COMPTE-RENDU, critique opéra. PARIS, TCE, le 17 fev 2020. R. Strauss : La Femme sans ombre. M. Volle, Y Nézet-Séguin / v. de concert

nezet-seguin-yannick-opera-concert-classiquenews-portrait-critique-cdCOMPTE-RENDU, critique opĂ©ra. PARIS, TCE, le 17 fev 2020. R. Strauss : La Femme sans ombre. Yannick NĂ©zet-SĂ©guin / v. de concert. Le tout-Paris lyrique semble s’ĂȘtre donnĂ© rendez-vous au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es pour l’un des concerts les plus attendus de la saison, la saisissante Femme sans ombre (1919) de Richard Strauss. DĂšs les premiĂšres mesures de cet ouvrage hors normes (voir notre prĂ©sentation : http://www.classiquenews.com/yannick-nezet-seguin-dirige-la-femme-sans-ombre-de-r-strauss/ ) et rarissime en France, l’ensemble plĂ©thorique des forces rĂ©unies gronde et impose la concentration : l’assistance venue en nombre semble Ă©couter comme un seul homme le rĂ©cit symbolique et initiatique de cette femme en quĂȘte d’humanitĂ©, sur fond d’éclat orchestral digne du Strauss de la Symphonie alpestre contemporaine (1915). Si le livret n’évite pas un certain statisme, expliquant le recours Ă  une version de concert (comme Ă  Verbier l’an passĂ© https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-verbier-le-22-juil-2019-strauss-die-frau-ohne-schatten-la-femme-sans-ombre-siegel-gergiev/ ), le souffle straussien emporte tout sur son passage, en mĂȘlant avec virtuositĂ© toutes les ressources orchestrales Ă  sa disposition.

Avec une prĂ©sence aussi prĂ©pondĂ©rante de l’orchestre, on comprend pourquoi les plus grands chefs du passĂ© ont pu s’intĂ©resser Ă  ce chef d’oeuvre (Karajan, Böhm, Solti ou Sinopoli : voir notre prĂ©sentation de la discographie incontournable https://www.classiquenews.com/richard-strauss-la-femme-sans-ombre-1919-herbert-von-karajan-1964-3-cd-deutsche-grammophon/ ), avant Yannick NĂ©zet-SĂ©guin aujourd’hui. Le grand chef quĂ©bĂ©cois livre ici une lecture trĂšs personnelle, qui en dĂ©route manifestement plus d’un Ă  l’entracte, au vue des commentaires entendus : l’architecture globale et la robustesse allemande sont ici lissĂ©es au profit d’un geste plus souple et aĂ©rien, un rien sĂ©quentiel – le tout en des tempi trĂšs vifs dans les verticalitĂ©s. Les passages plus lents montrent davantage d’attention Ă  la respiration, notamment la construction admirablement Ă©tagĂ©e des crescendos, mĂȘme si l’on pourra ĂȘtre déçu par le peu de relief des alliages de timbres morbides, proches de la maniĂšre du Schreker du Son lointain (1910). Comme souvent avec NĂ©zet-SĂ©guin, on a lĂ  une lecture d’une grande classe, au service du moindre dĂ©tail – le tout bien servi par un Orchestre philharmonique de Rotterdam entiĂšrement acquis Ă  sa cause, lui qui en a Ă©tĂ© le directeur musical de 2008 Ă  2018. On note toutefois quelques faiblesses pour cette formation, au niveau des bois (d’un bon niveau, sans approcher l’excellence du Concertgebouw d’Amsterdam) ou des premiers violons (Ă©tonnant ratage dans les frĂ©missements pianissimi Ă  la limite de la tonalitĂ© au III). Le chef quĂ©bĂ©cois parvient toutefois Ă  tirer le meilleur de cette phalange d’une parfaite cohĂ©sion en dehors des quelques rĂ©serves exprimĂ©es, par ailleurs bien servie par un chƓur de premier ordre, trĂšs prĂ©cis dans la diction.

