LIVRE événement. Jean-Philippe Biojout : OFFENBACH (Bleu Nuit éditeur)

offenbach jacques biographie bleu nuit editeur jean philippe biojout critique annonce classiquenewsLIVRE événement, critique. Jean-Philippe Biojout : OFFENBACH (Bleu Nuit éditeur). Pour l’année OFFENBACH, en 2019 pour le bicentenaire de sa naissance (1819), Bleu Nuit dégaine une biographie complète et très accessible qui rappelle combien au sujet du Mozart des Boulevards (parisiens), il reste de nombreuses et dommageables imprécisions et contre vérités. Ainsi, parmi d’autres, Jacques Offenbach n’a pas écrit d’opérettes (il faut les restituer à l’inventeur du genre : Hervé qui sera son concurrent dans les années 1850), mais des opéras-bouffes, ou selon ses propres termes, des « pastiches d’opéras à la mode »… où rayonnent délire, fantasque, surréalisme avant l’heure, humour débridé, comique loufoque, arlequinades et pantomimes en tous genres…). Il a connu aussi les honneurs de l’Opéra de Paris, non pour son grand opéra Les Fées du Rhin, récemment restituées en français par l’Opéra de Tours (création mondiale en sept 2018), mais grâce au génie de sa musique chorégraphique (Les Papillons, ballet-pantomime joué in loco pendant 2 années!).

 
 

Offenbach : génie du pastiche

 

 

offenbach-violoncelle-jacques-offenbach-anniversaire-2019-par-classiquenews-dossier-OFFENBACH-2019Voici un portrait d’Offenbach, le magnifique, génie du divertissement (ce qui n’exclut pas la profondeur et la poésie trouble de certains personnages), dépensier jusqu’à la faillite, influençant Strauss, Lehar, Gilbert et Sullivan… A Cologne, sa ville natale, le carillon de l’Hôtel de ville marque les 15h avec le galop final d’Orphée aux enfers… Offenbach doit sa fortune à sa verve galopante elle aussi, répondant à la société consommatrice du genre bouffe au Second Empire.
Le texte récapitule tous les jalons de sa formation et de la genèse de sa sensibilité et culture musicale. Dont l’évolution du jeune prodige du volucelle ; arrivée à Paris dans les années 1830, où règne les étrangers à Paris, Cherubini au Conservatoire depuis 1822, Meyerbeer à l’Opéra de Paris, affirmant un souffle hors du commun dans le genre du grand opéra romantique total, avec Halévy (qui comme le jeune Jacques est juif allemand, et régénère l’opéra avec L’Eclair et La Juive (1835)… lequel favorise la carrière d’Offenbach dont il a détecté le génie lyrique. Violoncelliste dans l’orchestre de l’Opéra-Comique, Jacob/Jacques qui n’a pas 20 ans, retrouve Flotow, autre allemand venu faire fortune à Paris qui l’aide lui aussi à percer dans le système des concerts à bénéfice. La « Sauterelle » Offenbach séduit ainsi les salons parisiens (1839 grâce au soutien de la Comtesse de Vaux)…
Le portrait ainsi rétabli souligne combien il reste difficile pour un allemand (avec un fort accent de Cologne) de percer en France, à Paris où le public et les journalistes sont à l’affût de chaque percée prussienne, fût elle indirecte. Offenbach est l’objet d’un soupçon permanent sur son œuvre et ses origines.
Très vite, Jacob devient Jacques, converti au catholicisme pour épouser Herminie (1844). Après la chute de Louis Philippe et l’avènement croissant du Prince Louis Napoléon, Offenbach obtient un poste enfin stable : directeur musical à la Comédie Française (à partir d’octobre 1850). Il devient véritablement celui que l’on connaît lorsqu’il fonde son propre théâtre (à l’été 1855) pour y faire jouer ses œuvres pour un parterre nombreux, venu s’encanailler à l’époque de la 2è Exposition Universelle, vitrine de l’art de vivre flamboyant du Second empire.
Toutes les œuvres et partitions de Jacques le conteur y sont évoquées, présentées ou analysées, des premiers actes loufoques (Une nuit blanche, Les deux aveugles, Arlequin Barbier… le compositeur sait divertir comme il sait s’acoquiner avec les medias de l’époque pour relayer ses pastiches divertissants.
CLIC D'OR macaron 200En 9 chapitres de plus documentés, se précise le profil bondissant de « la grande sauterelle », déjantée, allumée, ce « Jettatore », jeteur de sort, – à Paris, l’oranger talentueux est forcément suspect-, un rien inquiétant voire diabolique, auteur de 100 pièces lyriques dont la verve mélodique, l’audace dramatique, le goût parodique et comique, le sens du lyrisme (et de la valse) sont éclairés par la prose d’un biographe sincèrement ému et maître de son sujet. Il est temps de reconsidérer l’étoffe et la richesse esthétique d’un compositeur dont l’oeuvre ne se limite pas à ce fameux « french cancan », terme impropre car il désigne en vérité le galop final de son Orphée aux Enfers (1858). Lecture passionnante et donc nécessaire pour 2019, l’année du bicentenaire Offenbach. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2019. Un premier bel hommage au génie des boulevards.

