CD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019)

diana-damrau-strauss-lieder-cd-critique-opera-critique-classiquenews-richard-strauss-vier-letzte-liederCD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019). D’abord, analysons la lecture des lieder avec orchestre : Diana Damrau, soprano allemande, mozartienne et verdienne, au sommet de son chant charnel et clair, parfois angĂ©lique, se saisit du testament spirituel et musical du Strauss octogĂ©naire, le plus inspirĂ©, qui aspire alors Ă  cette fusion heureuse, poĂ©tique, du verbe et de la musique en un parlĂ© chantĂ©, « sprechgesang » d’une absolue plasticitĂ©. Une lecture extrĂȘmement tendre Ă  laquelle le chef Mariss Jansons (l’une de ses derniĂšres gravures rĂ©alisĂ©es en janvier 2019 avant sa disparition survenue en nov 2019) sait apporter des couleurs fines et dĂ©taillĂ©es ; une profondeur toute en pudeur.

NĂ©e en BaviĂšre comme Strauss, Diana Damrau rĂ©alise et concrĂ©tise une sorte de rĂȘve, d’évidence mĂȘme en chantant le poĂšte compositeur de sa propre terre. Strauss Ă©tait mariĂ© Ă  une soprano, Ă©crivant pour elle, ses meilleures partitions. Celle qui a chantĂ© Zerbinette, figure fĂ©minine aussi insouciante que sage, Sophie, autre visage d’un angĂ©lisme loyal, Aithra du moins connu de ses ouvrages HĂ©lĂšne d’Egypte / Die Ägyptische Helena, se donne totalement Ă  une sorte d’enivrement vocal qui bouleverse par sa sincĂ©ritĂ© et son intensitĂ© tendre comme on a dit.

Des Quatre derniers lieders / Ver Letzte Lieder, examinons premiĂšrement « FrĂŒhling » : Ă©perdu, rayonnant voire incandescent grĂące Ă  l’intensitĂ© ardente et pourtant trĂšs claire des aigus, portĂ©s par un souffle ivre. Cependant, la ligne manque parfois d’assise, comme si la chanteuse manquait justement de soutien. Puis, « September » s’enivre dans un autre extase, celle d’une tendresse infinie dont le caractĂšre contemplatif se fond avec son sujet, un crĂ©puscule chaud, celui enveloppant d’une fin d’étĂ© ; la caresse symphonique y atteint, en ses vagues ocĂ©anes gorgĂ©es de voluptĂ©, des sommets de chatoyance melliflue, – cor rayonnant obligĂ©, pour conclure, oĂč chez la chanteuse s’affirme cette fois, la beautĂ© du timbre au legato souverain.

« Beim Schlafengehen » d’aprĂšs Hermann Hesse, plonge dans le lugubre profond d’une immense lassitude, celle du poĂšte Ă©prouvĂ© par le choc de la premiĂšre guerre et le dĂ©clin de son Ă©pouse : impuissance et douleur ; la sincĂ©ritĂ© et cet angĂ©lisme engagĂ© qu’exprime sans affect la diva, bouleversent totalement. En particulier dans sa rĂ©ponse au solo de violon qui est l’appel Ă  l’insouciance dans la candeur magique de la nuit. Cette implication totale rappelle l’investissement que nous avons pu constater dans certains de ses rĂŽles Ă  l’opĂ©ra : sa Gilda, sa Traviata
 consumĂ©es, ardentes, brĂ»lantes. Presque wagnĂ©rienne, mais prĂ©cise et mesurĂ©e, la soprano au timbre ample et charnel reste, -intelligence suprĂȘme, trĂšs proche du texte, faisant de cette fin, un dĂ©chirement troublant.

« Im Abendrot » : malgrĂ© l’émission premiĂšre de l’orchestre, trop brutale, Ă©paisse et dure, le soprano de Damru sait s’élever au dessus de la cime des cors et des cordes. La qualitĂ© majeure de Diana Damrau reste la couleur spĂ©cifique, mozartienne que son timbre apporte Ă  l’articulation et l’harmonisation des Lieder orchestraux : irradiĂ©, embrasĂ©, et pourtant sincĂšre et tendre, transcendĂ© et humain, le chant de Diana Damrau convainc totalement : il s’inscrit parmi les lectures les plus personnelles et abouties du cycle lyrique et symphonique.

La flexibilitĂ© des registres aigus, l’accroche directe des aigus, la prĂ©sence du texte, rendent justice Ă  l’écriture de Richard Strauss qui signe ici son testament musical et spirituel, un accomplissement musical autant qu’un adieu Ă  toute vie.
Le reste du programme enchaĂźne les lieder avec la complicitĂ© toute en fluiditĂ© et dĂ©licatesse du pianiste Helmut Deutsch, Ă  partir de Malven
 qui serait donc le 5Ăš dernier lieder d’un Strauss saisi par l’inspiration et d’un sublime remontant Ă  nov 1948, « derniĂšre rose » pour sa chĂšre diva Maria Jeritza
 laquelle, comme soucieuse et trop personnelle, rĂ©vĂ©la l’air en 1982 ! Le soprano de Damrau articule, vivifie les 4 MĂ€dchenblumen dont la coupe et le verbe malicieux, enjouĂ© rappelle constamment le caractĂšre de Zerbinette. Ce caractĂšre de tendresse voluptueuse quasi extatique appelant Ă  un monde pacifiĂ©, idyllique qui n’existera jamais, semble dans le pĂ©nultiĂšme Befreit, chef d’oeuvre Ă  l’énoncĂ© schubertien, traversĂ© par la mort et la perte, le deuil d’une ineffable souffrance bientĂŽt changĂ©e en bonheur final, que la diva incarne embrasĂ©e dans le moelleux d’aigus irrisĂ©s et calibrĂ©s, son timbre Ă©prouvĂ©, attendri.

CLIC D'OR macaron 200Morgen l’ultime lied orchestrĂ©, d’aprĂšs le poĂšme de Mackay, se cristalise en une ivresse Ă©perdue qui aspire au renoncement immatĂ©riel, Ă  l’évanouissement, Ă  la perte de toute chose : legato, flexibilitĂ©, beautĂ© du timbre, associĂ© Ă  l’élĂ©gie du violon solo font un miracle musical pour ce programme d’une Ă©vidente musicalitĂ©. Splendide rĂ©cital, Ă©lĂ©gant, tendre, musical. Bravo Diana.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

CD, critique. STRAUSS : lieder / DIANA DAMRAU / MARISS JANSONS (1 cd ERATO, janv 2019). Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks / Mariss Jansons. L’heure n’est pas aux comparaisons dĂ©raisonnables tant leurs timbres et moyens respectifs sont trĂšs diffĂ©rents mais le hasard des parutions fait que ERATO publie en janvier le mĂȘme programme des Quatre derniers lieder, par Diana Damrau donc (orchestre) et par la franco-danoise Elsa Dreisig (piano), cette derniĂšre interprĂšte hĂ©las moins convaincante et naturelle que sa consƓur allemande
 d’autant que la chanteuse française intercale diverses mĂ©lodies françaises et russes entre chaque lied de Strauss, au risque d’opĂ©rer une cĂ©sure dommageable


 

 

 

VIDEO : Diama DAMRAU chante September de Richard Strauss

 

 

 

 LIRE aussi notre dĂ©pĂȘche MORT DU CHEF MARISS JANSONS, nov 2019

Diana Damrau chante La Traviata aux ChorĂ©gies d’Orange 2016

france3 logo 2014France 3. Verdi : La Traviata, mercredi 3 aoĂ»t 2016,21h30. En direct d’Orange, Diana Damrau se confronte au plein air et Ă  l’immensitĂ© du ThĂ©Ăątre Antique pour exprimer l’intimitĂ© tragique d’un destin sacrifiĂ© : celui de la jeune courtisane parisienne Alphonsine Duplessis, devenue d’Alexandre Dumas fils Ă  Verdi Ă  l’opĂ©ra, Violetta ValĂ©ry. La diva germanique a dĂ©jĂ  chantĂ© Ă  maintes reprises le rĂŽles Ă©crasant de La Traviata (la dĂ©voyĂ©e) : Ă  la Scala, et rĂ©cemment dans la mise en scĂšne finalement trĂšs classique et sans poĂ©sie de BenoĂźt Jacquot, sur les planches de l’OpĂ©ra Bastille : un dvd en tĂ©moigne (ERATO, live de juin 2014 : lire notre critique du dvd La Traviata avec Diana Damrau).

