ANNA NETREBKO chante TOSCA depuis La Scala

Netrebko-Anna-diva-tosca-scala-de-milano-annonce-critique-opera-classiquenewsARTE, direct. Sam 7 dĂ©c 2019 : TOSCA. Netrebko, 20h50. Pas vraiment en direct, mais en très lĂ©ger diffĂ©rĂ© sur Arte et Arte Concert, la production Ă©vĂ©nement qui ouvre la nouvelle saison de la Scala de Milan 2019 – 2020. Tosca crĂ©Ă© en 1900, l’opĂ©ra de Puccini est un chef d’œuvre lyrique dans le genre vĂ©riste, pourtant ancrĂ© dans la rĂ©alitĂ© de la Rome monarchiste qui voit d’un mauvais Ĺ“il l’avancĂ©e des idĂ©aux libertaires et rĂ©publicaines de Bonaparte. Au devant de la scène, la peintre Cavaradossi bonapartiste convaincu aime et est aimĂ© passionnĂ©ment par la jalouse cantatrice Floria Tosca, la très pieuse et la très amoureuse… Entre eux se dresse l’infâme prĂ©fet de Rome, le baron Scarpia dans les rĂŞts duquel les deux amants magnifiques seront broyĂ©s. D’un cĂ´tĂ© la haine jalouse qui manipule et torture ; de l’autre, la force amoureuse qui cependant s’écroule face au souffle de l’histoire et du cynisme (qu’incarne l’infect Scarpia : mĂŞme mort, son fantĂ´me poursuit encore Tosca qui se suicide par rage et par impuissance aussi). La rĂ©alitĂ© des lieux a inspirĂ© nombre de rĂ©alisateurs et metteurs en scène : trois lieux très identifiĂ©s. D’abord San Andrea della Valle ; puis le bureau de Scarpia au Palazzo Farnase ; enfin, le château Saint-Ange, prison de la ville dont la terrasse sera le tremplin d’oĂą se jette Tosca.

Verismo : le nouvel album choc d'Anna NetrebkoPour la soprano austrio-russe, Anna Netrebko, diva hyperféminine, aux récents emplois verdiens (Leonora, Lady Macbeth…), après sa Iolanta de braise et de volupté tendre (Tchaikovsky) voici une nouvelle prise de rôle qui marque la bascule de sa voix, de soprano lyrique ) grad soprano dramatique… vers Turandot ? Comme elle l’a tenté dans un cd désormais légendaire. A suivre de près. De toute évidence, le caractère ardent, jaloux, inquiet au I ; le tempérament entier, vengeur et finalement criminel au II ; puis son dernier souffle au III, sans omettre la fameuse « prière » où elle implore Marie de venir à son aide… sont autant de jalons d’un rôle écrasant qui devrait révéler de nouvelles couleurs et des nuances veloutées à inscrire au crédit de l’une des voix les plus enivrantes actuellement.

 

 

 

Présentation par Arte :
arte_logo_2013« Si à sa création à Rome, en 1900, Tosca a reçu un accueil mitigé, l’œuvre est aujourd’hui considérée comme l’un des opéras les plus célèbres du monde. En Tosca, Anna Netrebko retrouve l’écrin de la Scala, où elle a déjà brillé en 2017 dans Andrea Chénier. Après Aïda de Verdi à Salzbourg, la diva partage de nouveau la scène avec le ténor Francesco Meli et avec le baryton Luca Salsi, son partenaire dans Le trouvère du même Verdi, aux Arènes de Vérone (2019). »

 

 

 

PUCCINI : Tosca en direct de La Scala de Milan – ARTE, sam 7 dĂ©cembre 2019, 20h50
Opéra en trois actes de Giacomo Puccini (Allemagne, 2019, 2h)
Livret : Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, d’après la pièce de Victorien Sardou
Mise en scène : Davide Livermore
Direction musicale : Riccardo Chailly
Avec : Anna Netrebko (Floria Tosca), Francesco Meli (Mario Cavaradossi), Luca Salsi (le baron Scarpia), Vladimir Sazdovski (Angelotti), l’Orchestre et le Chœur du Théâtre de la Scala
Réalisation : Patrizia Carmine – Coproduction : ARTE/ZDF, RAI, Teatro alla Scala
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Et aussi : JournĂ©e spĂ©ciale Italie sur ARTE le 7 dĂ©cembre de 9h45 Ă  23h50
 : la chaĂ®ne “culturelle”, mais de moins en moins musique classique…-,  part Ă  la dĂ©couverte des merveilles de l’Italie, des spĂ©cialitĂ©s gourmandes de son terroir aux trĂ©sors culturels florentins.
 

