LIVRE événement, critique. François Porcile : BRITTEN (Bleu Nuit éditeur)

BRITTEN Benjamin Francois PORCILE Bleu nuit Ă©diteur critique livre classiquenewsLIVRE Ă©vĂ©nement, critique. François Porcile : BRITTEN (Bleu Nuit Ă©diteur). La biographie de François Porcile rĂ©capitule les Ă©vĂ©nements marquants de la vie du compositeur britannique Benjamin Britten (1913 – 1976), nĂ© devant la mer du Nord, soit « la mer d’Allemagne », un milieu qui s’avère fĂ©cond pour lui, comme en tĂ©moignent les opĂ©ras marins, Peter Grimes qui le rĂ©vĂ©la, ou Billy Budd, d’abord boudĂ© par un public refroidi mais depuis quelques annĂ©es, rĂ©estimĂ©, Ă  juste titre. Le collĂ©gien se montre particulièrement inspirĂ© (dĂ©jĂ  une centaine d’oeuvres Ă  14 ans !) ; puis l’apprentissage chez Frank bridge (1928-1930) ; … tout indique très vite une pensĂ©e musicale qui s’interroge sur le sens de la forme, l’efficacitĂ© et la synthèse, loin des effluves « boursouflĂ©es et soporifiques » du victorien Elgar… Britten apprend ce souci du dĂ©veloppement musical Ă  l’école du cinĂ©ma et du documentaire, quand il travaille pour le GPO Film Unit de 1935 Ă  1939, Ă©pisode souvent nĂ©gligĂ©.
En couple avec le ténor Peter Pears, rencontré en 1937 et dont le timbre lui rappelait étrangement celui de sa mère, Britten collectionne les épreuves et les expériences dont l’exil aux USA de 1939 à 1942 ; à son retour en Grande-Bretagne, le compositeur n’est plus le même : il se consacre presque exclusivement à l’opéra.

 

 

« Great Britten »
Benjamin Britten : le plus important compositeur britannique depuis Purcell

 

 

benjamin_britten_vieuxA partir de Peter Grimes (créé en juin 1945 au Sadler’s Wells), triomphe unanime et révélation de son génie lyrique, il enchaîne les ouvrages dramatiques avec plus ou moins de succès : The Rape of Lucretia / Le viol de Lucrèce qui exprime un essai réussi dans une forme renouvelée et chambriste ; ce questionnement profond, viscéral sur la forme lyrique est étroitement lié à la création de l’EOG English Opera Group (automne 1946), source d’expérimentation et de réalisation dirigée par Britten et ses « fidèles », Eric Crozier (dont l’épouse, Nancy Evans chanta Lucretia) et John Piper. En découle, l’opéra toujours mésestimé Albert Herring, puis Billy Budd (four retentissant) auquel succède l’opéra commande officiel pour le couronnement d’Elisabeth II, Gloriana (1953) , froidement accueilli; enfin s’accomplit un nouveau miracle : Le Tour d’écrou (La Fenice, 1954) d’après Henry James (adaptation du roman en 16 scènes par Myfanwy Piper), nouveau triomphe absolu, un ouvrage de « réparation » (auquel le chapitre XI est dédié) ; les dernières années occupent le compositeur à son testament musical, sorte d’autobiographie : Mort à Venise d’après Thomas Mann, « l’opéra maléfique » selon le mot de Peter Pears, de fait, une partition qui est marquée par l’affaiblissement singulier de l’auteur, hospitalisé pendant la composition (début 1973). Le texte dresse un portrait édifiant et plutôt lumineux de Britten, compositeur pour le moins aussi essentiel que Purcell dont il a arrangé avec un génie rare CLIC_macaron_2014Didon et Enée. Ouvert sur son époque, généreux vis à vis des musiciens populaires à son époque (de Menuhin à Rostropovitch…), de ses confrères aussi dont certains le lui rendirent si peu, par jalousie, Britten est bien cette étoile incontournable de l’histoire britannique, estimé de son vivant (« Great Britten ») qui sut aussi au sein de son festival maritime d’Aldeburgh, encourager les opéras d’autres auteurs (Benett, Walton, Birtwistle…). Pianiste, chef d’orchestre, le compositeur méritait assurément ce texte biographique désormais capital.

 

 

 

 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. François Porcile : Benjamin Britten (Bleu Nuit Ă©diteur) – Collection horizons n°76 – 176 pages ; 20 x 14 cm ; brochĂ© – ISBN 978-2-35884-097-2. Parution : octobre 2020  -  CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2020.