GLEYRE-dessin-academiqueTRAVIATA, UN MYTHE SACRIFICIEL
 Verdi construit le drame par Ă©tape, chacune accablant davantage la prostituĂ©e qui entretient son jeune amant Alfredo. L’acte I est toute ivresse, Ă  Paris, dans les salons dorĂ©s de la vie nocturne : c’est lĂ  que Violetta se laisse sĂ©duire par le jeune homme ; au II, le pĂšre surgit pour rĂ©tablir les biensĂ©ances : souhaitant marier sa jeune fille, le dĂ©shonneur accable sa famille : Violetta doit rompre avec Alfredo le fils insouciant. A Paris, les deux amants qui ont rompu se retrouvent et le jeune homme humilie publiquement celle qu’il ne voit que comme une courtisane (il lui jette Ă  la figure l’argent qu’il vient de gagner au jeu) ; enfin au III, mourante, au moment du Carnaval, retrouve Alfredo mais trop tard : leur rĂ©conciliation finale scelle le salut et peut-ĂȘtre la rĂ©demption de cette Madeleine romantique. En Ă©pinglant l’hypocrisie de la morale bourgeoise, Verdi rĂšgle ses comptes avec la lĂąchetĂ© sociale, celle qu’il eut Ă  combattre alors qu’il vivait en concubinage avec la cantatrice Giuseppina Strepponi : quand on les croisait dans la rue, personne ne voulait saluer la compagne scandaleuse. La conception de l’opĂ©ra suit la dĂ©couverte Ă  Paris de la piĂšce de Dumas en mai 1852. L’intrigue qui devrait se dĂ©rouler dans la France baroque de Mazarin, porte au devant de la scĂšne une femme de petite vertu mais d’une grandeur hĂ©roĂŻque bouleversante. Figure sacrificielle, Violetta est aussi une valeureuse qui accomplit son destin dans l’autodĂ©termination : son sacrifice la rend admirable. Le compositeur rĂ©invente la langue lyrique : sobre, Ă©conome, directe, et pourtant juste et intense. La grandeur de Violetta vient de sa quĂȘte d’absolu, l’impossibilitĂ© d’un amour Ă©prouvĂ©, interdit. Patti, Melba, Callas, Caballe, Ileana Cotrubas, Gheorghiu, Fleming, rĂ©cemment Annick Massis ou Sonya Yoncheva ont chantĂ© les visages progressifs de la femme accablĂ©e mais rayonnante par sa solitude digne. L’addio del passato au II, qui dresse la sacrifiĂ©e contre l’ordre moral, est le point culminant de ce portrait de femme Ă  l’opĂ©ra. Un portrait inoubliable dans son parcours, aussi universel que demeure pour le genre : MĂ©dĂ©e, et avant elle Armide et Alceste, puis Norma. Femme forte mais femme tragique.

damrau-diana-traviata-bastille-575Le timbre rond et agile de la coloratoure doit ici exprimer l’intensitĂ© des trois actes qui offre chacun un Ă©pisode contrastĂ© et caractĂ©risĂ©, dans la vie de la courtisane dĂ©voyĂ©e : l’ivresse insouciante du premier acte oĂč la courtisane dĂ©jĂ  malade s’enivre d’un pur amour qui frappe Ă  sa porte (Alfredo); la douleur ultime du sacrifice qui lui est imposĂ© au II (Ă  travers la figure Ă  la fois glaçante et paternelle de Germont pĂšre); enfin sous une mansarde du Paris romantique, sa mort misĂ©rable et solitaire au III. Soit 3 visages de femme qui passent aussi par une palette de sentiments et d’affects d’un diversitĂ© vertigineuse. C’est pour toutes les divas sopranos de l’heure, – et depuis la crĂ©ation de l’opĂ©ra Ă  la Fenice de Venise en mars 1853, un dĂ©fi autant dramatique que vocale, dĂ©voilant les grandes chanteuses comme les grandes actrices. La distribution des ChorĂ©gies d’Orange 2016 associe Ă  Diana Damrau dans le rĂŽle-titre, Francesco Meli (Alfredo), Placido Domingo (Germont pĂšre). Daniele Rustioni, direction musicale. Louis DĂ©sirĂ©, mise en scĂšne.

En direct sur France 3 et culturebox, mardi 3 aoĂ»t 2016 Ă  21h30. A l’affiche du ThĂ©Ăątre Antique, Ă©galement le 6 aoĂ»t 2016 Ă  21h30.

Les PĂȘcheurs de Perles au Met et au cinĂ©ma

CinĂ©ma. En direct du Met, aujourd’hui, 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, soprano vedette, rĂ©cente Traviata sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille, qui chante donc LeĂŻla – la grande prĂȘtresse hindoue, la nouvelle production des PĂȘcheurs de Perles de Bizet crĂ©e outre Atlantique, l’Ă©vĂ©nement lyrique de ce dĂ©but d’annĂ©e 2016, comme La Scala le 7 dĂ©cembre 2015 avait crĂ©Ă© l’Ă©vĂ©nement grĂące Ă  la diva austro russe Anna Netrebko dans le rĂŽle de Giovanna d’Arco sous la direction de Riccardo Chailly.

En direct du Metropolitan Opera de New York

Les PĂȘcheurs de Perles au cinĂ©ma

pecheurs perles bizet diana damrau metropolitan opera new york cinemaEn janvier 2016, le Metropolitan Opera de New York affiche donc The Pearl fischers – Les PĂȘcheurs de Perles, opĂ©ra orientaliste de Georges Bizet, futur auteur de l’espagnolade lyrique, Carmen, d’aprĂšs MĂ©rimĂ©e. Les PĂȘcheurs de Perles n’avaient pas Ă©tĂ© produits sur la scĂšne new yorkaise depuis 100 ans. CrĂ©Ă© en 1863, et donc propre Ă  l’esthĂ©tique Ă©clectique et nĂ©o-orientale du Second Empire,  Les PĂȘcheurs de Perles convoque le rĂȘve indien oĂč deux hommes au dĂ©but liĂ©s par un pacte d’amitiĂ© (Zurga, chef des pĂȘcheurs, baryton) et Nadir qui revient d’un long pĂ©riple (tĂ©nor), se retrouvent rivaux, dĂ©sirant la mĂȘme femme LeĂŻla, devenue prĂȘtresse vouĂ©e Ă  la chastetĂ©, dont ils ne devaient tous deux jamais s’Ă©prendre. AprĂšs maintes pĂ©ripĂ©ties, oĂč Zurga, rongĂ© par la jalousie, les dĂ©nonce puis les dĂ©fend, enfin, gĂ©nĂ©reux et portĂ© par le pardon, laisse les deux amants fuir le village oĂč ils devaient ĂȘtre brĂ»lĂ©s vifs.

Si Berlioz loue les qualitĂ©s de l’orchestration (particuliĂšrement raffinĂ©e) comme la sĂ©duction de l’inspiration mĂ©lodique (se distinguent entre autres de nombreux airs mĂ©morables : duo Zurga/Nadir (C’est toi… au fond du temple saint), duo Leila/Nadir (Ton cƓur n’a pas compris), sans omettre la fameuse Romance de Nadir (d’une tendresse orientale), la partition tombe dans l’oubli, donnant jour Ă  des versions remaniĂ©es et dĂ©naturĂ©es, enfin Ă©cartĂ©es grĂące au travail du musicologue Michel Poupet (1973) qui fixe la version officielle, autographe telle que l’avait conçue Bizet en 1863 (prĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois par le Welsh National Opera, Ecosse). Les connaisseurs savent reconnaĂźtre au-delĂ  de la sĂ©duction musicale qui rend un hommage direct Ă  Gounod (maĂźtre de Bizet), le clair gĂ©nie lyrique du compositeur, futur auteur de Carmen, quelques 12 annĂ©es plus tard. Jamais Bizet ne fut aussi sĂ©ducteur et sensuel que dans Les PĂȘcheurs de Perles.

Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet au Metropolitan Opera de New York, mise en scĂšne de Penny Woolcock. DurĂ©e : 2h30mn, chantĂ© en français.

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, dans les salles de cinĂ©ma partenaires (rĂ©seau pathelive.com)

BizetLes PĂȘcheurs de Perles, qualitĂ©s d’une partition orientaliste. L’oeuvre est le produit de la rencontre entre le directeur du ThĂ©Ăątre Lyrique, LĂ©on Carvalho, dĂ©fenseur des jeunes auteurs pour le thĂ©Ăątre et Georges Bizet (suivront dans le prolongement de leur entente : La Jolie Fille de Perth, et L’ArlĂ©sienne). Carvalho donne sa chance au compositeur prix de Rome : il devra livrer une nouvel opĂ©ra oĂč sur l’üle de Ceylan, les deux amis Zurga et Nadir s’opposent malgrĂ© eux puis se rĂ©concilie autour de la belle LeĂŻla. DĂšs la crĂ©ation, Berlioz loue non seulement le gĂ©nie d’orchestrateur de Bizet (le thĂšme de la dĂ©esse, fixant d’abord le duo prĂ©alable Zurga / Nadir, revient huit fois dans la partition), mais aussi son intelligence dramatique. Ainsi l’éclat du finale du III, avec un chƓur sublime qui annonce la force collective de Carmen, est cĂ©lĂ©brĂ© : le peuple rĂ©clame alors la mort des deux amants maudits, Nadir et LeĂŻla. A contrario de l’enthousiasme de Berlioz, le jeune Chabrier, ĂągĂ© de 22 ans, non sans jalousie, reproche Ă  Bizet son manque de personnalitĂ© (« le grand dĂ©faut de la musique de Bizet est de manquer de style ou plutĂŽt de les voir tous.. », relevant ici un emprunt Ă  Gounod, FĂ©licien David, et mĂȘme Verdi
). Et de conclure : « en un mot, Bizet n’est presque jamais et nous le voulons lui, car il peut beaucoup sans le secours des autres. ». A sa crĂ©action en 1863, la partition tint l’affiche du ThĂ©Ăątre Lyrique, 18 fois : honnĂȘte succĂšs qui suscita aussi l’enthousiasme d’un Prix de Rome, Emile Paladilhe (« cette partition est trĂšs remarquable et bien supĂ©rieure Ă  tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber
. »). Carvalho reprit l’ouvrage Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1893, installant dĂ©sormais l’opĂ©ra au rĂ©pertoire.

