, pur style Louis XV, vivent comme une manière de …. consĂ©cration.

Lorrain de naissance, Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755) sait pĂ©nĂ©trer les salons de l’Ă©lite parisienne (grâce Ă  une solide rĂ©putation de faiseur de Sonates raffinĂ©es (plusieurs livres de Sonates pour flĂ»tes et cantates, Ă©ditĂ©es et prisĂ©es Ă  Paris) ; il sait aussi imposer un tempĂ©rament taillĂ© pour le drame et la comĂ©die comme chef d’orchestre aux Foires Saint-Laurent (citĂ©e dans le spectacle Ă  Versailles) et Saint-Germain, dans ses trois opĂ©ras-ballets : Les voyages de l’Amour (1736), Daphnis et Chloé (1747) et donc ce Don Quichotte chez la Duchesse (crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique en fĂ©vrier 1743, soit Ă  une Ă©poque oĂą Rameau ne tarde pas Ă  ĂŞtre reconnu comme le compositeur le plus important de son temps, et donc nommĂ© compositeur officiel de la Cour de Louis XV… en 1745). Le livret signĂ© du gĂ©nial Charles-Simon Favart, auteur du sublime Arlequin-Dardanus de 1740 ou La Querelle des Théâtres, ou la Veuve d’Ephèse (VOIR notre clip vidĂ©o), rassemble toutes les pĂ©ripĂ©ties et les sĂ©quences d’une perle bouffone dans le pur esprit parisien de la Foire. A la façon des grandes enchanteresses et magiciennes amoureuses que l’OpĂ©ra met en scène, la Duchesse reçoit ici Quichotte, et souhaite le retenir en suscitant une sĂ©rie de tableaux illusoires propre Ă  capter sa curiositĂ©, saisir et capturer sa ridicule loyautĂ© Ă  DulcinĂ©e… HystĂ©rique, colĂ©rique, la Duchesse ne cesse de sĂ©duire le chevalier espagnole et voudrait l’Ă©pingler Ă  son tableau de chasse. Mais face Ă  l’imagination dĂ©bordante et dĂ©lirante de la sĂ©ductrice, le chevalier illuminĂ©, demeure fidèle Ă  DulcinĂ©e. Sa constance est saluĂ©e dans une conclusion oĂą les petits esprits critiques cĂ©lèbrent une telle constance.

HervĂ© Niquet depuis 1988, avait repris Don Quichotte en version scĂ©nique en 1996, avant la tournĂ©e 2014/2015 comptant plusieurs lieux comme ici Ă  Versailles, dans l’Ă©crin très officiel de l’OpĂ©ra royal. Ce qui fonctionnait mieux chez Arthur, s’Ă©puise dans ce Quichotte dont le grille de lecture rĂ©pète les procĂ©dĂ©s dĂ©jĂ  vus : dĂ©calages, gags hors musique et pitreries potaches (le chef chante mĂŞme en attendant le train…. sifflet en bouche; puis joue la comĂ©die en costume grandguignol : d’abord en Quichotte lui-mĂŞme, refusant d’ailleurs au dĂ©but de rendre la lance du chevalier, puis en torĂ©ador des faubourgs), exacerbation du comique (originellement parodique chez Boismortier). Ravi d’ĂŞtre surpris et parfois dĂ©contenancĂ©, le public, s’encanaille, surpris et amusĂ© de voir un maestro se parodier lui-mĂŞme (qui prend prĂ©texte du théâtre et du divertissement dans l’opĂ©ra pour offrir plusieurs parodies symphoniques, intermèdes divers et totalement dĂ©lurĂ©s pour combler un vide dans le dĂ©roulement de la soirĂ©e). Est-ce que cela sert pour autant la lisibilitĂ© de la partition ? Pas vraiment. Mais le narcissisme des interprètes lui est exposĂ©, valorisĂ©, flattĂ© (on sait jouer nous madame). Mais alros que l’entrain bas son plein, on aurait souhaitĂ© alors plus de dĂ©lire dans l’opposition bon enfant et la concurrence complice Ă  laquelle se livrent le chef en fosse et le Duc/Dino.
Pourtant la verve est bien prĂ©sente (et se suffit Ă  elle-mĂŞme) dans une partition qui cisèle des mĂ©lodies prenantes, avec une prĂ©cision et un raffinement que n’auraient pas reniĂ© les grands baroques français, dont Rameau ou Dauvergne. PrĂ©cisĂ©ment Boismortier connaĂ®t son Rameau : son sens dramatique, l’Ă©conomie et l’intelligence dans l’enchaĂ®nement des Ă©pisodes : poĂ©tiques, satiriques, graveleux, hĂ©roĂŻques et sentimentales… convainquent absolument. Le compositeur maĂ®trise sans rĂ©serve les enjeux du théâtre.

