Compte rendu, festival. La Seyne sur mer. Festival international Sand et Chopin en Seyne, le 26 août 2016

sand and chopin festivalLa Seyne sur mer. Festival international Sand et Chopin en Seyne, le 26 aoĂ»t 2016. Tours. Fort Balaguer, Tour Royale : les deux forteresses face Ă  face sont comme le fermoir, qui enserre sans fermer complĂštement, le collier illuminĂ© de l’immense rade de Toulon. D’un cĂŽtĂ©, les plages de sable, ponctuĂ©es par le Fort, de l’autre une pointe rocheuse surmontĂ©e de la Tour, la ville, la base navale, au loin, la silhouette fantĂŽme dans le soir tombant du porte-avions Charles de Gaulle. Sur cette rive de Saint-Mandrier, petit port Ă  l’ancienne, de petits bateaux d’autrefois, pas de yachts mais de modestes barques, des canots, des voiliers, une Ă©chelle humaine. Des routes serpentant, rĂȘveusement, entre monts et mer.  Un coin encore prĂ©servĂ©.

 

 

 

 

Force et fortifications

 

 

Un chemin forestier dans la colline et des pinĂšdes surchauffĂ©es par la canicule, embaumĂ©es des senteurs des plantes aromatiques exhalĂ©es, exaltĂ©es par la chaleur, nous conduit, Ă  pied, Ă  une autre fortification : le Fort NapolĂ©on.  Un quadrilatĂšre de pierre, arĂȘtes vives mais brouillĂ©es, gribouillĂ©es, adoucies d’arbustes et d’arbres qui ont pacifiquement pris possession des hautes murailles dĂ©fensives, tendre prolongement vĂ©gĂ©tal des murs minĂ©raux guerriers.

À l’intĂ©rieur, une cour, percĂ©e d’ouvertures donnant sur des salles voĂ»tĂ©es, vouĂ©es dĂ©sormais, Ă  des expositions, en ce moment, de belles photos de Gil FrĂ©chet. Une scĂšne, un candĂ©labre, deux pianos anciens, l’un, de collection, un Érard de 1926, l’autre ayant appartenu aux ChorĂ©gies d’Orange, ayant accompagnĂ© Jon Vickers, Montserrat CaballĂ©, Pavarotti
 Car ces forts, ces fortifications, belliqueuses, dĂ©fensives, autrefois subissant le bruit du canon, sont soumises dĂ©sormais Ă  la paix de la musique.

Tour de force

di marco cristelle opera chant voix lyrique classiquenewsC’est celui de la chanteuse lyrique Chrystelle di Marco, qui a dĂ» puiser en ces lieux la force des murs et la volontĂ© de fer, l’ñme d’une guerriĂšre pour rĂ©ussir Ă  planter, implanter un festival musical et littĂ©raire autour des figures de Chopin et Sand, qui vĂ©cut tout prĂšs dans une villa et un lieu qui donnĂšrent nom Ă  son feuilleton Tamaris publiĂ© dans la Revue des deux mondes, puis Ă©ditĂ© en 1862, dont le cadre est justement le dĂ©cor de la corniche de Tamaris Ă  La Seyne-sur-Mer, une histoire de mĂšre et de fils malade, un aveu presque de son rapport maternel, inconsciemment incestueux, avec Chopin


Chrystelle di Marco, qui a travaillĂ© avec Raina Kabaivanska, qui chante dĂ©jĂ  en Italie, en Espagne, a donc rĂ©ussi l’exploit de crĂ©er ce festival autour de ces deux figures romantiques tutĂ©laires avec, cette annĂ©e, au programme, Le jeudi 25 aoĂ»t la pianiste internationale Maria Luisa Macellaro La Franca, associĂ©e Ă  la comĂ©dienne Vanessa MatĂ©o, pour conter en musique et texte les amours de Georges Sand et Chopin. Le 27 aoĂ»t, c’était  le spĂ©cialiste de la musique de Chopin, Jean-Marc Luisada, laurĂ©at du Concours International FrĂ©dĂ©ric Chopin de Varsovie, victoires de la musique en 2010, qui, sur un piano de collection exceptionnel, un Broadwood and sons de 1863, Ă©voquait sous ses doigts l’ñme de FrĂ©dĂ©ric.

nino chaidze piano classiquenews d5eb35_497e7ab573344994bc1953f9764396a1~mv2Et, ce soir, le 26, c’était, avec la complicitĂ© du tĂ©nor gĂ©orgien IraklĂ­ KakhĂ­dze et de la pianiste venue de GĂ©orgie pour les accompagner, NĂ­no ChaĂ­dze, que Chrystelle di Marco payait de sa personne. Et quand on emploie cette expression c’est au sens propre et par antiphrase : sans aucune subvention, pour payer les autres, elle renonçait Ă  son cachet, participant, jusqu’à la limite du concert, Ă  tout le travail matĂ©riel qu’exige le maintien et la prĂ©paration d’un lieu scĂ©nique quand la pauvretĂ© des moyens ne permet pas d’avoir une Ă©quipe suffisante pour la maintenance. Ce sont des circonstances, qui doivent entrer en considĂ©ration, des difficultĂ©s de l’art aujourd’hui, de sa production, de la vie des artistes, dont l’engagement, la gĂ©nĂ©rositĂ©, Ă  la limite du danger pour eux, sont les mesures aussi de leur rĂ©ussite.

 

 

 

Tour de chant Verdi

Au programme, donc, en premiĂšre partie, quatre extraits de la Traviata. Le fameux rĂ©citatif introspectif, « È strano  » suivi du grand air « Sempre libera » de l’acte I ne pouvait manquer.  On nous a tant habituĂ©s, Ă  tort, Ă  entendre ce rĂŽle, notamment le passage de haute virtuositĂ© « Follie, follie  » par des voix lĂ©gĂšres, qui ajoutent un abusif contre mi non Ă©crit par Verdi, que l’on en oublie que la partition est Ă©crite pour un soprano dramatique capable de vocaliser, d’allĂ©ger. La voix de Chrystelle di Marco, puissante, souple, ample tissu et volume, correspond exactement Ă  cette tessiture, Ă©gale sur tout son registre, riche en harmoniques, colorĂ©e, grave onctueux et veloutĂ©, et un medium en mezzo forte d’une somptueuse beautĂ©. Elle se tire admirablement des vocalises pĂ©rilleuses, malgrĂ© le handicap d’une chaleur encore Ă©crasante la nuit, dont le piano, malgrĂ© sa protection, souffre un peu avec, soudain quelques sonoritĂ©s curieuses mais, finalement, agrĂ©ables dans leur Ă©trangetĂ©. Cependant, l’éclatante belle santĂ© de la voix correspond moins Ă  la moribonde disant adieu Ă  son passĂ©, notamment dans des pianissimi bien tenus mais peut-ĂȘtre insuffisamment tĂ©nus.

Elle a un digne partenaire en IraklĂ­ KakhĂ­dze, tout juste arrivĂ© du Festival de Bergen en NorvĂšge, en plein air (et sous la pluie !), ce qui montre aussi Ă  quelles conditions sont soumis les chanteurs dont la jeunesse est prisĂ©e pour une scĂšne se rapprochant toujours plus du thĂ©Ăątre et du cinĂ©ma pour la beautĂ© des personnages, mais qui ne peuvent s’offrir le luxe, pour vivre —et pas toujours bien— pour survivre souvent de leur art, de refuser l’emploi pĂ©rilleux que leur proposent des directeurs plus soucieux de rĂ©ussir un spectacle ponctuel que de mĂ©nager l’avenir des voix des jeunes artistes. Ainsi, engagĂ© en troupe par l’OpĂ©ra de Manheim, il s’est dĂ©jĂ  vu offrir ailleurs les rĂŽles de fort tĂ©nors de Canio de Pagliacci et mĂȘme d’Othello, dangereux en dĂ©buts de carriĂšre et qui demandent une voix murie par le temps et l’expĂ©rience.

Il est vrai que la voix triomphante de ce tĂ©nor semble y inviter : un beau mĂ©tal pour le timbre, une voix d’airain, des aigus tranchants d’une rare puissance et facilitĂ© dans une Ă©galitĂ© remarquable de la tessiture, tout pour assurer le succĂšs d’une soirĂ©e, si l’on ne songe pas au pĂ©ril vocal de rĂŽles trop tĂŽt abordĂ©s. Il se lance avec passion dans l’air vĂ©hĂ©ment des remords d’Alfredo de l’acte II et les deux chanteurs finissent cette premiĂšre partie avec le duo final de Traviata.

Le tĂ©nor est rayonnant de force virile dans l’air cĂ©lĂšbre « Celesta Aida  » d’un RadamĂšs qui est certes dans ses cordes, mais dont il reconnaĂźt sagement qu’il n’a pas intĂ©rĂȘt vocal Ă  le trop cultiver en continuitĂ© actuellement. Le duo de l’acte II, « Teco io sto », du Ballo in maschera conviendra mieux que les passages en trop grandes nuances Ă  ces chanteurs trĂšs dotĂ©s en voix, d’une gĂ©nĂ©rositĂ© qui se mĂ©nage pas en cette nuit estivale Ă©prouvante de chaleur.

GrisĂ©s par la puissance exceptionnelle de leurs moyens, dopĂ©s, poussĂ©s par un public enthousiaste, ils poussent trop la voix et le duo d’amour final d’Aida, s’il est passionnĂ© comme il se doit, manque de cette douceur ineffable que Verdi demande expressĂ©ment dans la partition.

Mais trÚs belle soirée, avec, par ailleurs, une remarquable pianiste, Níno Chaídze, parfaite experte de cette musique italienne à grandes envolées, qui sait accompagner sans presser, laissant trÚs largement respirer la musique et les chanteurs.

 

LUX CLASSIC

lux classic label disques 10351097_1527906187536730_1784284616597409698_nPour donner la mesure de l’activitĂ© passionnĂ©e de Chrystelle di Marco, disons son activisme musical, il faut signaler que non seulement elle a crĂ©Ă© le Festival Sand et Chopin mais qu’elle assure la direction, au Domaine Bunan, de  l’OpĂ©ra dans les Chais , ainsi que des Rendez-vous musico-littĂ©raires de Lux Classic au MusĂ©e de la marine de Toulon, se dĂ©roulant d’octobre Ă  juin et des Rencontres musico-littĂ©raires au MusĂ©e de la Castre de Cannes. Sa passion pour les mĂ©lodies françaises et italiennes des 19e et 20e siĂšcles, assurĂ©e de l’enthousiasme du public de ses rĂ©citals, l’amĂšne a crĂ©er une maison d’Ă©dition et un label indĂ©pendant de musique classique, LUX CLASSIC.

LUX CLASSIC se veut crĂ©atif et ouvert sur la renaissance et la mise en valeur d’un rĂ©pertoire riche de couleurs, de variĂ©tĂ©s de formes et d’Ă©motions aussi bien dans le rĂ©pertoire des deux derniers siĂšcles que dans la rĂ©Ă©dition d’ouvrage littĂ©raires de cette mĂȘme pĂ©riode. Son premier enregistrement, Canti d’amore, est un florilĂšge de mĂ©lodies du compositeur italien Luigi Luzzi en premiĂšre mondiale accompagnĂ©es par le pianiste HervĂ© N’Kaoua. En 2015 elle enregistre dans la collection Livre/Cd Il Ă©tait une fois… une anthologie de mĂ©lodies françaises RĂȘves d’Orient avec la pianiste Marion Liotard mise en miroir avec la rĂ©Ă©dition de Au bord du dĂ©sert de Jean Aicard.

 

 

RĂ©cital du pianiste Seong-Jin Cho, en direct sur internet

seong-jin-cho-mozart-schubert-chopin_d_jpg_720x405_crop_upscale_q95En direct sur internet, ce soir, 20h : rĂ©cital du pianiste Seong-Jin Cho, nouveau signataire chez l’écurie Deutsche Grammphon, aprĂšs son triomphe rĂ©cent au dernier Concours Chopin de Varsovie. Concert en direct depuis Reims. Il a remportĂ© le premier Prix lors du dernier Concours Chopin de Varsovie en octobre 2015 (17Ăšme Concours).

 

seong_jin_cho_chopin_17_concours_piano_varsovie_meaNĂ© Ă  SĂ©oul le 28 mai 1994, Seong-Jin Cho est un jeune talent prometteur qui a dĂ©jĂ  remportĂ© plusieurs distinction : Grand Prix du Concours international Chopin pour jeunes pianistes (2008), 3e prix du concours international TchaĂŻkovski (2011), 3e prix du Concours international Arthur Rubinstein
 Elu et distinguĂ© Ă  Varsovie par un Jury composĂ© de Martha Argerich, Philippe Entremont, Nelson Goerner, Seong-Jin Cho inscrit son nom dans une liste de laurĂ©ats prestigieux tels que Maurizio Pollini (1er prix, 1960), Martha Argerich (1965), Krystian Zimerman (1975), Yundi Li, Rafal Blechacz (2005)
 tous artistes ayant signĂ© par la suite avec le prestigieux label jaune toujours bien placĂ© dans la carriĂšre des grands noms du piano, Deutsche Grammophon. Daniil Trifonov, Yuja Wang, Yundi, hier Lang Lang (aujourd’hui passĂ© chez Sony)
 font aussi partie de l’écurie DG. Qu’en sera-t-il pour le jeune sud corĂ©en Seong-Jin Cho ? Dans un rĂ©cent communiquĂ©, rĂ©affirmant son partenariat avec l’Institut Chopin de Varsovie, coorganisateur du Concours Chopin fondĂ© en 1927, Deutsche Grammophon annonce un prochain enregistrement Chopin par le nouveau laurĂ©at du Concours polonais, Seong-Jin CHO. A suivre
 EN LIRE + sur Seong-Jin CHO, premier prix du 17Ăšme Concours Chopin de Varsovie (octobre 2015)

 
Au programme :
Mozart : Rondo K 511
SCHUBERT : Sonate pour piano n°19
CHOPIN : 24 Préludes pour piano
Seong-Jin Cho, piano
VOIR le direct ce soir Ă  partir de 20h sur le site de Deutsche Grammophon : http://www.deutschegrammophon.com/fr/gpp/index/seong-jin-cho-reims

 

LIRE aussi notre critique complĂšte du premier cd de SEONG-JIN CHO, programme Chopin, CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2015

 

CD, compte rendu critique. John Field : intrégrale des Nocturnes. Elizabeth Joy-Roe, piano (1 cd Decca 2015)

ROE JOY Elizabeth nocturnes complete john field review cd critiques de cd presetnation CLASSIQUENEWS mai juin 2016 piano CLASSIQUENEWS -john-field-complete-nocturnes-2016CD, compte rendu critique. John Field : intrĂ©grale des Nocturnes. Elizabeth Joy-Roe, piano (1 cd Decca). L’ÂME IRLANDAISE AVANT CHOPIN : les CHAMPS ENCHANTEURS DE FIELD. On aurait tort de considĂ©rer l’anglo-saxon John Field (1782-1837) tel le prĂ©curseur inabouti de Chopin. L’irlandais, voyageur impressionnant, a certes inventĂ© la forme Ă©minemment romantique du Nocturne pour piano seul; il en a, avant Chopin, sculpter les mĂ©andres les plus tĂ©nues sur le plan expressif, trouvant une langue mĂ»re, sĂ»re et profonde assimilant avec un gĂ©nie crĂ©atif rare, et la bagatelle (hĂ©ritĂ©e de Beethoven) et la Fantaisie… La jeune pianiste Elizabeth Joy Roe trouve un dĂ©licat Ă©quilibre entre intĂ©rioritĂ©, fougue et pudeur dans un univers personnel et puissamment original qui verse constamment – avant Wagner et son Tristan empoisonnĂ© mais inoubliable, vers les enchantements visionnaires de la nuit ; nuits plus rĂ©confortantes et intimes, plutĂŽt vrais miroirs personnels et introspectifs que miroitements inquiĂ©tants ; la rĂȘverie qui s’en dĂ©gage invite peu Ă  peu Ă  un questionnement sur l’identitĂ© profonde. Une interrogation souvent Ă©noncĂ©e sur le mode suspendu, Ă©perdu, enivrĂ© : ans un style rarement rageur et violent comme peut l’ĂȘtre et de façon si gĂ©niale, Chopin, d’une toute autre mais Ă©gale maturitĂ©. Voici donc 18 Nocturnes (l’intĂ©grale de cette forme dans le catalogue de Field) sous les doigts d’une musicienne qui les a trĂšs longtemps et patiemment traversĂ©s, explorĂ©s, mesurĂ©s ; un Ă  un, quitte Ă  en rĂ©aliser comme ici, une Ă©dition critique inĂ©dite (Ă  partir du fonds Schirmer).