 

 

 

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Sommaire

1 – Le jeune prodige du violoncelle :
une famille de Cologne, arrivée à Paris, rencontre avec Halévy, Flotow, Revoir Cologne, Concert dans les salons Herz

2 – Devenir un auteur dramatique reconnu :
L’Alcôve, La Duchesse d’Albe, A la Comédie Française (1849), Hervé le concurrent ?, Pépito (1853)

3 – J’ai l’idée d’un petit théâtre… : Folies-Nouvelles (1855), « Pantomimes et Arlequinades » au Petit Théâtre Lacaze, Les Bouffes-Parisiens : Les Deux Aveugles, Arlequin barbier… / Faire savoir (amitié d’Hippolyte de Villemessant, fondateur du Figaro lancé en 1854), quartiers d’hiver / nouvelle salle des Bouffes-Parisiens du passage Choiseul (1855) : Ba-ta-clan,

4 – Le petit Mozart des Champs-Elysées
Travailleur acharné, Tromb Al Ca Zar, Compositeurs illustres (programmer Adam et Mozart) ; Un été difficile sur les Champs Elysées, La rose de Saint Flour (1856) ; Le 66, Le Financier et le savetier ; Promouvoir l’opérette : le concours d’opérettes aux Bouffes-Parisiens (Le docteur Miracle de Lecocq) ; Les 3 baisers du diable (genre féerique, fantastique) ; Les premières tournées (Le mariage aux lanternes, les deux pêcheurs), Mesdames de la Halle (opéra bouffe, 1858); La chatte métamorphosée en femme

5 – Sous la lyre d’Orphée
Création d’Orphée aux Enfers (21 oct 1858), à l’époque du Faust de Gounod (1859), de Dinorah de Meyerbeer. Toujours de la nouveauté (la villa Orphée à Etretat, 1859) ; Geneviève de Brabant (nov 1859) ; Brouille avec Wagner (La Tyrolienne de l’Avenir…) ; Daphnis et Chloé ; Une œuvre qui a du chien, le sultan Barkouf (déc 1860) ; Ballet à l’Opéra (triomphe du Papillon, ballet-pantomime, créé le 1er déc 1860) ; Morny en coulisse (un allié amateur de bouffes), Mr Choufleuri restera chez lui; 1861 : année morose ; La Chanson de Fortunio (1861) ; Le pont des soupirs (opéra bouffon, mars 1861)

6 – Libre !
Aller de l’avant : tournée à Berlin, à Vienne. Création en allemand des Fées du Rhin / Rheinnixen à Vienne (4 fév 1864) – création mondiale de la version française à l’Opéra de Tours, sept 2018 / Vers d’autres scènes : la Belle Hélène (Les Variétés, le 17 déc 1864) ; Coscoletto ; Barbe-Bleue (fév 1866) ; Un auteur très demandé ; La Vie parisienne, opéra bouffe (Palais-Royal, le 31 oct 1866)

7 – Dans les mailles de la satire
« En très bon ordre nous partîmes… », La Grande Duchesse de Gerolstein (avril 1867); Main mise sur Paris ; Robinson Crusoé (nov 1867); Le château à toto, suite de La Vie parisienne (Palais-Royal, mai 1868) ; Quand le ciel s’assombrit… Les Brigands (oct 1868). Retour aux Bouffes : Île de Tulipan ; Un perroquet nommé Vert-Vert (mars 1869) ; décembre 1869 très rempli ; La princesse de Trébizonde (7 déc 1869)