 

 

Hervé Nique en perte de poésie ressuscite le joyau de Boismortier

Gags et saillies potaches font-ils un spectacle complet ?

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Osons dire que le geste du chef depuis 1988 et 1996 s’est …. caricaturĂ© : nerveux, tranchant, vif pas toujours très articulĂ©, parfois droit et martial; plutĂ´t prĂ©cipitĂ© et expĂ©ditif. Comme on aurait aimĂ© plus de tendresse, de sensualitĂ© trouble, de douceur, de mystère. De poĂ©sie. Certes mĂŞme si le sujet reste majoritairement comique, la musique et certains passages auraient gagnĂ© Ă  ĂŞtre plus mĂ©lancoliques et introspectifs : comme par exemple, le solo de la Duchesse parodiant un air pastoral de Rameau (avec flĂ»te obligĂ©e), assise sur sa balançoire, portĂ©e par un angĂ©lisme tendre et sĂ©ducteur : pour se jouer de la naĂŻvetĂ© (et de la loyautĂ©) du Chevalier Quichotte, la duchesse aimerait tant le dĂ©griser et le sĂ©duire pour qu’il soit enfin infidèle Ă  sa DulcinĂ©e, si souvent sollicitĂ©e… A trop vouloir nous dĂ©montrer la saveur facĂ©tieuse de l’ouvrage, le chef tend Ă  en rĂ©duire la perception, car Boismortier est aussi ambivalent que Rameau : comique et nostalgique. Favart a façonnĂ© un livret plein de pĂ©ripĂ©ties dont les astuces visuelles et les Ă©pisodes dramatiques annoncent indiscutablement et Monty Pyhton et aussi la comĂ©die musicale française (d’ailleurs, le choeur n’hĂ©site pas Ă  basculer l’un des divertissements dans une parodie Ă  la Michel Legrand). Autre rĂ©ussite incontestable la traversĂ©e sur un cheval de bois (Ă  bascule) des deux hĂ©ros (Quichotte et Pancha) qui yeux bandĂ©s Ă©prouvent une sĂ©rie d’Ă©pisodes spectaculaires, musicalement finement caractĂ©risĂ©s (tempĂŞte et chevauchĂ©e avant de vaincre un monstre, nain puis gĂ©ant…).

boismortier critique compte re rendu critique concert classiquenews_don-quichotte-montPourtant on remarque illico les beautĂ©s de cette partition mĂ©connue, qui prĂ©figure par son intelligence et son acuitĂ© dramatique, les meilleures perles de l’opĂ©ra comique Ă  venir : ouverture dense, vitalitĂ© des contrastes poĂ©tiques d’un tableau Ă  l’autre, chaconne finale… Parmi les joyaux de cette rĂ©vĂ©lation, retenons l’air de conclusion de la Japonaise dĂ©fendu par la soprano Chantal Santon dont la voix ample et agile, brillante et charnue, malgrĂ© son articulation encore perfectible convainc, sĂ©duit, saisit mĂŞme par son brio dĂ©lirant et nuancĂ©. La soprano incarne une Duchesse dĂ©jantĂ©e, prĂŞte Ă  tout pour dĂ©niaiser le preux mystique dont la fidĂ©litĂ© Ă  DulcinĂ©e l’agace prodigieusement. Chantal Santon est le pilier de cette vision dĂ©lirante et rien que comique. HĂ©las, l’autre protagoniste qui devait ĂŞtre un pilier lui aussi, François-Nicolas Geslot, déçoit continĂ»ment : faiblesse de sa prĂ©sence scĂ©nique, voix Ă  la ligne alĂ©atoire aux aigus tendus et serrĂ©s, surtout style et intonation uniformes d’un bout Ă  l’autre, son Quichotte pas assez humain, trop caricatural, est le maillon faible de la production. Visiblement la soirĂ©e de la captation n’Ă©tait pas le soir du tĂ©nor.

