Cecilia Bartoli & Friends : un portrait de la diva romaine

bartoli-mezzo-soprano-critique-opera-concert-annonce-classiquenews-Cecilia-Bartoli-AlcinaARTE. Dim 3 mars 2019. 23h40. Cecilia Bartoli. BARTOLI & Friends. NĂ© Ă  Rome le 4 juin 1966, la quinqua Bartoli peut ĂȘtre fiĂšre de sa carriĂšre, marquĂ©e par la jeunesse virtuose et dĂ©fricheuse, passionnĂ©e par le Baroque et muse de l’opĂ©ra romantique italien. Elle a dĂ©montrĂ© l’étendue de ses talents : du XVIIĂš montĂ©verdien, au opĂ©ras belliniens et rossiniens, dĂ©voilant un bel canto, articulĂ©, habitĂ©, aussi captivant que celui de La CALLAS
 c’est dire. On n’oubliera pas non plus son incursion chez Berlioz, Ă©gĂ©rie, ambassadrice du dĂ©sir berliozien, celui suscitĂ© par la vĂ©nĂ©ration pour la jeune actrice Hariett Smithson (qui deviendra son Ă©pouse) et qui lui transmet le virus de Shakespeare. MĂ»re, riche d’une expĂ©rience passionnante qui s’est Ă©crite en jalons discographique surtout Ă©ditĂ© par Decca, la mezzo coloratoure ne cesse d’étendre encore les champs de ses explorations : un rĂ©cent Vivaldi acte II, a confirmĂ© son sens de la sculpture du mot

Le seul documentaire qui lui avait jusque-lĂ  Ă©tĂ© consacrĂ© date Ă©trangement de vingt-six ans, alors que la jeune mezzo-soprano colorature dĂ©butait Ă  peine sa prodigieuse carriĂšre. Un quart de siĂšcle plus tard, ce film, tournĂ© Ă  l’aube de ses 50 ans, retrace son extraordinaire parcours. Le rĂ©alisateur Fabio De Luca a suivi l’incandescente cantatrice italienne, nĂ©e Ă  Rome en 1966, dans tous les thĂ©Ăątres d’Europe oĂč elle se produisait, sur scĂšne comme dans les coulisses. Dans ce portrait intime, l’artiste, interprĂšte majeure de Rossini, Vivaldi et Mozart, ses compositeurs fĂ©tiches, mais aussi inlassable exploratrice musicale, se livre en Ă©voquant les Ă©tapes et les rencontres qui ont marquĂ© sa vie. Un hommage Ă  l’une des plus grandes divas actuelles, nourri aussi des tĂ©moignages des musiciens qui l’ont accompagnĂ©e, de Daniel Barenboim Ă  Gustavo Dudamel en passant par Antonio Pappano, Martha Argerich ou encore Philippe Jaroussky. Cecilia Bartoli comme on ne l’a encore jamais entendue


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ARTE. Bartoli & Friends, Dim 3 mars 2019. 23h40. Cecilia Bartoli. BARTOLI & Friends – Documentaire de Fabio De Luca (France/Suisse, 2018, 54mn)

SALZBOURG, Festival de PentecĂŽte 2019 : 7-10 juin 2019. Voci celesti

salzburg salzbourg logo 2016 0104_festspiele_023SALZBOURG, Festival de PentecĂŽte 2019 : 7-10 juin 2019. Voci celesti – heavenly voices / Voix cĂ©lestes, avec ce titre gĂ©nĂ©rique, le Festival de PentecĂŽte de Salzbourg poursuit sa collaboration avec la mezzo Cecilia Bartoli, une pause de musique baroque dans la citĂ© de Wolfgang et qui occupe l’affiche de Salzbourg le 2Ăšme week end de juin, soit du jeudi 7 au dimanche 10 juin 2019. Dans son album dĂ©diĂ©, intitulĂ© Sacrificium (octobre 2009, LIRE ici notre crtiique du cd Sacrificium / http://www.classiquenews.com/cecilia-bartoli-sacrificium2-cd-decca/.

sacrificium cecilia bartoli cd critique annonce classiquenews dossier castrats par cecilia bartoli salzbourg pentecote 2018 withsun 2019Cecilia Bartoli y rendait il y a 10 ans dĂ©jĂ  un hommage appuyĂ© aux victimes de la castration, les divos, castrats adulĂ©s, fruit de l’école napolitaine au XVIIIĂš, et dont le chant lĂ©gendaire, Ă  en croire tous les tĂ©moignages et les rĂ©cits d’époque, Ă©tait digne de louanges. Leur gloire se poursuit encore aujourd’hui, et nombre de divas fĂ©minines donc (mezzo, altos : Cecilia Bartoli, Vivica Genaux, Ann Hallenberg aujourd’hui) ou les contre tĂ©nors actuels dont les Fagioli, Cencic, et le plus rĂ©cemment adulĂ© Jakob Orlinski
) tentent d’égaler l’agilitĂ©, la musicalitĂ©, la puissance. Ils avaient comme nom Ă  l’époque de Haendel et de Porpora : Giacomelli, Caffarelli, surtout Farinelli, Senesino
 mais aussi Porporino, Carestini, Balatri
 Leur fabuleuse virtuositĂ©, le trouble de ses voix aigues dans des corps virils, le decorum qui encadre chaque prestation
 continuent encore de fasciner et inspirent toujours les chanteurs contemporains.

 

 

 

Salzbourg : Cavalleria Rusticana pour le festival de PĂąques

 

 

 

Parmi les temps forts de cette nouvelle Ă©dition Ă  Salzbourg, l’opĂ©ra de Haendel, ALCINA les 7 et 9 juin 2019 (avec Cecilia Bartoli dans le rĂŽle-titre ; Sandrine Piau en Morgana
 Les Musiciens du Prince / Gianluca Capuano, direction), suite logique des deux productions lyriques prĂ©cĂ©demment prĂ©sentĂ©es in loco, sorte de fil rouge de la programmation (Giulio Cesare in Egitto et Ariodante) ; Polifemo de Nicolo Porpora (Cencic, Petrou : le 8), La Morte d’Abele du vĂ©nitien Caldara (Julie Fuchs, Christophe Dumaux, Lea Desandre, Nuria Rial, Il canto di Orfeo, Bachchor Salzburg /GL Capuano, direction : le 9), Stabat Mater de Pergolesi avec C Bartoli, Franco Fagioli, le 10 juin, 11h)
 etc…

 

 

 

 

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VOIR toute la programmation du Festival de Pentecîte de Salzbourg, sur le site du Festival de Salzbourg / Salzburg Whitsun Festival : 7 – 10 June 2019

https://www.salzburgerfestspiele.at/en/tickets/calendar?season=6

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sacrificium cecilia bartoli cd critique annonce classiquenews dossier castrats par cecilia bartoli salzbourg pentecote 2018 withsun 2019CD critique. Cecilia Bartoli: Sacrificium (2 cd DECCA, 2009). En un double album particuliĂšrement soignĂ© sur le plan Ă©ditorial, les enregistrements rĂ©alisĂ©s en fĂ©vrier et mars 2009 en Espagne Ă  Valladolid Ă©clairent en particulier l’acrobatie vocale coloratura de l’écriture de Nicola Porpora (1686-1768), maĂźtre essentiel de la musique pour castrats au XVIIIĂš siĂšcle. Ambassadrice de choc et de charme pour la cause des castrĂ©s devenus chanteurs, Cecilia Bartoli ajoute les maniĂšres d’autres compositeurs dont les opĂ©ras sĂ©rias mettaient en scĂšne les divins “musici” dans des airs de virtuositĂ© dramatique, taillĂ©s pour leur divin gosier
 ainsi 2 airs de Carl Heinrich Graun (circa 1703-1759), extraits de ses ouvrages Demofoonte et Adriano in Siria (1746) qui touchent par leur tendresse digne et blessĂ©e; mais aussi paraissent Leonardo Leo (1694-1744), Leonardo Vinci (circa 1696-1730), Francesco Araia (1709-1770)
 soit 11 airs enflammĂ©s entre tendresse hallucinĂ©e et rage expressionniste, atteignant des cimes vocales vertigineuses. LIRE notre critique complĂšte du cd de Ceclia Bartoli / SACRIFICIUM (Decca, 2009)

 

CD événement, critique. CECILIA BARTOLI / VIVALDI II (Decca)

bartoli-cecilia-cd-vivaldi-II-decca-concert-anniersary-30-decca-cecilia-bartoli-critique-cd-cd-reviewCD Ă©vĂ©nement, critique. CECILIA BARTOLI / VIVALDI II (Decca). 20 ans aprĂšs son premier album, lĂ©gendaire, historique, dĂ©diĂ© Ă  la furiĂ  du Pretre Rosso, Antonio Vivaldi le VĂ©nitien (maĂźtre de choeur Ă  l’Ospedale de la PietĂ ), « La » Bartoli, mezzo romaine Ă  l’agilitĂ© expressive irrĂ©sistible, rĂ©cidive et publie en novembre 2018, un second opus VIVALDI, avec ensemble sur instruments d’époque. En 2018, ce nouveau cycle d’inĂ©dits et de perles lyriques oubliĂ©es, accomplit-il un second prodige ? Va-t-il susciter le mĂȘme engouement (et les mĂȘmes ventes, historiques en 1999 : 700 000 exemplaires alors achetĂ©s) ?

 
 
 

LIRE notre dĂ©pĂȘche annonçant les projets cd de Cecilia Bartoli dont ce nouvel album VIVALDI 2018
http://www.classiquenews.com/cd-decca-news-les-3-nouveaux-cd-de-cecilia-bartoli-rossini-camarena-vivaldi-ii/

En moins d’une heure, le nouveau cd collectionne les arias vivaldiens, avec fureur et virtuositĂ©, ou intĂ©rioritĂ© et pudeur, selon la rĂšgle souveraine des contrastes. On note moins d’airs de pure bravoura, dĂ©montrant l’énergique coloratoura dont Bartoli est devenue un emblĂšme contemporain en particulier dans le rĂ©pertoire baroque
 et jusqu’au bel canto bellinien.

 
 
 

LIRE notre article «  premiÚres impressions du cd VIVALDI / BARTOLI 2018 » (6 nov 2018)
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-premieres-impressions-bartoli-vivaldi-ii-decca/

vivaldi opera giustinoLa diva en 2018 prolonge les qualitĂ©s de 1999 : une sorte de souplesse surexpressive qui par la force des choses est devenue naturelle, tel un ruban vocal Ă  la fois martelĂ© et suave. Ainsi comme nous l’avions dĂ©jĂ  observĂ© dĂšs dĂ©but novembre (premiĂšres impressions du cd VIVALDI / BARTOLI 2018), la mezzo dĂ©ploie une belle diversitĂ© de nuances propres Ă  l’articulation et Ă  la caractĂ©risation de chaque : comme l’écrivait le 6 novembre 2018 notre rĂ©dacteur Lucas Irom : « D’emblĂ©e, en ouverture l’air agitĂ© du dĂ©but de ce programme proclame sans fioritures ni hĂ©sitation la furiĂ  assumĂ©e de la partition, – cordes fouettĂ©es comme une crĂȘme liquide et souple ; voix trĂšs incarnĂ©e et engagĂ©e, laquelle a certes perdu de son Ă©lasticitĂ© comparĂ©e Ă  1999, avec des aigus parfois courts, mais dont l’économie des moyens (intelligence expressive) et la gestion de la ligne expressive architecturent le premier air de Zanaida (Argippo : « Selento ancora il fulmine ») avec un brio franc, naturel, contrastĂ© et vivace, riche en vertiges et accents mordants dans la premiĂšre section ; alanguis et murmurĂ©s dans la centrale, exprimant jusqu’à la hargne voire la frĂ©nĂ©sie hallucinĂ©e de cet appel Ă  la vengeance. Plus loin, l’air de Caio d’Ottone in villa (1713 : un ouvrage traversĂ© par un souffle pastorale inĂ©dit) qui exprime la blessure d’un coeur trahi face Ă  la cruautĂ© de son aimĂ©e, est abordĂ© avec une infinie tendresse, aux lignes amples et fluides ; la couleur vocale d’une torpeur triste mais ardente est idĂ©alement soutenue, avec un Ă©clairage intĂ©rieur qui renseigne tout Ă  fait la douleur presque lacrymale du cƓur en souffrance. Qui a dit que Vivaldi n’était que virtuositĂ© mĂ©canique ? C’est un peintre du coeur humain parmi le splus inspirĂ©s
 autant que BACH ou Haendel. Cecilia Bartoli enflamme les esprits dans le registre cantabile, ici suivant les pas du castrat crĂ©ateur Bartolomeo Bartoli.

 
 
   
 
 

BARTOLI 2018
Une voix qui s’est durcie et resserrĂ©e, avec des aigus durs, mais


Des phrasés toujours aussi magiciens

 
 
   
 
 

Parmi les arias les plus longs sĂ©lectionnĂ©s par Cecilia Bartoli, celui avec violon solo obligĂ©, l’air de PersĂ©e : « Sovente il sole » (Andromeda liberata) demeure le clou de ce programme riche en contrastes et ferveur dramatique. La mezzo dĂ©montre sa maĂźtrise du cantabile rond et sombre, capable aussi d’une puissance Ă©motionnelle inouĂŻe, car Vivaldi, invente ici un chant traversĂ© par le souffle de la nature, Ă©voquant orage et tumulte mais aussi cĂ©lĂ©brant le mystĂšre du sublime naturel. Dans cette analogie entre le cƓur qui dĂ©sire et se passionne, et la contemplation de la nature changeante, miroitante, naĂźt un sentiment dĂ©jĂ  
 romantique. La justesse de l’écriture vivaldienne, ses accents et mĂ©lodies proche du caractĂšre Ă  la fois contemplatif et tendre du texte, ont un impact singulier. D’autant que soucieuse de l’énoncĂ© du verbe, dont elle fait une vĂ©ritable poĂ©sie chantante, la diva Ă©claire chaque section de la partition avec une sensibilitĂ© lĂ  encore introspective qui convainc totalement.
Dommage Ă  notre avis que les instrumentistes autour d’elle ne partagent pas telle vision de l’implication et des couleurs du sentiment. Seule rĂ©serve dans cette collection d’incarnations trĂšs rĂ©ussies. Car ce que Bartoli sait exprimer est moins l’éclatante et mĂ©canique technicitĂ© virtuose, que l’introspection d’un Vivaldi
 prĂ©romantique ? VoilĂ  qui ne manque pas de saveur  »

Nous n’en dirons pas davantage, sauf Ă©videmment, une maĂźtrise intacte malgrĂ© l’oeuvre des annĂ©es (20 ans ont passĂ©) dans l’émission des phrasĂ©s (toujours trĂšs convaincants) rĂ©vĂ©lant un souci dĂ©lectable du texte. La couleur et le caractĂšre de chaque situation sont idĂ©alement compris et magnifiquement incarnĂ©s. Brava signora Bartoli.

 
 
   
 
 

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CD Ă©vĂ©nement, critique. CECILIA BARTOLI / VIVALDI II (1 cd Decca – 58 mn).