 

 

DĂ©diĂ©e au rĂȘve nocturne de Field, la jeune pianiste amĂ©ricaine Elizabeth Joy Roe nous permet de poser la question :

Et si Field Ă©tait plus bellinien que Chopin ?

 

field piano john field nocturnes review presentation critique cd CLASSIQUENEWS John_fieldLa souplesse du jeu caressant montre la filiation avec le songe mĂ©lancolique de Schubert (n°1 en mi bĂ©mol majeur h24) et aussi le rĂȘve tendre de Mozart. Le n°6 (“Cradle Song” en fa majeur h40) montre combien la source de Chopin fut et demeure Field dans cette formulationsecrĂštement et viscĂ©ralement inscrite dans les replis les plus secrets et imperceptibles de l’Ăąme. Songes enfouis, blessures tĂ©nue, silencieuses, Ă©blouissements scintillants… tout tend et se rĂ©sout dans l’apaisement et le sentiment d’un renoncement suprĂȘme : on est loin des tensions antagonistes qui font aussi le miel d’une certaine sauvagerie et rĂ©sistance chopiniennes; Ă  l’inverse de ce qui paraĂźt tel un dĂ©voilement explicitĂ©, la tension chez Field, infiniment pudique, vient de la construction harmonique au parcours sinueux, jamais prĂ©visible.
Field sait aussi ĂȘtre taquin, chaloupĂ© et d’un caractĂšre plus vif argent : n°12 “Nocturne caractĂ©ristique” h13… avec sa batterie rĂ©pĂ©tĂ©e (main droite) qui passe de l’espiĂšglerie insouciante au climat d’un pur enchantement Ă©vanescent, plus distanciĂ© et poĂ©tique.
La mĂ©lodie sans paroles (“song without words”) n°15 en rĂ© mineur exprime un cheminement plus aventureux, d’une mĂ©lancolie moins contrĂŽlĂ©e c’est Ă  dire plus inquiĂšte, mais d’une tension trĂšs mesurĂ©e cependant. La pudeur de Field reste extrĂȘme. Le n°16 en ut majeur (comme le n°17) h60 est le plus dĂ©veloppĂ© soit plus de 9 mn : d’une Ă©locution riche et harmoniquement captivante, d’une finesse suggestive qui annonce lĂ  encore directement Chopin.

CLIC_macaron_2014L’expressivitĂ© filigranĂ©e de la pianiste amĂ©ricaine nĂ©e Ă  Chicago, Ă©lĂšve de la Juilliard School, dĂ©tentrice d’un mĂ©moire sur le rĂŽle de la musique dans l’oeuvre de Thomas Mann et Marcel Proust, cible les mondes souterrains dont la nature foisonnante se dĂ©voile dans ce programme d’une activitĂ© secrĂšte et souterraine irrĂ©sistible. Au carrefour des esthĂ©tiques et des disciplines, le goĂ»t de la jeune pianiste, dĂ©jĂ  trĂšs cultivĂ©e, enchante littĂ©ralement chez Field dont elle sait Ă©clairer toute l’ombre propice et allusive : ne prenez que ce n°16, certes le plus long, mais en vĂ©ritĂ© volubile et contrastĂ©, vĂ©ritable compilation de trouvailles mĂ©lodiques et harmoniques comme s’il s’agissait d’un opĂ©ra bellinien mais sans parole. Au mĂ©rite de la pianiste revient cette coloration permanente qui l’inscrit dans l’accomplissement d’un rĂȘve Ă©veillĂ©, d’une nuit Ă©toilĂ©e et magicienne Ă  l’inĂ©narrable sĂ©duction. RĂ©cital trĂšs convaincant. D’auant plus recommandable qu’il rĂ©vĂšle et confirme la sensibilitĂ© poĂ©tique et profonde du compositeur pianiste irlandais. Et si Field se montrait plus Bellinien que Chopin ? L’Ă©coute de ce disque habitĂ©, cohĂ©rent nous permet de poser la question. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016.

 

 

 

CD, compte rendu critique. John Field : intégrale des Nocturnes (1-18). Elizabeth Joy Roe, piano (enregistrement réalisé dans le Suffolk, en septembre 2015). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2016. 1 cd DECCA 478 8189.

 

 

 

CD, événement, compte rendu critique. Chopin : Polonaises. Pascal Amoyel, piano (1 cd La Dolce Volta)

Amayel pascal piano chopinCD, Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. Chopin : Polonaises. Pascal Amoyel, piano (1 cd La Dolce Volta). Le geste et la pensĂ©e de l’interprĂšte rĂ©alisent le chemin intĂ©rieur le mieux conçu, et d’une certaine façon apporte la preuve du Chopin Ă  la fois vĂ©hĂ©ment, et aussi tendre, mais toujours superbement LIBRE. Danse proche de la marche, chacune des 7 Polonaises ici magistralement choisies et agencĂ©es, assume crĂąnement cette parentĂ© affirmative, brillante et pleine de panache affichĂ©, puis bascule en Ă©clairs plus graves et sombres ou jaillit la tragĂ©die intime du compositeur pianiste.

Amoyel pascal chopin polonaises la dolce vitaParmi nos prĂ©fĂ©rĂ©s, c’est Ă  dire les Polonaises qui expriment un accomplissement de la pensĂ©e de l’interprĂšte (non de sa seule technicitĂ©), l’Opus 26 n°1 invite au tout dĂ©but Ă  un voyage introspectif oĂč l’on comprend que ce qui se joue relĂšve immĂ©diatement du salut de l’Ăąme : comment se sauver soi-mĂȘme, Chopin l’expatriĂ© se pose la question ; amorcĂ©e en accords secs et mĂȘme de façon vĂ©hĂ©mente, la premiĂšre Polonaise abandonne tout artifice extĂ©rieur et bascule peu Ă  peu dans la douceur rĂȘvĂ©e, comme si Chopin d’un traumatisme secret, d’abord Ă©noncĂ© furioso, organisait et rĂ©Ă©crivait l’histoire en un Ă©panchement maĂźtrisĂ©, personnel, intime mais dont la sĂ»retĂ© s’affirme nettement, en particulier dans la rĂ©itĂ©ration reconstructrice de la fin. Tout cela crĂ©pite et semble imploser en apparence, mais construit allusivement une cohĂ©rence intĂ©rieure que le pianiste a totalement compris et mĂȘme qu’il semble vivre totalement au moment de l’enregistrement. Comme un volet fraternel, l’autre face d’un mĂȘme Ă©pisode, l’Opus 26 n°2, fait couler un mĂ©tal en fusion plus Ăąpre et moins apaisĂ©, rugueux et d’une amertume qui ne se cache pas.

 

 

Polonaises enivrées, sublimées

Pascal Amoyel exprime le chant furieux et tendre d’un Chopin expatriĂ© en quĂȘte de libertĂ© et d’harmonie

 

L’opus 44, Polonaise la plus longue (soit plus de 10 mn) fait Ă©clater littĂ©ralement le cadre en une forme libre proche de la fantaisie : miroir des affects conquĂ©rants et aussi destructeurs, toute la furia tendre de Chopin s’exprime ici en arĂȘtes vives. Piano orchestre et piano orgue aussi par une sĂ©rie de plus en plus revendicatrice, – par ses suites de batteries interrogatives et affirmatives, exprimant la volontĂ© de tout recrĂ©er pour que jaillisse intacte, la pure innocence d’un cƓur attendri : la volubilitĂ© du pianiste enchante littĂ©ralement dans ces passages entre Ă©panchements et chant de victoire. Dont tous les parcours et mĂ©andres affirment haut et fort la souveraine libertĂ© d’un esprit qui a su s’affranchir de ses entraves, Chopin, l’exilĂ© volontaire, acteur de son destin.

D’une conscience supĂ©rieure et sur le plan formel, d’une audace crĂ©ative plus inventive encore, l’Opus 53 est peut-ĂȘtre la plus proche de la grande fabrique alchimique de Liszt : vertigineuse et Ă©chevelĂ©e : c’est aussi l’histoire d’une conquĂȘte, gagnĂ©e aprĂšs des efforts colossaux et opiniĂątres. Pascal Amoyel en traduit les tensions contraires, les pulsions contradictoires dont le heurt et les frottements produisent les Ă©tincelles de la vie.

AMOYEL-PASCAL-une-homepage-cd-chopin-polonaises-582-390Fin de parcours. L’opus 61 traverse toutes les formes pour atteindre un autre espace temps, jouant sur la rĂ©sonnance d’un piano grand questionneur : tout le dĂ©but est un questionnement intime intĂ©rieur, d’une profondeur ample et vaste : la collection de souvenirs rĂ©trospectifs que Chopin agence alors gagne une Ă©loquente clartĂ© sous les doigts agiles, allusifs du pianiste ; le rythme de la polonaise n’Ă©tant alors qu’un Ă©clair, un jaillissement fugace pour Ă©lectriser un matĂ©riau sonore qui se rĂ©invente Ă  mesure qu’il s’Ă©coule, basculant peu Ă  peu vers le chant d’une grande harpe rassĂ©rĂ©nĂ©e, vers un pur esprit de renoncement ; les changements incessants de rythmes et d’harmonie conduisent vers l’inconnu, l’espace au delĂ  du son, derriĂšre le sonore (frĂ©missement annonciateur et suspendu du carillon Ă  10mn). La douceur Ă©tale, simple, naturelle du pianiste, -a contrario de tous ses confrĂšres : son dĂ©pouillement sincĂšre, touchent Ă  l’essentiel. Quelle justesse, quelle vĂ©ritĂ©.

D’une filiation secrĂšte intime, – un hommage Ă  la mĂ©moire de son grand pĂšre nĂ© polonais, Gerszon-Wolf Kartowski, le pianiste Pascal Amoyel signe l’un de ses disques les plus aboutis. Un tĂ©moignage tracĂ© par un coeur sincĂšre, un style sans calcul : pas l’ombre d’un effet car tout y coule comme la pensĂ©e intime d’une Ăąme qui se libĂšre peu Ă  peu au fil des Polonaises. Une Ă  une chaque entrave se rompt puis s’efface. La musique s’accomplit.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Chopin : Polonaises. Pascal Amoyel, piano (1 cd La Dolce Volta). 7 Polonaises opus 20, 40, 44, Polonaise-Fantaisie opus 61. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Paris en avril 2015 — 1 cd La Dolce Volta. Lire l’excellent livret notice accompagnant le cd (entretien avec Pascal Amoyel Ă  propos de Chopin). CLIC de classiquenews de mai 2016

VOIR notre reportage vidéo : POLONIA, le nouveau disque de Pascal Amoyel

CLIP. POLONIA. Pascal Amoyel joue la Polonaise opus 53 de Chopin

Amoyel pascal chopin polonaises la dolce vitaCLIP vidĂ©o. CD Ă©vĂ©nement, annonce : Polonaises de FrĂ©dĂ©ric Chopin par Pascal Amoyel, 1 cd La Dolce Volta. Parution le 29 avril 2016. CHOPIN RÉGÉNÉRÉ. Pascal Amoyel livre son nouveau Chopin dans un nouvel album discographique Ă  paraĂźtre chez l’éditeur La Dolce Volta le 29 avril 2016. AprĂšs son dernier recueil dĂ©diĂ© au Chopin de l’annĂ©e 1846, c’est une nouvelle immersion, captivante et trĂšs investie Ă  laquelle nous invite le pianiste français Pascal AMOYEL qui pour le label La Dolce Volta publie une collection de Polonaises de FrĂ©dĂ©ric Chopin : l’exercice devient expĂ©rience musicale et poĂ©tique d’une cohĂ©rence indiscutable qui rĂ©capitule surtout le gĂ©nie du crĂ©ateur sur une forme en mĂ©tamorphose. La Polonaise indique l’attachement Ă  la mĂšre patrie, en un chant de souffrance et de renoncement qui s’élĂšve au delĂ  de l’expĂ©rience personnelle et intime vers un cri universel pour la libertĂ©. L’approche est d’autant plus personnelle qu’elle rend un secret hommage au grand pĂšre de l’interprĂšte. Pour Pascal Amoyel, Chopin fut autant capable de vertiges d’une rare violence que d’une introspection furieusement tendre. Les 7 Polonaises ici rĂ©unies rĂ©tablissent la mesure de cette tragĂ©die intime qui fait de FrĂ©dĂ©ric Chopin ce crĂ©ateur atypique, aux blessures profondes, Ă  l’hypersensibilitĂ© salvatrice nĂ©anmoins qui, investie par un instinct crĂ©ateur et audacieux hors normes, invente de nouveaux formats musicaux dont les Polonaises. En tĂ©moignent ces 7 joyaux remarquablement ciselĂ©es au nombre desquels figurent les Polonaises les plus passionnantes et les mieux inventives, opus 44 (notre prĂ©fĂ©rĂ©e), opus 53 (Maestoso), enfin la Polonaise-Fantaisie opus 61, sommet du genre. Marche pleine de panache et d’aristocratique noblesse, la Polonaise Ă©volue sous les doigts du pianiste compositeur, osant de façon libre et inĂ©dite, de nouveaux dĂ©fis structurels, harmoniques, poĂ©tiques
CLIP VIDEO © studio CLASSIQUENEWS avril 2016 — rĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham

VOIR aussi le grand reportage vidĂ©o POLONIA : entretien avec Pascal Amoyel : pourquoi avoir enregistrĂ© ce nouvel album Chopin ? En quoi le gĂ©nie intimiste et pudique de Chopin se hisse vers l’universel ? Reportage vidĂ©o rĂ©alisĂ© au ThĂ©Ăątre Le Ranelagh en mars 2016 © studio CLASSIQUENEWS avril 2016 — rĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham

CD événement, annonce : Polonaises de Frédéric Chopin par Pascal Amoyel, 1 cd La Dolce Volta. Parution le 29 avril 2016

Amoyel pascal chopin polonaises la dolce vitaCD Ă©vĂ©nement, annonce : Polonaises de FrĂ©dĂ©ric Chopin par Pascal Amoyel, 1 cd La Dolce Volta. Parution le 29 avril 2016. CHOPIN RÉGÉNÉRÉ. Pascal Amoyel livre son nouveau Chopin dans un nouvel album discographique Ă  paraĂźtre chez l’éditeur La Dolce Volta le 29 avril 2016. AprĂšs son dernier recueil dĂ©diĂ© au Chopin de l’annĂ©e 1846, c’est une nouvelle immersion, captivante et trĂšs investie Ă  laquelle nous invite le pianiste français Pascal AMOYEL qui pour le label La Dolce Volta publie une collection de Polonaises de FrĂ©dĂ©ric Chopin : l’exercice devient expĂ©rience musicale et poĂ©tique d’une cohĂ©rence indiscutable qui rĂ©capitule surtout le gĂ©nie du crĂ©ateur sur une forme en mĂ©tamorphose. La Polonaise indique l’attachement Ă  la mĂšre patrie, en un chant de souffrance et de renoncement qui s’Ă©lĂšve au delĂ  de l’expĂ©rience personnelle et intime vers un cri universel pour la libertĂ©. L’approche est d’autant plus personnelle qu’elle rend un secret hommage au grand pĂšre de l’interprĂšte. Pour Pascal Amoyel, Chopin fut autant capable de vertiges d’une rare violence que d’une introspection furieusement tendre. Les 7 Polonaises ici rĂ©unies rĂ©tablissent la mesure de cette tragĂ©die intime qui fait de FrĂ©dĂ©ric Chopin ce crĂ©ateur atypique, aux blessures profondes, Ă  l’hypersensibilitĂ© salvatrice nĂ©anmoins qui, investie par un instinct crĂ©ateur et audacieux hors normes, invente de nouveaux formats musicaux dont les Polonaises. En tĂ©moignent ces 7 joyaux remarquablement ciselĂ©es au nombre desquels figurent les Polonaises les plus passionnantes et les mieux inventives, opus 44 (notre prĂ©fĂ©rĂ©e), opus 53 (Maestoso), enfin la Polonaise-Fantaisie opus 61, sommet du genre. Marche pleine de panache et d’aristocratique noblesse, la Polonaise Ă©volue sous les doigts du pianiste compositeur, osant de façon libre et inĂ©dite, de nouveaux dĂ©fis structurels, harmoniques, poĂ©tiques
 Critique complĂšte et dĂ©veloppĂ©e Ă  venir sur classiquenews.com

 

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CD événement : Polonaises de Frédéric Chopin par Pascal Amoyel, 1 cd La Dolce Volta. Parution le 29 avril 2016.

