DVD. Wagner : TannhaĂĽser. Waltz / Barenboim (Berlin, avril 2014)

tannhauser wagner barenboim seiffert pape mattei opera dvd review critique classiquenewsDVD, compte rendu critique. Wagner : TannhaĂĽser. Waltz / Barenboim (Berlin, avril 2014). Dès l’ouverture enchaĂ®nĂ© Ă  la plage vĂ©nusienne, sorte de nocturne voluptueux, le Tannhäuser de Sasha Waltz n’est pas aussi “catastrophique” que la chorĂ©graphe insatisfaite après la sĂ©rie des premières reprĂ©sentations a souhaitĂ© le dĂ©clarer (prĂ©cisant que pour la reprise de cette production en avril 2015, elle aurait rĂ©visĂ© sa copie offrant une mise en scène chorĂ©graphiĂ©e diffĂ©rente : l’histoire ne dit pas si un nouveau dvd en sortira). La combinaison danseurs et acteurs se dĂ©roule mĂŞme idĂ©alement : il est vrai que le ballet de VĂ©nus et cette Bacchanale, orgie problĂ©matique dès le dĂ©but, se rĂ©vèle a contrario du pain bĂ©ni pour la chorĂ©graphe dĂ©sireuse de fusionner chant et danse : de fait dans une sorte de capsule monumentale suspendue, VĂ©nus (somptueuse Marina Prudenskaya) et le toujours excellent Peter Seiffert dans le rĂ´le-titre paraissent face aux spectateurs après s’ĂŞtre frottĂ©s aux corps dĂ©nudĂ©s des danseurs, dans cette demisphère nacrĂ©e. L’image est esthĂ©tique et l’action parfaitement claire. Donc pas d’Ă©chec Ă  ce stade.

Pour le reste du drame, Waltz hĂ©site hĂ©las entre l’oratorio et l’Ă©pure il est vrai, ne dĂ©fendant pas une vision clairement dĂ©finie de son Tannhäuser. La chorĂ©graphe metteure en scène a-t-elle rĂ©ellement approfondi la question ? S’est-elle interrogĂ©e sur la mission du poète / artiste que dĂ©fend ici Wagner ? Pour crĂ©er, l’artiste doit souffrir donc vivre, au sein de la communautĂ© des hommes, ses frères…

Pourtant dès le dĂ©but, les choses sont Ă©loquentes : devenu dieu aux cĂ´tĂ©s de VĂ©nus, le chantre TannhaĂĽser s’ennuie grave malgrĂ© les dĂ©lices voluptueux qu’il peut consommer sans limites.

Si visuellement le spectacle est beau, hĂ©las le parti dramaturgique reste flottant et imprĂ©cis : le jeu des acteurs Ă©tant  en dĂ©finitive… inexistant.

On passe rapidement sur l’Elisabeth d’Ann Petersen (maillon trop faible d’un cast quasi irrĂ©prochable : quel dommage !). Comme Pavarotti dont il partage sur le tard (Ă  60 ans) la corpulence, l’excellent et si subtil Peter Seiffert – dĂ©jĂ  remarquĂ© par la RĂ©daction de classiquenews dans le rĂ´le tout autant vertigineux et extĂ©nuant de l’Empereur dans la Femme sans ombre de Richard Strauss, est aussi piètre acteur qu’il est diseur exceptionnel. Son rĂ©cit de Rome est juste et sa repentance d’autant plus acceptable : le chant est stylĂ©, sobre, nuancĂ© : un contre-exemple rĂ©jouissant et passionnant des hurleurs criards habituels dans le rĂ´le. Belle prise de rĂ´le pour Peter Mattei qui fait un Wolfram lui aussi tissĂ© dans la finesse, la profondeur, la sĂ©duction sincère (Romance Ă  l’Ă©toile). Herman acquiert lui aussi une puissante stature humaine grâce Ă  la noblesse ductile de la basse RenĂ© Pape.