Parmi les autres rĂ´les : distinguons le Pancha très vocal et bien chantant de Marc Labonnette ; comme l’excellent Merlin de Virgile Ancely ; la paysanne de Marie-Pierre Wattiez (qui chantait le rĂ´le dĂ©jĂ  en 1996 : c’est elle que l’on fait passer pour DulcinĂ©e pour fixer Quichotte Ă  la Cour ducale. Son parler vrai et son dialecte de vraie maraĂ®chère du village produisent le contraste idĂ©al avec le monde hĂ©roĂŻque hĂ©bĂ©tĂ© de Quichotte ; l’amante d’Agathe Boudet au charme bien trempĂ© qui Ă©lève le niveau scĂ©nique souvent potache. Le berger sĂ©ducteur et lascif du sopraniste Charles Barbier... En duc, le corĂ©alisateur de la mise en scène Dino soi-mĂŞme, dans un rĂ´le parlĂ©, affirme un naturel sĂ»r et très rodĂ©, une bĂŞte de scène, faussement benĂŞt, possĂ©dant un vrai mĂ©tier théâtral. Indiscutable.

Dans une mise en scène aux costumes gĂ©nĂ©reux, et contrastes dramatiques favorisĂ©s, la production sait sĂ©duire le public, souvent de façon un rien racoleuse. L’inattendu nĂ© de la prĂ©sence des comiques dĂ©lirants dans un théâtre baroque raffinĂ©, peut sĂ©duire. N’empĂŞche on a dĂ©jĂ  vu tout cela, et les ficelles de ce comique potache dĂ©tourne l’attention du public des vraies attraits d’une partition savoureuse, plus raffinĂ©e et ambivalente qu’il n’y paraĂ®t. MalgrĂ© l’excellente Chantal Santon, notre apprĂ©ciation est donc rĂ©servĂ©e.

DVD, compte rendu, critique. Joseph Bodin de Boismortier : Don Quichotte chez la duchesse.
Ballet comique en trois actes, livret de Charles-Simon Favart
CrĂ©Ă© Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique, le 12 fĂ©vrier 1743

Mise en scène : Corinne et GIlles Benizio
DĂ©cors : Daniel Bevan
Costumes : AnaĂŻs Heureaux et Charlotte Winter
Lumières : Jacques Rouveyrollis
Chorégraphie : Philippe Lafeuille

Don Quichotte : François-Nicolas Geslot
Sancho Pança : Marc Labonnette
Altisidore / La Reine du Japon : Chantal Santon-Jeffery
Montésinos / Merlin / Le Traducteur: Virgile Ancely
La Paysanne : Marie-Pierre Wattiez
Une Amante / Une Suivante : Agathe Boudet
Un Amant : Charles Barbier

Le Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction

Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles en fĂ©vrier 2015. 1 dvd Alpha.

Compte rendu, concert. Montpellier, le 17 juillet 2015. Boismortier : Don Quichotte chez la duchesse. Le Concert Spirituel, Hervé Niquet.