Sonate n°2 “FunĂšbre” de Chopin

chopin_arte_200-ans_soiree_speciale_television_arte-Frederic_ChopinFrance Musique, Dimanche 27 mars 2016, 14h. Chopin : Sonate n°2 opus 35. Tribune des critique de disques. L’oeuvre Ă  la loupe, bilan discographique et meilleures interprĂ©tations de la partition  la plus grave et lugubre mais aussi furieuse et noire de Chopin. France Musique interroge le sens profond de la Sonate n°2 dite Sonate funĂšbre ( en raison de son mouvement lent, en forme de Marche funĂšbre), composĂ©e en 1837. Le compositeur vient de dĂ©barquer de Majorque, immersion en terres ibĂ©riques, traversĂ©es par les embruns marins, une escapade haute en rebondissements, vĂ©cue aux cĂŽtĂ©s de sa compagne George Sand et qui se termine en fiasco sentimental et dĂ©bĂącle quasi apocalyptique… Sand en tĂ©moigne dans Un hiver Ă  Majorque, Ă©voquant leur fuite en fĂ©vrier 1839 : “Chopin malade entourĂ© d’un troupeau de porcs, et crachant le sang…”  sur le bateau qui les ramĂšne vers la France… et le Berry pour Nohant. Autre dĂ©convenue (majeure) dans un contexte grave et sombre, Chopin apprend la nouvelle du suicide du fameux tĂ©nor Adolphe Nourrit Ă  Naples : c’est la mort dramatique d’un ami proche qui lui transmis l’art ciselĂ© du beau chant… Des BalĂ©ares que l’on croyait ensoleillĂ©es et optimistes, le compositeur pianiste rapporte un gemme noir et lugubre, fantastique et dĂ©sespĂ©rĂ© mais d’un raffinement si subtil que la poĂ©sie et l’intĂ©rioritĂ© pudique adoucissent la morsure du deuil. Par sa marche, la Sonate n°2 ose faire face Ă  la mort, en une confrontation sans maquillage ni attĂ©nuation. En filigrane s’y inscrivent aussi toutes les Ă©tapes, sensations, sentiments Ă©prouvĂ©s par le grand malade romantique durant les 9 annĂ©es de sa liaison avec Sand. L’amour et la mort y tissent un ample poĂšme symphonique, Ă  deux mains. Dans le premier mouvement (Grave – Doppio movimento), c’est la rĂ©sistance et la volontĂ© d’un Don Giovanni autre figure confrontĂ©e Ă  la mort qui se dressent sublimes, dĂ©risoires ; le Scherzo est aussi mordant et Ăąpre que les meilleures partitions fantastiques d’un Liszt ; la Marche exprime le chant froid et lugubre de l’humanitĂ© consciente de sa fin prochaine ; mĂȘme le Presto du Finale ne rĂ©conforte de rien, n’apaise de rien car Chopin renoue avec le mystĂšre et l’angoisse du dĂ©but. La Sonate n°2 est un incontournable : Chopin y cisĂšle ce trouble expressif entre pudeur, inquiĂ©tude voire angoisse dĂ©pressive et fureur Ă  peine rentrĂ©e, d’une amĂšre et lugubre rĂ©sonance, plongeant dans le mystĂšre le plus noir. Des tĂ©nĂšbres de la dĂ©pression Ă  l’ombre Ă©paisse de la mort…

PLAN :

Grave – Doppio movimento

Scherzo

Marche funĂšbre : lento

Finale : Presto

LIRE aussi la page dédiée à la Sonate n°2 de Chopin sur le site de France Musique

Paris, salle Cortot. Elizabeth Sombart joue les 2 Concertos pour piano de Chopin

SOMBART_NB_260_clavier_elisabeth_sombartParis, salle Cortot. RĂ©cital Chopin. Elizabeth Sombart, le 14 fĂ©vrier 2016, 17h30. Pianiste engagĂ©e, soucieuse de transmettre et de rendre accessible au plus grand nombre, la musique classique, Elizabeth Sombart aborde Ă  Paris, un compositeur qu’elle sert avec passion et profondeur, FrĂ©dĂ©ric Chopin. Etre lĂ©gendaire, d’une tendresse mozartienne qui ouvrit des perspectives inĂ©dites, crĂ©pusculaires et intimes, alors Ă  l’Ă©poque oĂč Liszt enflammait par son brio virtuose voire pĂ©taradant, les audiences europĂ©ennes, Chopin a nĂ©anmoins traitĂ© la forme concertante d’une virtuositĂ© cependant introspective et mĂȘme passionnĂ©e. En tĂ©moignent ses deux Concertos de jeunesse, composĂ©s en Pologne avant sa dĂ©part pour Vienne et la France. D’une subtilitĂ© allusive dont elle a le secret, la pianiste Elizabeth Sombart, crĂ©atrice de la Fondation RĂ©sonnance depuis 1998, ne cesse de s’impliquer dans l’explicitation gĂ©nĂ©reuse et limpide du pianisme chopinien. En fondant la fondation RĂ©sonnance (qui a son siĂšge Ă  Morges en Suisse et compte de nombreuses Ă©coles de musique), Elizabeth Sombart s’engage pour rendre accessible l’expĂ©rience de la musique classique au plus large public, le public habituĂ© des concerts certes mais aussi les patients et rĂ©sidents des lieux de souffrance (maison de vie, retraitĂ©s, hĂŽpitaux) : en un dialogue tĂ©nu, silencieux et pourtant immĂ©diat, la pianiste sait rĂ©tablir ce lien entre auditeurs et instrumentiste, dans ce cycle dĂ©sormais rĂ©unifiĂ© que suscite le temps du jeu musical… Son approche a Ă©tĂ© marquĂ©e par la phĂ©nomĂ©nologie apprise auprĂšs du chef d’orchestre Sergiu Cilibidace entre autres.

SOmbart Quatuor resonances elizabeth sombart concert Chopin concertos pour piano version de chambreConcentrĂ© et inspirĂ©, le jeu d’Elizabeth Sombart tĂ©moigne d’une quĂȘte permanente, exigente et sincĂšre, que stimule une sensibilitĂ© Ă©tonnante aux champs intĂ©rieurs. Son Chopin toujours fraternel et hypnotique ne laisse pas de nous captiver. Le 14 fĂ©vrier 2016, salle Cortot Ă  Paris, l’interprĂšte s’intĂ©resse Ă  nous offrir sa version des deux Concertos pour piano de Chopin, en effectif chambriste (avec un quatuor Ă  cordes) soit la complicitĂ© de musiciens qui partagent avec elle, cet amour du jeu et du don collectif. Concert Ă  Paris, Salle Cortot, incontournable.

 

 

 

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Le Concerto pour piano n°1 est dĂ©diĂ© au prodige Kalkbrenner qui le crĂ©Ă©e Ă  Varsovie le 11 octobre 1830. Chopin y signe sa derniĂšre offrande encore juvĂ©nile mais trĂšs inspirĂ©e (comme le souligne Ravel contre les dĂ©tracteurs qui le tiennent pour une maladresse fruit de l’inexpĂ©rience…), avant son dĂ©part pour Vienne puis Paris, oĂč ne rejoignant jamais Londres comme il en avait fait le projet, il meurt prĂ©cocĂ©ment en 1849 (Ă  l’Ăąge de 30 ans). Plan : allegro maestoso, Romance (larghetto), Rondo vivace. La Romance centrale est celle qui dĂ©voile dĂ©jĂ  le mieux ce qu’est le caractĂšre intime et profond de Chopin : elle annonce ses futurs Nocturnes, inscrits voire ensevelis dans plis et replis d’une vie intĂ©rieure secrĂšte mais riche et active.

chopin_frederic portrait chopin classiquenewsLe Concert pour piano n°2 est crĂ©Ă© Ă  Varsovie lui aussi mais avant le n°1, c’est Ă  dire le 17 mars 1830 Ă  Varsovie, en hommage Ă  la Comtesse Potocka. Il est plus contrastĂ© voire impĂ©tueux que le Concerto n°1. Plan : Maestoso. Larghetto puis Allegro vivace. Le larghetto est en fait une longue cantilĂšne Ă  l’italienne : allusivement dĂ©diĂ©e Ă  une femme aimĂ©e, Konstanze Gladowska, la piĂšce suit les mĂ©andres d’une douce dĂ©clartion amoureuse Ă  peine masquĂ©e dont Chopin aime cultiver la ligne suspendue Ă©tirĂ©e. Son impact se ressent jusqu’Ă  Schumann et Liszt qui s’en souviendront dans leurs Concertos respectifs (en mi bĂ©mol majeur pour le second). Loin d’ĂȘtre ses esquisses maladroites qu’on a bien voulu Ă©crire et rĂ©pandre, les deux Concertos polonais de Chopin expriment au plus prĂšs, l’Ăąme ardente, Ă©prise du Mozart romantique, nĂ© pour faire chanter le piano.
Elizabeth Sombart en révÚle à Paris, la tendresse éperdue, juvénile, ardente, dans une version chambriste pour piano et instruments à cordes.

 

 

 

Concertos de Chopin (version pour quatuor)
Concerto n°1 en mi mineur, op. 11
Concerto n°2 en fa mineur, op. 21

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et le Quatuor RĂ©sonance
Fabienne Stadelman, alto
Lucie BessiĂšre, violon
Nathanaëlle Marie, violon
Christophe Beau, violoncelliste

 

 

boutonreservationEn concert Ă  la Salle Cortot
Le Dimanche 14 février 2016 à 17h30
78, rue Cardinet – 75017 Paris
Tarifs: de 16 Ă  25 euros
Location: 01 43 37 60 71

 

 

VOIR notre reportage Elizabeth Sombart joue auprĂšs des patients en souffrance…

 

Elizabeth Sombart, piano, la musique Ă  l'hĂŽpital, rĂ©cital, RĂ©sonnanceLa musique Ă  l’hĂŽpital. La pianiste Elizabeth Sombart se dĂ©die totalement Ă  la diffusion de la musique classique hors des salles de concerts. En tĂ©moigne son rĂ©cital offert aux rĂ©sidents de la Maison Saint-Jean de Malte (Paris 19Ăšme ardt). Le programme est choisi par les rĂ©sidents ; le partage, la rencontre sont au coeur d’une expĂ©rience intense, profondĂ©ment humaniste et fraternelle. Reportage vidĂ©o exclusif CLASSIQUENEWS.COM (rĂ©alisĂ© en novembre 2013). VOIR notre reportage vidĂ©o complet

 

Livres, compte rendu critique. Dominique Jameux (1939-2015). Chopin ou la fureur de soi. Editions Buchet-Chastel (2014)

Buchet chastel Jameux dominique chopin fureur de soi critique compte rendu classiquenewsLivres, compte rendu critique. Dominique Jameux (1939-2015). Chopin ou la fureur de soi. Editions Buchet-Chastel (2014). Encore un livre sur l’auteur des PrĂ©ludes et des Etudes
 Mais pas vraiment biographie, ni  analyse technicienne : un parcours original, trĂšs informĂ©, paradoxal et di stanciĂ©. La disparition rĂ©cente de son auteur – qui fut aussi « homme de radio », spĂ©cialiste par l’écrit et la parole de tant de « Musiques en Jeu »- donne à  cette lecture fort recommandĂ©e un « mĂ©lancolique supplĂ©ment d’ñme ». Je n’y suis pas. En des ouvrages   de science- la musicologie en est une, on le sait, parfois  aĂ©rienne, parfois privĂ©e d’envol quand « ses ailes de gĂ©ant
. »- et mĂȘme Ă  l’intĂ©rieur de ceux-ci, gĂźt, ou se montre, ou se dissimule un regardant. La rĂšgle dĂ©ontologique est de n’y pas dire : « je »  Hors tels Ă©dits, guĂšre de tolĂ©rance ou de salut ? De toute façon, ne pas oublier que sĂ©vissent aussi, rĂ©trospectivement, des « biographies » oĂč ramassage de ragots, compilation des traditions et bouquets d’anecdotes ne mĂšnent le rĂ©cit de vie qu’à sa perdition qui aujourd’hui se nomme Gala ou Closer


« La musique Ă©tait son monde ». On Ă©crit cela en tĂȘte d’un  article sĂ©rieux sur le dernier livre de Dominique Jameux, Chopin ou la fureur de soi, persuadĂ© que l’auteur ne nous en voudrait  pas d’un ton souriant et familier :  l’« homme de radio » fut aussi  le fondateur de Musique en Jeu, cette revue unique des annĂ©es 70 qui dura bien moins qu’Art-Press mais ouvrit tant de citoyens de bonne volontĂ© aux arcanes et labyrinthes du sonore
 Le signataire de ces lignes hĂ©las « posthumes » a appris au seuil de l’automne la disparition – commencement d’un brĂ»lant Ă©tĂ© –de Dominique Jameux. Croyant que « Chopin » avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© chroniquĂ© ici mĂȘme, il s’était  contentĂ© de lire pour son propre plaisir cette Ɠuvre ultime.Le voici devant la tĂąche intimidante d’écrire sur celui dont  le bel et pudique avis nĂ©crologique disait : « La musique Ă©tait son monde, qu’il a peut-ĂȘtre rejoint. »

Sept pianistes capitaux

La distanciation Ă©lĂ©gante qu’eĂ»t admise Dominique Jameux ne doit pas empĂȘcher, en recommandant une lecture-mĂ©ditation, de souligner qu’il s’agit d’un maĂźtre-livre –comme on disait au temps de nos humanitĂ©s -, oĂč l’on (rĂ©)apprend beaucoup, et qui surtout suscite dĂ©sir  de rĂ©flexions, d’approfondissements, de remises en dĂ©bat des opinions trop ressassĂ©es. D.Jameux  Ă©tait fervent spĂ©cialiste des Trois Viennois, auteur d’une Ecole de Vienne, d’un Berg, d’un Boulez qui ont, comme on dit, fait, et feront longtemps autoritĂ©. Mais il Ă©tait – avant tout, et plus secrĂštement – chopinien – non, chopĂ©nien, ainsi qu’il prend soin de rectifier l’adjectif-,  dans le cadre d’un retour sur quelque « scĂšne initiale » qu’il Ă©voque au dĂ©tour d’un chapitre sur les « sept pianistes » selon lui capitaux dans l’interprĂ©tation du musicien polonais. « Un professeur gĂ©nĂ©reux, consciencieux, drĂŽle et attachant, Jean Dennery (1899-1971) m’a rĂ©vĂ©lé  le piano et Chopin » (et ajoute D.J.humoriste « je ne lui ai pas fait vraiment honneur, mais il reprĂ©sente beaucoup pour moi. »). ScĂšne initiale, donc, et amour jamais consumĂ© pour la vie et l’Ɠuvre de FrĂ©dĂ©ric, se relaient discrĂštement dans le livre pour suggĂ©rer que malgrĂ© la soumission de Chopin Ă  l’ordre-espace du seul clavier, l’auteur de  partitions  sans titres Ă  panache (ah ! Liszt, Schumann, Berlioz
) ouvrit les portes d’une «  musique  de l’avenir », depuis Debussy jusqu’à nos jours.