8 – Une gaieté perdue ?
De l’eau dans le gaz… ; Boule de neige (déc 1871) ; Un monde fantastique : Le Roi Carotte, opéra bouffe féerie avec Sardou (janvier 1872) ; Le corsaire noir (Vienne, 21 sept 1872) ; Les Braconniers (janv 1873) ; De nouveau directeur… La permission de dix heures ; Pomme d’api ; Reprises en toujours plus grand… Retour aux Bouffes : Bagatelle, Madame l’Archiduc (oct 1874) ; Une deuxième saison difficile, Composer encore… La boulangère a des écus (oct 1875) ; Le voyage dans la lune (La Gaîté) ; La Créole (Bouffes Parisiens, nov 1875) ; Exportation anglophone : Whittington (déc 1874)

9 – Un dernier conte
Contretemps et désillusions… Maître Péronilla (mars 1878) ; Anna Judic aux Variétés… Le docteur Ox (Variétés, janv 1877) ; DU côté des Bouffes ; Aux Folies-Dramatiques : La Foire saint-Laurent (10 fév 1877), Madame Favart (28 déc 1878) ; La Fille du tambour major (13 déc 1878). Du côté de Vienne… Le Requiem d’Offenbach : Les contes d’Hoffmann (écoute des 9 grands extraits finalisés le 18 mai 1879 ; création posthume Salle Favart, le 7 fév 1881.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE événement, critique. Jean-Philippe BIOJOUT : Jacques OFFENBACH - Bleu Nuit éditions / collection horizons – en complément au texte biographique : tableau synoptique (les oeuvres et la vie d’Offenbach contextualisés), bibliographie sélective, discographie sélective – 176 pages – parution : janvier 2019 – ISBN 978 2 35884 075 0.

 

 

 

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LIVRE, événement, annonce. Café Berlioz par Pierre-René Serna (Bleu Nuit éditeur)

berlioz-cafe-berlioz-bleu-nuit-editeur-essai-par-pierre-rene-serva-annonce-critique-livre-sur-classiquenewsLIVRE, événement, annonce. Café Berlioz par Pierre-René Serna – Essai autour de Berlioz. A l’instar des cafés du XIXe siècle où l’on se retrouvait pour discuter et débattre, cet ouvrage n’est pas une biographie mais un recueil de vingt-huit textes de Pierre-René Serna, parlant aussi bien des œuvres que de questionnements autour – et au détour – du compositeur inclassable et cependant fondamental qu’est Berlioz, à l’occasion du 150e anniversaire de sa disparition. L’auteur a déjà publié un essai sur Berlioz sous la forme d’un dictionnaire, distinguant les grands thèmes structurant la vie du grand Hector (Berlioz, de B à Z). Parmi les thèmes et sujets développés : les « dénigreurs » de Berlioz (une histoire de l’extrême-droite), l’orchestre de Berlioz, Sur la véracité des Mémoires, Quelle version pour Benvenuto Cellini ?, Episodes de la vie d’un artiste, l’opéra oublié d’après Oberon et Titania, l’élève méconnu Miguel Marqués, Rameau, Gluck, Spontini, Les Troyens (source et version)…
Sans omettre un entretien avec le pionnier du Berlioz revival, le britannique Colin Davis (réalisé en 2006). Prochaine critique développée dans le mag cd dvd livres de classiquenews

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LIVRE, événement, annonce. Café Berlioz par Pierre-René Serna / EAN : 9782358840583 – Essai Musique / 
Parution : novembre 2018 – 176 pages
Format : 150 x 240 mm - Prix public TTC: 16 €
Plus d’infos sur le site de l’éditeur BLEU NUIT :
http://www.bne.fr/page185.html