Sous la baguette de NĂ©zet-SĂ©guin
l’immense Barak de Michael Volle


Si l’ouvrage est aussi rare dans nos contrĂ©es, c’est qu’il nĂ©cessite une distribution Ă  mĂȘme de se confronter aux forces orchestrales de plus en plus dĂ©chainĂ©es au fil de la soirĂ©e : le ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es relĂšve le dĂ©fi haut la main, malgrĂ© la prestation trĂšs inĂ©gale de Michaela Schuster. La mezzo bavaroise compense ses faiblesses techniques, notamment un medium peu nourri, par des couleurs mordantes et surtout des qualitĂ©s thĂ©Ăątrales en phase avec son rĂŽle de Nourrice intrigante. Si l’on peut regretter que certains aigus soient arrachĂ©s au forceps, la sincĂ©ritĂ© et l’investissement de cette chanteuse lui permettent de compenser ses dĂ©faillances vocales. Rien de tel pour la convaincante Elza van den Heever, vivement applaudie pour sa soliditĂ© de la ligne sur toute la tessiture et sa projection puissante – mĂȘme si les piani font entendre un timbre plus mĂ©tallique, du fait d’une Ă©mission serrĂ©e. On peut faire le mĂȘme reproche Ă  l’Empereur de Stephen Gould, qui manque de chair, mais d’une dignitĂ© sans faille dans ses phrasĂ©s. Le grand seigneur de la soirĂ©e reste toutefois l’immense Barak de Michael Volle, Ă  qui NĂ©zet-SĂ©guin rĂ©serve une accolade des plus chaleureuses en fin de reprĂ©sentation : l’art des phrasĂ©s, oĂč chaque mot est poli au service du verbe, n’a d’égal que la justesse des moyens, toujours parfaitement en place, y compris dans les passages les plus ardus au III. C’est prĂ©cisĂ©ment dans ce dernier acte que Lise Lindstrom montre quelques signes de fatigue, notamment quelques stridences dans l’aigu. C’est d’autant plus excusable que sa prestation avait jusque-lĂ  tutoyĂ©e les sommets d’une insolente aisance, mĂȘlant subtilement rondeur d’émission et intensitĂ© dans l’incarnation. Une grande soirĂ©e, accueillie par les applaudissements enthousiastes du public parisien, toujours aussi expressif dans la manifestation de son contentement, y compris lors du rappel Ă  l’ordre de l’un des spectateurs Ă  l’encontre de celui qui avait osĂ© manifester son plaisir un peu tĂŽt, Ă  peine les derniĂšres mesures achevĂ©es au I !

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. PARIS, ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, le 17 fĂ©vrier 2020. Richard Strauss : La Femme sans ombre. Stephen Gould (L’Empereur), Elza van den Heever (L’ImpĂ©ratrice), Michaela Schuster (La Nourrice), Michael Volle (Barak), Lise Lindstrom (La teinturiĂšre), Michael Wilmering (Le borgne), Nathan Berg (Le manchot), Andreas Conrad (Le bossu), Thomas Oliemans (Le messager des esprits), Bror Magnus TĂždenes (La vision d’un jeune homme), Katrien Baerts (La voix du faucon), Rotterdam Symphony Chorus, MaĂźtrise de Radio France, Sofi Jeannin (chef de chƓur), Rotterdams Philharmonisch Orkest, Yannick NĂ©zet-SĂ©guin (direction musicale) / version de concert. A l’affiche du ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es le 17 fĂ©vrier 2020, puis Ă  Dortmund et Rotterdam les 20 et 23 fĂ©vrier 2020. Photo : Yannick NĂ©zet-SĂ©guin © hans-van-der-woerd

COMPTE-RENDU, opéra. VERBIER, le 22 juil 2019. STRAUSS : Die Frau ohne Schatten (la Femme sans ombre). Siegel
 /Gergiev.