Classiques favoris

Certes D.Jameux n’a pas l’outrecuidance de livrer l’Ouvrage qui manquerait  Ă  la connaissance de Chopin   et d’une certaine façon remplacerait  sinon annulerait  tous les prĂ©cĂ©dents. Tout au long du parcours, (et en bibliographie terminale) il cite une myriade de contributions, dont certaines encore maintenant accessibles en librairie française : des « classiques » du sujet (avec  mention  un rien perfide : « ceux qui ont attachĂ© leur nom au compositeur polonais  (de PourtalĂšs, Gavoty, Coeuroy), et d’autres qui se sont signalĂ©s Ă  l’attention des amateurs de Chopin »). Il rend hommage aux travaux patients, vraiment scientifiques et honnĂȘtement parcellaires du musicologue suisse  J.J.Eigendilger, tout comme Ă  ceux, plus discrets, de Marie-Paule Rambeau. Si Camille Bourniquel ( qui Ă©crivit un Chopin dans la collection mĂȘme du Seuil Ă  laquelle le jeune D.Jameux donna son Richard Strauss) est omis, les compositeurs – tel AndrĂ© Boucourechliev – ne sont pas oubliĂ©s, car eux aussi savent parler de leur vie  en compagnie de  Chopin, au mĂȘme titre que naguĂšre un Ă©crivain comme AndrĂ© Gide au plein regard d’intuition.

La fureur de soi

De tout cela, l’auteur   tire substance. Mais surtout « l’homme des LumiĂšres » qu’il Ă©tait sait qu’un voyage en compagnie de Chopin ne peut s’accomplir hors de l’insertion dans « la Grande Histoire » (de type braudĂ©lien), en tout cas dĂ©barrassĂ©e des simplismes de l’Histoire-Batailles, tout comme dans une Analyse Structurale pure et dure. D’oĂč un excellent rĂ©cit de cette Monarchie de Juillet(1830-1848) sous laquelle  Chopin a vĂ©cu son temps parisien-français, et qui occupe une large partie du « PrĂ©ambule ». C’est en miroir de ce temps d’exil (pas si dĂ©sespĂ©rĂ©)  que D.Jameux fait se construire FrĂ©dĂ©ric , quelque part entre un « A nous deux maintenant » (Rastignac montrĂ© par Balzac Ă  Montmartre
) et la submersion par une « fureur de  soi » – insĂ©rĂ©e dans le titre du livre – , Ă  l’intersection du drame personnel et de l’indignation patriotique mĂȘlĂ©e » de mauvaise conscience. D.Jameux – qui fit  des Ă©tudes  de sociologie, Ă  cĂŽtĂ© de sa solide formation musicale – dĂ©veloppe sur « la loge de concert »( encore Balzac), la prostitution parisienne, la  « pianopolis » de la capitale, et varie fort plaisamment autour des « budgets » vestimentaires ou mobiliers de Chopin, Ă  sa façon dandy (les gants !) et heureux de se montrer ainsi. Cela vaut au lecteur-XXIe d’amusants et instructifs parallĂšles sur « les bobos de la vie parisienne au Square d’OrlĂ©ans », ou un  tableau de Chopin entre Journal des DĂ©bats et Charivari (« comme aujourd’hui entre Figaro et Canard EnchaĂźné »)


Le je en Il

Ainsi apparaĂźt la mutation du « je » en « il », sous l’ombrelle psychanalytique du Dr Freud (D.Jameux ne nĂ©gligeait nullement les grilles de lecture offertes par Sigmund
). Et bien  sĂ»r, on demeure en recherche sur « l’Eros chopĂ©nien », quitte Ă  rĂ©voquer en doute les « certitudes » sur le fameux « Je doute que ce soit une femme »,profĂ©rĂ© par FrĂ©dĂ©ric voyant pour la premiĂšre fois George. L’auteur, en miroir de Balzac, Flaubert ou Fromentin (l’échec amoureux, l’indĂ©cision sexuĂ©e), Ă©numĂšre et dĂ©crit « les sept femmes » qui ont accompagnĂ© FrĂ©dĂ©ric : la mĂšre, la sƓur, celle de l’émoi premier, (Constance, aux origines de la Fureur de soi ?), la fiancĂ©e (Marie), la maĂźtresse (Delphine), la groupie (Jane), et (surtout ?) la compagne (Aurore Dupin, (ci) Dudevant Baronne, George Sand
 On ne trouvera pas ici une «  vĂ©rité » mais des indications  sur  les composantes  homosexuelles de FrĂ©dĂ©ric, trĂšs « d’époque romantique », (avec son  cher ami Titus, et le moins connu Astolphe de Custine). Les titres  de la vie « in progress » sont amusants et significatifs : Comment FrĂ©dĂ©ric devint Chopin, Le Ventre de ma mĂšre, Elles, elles, ELLE, L’Isle Funeste (anti-Joyeuse donc, et donc majorquienne), le Quatuor des dissonances (jeux de chaises pas forcĂ©ment musicales entre  FrĂ©dĂ©ric, George  et ses « enfants » Solange bientĂŽt devenue jeune femme, et Maurice.

Carliste et révolutionnaire

Sans oublier un sujet-tabou, l’antisĂ©mitisme, ici  non idĂ©ologique mais tout de mĂȘme insistant si lui aussi « d’époque » .Ni la «lecture  politique » de l’exilĂ© Ă  Paris , et de citer une lettre de 1833 : « J’aime les Carlistes, je dĂ©teste les Philippards ; je suis moi-mĂȘme rĂ©volutionnaire », que souligne  le biographe Ă©voquant « l’habituel halo de fantasmagorie propre aux musiciens quand ils parlent politique », et dĂ©cryptant ici cette  triade chopĂ©nienne  en plein confusionnisme sur les autres et lui-mĂȘme


Horizons chimériques

Il y a constamment un regard subjectif de l’auteur, mĂȘme dans quelques  familiaritĂ©s du « comme on parle » au 3e degrĂ© qui peuvent amuser ou irriter (« le pote de Chopin, quel coup de poing en pleine gueule !, brut de dĂ©coffrage, c’est la dĂšche, bienvenue au club, s’installer au piano pour zyeuter le public  »). Les rĂ©fĂ©rences Ă  la culture humaniste –surtout  XXe – sont clins d’Ɠil d’une nature plus intĂ©ressante : « la lutte des classes en France »(pour citer et un rien corriger  Marx) ; un « glissement progressif du plaisir » ; les « horizons chimĂ©riques » (faurĂ©ens) pour le Nocturne op.62/1 ; « tout menace de ruine un jeune homme, il est dur Ă  apprendre sa partie dans le monde », citĂ© de Nizan, puis adaptĂ© de la  cĂ©lĂšbre 1Ăšre phrase d’Aden Arabie « j’avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel Ăąge de la vie »  ; l’axe Viennois, qui a Ă©tĂ© l’objet primordial des recherches et rĂ©flexions de D.Jameux : Freud, donc, Karl Krauss,Alban Berg (et la chĂšre Lulu)


Limer sa cervelle à celle d’autrui

Et plus en amont : « le Sturm und Drang », qu’on traduira façon  Visconti par « violence et passion » ; « l’humeur dĂ©pressive de Chopin Ă  Vienne II, dans le mĂ©diocre accueil que lui font cette fois les inconstants Viennois », (comme Paris II pour Mozart en 1778 !). Montaigne est appelĂ© en caution : « il faut frotter (et limer, ajouterons-nous, c’est encore plus joli !) sa cervelle Ă  celle d’autrui ». Et on se souvient  que l’auteur des Essais vantait une Ă©criture « par sauts et par gambades », ce qui semblerait assez bien dĂ©finir la « mĂ©thode » de notre  biographe, si on ne s’apercevait ensuite que la rigueur de la progression, artistement dissimulĂ©e, est  rĂ©elle.

Les Ɠuvres,l’Ɠuvre

Au titre des jugements subjectifs, quelques  partitions cĂ©lĂšbres que l’auteur n’aime pas, ainsi  la Polonaise op.40/1,  dite Militaire (« sa hĂąblerie insupportable, mĂ©chant morceau rĂ©dimĂ© par l’usage qu’en fit Wajda dans Cendres et Diamant »). Et des lazzi en direction de Berlioz, que « tout hĂ©rissait chez Chopin : comme l’auteur de ces lignes partage sa dĂ©testation, il ne peut que regretter hypocritement la surditĂ© de Chopin aux merveilles berlioziennes. » Mais bien sĂ»r, on s’attardera davantage aux « analyses » des partitions chopĂ©niennes que D.Jameux chĂ©rit particuliĂšrement, et sur lesquelles il porte un regard que sa propre Ă©criture sait enrichir de prĂ©cision et de sensibilité : Ballades,(« la 1Ăšre, le chef-d’Ɠuvre de rupture »),  Scherzi, les deux Sonates, les Etudes (« l’op.10,douze poĂšmes »),des Nocturnes,  les PrĂ©ludes( « Ce n’est pas une oeuvre c’est L’Ɠuvre »),  Barcarolle.

Un Journal Intime ?

Et les adultes avertis
  en musique trouveront dans les investigations sur la TonalitĂ© matiĂšre Ă  mieux saisir le parcours de Chopin. On pourra ĂȘtre intriguĂ© par l’apparition inattendue et dispersĂ©e de passages en italique, dont le 1er ( Ă  propos de la Fantaisie-Impromptu)  Ă©voque l’enfant-Jameux « sous l’Erard fatiguĂ©, aujourd’hui encore au centre de ma chambre, j’ écoute cette piĂšce que joue ma mĂšre, une fois entre mille ».  Cette « écoute amniotique » (qui rejoint celle du petit FrĂ©dĂ©ric en dessous du clavicorde jouĂ© par sa mĂšre Justynia, et dont plus tard la Berceuse transfigurera l’expĂ©rience-souvenir), prĂ©lude  aux autres pages d’un Carnet-Journal  Intime de notes Ă  dĂ©velopper, dont le biographe dit (un peu « jĂ©suite » ?) qu’ils sont « avant tout destinĂ©s à  l’auteur » 

Trois portraits et la vérité

Bien plus tard, il y aura «  trois portraits » essentiels : le fiĂ©vreux et gĂ©nial Delacroix, l’élĂ©gant Ary Scheffer qui veut cacher l’intĂ©rioritĂ©, le terrible daguerrĂ©otype de L.A. Bisson, tragĂ©die  de solitude comme eĂ»t pu la signer Nadar. Et vont rester  la maladie (« vieille servante de »), la mort. Ceux qui ont Ă©tĂ© proches de Dominique Jameux ne peuvent  s’empĂȘcher de penser que certaines pages du livre-biographie sont sans doute aussi miroir, certes totalement discret, mais hautement probable du chemin par lequel il aura fallu passer
 La relation du « mal dont il faut taire le nom » (au XIXe donc, la phtisie, et maintenant le cancer), le rĂ©cit d’un dernier voyage de Chopin dans « l’Isle Humide » (Angleterre), le retour Ă  Paris et l’installation Ă  Chaillot (« dĂšs que je vais un peu mieux, cela me suffit »), « une propĂ©deutique Ă  l’agonie (une contemplation  des espaces progressivement resserrĂ©s de la vie, avant d’en voir la forclusion progressive et impitoyable) », les « mĂ©decins qui ne savent que recommander le repos, le repos je l’aurai un jour – sans eux », l’humour en arme dĂ©fensive ultime.

Et enfin, « l’espace qui se referme, 17 septembre 1849 » . Le cƓur se serre, dans cette lecture Ă  double sens. Alors on « rejaillit en lumiĂšre », comme en Barcarolle, mais « le rythme balancĂ© ne sera pas celui du Nautonier qui va vers l’Ile des Morts ». Un  chapitre d’Epilogue rassemble bien la dĂ©marche vers « cette musique si neuve, si dĂ©routante, si prophĂ©tique
 dans son paysage tonal, son Ă©ternisation par le trille, son obsession de l’espace, cause et consĂ©quence de l’affirmation absolue du sujet
, un espace imaginaire qui  semble se confondre  avec le ciel. » Allons, lecteur, bonne traversĂ©e !

Livres, compte rendu critique. Dominique Jameux (1939-2015). Chopin ou la fureur de soi. Editions Buchet-Chastel, 2014.

CD, compte rendu critique. Chopin : Concertos n°1 et 2. Elizabeth Sombart, piano (1 cd, 1 dvd – Fondation RĂ©sonnance, Londres, mai 2014)

cd dvd chopin elizabeth sombart cd concertos pour piano 1 et 2 resonnance cd review critique compte rendu royal philharmonic orchestra pierre vallet direction CLIC de CLASSIQUENEWS decembre 2015CD, compte rendu critique. Chopin : Concertos n°1 et 2. Elizabeth Sombart, piano (1 cd, 1 dvd – Fondation RĂ©sonnance, Londres, mai 2014). A Londres dans les studios Abbey Road, la pianiste Elizabeth Sombart (sur un Grand Fazioli, 278)  dĂ©livre un tĂ©moignage bouleversant dans deux Ɠuvres emblĂ©matiques de son compositeur fĂ©tiche, FrĂ©dĂ©ric Chopin. MĂȘme si le Concerto pour piano n°1 est plus connu, notre prĂ©fĂ©rence va au Second, pourtant composĂ© avant le premier (1830). C’est que le jeu et le style intĂ©rieur, Ă  la fois profond, impliquĂ© mais d’une sobriĂ©tĂ© essentielle, en particulier dans le mouvement central (Larghetto) s’affirme par un sens de la respiration, de l’Ă©coute intĂ©rieure que sa complicitĂ© avec l’orchestre et le chef porte jusqu’Ă  incandescence et dans une subtilitĂ© irrĂ©sistible. MĂȘme la valse et la mazurka du dernier mouvement sont Ă©noncĂ©es et ciselĂ©es avec cette caresse dĂ©taillĂ©e, ce dĂ©tachement infiniment allusif qui Ă©blouissent littĂ©ralement.