 

Les PĂȘcheurs de Perles au Met et au cinĂ©ma

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, soprano vedette, rĂ©cente Traviata sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille, qui chante donc LeĂŻla – la grande prĂȘtresse hindoue, la nouvelle production des PĂȘcheurs de Perles de Bizet crĂ©e outre Atlantique, l’Ă©vĂ©nement lyrique de ce dĂ©but d’annĂ©e 2016, comme La Scala le 7 dĂ©cembre 2015 avait crĂ©Ă© l’Ă©vĂ©nement grĂące Ă  la diva austro russe Anna Netrebko dans le rĂŽle de Giovanna d’Arco sous la direction de Riccardo Chailly.

En direct du Metropolitan Opera de New York

Les PĂȘcheurs de Perles au cinĂ©ma

pecheurs perles bizet diana damrau metropolitan opera new york cinemaEn janvier 2016, le Metropolitan Opera de New York affiche donc The Pearl fischers – Les PĂȘcheurs de Perles, opĂ©ra orientaliste de Georges Bizet, futur auteur de l’espagnolade lyrique, Carmen, d’aprĂšs MĂ©rimĂ©e. Les PĂȘcheurs de Perles n’avaient pas Ă©tĂ© produits sur la scĂšne new yorkaise depuis 100 ans. CrĂ©Ă© en 1863, et donc propre Ă  l’esthĂ©tique Ă©clectique et nĂ©o-orientale du Second Empire,  Les PĂȘcheurs de Perles convoque le rĂȘve indien oĂč deux hommes au dĂ©but liĂ©s par un pacte d’amitiĂ© (Zurga, chef des pĂȘcheurs, baryton) et Nadir qui revient d’un long pĂ©riple (tĂ©nor), se retrouvent rivaux, dĂ©sirant la mĂȘme femme LeĂŻla, devenue prĂȘtresse vouĂ©e Ă  la chastetĂ©, dont ils ne devaient tous deux jamais s’Ă©prendre. AprĂšs maintes pĂ©ripĂ©ties, oĂč Zurga, rongĂ© par la jalousie, les dĂ©nonce puis les dĂ©fend, enfin, gĂ©nĂ©reux et portĂ© par le pardon, laisse les deux amants fuir le village oĂč ils devaient ĂȘtre brĂ»lĂ©s vifs.

Si Berlioz loue les qualitĂ©s de l’orchestration (particuliĂšrement raffinĂ©e) comme la sĂ©duction de l’inspiration mĂ©lodique (se distinguent entre autres de nombreux airs mĂ©morables : duo Zurga/Nadir (C’est toi… au fond du temple saint), duo Leila/Nadir (Ton cƓur n’a pas compris), sans omettre la fameuse Romance de Nadir (d’une tendresse orientale), la partition tombe dans l’oubli, donnant jour Ă  des versions remaniĂ©es et dĂ©naturĂ©es, enfin Ă©cartĂ©es grĂące au travail du musicologue Michel Poupet (1973) qui fixe la version officielle, autographe telle que l’avait conçue Bizet en 1863 (prĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois par le Welsh National Opera, Ecosse). Les connaisseurs savent reconnaĂźtre au-delĂ  de la sĂ©duction musicale qui rend un hommage direct Ă  Gounod (maĂźtre de Bizet), le clair gĂ©nie lyrique du compositeur, futur auteur de Carmen, quelques 12 annĂ©es plus tard. Jamais Bizet ne fut aussi sĂ©ducteur et sensuel que dans Les PĂȘcheurs de Perles.

Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet au Metropolitan Opera de New York, mise en scĂšne de Penny Woolcock. DurĂ©e : 2h30mn, chantĂ© en français.

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, dans les salles de cinĂ©ma partenaires (rĂ©seau pathelive.com)

BizetLes PĂȘcheurs de Perles, qualitĂ©s d’une partition orientaliste. L’oeuvre est le produit de la rencontre entre le directeur du ThĂ©Ăątre Lyrique, LĂ©on Carvalho, dĂ©fenseur des jeunes auteurs pour le thĂ©Ăątre et Georges Bizet (suivront dans le prolongement de leur entente : La Jolie Fille de Perth, et L’ArlĂ©sienne). Carvalho donne sa chance au compositeur prix de Rome : il devra livrer une nouvel opĂ©ra oĂč sur l’üle de Ceylan, les deux amis Zurga et Nadir s’opposent malgrĂ© eux puis se rĂ©concilie autour de la belle LeĂŻla. DĂšs la crĂ©ation, Berlioz loue non seulement le gĂ©nie d’orchestrateur de Bizet (le thĂšme de la dĂ©esse, fixant d’abord le duo prĂ©alable Zurga / Nadir, revient huit fois dans la partition), mais aussi son intelligence dramatique. Ainsi l’éclat du finale du III, avec un chƓur sublime qui annonce la force collective de Carmen, est cĂ©lĂ©brĂ© : le peuple rĂ©clame alors la mort des deux amants maudits, Nadir et LeĂŻla. A contrario de l’enthousiasme de Berlioz, le jeune Chabrier, ĂągĂ© de 22 ans, non sans jalousie, reproche Ă  Bizet son manque de personnalitĂ© (« le grand dĂ©faut de la musique de Bizet est de manquer de style ou plutĂŽt de les voir tous.. », relevant ici un emprunt Ă  Gounod, FĂ©licien David, et mĂȘme Verdi
). Et de conclure : « en un mot, Bizet n’est presque jamais et nous le voulons lui, car il peut beaucoup sans le secours des autres. ». A sa crĂ©action en 1863, la partition tint l’affiche du ThĂ©Ăątre Lyrique, 18 fois : honnĂȘte succĂšs qui suscita aussi l’enthousiasme d’un Prix de Rome, Emile Paladilhe (« cette partition est trĂšs remarquable et bien supĂ©rieure Ă  tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber
. »). Carvalho reprit l’ouvrage Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1893, installant dĂ©sormais l’opĂ©ra au rĂ©pertoire.

 

Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet au cinĂ©ma

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, soprano vedette, rĂ©cente Traviata sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille, qui chante donc LeĂŻla – la grande prĂȘtresse hindoue, la nouvelle production des PĂȘcheurs de Perles de Bizet crĂ©e outre Atlantique, l’Ă©vĂ©nement lyrique de ce dĂ©but d’annĂ©e 2016, comme La Scala le 7 dĂ©cembre 2015 avait crĂ©Ă© l’Ă©vĂ©nement grĂące Ă  la diva austro russe Anna Netrebko dans le rĂŽle de Giovanna d’Arco sous la direction de Riccardo Chailly.

En direct du Metropolitan Opera de New York

Les PĂȘcheurs de Perles au cinĂ©ma

pecheurs perles bizet diana damrau metropolitan opera new york cinemaEn janvier 2016, le Metropolitan Opera de New York affiche donc The Pearl fischers – Les PĂȘcheurs de Perles, opĂ©ra orientaliste de Georges Bizet, futur auteur de l’espagnolade lyrique, Carmen, d’aprĂšs MĂ©rimĂ©e. Les PĂȘcheurs de Perles n’avaient pas Ă©tĂ© produits sur la scĂšne new yorkaise depuis 100 ans. CrĂ©Ă© en 1863, et donc propre Ă  l’esthĂ©tique Ă©clectique et nĂ©o-orientale du Second Empire,  Les PĂȘcheurs de Perles convoque le rĂȘve indien oĂč deux hommes au dĂ©but liĂ©s par un pacte d’amitiĂ© (Zurga, chef des pĂȘcheurs, baryton) et Nadir qui revient d’un long pĂ©riple (tĂ©nor), se retrouvent rivaux, dĂ©sirant la mĂȘme femme LeĂŻla, devenue prĂȘtresse vouĂ©e Ă  la chastetĂ©, dont ils ne devaient tous deux jamais s’Ă©prendre. AprĂšs maintes pĂ©ripĂ©ties, oĂč Zurga, rongĂ© par la jalousie, les dĂ©nonce puis les dĂ©fend, enfin, gĂ©nĂ©reux et portĂ© par le pardon, laisse les deux amants fuir le village oĂč ils devaient ĂȘtre brĂ»lĂ©s vifs.