Pour les vacanciers et baroudeurs de juillet, Montpellier est avant tout la plage… Palavas-les-Flots, Carnon ou La Grande Motte attirent dans les pourtours mĂ©diterranĂ©ens. Et pourtant aussi Montpellier, c’est une ville-Ă©tat mĂ©diĂ©vale, la Place Royale du Peyrou, la toute première universitĂ© de MĂ©decine, le MusĂ©e Fabre et, bien entendu, la musique. 30 ans sont passĂ©s vite pour le Festival de Radio France et Montpellier. Source de crĂ©ations, de rĂ©surrections, de rĂ©vĂ©lations, le Festival de Montpellier est devenu en trois dĂ©cennies l’aorte musicale des Ă©tĂ©s MĂ©diterranĂ©ens. Cette annĂ©e, Montpellier accueillait Ă  l’OpĂ©ra-ComĂ©die et au Corum, la fine fleur des ensembles et des voix. Avec deux recrĂ©ations du XIXème siècle et deux rĂ©surrections baroques, la 30ème Ă©dition a assurĂ© les surprises.

 

 

 

Festival de Radio France et Montpellier : la trentaine florissante !

 

 

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Le Rire. L’OpĂ©ra-ComĂ©die accueillait la production de Don Quichotte chez la Duchesse de Joseph Bodin de Boismortier, dans une reprise des productions de Metz et de l’OpĂ©ra Royal de Versailles. Cette mouture, est la deuxième incursion de Corinne et Gilles Benizio dans l’opĂ©ra baroque après le fastueux King Arthur de Purcell, toujours avec le Concert Spirituel et HervĂ© Niquet. Ce couple venant du théâtre est plus connu par leurs sketches grimĂ©s en Shirley et Dino. Mythiques dans le panthĂ©on populaire, Corinne et Gilles Benizio offrent une vision pointilleuse et lĂ©gère du spectacle lyrique. Que l’on ne s’y mĂ©prenne pas, cette vision nous a semblĂ© juste et aboutie, la potion magique dont avait sacrĂ©ment besoin la fatuitĂ© de la scène opĂ©ratique.  Quand on parle de comĂ©die, en France, souvent ça sonne faux aux oreilles des publics vieillissants et conservateurs. La comĂ©die, n’en dĂ©plaise, n’est pas simplement l’apanage des longues tirades de Lope de Vega ou des facĂ©ties de Molière ou autres Goldoni voire Ionesco ou Fo. Le propre du comique est de grossir les traits et dĂ©montrer par le rire que la vie n’est qu’une suite de ridicules, voulus ou pas; la gravitĂ© est un acte manquĂ© de la vie. Pour vivre en paix, il faut savoir rire, et surtout rire de soi.

boismortier don quichotte chez la duchesse Opera-ballet-La-rejouissante-exuberance-de-Don-Quichotte-chez-la-duchesse_article_popinDon Quichotte chez la Duchesse, avec un livret du grandiose Charles-Simon Favart, est une fable intĂ©ressante, issue du dĂ©lirant chevalier de Cervantes. Favart et Boismortier ont fignolĂ© un Ă©pisode efficace proche du théâtre de l’absurde.  Ce gĂ©nial tandem a crĂ©Ă© un objet unique, qui nous offre l’opportunitĂ© de veiller Ă  ne pas sombrer dans la folie du sĂ©rieux et rire de nous mĂŞmes. Favart et Boismortier ont tirĂ© les leçons essentielles du Don Quichotte de Cervantes, dans cette production Corinne et Gilles Benizio aussi. Ils ont accompli, avec respect, ce que d’autres membres de “l’establishment” lyrique auraient pu rendre lourd et pontifiant ; ils nous ont rendu le Quijote originel de Cervantes, celui qui brave le ridicule pour servir la cause de l’amour. Dans cette mise en scène, Corinne et Gilles Benizio nous ont fait sentir leur amour profond pour la musique lyrique. Merci Ă  eux.

A leurs cĂ´tĂ©s, HervĂ© Niquet se prĂŞte au plaisir de divertir et de jouer un rĂ´le plus que musical dans la production. Il interpelle tellement il joue bien. Musicalement, le Concert Spirituel dĂ©ploie toutes les couleurs dignes de cette oeuvre, alliant l’exotisme, la parodie, l’enthousiasme et, quelque fois un hĂ©roĂŻsme dramatique Ă  la Française.

Côté voix, Emiliano Gonzalez Toro remplace François Nicolas Geslot. Il incarne un Quichotte lunaire, très à même de grimer la folie, ayant un sens du comique tout en subtilité. La voix est grande et belle, avec des moments de pure beauté qui mettent en avant la musique inspirée de Boismortier.