ComposĂ© Ă  l’Ă©tĂ© 1830, le Concerto pour piano n°1 avec sa grandiose introduction prĂ©liminaire oĂč se joue toute la tragĂ©die intime du compositeur mais entonnĂ© avec un feu d’une Ă©lĂ©gance supĂ©rieure, s’affirme ici grĂące Ă  la direction toute en finesse du chef, et l’Ă©loquence coulante, organique des instrumentistes du RPO Royal Philharmonic Orchestra, le collectif londonien fondĂ© par Sir Thomas Beecham au lendemain de la guerre, en 1946. Chantant, amoureusement, le piano d’Elizabeth Sombart s’accorde idĂ©alement Ă  l’accord prĂ©cĂ©dent des bois, caressant, d’une retenue toujours trĂšs nuancĂ©e, le jeu de la pianiste  exprime au plus juste la blessure, le chant de grĂące d’une Ăąme atteinte qui portĂ© par l’Ă©lan de l’exil, quitte sa terre natale pour n’y plus venir, une traversĂ©e sans retour ; la Romance qui est son Ă©picentre et le second mouvement se dĂ©ploie comme une caresse (Larghetto), ample rĂ©miniscence d’une rĂȘverie Ă©videmment amoureuse, mais comme le prĂ©cise le compositeur, crĂ©pusculaire, nocturne, lunaire. De fait, Elizabeth Sombart l’inscrit naturellement dans sa connaissance des Nocturnes (futurs)  mais dans l’esprit d’un songe pour l’aimĂ©e (toujours sa tendre Constance Gladowska qui fut au Conservatoire de Varsovie, une jeune cantatrice secrĂštement et ardemment dĂ©sirĂ©e, comme l’ĂȘtre inaccessible de Berlioz) ; mais la pudeur extrĂȘme de Chopin lui interdit tout Ă©panchement appuyĂ© : voilĂ  pourquoi le toucher d’Elizabeth Sombart se fait d’une douceur secrĂšte et mystĂ©rieuse qui semble Ă©clairer chaque dĂ©tail de ce paysage intĂ©rieur, sur un tempo suspendu comme un rĂȘve qui ne voudrait jamais se conclure.

sombart-elizabeth-piano-concert-classiquenews-review-critique-cd-classiquenews-CLIC-de-classiquenewsLe Concerto n°2 Ă©crit et conçu avant le n°1, fait valoir un dramatisme plus Ăąpre, premier, primitif et direct dans son surgissement Ă©pique, mais d’une activitĂ© continue que les interprĂštes chef et soliste principalement doivent canaliser en prĂ©servant l’architecture et tout autant l’expression naturelle et vive du rubato de l’instrument soliste. DĂšs le premier mouvement Maestoso, chant d’une indicible blessure tragique, le jeu de la pianiste française Ă©coute toute la libertĂ© du rĂȘve intĂ©rieur au-delĂ  de la carrure imposante de l’orchestre ; mĂȘme chant singuliĂšrement chantant et d’une tendresse pudique Ă©perdue dans le mouvement qui suit, le plus suspendu entre tous : Larghetto oĂč la cantilĂšne amoureuse secrĂštement dĂ©diĂ©e Ă  l’aimĂ©e d’alors Ă  Varsovie oĂč fut crĂ©Ă© le Concerto (le 17 mars 1830) : toujours l’inĂ©vitable Constance Gladowska  (comme Mozart, le prĂ©nom de l’ĂȘtre chĂ©ri entre tous). Elizabeth Sombart exprime au plus juste et sans affĂšterie ni surjeu artificiel, le chant Ă©mu naturel d’un cƓur Ă  l’autre. VoilĂ  certainement, la confession la plus intime d’un Chopin qui d’une Ă©lĂ©gance nerveuse et toujours d’une grĂące infinie, affirme un tempĂ©rament d’une absolue certitude y compris dans le tĂ©moignage personnel, celui d’une extase intime. Cette ligne claire et incisive, d’une finesse Bellinienne, d’un bel canto caressant, marqueront fortement et Liszt et Schumann : l’accord entre pudeur et murmure Ă©veillĂ© entre piano et orchestre est ici Ă  son sommet. InspirĂ©e par une tendresse permanente, le sens d’une continuitĂ© organique d’un mouvement l’autre, d’un Concerto Ă  l’autre, au point d’en rĂ©aliser un volet entier parfaitement cohĂ©rent, Elizabeth Sombart fait surgir l’essence caressante, mozartienne, du chant chopinien. Le chef, tout en dĂ©licatesse et ardeur suit la pianiste jusque dans le moindre accent de chaque mesure : un travail d’un fini prodigieux.  CLIC de classiquenews de dĂ©cembre 2015

CLIC D'OR macaron 200CD, compte rendu critique. The Art of Chopin. Concertos pour piano n°1 et 2 (1830) de FrĂ©dĂ©ric Chopin. Elizabeth Sombart. RPO Royal Philharmonic Orchestra. Pierre Vallet, direction. 1h17mn. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Londres, Studio Abbey Road, mai 2014. 1 cd. Le dvd complĂ©mentaire rĂ©capitule les conditions, la prĂ©paration, les enjeux esthĂ©tiques de l’enregistrement de 2014.

Elizabeth Sombart : Gala de la Fondation RĂ©sonnance

sombart-elizabeth-piano-concertos 582 594Berne (Suisse). Concert RĂ©sonnance, Elizabeth Sombart. Mardi 8 dĂ©cembre 2015. Concert Ă©vĂ©nement donnĂ© par la pianiste Elizabeth Sombart et les Ă©lĂšves et directeurs des filiales Roumanie, Espagne
 de la Fondation RĂ©sonnance (Ă©tudiants pianistes des filiales RĂ©sonnance et Ă©tudiants piano / chant du CIEPR : Centre International d’Etude de la PĂ©dagogie RĂ©sonnance). Fondatrice de la Fondation RĂ©sonnance, la pianiste Elizabeth Sombart a Ă  cƓur de diffuser et transmettre ce qu’elle a appris auprĂšs du chef Sergiu Celibidache (principes phĂ©nomĂ©nologiques de la musique)
 Un souci particulier sur le sens profond des partitions, une philosophie particuliĂšre fondĂ©e sur l’écoute et la cohĂ©rence  interne inspirent aujourd’hui une approche particuliĂšrement des oeuvres. La dĂ©monstration en sera faite lors de ce concert de gala oĂč les pĂ©dagogues de la Fondation RĂ©sonnance prĂ©sentent le travail de leurs Ă©lĂšves. Place aux accords romantiques. Au programme : Schumann, Liszt, Rachmaninov, FaurĂ© (Nocturne), sans omettre, le Concerto pour piano n°2 en fa mineur de FrĂ©dĂ©ric Chopin (sujet d’un rĂ©cent album paru sous Ă©tiquette RĂ©sonance : Elizabeth Sombart joue les 2 Concertos pour piano de FrĂ©dĂ©ric Chopin avec le Royal Philharmonic Orchestra. Pierre Vallet, direction), que la pianiste aborde Ă  Berne dans sa version chambriste, avec les musiciens du Quatuor RĂ©sonnace.

 

 

 

BERNE, Suisse. Elizabeth Sombart joue Frédéric Chopin

 

Elizabeth Sombart avec les membres du Quatuor Résonnances, heureux interprÚtes des Concertos pour piano de Frédéric Chopin (DR)

 

 

boutonreservationConcert de Gala de la Fondation RĂ©sonnance
Berne (Suisse), Yehudi Menuhin Forum
Mardi 8 décembre 2015, 19h30

Programme

Schumann, Liszt, Rachmaninov, Chopin par
Izabela Voropciuc,
(jeune Ă©lĂšve roumaine des masterclass du CIEPR);
Nino Kupreishvili,
(étudiante géorgienne des masterclass du CIEPR);
Lavinia Dragos,
(Directrice de la filiale Roumaine).

Fauré : Nocturne
Jean-Claude DĂ©nervaud,
(Directeur du CIEPR)
Berne (Suisse). Concert Résonnance, Elizabeth Sombart. Mardi 8 décembre 2015. Concert événement donné par la pianiste Elizabeth Sombart et les élÚves et directeurs des filiales Roumanie, Espagne
 de la Fondation Résonnance
Isaac Albeniz : El Albacin
Pilar Guarne,
(Directrice de RĂ©sonnance Espagne)

Rameau, Mozart
Fumi Kitamura, soprano, Ă©tudiante des Masterclass de Vincent Aguettant.

Chopin : Concerto pour piano n°2
(version piano et quatuor Ă  cordes)
Elizabeth Sombart, piano
avec le Quatuor RĂ©sonnance.

Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site de la Fondation Résonnance
RĂ©servation :
Tel : +41 (0)21 802 64 46
Mail : reservation@resonnance.org

Fondation RĂ©sonnanceresonnance elizabeth sombart concert frederic Chopin novembre 2015
Reconnue de pure utilitĂ© publique – Elizabeth Sombart, PrĂ©sidente
Avenue de Plan 9A – 1110 Morges – TĂ©l. +41.21.802.64.46 – fax +41.21.802.64.47 ccp 17-652192-9 – UBS Morges, cpte 243-G2220993.0 e-mail : info@resonnance.org – site internet : www.resonnance.org

 

 

VOIR notre reportage Elizabeth Sombart joue auprĂšs des patients en souffrance…

 

Elizabeth Sombart, piano, la musique Ă  l'hĂŽpital, rĂ©cital, RĂ©sonnanceLa musique Ă  l’hĂŽpital. La pianiste Elizabeth Sombart se dĂ©die totalement Ă  la diffusion de la musique classique hors des salles de concerts. En tĂ©moigne son rĂ©cital offert aux rĂ©sidents de la Maison Saint-Jean de Malte (Paris 19Ăšme ardt). Le programme est choisi par les rĂ©sidents ; le partage, la rencontre sont au coeur d’une expĂ©rience intense, profondĂ©ment humaniste et fraternelle. Reportage vidĂ©o exclusif CLASSIQUENEWS.COM (rĂ©alisĂ© en novembre 2013). VOIR notre reportage vidĂ©o complet

 

Elizabeth Sombart joue les 2 Concertos pour piano de Chopin

SOMBART_NB_260_clavier_elisabeth_sombartParis, salle Cortot. RĂ©cital Chopin. Elizabeth Sombart, le 15 novembre 2015, 17h30. Pianiste engagĂ©e, soucieuse de transmettre et de rendre accessible au plus grand nombre, la musique classique, Elizabeth Sombart aborde Ă  Paris, un compositeur qu’elle sert avec passion et profondeur, FrĂ©dĂ©ric Chopin.  Etre lĂ©gendaire, d’une tendresse mozartienne qui ouvrit des perspectives inĂ©dites, crĂ©pusculaires et intimes, alors Ă  l’Ă©poque oĂč Liszt enflammait par son brio virtuose voire pĂ©taradant, les audiences europĂ©ennes, Chopin a nĂ©anmoins traitĂ© la forme concertante d’une virtuositĂ© cependant introspective et mĂȘme passionnĂ©e. En tĂ©moignent ses deux Concertos de jeunesse, composĂ©s en Pologne avant sa dĂ©part pour Vienne et la France. D’une subtilitĂ© allusive dont elle a le secret, la pianiste Elizabeth Sombart, crĂ©atrice de la Fondation RĂ©sonance depuis 1998, ne cesse de s’impliquer dans l’explicitation gĂ©nĂ©reuse et limpide du pianisme chopinien. ConcentrĂ© et inspirĂ©, son jeu tĂ©moigne d’une quĂȘte permanente, exigente et sincĂšre, que stimule une sensibilitĂ© Ă©tonnante aux champs intĂ©rieurs. Son Chopin toujours fraternel et hypnotique ne laisse pas de nous captiver. Le 15 novembre, l’interprĂšte s’intĂ©resse Ă  nous offrir sa propre version des deux Concertos pour piano de Chopin, avec la complicitĂ© de musiciens qui partagent avec elle, cet amour du jeu et du don collectif. Concert Ă  Paris, Salle Cortot, incontournable. La version dĂ©fendue est d’autant plus marquante que jouĂ©e dans une transcription pour piano et quatuor Ă  cordes, il s’agit d’en souligner les nuances intimes, la trame dĂ©licatement concertante, expressivement plus intense et caractĂ©risĂ©e en format “rĂ©duit”.

 

 

 

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Le Concerto pour piano n°1 est dĂ©diĂ© au prodige Kalkbrenner qui le crĂ©Ă©e Ă  Varsovie le 11 octobre 1830. Chopin y signe sa derniĂšre offrande encore juvĂ©nile mais trĂšs inspirĂ©e (comme le souligne Ravel contre les dĂ©tracteurs qui le tiennent pour une maladresse, fruit de l’inexpĂ©rience…), avant son dĂ©part pour Vienne puis Paris, oĂč ne rejoignant jamais Londres comme il en avait fait le projet, il meurt prĂ©cocĂ©ment en 1849 (Ă  l’Ăąge de 30 ans). Plan : Allegro maestoso, Romance (larghetto), Rondo vivace. La Romance centrale est celle qui dĂ©voile dĂ©jĂ  le mieux ce qu’est le caractĂšre intime et profond de Chopin : elle annonce ses futurs Nocturnes, inscrits voire ensevelis dans plis et replis d’une vie intĂ©rieure secrĂšte mais riche et active.

chopin_frederic portrait chopin classiquenewsLe Concert pour piano n°2 est crĂ©Ă© Ă  Varsovie lui aussi mais avant le n°1, c’est Ă  dire le 17 mars 1830 Ă  Varsovie, en hommage Ă  la Comtesse Potocka. Il est plus contrastĂ© voire impĂ©tueux que le Concerto n°1. Plan : Maestoso. Larghetto puis Allegro vivace. Le larghetto est en fait une longue cantilĂšne Ă  l’italienne : allusivement dĂ©diĂ©e Ă  une femme aimĂ©e, Konstanze Gladowska, la piĂšce suit les mĂ©andres d’une douce dĂ©claration amoureuse Ă  peine masquĂ©e dont Chopin aime cultiver la ligne suspendue, Ă©tirĂ©e. Son impact se ressent jusqu’Ă  Schumann et Liszt qui s’en souviendront dans leurs Concertos respectifs (en mi bĂ©mol majeur pour le second). Loin d’ĂȘtre ses esquisses maladroites voire inabouties, qu’on a bien voulu Ă©crire et rĂ©pandre, les deux Concertos polonais de Chopin expriment au plus prĂšs, l’Ăąme ardente, Ă©prise du Mozart romantique, nĂ© pour faire chanter le piano et exprimer l’indicible de l’Ăąme.
Elizabeth Sombart en rĂ©vĂšle Ă  Paris, la tendresse Ă©perdue, juvĂ©nile, ardente, dans une version chambriste pour piano et instruments Ă  cordes. D’autant plus passionnante qu’elle est rarement jouĂ©e et pourtant mieux rĂ©vĂ©latrice du tissu Ă©motionnel sous jacent Ă  chaque mouvement.

 

 

 

Concertos de Chopin (version pour quatuor)
Concerto n°1 en mi mineur, op. 11
Concerto n°2 en fa mineur, op. 21

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et le Quatuor RĂ©sonance
Fabienne Stadelman, alto
Lucie BessiĂšre, violon
Nathanaëlle Marie, violon
Christophe Beau, violoncelliste

 

 

boutonreservationEn concert Ă  la Salle Cortot
Le 15 novembre 2015 Ă  17h30
78, rue Cardinet – 75017 Paris
Tarifs: de 16 Ă  25 euros
Location: 01 43 37 60 71

 

 

Scherzos de Chopin

logo_france_musique_DETOUREchopin_arte_200-ans_soiree_speciale_television_arte-Frederic_ChopinRadio.Scherzos de Chopin. France Musique, dimanche 4 octobre 2015, 14h. La tribune des critiques de disques. ComposĂ©es entre 1831 et 1842, les Quatre Scherzos de FrĂ©dĂ©ric Chopin expriment par leurs volutes enfiĂ©vrĂ©es la quĂȘte toujours insatisfaite d’une Ăąme possĂ©dĂ©e, rĂ©vĂ©lant sous le masque doucereux et rĂȘveur du Chopin crĂ©pusculaire, ses aspirations et son tempĂ©rament plus Ă©ruptifs. Comme il le fait de la matiĂšre traditionnelle des Nocturnes, Polonaises ou Etudes, Chopin sublime la forme classique du Scherzo vers une fantaisie dĂ©bridĂ©e d’un caractĂšre souvent exacerbĂ©, non dĂ©nuĂ© d’extrĂȘmes nuances. L’Ă©lan de la danse, atteint une transe personnelle habile en audaces harmoniques et passages vertigineux : le Scherzo chopinien dĂ©voile les brĂ»lures et les facettes fantastiques / diaboliques, inquiĂ©tantes et Ă©tranges du crĂ©ateur dĂ©miurge (premier Ă©pisode du Scherzo n°1, composĂ© selon la lĂ©gende pendant une nuit d’angoisse dans la cathĂ©drale Saint-Etienne de Vienne, dĂšs 1830). Le Scherzo n°2 dĂ©diĂ© Ă  la Comtesse AdĂšle de Furstenstein, est composĂ© Ă  Paris en 1837.Chopin y excelle dans la balancement fascinant, exigeant de l’interprĂšte des prouesses de technicitĂ© habitĂ©e, foudroyantes et jamais creuses : les triolets du dĂ©but devant ĂȘtre jouĂ©s pianissimi : vĂ©ritable Ă©noncĂ© du mystĂšre auquel rĂ©pondent par quatre fois, de majestueux accords. Jamais Chopin ne s’est montrĂ© plus proche de Liszt que dans ses Scherzos qui ont l’intimitĂ© d’une pensĂ©e recueillie et pudique, l’emportement fulgurante d’un gĂ©nie du piano orchestral. ComposĂ© entre Paris et Majorque (1838-1839), pendant le pĂ©riple du couple Ă©phĂ©mĂšre Sand/Chopin, le Scherzo n°3 en do diĂšse mineur opus 39 est notre prĂ©fĂ©rĂ© : il y distille une pensĂ©e musicale entre Ă©clairs et syncope, traversĂ© par ce ruissellement central qui rĂ©concilie comme Schumann, vitesse, mouvement et nostalgie.
Le Scherzo n°4 en mi majeur opus 54, composĂ© Ă  Nohant et Paris entre 1841 et 1842, est dĂ©diĂ© aux soeurs Caraman, deux Ă©lĂšves de Chopin. Plus proche du songe maĂźtrisĂ© et enfin rassĂ©rĂ©nĂ©, le dernier Scherzo est d’une forme libre qui confine Ă  l’improvisation, expression pudique et directe d’une Ăąme attendrie, et finalement baignĂ©e par une douce mĂ©lancolie.