 

 

PLUS D’INFOS sur le site de LA SCALA de MILAN

http://www.teatroallascala.org/en/season/2019-2020/opera/tosca-under30-preview.html

 

 

 

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DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly (Chailly – Hermanis, dĂ©c 2016 – 1 dvd DECCA).

puccini butterfly hermanis chailly scala dec 2016 critique review dvd critique dvd opera par classiquenews 0044007439821DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly (Chailly – Hermanis, dĂ©c 2016 – 1 dvd DECCA). DĂ©cembre 2016 sur la scène scaligène (de la Scala Ă  Milan), le nouveau directeur musical poursuit son intĂ©grale Puccini, avec Butterfly, après La Fanciulla del West… Choisir la version originale critique de 1904 (crĂ©ation de l’œuvre) est un argument prometteur. Evidemment Chailly fait du Chalilly : direction engagĂ©e, ardente, hautement dramatique, mais peu dĂ©monstrative et boursouflĂ©e : une qualitĂ© chez le compositeur. Les dĂ©tails, la couleur scintillent d’une façon cinĂ©matographique, mĂŞme si du coup, livret oriignal oblige, certaines scènes ont perdu la force et l’efficacitĂ© expressive de ce qui a Ă©tĂ© affinĂ© par la suite. Le profil de la geisha y semble moins subtil, parfois caricatural, Ă  la manière d’une carte postale ou d’une schĂ©matisation creuse, un rien artificielle. La musique est juste mais perd en souffle. En partie Ă  cause de rĂ©citatifs trop dĂ©veloppĂ©s qui ralentissent l’action, et affadissent la caractĂ©risation des protagonistes. Le couple Butterfly / Pinkerton (Siri / Hymel) reste engagĂ©, mais vocalement limitĂ©, et Ă©motionnellement trop lisse et rĂ©pĂ©titif. Ce qui nuit Ă  la vraisemblance de l’histoire… un rien minaudante et anecdotique dans sa version originelle ainsi dĂ©voilĂ©e. Alvarez se distingue en Sharpless ; mĂŞme adhĂ©sion au Goro, impeccable de Carlo Bosi ; et l’on regrette d’autant plus, le format rĂ©duit d’Annalisa Stroppa qui manque sa partie en Suzuki : double, confidente, mère trop faible et presque timorĂ©e aux cĂ´tĂ©s de sa protĂ©gĂ©e Cio-Cio-San.

Il est vrai que visuellement et dramatiquement, la mise en scène d’Hermanis manque elle aussi de cohérence comme de clarté. Les thèmes que dénoncent Puccini : l’esclavage sexuel institutionalisé, la manipulation d’une fillette trop naïve, l’hypocrisie de la présence occidentale en Orient… tout cela est totalement écarté en une succession de tableaux sans profondeur mais bavards et décorativement (trop) aguicheurs. Production insatisfaisante, surtout pour la Scala.

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DVD, critique. PUCCINI : Madama Butterfly (Chailly – Hermanis, dĂ©c 2016) – 1 dvd DECCA.

Cio-Cio San : Maria José Siri
Suzuki : Annalisa Stroppa
Kate Pinkerton: Nicole Brandolino
Pinkerton : Bryan Hymel
Sharpless : Carlos Alvarez
Goro : Carlo Bosi
Il Bonzo : Abramo Rosalen
Il Principe Yamadori : Costantino Finucci
Il Commissario Imperiale : Gabriele Sagona

Orchestre et Chœurs du Teatro alla Scala
Riccardo Chailly, direction

Milan, Teatro alla Scala, tournage réalisé en décembre 2016
Mise en scène : Alvis Hermanis
Scénographie : Alvis Hermanis et Leila Fteita
Dramaturgie : Olivier Lexa

Compte rendu, opéra. Milan, Scala, le 28 mai 2016. Puccini : La fanciulla del West. Barbara Haveman / Chailly, Carsen…