 
 
 
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DĂ©tail du programme :

 
 
 

Argippo, RV 697
1 « Se lento ancora il fulmine », Zanaida

Orlando furioso, RV 728
2 « Sol da te, mio dolce amore », Ruggiero

Orlando furioso RV Anh. 84 (version 1713-1714, attribuée à Ristori)
3 « Ah fuggi rapido », Astolfo

Il Giustino, RV 717
4 « VedrĂČ con mio diletto », Anastasio

La Silvia, RV 734
5 « Quell’augellin che canta », Silvia

Ottone in villa, RV 729
6 « Leggi almeno, tiranna infedele », Caio

La VeritĂ  in cimento, RV 739
7 « Solo quella guancia bella », Rosane

Andromeda liberata, RV Anh. 117
8 « Sovvente il sole », Perseo

Tito Manlio, RV 738
9 « Combatta un gentil cor », Lucio

Catone in Utica, RV 705
10 « Se mai senti spirarti sul volto », Cesare

Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
Ensemble Matheus / Jean-Christophe Spinosi, direction musicale

1 CD Decca 2018
58mn

 
 
 

CD événement, premiÚres impressions. BARTOLI / VIVALDI II (Decca)

bartoli-cecilia-30-ans-decca-3-nouveaux-cd-cd-news-review-on-classiquenews-ROSSINI-box-Vivaldi-2-camarenaCD Ă©vĂ©nement, premiĂšres impressions. BARTOLI / VIVALDI II (1 cd Decca). Presque 20 ans aprĂšs son premier opus Ă©vĂ©nement dĂ©diĂ© Ă  Vivaldi (1999), la mezzo romaine Cecilia Bartoli revient Ă  ses premiĂšres amours et dĂ©clare Ă  nouveau sa flamme baroque pour le gĂ©nie dramatique et lyrique d’Antonio Vivaldi. AnnoncĂ© le 23 novembre prochain, l’album a sĂ©duit manifestement notre Ă©quipe de rĂ©dacteurs qui ont dĂ©jĂ  pu Ă©couter le programme dans sa totalité  Il en ressort que la diva confirme son excellent tempĂ©rament dramatique chez celui qui peine Ă  convaincre encore les directeurs d’opĂ©ras : bien rares sont Ă  prĂ©sent les opĂ©ras de Vivaldi ou les festivals qui « osent » programmer ses ouvrages lyriques. Une situation qui est difficile Ă  expliquer sinon par le manque d’audace des programmateurs, et aussi le manque de chanteurs capables comme « La Bartoli » de rĂ©ussir en virtuositĂ©, comme en intonations ciselĂ©es. Car il ne suffit pas de savoir techniquement bien chanter
 il faut encore exprimer et transmettre ce supplĂ©ment d’ñme qui confĂšre Ă  chaque aria, son Ă©paisseur voire son mystĂšre Ă©motionnel. De toute Ă©vidence, mĂȘme accompagnĂ©e par un continuo et un chef parfois trop durs ou trop lisses, Cecilia Bartoli, 30 ans aprĂšs, affirme toujours une Ă©tonnante santĂ© vivaldienne
 En tĂ©moignent ces 3 airs qui selon notre rĂ©dacteur Lucas Irom, demeurent emblĂ©matiques d’un programme ambitieux, trĂšs demandeur vocalement
 qui en compte 10. Voici en avant premiĂšre, un extrait de la critique complĂšte qui sera Ă©ditĂ©e le jour de la parution de l’album BARTOLI / VIVLADI II :

bartoli-cecilia-cd-vivaldi-II-decca-concert-anniersary-30-decca-cecilia-bartoli-critique-cd-cd-review  « D’emblĂ©e, en ouverture l’air agitĂ© du dĂ©but de ce programme proclame sans fioritures ni hĂ©sitation la furiĂ  assumĂ©e de la partition, – cordes fouettĂ©es comme une crĂȘme liquide et souple ; voix trĂšs incarnĂ©e et engagĂ©e, laquelle a certes perdu de son Ă©lasticitĂ© comparĂ©e Ă  1999, avec des aigus parfois courts, mais dont l’économie des moyens (intelligence expressive) et la gestion de la ligne expressive architecturent le premier air de Zanaida (Argippo : « Selento ancora il fulmine ») avec un brio franc, naturel, contrastĂ© et vivace, riche en vertiges et accents mordants dans la premiĂšre section ; alanguis et murmurĂ©s dans la centrale, exprimant jusqu’à la hargne voire la frĂ©nĂ©sie hallucinĂ©e de cet appel Ă  la vengeance. Plus loin, l’air de Caio d’Ottone in Villa (un ouvrage traversĂ© par un souffle pastorale inĂ©dit) qui exprime la blessure d’un coeur trahi face Ă  la cruautĂ© de son aimĂ©e, est abordĂ© avec une infinie tendresse, aux lignes amples et fluides ; la couleur vocale d’une torpeur triste mais ardente est idĂ©alement soutenue, avec un Ă©clairage intĂ©rieur qui renseigne tout Ă  fait la douleur presque lacrymale du cƓur en souffrance. Qui a dit que Vivaldi n’était que virtuositĂ© mĂ©canique ?

Parmi les arias les plus longs sĂ©lectionnĂ©s par Cecilia Bartoli, celui avec violon solo obligĂ©, l’air de PersĂ©e : « Sovente il sole » (Andromeda liberata) demeure le clou de ce programme riche en contrastes et ferveur dramatique. La mezzo dĂ©montre sa maĂźtrise du cantabile rond et sombre, capable aussi d’une puissance Ă©motionnelle inouĂŻe, car Vivaldi, invente ici un chant traversĂ© par le souffle de la nature, Ă©voquant orage et tumulte mais aussi cĂ©lĂ©brant le mystĂšre du sublime naturel. Dans cette analogie entre le cƓur qui dĂ©sire et se passionne, et la contemplation de la nature changeante, miroitante, naĂźt un sentiment dĂ©jĂ  
 romantique. La justesse de l’écriture vivaldienne, ses accents et mĂ©lodies proche du caractĂšre Ă  la fois contemplatif et tendre du texte, ont un impact singulier. D’autant que soucieuse de l’énoncĂ© du verbe, dont elle fait une vĂ©ritable poĂ©sie chantante, la diva Ă©claire chaque section de la partition avec une sensibilitĂ© lĂ  encore introspective qui convainc totalement.
bartoli-cecilia-vivaldi-edition-rossini-box-edition-critique-cd-cd-review-by-classiquenews-oct-2018Dommage Ă  notre avis que les instrumentistes autour d’elle ne partagent pas telle vision de l’implication et des couleurs du sentiment. Seule rĂ©serve dans cette collection d’incarnations trĂšs rĂ©ussies. Car ce que Bartoli sait exprimer est moins l’éclatante et mĂ©canique technicitĂ© virtuose, que l’introspection d’un Vivaldi
 prĂ©romantique ? VoilĂ  qui ne manque pas de saveur….” A suivre.

Prochaine critique complùte le jour de la sortie de l’album le 23 novembre 2018. 

CD, coffret événement, annonce. CECILIA BARTOLI : ROSSINI EDITION

BARTOLI-CECILIA-ROSSINI-box-2018-review-announce-annonce-sur-classiquenews-2018-decca-newsCD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. CECILIA BARTOLI : ROSSINI EDITION . 2018 marque le 30e anniversaire de la collaboration entre la mezzo romaine de tous les records, Cecilia Bartoli, et le label des voix, Decca Classics ; c’est ainsi l’une des complicitĂ©s artistiques plus prospĂšres dans l’histoire de la musique classique enregistrĂ©e. Cet anniversaire coĂŻncide avec un autre, celui des 150 ans de la disparition de Gioacchino Rossini, le compositeur qui plus qu’aucun autre a marquĂ© la carriĂšre de Bartoli. On se souvient que la jeune diva alors Ă  ses dĂ©buts (au dĂ©but des annĂ©es 1980) excellait dans le baroque italien, avec Vivaldi, et aussi le bel canto, Ă©lĂ©gantissime et virtuose
 de Rossini. Ses incarnations des rĂŽles de Cendrillon, Rosina restent mĂ©morables.

Pour l’occasion, l’intĂ©gralitĂ© des enregistrements Rossini de Cecilia Bartoli – audio et vidĂ©o – est rĂ©unie en un coffret deluxe, enrichi d’inĂ©dits. Soit 15 cd + 6 dvd, en Ă©dition limitĂ©e, qui composent ainsi un coffret exhaustif, tĂ©moignant de «  l’authenticitĂ©, de la maĂźtrise, de la passion et de la perfection propres Ă  la plus brillante des primissimas donnas rossiniennes
 Rien de moins. La technicitĂ© mitraillette de la diva exprimait alors la vitalitĂ© et la pĂ©tulance rafraĂźchissante attendue dans chaque rĂŽle fĂ©minin rossinien qu’elle a abordĂ©.
L’enregistrement inĂ©dit de la transcription pour orchestre par Salvatore Sciarrino de la cantate Giovanna d’Arco, sous la direction de Riccardo Chailly, complĂšte l’ensemble ainsi compilĂ©.
Le livret trilingue de 200 pages comprend de nombreux essais des spĂ©cialistes du bel canto et du thĂ©Ăątre de Rossini, notamment la directrice de la Fondazione Rossini, qui a Ă©galement mis Ă  disposition une riche iconographie originale, en complĂ©ment aux photos d’archives de Decca.

 

 

 

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Bartoli-Rossini-Edition-packshot-240x240CD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. CECILIA BARTOLI : ROSSINI EDITION / Sortie : 21 septembre 2018 ‱ Label : DECCA. Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e dans le meg cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

 

 

 

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LIRE aussi notre dĂ©pĂȘche prĂ©cĂ©dente actualitĂ©s de CECILIA BARTOLI / rentrĂ©e 2018 : Rossini, Vivaldi II, tremplin Ă  Javier Camarena (rĂ©cital Garcia : «  Contrabandista  »)

 

 

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‹En savoir plus sur http://www.clubdeutschegrammophon.com/albums/rossini-edition/#l3psZ2RVbsq1k1DZ.99

Cecilia Bartoi chante NORMA

bartoli_4783517_norma_12PARIS, TCE. Cecilia Bartoli chante Norma de Bellni. 12, 14, 16, 18 octobre 2016. Automne Bellinien en Europe. Les grandes divas ressuscitent le bel canto romantique italien. Sonya Yoncheva chante Norma elle aussi Ă  Londres (Royal Opera House, 12-26 septembre 2016) : voir Ă  Paris la production de Norma par Cecilia Bartoli (nĂ© Ă  Rome en 1966), crĂ©Ă©e au disque puis Ă  la scĂšne (festival de Salzbourg, Monte-Carlo). La tradition du XIXĂš lyrique a imposĂ© peu Ă  peu les sopranos Ă©thĂ©rĂ©es, claires dans le rĂŽle titre conçu par Bellini ; mais ce dernier a bel et bien rĂ©Ă©crit le rĂŽle pour la tessiture et les moyens vocaux de son Ă©gĂ©rie, Maria Malibran, mezzo, formidable actrice par son mĂ©dium corsĂ© et agile. Une caractĂ©ristique que notre mezzo romaine a bien signalĂ© et qui lui inspire son choix de chanter aujourd’hui le rĂŽle, emblĂ©matique du romantisme lyrique italien. Rappelons nous en 2006, il y a 10 ans dĂ©jĂ , Cecilia Bartoli avait fait de mĂȘme pour le rĂŽle de La Somnambule / Sonnambula, Ă©galement rĂ©Ă©crit par Bellini pour un mezzo lyrique et dramatique. C’est peu dire que « La Bartoli » caractĂ©rise et nuance chaque mot, sculptant le verbe lyrique comme si le chant Ă©tait une pĂąte apte Ă  ĂȘtre colorĂ©e, ciselĂ©e; incarnĂ©e. Le style, la localitĂ© chaude et fluide, agile et expressive, le legato et le sens des phrasĂ©s affirment aujourd’hui une Norma de choc qui fait les veaux soirs du TCE – ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es Ă  Paris, pour 4 dates d’octobre : 12, 14, 16 et 18 octobre 2016.
La mise en scĂšne signĂ©e par le duo Caurier / Leiser transpose l’action antique romaine et gauloise dans l’Italie des annĂ©es 1940, oĂč pĂšse l’atmosphĂšre grave et noire du nazisme en Europe ; occupation imposĂ©e qui rĂ©vĂšle les tempĂ©raments, rĂ©sistants ou complaisants. La vision musicale dĂ©fendue par Cecilia Bartoli Ă©claire la partition d’un regard neuf, bĂ©nĂ©ficiant d’une couleur vocale diffĂ©rente pour Norma, des timbres des instruments d’époque de l’orchestre requis. Les duos entre les deux femmes, pourtant rivales, mais finalement solidaire, Adalgisa et Norma, y gagnent une vĂ©ritĂ© renforcĂ©e, subjuguante.

 

 

 

Paris, TCE, Théùtre des Champs Elysées
Cecilia Bartoli chante Norma de Bellini (1831)
4 représentations parisiennes
MERCREDI 12 OCTOBRE 2016, 19h30
VENDREDI 14 OCTOBRE, 19h30
DIMANCHE 16 OCTOBRE, 17h
MARDI 18 OCTOBRE, 19h30
2h30 dont un entracte

RESERVEZ VOTRE PLACE

Diego Fasolis,  direction
Patrice Caurier, Moshe Leiser,  mise en scÚne

Cecilia Bartoli,  Norma
Rebeca Olvera,  Adalgise
Norman Reinhardt,  Pollion
Péter Kålmån,  OrovÚse
Rosa Bove,  Clotilde
Reinaldo Macias,  Flavius
I Barocchisti
Coro della Radiotelevisione svizzera, Lugano

 

 

 

PRETRESSE TRAHIE
Norma, est prĂȘtresse Ă  la lune et fille du druide Oroveso, mariĂ©e secrĂštement au Consul romain Pollione mais honteusement trahie par lui, alors qu’elle a eu deux fils du romain. Mais l’homme est faible et lui prĂ©fĂšre Ă  prĂ©sent une jeunette plus adorable (Adalgisa, elle aussi prĂȘtresse gauloise).
Bellini_vincenzo_belliniLa tendresse du rĂŽle, son caractĂšre noble et Ă©nigmatique, sa moralitĂ© aussi font du personnage de Norma, sublime vertueuse, l’un des plus complexes et admirable du rĂ©pertoire romantique italien. Bellini et son librettiste Romani excellent aussi Ă  peindre l’amitiĂ© entre les deux femmes, toutes deux liĂ©es Ă  Pollione, mais inspirĂ©es par un idĂ©al de loyautĂ© des plus respectables. Adalgisa jure d’inflĂ©chir le coeur de Pollione pour qu’il revienne auprĂšs de Norma et ses deux garçons (duo magique Norma / Adalgisa : « Si, fino all’ore », acte II). Ainsi c’est dans la mort et les flammes, que Norma et Pollione se retrouvent unis pour l’éternitĂ©. Car comme le public depuis la crĂ©ation de l’oeuvre en 1831, le romain a succombĂ© finalement devant la grandeur morale et sacrificielle de son ancienne compagne
 Sur les traces de la crĂ©atrice de Norma, Giuditta Pasta, Sonya Yoncheva et Cecilia Bartoli endossent ainsi Ă  l’atome 2016, l’un des rĂŽles qui pourraient bien davantage affirmer leur Ă©tonnante subtilitĂ© vocale comme leur instinct dramatique.