Chantal Santon, sublime en Virago et en enchanteresse dĂ©guisĂ©e. Sa voix pourfend telle une Ă©pĂ©e d’argent les difficultĂ©s semĂ©es par Boismortier et s’en tire avec de l’or patinĂ© dans les graves, un torrent diamantin dans les aigus.

Les deux loufoques Sancho et Merlin, campés par Marc Labonnette et Joao Fernandes sont enivrants de drôlerie comme stupéfiants de talent dans les airs.

Camille Poul et Charles Barbier sont charmants ; ils ajoutent une belle cerise sur ce délicieux dessert lyrique.

Les danseurs de la Compagnie La Feuille d’Automne de Philippe Lafeuille ajoutent la grâce, l’humour et la beautĂ© Ă  cette production très complète.

Il est insoutenable de ne pas rire et d’apprĂ©cier ce Don Quichotte qui nous revient d’un extraordinaire voyage dans le temps. Mais pour les quelques dĂ©tracteurs Ă  la censure facile, nous rĂ©pondrons la belle phrase de l’Ingenioso Hidalgo de Cervantes: “Sancho, los perros ladran, quiere decir que vamos avanzando.” (“Sancho, les chiens aboient, ça veut dire qu’on avance ».)

Compte rendu, concert. Montpellier, le 17 juillet 2015. Boismortier : Don Quichotte chez la duchesse. Le Concert Spirituel, Hervé Niquet.

Don Quichotte – Emiliano Gonzalez Toro
Sancho Pança – Marc Labonnette
Altisidore/ La Duchesse/La reine du Japon – Chantal Santon Jeffery
Montesinos/Merlin / Le traducteur – Joao Fernandes
Le Duc / Le Japonais – Gilles Benizio (“Dino”)
La Danseuse espagnole – Corinne Benizio (“Shirley”)
Une paysanne, Une Amante, Le “Joli sapajou” – Camille Poul
Un Amant – Charles Barbier

Mise en scène – Corinne et Gilles Benizio (alias Shirley et Dino)
ChorĂ©graphie – Philippe Lafeuille
DĂ©cors – Daniel Bevan
Lumières – Jacques Rouveyrollis
Costumes – Charlotte Winter & AnaĂŻs Heureaux

Le Concert Spirituel, dir. Hervé Niquet
Cie La Feuille d’Automne

 

 

France Musique. Concert Richard Strauss par Chailly, le 14 janvier 2015, 14h.

richard-strauss-102~_v-image360h_-ec2d8b4e42b653689c14a85ba776647dd3c70c56logo_francemusiqueFrance Musique. Concert Richard Strauss par Chailly, le 14 janvier 2015, 14h. Au programme : 3 pièces orchestrales de Richard Strauss : les poèmes Symphoniques, Mort et transfiguration, Tod und verklärung opus 24, Till l’Espiègle et Don Quixote opus 35. Le concert dirigĂ© par Riccardo Chailly (Gewandhaus de Leipzig, juin 2014 pour le centenaire Strauss)… est copieux en soulignant la verve et le lyrisme parfois exubĂ©rant du symphoniste Richard Strauss. C’est bien le plus grand compositeur pour l’orchestre avec Mahler Ă  l’extrĂŞme fin du XIXè et au tout dĂ©but XXè. D’autant que ses expĂ©rimentations prĂ©parent ici Ă  l’aventure lyrique qui suit, l’une des plus passionnantes de la première moitiĂ© du XXème siècle. En regroupant 3 poèmes symphoniques de Strauss, Riccardo Chailly dĂ©voile l’inspiration et la maĂ®trise du compositeur bavarois dans un genre qu’il a servi mieux que personne Ă  son Ă©poque. Au tĂ©nĂ©briste et introspectif Mort et transfiguration rĂ©pondent la verve tendre des deux sommets pour l’orchestre que sont Till l’Espiègle et Don Quichotte dont Strauss fait deux hĂ©ros, le premier Ă  l’inĂ©narrable fureur de vivre, le second d’une humanitĂ© dĂ©risoire puis philosophe.