Le public a été bien inspiré d’assister à la dernière de ce rare opus de Puccini le soir de la finale de la Champions League, seul moyen d’éviter les hordes de supporters madrilènes qui avaient envahi la ville. Si l’œuvre n’est pas la plus populaire du compositeur de Torre del Lago, malgré la célèbre scène de partie de poker du second acte, le spectacle était de haute tenue et méritait largement le détour. On est loin en effet des séductions mélodiques qui caractérisent les précédents opéras (Tosca, Butterfly) ou ceux qui le suivent (Il Trittico, Turandot). La fanciulla del West, qui fut donné la première fois au Metropolitan de New-York en 1910, puis à la Scala deux ans après, oppose un traitement vocal d’une grande âpreté à une opulence orchestrale d’un suprême raffinement (voir par exemple la superbe scène du baiser du second acte), qui en fait une sorte d’ovni lyrique dans la production de Puccini. On a l’impression que c’est le texte qui ponctue la musique, et non pas la musique qui accompagne la dramaturgie du texte. L’œuvre oscille entre western, théâtre et music-hall, et le livret de Civinini et Zangarini s’inspire d’une précédente pièce de David Belasco, The Girl of the Golden West. Le retour de ce western opératique était très attendu, plus de vingt ans après la dernière production donnée à la Scala (en 1995, dirigée par Sinopoli). Robert Carsen s’est justement inspiré de cette triple influence pour offrir une lecture sans surprise, mais respectueuse de l’esprit de l’œuvre et surtout dramatiquement efficace.

 

 

 

Minie n’est pas Mimi !

 

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Dès le lever de rideau, le chœur des mineurs assiste à la fin de la projection de My Darling Clementine ; puis, aussitôt après, on est plongé dans le saloon « Polka », dominé sur le fond par une sorte de plateau d’où apparaîtra Minnie, tenancière de l’établissement. Figure féminine attachante, forte, très éloignée des héroïnes évanescentes des autres partitions du maître, elle ne se laisse pas abuser par le shérif qui la convoite. Le dialogue entre Minnie et Dick, son amant, se déroule dans un espace qui continue à jouer de cette multiple influence artistique : les fines bandes noires qui défilent devant nos yeux nous donnent l’impression d’assister une nouvelle fois à la projection d’un vieux film. Carsen transfigure habilement les effets dramatiques que suggère un chromatisme binaire, en noir et blanc, à travers un jeu subtil sur les projections d’ombre (l’apparition du shérif et de ses sbires) qui rappellent cette fois le cinéma d’un Fritz Lang (impression renforcée par les gouttes de sang de Dick qui s’étalent exagérément le long des parois en bois de la maison, transformant pour quelques instants le western en film d’horreur), ou encore l’étirement des lignes de fuite (la maison de Minnie du second acte qui rappelle une grotte aux proportions expressionnistes), tandis qu’au troisième acte, la présence de rideaux permet de nouveau la projection de bouts de films en noir et blanc, avant de voir dans la scène conclusive les mineurs faire la queue devant le théâtre Apollon où est donné cette fois-ci la version cinématographique de The Girl of the Golden West.

 

Robert CarsenLa lisibilité de la mise en scène, magnifiée par les très beaux costumes de Petra Reinhardt et les lumières de Carsen et Peter van Praet, trouve un bel écho dans la direction inspirée de Riccardo Chailly, décidément interprète hors pair de Puccini, et dans le chœur parfait de la Scala, admirable d’élocution (dirigé par Bruno Casoni). Le raffinement orchestral est ici rendu dans les moindres détails, toujours dans une optique d’optimisation dramatique qui rappelle combien Puccini est avant tout un formidable compositeur pour le théâtre, même lorsque les voix semblent moins à leur avantage et que le livret est, comme ici, à la limite de l’indigence. La distribution réunie pour cette occasion n’est hélas pas à la hauteur et ne risque pas de faire oublier la mythique production de Gavazzeni de 1965 in loco, avec le non moins mythique Franco Corelli. Si le ténor qui défend Dick Johnson, Roberto Aronica est loin de démériter (c’est d’ailleurs parmi tous, celui qui tire le mieux son épingle du jeu), révélant même une voix puissante et solidement charpentée, le rôle-titre tenu par Barbara Haveman déçoit par son manque de charisme et une projection chaotique, tandis que Claudio Sgura (Jack Rance) pèche par un timbre engoncé, sans clarté. Les autres interprètes, cependant, sont tous d’une grande probité (en particulier la basse Romano Dal Zovo ou le baryton Jake Wallace, qui nous a gratifié d’une très belle romance au début du premier acte). Les faiblesses du livret et les inégalités de la distribution n’auront à la fin guère suffi à entamer le plaisir de la redécouverte de ce western lyrique décidément bien trop rare.

 
 
 
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Illustrations : © M Brescia, R. Amisano / Scala de Milan 2016