CD. LIRE aussi notre compte rendu critique complet du cd La Somnambule / La Sonnambula de Bellini (L’Oiseau Lyre)

Cecilia Bartoli, musicienne de cour…

bartoli_3MONTE CARLO : le 8 juillet 2016, 1er concert des Musiciens du Prince et Cecilia Bartoli. Un nouvel ensemble est nĂ© portant les couleurs monĂ©gasques. Prenez un opĂ©ra : Monte Carlo; son directeur, engagĂ©, promoteur : Jean-Louis Grinda. Un orchestre nouvellement formĂ© Ă  partir de musiciens sur instruments d’époque : ainsi nommĂ© Les Musiciens du Prince
 Quelques sponsors bien connus pour leur action vers la musique classique. Mais au fait qui est le Prince ? Albert II de Monaco et sa sƓur, Caroline. Les deux soutiennent ainsi Ă  hauteur de 350 000 euros, le nouvel ensemble dont la mezzo romaine, Cecilia Bartoli, qui est aussi directrice artistique du Festival de PentecĂŽte de Salzbourg, a eu l’idĂ©e. Ce 8 juillet 2016, dans la Cour d’honneur du Palais de Monaco, orchestre et diva donneront ainsi leur premier concert, inaugurant une tournĂ©e Ă  venir en Europe. Au programme les musiques de cour de l’ùre baroque Ă  l’heure oĂč les monarchies mĂ©lomanes rĂ©gnaient en Europe. « J’assumerai cette grande responsabilitĂ© avec tout mon enthousiasme et toute mon Ă©nergie et je ferai de mon mieux pour reprĂ©senter, grĂące Ă  la musique, les couleurs de Monaco dans le monde entier », indique Cecilia Bartoli sur le site des Musiciens du Prince.

Au programme de la soirée inaugurale du 8 juillet à Monaco : Cecilia Bartoli interprÚte le opéras de Haendel et aussi quelques partitions de Cour signées par le compositeur monégasque Honoré François Marie Langlé (1741-1805). Puis Les Musiciens du Prince
rĂ©alisent une tournĂ©e avec le mĂȘme programme dans toute l’Europe (dont Paris le 17 novembre 2016 et Bruxelles, le 23) ; sans omettre La Cenerentola de Rossini – en version de concert, en fĂ©vrier 2017 (tournĂ©e dans sept villes d’Europe dont Versailles les 24 et 26 fĂ©vrier sous la baguette de Diego Fasolis avec entre autres La Bartoli, entourĂ©e de Alessandro Corbelli, Carlos Chausson
) ; puis Ariodante de Handel et La donna del lago de Rossini Ă  Salzbourg en juin 2017 (Festival de PentecĂŽte). Ce dernier opĂ©ra devrait faire l’objet d’un enregistrement Ă  paraĂźtre chez Decca. Sur le papier, le projet a cours jusqu’en 2021. Bonne chance au nouvel ensemble. A suivre sur classiquenews.

 

Cecilia Bartoli chante Iphigénie

Cecilia Bartoli chante la vocalitĂ  suave de SteffaniSalzbourg. Gluck : IphigĂ©nie en Tauride. Les 19,22,24,26,28 aoĂ»t 2015. AprĂšs Norma, Cecilia Bartoli chante pour Salzbourg 2015, l’IphigĂ©nie de Gluck, la seconde en vĂ©ritĂ© qui recueille l’ensemble des audaces inouĂŻes dont fut capable le formidable Chevalier Ă  Paris. RĂ©formateur de l’opĂ©ra, et Ă  ce titre, champion dĂ©fendu par Rousseau, Gluck rĂ©invente le langage de l’opĂ©ra des LumiĂšres Ă  l’Ă©poque oĂč Mozart Ă©difie ses propres drammas giocosos (Les Noces de Figaro, Don Giovanni, Cosi fan tutte). Gluck fait Ă©voluer l’opĂ©ra seria hĂ©ritĂ© des Napolitains, vers le drame thĂ©Ăątral oĂč la continuitĂ© de l’action, le spectaculaire des scĂšnes, l’esthĂ©tisme saisissant des tableaux priment sur la seule virtuositĂ© des chanteurs. Le style frĂ©nĂ©tique de Gluck, son adresse mĂ©lodique, sa science du coloris orchestral imposent un nouveau modĂšle lyrique au tournant des annĂ©es 1770, c’est Ă  dire quand meurt Louis XV et que Marie-Antoinette, devenue Reine de France, peut inviter Ă  la Cour française, son cher professeur de musique… apprĂ©ciĂ© Ă  l’Ă©poque oĂč elle n’Ă©tait que princesse Ă  Vienne.
Aucun des compositeurs Ă©trangers invitĂ©s Ă  Paris, sous Louis XVI et Marie-Antoinette ne composeront sans assimiler la leçon du maĂźtre, sans se confronter Ă  son thĂ©Ăątre : Vogel, Gossec, les Italiens Sacchini et Piccinni… Chacun prend Ă  son compte l’Ă©nergie, la vitalitĂ© expressive des figures lĂ©guĂ©es ; ainsi pourront naĂźtre les femmes fortes, hier enchanteresses baroques, Ă  prĂ©sent vraies figures d’amoureuses torturĂ©es dont l’humanitĂ© continue de nous toucher ; ainsi Armide, MĂ©dĂ©e et donc IphigĂ©nie.

En 1779, Gluck lĂšgue Ă  la France le sommet de son gĂ©nie lyrique… que sauront comprendre Berlioz et Wagner.

En Tauride, IphigĂ©nie dessine une tragĂ©die noire et psychologique…

Sur un livret de Nicolas Guillard, la tragĂ©die en 4 actes (le modĂšle en 5 actes hĂ©ritĂ© de Lully est rĂ©visĂ© sous l’impulsion et le nouveau goĂ»t de Marie-Antoinette), permet Ă  la soprano d’alors, Rosalie Levasseur, d’affirmer son tempĂ©rament dramatique hors du commun, quand Joseph Legros crĂ©ait Ă  ses cĂŽtĂ©s, Pylade, le 18 mai 1779 aux Tuileries. L’opĂ©ra noir, sanglant, exprime surtout la colĂšre et la cruautĂ© des dieux qu’il faut assagir et apaiser.

Au I, IphigĂ©nie, prĂȘtresse de Diane, craint pour sa race : elle a vu dans ses cauchemars, Agamemnon, Clytemnestre, Oreste (le pĂšre, ma mĂšre, le frĂšre…), tous frappĂ©s par la folie ou le meurtre. Et c’est le roi Thoas, souverain des Scythes lui-mĂȘme qui surgit habitĂ© par de mĂȘme funestes augures (il serait assassinĂ© par un Ă©tranger…). Il est dĂ©cidĂ© de sacrifier aux dieux, les deux Ă©trangers qui viennent de faire naufrage sur les cĂŽtĂ©s de Tauride.

Au II, les deux Ă©trangers rĂ©vĂšlent leur identitĂ© : Oreste (baryton) qui vient de tuer sa mĂšre pour venger sa sƓur Electre, et son compagnon, Pylade. S’apprĂȘtant Ă  les sacrifier, IphigĂ©nie se rapproche de son frĂšre Oreste qui a rĂ©vĂ©lĂ© ses origines mycĂ©niennes et dĂ©voilĂ© les visions d’horreur qui hantent ses nuits… Mais la prĂȘtresse ne l’a pas reconnu.

Au III,  IphigĂ©nie accepte d’informer sa soeur restĂ©e Ă  Mycenes, Electre, qu’elle est devenue parmi les scythes en Tauride, la prĂȘtresse de Diane : l’un des Ă©trangers rĂ©alisera cette mission Ă©pargnant ainsi sa vie;  alors qu’Oreste Ă©tait dĂ©signĂ©, c’est Pylade qui ira rejoindre Electre Ă  Mycenes.
Ce dernier jure de revenir en Tauride pour sauver Oreste.

Au IV, alors qu’elle s’apprĂȘte Ă  le sacrifier, IphigĂ©nie reconnaĂźt son frĂšre Oreste;  mais le roi scythe Thoas surgit, il veut tuer lui-mĂȘme celui qui allait ĂȘtre sacrifiĂ©. .. heureusement Pylade l’en empĂȘche : il tue Thoas. Diane paraĂźt et rĂ©tablit la loi : son culte sera remis aux grecs,  Oreste sera roi de Mycenes et IphigĂ©nie libre de suivre son frĂšre.

GLUCKAprĂšs un menuet douceĂątre, la partition d’Iphigenie dĂ©bute par une formidable tempĂȘte annonçant l’Otello de Verdi et exprimant ici le dĂ©sordre intĂ©rieur (accents brĂ»lant des flĂ»tes en panique) qui rĂšgne dans l’esprit de la prĂȘtresse de Diane, de Thoas et bientĂŽt d’Oreste. Gluck  emprunte Ă  ses opĂ©ras antĂ©rieurs nombre de matĂ©riel  musical pour sa seconde IphigĂ©nie. C’est pour mieux peindre l’horreur absolue qui rĂšgne dans le cerveau des trois protagonistes;  les cordes frĂ©nĂ©tiques annoncent dĂ©jĂ  l’orage et la tempĂȘte qui ouvre la Walkyrie de Wagner,  lui-mĂȘme comme Berlioz, grand admirateur du Chevalier.
Trouble et d’une rare profondeur dans l’opĂ©ra tragique neoclassique,   l’opĂ©ra de Gluck ose exprimer un sentiment d’amitiĂ© amoureuse entre les deux guerriers grecs, Pylade et Oreste. C’est dailleurs la seule touche sensible d’un ouvrage vouĂ© au drame le plus noir, Ă  l’expression rĂ©aliste de la fatalitĂ© humaine. De ce point de vue, l’acte II est le plus saisissant dramatiquement et psychologiquement – avec sommet du gĂ©nie thĂ©Ăątral de Gluck,  l’enchaĂźnement entre le dĂ©lire obsessionnel d’Oreste croyant voir sa mĂšre qu’il a tuĂ©,  et IphigĂ©nie, la jeune prĂȘtresse de Diane, paraissant alors sans reconnaĂźtre  son frĂšre … la violence des passions ici exprimĂ©e annonce Wagner et Strauss dont la musique traduit ce qui n’est pas dit mais pensĂ©. Dans le III, les deux amis se dĂ©chirent comme deux amants pour savoir qui se sacrifiera pour sauver l’autre. .. qui a dit que Gluck ignorait la force psychologique de l’orchestre, son aptitude Ă  exprimer la psychĂ© des hĂ©ros? Jamais Gluck ne fut autant Gluck que dans IphigĂ©nie en Tauride : sa profonde connaissance du coeur humain appliquĂ© aux nĂ©cessitĂ©s dramatiques du thĂ©Ăątre rĂ©alise ici le sommet de sa carriĂšre parisienne. Un chef d’oeuvre assurĂ©ment et aussi pour les chanteurs (IphigĂ©nie, Oreste, Pylade), de nouveaux dĂ©fis comme acteurs et volcalistes.

Salzbourg. Gluck : Iphigénie en Tauride. Les 19,22,24,26,28 août 2015. Avec Bartoli, Olvera, Maltman, Villazon, M. Kraus. Diego Fasolis, direction. Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scÚne.

Festivals, contrats. Salzbourg, festival de Pentecîte. Cecilia Bartoli directrice artistique jusqu’en 2021

bartoli cecilia salzbourgFestivals, contrats. Salzbourg, festival de PentecĂŽte. Cecilia Bartoli directrice artistique jusqu’en 2021. La cantatrice romaine, mezzo dĂ©fricheuse chez Decca, a signĂ© le renouvellement de son contrat comme directrice artistique du festival de PentecĂŽte de Salzbourg (Salzburg Whitsun Festival) jusqu’en 
 2021. Cecilia Bartoli a Ă©ditĂ© deux rĂ©cents albums consacrĂ©s chacun Ă  des compositeurs oubliĂ©s pourtant valeureux  « Mission » malgrĂ© son visuel crĂąne rasĂ© ciblait la rĂ©surrection d’Agostino Steffani, un compositeur diplomate Ă©gal de Handel ; et le dernier « St-Petersburg » rend service aux auteurs italiens employĂ©s par les Tsarines au XVIIIĂš (Araia, Raupach, Manfredini, aux cĂŽtĂ©s du plus cĂ©lĂšbre Cimarosa). En 2014, elle a chantĂ© Desdemona dans Otello de Rossini avec un feu vocal plutĂŽt convaincant


otello BartoliCette annĂ©e du 22 au 25 mai 2015, le festival de PentecĂŽte Ă  Salzbourg, historiquement orientĂ© vers les rĂ©pertoire baroques et classiques, affiche Handel en version de concert et Gluck dans une nouvelle production : au programme de mai 2015 : Diego Fasolis et I Barrochisti jouent 2 opĂ©ras. Le premier est le temps fort de l’édition de PentecĂŽte 2015 : IphigĂ©nie en Aulide de Gluck les 22 et 25 mai 2015 (mise en scĂšne : Patrice Caurier et Moshe Leiser, avec Cecilia Bartoli), c’est l’opĂ©ra qui impose Ă  Paris le chevalier Gluck Ă  partir d’avril 1774 ; le second opĂ©ra, en version de concert, le chef d’oeuvre Semele de Handel (avec Cecilia Bartoli) ; puis rĂ©cital Handel par Philippe Jaroussky et Nathalie Stutzmann (le 24 mai) ; enfin un gala de clĂŽture comprenant une distribution exceptionnelle dont Anna Netrebko, Juan Diego Florez (Purcell, Gluck, Haydn, Offenbach, le 25 mai, la billetterie est fermĂ©e, le concert est dĂ©jĂ  complet).

salzbourg logoAvec le recul, rien de neuf Ă  la PentecĂŽte Ă  Salzbourg : il reste curieux que Cecilia Bartoli toujours innovatrice en matiĂšre de programme discographique (et dans les concerts de la tournĂ©e qui suivent ou entourent la sortie de ses nouveaux cd) n’ait proposĂ© aucun rĂ©el Ă©vĂ©nement d’envergure Ă  Salzbourg en 2015. Pause artistique ou essoufflement prĂ©coce ? Outre un manque de souffle et de renouvellement artistique, l’évĂ©nement risque aussi de devenir Ă©litiste au regard de sa confidentialitĂ© et du prix moyen des places. A l’époque du numĂ©rique et des medias nouveaux, les festivals qui prendront l’initiative de l’e-diffusion sauront se rĂ©gĂ©nĂ©rer. Mais cela ne suffit, il faut encore que leur programmation produise de rĂ©els Ă©vĂ©nements musicaux. Dans ce sens, le choix des metteurs en scĂšne, Caurier/Leiser, dĂ©jĂ  vus antĂ©rieurement pour un Giulio Cesare assez encombrĂ© et fourre-tout, pourrait emplomber l’avenir du festival de PentecĂŽte, sauf si les deux scĂ©nographes se renouvellent totalement. A suivre d’ici mai 2015.