 

 

 

 

CD. Benjamin Britten : 6 operas (13 cd, Erato)

britten_operas_erato_13_cdCD. Benjamin Britten : Operas (13 cd Erato)… Le coffret rĂ©unit 6 opĂ©ras de Britten issus des catalogues Warner Classics et Erato : le lĂ©gendaire Peter Grimes de Bernard Haitink, The Turn of the Screw et Billy Budd par Daniel Harding font entre autres atouts, toute la valeur de la box.C’est d’abord un Ă©clairage bienvenu sur l’opĂ©rette Ă©crite avec Auden aux States que le jeune Britten, profondĂ©ment antimilitariste, avait rejoint dès 1939 : Paul Bunyan (1941). La composition rĂ©alisĂ©e en pleine guerre, est une concession aux musicals style Broadway que le compositeur remanie dans le bon sens en 1970. En 1987, l’Ă©quipe de chanteurs et les musiciens dirigĂ©s par Philip Brunelle met en avant les premières pĂ©pites de cet ouvrage de jeunesse, moins anecdotique qu’il n’y paraĂ®t…Peter Grimes (1945) est la première oeuvre mĂ»re qui rĂ©vèle Britten dans son pays et le fait dĂ©sormais reprĂ©sentant de la nouvelle gĂ©nĂ©ration d’auteurs lyriques accomplis. A la tĂŞte d’une distribution très solide (oĂą s’imposent par leur finesse expressive, Anthony Rolfe Johnson, et Felicity Lott dans les rĂ´les de Grimes et d’Ellen Ford), Bernard Haitink exprime le souffle des paysages des cĂ´tes du Suffolk, traversĂ©s et mĂŞme fouettĂ©s par les embruns marins si chers au compositeur. Cynisme sur l’humanitĂ© mais poĂ©sie et compassion secrète pour son (anti)hĂ©ros, le chef nordique sait fouiller avec dramatisme la tragĂ©die humaine inscrite dans le texte originel de Crabbe.
The Rape of Lucretia (1946) est le premier opĂ©ra rĂ©alisĂ© par Britten dans son propre festival d’Aldeburgh dans un format intimiste et rĂ©duit oĂą rayonne le chant de son compagnon Peter Pears… Oliver Knussen, ardent dĂ©fenseur de l’esprit Britten Ă  Aldeburgh dĂ©fend avec ferveur et austĂ©ritĂ© le drame dont l’Ă©pure et le sens des contrastes renouent avec la tragĂ©die antique : lĂ  encore, en 2011, la distribution est très convaincante avec dans les rĂ´les du chĹ“ur masculin et du chĹ“ur fĂ©minin, deux voix hallucinĂ©es, âpres et mordantes : Ian Bostridge et Susan Gritton ; les chanteurs solistes de premier plan, rĂ©alisent ce parlĂ© dĂ©clamĂ© dont l’intensitĂ© incantatoire rĂ©tablit le lien (rĂŞvĂ©, assumĂ© par Britten) avec la puretĂ© poĂ©tique d’un Purcell…  Magnifique lecture que Britten n’aurait assurĂ©ment pas renier.

En 2007, Daniel Harding enregistre une version 100% britannique de Billy Budd, inspirĂ© de Melville, huit clos masculin oĂą le capitaineVere (superbe et trouble Ian Bostridge : l’un de ses meilleurs emplois) et l’infâme Claggart (convaincant Gidon Saks) ” dĂ©vorent ” le jeune Nathan Gunn (Billy). La coupe expressive parfois sèche mais hautement théâtrale du jeune maestro Harding saisit dans un ouvrage oĂą doit briller voire s’embraser le cĹ“ur de l’âme virile, tiraillĂ©e entre dĂ©sir et devoir, jouissance et renoncement.
Mais ce Billy est infiniment moins fouillĂ© donc ambigu que The Turn of the Screw d’après Henry James que Harding sait porter avec une intensitĂ© rare en 2002 : Le Quint de Ian Bostridge est lĂ  encore le pilier de cette rĂ©ussite vocale, théâtrale, musicale, souvent incandescente. D’autant que l’orchestre de chambre Mahler Ă©claire avec un rare sens du dĂ©tail et des pulsions connotĂ©es, un drame tissĂ© dans l’Ă©quivoque, l’Ă©nigmatique, la brĂ»lure, le cauchemar, la terreur entre conscience et inconscience, avec pour toile de fond, ce qu’exprime très bien le geste pudique et millimĂ©trĂ© de Harding : le sacrifice de l’innocence, thème central de bon nombre d’opĂ©ras de Britten. Un must.
D’une dĂ©cennie plus ancienne (1990), donc tirĂ©e Ă  quatre Ă©pingles, c’est Ă  dire très (trop) mesurĂ©e, Richard Hickox aborde A Midsummer Night’s dream sans vraiment atteindre le dĂ©lire inhĂ©rent Ă  une partition marquĂ©e par le souffle de sa source :  Shakespeare. Mais James Bowman (Oberon) et Lillian Watson (Tytania) dĂ©fendent avec conviction et prĂ©cision le profil de leur rĂ´le respectif.
Deux Harding incontestables, pour The Rape aussi et cette curiosité (Paul Bunyan) sans omettre le Peter Grimes visionnaire et climatique de Bernard Haitink, le coffret de 6 opéras (13 cd) édités par Erato pour le centenaire Britten 2013 est absolument incontournable. Surtout à ce prix.