Livres, compte rendu critique. Entartete Musik : les musiques interdites sous le IIIème Reich. Elise Petit et Bruno Giner (Bleu nuit éditeur)

entarte-musik--musiques-interdites-sous-le-III-reich-bleu-nuit-editeur-clic-de-classiquenews-elise-petit-bruno-giner-compte-rendu-critique-Livres-classiquenews-avirl-2015Livres, compte rendu critique. Entartete Musik : les musiques interdites sous le IIIème Reich. Elise Petit et Bruno Giner (Bleu nuit éditeur). Coup de coeur de la Rédaction livres de classiquenews, le nouvel opus édité par Bleu Nuit est exemplaire : peu d’ouvrages éclairent aussi bien le contexte des compositeurs inquiétés, interdits par le régime nazi dans les années 1930. Les deux auteurs présentent dans un esprit synthétique aux développements passionnants, la période “heureuse” qui a précédé, celle de la jeune république de Weimar propre aux années florissantes 1920… avant la crise de 1929. Terrible événement qui précipite les rêves, l’utopie libertaire de la république d’avant Hitler. Chaque compositeurs bientôt poursuivi dans les années 1930 y est présenté, chacun selon son esthétique ou sa sensibilité : Hindemith et le courant du nouveau réalisme, l’essor du jazz, le dodécaphonisme de Schoenberg dont on comprend comme nul par ailleurs qu’il est favorisé dans l’essor artistique de Weimar… La “Entartete Musik” (en allemand, Musique dégénérée) qualifie un vaste répertoire musical d’œuvres et de compositeurs qui ont été interdits sous le IIIème Reich allemand. L’un des symboles reste l’exposition de Düsseldorf le 22 mai 1938, présentant pour la première fois dans l’ouvrage (chapitre V). C’est d’ailleurs sa reconstitution en 1988 qui a amorcé tout un courant de recherche et donc de découvertes dont le texte édité par Bleu Nuit récapitule les principaux apports…
Le discours de Goebbels pour la préservation la « pureté de la musique allemande », repli et crispation identitaire ultra nationaliste, lui-même inspiré par l’idéologie de Alfred Rosenberg, prône en système une politique d’épuration artistique et culturelle qui débute dès que 1933 quand Hitler accède aux fonctions politiques suprêmes : il n’aura de cesse ensuite que de détruire le pacte républicain et démocratique qui était né après 1918…

1933-1945 : le temps des “dégénérés”

CLIC D'OR macaron 200Prônant les nouveaux dieux de l’identité allemande purifiée, soit Beethoven Wagner, Bruckner…, les nazis interdisent de facto et sans alternative aucune : le juif, le noir (le nègre selon la terminologie de l’époque), le jazz, les modernistes, communistes et dadaistes, c’est à dire précisément les musiques atonales, celles de la seconde École de Vienne (musique sérielle), le jazz « nègre », la musique tzigane, les compositeurs de confession juive, ou issus de familles de confession juive, les compositeurs de gauche et une grande partie des musiques « modernistes » du premier tiers du XXe siècle.
Soit plus de deux cents compositeurs qui furent ainsi mis à l’index, dont Korngold, Schulhof, Weill ou encore Hindemith, d’abord « enfant exemplaire » puis interdit comme beaucoup. Evidemment face aux résistants, clandestins et bientôt incarcérés ou exilés, se précisent la place des antisémites Pfitzner et surtout Carl Orff, aux complaisances avérées vis à vis de l’idéal et du régime hitlérien.
La lecture du texte profite des multiples synthèse sur la période, éclaire les moyens effrayants mis en oeuvre par Hitler pour imposer un ordre esthétique nouveau purifié pendant les 12 années de barbarie totale (1933-1945)… et ce sont surtout plusieurs profils de compositeurs étiquetés dégénérés qui sortent de l’ombre, comme enfin réhabilités : aux côtés des célèbres Hartmann, Weill, Zemlinsky, Schönberg, Webern, Korngold ou Hindemith, voici les épinglés parce que “modernistes” : Ernst Toch, Erwin Schulhoff, Paul Dessau, Frederick Hollaender, Hans Eisler, Ernst Krenek, Stefan Holpe, Herbert Zipper, Louis Saguer, Norbert Glanzberg, Wilhelm Grätzer et les artistes déportés, morts en captivité : Viktor Ullman, Pavel Haas, Hans Krása, Gideon Klein… Nous parviennent aujourd’hui leur bouleversantes partitions parfois écrites en captivité. Aujourd’hui ce legs esthétique et artistique, aux côtés des enjeux mémoriels, frappe par son intensité singulière, son humanisme sous jacent. Passionnant et très émouvant.