 

VISITER le site du festival de PentecÎte de Salzbourg

 

 

 

 

 

Crédit photographique : Markus HinterhÀuser, directeur artistique du festival estival de Salzbourg et Helga Rabl-Stadler, Présidente du festival de Salbourg encadrent Cecilia Bartoli, directrice artistique du festival de PentecÎte de Salzbourg. © SF/J.Stix

DVD. Poulenc : Dialogues des CarmĂ©lites (Rhorer, Py, 2013) – 1 dvd Erato

poulenc dialogues des carmelites dvd erato py rhorer piau petibon gensDVD. Poulenc : Dialogues des CarmĂ©lites (Rhorer, Py, 2013). Le transfert de cette production admirable vocalement et scĂ©niquement est comme sublimĂ© encore par le choix des plans serrĂ©s sur les visages, insistant sur le travail d’acteurs de chaque chanteuse : un approfondissement rare qui se rĂ©vĂšle d’une crĂ©dibilitĂ© cinĂ©matographique rendant cette rĂ©alisation proche d’un long mĂ©trage : la progression de plus en plus tragique jusqu’aux exĂ©cutions finales n’en est que plus haletante. Il est vrai que le plateau vocal rĂ©unit la crĂšme des chanteuses francophones actuelles : Piau (qui n’a certes pas l’Ăąge de Constance mais n’en exprime pas moins sa juvĂ©nilitĂ© fragile et dĂ©sespĂ©rĂ©e), Petibon (d’une criante vĂ©ritĂ© dans le rĂŽle protagoniste de Blanche de la Force, l’aristocrate convertie marchant vers son martyre), enfin Gens (digne et bouleversante Lidoine). Hors sujet, Lehtipuu – outrĂ©, caricatural- et la Prieur de Plowright, vocalement hors style et dĂ©passĂ©. Dommage, car l’unitĂ© et la cohĂ©rence de l’ensemble s’en trouvent dĂ©sĂ©quilibrĂ©es.  Au service d’un drame scĂ©niquement millimĂ©trĂ©, le chef Rhorer qui a dĂ©posĂ© sa baguette historiquement informĂ©e pour conduire l’opulent Philharmonia Orchestra, trouve la fluiditĂ© et le mordant nĂ©cessaires, une vision elle aussi qui dans la fosse affirme une excellente intelligence expressive.  Sans les erreurs du casting, ce dvd mĂ©ritait Ă©videmment un CLIC de classiquenews. Le duo Piau / Petibon fonctionne Ă  merveille : touchant et bouleversant mĂȘme par leur fragilitĂ© et leur humanitĂ©.

Poulenc : Dialogues des CarmĂ©lites (Rhorer, Py, 2013) – 1 dvd Erato. Sophie Koch (MĂšre Marie de l’Incarnation), Patricia Petibon (Blanche de La Force), VĂ©ronique Gens (Madame Lidoine), Sandrine Piau (Soeur Constance de Saint Denis), Rosalind Plowright (Madame de Croissy), Topi Lehtipuu (Le Chevalier de La Force), Philippe Rouillon (Le Marquis de La Force), Annie Vavrille (MĂšre Jeanne de l’Enfant JĂ©sus), Sophie Pondjiclis (Soeur Mathilde), François Piolino (Le PĂšre confesseur du couvent), JĂ©rĂ©my Duffau (Le premier commissaire), Yuri Kissin (Le second commissaire, un officier) & Matthieu LĂ©croart (Le geĂŽlier). Philharmonia Orchestra & ChƓur du ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction. Olivier Py, mise en scĂšne. EnregistrĂ© sur le vif en 2013, Paris, TCE.

Cecilia Bartoli chante les Italiens en Russie

BARTOLI-cecilia-cd-decca-new-dc-st-peterburg-saint-petersbourg-DECCA-review-complete-reviewParis, TCE. RĂ©cital Cecilia Bartoli : 1er, 7 novembre 2014, 20h. Paris reçoit la diva romaine qui prĂ©sente le programme de son dernier album discographique : “St-Petersburg”. En chantant Araia, Raupach, Manfredini aux cĂŽtĂ©s du plus connu Cimarosa, “La Bartoli” dĂ©voile de nouveaux tempĂ©raments lyriques qui a leur Ă©poque avaient convaincre les ImpĂ©ratrices russes Ă  Saint-Petersbourg. Voici le premier volet de feuilleton Cecilia Bartoli : St-Petersburg. Feuilleton 1/3. Quels sont les oeuvres ressuscitĂ©es ? Quels en sont les compositeurs et le goĂ»t des impĂ©ratrices qui les ont favorisĂ©s ? CLASSIQUENEWS s’intĂ©resse au nouvel album de Cecilia Bartoli intitulĂ© “ St-Petersburg “. Feuilleton en 3 volets
  Volet 1 : prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du programme St Petersburg. A partir des archives mĂ©connues du ThĂ©Ăątre Marinsky, Cecilia Bartoli a sĂ©lectionnĂ© un corpus lyrique de 11 mĂ©lodies inĂ©dites rĂ©vĂ©lant le statut privilĂ©giĂ© des compositeurs italiens dans le goĂ»t musical de 3 impĂ©ratrices russes et non des moindres. Les perles ainsi rĂ©vĂ©lĂ©es tĂ©moignent de la forte attraction de l’art occidental dans la Saint-PĂ©tersbourg impĂ©riale au XVIIIĂšme siĂšcle.  La ville crĂ©Ă©e sur les marais par Pierre Ier dĂ©montre l’ambition d’un Russie forte et puissante qui veut s’imposer sur l’échiquier europĂ©en
 A la suite de la politique proeuropĂ©enne de Pierre Ier, les Tsarines Anna Ivanovna (1730–40), Élisabeth Petrovna (Élisabeth IĂšre, 1741–1762) etCatherine II (« la Grande », 1762–1796) se tournent elles aussi vers l’Europe afin d’enrichir la vie culturelle de leur vaste pays : elles y font entendre les musiques les plus applaudies et les plus modernes Ă  leur Ă©poque, preuve d’un goĂ»t raffinĂ© et sĂ»r. Alors que L’Europe des LumiĂšres goĂ»te surtout les idĂ©es des philosophes français (Catherine II Ă©crit en français Ă  Voltaire Ă  la fin du siĂšcle), la musique favorite reste surtout italienne. Les femmes de pouvoir cultivent un goĂ»t audacieux dans la suite du Tsar Pierre Ier, lequel Ă  sa mort en 1725, laisse un empire occidentalisĂ© dont Saint-Petersbourg est l’emblĂšme le plus prestigieux.

 

 

 

3 impératrices au goût européen et
 italien

 

Catherine la grande_Pietro_Antonio_Conte_Rotari,_Portrait_de_la_grande-duchesse_Catherine_AlekseĂŻevnaSa niĂšce, Anna, impĂ©ratrice Ă  partir de 1730, dĂ©veloppe les arts Ă  grande Ă©chelle. Elle fait venir Ă  la cour impĂ©riale des musiciens italiens et allemands, et avec eux l’opĂ©ra, l’opĂ©ra-bouffe, le ballet. En 1741, par un coup d’État pacifique, Élisabeth 1Ăšre (fille d’un second mariage de Pierre le Grand) s’empare du pouvoir dĂ©tenu par l’hĂ©ritier dĂ©signĂ© d’Anna, son petit-neveu Ivan, encore nourrisson. Elisabeth 1Ăšre prend la cour de France comme modĂšle, et, grande admiratrice du thĂ©Ăątre français, s’engage Ă©galement en faveur de la musique avec passion. Elle chante dans le chƓur de sa propre chapelle, dĂ©veloppe la musique profane, met sur pied le premier opĂ©ra chantĂ© en russe (La forza dell’amore e dell’odio de Francesco Araia, crĂ©Ă© au Palais d’hiver, en 1736). Le successeur immĂ©diat d’Élisabeth est son neveu Pierre, esprit dĂ©rangĂ© et malingre qui est bientĂŽt Ă©cartĂ© par sa femme, celle-ci accĂšde au anna-ioannovna-anna ivanovna 1730-1740pouvoir sous le nom de Catherine II. Durant les trente-quatre annĂ©es de son long rĂšgne (1762-1796), Catherine la Grande (photo ci-contre), interlocutrice de Louis XV et Louis XVI, poursuit le travail de ses prĂ©dĂ©cesseurs (en particulier l’Ɠuvre de Pierre Ier) et fait de l’Empire russe une puissance mondiale de premier ordre.  Au dĂ©but, peu musicienne (dans son enfance elle aurait dit-on, utilisĂ© un clavicorde pour fabriquer un toboggan
 !!), Catherine invite Ă  Saint-PĂ©tersbourg les musiciens de renommĂ©e internationale ; Ă©crit des livrets d’opĂ©ra
 les premiers thĂ©Ăątres d’opĂ©ra russes voient le jour durant son rĂšgne.

elisabeth petrovna 1741-1762Elizabeth_of_Russia_by_V.EriksenCherchant Ă  restituer Ă  travers trois portraits d’impĂ©ratrice, selon leur goĂ»t musical propre,  l’évolution de la faveur europĂ©enne, surtout italienne Ă  la Cour de Saint-Petersbourg, la mezzo romaine Cecilia Bartoli choisit les Ɠuvres les plus emblĂ©matiques de chaque compositeurs invitĂ©s ou jouĂ©s en Russie : Francesco Araia (1735–1759), Hermann Friedrich Raupach (1759–1761), Vincenzo Manfredini (1761–1763) et Domenico Cimarosa (1787–1791). EN LIRE +

 

 

 

 

 

BARTOLI-cecilia-cd-decca-new-dc-st-peterburg-saint-petersbourg-DECCA-review-complete-reviewBartoli on stage : 13 dates d’une tournĂ©e incontournable, au programme : les 11 airs inĂ©dits de l’album St-Petersburg

I Barocchisti · Diego Fasolis

October 22, 2014 Berlin, Konzerthaus

26 octobre 2014 : Amsterdam, Het Concertgebouw

28 octobre 2014 Cologne, Philharmonie

1er & 7 novembre 2014 Paris, ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es, 20h

10 novembre 2014 Mannheim, Rosengarten

13 novembre 2014 Brussels, Palais des Beaux-Arts

15 novembre 2014 Baden-Baden, Festspielhaus

17 novembre 2014 Essen, Philharmonie

19 novembre  2014 Hamburg, Laeiszhalle

22 novembre 2014 Regensburg, Audimax der UniversitÀt

24 novembre 2014 Prague, Rudolfinum

26 novembre 2014 Munich, Herkulessaal

28 novembre 2014 Vienna, Konzerthaus

CD. St Petersburg par Cecilia Bartoli. Feuilleton 2/3 : Araia et Raupach à la Cour impériale de Russie

BartolispCD. St Petersburg par Cecilia Bartoli. Feuilleton 2/3 : Araia et Raupach Ă  la Cour impĂ©riale de Russie. Dans ce nouveau feuillton dĂ©veloppĂ© Ă  l’occasion du nouvel album de Cecilia Bartoli (intitulĂ© St Petersburg, parution le 13 octobre 2014), classiquenews prĂ©cise le sujet du programme musical dĂ©fendu par la diva romaine Bartoli. Nouveau album, nouvelles dĂ©couvertes… AprĂšs avoir Ă©clairer notre connaissance sur les castrats napolitains, en en dĂ©nonçant la pratique historique d’Ă©masculation des jeunes garçons au nom d’un art d’excellence (cf. son album Ă©galement Ă©ditĂ© par Decca, intitulĂ© Ă  juste titre ” Sacrificium “, 2009), voici rĂ©vĂ©lĂ©s l’Ɠuvre et le style des compositeurs napolitains principalement jusqu’en 1750, Ă  la Cour de Russie : Araia puis Raupach, dans les annĂ©es 1730 puis 1740 et 1750, pour les Tsarines Anna et Elisabeth,- donc avant l’avĂšnement du rĂšgne de Catherine la Grande (Tsarine en 1762),  livrent plusieurs joyaux lyriques en rapport avec le goĂ»t europĂ©en des ImpĂ©ratrices Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres. Contemporains de Vivaldi, Bach, Haendel et Rameau, Aria et Raupach  (contemporain aussi du compositeur Ă©lĂ©gantissime Steffani que la diva a auparavant dĂ©voilĂ© dans son album ” Mission “,  2012) cultivent le style du Baroque tardif dĂ©jĂ  classique et galant, affirmant la suprĂ©matie des Italiens surtout napolitains Ă  la Cour ImpĂ©riale… Classiquenews, dans ce feuilleton 2, (aprĂšs le volet 1 qui offrait une prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du projet St Petersburg par Cecilia Bartoli), souligne la valeur artistique des compositeurs ainsi ressuscitĂ©s, d’autant plus vivaces et captivants qu’ils sont dĂ©fendus par la furiĂ  expressive et ciselĂ©e de la diva, qui la quarantaine rayonnante, s’engage derechef pour un nouveau rĂ©pertoire – certes qu’elle connaĂźt bien, mais qui dans son prolongement jusqu’Ă  Saint-Petersbourg (St Petersburg) prĂ©sente de nouveaux dĂ©fis : vocaux, dramatiques, linguistiques (Bartoli y chante pour la premiĂšre fois en russe). dans ce nouveau feuilleton, CLASSIQUENEWS prĂ©sente 5 airs du rĂ©cital St Petersburg de Cecilia Bartoli qui compte 11 inĂ©dits.

 

 

 

CD. St Petersburg par Cecilia Bartoli (2/3)

Araia et Raupach Ă  la Cour impĂ©riale russe …

 

st-petersburg-versailles-russe-jardin-xviiiSt Petersburg Ă  l’heure napolitaine … Comme dans le reste des Cours Ă©clairĂ©es d’Europe, la Russie “façonnĂ©e” par Pierre Ier se met Ă  la page de la culture moderne, celle bientĂŽt des LumiĂšres oĂč rĂšgne le parler français et le chanter italien. Versailles depuis Louis XIV dicte les maniĂšres et l’art de vivre dĂ©coratif et architectural, mais les italiens rĂšgnent sur l’opĂ©ra : aucune cour ne peut prĂ©tendre Ă  un certain statut prestigieux si elle ne cultive pas son propre opĂ©ra italien : est-ce un hasard si les compositeurs germaniques : Haydn, Mozart et avant eux, Haendel ou Hasse se soient mis Ă  l’italien ? Seule la France prĂ©servant sa singularitĂ© nationale cultive sa propre tradition (qu’incarne alors le savant autant qu’expĂ©rimental Rameau, de 1733 Ă  1764). Dans son album St Petersburg, la mezzo romaine Cecilia Bartoli s’intĂ©resse Ă  la nombreuse colonie des compositeurs italiens qui ont travaillĂ© pour la Cour impĂ©riale Russe : Galuppi, Paisiello, Cimarosa ou Sarti, et mĂȘme  Giuseppe Verdi, dont La forza deldestino est crĂ©Ă© en 1862 au ThĂ©Ăątre impĂ©rial de Saint-PĂ©tersbourg. La diva remonte encore plus loin dans le temps : en particulier Ă  l’Ăąge des bĂątisseurs, dans ce premier XVIIIĂš baroque et exubĂ©rant qui saisit par sa science expressive et caractĂ©risĂ©e .Si Pierre Ier fonde la grande Russie moderne, c’est surtout Catherine II, “la Grande” qui au temps des LumiĂšres (1762-1796) favorise particuliĂšrement l’opĂ©ra italien. Jusqu’Ă  Glinka et son opĂ©ra national “Une vie pour le Tsar” (1836), l’opĂ©ra en Russie reste surtout italien. Cecilia Bartoli Ă©claire la pĂ©riode de l’histoire russe oĂč au XVIIIĂšme, les compositeurs baroques italiens ont particuliĂšrement comptĂ©.

 

 

3 Tsarines pro europĂ©ennes …
anna-ioannovna-anna ivanovna 1730-1740Trois impĂ©ratrices au goĂ»t proche se distinguent alors, dĂ©voilant la faveur d’une sensibilitĂ© occidentale et culturellement europĂ©enne, en particulier italienne : Anna Ivanovna ou Anne IĂšre (1730–1740, portrait ci contre), Élisabeth IĂšre (1741–1761) enfin la plus prestigieuse, Catherine II  dite “la Grande” (1762–1796). Chacune prolongent le grand dessein de Pierre Ier : bĂątir une nation russe puissante et moderne qui favorise aussi un certain art de vivre. Anna a vĂ©cu surtout en Courlande (Lettonie de l’Ouest), se dĂ©sintĂ©ressant de la vie traditionnelle russe. Élisabeth Petrovna, fille de la seconde Ă©pouse de Pierre le Grand, nĂ©e en Courlande, est Ă©duquĂ©e Ă  la française. Catherine quant Ă  elle, nĂ©e en PomĂ©ranie (Stettin) est allemande : elle demeure toute sa vie fortement influencĂ©e par les tendances artistiques venues d’Europe. Le fondateur de Saint-Petersbourg n’a pas le temps d’enraciner une riche vie culturelle locale : c’est l’Ɠuvre des trois impĂ©ratrices qui lui succĂšdent.