Mort et transfiguration est nĂ© de la pure imagination d’un Strauss bercĂ© par les rĂŞves et les passions romantiques. Rien donc d’autobiographique dans cette expĂ©rience musicale de la mort, Ă©prouvĂ©e selon le sujet narrĂ© par Romain Rolland par un mourant sur son lit d’agonie : alors qu’expirant, le malade angoisse mais rĂŞve aussi et songe Ă  son enfance, aux exploits de la maturitĂ© comme aux dĂ©sirs non encore exaucĂ©s, la mort surgit enfin en criant “halte”. Après une lutte inĂ©gale, le mourant succombe et du ciel rĂ©sonne sa rĂ©mission tant attendue sur les mots prononcĂ©s telle une dĂ©livrance : “RĂ©demption, transfiguration”.
Strauss voulait prolonger comme un exercice et un dĂ©fi personnel, les trouvailles rĂ©alisĂ©es par ses poèmes prĂ©cĂ©dents : Macbeth (dĂ©but et fin en rĂ© mineur), Don Juan (mi majeur initial mais mi mineur final) auquel rĂ©pond ainsi la performance nouvelle de Mort et RĂ©surrection dĂ©butant en ut mineur mais s’achevant dans la lumière souveraine et spirituelle de l’ut majeur. ComposĂ©e entre 1887 et 1888, la partition est crĂ©Ă©e le 21 juin 1890 sous la direction de Strauss Ă  Eisenach. Et dĂ©jĂ  le critique Eduard Hansslick pouvait anticiper le succès lyrique de Strauss en avouant son admiration pour cette Ĺ“uvre qui mène droit sur la voie du drame en musique. DurĂ©e : 25 ou 26 mn selon les versions.

Till Eulenspiegel, Till l’Espiègle, opus 28. Le Till dont s’empare Strauss n’a ni la superbe hĂ©roique du hĂ©ros historique, paysan agitateur au XIVè en Allemange du nord et qui meurt de la peste noire. Ce n’est pas non plus ce glorieux rebelle opposĂ© Ă  Charles Quint dans les Flandres soumises aux Habsbourg… Rien de cela, mais la figure archĂ©typale d’un luron facĂ©tieux et provocateur, lutin sĂ©ditieux qui sous les coup d’un orchestre vengeur et moral, meurt sur le gibet.
Le forme du rondeau revendiquĂ© par Strauss, alternant refrain et couplet, structure toute la narration du poème, comme des Ă©pisodes très identifiĂ©s. ComposĂ© en 1895, la partition est crĂ©Ă©e Ă  Cologne en novembre de la mĂŞme annĂ©e, puis Munich et Vienne (janvier 1896) par Strauss et Richter, suscitant un immense succès : lĂ  encore la verve dramatique du conteur Strauss galvanise les esprits et offre Ă  l’orchestre, l’une de ses partitions romantiques les plus virtuoses. DurĂ©e : 14 ou 15 mn selon les versions : c’est le poème symphonique le plus court du catalogue straussien.