Si Berlioz loue les qualitĂ©s de l’orchestration (particuliĂšrement raffinĂ©e) comme la sĂ©duction de l’inspiration mĂ©lodique (se distinguent entre autres de nombreux airs mĂ©morables : duo Zurga/Nadir (C’est toi… au fond du temple saint), duo Leila/Nadir (Ton cƓur n’a pas compris), sans omettre la fameuse Romance de Nadir (d’une tendresse orientale), la partition tombe dans l’oubli, donnant jour Ă  des versions remaniĂ©es et dĂ©naturĂ©es, enfin Ă©cartĂ©es grĂące au travail du musicologue Michel Poupet (1973) qui fixe la version officielle, autographe telle que l’avait conçue Bizet en 1863 (prĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois par le Welsh National Opera, Ecosse). Les connaisseurs savent reconnaĂźtre au-delĂ  de la sĂ©duction musicale qui rend un hommage direct Ă  Gounod (maĂźtre de Bizet), le clair gĂ©nie lyrique du compositeur, futur auteur de Carmen, quelques 12 annĂ©es plus tard. Jamais Bizet ne fut aussi sĂ©ducteur et sensuel que dans Les PĂȘcheurs de Perles.

Les PĂȘcheurs de Perles de Bizet au Metropolitan Opera de New York, mise en scĂšne de Penny Woolcock. DurĂ©e : 2h30mn, chantĂ© en français.

CinĂ©ma. En direct du Met, le 16 janvier 2016, 18h55. Bizet:Les PĂȘcheurs de perles. Avec Diana Damrau, dans les salles de cinĂ©ma partenaires (rĂ©seau pathelive.com)

BizetLes PĂȘcheurs de Perles, qualitĂ©s d’une partition orientaliste. L’oeuvre est le produit de la rencontre entre le directeur du ThĂ©Ăątre Lyrique, LĂ©on Carvalho, dĂ©fenseur des jeunes auteurs pour le thĂ©Ăątre et Georges Bizet (suivront dans le prolongement de leur entente : La Jolie Fille de Perth, et L’ArlĂ©sienne). Carvalho donne sa chance au compositeur prix de Rome : il devra livrer une nouvel opĂ©ra oĂč sur l’üle de Ceylan, les deux amis Zurga et Nadir s’opposent malgrĂ© eux puis se rĂ©concilie autour de la belle LeĂŻla. DĂšs la crĂ©ation, Berlioz loue non seulement le gĂ©nie d’orchestrateur de Bizet (le thĂšme de la dĂ©esse, fixant d’abord le duo prĂ©alable Zurga / Nadir, revient huit fois dans la partition), mais aussi son intelligence dramatique. Ainsi l’éclat du finale du III, avec un chƓur sublime qui annonce la force collective de Carmen, est cĂ©lĂ©brĂ© : le peuple rĂ©clame alors la mort des deux amants maudits, Nadir et LeĂŻla. A contrario de l’enthousiasme de Berlioz, le jeune Chabrier, ĂągĂ© de 22 ans, non sans jalousie, reproche Ă  Bizet son manque de personnalitĂ© (« le grand dĂ©faut de la musique de Bizet est de manquer de style ou plutĂŽt de les voir tous.. », relevant ici un emprunt Ă  Gounod, FĂ©licien David, et mĂȘme Verdi
). Et de conclure : « en un mot, Bizet n’est presque jamais et nous le voulons lui, car il peut beaucoup sans le secours des autres. ». A sa crĂ©action en 1863, la partition tint l’affiche du ThĂ©Ăątre Lyrique, 18 fois : honnĂȘte succĂšs qui suscita aussi l’enthousiasme d’un Prix de Rome, Emile Paladilhe (« cette partition est trĂšs remarquable et bien supĂ©rieure Ă  tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber
. »). Carvalho reprit l’ouvrage Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1893, installant dĂ©sormais l’opĂ©ra au rĂ©pertoire.

 

DVD, compte rendu critique. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (1 dvd Erato, 2014)

damrau diana dvd erato demuro tezier benoit jacquot dvd erato review classiquenews compte rendu account of review critique developpe du dvd CLASSIQUENEWSDVD, compte rendu critique. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (1 dvd Erato, 2014). La lumineuse Traviata de Diana Damrau
 AprĂšs le minimaliste misĂ©rabiliste de l’ancienne production parisienne signĂ©e Christoph Marthaler qui imaginait alors une Traviata extĂ©nuĂ©e au pays des soviets usĂ©s, corrompus, exsangues, voici donc cette nouvelle production rĂ©alisĂ©e par BenoĂźt Jacquot, cinĂ©aste grand public au symbolisme parfois schĂ©matique caricatural. S’il opte pour des accessoires simples et claires souvent monumentaux  (le lit de la  courtisane au I, l’escalier colossal au II
), la vision manque singuliĂšrement de subtilitĂ© : il est vrai que remplir le vaste espace de Bastille reste un dĂ©fi de taille pour les metteurs en scĂšne. Son Werther inaugurĂ© pour la mĂȘme scĂšne en 2012, Ă©tait de la mĂȘme veine.  Mais cette simplification visuelle n’empĂȘche pas les dĂ©tails historiques qui font sens comme le clin d’Ɠil au tableau de l’Olympia de Manet, hommage du peintre rĂ©aliste au nu fĂ©minin, au corps de la courtisane qui fait commerce de ses charmes. Le peintre de la production a mĂȘme poussĂ© la note rĂ©aliste en peignant le portrait de la cantatrice en lieu et place de l’Olympia originelle de Manet ; idem, Jacquot a choisi une servante noire pour Violetta, rattrapĂ©e par sa maladie. Le spectacle Ă©tait le point fort de la saison 13-14 : elle rĂ©unit un trio prometteur : Diana Damrau (en Violetta), Ludovic TĂ©zier et Francesco Demuro (nouveau venu dans l’auguste maison comme c’est le cas de sa consoeur allemande), respectivement dans les rĂŽles des Germont, pĂšre et fils.

 

 

 

 

 

Sensible Traviata de Diana

 

La Traviata de Diana. Elle, diva musicienne jusqu’au bout des ongles, sidĂšre par la sincĂ©ritĂ© de son jeu, l’intensitĂ© d’un chant qui soigne surtout la ligne et le galbe dramatique, la vĂ©ritĂ© de l’intonation
 plutĂŽt que l’articulation prĂ©cise de la langue. L’énonciation reste souvent confuse voire brumeuse, mais l’ampleur du souffle, les couleurs, et les intentions sont justes. Au I, la diva incarne la courtisane parisienne usĂ©e mais terrassĂ©e par l’amour qui frappe Ă  sa porte (E Strano). Au II, la femme amoureuse bientĂŽt sacrifiĂ©e resplendit par son sens de la dignitĂ© contenue ; enfin au III, Violetta rattrapĂ©e par la maladie, exprime le dernier souffle de la pĂ©cheresse finalement sanctifiĂ© (son dernier sursaut vĂ©ritable rĂ©surrection de son innocence perdue
), Diana Damrau maĂźtrise l’architecte du rĂŽle sensible tragique qui s’achĂšve par sa mort en grande sacrifiĂ©e terrassĂ©e. Une incarnation qui profite Ă©videmment Ă  Paris, de sa performance prĂ©cĂ©dente Ă  La Scala de Milan pour son ouverture en dĂ©cembre 2013.

Face Ă  elle, le tĂ©nor sarde Francesco Demuro peine souvent dans un chant moins articulĂ©, moins abouti dramatiquement, un style lisse qui n’entend rien Ă  ce qu’il dit : oĂč est le texte ? Dommage. Face aux jeunes, le Germont de Ludovic TĂ©zier s’impose lĂ  encore par la force souple du chant, un modĂšle de jaillissement intense et poĂ©tiquement juste. Quel baryton ! Une chance pour Paris. L’orchestre habituellement parfait de finesse, de suggestion sous la direction de son directeur musical – divin mozartien, Ă©tonnant wagnĂ©rien, Philippe Jordan, semblait dĂ©possĂ©dĂ© de ses moyens sans la conduite de son pilote prĂ©fĂ©rĂ©. Le chef Francesco I. Campia a la baguette dure, les fortissimo faciles voire systĂ©matique, une absence de finesse qui nuit terriblement Ă  ce chambrisme articulĂ© qui fait les Verdi rĂ©ussis.

RĂ©serve. La rĂ©alisation vidĂ©o fait grincer des dents : on a bien compris que la camĂ©ra Ă  l’épaule pouvait fixer le plan placĂ© derriĂšre la spectatrice au cou bien galbĂ© pour exprimer le point de vue du spectateur en cours de spectacle. L’idĂ©e sur le papier pouvait ĂȘtre intĂ©ressante mais dans la continuitĂ© du film, devient systĂ©matique et constamment tremblĂ©e, suscite d’inĂ©vitable rĂ©serve. D’ailleurs d’autres sĂ©quences filmĂ©es Ă  l’épaule et focusant sur certains protagonistes dont Diana Damrau prĂ©cisĂ©ment, gĂąchent aussi la lecture par un manque de stabilitĂ© ou des mouvements de camĂ©ra qui ailleurs passeraient pour des fautes de dĂ©butants. Pas facile de filmer l’opĂ©ra sans tomber dans la caricature plan plan ou dĂ©lirante comme ici


Non obstant la faible tenue du tĂ©nor, du chef, la Traviata de Diana conserve toute son irrĂ©sistible sĂ©duction. Lire aussi notre compte rendu de La Traviata par Diana Damrau en juin 2014 Ă  l’OpĂ©ra Bastille. 