Richard Strauss, un "gĂ©nie contestĂ©"COMPTE-RENDU, opĂ©ra. VERBIER, le 22 juillet 2019. Richard STRAUSS, Die Frau ohne Schatten (la Femme sans ombre). Siegel, Magee, Herlitzius, Baciu, Lundgren, VĂ€relĂ€, Gergiev. Pour n’ĂȘtre pas aussi cĂ©lĂšbre que le Chevalier Ă  la Rose, SalomĂ© ou Elektra, La Femme sans ombre est un chef-d’oeuvre, et on comprend mal que les grandes maisons la programment si rarement. Deux couples, minĂ©s par l’incommunicabilitĂ©, qu’un abĂźme social sĂ©pare, sont au coeur de ce conte fĂ©Ă©rique, philosophique, au lyrisme dense, pour une histoire qu’Hoffmansthal et Strauss inscrivent dĂ©libĂ©rĂ©ment dans la continuation de la FlĂ»te enchantĂ©e. Au terme d’épreuves initiatiques douloureuses, ils seront rĂ©unis dans une humanitĂ© chaleureuse. L’opposition entre l’esprit et la matiĂšre se rĂ©soudra par leur union fertile dans l’homme. Comme Golaud recueillant MĂ©lisande au cours d’une chasse, l’Empereur capture une gazelle, qui se mĂ©tamorphosera en une jeune femme dont il fera l’ImpĂ©ratrice. Elle n’est plus d’essence divine, du royaume des Esprits, sans pour autant ĂȘtre du monde des hommes, oĂč elle s’est aventurĂ©e. Aussi est-elle dĂ©pourvue d’ombre, ici synonyme de fertilitĂ©. Sa nourrice, qui lui est passionnĂ©ment attachĂ©e, s’efforcera de lui acheter l’ombre de la TeinturiĂšre, Ă©galement infertile, Ă©pouse du pauvre Barak.

La quĂȘte de l’ombre

 et de l’humanitĂ©

La programmation de cette Femme sans ombre, au Festival de Verbier, avec une distribution allĂ©chante (Goerner, Stemme etc. dirigĂ©s par Gergiev), y a attirĂ© un nombreux public. Las, quelques jours auparavant, la moitiĂ© des principaux rĂŽles ont dĂ©clarĂ© forfait, ce qui mettait toute la production en pĂ©ril. Les remplaçants, tous wagnĂ©riens et straussiens rĂ©putĂ©s, frĂ©quents partenaires du baryton allemand, ont Ă©tĂ© trouvĂ©s et l’on attendait non sans apprĂ©hension le rĂ©sultat de cette cuisine improvisĂ©e. Ne boudons pas notre plaisir, mĂȘme si certains remplaçants n’ont pas toujours l’épaisseur vocale des chanteurs dĂ©faillants, les premiers se sont totalement investis, d’autant plus engagĂ©s que les conditions Ă©taient difficiles. La production a Ă©tĂ© sauvĂ©e par eux, et nous leur devons une rĂ©elle gratitude. Les Ă©changes de regards entre l’ImpĂ©ratrice et la Nourrice, lors des saluts, traduisaient leur bonheur au terme d’une aventure pĂ©rilleuse, mais aboutie.
Une bonne centaine de jeunes musiciens, venus du monde entier, la moitiĂ© pour la premiĂšre fois, coachĂ©s par quatorze solistes du MET orchestra dans le cadre de l’AcadĂ©mie, vont constituer le Verbier Festival Orchestra. Cette formation Ă©pisodique, annuelle, en renouvellement constant, mue par un engagement sans faille, se hisse au niveau le plus enviable sous la baguette experte de Valery Gergiev. Il rend idĂ©alement toutes les intentions de la partition. Depuis le mystĂšre fĂ©Ă©rique de la fauconnerie (“Ist mein Liebster dahin”), la chaleur de l’intĂ©rieur de Barak, la rage, la passion, la souffrance, l’amour, trouvent une traduction sublime et puissante. Toujours, l’orchestre sĂ©duit et flamboie, dans une extraordinaire richesse de timbres, pour une apothĂ©ose tourmentĂ©e au dernier acte. Les progressions, les Ă©quilibres subtils, les mixtures, les transparences sont rendus avec un art consommĂ©.