Chopin – Nocturne n°20 (partition interactive pour PIANO)

IcĂŽne_1024x1024_ChopinChopin – Nocturne n°20 (partition interactive pour PIANO). Le nocturne n°20 en do diĂšse mineur (Op. posth., Lento con gran espressione, P 1, No. 16, KKIVa/16), est composĂ© par FrĂ©dĂ©ric Chopin, alors ĂągĂ© de 20 ans,  en 1830 pour sa soeur ainĂ©e Ludwika, « comme un exercice en prĂ©ambule Ă  son second Concerto pour piano », selon ses propres indications. De fait, un mĂȘme motif se retrouve entre les deux oeuvres (premier mouvement du Concerto). NĂ© de l’ombre et de la tristesse, et mĂȘme dans une gravitĂ© presque lugubre, la piĂšce captive bientĂŽt grĂące Ă  une mĂ©lodie aĂ©rienne et tendre, d’une langueur bellinienne, grĂące aux arpĂšges en portamento jouĂ©s constamment Ă  la main gauche
 en quĂȘte de plĂ©nitude et de mystĂšre, la partition sombre ensuite (mesure 21) dans un pianissimo rĂȘveur d’une irrĂ©sistible sĂ©duction. Cet air d’un charme hypnotique qui se renferme comme en un songe, est jouĂ© deux fois dans le fameux film de Roman Polanski, Le pianiste (2002).

 

 

 

bouton partitionDECOUVREZ la partition interactive du Nocturne n°20 de Frédéric Chopin, éditée par Tombooks

Niveau de difficulté : intermédiaire / difficile (5-6)
Type de partition : sans accompagnement
Prix de la partition : 2,99 euros

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bénéfices de la partition interactive éditée par Tombooks :

Avec l’application pour iPad Play CHOPIN – Nocturne n°20 (1830), Tombooks rĂ©volutionne la partition musicale:

- Jouez dans votre salon accompagnĂ© par d’autres musiciens, comme dans une salle de concert
- Adaptez le tempo de l’accompagnement Ă  votre niveau
- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là
- Enregistrez-vous et réécoutez-vous
- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

 

 

 

IcĂŽne_1024x1024_ChopinPrĂ©sentation vidĂ©o de l’application proposĂ©e par Tombooks : sur le pupitre du piano, la partition dĂ©file sur la tablette rendant claires et confortables, les conditions du jeu… jouer avec l’orchestre apporte une stimulation mais aussi un enrichissement dans l’apprentissage voire l’interprĂ©tation du morceau. DurĂ©e de la vidĂ©o : 4mn10.

 

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http://youtu.be/5K-1LyRXXeY

 

 

 

Chopin – Valse n°19 (partition interactive pour PIANO)

IcĂŽne_1024x1024_ChopinChopin – Valse n°19 (partition interactive pour PIANO). Chopin compose cette valse raffinĂ©e et plein de mystĂšre entre 1843 et 1848. Le souvenir inspire un sommet musical ici conduisant Chopin a ciseler l’énoncĂ© d’un chant intĂ©rieur Ă  la fois pudique et intime, exprimĂ© avec infiniment de dĂ©licatesse. Le caractĂšre est voilĂ©, tissĂ© dans des brumes imprĂ©cises entre espoir, tristesse, profonde mĂ©lancolie.  L’auteur semble y tirer sa rĂ©vĂ©rence. La partition ne sera publiĂ©e qu’en 1955. Nomenclature prĂ©cise : Valse en la mineur, B. 150, KK IVb/11, P. 2/11.

 

 

 

L’éditeur de partitions interactives Tombooks propose de jouer la Valse n°19 de FrĂ©dĂ©ric Chopin

bouton partitionDECOUVREZ la partition interactive de la Valse n°19 de Frédéric Chopin, éditée par Tombooks

Niveau de difficulté : intermédiaire / difficile (5-6)
Type de partition : sans accompagnement 
Prix de la partition : 2,99 euros

 

 

Bénéfices de la partition interactive éditée par Tombooks :

Avec l’application pour iPad Play Chopin – Valse n° 19, Tombooks rĂ©volutionne la partition musicale:

- Jouez dans votre salon accompagnĂ© par d’autres musiciens, comme dans une salle de concert
- Adaptez le tempo de l’accompagnement Ă  votre niveau
- Ajouter vos annotations personnalisées à la partition et imprimez-là
- Enregistrez-vous et réécoutez-vous
- Partagez vos enregistrements et vos partitions annotées avec votre professeur ou vos amis

 

PrĂ©sentation vidĂ©o de l’application proposĂ©e par Tombooks : sur le pupitre du piano, la partition dĂ©file sur la tablette rendant claires et confortables, les conditions du jeu… jouer avec l’orchestre apporte une stimulation mais aussi un enrichissement dans l’apprentissage voire l’interprĂ©tation du morceau. DurĂ©e : 2mn49

 

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CD. Compte rendu critique. Chopin : 24 Préludes. Maxence Pilchen, piano (1 cd Paraty).

Chopin 24 preludes critique compte rendu classiquenews Maxence Pilchen piano 1 cd PARATYCD. Compte rendu critique. Chopin : 24 PrĂ©ludes. Maxence Pilchen, piano (1 cd Paraty). Voici une nouvelle lecture des 24 PrĂ©ludes de Chopin qui va compter.  Allusif et pudique, le pianiste franco-belge Maxence Pilchen inscrit la matiĂšre musicale dans l’intime, rĂ©vĂ©lant de nouvelles perspectives Ă©motionnelles dans le jaillissement contrastĂ© des sĂ©quences enchaĂźnĂ©es. Versatile, volubile mais puissamment intimiste, le jeu ouvre tous les champs de la conscience et de la mĂ©moire en retissant les liens profonds et les images souterraines qui font des 24 PrĂ©ludes, ce fond miroitant des sentiments les plus secrets.  En plongeant dans les eaux de la psychĂ©, le pianiste franco belge rĂ©tablit la part prodigieusement humaine du cycle. Magistral.  Le disque de Maxence Pilchen renouvelle notre enthousiasme suscitĂ© par le disque dĂ©diĂ© au Chopin historique (sur claviers Pleyel) rĂ©alisĂ© par Knut Jacques, enregistrement Ă©galement publiĂ© aussi par Paraty.

CLIC_macaron_2014Une vision d’ensemble s’impose d’abord. Traversons le cycle de PrĂ©lude en PrĂ©lude. L’Agitato initial est un lever de rideau idĂ©alement Ă©noncĂ© comme un rĂȘve ou un songe qui vient de naĂźtre (1) : la douceur suggestive du toucher s’y montre irrĂ©sistible.  MĂȘme rĂ©alisation parfaite pour le lento (2) en forme de marche nocturne aux rĂ©sonances Ă  la fois lunaires et lugubres d’une profondeur hypnotique grĂące Ă  un jeu d’une tendresse articulĂ©e enivrante (quel sens de l’indicible et des respirations) ; puis c’est un gĂ©nial contraste avec le Vivace qui suit, abordĂ© comme le vol d’une libellule ou du papillon le plus lĂ©ger, sachant faire valoir au soleil ses couleurs scintillantes  (3) ; l’Ă©noncĂ© du 4 – Largo, qui est l’une des mĂ©lodies les plus cĂ©lĂšbres et mĂ©morables du cycle,  sombre dans l’Ă©panchement le plus investi comme une confession douloureuse et intime : lĂ  encore l’interprĂšte sait Ă©viter tout pathos trop dĂ©monstratif. A l’inverse, – emblĂšme de la lecture du cycle entier-, le jeu s’enracine dans le terreau d’une psychĂ© tenue secrĂšte comme prĂ©servĂ©e.

Puis, le 5 (Allegro molto) est tout dĂ©sir, Ă  son amorce, vivifiant qu’attĂ©nue dans la continuitĂ©, le 6 (Lento assai),  expression d’une rĂ©serve oĂč s’Ă©panouit l’intime en une pudeur souveraine, bouleversante.
Le 7 (Andantino)  rĂ©sonne comme une rĂ©itĂ©ration du Grand Maulnes, produisant la rĂ©surgence d’une valse enfouie, pure, soudainement rĂ©vĂ©lĂ©e, affleurante : lĂ  encore le geste toute en pudeur et suggestivitĂ© nuancĂ©e de Maxence Pilchen saisit par sa justesse poĂ©tique.
Le 8 (Molto agitato) montre outre la sensibilitĂ© aux climats et aux atmosphĂšres tĂ©nues, picturales, l’aisance digitale emperlĂ©e du pianiste : fluiditĂ© aĂ©rienne au service d’une sensibilitĂ© millimĂ©trĂ©e et naturelle.
Le 9 (Largo), plus démonstratif, est porté par une certitude qui contraste avec toute la pudeur qui précÚde.

EmperlĂ©, allusif, le jeu de Maxence Pilchen rĂ©gĂ©nĂšre l’approche des 24 PrĂ©ludes de Chopin

Chopin réinventé : Préludes magiciens


Le 10 (Allegro Molto) se fait jaillissement liquide. Le 11 (Vivace) ivresse accordĂ©e au tempĂ©rament rĂȘveur du dĂ©but. Le 12 (Presto) sonne telle une mĂ©canique Ă©chevelĂ©e sur un tempo trĂ©pidant. Le 13 (Lento) a la noblesse intime d’un solo de danseuse riche en arabesques diaphanes et elle aussi, envoĂ»tantes.
Le 14 (Allegro) plonge plus grave dans une activitĂ© souterraine 
 pour mieux prĂ©parer  au rĂȘve d’enfance du 15 (Sostenuto),  vĂ©ritable immersion rĂ©trospective et le plus long des PrĂ©ludes – plus de 4 mn. La lecture plonge  dans ce climat d’innocence des premiĂšres annĂ©es de tout Ăąme terrestre : saluons l’intonation et la prĂ©cision stylistique parfaites du pianiste qui inscrit davantage le cycle dans l’intimitĂ© et la puissante d’une psychĂ© de longue mĂ©moire avec ici le souffle d’une tragĂ©die intime prĂ©gnante et tenace. Cette richesse et cette Ă©paisseur Ă©motionnelle accrĂ©dite la lecture dans son ensemble.

Par effet de contraste, dont dĂ©pend la vitalitĂ© rythmique du cycle, le 16 (Presto con fuoco), affirme une ivresse Ă©chevelĂ©e oĂč le sens de la syncope et du rebond magistralement maĂźtrisĂ©, enchante et captive. Le 17 (Allegretto) saisit par sa fraĂźcheur absolue servie par un toucher de rĂȘve soyeux et allusif.

AprĂšs la fulgurance du 18 (Allegro molto), tout syncopes et feu,  les 6 derniers PrĂ©ludes , Ă  part le 22 (Molto agitato de moins d’une minute), prĂ©sentent une mĂȘme durĂ© moyenne d’1mn20, offrant une ultime succession Ă©quilibrĂ©e dans ses dĂ©veloppements.

Ainsi le 19 (Vivace) est délié, bavard comme la libération du secret  primordial. Le
20 (Largo) a l’ampleur d’une formidable arche, -ouverture et fenĂȘtre vers un recommencement qui s’appuie sur la conscience pleine et assumĂ©e d’une gravitĂ© intime assumĂ©e. Le 21(Cantabile) devient enchantement : le rubato poĂ©tique et dansant suscitant un chant enivrĂ©, se distingue nettement.  Le 22 (Molto agitato) exprime premiĂšre et animale,  l’énergie agitato de forces telluriques jusque lĂ  insoupçonnĂ©es. Enfin le 23 – Moderato-, Ă  l’inverse est un rĂȘve liquide d’une douceur infinie qui de l’ombre retourne Ă  l’ombre. La pudeur poĂ©tique dont est capable Maxence Pilchen, chopinien idĂ©al, s’affirme ici dans toute sa justesse, ses nuances pudiques, ses rĂ©sonances secrĂštes et intimes.

 

Dans l’ultime sĂ©quence, le 24 (Allegro appassionato), le jeu est porteur d’une tragĂ©die intime jamais  rĂ©solue. Chopin exprime dans son dernier PrĂ©lude, une Ă©nergie sombre, – vĂ©ritable houle inquiĂšte, et psychiquement instable, associĂ©e Ă  la volontĂ© inextinguible et viscĂ©rale de renaĂźtre.

 

 

La richesse Ă©motionnelle, le jeu qui nous parle de l’intime et fait surgir souvent en Ă©clats scintillants idĂ©alement mesurĂ©s, l’activitĂ© de la psychĂ© affirment l’impressionnante maturitĂ© de l’interprĂšte. Sa sensibilitĂ© fĂ©conde qui s’inscrit sans pathos dans l’intime et la pudeur, force l’admiration. Outre la formidable digitalitĂ© du pianiste,  c’est sa profondeur et son absolue subtilitĂ© qui touchent immĂ©diatement. Voici un immense tempĂ©rament Ă  suivre de prĂšs. Le disque dĂ©croche naturellement le CLIC de classiquenews de juin 2015. VoilĂ  qui confirme l’activitĂ© du label Paraty tel un formidable tremplin de tempĂ©raments actuels du clavier (clavecin, pianoforte, piano) : Natalia Valentin, virtuose au pianoforte (Bagatelles de Beethoven, 2009), Ivan Ilic (Debussy et Godowski), le dĂ©jĂ  citĂ© Knut Jacques (autre chopinien audacieux rĂ©vĂ©lateur des sonoritĂ©s originelles sur claviers historiques: Pianos Pleyel et pianino ; Ballades, Sonate n°2, Nocturne
) : et plus rĂ©cemment simultanĂ©ment au Chopin de Maxence Pilchen, les superbes Sonates de WĂŒrttemberg de CPE Bach au clavecin par Bruno Procopio (CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2015)
 Autant de titres, rĂ©vĂ©lant interprĂštes et rĂ©pertoires choisis, Ă  connaĂźtre d’urgence.

 

 

CD. Compte rendu critique. Chopin : 24 Préludes. Maxence Pilchen, piano. 1 cd Paraty 115131. Parution : le 16 juin 2015. Durée : 34 mn. Enregistré en juin 2014.
Visiter le site du label indépendant PARATY

 

MAXENCE PILCHEN en CONCERT
Le 30 juin 2015, Paris, salle Gaveau, 20h30
Programme : « De Majorque à Nohant ». Les 24 Préludes de Chopin.
Ballade opus 52, Scherzo opus 54, Polonaise opus 53.

 

 

Maxence Pilchen, piano.