 

 

 

 

DVD, compte rendu critique. Paris. OpĂ©ra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (Violetta), Francesco Demuro (Alfredo, Germont fils), Ludovic TĂ©zier (Germont pĂšre), Anna Pennisi, Cornelia Oncioiu. BenoĂźt Jacquot, mise en scĂšne. Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra national de Paris. Francesco Ivan Ciampa, direction. EnregistrĂ© en 7 juin 2014, Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris. 1 dvd Erato 0825646166503.

 

 

CD, annonce. La Lucia de Diana Damrau (début février 2015 chez Erato)

2564621901CD, annonce. Diana Damrau chante Lucia di Lammermoor (2 cd Erato Ă  paraĂźtre dĂ©but fĂ©vrier 2015). Sur un fond dĂ©coratif qui cite l’Ecosse baroque de la fin du XVIIĂš, – chĂąteaux dans la brume et fontaine hantĂ©e (2Ăš tableau du I)-, le drame de Lucia prĂ©pare pour la chanteuse qui s’expose un rĂŽle particuliĂšrement Ă©prouvant, qu’elle soit amoureuse enivrĂ©e mais inquiĂšte (Ă  la fin du II pour l’échange des anneaux du serment avec son aimĂ© Edgardo), ou surtout dĂ©truite et humiliĂ©e (fin du II, par le mĂȘme Edgardo qui assiste impuissant mais haineux aux noces de sa fiancĂ©e avec un autre, Arturo). Le III est l’acte de la sublimation des passions : le sacrifice de cette soeur donnĂ©e pour sauver l’honneur et la fortune des Ashton par un frĂšre bien peu avenant (Enrico, le baryton mĂ©chant), inspire Ă  l’hĂ©roĂŻne une scĂšne entre l’horreur et l’inconscience. Lucia qui a tuĂ© ce mari rĂ©cent qu’elle n’aimait pas (Arturo, imposĂ© par son frĂšre) dĂ©ambule en une scĂšne de folie inoubliable
 (2Ăšme tableau du III), avant qu’Edgardo fou de douleur, apprenant la mort de Lucia, se suicide : les amants romantiques Ă  l’opĂ©ra n’ont jamais eu d’issue positive.

Entre la jeune femme encore fiĂšre et combattive surtout enamourĂ©e du II, puis la sacrifiĂ©e devenue criminelle et folle dans le second tableau du III, le soprano tendre et intense de Diana Damrau assure idĂ©alement les dĂ©fis du rĂŽle, l’un des plus difficiles du bel canto prĂ©verdien. En plus de la ligne bellinienne de sa scĂšne de folie, il faut aussi ajouter une dose de rĂ©alisme plus brutal et direct, propre Ă  Donizetti.

EnregistrĂ© sur le vif Ă  Munich en juillet 2013, cette nouvelle version fera date sous la baguette de Jesus LĂłpez-Cobos : aux cĂŽtĂ©s de la bouleversante Diana Damrau (si Ă©poustouflante l’an dernier dans La Traviata Ă  la Scala de Milan, dans la mise en scĂšne du provocateur rebelle Dmitri Tcherniakov), Ludovic TĂ©zier dans le rĂŽle du frĂšre froid et cynique, et de Joseph Caleja dans celui de l’amant hĂ©roĂŻque confirment la haute tenue vocale de cette nouvelle production annoncĂ©e au disque dĂ©but fĂ©vrier 2015. Critique complĂšte du double cd Lucia di Lammermoor de Donizetti par Diana Damrau dans le mag cd dvd livres de classiquenews, au moment de la sortie du coffret.

Gaetano Donizetti : Lucia di Lammermoor. Diana Damrau (Lucia), Ludovic Tézier (Enrico Ashton), Joseph Calleja (Edgardo Di Ravenswood), David Lee (Lord Arturo Bucklaw), Nicolas Testé (Raimondo Bidebent), Marie Mclaughlin (Alisa) & Andrew Lepri Meyer (Normanno). Munchener Opernorchester. Jesus Lopez-Cobos, direction (enregistrement réalisé en juillet 2013 à Munich). 2cd Erato 2564621901.

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra National de Paris, le 9 juin 2014. Verdi : La Traviata. Diana Damrau, Ludovic TĂ©zier, Francesco Demuro, Cornelia Oncioiu… Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra National de Paris. Daniel Oren, direction. BenoĂźt Jacquot, mise en scĂšne.

damrau-diana-traviata-bastille-575Nouvelle Traviata aprĂšs l’annĂ©e Verdi Ă  l’OpĂ©ra National de Paris ! Une Traviata nouveau cru qui profite de la performance choc de la soprano Diana Damrau dans le rĂŽle-titre, pour ses dĂ©buts Ă  Paris. La mise en scĂšne est de BenoĂźt Jacquot, dont nous gardons l’agrĂ©able souvenir d’un Werther rĂ©ussi La direction musicale est assurĂ© par le chef italien Daniel Oren. L’opĂ©ra le plus jouĂ© dans le monde, parfois mĂȘme une carte de prĂ©sentation des grandes divas ne laisse toujours pas indiffĂ©rent. Raconter l’histoire peut paraĂźtre redondant, l’intrigue respectant plutĂŽt fidĂšlement le cĂ©lĂšbre roman d’Alexandre Dumas Fils, oĂč une courtisane de luxe se sacrifie par amour et (re)devient victime de la sociĂ©tĂ©. C’est peut-ĂȘtre aussi la plus saisissante Ă©tude psychologique de tout le thĂ©Ăątre lyrique romantique, crĂ©Ă©e par Verdi en 1853 sur le livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs La Dame aux CamĂ©lias.

 

 

Non italienne, une inoubliable Traviata

 

Que faire avec une telle crĂ©ature ? Le pari, payant, de l’OpĂ©ra de Paris en embauchant BenoĂźt Jacquot et son Ă©quipe artistique pour la nouvelle production et sans doute celui du « retour aux origines ». La Traviata est une Ɠuvre italienne, certes, mais son esprit est français. L’inspiratrice du drame se nommait Maire Duplessis, maĂźtresse d’un Liszt et d’un Dumas Fils. Giuseppe Verdi a mis en musique les mƓurs et valeurs de la France de la monarchie de juillet. On a tendance Ă  l’oublier, voire Ă  l’ignorer dans certaines mise en scĂšnes transposĂ©es parfois de façon trop Ă©sotĂ©rique, touchant le snobisme sans fond ni intention. Dans le cas Jacquot, les intentions ne sont pas les plus explicites, et tant mieux. Nous acceptons rapidement l’aspect cinĂ©matographique de sa production, toujours avec deux plans diffĂ©rents sur le plateau, dans les dĂ©cors esthĂ©tiques de Sylvain Chauvelot, avec les riches costumes de Christian Gasc et les lumiĂšres pertinentes d’AndrĂ© Diot. IdĂ©alement, le cinĂ©aste metteur en scĂšne a voulu rompre, en toute dĂ©licatesse, avec certaines conventions… Notamment avec les chƓurs les plus statiques que nous ayons jamais vu dans une Traviata. Si nous aimons les chansons Ă  boire animĂ©es et dansantes, le fameux Brindisi devient ici un mini-concert de Violetta et d’Alfredo. C’est moins une approche psychologique qu’une rĂ©presentation trĂšs juste des codes et mƓurs de la sociĂ©tĂ© d’alors. L’Ă©lĂ©gance, le raffinement, les nons-dits, l’isolement et la dĂ©solation dansent ensemble dans les tĂ©nĂšbres pendant que deux amoureux cĂ©lĂšbrent la joie et la voluptĂ©. Cela ne peut pas ĂȘtre plus français, ni plus beau dans sa vĂ©racitĂ©.

Quel profil pour Violetta ValĂ©ry ? Diana Damrau, soprano allemande, offre une prestation rare par l’excellence de son chant. N’oublions pas qu’il s’agĂźt d’un rĂŽle trĂšs exigeant pour l’interprĂšte d’un point de vue vocal. Les talents propres Ă  la soprano, avec sa formation acadĂ©mique mozartienne font de sa Violetta une tragĂ©dienne plus française qu’italienne, avec une ligne de chant impeccablement soignĂ©e, des piani et pianissimi dans les sommets et les profondeurs du rĂŽle qui font ravir les cƓurs. « Addio del passato » au dernier acte est l’un des nombreux moments forts, la salle respire et soupire Ă  l’unisson devant la perfection sonore des adieux de la Violetta mourante. A ses cĂŽtĂ©s, Ludovic TĂ©zier dans le rĂŽle de Giorgio Germont, pĂšre d’Alfredo, est aussi excellent. Il incarne le rĂŽle avec un air hautain qui va trĂšs bien dans cette production. Sa performance est une vĂ©ritable master class, peut-ĂȘtre trop vaillant et hĂ©roĂŻque pour le rĂŽle, mais puissamment crĂ©dible quoi qu’il en soit.