Qui de l’ImpĂ©ratrice et de la Nourrice est le personnage clĂ© ? Nous ne trancherons pas. Toutes deux sont aussi riches, la premiĂšre, Emily Magee, est une soprano dramatique. imposante, lumineuse, mystique, humaine, d’une Ă©mission insolente. L’instrument est d’une rare richesse. La voix est charnue, ample, Ă  la plus large tessiture, montant au contre-rĂ©. Si le chant est remarquable, on attendait une progression psychologique plus fouillĂ©e, de la jeunesse Ă  la pleine maturitĂ©. Par-delĂ  son hostilitĂ© au monde des humains, on oublie souvent combine la Nourrice est attachĂ©e aveuglĂ©ment Ă  sa maĂźtresse. Evelyn  Herlitzius lui donne une Ă©paisseur, une vie rĂ©elles. Sa souffrance n’est pas moindre que celle qu’elle inflige aux autres. Son jeu et son chant nous Ă©meuvent, quells que soient ses calculs pour permettre à  celle qui est un peu son enfant d’acquĂ©rir une ombre. La voix est puissante, admirablement projetĂ©e, avec des stridences qui renvoient Ă  Clytemnestre. Miina-Liisa VĂ€relĂ€, soprano dramatique finlandaise, est une des rĂ©vĂ©lations de la soirĂ©e. Elle remplace au pied levĂ© Nina Stemme, dĂ©faillante. Voix puissante, qui passe sans peine au-dessus de l’orchestre, ses moyens sont exceptionnels et la vĂ©ritĂ© de son jeu nous bouleverse. L’épouse dĂ©laissĂ©e, un instant mĂ©gĂšre rebelle et autoritaire, profondĂ©ment aimante, est remarquablement servie par une voix franche, qui sait se faire vĂ©hĂ©mente comme caressante. L’Empereur est Gerhard Siegel, tĂ©nor wagnĂ©rien de classe. La voix est solide, sonore et bien timbrĂ©e, la diction exemplaire. Bogdan Baciu nous vaut un extraordinaire Messager, puissant, autoritaire. La voix est superbe, riche en couleurs. Ses interventions au premier comme au dernier acte sont autant de moments de bonheur. C’est John Lundgren qui remplace Matthias Goerne dans le rĂŽle le plus humain de Barak, courageux, digne, aimant, supportant  l’humiliation et la souffrance. La composition est aboutie, servie par un jeu dramatique convaincant et par une voix qui, pour n’avoir pas la rondeur de celle de Goerne, n’en est pas moins remarquable. Son “Aus einem jungen Mund” nous touche.
Les trois frĂšres – devenus infirmes – de Barak ne sont pas sans rappeler l’interdit qu’arrĂȘtait la franc-maçonnerie ancienne Ă  l’endroit des « trois B » (borgne, bĂšgue, boĂźteux), ce qui n’est certainement pas le fruit du hasard. Chacune de leurs interventions est parfaite, pleinement convaincante : les couleurs, la puissance, la projection sont un rĂ©gal. Les abondants rĂŽles secondaires sont tenus par de jeunes artistes de la Verbier Festival Academy, tous aussi douĂ©s et promis Ă  de belles carriĂšres.
A signaler enfin, des coupures habituelles et nombreuses – particuliĂšrement aux deux derniers actes – pratiquĂ©es par les plus grands chefs (Böhm,  Solti, Karajan
) aucune n’est perceptible (le quatuor du dernier acte, l’ultime intervention des voix des enfants Ă  naĂźtre, sont bien lĂ ). La salle fait un triomphe aux interprĂštes, qui ont bien mĂ©ritĂ© ces longues ovations.

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COMPTE-RENDU, opéra. VERBIER, le 22 juillet 2019. Richard STRAUSS, Die Frau ohne Schatten (la Femme sans ombre). Siegel, Magee, Herlitzius, Baciu, Lundgren, VÀrelÀ, Gergiev.