     

 

 

Anna Ivanovna  et Francesco Araia

 

anna-ivanovna-tsarine-cecilia-bartoli-st-petersburg-decca-cdA la tsarine Anna Ivanovna revient l’installation d’une troupe italienne d’opĂ©ra Ă  Saint- PĂ©tersbourg. En font partie,  le violoniste et compositeur Domenico Dall’Oglio, Ă©lĂšve probable  de Vivaldi et de Tartini. Dans le courant des annĂ©es 1730, Anna favorise l’essor de la vie musicale Ă  Saint-Petersbourg : en 1732, elle crĂ©Ă©e la premiĂšre AcadĂ©mie de musique en Russie, tout en Ɠuvrant Ă  la professionnalisation de l’orchestre de la Cour. JugĂ©e sĂ©vĂšrement par les historiens, le rĂšgne d’Anna, trop dispendieux voire “dĂ©cadent”, invite le compositeur napolitain Francesco Araia (1709-1770) comme premier compositeur de la cour, aprĂšs le refus de Nicolo Porpora.  AprĂšs sa crĂ©ation milanaise en 1734, l’opĂ©ra La forza dell’amore e dell’odio est reprĂ©sentĂ© en 1736 au ThĂ©Ăątre du Palais d’Hiver : c’est le premier opĂ©ra italien reprĂ©sentĂ© en Russie. Le livret italien est alors traduit en russe.

BartolispCecilia Bartoli a choisi d’incarner Minerve qui s’adressant Ă  son pĂšre, au bord tragique de la mort, s’Ă©panche dans un air de plus de 7mn (Vado a morir : je vais mourir… ) : contemporain du dernier Vivaldi, l’ouvrage d’Araia dĂ©ploie une somptueuse Ă©toffe instrumentale plutĂŽt sombre et grave, que le chant tendu, Ă©ruptif, souvent incandescent de la mezzo rĂ©inscrit dans la dĂ©ploration digne et blessĂ©e (Plage 1).
Est ce parce qu’elle ne souhaitait pas mettre surtout en avant la pure virtuositĂ©, mais bien en premier choix, la langueur funĂšbre et noire que Cecilia Bartoli a choisi ainsi d’ouvrir son rĂ©cital St Petersburg dans la pudeur affligĂ©e d’un air trĂšs introspectif ? La dĂ©cision est juste. Ceux qui aime leur diva dans les cascades acrobatiques seront nĂ©anmoins satisfaits (et ce dĂšs l’air qui suit : le chant rageur conquĂ©rant d’Hercule aux portes des enfers extraits de l’Alceste de Raupach, devenu dans le livret de l’Ă©crivain russe Alexander Sumarokov : Altsesta, premier opĂ©ra chantĂ© en russe…, plage 2).

Chaque reprĂ©sentation d’un opĂ©ra d’Araia souligne un temps fort du calendrier dynastique : la fĂȘte de la tsarine, le couronnement, puis chaque jour anniversaire de l’intronisation. Entre temps, ballets, oratorios, concerts innombrables donnĂ©s pour grands banquets hebdomadaires et surtout les bals. De nombreux chƓurs sont constituĂ©s Ă  partir de chanteurs venus de toute la Russie.

BartolispEmblĂ©matique de la veine seria, solennel mais aussi tendre et carressant : le style d’Araia transparaĂźt davantage dans l’extrait de Seleuco (livret de Giuseppe Bonecchi) : son Ă©criture trĂšs brillante (avec hautbois obligĂ© dĂšs l’ouverture puis dialoguant avec la voix soliste qu’il ne cesse pendant tout l’air de plus de 10 mn, d’accompagner, de commenter, de doubler…), prĂ©figure les Haydn et Mozart de la gĂ©nĂ©ration suivante. Cecilia Bartoli chante l’air d’apaisement voire d’extase pastorale de DĂ©mĂ©trius (Demetrio) oĂč les sentiments entre crainte et espĂ©rance, d’un berger amoureux perdu dans les bois la nuit venue, s’Ă©veille aux sons de la mystĂ©rieuse et imprĂ©visible nature : prĂ©texte Ă  une sĂ©rie de coloratoure impressionannte, dialoguĂ©e avec le hautbois omniprĂ©sent (Plage 7).

Les reprĂ©sentations d’opĂ©ras sont les moments les plus solennels du calendrier musical officiel : Araia est principalement jouĂ©, ainsi en est il jusqu’aux annĂ©es 1750, exception faite donc de l’opĂ©ra La ClĂ©mence de Titus (hommage aux Politiques Ă©clairĂ©s) de Hasse, reprĂ©sentĂ© donc Ă  Moscou en 1742, pour le couronnement de l’ImpĂ©ratrice Elisabeth et pour lequel Dall’Oglio, musicien faisant partie de la troupe italienne favorisĂ©e par Anna Ivanovna-, et son confrĂšre Luigi Madonis, composent le prologue. En un air avec flĂ»te obligĂ©e, colorant l’Ă©pisode en teintes pastorales, l’air de Rutenia est un appel Ă  la paix intĂ©rieure : “nous sommes fatiguĂ©s de pleurer, nous sommes las de souffrir”…

     

 

 

Elisabeth mĂ©lomane, l’arrivĂ©e de Raupach en 1755…

 

elizabeta-petrovna-elizabeth-1ere-de-Russie-cecilia-bartoli-st-petersburg-cd-deccaTrĂšs diffĂ©rente d’Anna, Elisabeth n’en poursuit pas moins la politique musicale proitalienne, en particulier napolitaine : l’ImpĂ©ratrice succombe comme tous les rois et princes europĂ©ens au culte des castrats, invention proprement napolitaine. Ainsi en 1755, pour la crĂ©ation Ă  Saint-Petersbourg, de l’opĂ©ra Alessandro nell’Indie d’Araia, dĂ©cidĂ©ment trĂšs en faveur, Elisabeth fait venir le castrat Carestini, favori de Haendel dont il chanta tant de rĂŽles majeurs dans ses opĂ©ras serias. La mĂȘme annĂ©e, Elisabeth autorise la crĂ©ation du premier opĂ©ra en langue russe Tsefal i Prokris (“CĂ©phale et Procris”). L’Ɠuvre est dĂ©cisive car son livret est Ă©crit par l’Ă©crivain russe Alexandre Soumarokov… d’inspiration pastorale, l’opĂ©ra est chantĂ© par de jeunes solistes provenant des chƓurs russes fondĂ©s par Anna. En 1755 aussi, arrive de Stralsund, Hermann Friedrich Raupach (1728-1778), comme claveciniste de l’Orchestre de la cour. TrĂšs vite, Raupachest sollicitĂ© comme compositeur : ainsi en 1758, Rapauch livre son nouvel opĂ©ra : Altsesta, Alceste, drame Ă©crit par Soumarokov Ă©galement et chantĂ© lors de sa crĂ©ation dans le palais d’Ă©tĂ© de Peterhof, par des enfants chanteurs issus des chƓurs russes de la Chapelle impĂ©riale. Le succĂšs auprĂšs de l’ImpĂ©ratrice est total : Raupach gagne de nouveaux galons : il succĂšde en 1759 Ă  Araia, congĂ©diĂ© par Elisabeth.

BartolispComme Araia ainsi dĂ©voilĂ©, Raupach occupe une place importante dans le rĂ©cital de Cecilia Bartoli : sa furiĂ  d’agilitĂ©, dramatique frĂ©nĂ©tique (prĂ©gluckiste) s’affirme surtout dans le premier air sĂ©lectionnĂ© extrait de l’Alceste russe de Sumarokov de 1758 : Cecilia Bartoli incarne la stature dĂ©terminĂ©e, conquĂ©tante du hĂ©ros Hercule. Chantant pour la premiĂšre fois en russe, la diva Ă©voque l’entrĂ©e du libĂ©rateur du couple AdmĂšte/Alceste, dans la gueule des enfers : la sĂ©rie d’acrobatie vocale exprime l’ardente Ă©nergie d’un hĂ©ros prĂȘt Ă  en dĂ©coudre (“j’y entrerai et lĂ , tout, je torublerai”). Hercule entend dĂ©fendre l’intĂ©gritĂ© d’Alceste dĂ©cidĂ©e Ă  remplacer son Ă©poux AdmĂšte aux Enfers. La vitalitĂ© des cordes, les accents des trompettes guerriĂšres, convoquant dans cet air de bravoure exacerbĂ©e, le lustre des futurs exploits militaires, composent un air saisissant, exigeant virtuositĂ© et dramatisme, soit un souffle illimitĂ©… que Cecilia Bartoli, soucieuse de caractĂ©risation juste et habitĂ©e, dĂ©fend avec une intensitĂ© rare (plage 2).
BartolispL’opera seria exalte la grandeur morale des protagoniste tout en soignant dans le dĂ©roulement dramatique, l’arche tendue et vive des contrastes : le second extrait sĂ©lectionnĂ© par Cecilia Bartoli, d’aprĂšs le premier opĂ©ra russe, Altsesta, est l’air le plus long du rĂ©cital, lui aussi d’une langueur et d’une gravitĂ© toute napolitaine (courbe ondulante et grave des cordes rappelant PergolĂšse et Scarlatti entre autres) : Ă©cho de l’air de minerve d’Aria lui aussi frappĂ© du sceau de la mort souveraine, l’air d’Alceste : “ Je vais Ă  la mort et je n’ai pas peur … impose le tempĂ©rament vocal d’une hĂ©roĂŻne prĂȘte Ă  l’ultime sacrifice pour sauver son Ă©poux, le Roi AdmĂšte. Ici pas de vent ou bois ou cuivres obligĂ©s mais la seule vague suspendue des cordes, baignant l’air chantĂ© en russe, dans une atmosphĂšre sombre et apaisĂ©e Ă  la fois : Alceste reste sereine dans sa dĂ©cision fatale. Car c’est son amour absolue qui la guide… au delĂ  de toute souffrance, au delĂ  de toute rĂ©volte. Cecilia Bartoli a manifestement choisi cet air pour son amplitude introspective, les qualitĂ©s de caractĂ©risation intĂ©rieures qu’il exige (plage 3).
Le dernier air soulignant la maĂźtrise de Raupach dans le style napolitain seria est extrait de Siroe, re di Persia : d’aprĂšs un livret de MĂ©tastase, Laudice exprime la dignitĂ© de sa posture morale : l’air est de dĂ©termination et de bravoure, exigeant vocalises dĂ©ferlantes, sur un tapis orchestral qui exprime la houle marine soumise aux vissicitudes du vent inconstant. Le dĂ©chainement des Ă©lĂ©ments faisant mĂ©taphore des passions qui animent le cƓur et l’Ăąme de la soliste (plage 4).

st-petersburg-cecilia-bartoli-vue-palais-roseAraia comme Raupach s’illustrent parfaitement dans le modĂšle baroque tardif de l’opĂ©ra seria avec airs da capo. Si la virtuositĂ© vocale est particuliĂšrement exigĂ©e, le chromatisme nouveau annonce dĂ©jĂ  la sensibilitĂ© classique et galante.  Comme dans les cours d’Europe, aprĂšs l’engouement pour les roucoulades virtuoses des castrats, et pour l’opera seria napolitain, la Cour impĂ©riale Russe s’enthousiasme pour les comĂ©dies italiennes, en particulier quand en 1757, la troupe d’opĂ©ra de Giovanni Battista Locatelli joue les commedie italiennes Ă  la Cour (entre autres celles de Galuppi), dans les cercles privĂ©s et les thĂ©Ăątres public… Vincenzo Manfredini, jeune et fringuant kapellmeister de la troupe, est remarquĂ© et entre Ă  la Chapelle impĂ©riale, au moment oĂč Pierre, nouvel hĂ©ritier nommĂ© par Elisabeth, devient Tsar (Pierre III) Ă  la mort de la Tsarine en 1761. Manfredini devient de facto, le nouveau compositeur officiel aprĂšs Raupach. Mais c’est une toute autre histoire qui s’Ă©crit alors… Ă  suivre dans notre prochain feuilleton 3/3 : le goĂ»t et les rĂ©formes de la Grande Catherine, les compositeur Manfredini, Galuppi, Cimarosa.

Lire aussi notre volet 1/3 : présentation générale du nouveau cd de Cecilia Bartoli

Nouveau cd. Cecilia Bartoli : St-Petersburg. Feuilleton 1/3

BARTOLI-cecilia-cd-decca-new-dc-st-peterburg-saint-petersbourg-DECCA-review-complete-reviewNouveau cd. Cecilia Bartoli : St-Petersburg. Feuilleton 1/3. Quels sont les oeuvres ressuscitĂ©es ? Quels en sont les compositeurs et le goĂ»t des impĂ©ratrices qui les ont favorisĂ©s ? CLASSIQUENEWS s’intĂ©resse au nouvel album de Cecilia Bartoli intitulĂ© “ St-Petersburg “. Feuilleton en 3 volets…  Volet 1 : prĂ©sentation gĂ©nĂ©rale du programme St Petersburg. A partir des archives mĂ©connues du ThĂ©Ăątre Marinsky, Cecilia Bartoli a sĂ©lectionnĂ© un corpus lyrique de 11 mĂ©lodies inĂ©dites rĂ©vĂ©lant le statut privilĂ©giĂ© des compositeurs italiens dans le goĂ»t musical de 3 impĂ©ratrices russes et non des moindres. Les perles ainsi rĂ©vĂ©lĂ©es tĂ©moignent de la forte attraction de l’art occidental dans la Saint-PĂ©tersbourg impĂ©riale au XVIIIĂšme siĂšcle.  La ville crĂ©Ă©e sur les marais par Pierre Ier dĂ©montre l’ambition d’un Russie forte et puissante qui veut s’imposer sur l’échiquier europĂ©en
 A la suite de la politique proeuropĂ©enne de Pierre Ier, les Tsarines Anna Ivanovna (1730–40), Élisabeth Petrovna (Élisabeth IĂšre, 1741–1762) et Catherine II (« la Grande », 1762–1796) se tournent elles aussi vers l’Europe afin d’enrichir la vie culturelle de leur vaste pays : elles y font entendre les musiques les plus applaudies et les plus modernes Ă  leur Ă©poque, preuve d’un goĂ»t raffinĂ© et sĂ»r. Alors que L’Europe des LumiĂšres goĂ»te surtout les idĂ©es des philosophes français (Catherine II Ă©crit en français Ă  Voltaire Ă  la fin du siĂšcle), la musique favorite reste surtout italienne. Les femmes de pouvoir cultivent un goĂ»t audacieux dans la suite du Tsar Pierre Ier, lequel Ă  sa mort en 1725, laisse un empire occidentalisĂ© dont Saint-Petersbourg est l’emblĂšme le plus prestigieux.