Portrait de Vladimir Horowitz

Vladimir_Horowitz_portraitArte. Portrait : Vladimir Horowitz, dimanche 14 dĂ©cembre 2014, 16h50. Un portrait fascinant couronnĂ© par deux Emmys, du pianiste ukrainien lĂ©gendaire  Vladimir Horowitz. En 1985, Peter Gelb l’actuel patron du MET alors directeur de CAMI Video et producteur, rĂ©ussit Ă  convaincre Vladimir Horowitz d’ouvrir la porte de son appartement de New York et de se laisser filmer par les frĂšres Hayes. Ainsi se rĂ©alise une occasion unique pour un voyage Ă©mouvant et divertissant dans l’univers musical et intime du virtuose. Dans son anglais Ă  jamais “russisant”, avec un goĂ»t innĂ© pour la mise en scĂšne, un indĂ©niable talent d’acteur, un humour facĂ©tieux et allusif d’une Ă©lĂ©gance perdue, Horowitz explique et cĂ©lĂšbre en paroles et au piano tour-Ă -tour le recueillement d’un choral de Bach, la noblesse d’un prĂ©lude de Rachmaninov, l’hĂ©roĂŻsme d’une Polonaise de Chopin. Sous l’oeil vigilant, tendre et autoritaire de Madame Wanda Toscanini-Horowitz depuis le canapĂ© Ă  fleurs… SĂ©ducteur, douĂ© d’un intelligence malicieuse, voici Horowitz moins dernier romantique que rĂ©el funambule prodigieux du clavier.
Horowitz Ă  un an prĂšs est l’exact contemporain du maestro Karajan, mort comme lui en 1989. Rival de Rubinstein, meilleur technicien que lui, Horowitz savait taire les rumeur en se dĂ©clarant diffĂ©rent et meilleur “musicien”.  De fait moins monstre puissant Ă  la Liszt comme Rubinstein, Horowitz cultive une musicalitĂ© Ă  part, rayonnante par sa malice, son imagination, ses nuances rĂ©solument “proustiennes” ou plus pianistiquement correctes, “chopiniennes”. En dĂ©pit d’une lĂ©gĂšretĂ© affichĂ©e, ce bienheureux enjouĂ© traversa des pĂ©riodes difficiles, rompant soudainement avec l’Ă©lan des grandes tournĂ©es et pris comme par la nausĂ©e qu’un trop plein de concerts ne manquait pas de susciter.

arte_logo_2013Arte. Portrait : Vladimir Horowitz, dimanche 14 décembre 2014, 16h50. Horowitz, le dernier romantique ?

 

 

 

puis mĂȘme chaĂźne Ă  18h30 :
Horowitz Ă  Vienne : extraits du concert mĂ©morable que le pianiste donna en mai 1987 dans la Goldener Saal du Musikverein de Vienne. Au programme : Scarlatti, Rachmaninov, Scriabine, Liszt, Schumann et Chopin.  Ponctuant les morceaux, des extraits d’entretiens avec le virtuose montrent comment il s’est inscrit dans l’histoire de son temps ; une large place est aussi laissĂ©e Ă  l’émotion, notamment lorsque le musicien Ă©voque des souvenirs d’enfance avec Scriabine et Rachmaninov.

 

 

 

Saintes 2014. RĂ©cital Chopin, Schumann par Beatrice Rana, piano

Rana Beatrice Rana pianoSaintes. RĂ©cital Beatrice Rana, piano. Chopin, Schumann, le 17 juillet 2014, 22h. Schumann dĂ©miurge. Chopin Ă©tait roi de l’intime suscitant une nouvelle approche dans l’écoute et la rĂ©ceptivitĂ© du concert, Schumann fut celui de l’introspection libre, d’une versatilitĂ© protĂ©iforme fascinante. Celui qui souhaitait ĂȘtre le Paganini du piano explore et trouve les nouvelles expressions d’un clavier libĂ©rĂ©, prolongement de sa pensĂ©e musicale si riche et bouillonnante. Car ici, l’éclatement de la forme selon les tentations de l’humeur n’empĂȘche pas un dĂ©veloppement prĂ©cis, cohĂ©rent d’une irrĂ©pressible logique interne. SchizophrĂšne impuissant, incapable de dĂ©veloppement comme d’accomplissement abouti, rien de tel pour Schumann. Son caractĂšre double, Janus fĂ©cond-, Robert revendique une double, voire une triple sensibilitĂ© aux facettes plus complĂ©mentaires que contradictoires. Schumann prend et relĂšve le dĂ©fi de chanter ce qui ne peut ĂȘtre dit. Une claque Ă  la dĂ©mence. Un Ă©lan irrĂ©pressible que l‘on retrouve, vivace, lumineux dans ses Symphonies Ă  venir.  Qu’il soit EusĂ©bius (instrospectif et sombre) ou Florestan (vif, solaire, conquĂ©rant), saturnien ou appolonien, Schumann exprime par le piano un jaillissement unique de la pensĂ©e et de l’esprit d’une fraĂźcheur et d’une vitalitĂ© exceptionnelle.

 

 

schumann_robertEclairs et murmures du piano romantique. Les Ă©tudes symphoniques (1834-1852) rĂ©alisĂ©es sous la forme de 12 variations Ă  partir d’un thĂšme originel de 16 mesures reflĂštent cet Ă©quilibre souverainement romantique oĂč le feu de l’inspiration remodĂšle Ă  mesure qu’il se dĂ©ploie, les canevas formels les plus classiques. A mesure qu’il exprime, se dĂ©voile, Schumann rĂ©invente, expĂ©rimente. Le motif lui aurait Ă©tĂ© fourni par le pĂšre de sa fiancĂ©e d’alors, Ernestine von Fricken (l’Estrella du Carnaval Ă  laquelle il Ă©tait fiancĂ© – avant Clara, en 1834), une marche funĂšbre dĂ©pouillĂ©e d’une beautĂ© franche, immĂ©diate. Relisant, affinant encore ses chĂšres Etudes, miroir musical de ses intimes aspirations- Ă©ditĂ©es finalement en 1852, Schumann nous laisse l’une des ses partitions les plus personnelles.
Le doucereux Chopin se rĂ©vĂšle aussi dans l’écriture musicale : ses Scherzos sont d’une ĂąpretĂ© imprĂ©vue, la rĂ©vĂ©lation d’un tempĂ©rament plus passionnĂ©s et rĂ©voltĂ© qu’on l’a dit souvent. Le dĂ©sĂ©quilibre, les forces dĂ©pressives, l’attraction du lugubre et de l’anĂ©antissement sont aussi inscrits dans le terreau de la fertile pensĂ©e chopinienne. Ce rĂ©cital romantique en fait foi. MĂȘme la forme plus classique de la Sonate a sĂ©duit le Chopin tĂ©nĂ©breux et rageur : la 2Ăšme Sonate fait souffler un vent de libertĂ© oĂč l’émotion sait plier les contraintes d’un canevas strict. C’est le gĂ©nie des grands compositeurs que de rĂ©inventer toujours
 N’écoutez que le contraste qui naĂźt de la chevauchĂ©e haletante du Scherzo auquel succĂšde le gouffre lugubre de la cĂ©lĂšbre marche funĂšbre : des visions fulgurantes, pourtant d’une simplicitĂ© et d’une Ă©conomie de moyens, saisissantes. Grand rĂ©cital romantique sous la voĂ»te de l’église abbatiale de Saintes.

Illustrations : B Rana © Ralph Lauer/The Cliburn

 

 

Jeudi 17 juillet, 22h
Abbaye aux Dames
Beatrice Rana, piano
concert n°26

Frédéric Chopin
(1810-1849)
Scherzo n°3 opus 39
Sonate n°2 opus 35 en si bémol mineur
grave – doppio movimento scherzo
marche funĂšbre : lento finale : presto

Robert  Schumann
(1810-1856)
Études symphoniques opus 13

 

 

Compte rendu, récital de piano. Toulouse. Halle aux Grains, le 26 mai 2014. Récital Frédéric Chopin. Grigory Sokolov, piano

SOKOLOV grigory grigorysokolovsokolo-18h0Grigory Sokolov est bien connu des Toulousains et chaque invitation rassemble un public nombreux. Schubert et Schumann puis Bach et Ă  prĂ©sent Chopin. Chaque fois le pianiste russe fait sienne les partitions et en rend la quintessence comme personne. Si son Bach nous avait paru discutable en 2011, nous avons retrouvĂ© avec son Chopin le sublime de son concert Schubert et Schumann de 2009.  Le programme est magnifique. Chopin est en pleine maturitĂ© avec la Sonate n°3 de 1844. De construction trĂšs claire, cette partition offre tout ce que Chopin a apportĂ© techniquement au piano tout en se refusant aux excĂšs. L’Ă©motion peut ĂȘtre funĂšbre mais le tendre et l’élĂ©gant ne sont pas oubliĂ©s. La beautĂ© des phrases mĂ©lodiques est belcantiste ; les rythmes complexes s’allient Ă  des harmoniques rares allant jusqu’Ă   l’abandon des tonalitĂ©s. Sokolov aborde l’allegro maestoso dans un large tempo qui permet d’assoir un discours tout fait de profondeur. Cette maniĂšre si particuliĂšre de prendre possession du temps et de l’espace permet Ă  l’immense artiste de captiver l’attention de son public. Les phrasĂ©s sont d’une infinie variĂ©tĂ© permettant de passer par des moments de rĂ©citatif, de bel canto ou de rhĂ©torique. Les nuances sont subtilement dĂ©finies et les couleurs fusent comme dans le plus riche des arc en ciel. Mais avant tout, c’est la clartĂ© et l’Ă©vidence qui dominent cette interprĂ©tation. Peu de pĂ©dale probablement explique cette haute dĂ©finition du son, jamais flou ou brumeux. MĂȘme dans les tĂ©nĂšbres la lumiĂšre est prĂ©sente. Les derniers accords du premier mouvement sont posĂ©s avec art et la mĂ©prise commence.

Le sublime face au public

Une partie du public ressentant avec exactitude le gĂ©nie de l’interprĂšte se permet d’ applaudir ignorant l’usage qui aujourd’hui demande d’attendre la fin de la sonate pour s’oublier. Ce ne serait pas si grave si les derniĂšres vibrations de l’accord n ‘Ă©taient noyĂ©es sous ces manifestations rustiques. La concentration de l’artiste n ‘a pas semblĂ© en souffrir et c’est tant pis pour la partie du public trop sensible que ce bruit entre les mouvements, terrasse
 Le Scherzo est abordĂ© en un tempo Ă©galement retenu ; c’est la prĂ©cision de chaque note insĂ©rĂ©e dans le flux dansant enchanteur qui surprend. Tant de prĂ©cision des doigts dans une construction si franche du mouvement permet une Ă©coute d’une grande intelligence, les imbrications subtiles de Chopin sont toutes mises en valeur sans excĂšs de vitesse. C’est le troisiĂšme mouvement, largo, qui atteint un sommet d’Ă©motion. La grandeur de l’interprĂšte est face au gĂ©nie du compositeur qui offre son Ăąme au piano. Gregory Sokolov  d’une voix tonitruante dĂ©bute puis Ă  mi voix, avec une infinie dĂ©licatesse, chante comme une diva romantique avec une nostalgie dĂ©chirante. Les jeux de question-rĂ©ponses sont habitĂ©s et l’Ă©vanouissement est au bout des doigts. Toute la sensibilitĂ© artiste de Sokolov peut s’exprimer laissant le spectateur suspendu  aux reprises si merveilleuses et embellies du thĂšme principal. Le final est plein de force et d’ Ă©nergie retrouvĂ©e dans une mise en lumiĂšre  proche de l’aveuglement. Toute la technique est mise au service de cette Ă©nergie crĂ©atrice qui avance avec impĂ©tuositĂ©. Les applaudissements irrĂ©pressibles fusent avec puissance mais toujours sans respecter la finitude du dernier accord
   La deuxiĂšme partie consacrĂ©e aux plus dĂ©licates Mazurkas, elle sont toutes choisies avec art en fonction des tonalitĂ©s et des ambiances. Le public saura se faire plus discret en ce qui concerne les applaudissements, car ces piĂšces sont moins spectaculaires, mais des tĂ©lĂ©phones portables rallumĂ©s Ă  l’entracte et “oubliĂ©s” apportent leur note de vulgaritĂ© qui attaque plus ou moins les oreilles sensibles. Quel merveilleux voyage nous a proposĂ© Gregory Sokolov en ces Mazurkas sublimes !  Les dĂ©crire chacune serait indĂ©licat. Nous avons pu gouter des moments de  beautĂ©s nostalgiques et mĂȘme sombres comme fugacement heureuses. Ces piĂšces parmi les plus personnelles de Chopin trouvent en Sokolov, un interprĂšte inoubliable capable d’une dĂ©licatesse inouĂŻe. Choisies dans les opus tardifs, l’Ă©criture si maitrisĂ©e de Chopin se concentre sur l’essentiel d’un rapport Ă  la beautĂ© par et pour le piano dans une fidĂ©litĂ© absolue Ă  la terre de ses origines. Sokolov nous fait percevoir cet accord si rare et prĂ©cieux. Le monde musical dans lequel le grand musicien russe nous a entraĂźnĂ© ne pouvait s’arrĂȘter ainsi et dans une sĂ©rie de bis qui suspendent le temps, le mĂȘme monde de dĂ©licatesse et de beautĂ© nous est offert. Schubert, en Ăąme soeur avec trois Impromptus dont le si dĂ©licieux  n°3.  Ni le KlavierstĂŒck D 946 ni une autre Mazurka ne permettront au public de se sentir rassasiĂ© et d’attendre le fin du son pour applaudir frĂ©nĂ©tiquement.  C’est au sixiĂšme bis, de composition  moins sublime, que le public saura faire silence jusqu’au silence qui termine le musique. Enfin ! Le moindre gĂ©nie de Sokolov aura Ă©tĂ© sa patience et sa pĂ©dagogie. La musique s’Ă©coute jusqu’au silence qui la referme. Nul ne croise sur son chemin un gĂ©nie sans en apprendre quelque chose


Toulouse. Halle aux Grains, le 26 mai 2014. Frédéric  Chopin (1810-1849) : Sonate n°3 en si mineur, opus 58 ; 10 Mazurkas  (La mineur, opus 68 n°2, Fa majeur opus 68 n°3, Do mineur opus 30 n°1, Si mineur opus 30 n°2, Ré bémol majeur opus 30 n°3, Ut diÚse mineur opus 30 n°4, Sol majeur opus 50 n°1, La bémol majeur opus 50 n°2, Ut diÚse mineur opus 50 n°3, Fa mineur opus 68 n°4). Grigory Sokolov, piano.

CD. Chopin : 21 Nocturnes par Elizabeth Sombart, piano

CD. Chopin : 21 Nocturnes par Elizabeth Sombart, piano (2 cd RĂ©sonnance)   …    Subtile interprĂšte des chants intĂ©rieurs d’un Chopin aussi spirituel que suggestif, la pianiste Elizabeth Sombart dĂ©die ce nouvel album aux oeuvres qui certainement lui parlent le plus (avec Schubert trĂšs probablement). Pour la pianiste qui ne cesse de pratiquer son art dans le sens du partage et de la comprĂ©hension profonde, intime, personnelle de chaque Ɠuvre, Chopin serait comme un accomplissement toujours recommencĂ© grĂące Ă  l’humilitĂ© et au naturel qui transparaissent dans ce nouvel enregistrement (le “ dernier ” dit-elle en relativisant de fait l’apport d’une musique ” en boĂźte ” versus l’expĂ©rience irremplaçable de la musique vivante). Elizabeth Sombart est depuis longtemps connue et reconnue pour sa conception trĂšs originale et spĂ©cifique de la musique : l’interprĂšte se met au service des oeuvres dont elle restitue l’unitĂ© structurelle, rĂ©alisant le lien tĂ©nu qui communique aux ĂȘtres prĂ©sents autour de l’instrument : instant profond, intense, vĂ©cu en une communion dont la vibration harmonique permet d’atteindre cette paix et cette unitĂ© essentielle dont nous parle seule, la musique.