La Femme sans ombre de Richard Strauss

Strauss richardFrance Musique. En direct du Metropolitan Opera de New York.  Samedi 15 fĂ©vrier 2014, 19h. Richard Strauss : La Femme sans ombre. Anne Schwanewilms (l’ImpĂ©ratrice)… Vladimir Jurowski, direction. Le plus de cette production c’est Ă©videmment les moyens investis pour le plus grand opĂ©ra de Strauss (son ” dernier opĂ©ra romantique “), d’une imagination orchestrale fertile, sauvage et chambriste, c’est Ă  dire wagnĂ©rienne et mozartienne ; un sujet fĂ©Ă©erique et philosophique Ă  l’enseignement plus que compassionnel : humaniste. Dans La Femme sans ombre, le sommet de sa collaboration avec le poĂšte et librettiste Hugo von Hofmannsthal, Strauss qui a dĂ©jĂ  conçu, avec son Ă©crivain fĂ©tiche, Ariadne auf naxos et Le Chevalier Ă  la rose, traite du principe allomatique et fraternel des destins croisĂ©s. Pour sauver l’Empereur son Ă©ternel amant, l’ImpĂ©ratrice, transparente comme une idĂ©e, doit prendre l’ombre d’une mortelle : s’incarner, c’est Ă  dire … souffrir ; mais dans sa quĂȘte Ă©goĂŻste, elle croise la figure du teinturier Barak et de sa femme ; touchĂ©e par la condition mortelle, essentiellement tragique et douloureuse – comment ne pas la dĂ©noncer dans l’Europe Ă  sang de la premiĂšre guerre mondiale-, un miracle se produit : face Ă  l’Ă©preuve de la tentation finale, l’ImpĂ©ratrice refuse de voler l’Ă©pouse, mĂȘme si la vie de l’Empereur en dĂ©pend… elle ne volera pas l’ombre de la misĂ©reuse et causer davantage de souffrance. Formidable symbole d’un humanisme appliquĂ© qui prend tout son sens Ă  l’Ă©poque de la genĂšse de l’opĂ©ra. La Femme sans ombre composĂ©e pendant le conflit mondial, sera crĂ©Ă© aprĂšs la guerre en 1919. De fait, l’orchestre fait entendre les secousses terrifiantes de la barbarie criminelle (lorsque l’ImpĂ©ratrice et sa nourrice descendent parmi les humains), la vaine agitation de la fange humaine embourbĂ©e dans sa trop misĂ©rable existence. A la fois fantastique et fĂ©erique, mais aussi rĂ©aliste et spirituel, La Femme sans ombre est l’un des sommets lyriques du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, et avec Le Chevalier Ă  la rose, l’offrande la plus convaincante Ă©laborĂ©e par le duo Strauss / Hofmannshtal.
A New York, une ImpĂ©ratrice de choc : la straussienne Anne Schwanewilms qui connaĂźt le rĂŽle pour l’avoir dĂ©fendu dĂ©jĂ  Ă  Salzbourg Ă  l’Ă©tĂ© 2011 (festival Ă©minemment straussien sous la direction de Christian Thielemann) et fut aussi Ă  Sazlbourg encore une MarĂ©chale de choc… Pour l’annĂ©e Strauss 2014, la diffusion de cette production Ă©vĂ©nement, sous la direction de l’efficace et prĂ©cis Vladimir Jurowski est incontournable (mise en scĂšne : Herbert Wernicke).

logo_francemusiqueRichard Strauss : La Femme sans ombre, Die Frau ohne schatten, 1919.
France Musique, samedi 15 février 2014 à partir de 19h. En direct

DVD. R. Strauss : La Femme sans ombre (Gergiev, 2011)

Frau-ohne-schatten-richard-strauss-valery-gergiev-dvd-mariinskyDVD. R. Strauss : La Femme sans ombre (Gergiev, 2011). Qui a dit que La Femme sans ombre, l’opĂ©ra fĂ©Ă©rique et fantastique de Strauss et Hofmannsthal Ă©tait impossible Ă  monter et produire ? Il est vrai que son sujet qui relĂšve de la fable philosophique et initiatique (le principe allomatique y est souverain, reliant les destins croisĂ©s du couple impĂ©rial aux simples mortels composĂ© par le teinturier Barak et son Ă©pouse…) se prĂȘte mal Ă  une adaptation scĂ©nique et thĂ©Ăątrale classique, un peu comme La damnation de Faust (moins opĂ©ra, plus ” lĂ©gende dramatique ” selon les propre termes de Berlioz). OpĂ©ra humaniste, conte magique et spirituel, La femme sans ombre reste pourtant une formidable expĂ©rience musicale et lyrique. VoilĂ  une production emportĂ©e par la rage flamboyante de Gergiev qui mĂȘme dans sa rĂ©alisation scĂ©nographique et visuelle emporte l’adhĂ©sion. Depuis sa direction au Mariinski en 1996, Gergiev s’est fait une spĂ©cialitĂ© des oeuvres complexes qui exigent surtout un flamboiement Ă©ruptif voire sauvage Ă  l’orchestre et des voix puissantes mais articulĂ©es.