Livres, compte rendu critique. Entartete Musik : les musiques interdites sous le IIIème Reich. Elise Petit et Bruno Giner (Bleu nuit éditeur). EAN : 9782358840477. Horizons n°49. Parution : avril 2015. 176 pages. Format : 140 x 200 mm. Prix public TTC: 20 €

 

LIVRES. Gluck par Julien Tiersot (Bleu Nuit éditeur)

gluck julien tiersot bleu nuit editeurLIVRES. Gluck par Julien Tiersot (Bleu Nuit éditeur). Comme Rameau dans les années 1730 à 1750 réforme l’opéra par son génie spectaculaire et sensible, ouvrant la voie aux compositeurs de la fin XVIIIè, Christoph Willibald Gluck (1714-1787) fait de même : étranger à Paris comme ses compétiteurs, Piccinni et Sacchini, le Chevalier sexagénaire, – qui fut maître de musique à Vienne de la princesse Marie-Antoinette future Reine de France, devient son champion à Paris et à Versailles, au début des années 1770 à 60 ans, insufflant à la scène française, à partir de ses succès viennois recyclés, une régénération en profondeur. Plus jamais l’opéra français ne sera le même : après les créations très applaudies d’Iphigénie en Aulide, d’Orphée et Eurydice, d’Armide, il aura gagné grâce à Gluck, intensité dramatique, vraisemblance vocale, cohérence théâtrale. Gluck fut contre la soit disante machine superfétatoire et trop « artificielle » de Rameau le savant, le héros de… Rousseau, évangéliste d’une bible musicale nouvelle qui appelait à plus de simplicité, de clarté, de mesure, de vérité.

Pour les 300 ans de la naissance de Gluck en 2014, Bleu Nuit éditeur réédite ici le texte déjà ancien de Julien Tiersot publié en 1910 chez Alcan. L’amateur y retrouve les séquences majeures d’une carrière faite pour le théâtre dont le souci de la vérité scénique modifie en profondeur le langage de l’opéra. Le connaisseur relit un texte senti et maître de son sujet. La réussite de Gluck tient à ce qu’il a retrouvé la langue antique en l’acclimatant au goût moderne. Même Piccinni arrivé à Paris en 1776 – pourtant invité pour piquer la suprématie du Germanique, ne peut totalement effacer le génie qui triomphe légitimement : le Napolitain écrasé par un si redoutable auteur dont on voulait faire un rival à abattre, se met à faire du …. Gluck. Les partisans d’une querelle Gluck contre Sacchini en on eut pour leurs frais.
Le Chevalier revient enfin à Paris pour un nouveau chef d’oeuvre : Armide, créé en 1777 affirmant que le vrai dessein de Gluck à Paris était bien de renouveler le sublime héroïque et tragique de l’opéra français hérité de Lully. L’Armide de Gluck rejoint le sublime pathétique et terrifiant du Lully d’Alceste ou d’Atys : l’opéra égale le théâtre ; Gluck, Racine et Corneille, faisant de la scène lyrique le seul et vrai théâtre des passions humaines. La fière enchanteresse s’y montre possédée par l’amour irrépressible qu’elle éprouve pour le beau Renaud. Démunie, blessée car Renaud ne l’aime pas, Armide s’abîme par dépit dans la haine impuissante et destructrice : elle quitte la scène en fin d’ouvrage jurant de se venger. … l’opéra appelle une suite comme les scénarios de nos actuels blockbusters au cinéma. Pour l’heure Gluck allait encore composer Iphigénie en Tauride dont la création à Paris en 1779 suscita un nouveau succès plus important encore que sa première Iphigénie (même s’il y recycle nombre d’airs anciens….) Au-delà des événements et des intrigues d’une époque qui aima surtout les cabales et les chocs spectaculaires (Rameau a fait les frais de joutes et polémiques d’une rare violence), le profil de Gluck s’impose à nous : celui d’un auteur exigeant, intransigeant sur les temps de répétitions, imposant ses choix vocaux ; sa seule préoccupation : le drame. Son éloquence claire et sublime comme un bas relief antique. 300 ans après sa naissance, Gluck inspire et passionne toujours. Le texte que réédite et que complète Bleu Nuit éditeur n’a rien perdu de sa justesse.

Christoph Willibald Gluck par Julien Tiersot. Collection Horizons n°42, Bleu Nuit éditeur. 176 pages. 20 x 14 cm, broché. ISBN 978-2-35884-041-5. EAN 9782358840415. Prix de vente au public (TTC) : 20 €