 

Daniel Oren dirigeant l’Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris dĂ©fend aussi le parti-pris de faire une Traviata rĂ©solument non italienne. Si sa baguette manque parfois de clartĂ©, il arrive souvent Ă  obtenir un son frĂ©missant, sensuel et sans excĂšs. Pourquoi ĂȘtre libre quand nous sommes si bien dans nos prisons ? Soit, mais nous l’aurions prĂ©fĂ©rĂ© libĂ©rĂ©. Ne manquer pas cette Traviata française, si brillante et raffinĂ©e Ă  l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille les 12, 14, 17 et 20 juin 2014.

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (Violetta), Francesco Demuro (Alfredo, Germont fils), Ludovic TĂ©zier (Germont pĂšre), Anna Pennisi, Cornelia Oncioiu. BenoĂźt Jacquot, mise en scĂšne. Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra national de Paris. Daniel Oren, direction.

Paris, OpĂ©ra Bastille. La lumineuse Traviata de Diana Damrau… On se souvient de l’ancienne production en piste Ă  Garnier, hĂ©ritage de l’ùre Mortier, entre dĂ©calage et misĂ©rabilisme atterrant (signĂ© en 2007 par Christoph Marthaler qui imaginait alors une Traviata extĂ©nuĂ©e au pays des soviets usĂ©s, corrompus, exsangues). Voici venu le sang neuf du nouveau BenoĂźt Jacquot, signature prometteuse depuis son Werther crĂ©Ă© ici mĂȘme en 2010 dans des tableaux Ă©purĂ©s, gigantesques, Ă©conomes, maniant le motif comme autant de symboles signifiants sur la scĂšne. Car le thĂ©Ăątre, c’est aussi du sens ! On a trop souvent l’impression que cette Ă©vidence est Ă©cartĂ©e, oubliĂ©e, sacrifiĂ©e. C’est pourtant le motif d’une espĂ©rance ressuscitĂ©e pour chaque nouvelle production : qu’allons nous voir ? Qu’allons nous comprendre 
 et peut-ĂȘtre dĂ©couvrir ?

MĂȘme grand vide suggestif ici traitĂ© en aplat de couleur/lumiĂšre, avec quelques pointes d’époque : comme le tableau de l’Olympia de Manet, hommage du peintre rĂ©aliste au nu fĂ©minin, au corps de la courtisane qui fait commerce de ses charmes. Pour le reste, pas de lecture ou d’idĂ©e conceptuelle qui architecture et structure une vision marquante. C’est joli, pas gĂȘnant – ce qui est dĂ©jĂ  beaucoup. Le vrai enjeu de cette nouvelle production demeure le choix des voix choisies pour un spectacle qui s’est d’emblĂ©e affichĂ© comme l’évĂ©nement de la fin de saison de l’OpĂ©ra de Paris.

 

 

 

Lumineuse Violetta de Diana


 

Sur le plateau immense de Bastille, rĂšgne la vocalitĂ© irrĂ©prochable des chanteurs rĂ©unis pour ce point d’orgue de la saison 13-14 qui s’achĂšve : Diana Damrau (en Violetta), Ludovic TĂ©zier et Francesco Demuro (nouveau venu dans l’auguste maison comme c’est le cas de sa consoeur allemande), respectivement dans les rĂŽles des Germont, pĂšre et fils.
Elle, diva dĂ©sormais adulĂ©e sur toutes les planches du monde ensorcelle de facto par sa voix dĂ©chirante, directe, musicalement trĂšs raffinĂ©e, en une incarnation aussi rĂ©ussie que sa prĂ©cĂ©dente prestation Ă  La Scala de Milan pour son ouverture en dĂ©cembre 2013. La lumiĂšre du timbre, sa grĂące angĂ©lique, son intensitĂ© font mouche (au moment du sacrifice imposĂ© au II, au moment de la mort sacrificielle au III). DU trĂšs (trop) beau chant
 qui pourra laisser de marbre les admirateurs d’un chant plus corsĂ©, incarnĂ©, expressif.
C’est exactement le cas du tĂ©nor wagnĂ©rien Klaus Florian Vogt chez Wagner : son Lohengrin ou son Parsifal souffrent d’une clartĂ© lisse du timbre que beaucoup trouve inexpressive. Question de goĂ»t. Le beau chant et la qualitĂ© du timbre font quand mĂȘme la diffĂ©rence
 et notre admiration.

 

 

 

damrau-diana-traviata-bastille-575

 

Face Ă  elle, le tĂ©nor sarde nouveau venu donc Ă  Paris, Francesco Demuro peine parfois en un chant moins articulĂ©, moins abouti dramatiquement. Dommage. Face aux jeunes, le Germont de TĂ©zier s’impose lĂ  encore par la force souple du chant, un modĂšle de jaillissement intense et poĂ©tiquement juste. Quel baryton ! Une chance pour Paris dĂ©cidĂ©ment. L’orchestre habituellement parfait de finesse, de suggestion sous la direction de son directeur musical – divin mozartien, Ă©tonnant wagnĂ©rien, Philippe Jordan, semblait dĂ©possĂ©dĂ© de ses moyens sans la conduite de son pilote prĂ©fĂ©rĂ©. Le chef Daniel Oren navigue souvent Ă  vue, sans architecture une lecture cohĂ©rente et claire.  Pour une fois que la fosse fait dĂ©faut, il nous fallait le signaler. Dans l’immensitĂ© de la salle de Bastille, le beau chant de Damrau continue encore de nous hanter, comme ce fut le cas Ă  Milan en dĂ©cembre dernier : pour nous aucun doute, Diana Damrau a bien choisi le moment de chanter sa Violetta : courrez Ă  Bastille applaudir Ă  ce grand moment. Damrau et TĂ©zier valent largement le dĂ©placement.

Paris. OpĂ©ra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (Violetta), Francesco Demuro (Alfredo, Germont fils), Ludovic TĂ©zier (Germont pĂšre), Anna Pennisi, Cornelia Oncioiu. BenoĂźt Jacquot, mise en scĂšne. Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra national de Paris. Daniel Oren, direction. A l’affiche de l’OpĂ©ra Bastille, jusqu’au 20 juin. TĂ©l. : 08-92-89-90-90. De 5 € Ă  195 €. Operadeparis.fr.  Diffusion sur France Musique le 7 juin, dans les cinĂ©mas UGC le 17 juin 2014.

 

 

 

La Traviata de Diana Damrau sur France Musique

verdi_582_face_portrait_boldini logo_francemusiqueFrance Musique, le 7 juin 2014, 19h: Diana Damrau chante La Traviata, en direct de Bastille. AprĂšs un Werther clair et lisible, BenoĂźt Jacquot met en scĂšne La Traviata, tragĂ©die parisienne de Verdi qui au moment de sa crĂ©ation Ă  Venise sur les planches de La Fenice (1853), suscita un scandale notoire : comment accepter dans un opĂ©ra, de voir les amours sulfureuses d’une courtisane et d’un jeune bourgeois (Germont fils) : elle en proie Ă  une rĂ©demption morale inacceptable ; lui, prĂȘt Ă  saborder l’honneur de sa famille ? Verdi alors en mĂ©nage avec Giuseppina Strepponi, cantatrice Ă  la rĂ©putation elle aussi scandaleuse, qu’il n’épousera que sur le tard, dĂ©nonce ici  l’hypocrisie de son temps. InspirĂ© par le roman de Dumas fils, La dame aux camĂ©lias (1852), le compositeur portraiture la sociĂ©tĂ© du Second Empire non sans une pointe satirique ; il brosse surtout de Violetta ValĂ©ry, la courtisane sublime lĂ©guĂ©e par Dumas, un portrait bouleversant, celui d’une Ăąme sensible, romantique qui alors qu’elle se sent condamnĂ©e, usĂ©e par les excĂšs de sa vie sans morale, rencontre en croisant le regard d’Alfredo, le pur amour. En traitant un mythe littĂ©raire contemporain, Verdi transpose Ă  l’opĂ©ra, un vrai sujet qui pourrait ĂȘtre d’actualitĂ©. Liszt a laissĂ© un tĂ©moignante bouleversant sur la vraie Dame aux camĂ©lias : Alphonsine Duplessis, morte tuberculeuse en 1847, petit ĂȘtre fragile et sensuel d’une passivitĂ© dĂ©jĂ  maudite.