Dans la fosse, Daniel Barenboim, vrai champion de la soirĂ©e, conduit les instrumentistes de la Staatskapelle avec une tension profonde laissant se dĂ©ployer de superbes couleurs chaudes et enivrantes en un tissu orchestral fluide et souple, mĂŞme s’il ne s’agit pas de la version parisienne de 1861 car la version dresdoise première (1845) pĂŞche par certains passages arides et brutaux, diminuant justement la continuitĂ© organique du drame musical. Le chef connaĂ®t son Wagner comme peu (voir son Tristan entre autres). Il sait exploiter toutes les ressources expressives du plateau, en Ă©troite fusion avec le chant de l’orchestre.

DVD, compte rendu critique. Wagner : Tannhäuser. Opéra en 3 actes: version originelle de Dresde, 1845 (comprenant aussi la Bacchanale). René Pape, Peter Seiffert, Peter Mattei, Prudenskaya, Petersen, Sonn, Schabel, Sacher, Martinik, Grane. Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction. Enregistrement réalisé en avril 2014 à Berlin. 2 dvd Bel Air Classiques.


DVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann, nouvelle version Fritz Oser (Christoph Marthaler,Teatro Real de Madrid, mai 2014)

offenbach-contes-d-hoffmann-madrid-marthaler-cambreling-dvd-belair-classiquenews-review-compte-rendu-critique-CLASSIQUENEWS-home-dvd-livres-cd-actualites-musique-classique-operaDVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann, nouvelle version Fritz Oser (Christoph Marthaler,Teatro Real de Madrid, mai 2014)… Il est des productions qui ne mĂ©ritent pas d’ĂŞtre fixer par la vidĂ©o : ce spectacle, l’un des derniers programmĂ©s par le regrettĂ© GĂ©rard Mortier pour le Teatro real de Madrid, porte tous les critères de sa direction artistique si affĂ»tĂ©e : sens du théâtre, parfois trop excessive, modernisation des livrets et des situations, rationalisation de la rĂ©alisation scĂ©nique ; disons que les amateurs pour lesquels l’opĂ©ra est surtout du théâtre, seront Ă©videmment comblĂ©s ; les amateurs d’un opĂ©ra théâtral seront satisfaits : le suisse Christoph Marthaler fait du… Marthaler c’est Ă  dire du théâtre dĂ©senchantĂ©, dĂ©sincarnĂ© Ă  l’extrĂŞme oĂą percent sans discontinuitĂ© le cynisme barbare, la cruautĂ© glaçante des situations oĂą l’on compte toujours et systĂ©matiquement les coups des oppresseurs manipulateurs au dĂ©triment de leurs victimes. Ici, le dispositif en trois actes rĂ©tablit heureusement l’importance de l’acte vĂ©nitien de Giuletta, Ă©gale figure amoureuse pour Hoffmann, aux cĂ´tĂ©s d’Olympia et d’Antonia. La rĂ©alisation et le jeu d’acteurs citent continĂ»ment le regie theater, scène froide, distanciĂ©s, grimaçante (au sens strict du terme, oĂą les corps se bousculent, s’entrechoquent, s’exacerbent ou s’hytĂ©risent (Prologue) Ă  la façon des gestes et attitudes des fous d’un asile psychiatrique, convoquant une galerie de silhouettes dĂ©calĂ©es, handicapĂ©es passablement triviales aux tics irrĂ©pressibles (les choeurs comptant leur lot de femmes Ă  barbes), d’oĂą le cadre de la scène primordiale qui prĂ©sente une salle de dessin dans un sanatorium ou une pension de soins : au dĂ©but Hoffmann paraĂ®t en pensionnaire (peignoir blanc, le plus souvent en proie au dĂ©lire manifeste). Ecueil, comme toujours, le personnage protecteur de la Muse / Niklaus, manque de clartĂ© : faisant le lien entre rĂ©alitĂ© et songe, la figure de la mezzo Anne Sofie von Otter, en poivrotte dĂ©jantĂ©e, manque son emploi : gestes caricaturaux et rĂ©pĂ©titif et comme toute la production, français en bouillie inintelligible.
offenbach marthaler christoph-hoffmann2_madrid_javier_del_realUn trait reste commun entre tous les tableaux : leur manque (assumĂ©) de poĂ©sie et d’onirisme. Le fantastique convoquĂ© sur la scène par Marthaler reste continĂ»ment glacial Ă  la façon d’un tableau de Beckmann ou de Kirchner, et des expressionnistes allemands des annĂ©es 1930, – on pense Ă©videmment Ă  Otto Dix, et son hyperrĂ©alisme sordide et grinçant… c’est cependant un expressionnisme assagi, plus grisâtre sous des Ă©clairages froids. Le metteur en scène aime l’agitation simultanĂ©e sur la scène au risque de rendre confuse une action dĂ©jĂ  compliquĂ©e. Les interprètes qui travaillent avec lui savent que jusqu’aux dernières minutes avant la première, Marthaler laissent chacun aller jusqu’Ă  ses limites : pas de cadre, pas de ligne… l’idĂ©e d’une performance sur scène. Mais scrupuleux sur le rythme et la succession des Ă©pisodes, Marthaler sait parfaitement jusqu’oĂą le théâtre peut investir l’opĂ©ra. Ce qui permet de digĂ©rer malgrĂ© ses excès, toutes ses mises en scène.