 

 

 

3 impĂ©ratrices au goĂ»t europĂ©en et… italien

 

Catherine la grande_Pietro_Antonio_Conte_Rotari,_Portrait_de_la_grande-duchesse_Catherine_AlekseĂŻevnaSa niĂšce, Anna, impĂ©ratrice Ă  partir de 1730, dĂ©veloppe les arts Ă  grande Ă©chelle. Elle fait venir Ă  la cour impĂ©riale des musiciens italiens et allemands, et avec eux l’opĂ©ra, l’opĂ©ra-bouffe, le ballet. En 1741, par un coup d’État pacifique, Élisabeth 1Ăšre (fille d’un second mariage de Pierre le Grand) s’empare du pouvoir dĂ©tenu par l’hĂ©ritier dĂ©signĂ© d’Anna, son petit-neveu Ivan, encore nourrisson. Elisabeth 1Ăšre prend la cour de France comme modĂšle, et, grande admiratrice du thĂ©Ăątre français, s’engage Ă©galement en faveur de la musique avec passion. Elle chante dans le chƓur de sa propre chapelle, dĂ©veloppe la musique profane, met sur pied le premier opĂ©ra chantĂ© en russe (La forza dell’amore e dell’odio de Francesco Araia, crĂ©Ă© au Palais d’hiver, en 1736). Le successeur immĂ©diat d’Élisabeth est son neveu Pierre, esprit dĂ©rangĂ© et malingre qui est bientĂŽt Ă©cartĂ© par sa femme, celle-ci accĂšde au anna-ioannovna-anna ivanovna 1730-1740pouvoir sous le nom de Catherine II. Durant les trente-quatre annĂ©es de son long rĂšgne (1762-1796), Catherine la Grande (photo ci-contre), interlocutrice de Louis XV et Louis XVI, poursuit le travail de ses prĂ©dĂ©cesseurs (en particulier l’Ɠuvre de Pierre Ier) et fait de l’Empire russe une puissance mondiale de premier ordre.  Au dĂ©but, peu musicienne (dans son enfance elle aurait dit-on, utilisĂ© un clavicorde pour fabriquer un toboggan
 !!), Catherine invite Ă  Saint-PĂ©tersbourg les musiciens de renommĂ©e internationale ; Ă©crit des livrets d’opĂ©ra… les premiers thĂ©Ăątres d’opĂ©ra russes voient le jour durant son rĂšgne.

elisabeth petrovna 1741-1762Elizabeth_of_Russia_by_V.EriksenCherchant Ă  restituer Ă  travers trois portraits d’impĂ©ratrice, selon leur goĂ»t musical propre,  l’évolution de la faveur europĂ©enne, surtout italienne Ă  la Cour de Saint-Petersbourg, la mezzo romaine Cecilia Bartoli choisit les Ɠuvres les plus emblĂ©matiques de chaque compositeurs invitĂ©s ou jouĂ©s en Russie : Francesco Araia (1735–1759), Hermann Friedrich Raupach (1759–1761), Vincenzo Manfredini (1761–1763) et Domenico Cimarosa (1787–1791).

Aria francescoLe napolitain Francesco Araia est le premier compositeur dont on joua un opĂ©ra en Russie (La forza dell’amore e dell’odio, au Palais d’hiver, en 1736). Il compose surtout le premier opĂ©ra sur un livret russe (Tsefal i Prokris,  – CĂ©phale et Procris-, reprĂ©sentĂ© pour la premiĂšre fois en 1755). Cecilia Bartoli chante deux airs d’Araia, l’un d’eux Ă©tant empruntĂ© Ă  l’ouvrage pionnier La forza dell’amore e dell’odio.  Araia eut pour successeur le claveciniste et compositeur allemand Hermann Friedrich Raupach… qui fut au service de l’impĂ©ratrice pendant deux ans seulement : son style classique n’écarte pas un dramatise trĂšs intense. Malheureusement, la part de ses oeuvres parvenues est bien mince. Cecilia Bartoli a choisi deux airs de son opĂ©ra russe Altsesta, les premiers airs que Cecilia Bartoli chante en russe !

Le jeune Vincenzo Manfredini dont figurent ici trois extraits de l’opĂ©ra Carlo Magno, notamment le chƓur animĂ© et victorieux qui termine le disque, occupe son poste en Russie
 moins de deux ans. NommĂ© par Pierre, le prĂ©dĂ©cesseur Ă©phĂ©mĂšre de Catherine, ne lui rendit sans doute pas service sur le plan professionnel ! C’était pourtant un compositeur de grand talent dont Cecilia Bartoli dĂ©voile le tempĂ©rament taillĂ© lui aussi pour l’expression des passions et le thĂ©Ăątre. Autre rĂ©vĂ©lation du programme conçu par Cecilia Bartoli : La ClĂ©mence de Titus de Johann Adolf Hasse 
 qui prĂ©cĂšde La ClĂ©mence de Mozart datĂ©e de 1791, de prĂšs de cinquante ans. Écrit pour le couronnement de la tsarine Élisabeth, en 1742, le prologue rĂ©unit l’Ă©criture de deux compositeurs italiens actifs en Russie : Domenico Dall’Oglio (probablement un Ă©lĂšve de Vivaldi et de Tartini) et le violoniste Luigi Madonis.

cimarosa domenicoEnfin Domenico Cimarosa, – seul auteur encore connu de nos jours-, passe quatre ans Ă  la cour de Saint-PĂ©tersbourg avant de s’installer Ă  Vienne oĂč il entre au service de l’empereur du Saint-Empire romain germanique, LĂ©opold II. Catherine II avait beau s’intĂ©resser Ă  la littĂ©rature et au thĂ©Ăątre français, Cimarosa qui travaille d’arrache-pied et donne naissance Ă  un flot constant de musique de premier ordre, ne reste pas en Russie. L’air retenu dans le programme, issu de La vergine del sole, comporte un solo de clarinette particuliĂšrement brillant. Catherine avait bel et bien perdu un compositeur de qualité  Le fonds des archives de la bibliothĂšque du ThĂ©Ăątre Mariinsky de Saint-PĂ©tersbourg est particuliĂšrement riche et comprend une collection mĂ©sestimĂ©e de perles lyriques depuis le XVIIĂšme jusqu’au XIXĂšme
 la partition originale de La Force du destin de Verdi, reprĂ©sentĂ©e pour la premiĂšre fois Ă  Saint-PĂ©tersbourg en 1862 y figure entre autres. Pour son projet  « St Petersburg », Cecilia Bartoli retrouve Diego Fasolis et son ensemble I Barocchisti, complices prĂ©cĂ©dents pour la redĂ©couverte des opĂ©ras d’Agostino Steffani.

Cecilia Bartoli : St Petersburg. 1 cd Decca, sortie internationale le 13 octobre 2014.

 

 

 

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Tracklisting : programme du cd St-Petersburg :

1. Francesco Domenico Araia (1709-1770): La forza del amore e dell’ odio – ‘Vado a morir’

2. Hermann Raupach (1728-1778): Altsesta – ‘Razverzi pyos gortani, laja’

3. Hermann Raupach: Altsesta – ‘Idu na smert’

4. Hermann Raupach: Siroe, re di Persia – ‘O placido il mare’

5. Domenico Dall’Oglio (1699-1764), Luigi Madonis (1690-1767): prologue to La clemenza di tito (Hasse) – ‘De’ miei figli’

6. Vincenzo Manfredini (1737-1799): Carlo Magno – ‘Fra’ lacci tu mi credi’

7. Francesco Domenico Araia: Seleuco – ‘Pastor che a notte ombrosa’

8. Hermann Raupach: Altsesta – ‘Marcia’

9. Vincenzo Manfredini: Carlo Magno – ‘Non turbar que’ vaghi rai’

10. Domenico Cimarosa (1749-1801): La vergine del sole – ‘Agitata in tante pene’

11. Vincenzo Manfredini: Carlo Magno – ‘A noi vivi, donna eccelsa’

 

 

 

BARTOLI-cecilia-cd-decca-new-dc-st-peterburg-saint-petersbourg-DECCA-review-complete-reviewBartoli on stage : 13 dates d’une tournĂ©e incontournable, au programme : les 11 airs inĂ©dits de l’album St-Petersburg

I Barocchisti · Diego Fasolis

October 22, 2014 Berlin, Konzerthaus

26 octobre 2014 : Amsterdam, Het Concertgebouw

28 octobre 2014 Cologne, Philharmonie

1er & 7 novembre 2014 Paris, ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es, 20h

10 novembre 2014 Mannheim, Rosengarten

13 novembre 2014 Brussels, Palais des Beaux-Arts

15 novembre 2014 Baden-Baden, Festspielhaus

17 novembre 2014 Essen, Philharmonie

19 novembre  2014 Hamburg, Laeiszhalle

22 novembre 2014 Regensburg, Audimax der UniversitÀt

24 novembre 2014 Prague, Rudolfinum

26 novembre 2014 Munich, Herkulessaal

28 novembre 2014 Vienna, Konzerthaus

 

Illustrations : Catherine II la Grande, Anna Ivanovna, Elisabeth IĂšre, Araia, Cimarosa … (DR) 

CD. ” St-Petersburg ” : le nouveau cd de Cecilia Bartoli Ă  paraĂźtre le 13 octobre 2014

BARTOLI-cecilia-cd-decca-new-dc-st-peterburg-saint-petersbourg-DECCA-review-complete-reviewCD. le nouveau cd de Cecilia Bartoli : St Petersburg, – Saint-Petersbourg-, Ă  paraĂźtre le 13 octobre 2014.  Comme une reine de la glace, en impĂ©ratrice des neiges, Cecilia Bartoli 2015, couronnĂ©e de fourrure immaculĂ©e, s’annonce Ă  nouveau dĂ©fricheuse et curieuse, audacieuse et passionnante. Son nouveau cd intitulĂ© ” St Peterburg ” (Saint-Petersbourg) paraĂźtra le 13 octobre 2014. Il s’agit d’un programme inĂ©dit, parcours inĂ©dit Ă  travers l’Empire Russe… Ă  l’Ă©poque oĂč le goĂ»t officiel, celui de 3 impĂ©ratrices pro occidentales se tournent avec curiositĂ© vers l’opĂ©ra italien.  Comment l’opĂ©ra italien est-il arrivĂ© Ă  la Cour de Saint PĂ©tersbourg ? Qui Ă©taient les compositeurs fĂ©tiches des tsarines Anne 1Ăšre, Elisabeth 1Ăšre et Catherine II ? Telles sont quelques unes des questions auxquelles la diva romaine apporte les rĂ©ponses attendues en musique par son chant rayonnant, articulĂ©, ciselĂ©. La ville fondĂ©e par Pierre le Grand, crĂ©Ă©e de toutes piĂšces sur les marais affiche une influence explicitement occidentale et nĂ©oclassique… Soit 11 premiĂšres mondiales en provenance de « Saint Petersburg », – perles mĂ©connues des archives du Mariinsky-, composĂ©es par 5 compositeurs dont les trois pionniers Dall’Oglio, Araia, surtout Raupach, puis Manfredini, aux cĂŽtĂ©s du plus cĂ©lĂšbre Cimarosa saisissent par leur tempĂ©rament et leur engagement dramatique …:

Programme :
1. F. D. Araia (1709-1770 : La forza del amore e dell’ odio – ‘Vado a morir’
2. H. Raupach (1728-1778 : Altsesta – ‘Razverzi pyos gortani, laja’
3. H. Raupach : Altsesta – ‘Idu na smert’
4. H. Raupach : Siroe, re di Persia – ‘O placido il mare’
5. D. Dall’Oglio (1699-1764), L. Madonis (1690-1767 prologue de La clemenza di tito (Hasse) – ‘De’ miei figli’
6. V. Manfredini (1737-1799) :  – ‘Fra lacci tu mi credi’
7. F. D. Araia : Seleuco – ‘Pastore che a notte ombrosa’
8. H. Raupach : Altsesta – ‘Marcia’
9. V. Manfredini : Carlo Magno – ‘Non turbar que’ vaghi rai’
10. D. Cimarosa (1749-1801 La vergine del sole – ‘Agitata in tante pene’
11. V. Manfredini : Carlo Magno – ‘A noi vivi, donna eccelsa’

 

 

Cecilia Bartoli Ă  Saint-Petersbourg

 

Catherine la grande_Pietro_Antonio_Conte_Rotari,_Portrait_de_la_grande-duchesse_Catherine_AlekseĂŻevnaAprĂšs les compositeurs dĂ©diĂ©s aux castrats napolitains (Sacrificium) puis un excellent programme (Mission) ressuscitant un gĂ©nie musical baroque, Ă©gal oubliĂ© de Handel, Agostino Steffani, Cecilia Bartoli s’intĂ©resse Ă  l’automne 2014, au goĂ»t europĂ©en de trois impĂ©ratrices russes Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres, soit au plein XVIIIĂšme siĂšcle.
Pour la premiĂšre fois, Cecilia Bartoli dĂ©voile quelques pĂ©pites de la musique baroque dĂ©fendues par les Tsarines russes du XVIIIĂšme : les impĂ©ratrices Anna, Elizabeth et Catherine la Grande. InspirĂ©es par l’Europe des LumiĂšres, les souveraines ont favorisĂ© plusieurs compositeurs italiens et germaniques, livrant pour la cour impĂ©riale de Saint-Petersbourg, plusieurs ouvrages oubliĂ©s. La diva y chante en italien mais aussi en russe une collection de piĂšces lyriques qu’elle a sĂ©lectionnĂ©es elle-mĂȘme au sein des Archives de la BibliothĂšque Mariinsky de Saint-Petersbourg. Plusieurs d’entre elles n’avaient plus guĂšre Ă©tĂ© relues depuis 200 ans. Dans “Saint-Petersburg”, nouveau programme d’inĂ©dits, la mezzo romaine est accompagnĂ©e par l’ensemble sur instruments anciens  I Barrochisti, dirigĂ© par Diego Fasolis, ses partenaires familiers dĂ©jĂ  prĂ©sents dans son prĂ©cĂ©dent album, Mission, rĂ©vĂ©lant langueur et passion d’Agostino Steffani.

En concert les 1er et 7 novembre 2014 au Théùtre des Champs-Elysées à Paris.

Tentez de gagner un exemplaire du nouvel album de CĂ©cilia Bartoli : Saint-PĂ©tersbourg.