verdi La TraviataD’une rare justesse Ă©motionnelle, l’écriture de Verdi bannit ici toute virtuositĂ© dĂ©monstrative : il touche directement le cƓur. Jamais les options expressives n’ont Ă  ce point fusionner avec les accents de la nĂ©cessitĂ© poĂ©tique et dramatique. Chaque air de Violetta, saisie, consumĂ©e par le grand vertige de la vie, s’impose Ă  nous comme autant de confessions introspectives, miroir de son Ă©tat psychique : l’abandon de ses rĂȘves, les Ă©lans de ses dĂ©sirs perdus, la faiblesse d’un corps qui perd peu Ă  peu le goĂ»t de vivre, sous la pression sociale, face aux Ă©preuves que lui impose le pĂšre de son jeune amant
 Trop de vĂ©ritĂ© et de sincĂ©ritĂ© dans ce drame sentimental d’une irrĂ©sistible cohĂ©rence : Ă  la crĂ©ation, la censure exigea que les rĂŽles soient chantĂ©s en costumes Louis XIV. Des robes modernes auraient soulignĂ© la modernitĂ© insupportable de l’ouvrage. Reprise un an plus tard aprĂšs le fiasco de La Fenice, en 1854 au Teatro San Benedetto de Venise, La Traviata dĂ©fendue par une meilleure distribution, suscita le triomphe que l’ouvrage mĂ©ritait.

damrau dianaLa nouvelle production de La Traviata Ă  l’OpĂ©ra Bastille rĂ©unit une distribution prometteuse : Diana Damrau qui vient d’ouvrir la saison actuelle de La Scala avec cette prise de rĂŽle exceptionnellement intense et juste ; Ludovic TĂ©zier habituĂ© du rĂŽle paternel, sacrificateur et protecteur Ă  la fois, Germont pĂšre
 ajoute au tableau, sa droiture vocale qui sied parfaitement au rĂŽle paternel, un rien moralisateur et rigide. 8 dates Ă©vĂ©nements, du 2 au 20 juin 2014. Diffusion en direct sur France Musique, le 7 juin 2014, 19h. En direct dans les cinĂ©mas le 17 juin 2014.

Verdi : La Traviata Ă  l’OpĂ©ra Bastille

Daniel Oren (2, 5, 7, 9 et 20 juin)
Francesco Ivan Ciampa (12, 14, 17 juin)
direction musicale

BenoĂźt Jacquot
Mise en scĂšne

Diana Damrau, Violetta Valéry
Anna Pennisi, Flora Bervoix
Cornelia Oncioiu, Annina
Francesco Demuro, Alfredo Germont
Ludovic TĂ©zier, Giorgio Germont
Kevin Amiel, Gastone
Fabio Previati, Il Barone Douphol
Igor Gnidii, Il Marchese d’Obigny
Nicolas Testé, Dottore Grenvil

Orchestre et Choeur de l’OpĂ©ra national de Paris

RĂ©servations, informations sur le site de l’OpĂ©ra national de Paris

Diana Damrau chante sa nouvelle Traviata Ă  l’OpĂ©ra Bastille

verdi_582_face_portrait_boldiniParis, OpĂ©ra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau: 2>20 juin 2014. AprĂšs un Werther clair et lisible, BenoĂźt Jacquot met en scĂšne La Traviata, tragĂ©die parisienne de Verdi qui au moment de sa crĂ©ation Ă  Venise sur les planches de La Fenice (1853), suscita un scandale notoire : comment accepter dans un opĂ©ra, de voir les amours sulfureuses d’une courtisane et d’un jeune bourgeois (Germont fils) prĂȘt Ă  saborder l’honneur de sa famille ? Verdi alors en mĂ©nage avec Giuseppina Strepponi, cantatrice Ă  la rĂ©putation elle aussi scandaleuse, qu’il n’épousera que sur le tard, dĂ©nonce dans La Traviata l’hypocrisie de son temps. InspirĂ© par le roman de Dumas fils, La dame aux camĂ©lias (1852), le compositeur portraiture la sociĂ©tĂ© du Second Empire non sans une pointe satirique ; il brosse surtout de Violetta ValĂ©ry, la courtisane sublime lĂ©guĂ©e par Dumas, un portrait bouleversant, celui d’une Ăąme sensible, romantique qui alors qu’elle se sent condamnĂ©e, usĂ©e par les excĂšs de sa vie sans morale, rencontre en croisant le regard d’Alfredo, le pur amour. En traitant un mythe littĂ©raire contemporain, Verdi transpose Ă  l’opĂ©ra, un vrai sujet qui pourrait ĂȘtre d’actualitĂ©. Liszt a laissĂ© un tĂ©moignante bouleversant sur la vraie Dame aux camĂ©lias : Alphonsine Duplessis, morte tuberculeuse en 1847, petit ĂȘtre fragile et sensuel d’une passivitĂ© dĂ©jĂ  maudite.
verdi La TraviataD’une rare justesse Ă©motionnelle, l’écriture de Verdi bannit ici toute virtuositĂ© dĂ©monstrative : il touche directement le cƓur. Jamais les options expressives n’ont Ă  ce point fusionner avec les accents de la nĂ©cessitĂ© poĂ©tique et dramatique. Chaque air de Violetta, saisie, consumĂ©e par le grand vertige de la vie, s’impose Ă  nous comme autant de confessions introspectives, miroir de son Ă©tat psychique : l’abandon de ses rĂȘves, les Ă©lans de ses dĂ©sirs perdus, la faiblesse d’un corps qui perd peu Ă  peu le goĂ»t de vivre, sous la pression sociale, face aux Ă©preuves que lui impose le pĂšre de son jeune amant
 Trop de vĂ©ritĂ© et de sincĂ©ritĂ© dans ce drame sentimental d’une irrĂ©sistible cohĂ©rence : Ă  la crĂ©ation, la censure exigea que les rĂŽles soient chantĂ©s en costumes Louis XIV. Des robes modernes auraient soulignĂ© la modernitĂ© insupportable de l’ouvrage. Reprise un an plus tard aprĂšs le fiasco de La Fenice, en 1854 au Teatro San Benedetto de Venise, La Traviata dĂ©fendue par une meilleure distribution, suscita le triomphe que l’ouvrage mĂ©ritait.
La nouvelle production de La Traviata Ă  l’OpĂ©ra Bastille rĂ©unit une distribution prometteuse : Diana Damrau qui vient d’ouvrir la saison actuelle de La Scala avec cette prise de rĂŽle exceptionnellement intense et juste ; Ludovic TĂ©zier habituĂ© du rĂŽle paternel, sacrificateur et protecteur Ă  la fois, Germont pĂšre
 ajoute au tableau, sa droiture vocale qui sied parfaitement au rĂŽle paternel, un rien moralisateur et rigide. 8 dates Ă©vĂ©nements, du 2 au 20 juin 2014. Diffusion en direct sur France Musique, le 7 juin 2014, 19h. En direct dans les cinĂ©mas le 17 juin 2014.

Verdi : La Traviata Ă  l’OpĂ©ra Bastille

Daniel Oren (2, 5, 7, 9 et 20 juin)
Francesco Ivan Ciampa (12, 14, 17 juin)
direction musicale

BenoĂźt Jacquot
Mise en scĂšne

Diana Damrau, Violetta Valéry
Anna Pennisi, Flora Bervoix
Cornelia Oncioiu, Annina
Francesco Demuro, Alfredo Germont
Ludovic TĂ©zier, Giorgio Germont
Kevin Amiel, Gastone
Fabio Previati, Il Barone Douphol
Igor Gnidii, Il Marchese d’Obigny
Nicolas Testé, Dottore Grenvil

Orchestre et Choeur de l’OpĂ©ra national de Paris

RĂ©servations, informations sur le site de l’OpĂ©ra national de Paris

CD. Diana Damrau : Forever (1 cd Erato)

diana_damrau_recordingsCD. Diana Damrau : Forever (Erato). Elle vient de triompher dans la nouvelle production de La Traviata inaugurant la nouvelle saison lyrique de la Scala 2013-2014, Diana Damrau n’a jamais semblĂ© plus au sommet de ses possibilitĂ©s : mieux chantante, melliflue (poĂ©tesse et sirĂšne dans un Summertime enivrant entre autres), d’une flexibilitĂ© lumineuse souvent superlative. Eclat, transparence, couleurs, tempĂ©rament dramatique, surtout exceptionnelle intelligence d’une interprĂšte qui s’est peu Ă  peu rĂ©vĂ©lĂ©e et distinguĂ©e, en particulier depuis ces 5 derniĂšres annĂ©es. Voici donc un rĂ©cital biographique composĂ© de rĂŽles et oeuvres choisies avec affection et passion par une diva d’une irrĂ©sistible frĂ©nĂ©sie, d’une rare sincĂ©ritĂ©.

 

 

Diana Damrau : Diva assoluta

 

 

Damrau_cd_forever-200x200A travers divers registres comiques et d’autres plus sombres, et souvent nostalgiques, la soprano exceptionnelle Violetta verdienne donc, montre ici en une dĂ©contraction Ă©lĂ©gantissime, ses affinitĂ©s avec toute une palette de demi caractĂšres idĂ©alement choisis.
Le mordant et le piquant chez Strauss (La Chauve Souris, Der Fliedermaus) met en lumiĂšre son abattage et son Ă©lasticitĂ© coloratoure qui ailleurs fait merveille en diseuse soucieuse d’intelligibilitĂ© chez Richard Strauss ou Mozart ; mais c’est sa sincĂ©ritĂ© formidable qui rayonnne dans les airs suivants.