 

 

 

 

Nocturnes enchanteurs …

 

 

Sombart_chopin_21_nocturnes_cd_resonnanceLes Nocturnes sont Ă  Chopin ce que la Petite musique de nuit est Ă  Mozart, un doux murmure, le chant trĂšs personnel qui parle directement au cƓur, bouleversant en ce qu’il fait re-surgir des souvenirs depuis l’enfance. Une musique qui nous rĂ©vĂšle Ă  nous mĂȘmes, rĂ©conciliant ainsi passĂ©, prĂ©sent, futur, comme chaque partition ainsi ressuscitĂ©e dĂ©voile le propre cheminement spirituel et intime de Chopin, depuis le premier Nocturne, Ă©crit Ă  17 ans (n°20) avant de quitter sa Pologne natal, jusqu’aux piĂšces de l’Ăąge mĂ»r liĂ©es Ă  sa relation avec Sand …
De tous les Nocturnes composĂ©s, Chopin en Ă©crit 7 Ă  Nohant, entre 1839 et 1846, pendant l’Ă©tĂ© aux cĂŽtĂ©s de son amie amante infirmiĂšre mĂšre, dans l’Ă©crin prĂ©servĂ© de sa propriĂ©tĂ© toute entiĂšre dĂ©volue Ă  l’art et Ă  la correspondance des disciplines : musique Ă©videmment, mais aussi littĂ©rature et poĂ©sie, peinture et arts plastiques …

FidĂšle Ă  l’Ă©thique musicale dĂ©fendue par Elizabeth Sombart, chacun des 21 Nocturnes ici rĂ©unis, rĂ©alise comme une guĂ©rison intĂ©rieure et profonde qui ne cesse de soigner, bercer, apaiser… D’oĂč l’activitĂ© de la musicienne si engagĂ©e auprĂšs de tout ceux pour lesquels la musique est un baume pour le corps, l’Ăąme, l’esprit.
Dans cette Ă©coute privilĂ©giĂ©e des chants multiples (polyphoniques) que chante la main gauche, d’une admirable et trĂšs Ă©loquente fluiditĂ©, la pianiste sait caresser les arabesques mĂ©lodiques de la main droite ; elle en rĂ©vĂšle les bĂ©nĂ©fices sonores, cet apport hautement spirituel et salvateur qui rĂ©tablit l’harmonie et la sĂ©rĂ©nitĂ© pour ceux auxquels sa dĂ©marche pĂ©dagogique (phĂ©nomĂ©nologie du geste et du son) fait sens.

D’une façon plus poĂ©tique et esthĂ©tique, une telle approche accuse la langueur bellinienne et crĂ©pusculaire de chaque opus ; c’est une immersion sincĂšre et simple, donc Ă©minemment accessible, vers cette extase sonore, Ă  la fois libĂ©ration, plĂ©nitude, rĂ©vĂ©lation que les proches de Sand Ă  Nohant frappĂ©s par le jeu enchanteur de Chopin soi-mĂȘme, appelaient ” note bleue “. Enchantement, aspiration, Ă©lĂ©vation… tout ici rĂ©conforte et hypnotise sous les doigts d’une musicienne trĂšs inspirĂ©e.

Frédéric Chopin (1810-1849) : 21 Nocturnes, intégrale des Nocturnes. Elizabeth Sombart, piano (Fazioli). Enregistrement réalisé en 2012. 2 cd

 

 

En 2013, Elizabeth Sombart joue en concert les Nocturnes de Chopin tout en Ă©voquant la vie du compositeur. ” La vie de Chopin Ă  travers ses Nocturnes “, avec Jean-Marc Aymon, historien de la musique. Prochain concert dimanche 17 novembre 2013, 17h30. Paris Salle Cortot.

 

Tarifs :‹ Normal : 25€ – ‹Moins de 25 ans : 16€
Nouvel Album :‹ 21 Nocturnes de Chopin
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RĂ©servations :
TĂ©l. : 06 12 34 32 60
www.autourdupiano.com
Fnac, Virgin, Galeries Lafayette, réseau Ticketnet

 

Elisabeth Sombart, piano

SOMBART_NB_260_clavier_elisabeth_sombartElisabeth Sombart, piano. Nocturnes de Chopin. Paris, salle Cortot, le 17 novembre 2013, 17h30.  Elisabeth Sombart est une pianiste d’exception qui recherche et exprime le sens profond de la musique. L’interprĂšte dĂ©veloppe depuis plusieurs annĂ©es une affinitĂ© privilĂ©giĂ©e avec les mondes sonores de FrĂ©dĂ©ric Chopin dont elle a enregistrĂ© l’intĂ©grale des oeuvres pour piano seul. Le travail de la pianiste rĂ©alise aussi un approfondissement personnel des oeuvres choisies ; pour Elisabeth Sombart, la musique est une formidable porte d’entrĂ©e pour l’accomplissement que chacun ambitionne d’atteindre, de vivre, de partager… un accord magique entre l’Ăąme et le corps. Au sein de sa fondation Ă©tablie en Suisse, RĂ©sonnance, la pianiste dĂ©veloppe un cycle de concerts gratuits afin que la musique classique touche ceux qui en ont le plus besoin, dans les hĂŽpitaux, les maisons de retraites, les prisons… Elisabeth Sombart est aussi une pĂ©dagogue recherchĂ©e, soucieuse de partager sa propre conception de l’enseignement fondĂ©e sur la phĂ©nomĂ©nologie du son et du geste, une approche originale et formatrice qui est la synthĂšse de sa formation auprĂšs de deux maĂźtres, Sergiu Celibidache et Hilde Langer-RĂŒhl.

A Paris, salle Cortot, le 17 novembre 2013, Elisabeth Sombart donne un rĂ©cital Chopin choisissant ses Nocturnes pour Ă©clairer la vie du compositeur romantique et partager l’immense bonheur que ses partitions procurent.

 

 

la quĂȘte de l’invisible …

 

chopin_arte_200-ans_soiree_speciale_television_arte-Frederic_ChopinA contrario de la virtuositĂ© pyrotechnique et spectaculaire de son contemporain Liszt, FrĂ©dĂ©ric Chopin cultive les mondes intĂ©rieurs, la quĂȘte d’une vĂ©ritĂ© enfouie qui plonge dans le monde de l’enfance, du souvenir, de la suprĂȘme nostalgie. Polonais expatriĂ©, Chopin a la mĂ©lancolie de sa terre natale, une intensitĂ© rĂ©troactive qui embrase sa langueur suggestive. Il souhaitait se fixer en Angleterre, c’est Ă  Paris qu’il s’installe ; Chopin y dĂ©couvre le bel canto Ă©thĂ©rĂ©, suspendu et crĂ©pusculaire comme lui d’un Bellini. Si l’homme reste Ă©nigmatique, son Ɠuvre seule parle pour sa fascinante complexitĂ© oĂč tout a Ă©tĂ© conçu pour le piano.

Peu de concerts publics, surtout des rĂ©citals confidentiels donnĂ©s pour des proches et des amis, Chopin favorise le repli, l’intimitĂ©, le murmure. Et s’il aima la voix, seuls comptĂšrent les divines cantatrices Ă©vanescentes belliniennes (incarnĂ©es par Pasta ou Malibran), et surtout Adolphe Nourrit, OrphĂ©e romantique, – crĂ©ateur du Comte Ory, Arnold, Robert le Diable, Raoul et ÉlĂ©azar-, immense chanteur qui s’associa Ă  Paris avec FrĂ©dĂ©ric pour rĂ©vĂ©ler aux parisiens, les mondes inaccessibles de Schubert grĂące Ă  ses lieder. Mais de tous les chants incarnĂ©s, c’est celui de La Sonnambula (La Somnambule) de Vincenzo Bellini qui inspire profondĂ©ment et fraternellement ses Nocturnes.
Le rĂ©cital d’Elisabeth Sombart propose un voyage intĂ©rieur Ă  travers les Nocturnes de Chopin.  Programme Ă©vĂ©nement.

Elisabeth Sombart, piano
RĂ©cital La vie de Chopin
Ă  travers ses NocturnesDimanche 17 novembre 2013, 17h30
Paris, salle Cortot
78, rue Cardinet 75017 ParisRĂ©servations, informations :
06 12 34 32 60
www.autourdupiano.fr

Prix des places
Tarif normal : 25 €
Tarif rĂ©duit (- 25 ans) : 16 €
Frais de rĂ©servation : 1 € par place
Téléphone : + 33 (0)1 43 71 60 71

CD. Chopin. Knut Jacques (2011,Paraty)

CD. Chopin par Knut Jacques, Pleyel 1834 & 1848 (1 cd Paraty)

Le pianiste Knut Jacques joue Chopin sur instruments d’Ă©poque dans le salon Pleyel de la rue Cadet… Ă  la vĂ©ritĂ© historique se joint la finesse allusive de l’interprĂ©tation… cd Ă©vĂ©nement
cd événement

Enigmatique, intérieur: un Chopin révélé

Carter Chris Humphray – mercredi 3 octobre 2012
chopin_knut_jacques_cd_paraty_cd_pleyelLabel des dĂ©marches exigeantes sur instruments d’Ă©poque (entre autres), Paraty (dirigĂ© par le chef et claveciniste Bruno Procopio) marque un grand coup avec ce disque choc dont l’attrait spĂ©cifique rĂ©vise totalement notre connaissance du monde sonore de Chopin; en un jeu nuancĂ© et intĂ©rieur, le pianiste Knut Jacques restitue ce rapport tĂ©nu entre pianiste,clavier,public; jamais la rĂ©sonance et la couleur n’ont paru plus ciselĂ©es; jamais lecture n’a semblĂ© mieux rĂ©ussir le pari dĂ©licat et souvent suicidaire du jeu sur piano historique. Il en sort un Chopin totalement inĂ©dit, surprenant, d’une infinie et presque Ă©trange (Ă©trangĂšre) sensibilitĂ©; l’expatriĂ©, en transit en France, trouve ici dans un jeu particuliĂšrement Ă©vocatoire, une terre vierge et riche, un paradis de sensations et de sentiments prĂ©servĂ©s, … un eden proustien qui rĂ©galera les mĂ©lomanes, dĂ©jĂ  conquis par Chopin. Disque Ă©vĂ©nement. La Ballade en sol mineur opus 23 porte la richesse et le trouble d’un imaginaire vacillant Ă  la croisĂ©e des expĂ©riences: Chopin commence la composition de cette piĂšce maĂźtresse Ă  Vienne, la termine Ă  Paris (1835); entre temps le Pologne s’est soulevĂ©e contre les Russes et l’auteur sait qu’il ne reverra jamais plus sa patrie: histoire d’un dĂ©racinement, chant d’une nostalgie ineffable, Knut Jacques rĂ©ussit Ă  exprimer les vacillements opposĂ©s d’une partition admirĂ©e par Schumann et Liszt: flux et reflux, eros et thanatos, dĂ©sir et mort tout Ă  la fois. Les mondes intĂ©rieures de Chopin surgissent en un vertige trĂšs subtilement maĂźtrisĂ©.

Le chant d’un Chopin fraternel

MĂȘme lecture tout en envoĂ»tements mesurĂ©s pour le Nocturne en si bĂ©mol mineur (dĂ©diĂ© Ă  Marie Pleyel, Ă©pouse de Camille): mystĂšre d’une intĂ©rioritĂ© secrĂšte dont la contradiction essentielle est certainement de s’adresser Ă  l’autre sans jamais sacrifier les moindres replis et joyaux indicibles d’une identitĂ© prĂ©servĂ©e… le balancement se fait mĂȘme douce hypnose et langueur atemporelle qui est un vrai dĂ©fi Ă  toute idĂ©e de narration, de temporalitĂ©, de dramaturgie; nous sommes bercĂ©s dans un monde flottant, au coeur d’un climat personnel, au centre de la sensation la plus cachĂ©e. Knut Jacques fait surgir de l’instrument une voix d’enfance et d’innocence perdue, ce miracle musical qui se rĂ©alise au revers  et Ă  rebours du temps, un instant de grĂące qui fait toute la rĂ©ussite de ce programme enchantĂ©/enchanteur.

Le choix de l’instrument et l’approche toute en pudeur du pianiste ne cessent de convaincre. Saluons l’initiative du label Paraty, toujours soucieux de la sonoritĂ©, de l’organologie: les instruments d’Ă©poque sont ici l’indice d’une ligne artistique qui recherche le sens cachĂ© des oeuvres. AprĂšs le Mendelssohn de Cyril HuvĂ© (couronnĂ© par une Victoire de la musique classique), ce Chopin par Knut Jacques sur instruments historiques s’impose par la mĂȘme rigueur musicale, un engagement Ă©gal. Au scrupule du son, de la mĂ©canique (si prĂ©sente dans l’esthĂ©tique de ce disque exemplaire), les producteurs ajoutent aussi la couleur du lieu et la recherche de la mise en espace car l’enregistrement a eu lieu dans le salon Pleyel, premiĂšre salle de concert situĂ© Ă  l’Ă©tage des premiers ateliers parisiens, dans l’actuel HĂŽtel Cromot du Bourg, (9 rue Cadet)… C’est lĂ  que le jeune Chopin, protĂ©gĂ© de l’incontournable et suffisant Kalkbrenner, rencontre Camille Pleyel en novembre 1831. TrĂšs impressionnĂ© par le public, et comme “asphyxiĂ© par l’haleine de la foule” (il y a Ă©videmment cette hypersensibilitĂ© palpable dans le jeu du pianiste), le jeune Chopin joue dans le salon Pleyel de la rue Cadet, le 26 fĂ©vrier 1832.

Hypnose musicale

Superbe jaillissement Ă©perdu d’un si prodigieuse franchise dans le Grave – Dopppio movimento, entrĂ©e en matiĂšre de la Sonate n°2: le Pleyel 1843 restitue le volume, les justes proportions et les couleurs d’origine avec une sensibilitĂ© magistrale. Accusant par ses aspĂ©ritĂ©s magiciennes, ce balancement perpĂ©tuel du contraint et de la dĂ©tente, de la tension et du rĂȘve oĂč se dĂ©voile comme jamais un Chopin secret et pluriel. Sommet de la Sonate et coeur palpitant du cd, la marche funĂšbre saisit par ce glas martelĂ© avec un abandon digital lĂ  encore somptueusement Ă©vocatoire. L’expression, la nuance, la richesse sont au coeur de l’Ă©criture de Chopin; ses contrastes aussi, que l’approche de Knut Jacques sert avec un feu passionnĂ© d’un tact absolu. En quĂȘte d’une magie sonore que George Sand a pĂ» Ă©voquer (la note bleue), le pianiste trouve d’aussi justes accents dans le trio central qui par sa pudeur murmurĂ©e fait couler les larmes. Quelle magie et quelle ivresse !

AprĂšs Cyril HuvĂ© dĂ©voilant Mendelssohn, et Ivan Ilic dĂ©fenseur d’un Godowsky oubliĂ©, ce Chopin par Knut Jacques prolonge le chemin parcouru par le jeune label français: il couronne aussi une ligne artistique d’une exceptionnelle finesse musicale. Ecouter ce Chopin sur deux instruments historiques reste la plus belle expĂ©rience discographique jamais vĂ©cue. On y retrouve comme une rĂ©vĂ©lation qui s’adresse Ă  l’intimitĂ© du coeur, ce Chopin confidentiel et fraternel, l’antithĂšse du Liszt rayonnant et mondain. Sublime rĂ©cital.

chopin_knut_jacques_cd_paraty_cd_pleyelChopin: Nocturnes, Sonate n°2, Ballades. Knut Jacques, piano (Pleyel 1843, pianino 1834). Enregistrement réalisé 9 rue Cadet à Paris dans le salon Pleyel historique, en 2011. Voir le reportage vidéo Knut Jacques joue Chopin dans le salon Pleyel de la rue Cadet à Paris. 1 cd Paraty 112110. Durée: 1h04mn. Sortie annoncée: le 10 octobre 2012.

vidéos
Chopin chez Pleyel (1)
Chopin chez Pleyel… En octobre 2009, le pianiste et pianofortiste Knut Jacques enregistre pour le label Paraty, plusieurs piĂšces de FrĂ©dĂ©ric Chopin. L’enregistrement est rĂ©alisĂ© dans le salon Pleyel Ă  Paris, rue Cadet, oĂč Chopin donna le 26  fĂ©vrier 1832, son premier rĂ©cital public. Le pianiste joue un piano Pleyel 1843 et un pianino de 1834. Reportage spĂ©cial (1/3)sommaire des vidĂ©os
“CHOPIN CHEZ PLEYEL

Chopin chez Pleyel… En octobre 2009, le pianiste et pianofortiste Knut Jacques enregistre pour le label Paraty, plusieurs piĂšces de FrĂ©dĂ©ric Chopin (1/3)

Chopin chez Pleyel… En octobre 2009, le pianiste et pianofortiste Knut Jacques enregistre pour le label Paraty, plusieurs piĂšces de FrĂ©dĂ©ric Chopin (2/3)

Chopin chez Pleyel…  Reportage spĂ©cial (3/3). Entretiens avec Knut Jacques, Bruno Procopio, AdelaĂŻde de Place… PrĂ©sentation des instruments, des conditions de l’enregistrement, du salon Pleyel, au 9 rue Cadet Ă  Paris… (3/3)