 

Prochaine critique complĂšte de l’album cd Saint-Petersbourg de CĂ©cilia Bartoli Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

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CD. le nouveau cd de Cecilia Bartoli : Saint-Petersburg, Ă  paraĂźtre le 13 octobre 2014

BARTOLI-cecilia-cd-decca-new-dc-st-peterburg-saint-petersbourg-DECCA-review-complete-reviewCD. le nouveau cd de Cecilia Bartoli : Saint-Petersburg, Ă  paraĂźtre le 13 octobre 2014.  Comme une reine de la glace, en impĂ©ratrice des neiges, Cecilia Bartoli 2015, couverte de fourrure immaculĂ©e, s’annonce Ă  nouveau passionnante. Son nouveau cd intitulĂ© ” St Peterburg” paraĂźtra le 13 octobre 2014. Il s’agit d’un programme inĂ©dit, parcours inĂ©dit Ă  travers l’Empire Russe… Ă  l’Ă©poque oĂč le goĂ»t officiel, lceui de 3 impĂ©ratrices pro occidentales se tournent avec curiositĂ© vers l’opĂ©ra italien.  Comment l’opĂ©ra italien est-il arrivĂ© Ă  la Cour de Saint PĂ©tersbourg ? Qui Ă©taient les compositeurs fĂ©tiches des tsarines Anne IĂšre, Elisabeth IĂšre et Catherine II ? Telles sont quelques unes des questions auxquelles la diva romaine entend apporter des rĂ©ponses. Soit 11 premiĂšres mondiales en provenance de « Saint Petersburg », – perles mĂ©connues des archives du Mariinsky-, composĂ©es par 5 compositeurs dont les trois pionniers Dall’Oglio,  Araia, surtout Raupach, puis Manfredini, aux cĂŽtĂ©s du plus cĂ©lĂšbre Cimarosa…:

Programme :
1. F. D. Araia (1709-1770 : La forza del amore e dell’ odio – ‘Vado a morir’
2. H. Raupach (1728-1778 : Altsesta – ‘Razverzi pyos gortani, laja’
3. H. Raupach : Altsesta – ‘Idu na smert’
4. H. Raupach : Siroe, re di Persia – ‘O placido il mare’
5. D. Dall’Oglio (1699-1764), L. Madonis (1690-1767 prologue de La clemenza di tito (Hasse) – ‘De’ miei figli’
6. V. Manfredini (1737-1799) :  – ‘Fra lacci tu mi credi’
7. F. D. Araia : Seleuco – ‘Pastore che a notte ombrosa’
8. H. Raupach : Altsesta – ‘Marcia’
9. V. Manfredini : Carlo Magno – ‘Non turbar que’ vaghi rai’
10. D. Cimarosa (1749-1801 La vergine del sole – ‘Agitata in tante pene’
11. V. Manfredini : Carlo Magno – ‘A noi vivi, donna eccelsa’

 

 

Cecilia Bartoli Ă  Saint-Petersbourg

 

Catherine la grande_Pietro_Antonio_Conte_Rotari,_Portrait_de_la_grande-duchesse_Catherine_AlekseĂŻevnaAprĂšs les compositeurs dĂ©diĂ©s aux castrats napolitains (Sacrificium) puis un excellent programme (Mission) ressuscitant un gĂ©nie musical baroque, Ă©gal oulbiĂ© de Handel, Agostino Steffani, Cecilia Bartoli s’intĂ©resse Ă  l’automne 2014, au goĂ»t europĂ©en de trois impĂ©ratrices russes Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres, soit au plein XVIIIĂšme siĂšcle.
Pour la premiĂšre fois, Cecilia Bartoli dĂ©voile quelques pĂ©pites de la musique baroque dĂ©fendues par les Tsarines russes du XVIIIĂšme : les impĂ©ratrices Anna, Elizabeth et Catherine la Grande. InspirĂ©es par l’Europe des LumiĂšres, les souveraines ont favorisĂ© plusieurs compositeurs italiens et germaniques, livrant pour la cour impĂ©riale de Saint-Petersbourg, plusieurs ouvrages oubliĂ©s. La diva y chante en italien mais aussi en russe une collection de piĂšces lyriques qu’elle a sĂ©lectionnĂ©es elle-mĂȘme au sein des Archives de la BibliothĂšque Mariinsky de Saint-Petersbourg. Plusieurs d’entre elles n’avaient plus guĂšre Ă©tĂ© relues depuis 200 ans. Dans “Saint-Petersburg”, nouveau programme d’inĂ©dits, la mezzo romaine est accompagnĂ©e par l’ensemble sur instruments anciens  I Barrochisti, dirigĂ© par Diego Fasolis, ses partenaires familiers dĂ©jĂ  prĂ©sents dans son prĂ©cĂ©dent album, Mission, rĂ©vĂ©lant langueur et passion d’Agostino Steffani.

En concert les 1er et 7 novembre 2014 au Théùtre des Champs-Elysées à Paris.

Tentez de gagner un exemplaire du nouvel album de CĂ©cilia Bartoli : Saint-PĂ©tersbourg.

 

Prochaine critique complĂšte de l’album cd Saint-Petersbourg de CĂ©cilia Bartoli Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

 

 

DVD. Rossini : Otello (Bartoli, Zurich, 2012)

rossini otello bartoli osborn tang zurich 2012DVD. Rossini : Otello (Bartoli, Tang, Zurich, 2012). Cecilia Bartoli fait toute la valeur de cette production zurichoise enregistrĂ©e ici lors de sa premiĂšre prĂ©sentation en 2012 avant sa reprise rĂ©cente Ă  Paris (TCE, avril/mai 2014). La mezzo est Desdemona, soulignant combien avant Verdi, le profil des protagonistes est finement ciselĂ© sur le plan musical. L’amoureuse victimisĂ©e saisie par la jalousie dĂ©vorante du maure y paraĂźt dans toute l’étendue du mythe romantique. A l’aune du tĂ©nĂ©brisme shakespearien, soulignons comme une arche progressive, l’intensitĂ© d’une voix furieuse au I et II, jusqu’à la priĂšre intĂ©rieure, dĂ©chirante du III. Les contrastes sont Ă©blouissants, l’intelligence dramatique fait feu de tout bois avec un raffinement expressif et vocal, indiscutable. Sa stature tragique s’impose sur scĂšne, Ă  l’écran et de toute Ă©vidence en objet uniquement sonore : sans la rĂ©alisation scĂ©nique et visuelle, sa Desdemona marquerait de la mĂȘme façon les esprits et les oreilles.

Pour Bartoli et rien que pour elle 


A ses cĂŽtĂ©s, l’Otello d’Osborn est honnĂȘte malgrĂ© des aigus plutĂŽt serrĂ©s ; plus vibrant et palpitant, donc libre dramatiquement, le Rodrigo de Camarena. Moins Ă©vident et naturel le Iago de Rocha, plus contraint et poussĂ©. Evidemment, la mĂ©canique seria rossinienne n’échappe pas au chef Muhai Tang mais son manque de « laisser respirer », ses absences de suspensions sur le fil du verbe languissant ou frĂ©nĂ©tique, marque les limites d’une direction pointilleuse, Ă©trangĂšre Ă  tout souffle embrasĂ©. Heureusement les instruments d’époque de La Scintilla (l’orchestre sur instruments anciens de l’OpĂ©ra de Zurich) apporte une couleur spĂ©cifique, trĂšs Ă  propos avec le souci linguistique de l’excellente Bartoli.

Moins inspirĂ© qu’auparavant, le filon jusque lĂ  poĂ©tique Caurier et Leiser dessine un drame vĂ©nitien sans aucune ombre ni finesse : une succession de gags et d’idĂ©es gadgets qui rĂ©trĂ©cisse le mythe romantique et passionnel, en fait divers vĂ©riste, misĂ©rabiliste, d’une austĂ©ritĂ© asphyxiante qui atteint les idĂ©es mĂȘme de l’actualisation. Pas sĂ»r que l’image lolita addicted Ă  la biĂšre de Desdemona renforce ou Ă©claire le jeu de la diva romaine qui n’a pas besoin de tels dĂ©tails anecdotiques pour sortir et dĂ©ployer sa fabuleuse furiĂ  lyrique (on atteint un comble de ridicule quand la chanteuse s’asperge de biĂšre : mais bien sĂ»r pour rafraĂźchir son tempĂ©rament embrasĂ© ??!!)
 L’intelligence eut Ă©tĂ© d’éviter de tels Ă©carts. DĂ©cidĂ©ment, pour Bartoli et rien que pour elle.

Gioachino Rossini (1792-1868): Otello ossia Il Moro di Venezia. Cecilia Bartoli, John Osborn, Peter Kalman, Javier Camarena, Edgardo Rocha, Liliana Nikiteanu, Nicola Pamio, Ilker ArcayĂŒrek. Orchestra La Scintilla. Muhai Tang, direction (1 dvd Decca).

Paris. Théùtre des Champs-Elysées, le 7 avril 2014. Gioacchino Rossini : Otello. John Osborn, Cecilia Bartoli, Edgardo Rocha, Barry Banks. Jean-Christophe Spinosi, direction musicale. Moshe Leiser et Patrice Caurier, mise en scÚne

otello BartoliOtello ou DesdĂ©mone ? Trois ans et demi aprĂšs une exĂ©cution de concert avec les forces lyonnaises, le ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es accueille Ă  nouveau l’Otello rossinien, mais cette fois en version scĂ©nique, dans une production venue de l’OpĂ©ra de Zurich.
EmmenĂ©e avec fougue par Cecilia Bartoli, qui incarne la tendre et fiĂšre DesdĂ©mone, cette mise en scĂšne – immortalisĂ©e par un DVD – permet Ă  la diva italienne sa premiĂšre apparition depuis longtemps dans la capitale avec un rĂŽle complet. La salle est comble, l’atmosphĂšre Ă©lectrique.
Evacuons d’emblĂ©e le sujet dĂ©licat : la direction de Jean-Christophe Spinosi et son orchestre en mauvaise forme.
Trac de cette premiĂšre reprĂ©sentation ou manque de rĂ©pĂ©titions, on dĂ©plore un Ensemble Matheus Ă  la sonoritĂ© sĂšche et acide, sans galbe ni voluptĂ©, et aux vents dĂ©faillants, notamment des cors naturels multipliant les ratĂ©s. A sa tĂȘte, le chef paraĂźt peiner Ă  trouver le pouls de cette musique, la cantilĂšne rossinienne ne se dĂ©ployant jamais pleinement, le rubato des grandes cantilĂšnes semblant souvent problĂ©matique Ă  soutenir. Seule la derniĂšre scĂšne, Ă  l’écriture regardant vers l’avenir, multipliant les traits inquiĂ©tants, prend d’un coup une force dramatique absente jusqu’ici, mettant en lumiĂšre les tensions qui sourdent et ne demandent qu’à Ă©clater.
La mise en scĂšne imaginĂ©e par Moshe Leiser et Patrice Caurier fonctionne parfaitement, situant l’action Ă  une Ă©poque moderne indĂ©terminĂ©e et mettant l’accent sur le racisme dont est victime Otello, propos parfaitement d’actualitĂ©.
De l’antichambre d’une salle de rĂ©ception officielle oĂč les rancƓurs Ă  l’encontre du gĂ©nĂ©ral Maure se dĂ©versent, Ă  un cafĂ© oĂč le combattant solitaire retrouve un semblant de paix Ă  l’ombre de ses racines, tout dans la scĂ©nographie fait sens, pour culminer dans la chambre de DesdĂ©mone avec un affrontement final presque bestial, d’un grand impact scĂ©nique.
OpĂ©ra de tĂ©nors, cette Ɠuvre en requiert pas moins de trois. Le plus sinueux, le perfide Iago, semble convenir idĂ©alement au timbre trĂšs particulier de Barry Banks, par ailleurs vaillant et aux aigus acĂ©rĂ©s.
Le Rodrigo d’Edgardo Rocha Ă©blouit par son accroche haute et le rayonnement de sa voix, incarnant avec fougue cet amant déçu, mais demeure prudent dans les agilitĂ©s qu’il dĂ©timbre souvent et nĂ©gocie prudemment. PlutĂŽt que Rossini, on imagine davantage ce jeune tĂ©nor dans le rĂ©pertoire bellinien – il ferait un magnifique Arturo dans les Puritains – et donizettien – Nemorino dans l’Elixir doit lui convenir Ă  merveille –.
FidĂšle interprĂšte du rĂŽle-titre, John Osborn affronte crĂąnement une tessiture impossible, et s’il n’est pas le baritenore exigĂ© par la partition, sa performance est Ă  saluer bien bas, tant la voix sonne avec franchise, l’aigu avec aisance et la vocalisation avec naturel. En outre, il se montre particuliĂšrement Ă  l’aise dans cette production qu’il connaĂźt bien, et offre une trĂšs belle prestation de comĂ©dien.
Aux cĂŽtĂ©s de l’excellent Elmiro de Peter Kalman et d’un Doge trĂšs crĂ©dible de Nicola Pamio, l’Emilia de Liliana Nikiteanu, toute de tendresse maternelle, demeure la seule part de douceur dans cet univers exclusivement masculin, dur et inflexible.
TrĂšs attendue dans cette DesdĂ©mone, Cecilia Bartoli se dĂ©chaĂźne et s’en donne Ă  cƓur joie sans pourtant jamais tirer la couverture Ă  elle, faisant admirer avec maestria l’évolution du personnage tout au long de la soirĂ©e, portĂ©e par une dĂ©termination sans faille. Toutes les difficultĂ©s du rĂŽle sont surmontĂ©es comme autant de dĂ©fis, et si sa vocalisation aspirĂ©e nous laisse toujours aussi perplexes, on ne peut que s’incliner devant un air du Saule littĂ©ralement murmurĂ© et flottant en apesanteur, dĂ©montrant l’art d’une trĂšs grande musicienne.
Une soirée inégale, mais qui aura permis au public parisien de renouer avec cet ouvrage trop peu joué et pourtant digne de figurer aux cÎtés de son homonyme verdien.

Paris. ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, 7 avril 2014. Gioacchino Rossini : Otello. Livret de Francesco Maria Berio d’aprĂšs la tragĂ©die Ă©ponyme de William Shakespeare. Avec Otello : John Osborn ; Desdemona : Cecilia Bartoli ; Rodrigo : Edgardo Rocha ; Iago : Barry Banks ; Elmiro : Peter Kalman ; Emilia : Liliana Nikiteanu ; Le Doge : Nicola Pamio ; Un gondolier : Enguerrand de Hys. ChƓur du ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es ; Chef de chƓur : Gildas Pungier. Ensemble Matheus. Direction musicale : Jean-Christophe Spinosi. Mise en scĂšne : Moshe Leiser et Patrice Caurier ; DĂ©cors : Christian Fenouillat ; Costumes : Agostino Cavalca ; LumiĂšres : Christophe Forey

DVD. Rossoni : Le comte Ory (Cecilia Bartoli, 2011)

ory-rossini-bartoli-dvd-decca-2011-caurier-leiserDVD. Rossini : Le Comte Ory (Bartoli, Tang, 2011). Zurich, dĂ©cembre 2011. La diva Bartoli casse dĂ©sormais son image en se mettant en pĂ©ril, parfois dans des mises en scĂšnes ” dĂ©calĂ©es ” et pseudo “branchĂ©es ” dont le souci apparent (mais dĂ©ficiant) du thĂ©Ăątre et du sens n’empĂȘche pas comme ici un manque d’idĂ©es justes (mĂȘme foire aux effets anecdotiques dans la mise en scĂšne du Giulio Cesare Ă  Salzbourg l’annĂ©e derniĂšre…). Les metteurs en scĂšne Patrice Caurier et Mosche Leiser nous ont habituĂ© Ă  plus de finesse, moins de gadgets. NĂ©anmoins, trĂšs inspirĂ©e, la Bartoli (qui chantait hier le page Isolier) fait une comtesse AdĂšle dĂ©lirante ; la diva souligne le dĂ©lire de la bourgeoise bien comme il faut, trop heureuse de pouvoir enfin se libĂ©rer des biensĂ©ances, son frĂšre Ă©tant parti en croisade… En bĂȘte de scĂšne, il faut bien avouer que la mezzo romaine nous rĂ©gale : facĂ©tie, virtuositĂ©, pĂ©tulance… un festival de prĂ©sence scĂ©nique et vocale. Il y a de la complexitĂ© dans ce Rossini scabreux et souvent imprĂ©visible qui se joue des formes conventionnelles, ce que laisse s’Ă©panouir le jeu inspirĂ© de la diva insatiable et inventive. A ses cĂŽtĂ©s, son Ă©poux Ă  la ville, le baryton Oliver Widmer (Raimbaud, le compagnon d’Ory) ne gĂąche pas le tableau. Seul le tĂ©nor Javier Camarena manque de finesse et d’assurance vocale. Reste que le transfert de l’intrigue de l’opĂ©ra crĂ©Ă© en 1827, dans la France Gaulliste nous laisse perplexe. La transposition demeure artificielle. Pas sĂ»r que les scĂ©nographes relĂšvent la barre avec leur Otello rossinien (avec Bartoli aussi) qui s’empare du TCE Ă  Paris en avril 2014.
Cette production est sur le plan musical et vocal une alternative au dvd paru prĂ©cĂ©demment avec Juan Diego Florez et Diana Damrau, couple Ă©blouissant de finesse et de dĂ©lire sans limites…  dans une production nettement plus lisible et dramatiquement prenante (Virgin classics).