La Femme sans ombre de Richard StraussDon Quichotte / Don Quixote opus 35 est composĂ© d’abord Ă  Florence dès octobre 1896 puis n’est pleinement achevĂ© qu’en dĂ©cembre 1897. Si les crĂ©ations allemandes (Cologne puis Francfort sur le Main par Strauss en mars 1898) sont favorables, la crĂ©ation parisienne aux Concerts Lamoureux en 1900, indigne l’assistance (tĂ©moignage de Romain Rolland), par son caractère bouffon et comique qui renoue avec la vitalitĂ© insolente et si exaltante/tĂ©e de Till l’Espiègle. En 1900, Ă  33 ans, Strauss est au sommet de ses possibilitĂ©s : il obtient tout ce qu’il veut de l’orchestre dont il fait le miroir prĂ©cis et enivrant des moindre nuances de l’âme humaine. Strauss dĂ©veloppe une fantaisie dĂ©bridĂ©e et fantastique sur le sujet chevaleresque : le violoncelle solo incarne l’antihĂ©ros Ă  la triste figure qui semble par sa tendresse Ă©pique et son hĂ©roĂŻsme dĂ©calĂ©, incarner la dĂ©risoire destinĂ©e des hommes. L’alto de Sancho Pancha lui donne la rĂ©plique. En auteur cultivĂ© et raffinĂ©, donc moins provocateur lui-mĂŞme que ce qui a Ă©tĂ© dit et Ă©crit sur la partition, Strauss cite Cervantes Ă  l’entrĂ©e de chaque tableau. En tout 9 variations qui expriment plus qu’elles n’illustrent le souffle de la fable Ă  la fois hilarante et tragique, comique et sentimentale du Chevalier Ă©conduit et vaincu… La belle DulcinĂ©e, l’IdĂ©al, le dernier combat contre le chevalier de la blanche lune,… la partition n’omet aucun des grands combats de la vie d’un idĂ©aliste inspirĂ© voire hallucinĂ©. La fin est troublante et d’une grandeur tragique irrĂ©sistible : après sa dĂ©faite, Don Quichotte renonce Ă  tout, devient berger et philosophe, voit sa mort et accepte la dĂ©livrance finale sur l’accord de rĂ© majeur. ApothĂ©ose orchestrale inouĂŻe d’un soldat de la vie qui a gagnĂ© l’Ă©ternitĂ© du salut. Bavard mais sincère, contrastĂ© et pĂ©tillant mĂŞme mais profond, Strauss signe dans Don Quichotte sa meilleure oeuvre symphonique concertante, offrant au genre du poème symphonique, une ampleur de vue, une justesse poĂ©tique rarement aussi bien rĂ©ussies. Attention chef d’oeuvre ! Et pour tout amateur de symphonisme, une expĂ©rience exaltante. DurĂ©e : Entre 38 et 40 mn selon les versions. On sait la passion de Karajan pour cette Ĺ“uvre qu’il en a enregistrĂ© Ă  plusieurs reprises : c’est dire l’hommage immense du chef au compositeur. Karajan en digne interprète fait de la partition et du mythe chevaleresque, une odyssĂ©e  symphonique existentielle dont les rebonds et ressentiments s’expriment dans le chant de l’orchestre.

richard-strauss-102~_v-image360h_-ec2d8b4e42b653689c14a85ba776647dd3c70c56logo_francemusiqueFrance Musique. Concert Richard Strauss par Chailly, le 14 janvier 2015, 14h. Au programme : 3 pièces orchestrales de Richard Strauss : les poèmes Symphoniques, Mort et transfiguration, Tod und verklärung opus 24, Till l’Espiègle et Don Quixote opus 35.

Télé,Arte, ce soir: Don Quichotte de Noureev, 20h45

Télé,Arte, ce soir: Don Quichotte de Noureev, 20h45

Ballet filmé

Le Don Quichotte de Noureev

Arte, vendredi 4 janvier 2013 Ă  20h50

O6ApuyjMRD_201313SKAU355K9TCervantès inspire Noureev. En 1981, Noureev qui danse le rĂ´le de Basile dans sa nouvelle chorĂ©graphie, entre autres dĂ©jĂ  applaudie alors Ă  l’OpĂ©ra de Vienne, fait entrer le ballet Don Quichotte Ă  l’OpĂ©ra de Paris: c’est un nouveau choc esthĂ©tique, alliant grâce, ardeur, souplesse, nervositĂ©. Dans les dĂ©cors inspirĂ© de Goya, les Ă©toiles 2012: Karl Paquette, DorothĂ©e Gilbert, Marie-Agnès Gillot et Ludmila Pagliero rĂ©activent la beautĂ© d’un spectacle devenu emblĂ©matique de l’art français de la danse, dĂ©fendu par le Corps de Ballet de l’OpĂ©ra national de Paris.

Don Quichotte. ChorĂ©graphie de Noureev d’après Petipa. OpĂ©ra Bastille, dĂ©cembre 2012. Musique Ludwig Minkus. Kevin Rhodes, direction musicale. En lire +