Flamboiements du Gergiev straussien

CrĂ©Ă© en novembre 2009, la production passe sans problĂšme ni faiblesse le transfert de la scĂšne au petit Ă©cran : dans la mise en scĂšne de Jonathan Kent, les images fĂ©Ă©riques du monde de l’Empereur et de l’ImpĂ©ratrice  voisinent par leur decorum mesurĂ© et orientalisant Ă  cet univers russe, bigarrĂ© et hautement colorĂ©, citant ici le Sacre (dans la version du ballet originel), ou les opĂ©ras asiatiques et fantastiques  Sadko ou  KitĂšge. Le contraste avec la cuisine plĂ©bĂ©ienne d’un HLM miteux, propre au couple mortel du Teinturier fonctionne Ă  merveille : la femme desperate housewife dĂ©sespĂšre dans les tĂąches mĂ©nagĂšres ; sa coquetterie Ă©goiste l’empĂȘche d’Ă©couter son mari qui ne souhaite que de la voir heureuse en mĂšre de leurs enfants qui tardent Ă  venir…  cette lisibilitĂ© donne Ă  comprendre parfaitement la juxtaposition des mondes, qui doivent dialoguer, s’entendre et se comprendre pour ĂȘtre sauvĂ© chacun.
Allusivement, Hofmannshtal conçoit une vĂ©ritable dĂ©fense du couple en exhortant l’auditeur Ă  dĂ©tecter ce qui dans le couple de Barak bat de l’aile : l’absence d’une vĂ©ritable entente.

Pour sauver l’empereur condamnĂ© Ă  ĂȘtre pĂ©trifiĂ©, l’ImpĂ©ratrice et sa gouvernante doit approcher le monde humain, surtout s’Ă©mouvoir du sort de Barak : sans cette compassion salvatrice pas de salut, ni de rĂ©mission pour l’ImpĂ©ratrice comme pour la teinturiĂšre.
Les chanteurs de la troupe, dans cette captation de dĂ©cembre 2011 font montre d’un bel engagement, d’autant plus mĂ©ritoire que les rĂŽles sont redoutables. August Amonov (L’Empereur) peine dans les aigus, comme le Barak de Edem Umerov dont le chant et le style manque de subtilitĂ©. Plus Ă©vidente les deux femmes protagonistes: l’ImpĂ©ratrice de Mlada Khudolev aux aigus faciles, au chant soyeux, mais manquant de contrĂŽle, ses fins de phrases restent floues et jamais parfaites, et la gouvernante ardente, fiĂ©vreuse, incarnĂ©e avec intelligence et plus sĂ»re techniquement de Olga Savova.
Orchestre sauvage et flamboyant (Gergiev rĂ©ussit Ă  combiner foudres guerrriers et accents chambristes), scĂ©nographie claire et onirique, plateau engagĂ© Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre parfait, voici assurĂ©ment un dvd tout Ă  fait recommandable dans la dvdthĂšque straussienne pas si importante que cela s’agissant de La Femme sans ombre (Die Frau Ohne Schatten).

Richard Strauss (1864-1949) : Die Frau ohne Schatten / La femme sans ombre, opĂ©ra en trois actes. Mise en scĂšne : Jonathan Kent. ScĂ©nographie et costumes : Paul Brown. LumiĂšres : Tim Mitchell. VidĂ©ographie : Sven Ortel et Nina Dunn. ChorĂ©graphie : Denni Sayers. Distribution : Avgust Amonov : Der Kaiser ; Mlada Khudoley, Die Kaiserin ; Olga Savova, Die Amme ; Edem Umerov, Barak, der FĂ€rber ; Olga Sergeeva, Sein Weib ; Evgeny Ulanov, Der Geisterbote ; Liudmila Dudinova, Der HĂŒtter der Sshwelle des Tempels ; Alexander Timchenko, Erscheinung eines JĂŒnglings ; Tatiana Kravtsova, Die Stimme des Falken ; Lydia Bobokhina, Eine Stimme von oben ; Andrei Spekhov, Nikolai Kamenski et Andrei Popov, Des FĂ€rbers BrĂŒder. ChƓurs, chƓur d’enfant, ballet, figurants et orchestre du ThĂ©Ăątre Mariinsky de Saint-PĂ©tersbourg, direction : Valery Gergiev. RĂ©alisation pour la captation video : Henning Kasten. EnregistrĂ© les 5 et 6 dĂ©cembre 2011 au ThĂ©Ăątre Mariinsky de Saint-PĂ©tersbourg. Format image : NTSC SD (720×480) – 16:9. 2 dvd Mariinsky MAR0543. DurĂ©e : 136’19’’ + 67’13’’.