Rossini : Le Comte Ory.  2 dvd Decca.

CD.Bellini : Bartoi chante La Sonnambula (2006)

Cecilia Bartoli ressuscite La Sonnambula dans sa version pour mezzo, 2 cd Decca, “L’oiseau-Lyre”. Amina version mezzo. Nouvelle version pour Amina. La mezzo Bartoli fait valoir un feu sombre et subtil dans le rĂŽle-titre a contrario des versions cĂ©lĂ©brĂ©es voire lĂ©gendaire pour sopranos. VoilĂ  une rĂ©alisation exemplaire et audacieuse qui devrait susciter un vrai dĂ©bat interprĂ©tatif sur le chant bellinien…

Bartoli Cecilia_Sonnambula_bellini_oiseau_lyreAprĂšs une intĂ©grale Virgin Classics dĂ©fendue de façon vocalement “traditionnelle” (version pour soprano) par Natalie Dessay et son partenaire Francesco Meli (enregistrĂ© en 2006 sous la baguette de Evelino Pido, 2 cd Virgin classics), voici enfin cette “autre” intĂ©grale du chef d’oeuvre romantique de Bellini, argumentĂ© de façon nouvelle et originale par la mezzo Cecilia Bartoli. Il s’agit pour la diva romaine d’un accomplissement, au sein de son hommage au chant de Maria Malibran, qui comme Giuditta Pasta, son aĂźnĂ©e, incarnait au XIXĂšme siĂšcle, Ă  l’Ă©poque de Bellini, la perfection vocale: c’est d’ailleurs pour La Pasta puis Maria Malibran que le compositeur composa le rĂŽle spĂ©cifique d’Amina (en 1831). C’est pourquoi nous voici a contrario de la tradition lyrique depuis l’aprĂšs guerre oĂč les sopranos se sont imposĂ©es depuis, dans le rĂŽle-titre, en prĂ©sence d’une lecture originale, un retour aux sources esthĂ©tiques de la partition: Bartoli partage avec ses prestigieuses idoles, Pasta et surtout Malibran, ce timbre sombre et opulent, rond et fruitĂ© dont la couleur grave et tragique est taillĂ©e pour La Sonnambula.
Cecilia Bartoli excelle dans cette version de la gravitĂ© hallucinĂ©e oĂč virtuositĂ©, souffle, accentuation, projection du texte, incarnation psychologique sont irrĂ©prochables. Quand certains verront application, tension, manque de naturel, nous reconnaissons ce scrupule ĂŽ combien dĂ©lectable et jubilatoire de la cantatrice qui fait de chacune de ses incarnations une rĂ©alisation philologique, musicalement indiscutable et sur le plan du style et de l’interprĂ©tation, une dĂ©couverte stimulante…. qui depuis le disque comme ici, appelle naturellement la scĂšne.

Chant suspendu

Le chant de Bartoli montre combien la diva a rĂ©flĂ©chi le rĂŽle, son Ă©volution en cours de reprĂ©sentation: certes amoureuse innocente, mais aussi blessĂ©e, humiliĂ©, affectĂ©e par le terrible secret de sa nature somnambulique. Il y a un dĂ©doublement de la personnalitĂ© chez Amina frappant -hĂ©roĂŻne sincĂšre et aussi victime de forces inconscientes-, qui frappe chez Bartoli: la chanteuse sait constamment colorer chaque mot dans une soie hallucinĂ©e, entre intensitĂ© consciente et rĂȘverie crĂ©pusculaire. Ce chant embrasĂ©, incandescent, inscrit au plus prĂšs du mot et du souffle, façonne une conception spĂ©cifique qui fait de chaque air d’Amina, la rĂ©alisation d’un caractĂšre suspendu, flottant, Ă©vanescent qui n’appartient pas Ă  notre monde mais Ă  celui des spectres. Au demeurant, l’action pourrait ĂȘtre celle d’un rĂȘve tant son essence onirique jaillit de la lecture.
Lui donne la rĂ©plique le meilleur tĂ©nor bellinien de l’heure: parler du style de Juan Diego Florez (en Elvino) le fiancĂ© (psychologiquement sommaire) permet d’envisager ce bel canto limpide, solaire et surtout tendre et naturel propre Ă  Bellini. Le duo “Prendi: l’anel ti dono” offre une superbe leçon de beau chant italien romantique, portĂ© par deux Ăąmes amoureuses et pures. L’opĂ©ra est vu Ă  travers le regard du Conte Rodolfo (tout aussi convaincant Ildebrando d’Arcangelo), qui s’avĂšre ĂȘtre le pĂšre et le dĂ©fenseur d’Amina, celui qui dĂ©voile la double nature insomniaque et somnambulique de la jeune femme, injustement accusĂ©e.

La prĂ©cision et la justesse dĂ©fendue par tous les protagonistes, restitue ce caractĂšre parfois plus Ă©lĂ©giaque que dramatique, d’une partition tournĂ©e davantage vers l’effusion extatique et la contemplation que le coup de thĂ©Ăątre. De Bellini, les admirateurs aimaient ce flottement suspendu et lunaire de l’action.  Cecilia Bartoli que beaucoup chercheront par manque d’ouverture Ă  comparer avec les versions pour sopranos, atteint pleinement son objectif: sa Sonnambula offre une toute autre approche esthĂ©tique du rĂŽle. La distribution idĂ©alement choisie aux cĂŽtĂ©s de la diva italienne, accompagnĂ© par l’orchestre sur instruments anciens de l’OpĂ©ra de ZĂŒrich, La Scintilla, porte bien son nom: en affinitĂ© avec la ciselure de chaque voix, les musiciens scintillent par leur franchise millimĂ©trĂ©e, sous la baguette du baroqueux Alessandro de Marchi, passĂ© maĂźtre dans l’art de la rhĂ©torique musicale.

A l’Ă©coute de l’album, l’oreille captivĂ©e rĂȘve de redĂ©couvrir les bĂ©nĂ©fices de l’approche sur la scĂšne…. avec les mĂȘmes solistes. IntĂ©grale dĂ©poussiĂ©rante, aboutie, stimulante. Indiscutable et audacieux apport. Viva Bartoli!

Vincenzo Bellini: La Sonnambula. Avec Cecilia Bartoli (Amina), Juan Diego Florez (Elvino), Liliana Nikiteanu (Teresa), Ildebrando d’Archangelo (Il Conte Rodolfo), Gemma Bertagnoli (Lisa), Peter Kalman (Alessio)… Chor des Opernhauses ZĂŒrich. La Scintilla. Alessandro de Marchi, direction

Illustration: Cecilia Bartoli devant le portrait peint de Maria Malibran, son modĂšle vocal (DR)

Télé, Arte. Cecilia Bartoli chante Steffani. Mercredi 26 décembre 2012, 18h40

concerts filmés

Cecilia Bartoli chante Steffani

Arte, mercredi 26 décembre 2012 à 18h40

Steffani le sensuel. Bartoli_steffani_mission_decca_dvd_arte_versaillesTournĂ©e au chĂąteau de Versailles (salon d’Hercule, salle basse, chapelle royale…), cette sĂ©rie d’airs d’opĂ©ras rĂ©vĂšle le gĂ©nie lyrique du compositeur oubliĂ© Agostino Steffani (1654-1728). La diva romaine Cecilia Bartoli chante Steffani dans le palais baroque des rois de France, en particulier dans la galerie des glaces ou dans le bosquet de la colonnade (Ɠuvre maĂźtresse signĂ©e LenĂŽtre en 1679)… sur le plan musical, la cantatrice retrouve les musiciens du disque Mission paru en septembre 2012: Diego Fasolis et I Barocchisti; les enchaĂźnements sont soignĂ©s (air de fureur d’Ermolea puis priĂšre plus tendre d’Alcide (La Cerasta) justement sous les lustres et face aux miroirs historiques (l’une des rares prises directes rĂ©alisĂ©es in situ); la mezzo s’implique pour nous dĂ©voiler la flamme amoureuse d’un prĂ©curseur de Haendel, indiscutablement douĂ©. Avouons notre rĂ©serve quant aux airs martiaux (oĂč la voix redouble d’acrobaties coloratoures comme une trompette), l’Ă©criture n’y est guĂšre innovante, tout au plus conforme au premier XVIIIĂš; mais quand Cecilia Ă©voque la torpeur voire l’extase amoureuse, ressuscitant Niobe, Anfione (le fameux air des SphĂšres amies, oĂč sur un tapis de cliquetis discrets, la voix Ă©voque l’harmonie cĂ©leste…), surtout Sabina (SphĂšres palpitantes, vĂ©ritable appel au sommeil attendri par les deux flĂ»tes), l’ivresse et la justesse expressive enchantent.

Cecilia Bartoli chante Steffani

Extase Ă  Versailles


Steffani Ă  Versailles, l’idĂ©e est plus que pertinente: elle se justifie mĂȘme car le diplomate compositeur joua du clavecin devant Louis XIV… A voce sola (mais accompagnĂ©e par un thĂ©orbe quand le luth vĂ©ritable aurait Ă©tĂ© plus adaptĂ© et historiquement plus juste), la priĂšre introspective comme une berceuse d’Amami (Niobe) prend tout son sens dans l’Ă©crin des boiseries Ă  la capucine de la salle des chantres attenant Ă  l’orgue de la chapelle royale… MĂȘme accomplissement total, dans la magie du cadre, pour cette ” Nuit amie” d’Alcibiade, oĂč l’endormissement le dispute au rĂȘve et Ă  l’enchantement. On rĂȘve demain d’Ă©couter enfin un opĂ©ra de Steffani (Niobe, Sabina, Alcibiade?)… Ă  l’OpĂ©ra royal.

1 heure de pure délectation musicale dont deux duos avec Philippe Jaroussky. DVD événement de décembre 2012.

Mission. Cecilia Bartoli chante les musiques d’Agostino Steffani. Diego Fasolis, I Barocchisti. 1 dvd Decca 074 3604. Airs d’opĂ©ras, Stabat Mater (extrait)…

Prochain dĂ©fi artistique pour Cecilia Bartoli: Norma de Bellini (version pour Maria Malibran, mezzo). Avec Rebeca Olvera, John Osborn, Michele Pertusi… Orchestra La Scintilla. Giovanni Antonini, direction. Festival d’Ă©tĂ© de Salzbourg, les 17, 20, 24, 27 et 30 aoĂ»t, Haus fĂŒr Mozart.

 

CD, critique. Cecilia Bartoli: Sacrificium (2 cd Decca, 2009)

sacrificium cecilia bartoli cd critique annonce classiquenews dossier castrats par cecilia bartoli salzbourg pentecote 2018 withsun 2019CD critique. Cecilia Bartoli: Sacrificium (2 cd DECCA, 2009). En un double album particuliĂšrement soignĂ© sur le plan Ă©ditorial, les enregistrements rĂ©alisĂ©s en fĂ©vrier et mars 2009 en Espagne Ă  Valladolid Ă©clairent en particulier l’acrobatie vocale coloratura de l’Ă©criture de Nicola Porpora (1686-1768), maĂźtre essentiel de la musique pour castrats au XVIIIĂš siĂšcle. Ambassadrice de choc et de charme pour la cause des castrĂ©s devenus chanteurs, Cecilia Bartoli ajoute les maniĂšres d’autres compositeurs dont les opĂ©ras sĂ©rias mettaient en scĂšne les divins “musici” dans des airs de virtuositĂ© dramatique, taillĂ©s pour leur divin gosier… ainsi 2 airs de Carl Heinrich Graun (circa 1703-1759), extraits de ses ouvrages Demofoonte et Adriano in Siria (1746) qui touchent par leur tendresse digne et blessĂ©e; mais aussi paraissent Leonardo Leo (1694-1744), Leonardo Vinci (circa 1696-1730), Francesco Araia (1709-1770)… soit 11 airs enflammĂ©s entre tendresse hallucinĂ©e et rage expressionniste, atteignant des cimes vocales vertigineuses.

La diva romaine ajoute Ă©galement en un 2Ăš cd, les 3 airs les plus significatifs et les plus intenses de la littĂ©rature pour castrati/musici: l’Ă©poustouflant “Son qual nave” extrait d’Artaserse (1734) du frĂšre de Farinelli, Riccardo Broschi (circa 1698-1756), monument de vocalises tissĂ© pour la voix lĂ©gendaire de… Farinelli… enfin, le nom moins cĂ©lĂšbre “Ombra mai fu (Serse de Haendel, 1738) et “Sposa, non mi consci”, de Merope de Geminiano Giacomelli (circa 1692-1740): sombre priĂšre d’Epitide frappĂ© par le destin, proche de l’accablement et de l’anĂ©antissement des forces vitales… En plus d’une Ă©tendue de registres surprenante, ayant gagnĂ© de superbes graves aux cĂŽtĂ©s de ses aigus dĂ©cochĂ©s et brillantissimes (Ă©couter ici les extrĂȘmes des registres dans Qual farfalla de Porpora), Cecilia Bartoli apporte une science nuancĂ©e du verbe qui lui permet de colorer par le sentiment autant que par la puissance et l’agilitĂ©, chacun des airs sĂ©lectionnĂ©s.

En presque 1h40 de rĂȘve vocal et de voyage parthĂ©nopĂ©en Ă  remonter le temps, la magicienne Bartoli, Ă  l’agilitĂ© de souffle et d’expression souveraine, s’impose sans rivale. Son beau chant devient aussi architecture du sentiment et du sens: c’est lĂ  que se glisse et s’affirme l’apport capital de la cantatrice, rĂ©flĂ©chie, dĂ©terminĂ©e, pugnace, outre son habituel tempĂ©rament dramatique pour dĂ©fricher, surprendre… sĂ©duire et convaincre. Si le chant des castrats demeure un mythe, l’approche de la diva assoluta Bartoli rĂ©alise un tour de force qui ajoute Ă  la fascination de ce phĂ©nomĂšne d’ivresse lyrique.

CLIC D'OR macaron 200L’Ă©dition dite “deluxe” en 2 cd comprend une notice documentaire trĂšs argumentĂ©e qui permet de comprendre la dĂ©marche de la cantatrice admirative de ses prĂ©dĂ©cesseurs baroques Ă  Naples. L’album en hommage aux castrats sacrifiĂ©s sur l’autel de la perfection vocale, contient ainsi “le prĂ©cis du castrat”, vĂ©ritable somme encyclopĂ©dique qui prĂ©sente classĂ©s par entrĂ©es alphabĂ©tiques, de trĂšs nombreux articles sur le monde des castrats: compositeurs, villes, opĂ©ration, anecdotes, Ă©videmment chanteurs parmi les plus lĂ©gendaires dont Caffarelli, Farinelli, Senesino… mais aussi Porporino, Carestini, Balatri… auquel un article biographique est dĂ©diĂ©.

Gravure Ă©vĂ©nement (donc Ă©lue ” CLIC ” de CLASSIQUENEWS) dont la sortie officielle est annoncĂ©e au 5 octobre 2009.