 

De toute Ă©vidence, le rĂ©cital est un nouvel accomplissement d’autant plus Ă©tincelant que la diva assoluta dĂ©grafe le corsage, osant plusieurs incarnations en toute libertĂ©, jouant sur toutes les facettes d’un intense tempĂ©rament lyrique. Entre opĂ©rette, comĂ©die musicale (pĂ©tillante et facĂ©tieuse et d’une lĂ©gĂšretĂ© si dĂ©lectable dans My Fair Lady), cabaret… en allemand et en anglais, la soprano irradie de chien (sifflotant mĂȘme avec une humeur heureuse Ă©panouie), de style, de raffinement et de feu interprĂ©tatif (merveilleuse Maria de West Side Story : I feel pretty, qui sur les traces de Te Kanawa, dans la version lyrique validĂ©e par Bernstein lui-mĂȘme, trouve une libertĂ© et une vĂ©ritĂ© de ton sidĂ©rante, c’est du dĂ©but Ă  la fin une jubilation communicante oĂč elle semble ressusciter son Ăąme d’enfance ! Programme jubilatoire.

 

 

Diana Damrau: Forever. 1 cd Erato.
TRACK LISTING
01 Vocalise: The ninth gate

02 Höre ich Zigeunergeigen: Grafin Mariza

03 Strahlender Mond: Der Vetter aus Dingsda

04 Meine Lippen sie kĂŒssen so heiss: Giuditta

05 Lippen schweigen: Die lustige Witwe

06 Mein Herr Marquis: Die Fledermaus

07 CzĂĄrdas: Die Fledermaus

08 WĂ€re det nich wundaschen: My fair lady

09 I could have danced all night: My fair lady

10 GrĂŒnfink und Nachtigall: Sweeney Todd

11 Summertime: Porgy and Bess

12 I’m in love with a wonderful guy: South Pacific

13 Wishing you were somehow here again: Phantom of the opera

14 I feel pretty: West side story

15 Over the rainbow: The Wizard of Oz

16 All in the golden afternoon: Alice in wonderland

17 Ein Mensch zu sein: Arielle, die Meerjungfrau

18 Someday my prince will come: Snow white

19 Feed the birds: Mary Poppins

20 Walking in the air: The Snowman

21 Vocalise: Wuthering Heights

22 Ich hĂ€tt getanzt heut’ Nacht: My fair lady

23 Lied der Nachtigall: Die schwedische Nachtigall

 

 

Télé, ce soir, 20h45 : en direct sur Arte, Diana Damrau chante La Traviata à La Scala

TĂ©lĂ©, en direct sur Arte : Diana damrau chante La Traviata Ă  La Scala, ce soir Ă  20h45.  Chaque 7 dĂ©cembre marque par tradition la soirĂ©e d’ouverture de la nouvelle saison lyrique Ă  Milan. En choisissant La Traviata de Verdi, La Scala souligne et cĂ©lĂšbre Ă  son tour le bicentenaire Verdi 2013. Le rĂŽle de Violetta exige de la part de la cantatrice invitĂ©e Ă  incarner la jeune courtisane parisienne, des talents immenses de chanteuse comme d’actrice.

 
 

damarau_tcherniakov_traviata_verdi Chacun des 3 actes suppose une personnalitĂ© diffĂ©rente et donc un style spĂ©cifique : Ă  l’insouciante Ă©perdue mais dĂ©jĂ  affaiblie par la maladie qui la ronge et qui dĂ©couvre le pur amour au I, succĂšde la violence Ă©chevelĂ©e de la femme sacrifiĂ©e qui doit renoncer Ă  son bonheur imprĂ©vu au II ; puis au III, la courtisane pĂ©cheresse au bord de la tombe succombe moralement sauvĂ©e : son Ăąme est absoute des pĂ©chĂ©s anciens car elle a tout sacrifiĂ© sous la pression de la morale bourgeoise (incarnĂ©e par Germont pĂšre).
Portrait de femme et satire sociale. En plus d’un formidable portrait de femme, Verdi fait aussi la satire de son Ă©poque, lui qui subit les foudres des bien pensants hypocrites quand il se promenait aux bras de Giuseppina Strepponi, cantatrice plusieurs divorcĂ©e, avec laquelle il vivait maritalement …
Aujourd’hui, aprĂšs Patricia Ciofi, Annick Massis, Ă  l’ardente flamme Ă©motionnelle, et la plus rĂ©cente Natalie Dessay, c’est Diana Damrau, hier Gilda (Rigoletto du mĂȘme Verdi) qui ” ose ” relever le dĂ©fi d’un personnage mythique et bouleversant … Lui donnent la rĂ©plique les deux Germont pĂšre et fils, l’amant fougueux et le redresseur de torts : le tĂ©nor Piotr Beczala et le baryton Ćœeljko Lucic.

 

Souhaitons que la finesse des interprĂštes inspirent Daniele Gatti Ă  la direction certes puissante, parfois carrĂ©e voire droite ; or La Traviata, drame rĂ©aliste et psychologique rĂ©clame nuances et subtilitĂ©. Dans cette production, le metteur en scĂšne russe Dmitri Tcherniakov, Ă  l’expressionnisme Ă©touffant, passionnĂ© par le jeu d’acteurs (en tĂ©moigne sa mise en scĂšne lĂ©gendaire d’EugĂšne OnĂ©guine Ă  Bastille) devrait renouveler le dramatisme de l’opĂ©ra verdien, entre vertiges, spasmes, solitude : une course Ă  l’abĂźme qui s’avĂšre prometteuse … Qu’en sera-t-il Ă  La Scala ce soir Ă  partir de 20h45 ? RĂ©ponse en direct sur Arte (en rĂ©alitĂ© il s’agit d’un diffĂ©rĂ© : la reprĂ©sentation Ă  Milan dĂ©butant Ă  18h).

 

Giuseppe Verdi 2013

En direct de La Scala, Diana Damrau chante Violetta

En direct de la Scala de Milan
représentation inaugurale de la nouvelle saison lyrique scaligÚne 2013-2014
Arte, Samedi 7 décembre 2013, 20h50

MĂ©lodrame en 3 actes
Livret de Francesco Maria Piave
D’aprĂšs la Dame aux camĂ©lias d’Alexandre Dumas
Nouvelle production du Teatro alla Scala
Orchestre et chƓurs du Teatro alla Scala de Milan
Direction musicale : Daniele Gatti
Mise en scÚne et décors : Dmitri Tcherniakov
LumiÚres  : Gleb Filschtinsky

distribution
Violetta Valery : Diana Damrau
Flora Bervoix : Giuseppina Piunti
Annina : Mara Zampieri
Alfredo Germont : Piotr Beczala
Giorgio Germont : Zeljko Lucic
RĂ©alisation : Patrizia Carmine / Production : RAI, ARTE France (2h40mn)

&nbsp
&nbsp

Diana Damrau chante Violetta Ă  la Scala

Diana Damrau est Violetta … Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 dĂ©cembre 2013. En direct sur Arte, le 7 dĂ©cembre. Diana Damrau chante Violetta., sous la direction de Daniele Gatti pour l’ouverture de la nouvelle saison de la Scala de Milan. Prise de rĂŽle attendue et certainement aussi convaincante que sa Gilda (Rigoletto, sa rĂŽle verdien d’envergure prĂ©cĂ©dent) … Le thĂ©Ăątre scaligĂšne rend ainsi hommage Ă  Giuseppe Verdi pour l’annĂ©e de son centenaire. Nouvelle production de la Scala, avec aux cĂŽtĂ©s de Diana Damrau, Piotr Beczala (Alfredo Ă©lĂ©gantissime), Zelijko Lucic (Germont pĂšre)… Mise en scĂšne : Dmitri Tcherniakov

Milan, Teatro alla Scala, Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 décembre 2013. Nouvelle production

verdi_yeux_bandeau_535

La Traviata Ă  la Scala

Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 dĂ©cembre 2013. En direct sur Arte, le 7 dĂ©cembre. Diana Damrau chante Violetta., sous la direction de Daniele Gatti pour l’ouverture de la nouvelle saison de la Scala de Milan. Prise de rĂŽle attendue et certainement aussi convaincante que sa Gilda (Rigoletto, sa rĂŽle verdien d’envergure prĂ©cĂ©dent) … Le thĂ©Ăątre scaligĂšne rend ainsi hommage Ă  Giuseppe Verdi pour l’annĂ©e de son centenaire. Nouvelle production de la Scala, avec aux cĂŽtĂ©s de Diana Damrau, Piotr Beczala (Alfredo Ă©lĂ©gantissime), Zelijko Lucic (Germont pĂšre)… Mise en scĂšne : Dmitri Tcherniakov

Milan, Teatro alla Scala, Verdi: La Traviata. Du 7 au 31 décembre 2013. Nouvelle production

verdi_yeux_bandeau_535