Les Contes d’Hoffmann passĂ©s Ă  la moulinette Marthaler

Hystérisé, déshumanisé, clinique : Offenbach revisité à Madrid

Las, cette proposition reste trop théâtrale, d’autant que cĂ´tĂ© voix, l’imprĂ©cision et l’intelligibilitĂ© sont hĂ©las de mise. Aucun chanteur ne maĂ®trisant le français, Ă  l’exception de l’Olympia de la piquante macĂ©donienne Ana Durlovski (la seule qui ait vraiment l’aisance et le style requis, et qui chante la Reine de la Nuit dans La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart), le spectateur perd 90% du texte. Vive les surtitres. Measha Brueggergosman qui gagne en Antonia puis Giuletta, deux rĂ´les importants, a un organe trop Ă©pais, une articulation engorgĂ©e et basse qui manque singulièrement de finesse… et le gĂ©ant amĂ©ricain Eric Cutler campe un Hoffmann sans rĂ©elle conviction : il chante, guère plus, sans vraiment donner l’impression de comprendre ce qu’il dit.

otter anne sofie von niklausse la muse offenbach les contes d hoffmannDans la fosse, la direction de Cambreling, d’abord dur et martiale (Prologue puis acte d’Olympia) s’assagit et s’affine avec Antonia… Il serait temps enfin que les théâtre d’opĂ©ras investissent dans des orchestres sur instruments d’Ă©poque pour restituer toutes les nuances de partitions qui mĂ©riteraient meilleure interprĂ©tation. Au final, qu’avons nous ? Un spectacle surinvesti par l’homme de théâtre Christoph Marthaler dont le système connotant tout le cycle des symboles et rĂ©fĂ©rences au Regietheater germanique finit par rendre confus la force onirique des trois portraits de femme, le portrait d’Hoffmann en déçu, dĂ©sabusĂ© de l’amour, la complicitĂ© pendant les actes d’illusion, de sa protectrice la Muse/Niklaus (Anne Sofie von Otter a constamment l’air d’une sdf Ă©chappĂ© d’un bar qui traverse la scène sans s’intĂ©grer rĂ©ellement Ă  l’action). Les connaisseurs de Marthler applaudiront ; les autres seront plus rĂ©servĂ©s. Reste que voir Anne-Sofie von Otter incarnant Niklaus en clocahrde alcoolisĂ© aux attitudes dĂ©lirantes est un grand moment de théâtre plus dĂ©concertant que passionnant (la voix elle, demeure inaudible).

DVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann (1881), nouvelle version Fritz Oser. Eric Cutler (Hoffmann), Anne Sofie von Otter (La muse/Niklaus), Vito Priante (Lindorf, Coppelius, Dr Miracle, Dapertutto), Ana Durlovski (Alympia), Measha Brueggergosman (Antonia, Giuletta), Jean-Philippe Lafont (Luther, Crespel)… Choeurs et orchestre du Teatro Real de Madrid. Sylvain Cambreling, direction. Chrisotph Marthaler, mise en scène. Enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2014. 1 dvd Belair classiques BAC 124 / BAC 424.

DVD, compte rendu critique. Rimski Korsakov : La Fiancée du Tsar, Barenboim, Tcherniakov (Berlin 2013, 1 dvd Bel Air classiques)

rimsky-korsakov-fiancee-du-tsar-bride-barenboim-tcherniakov-berlin-oct-2013-compte-rendu-critique-CLASSIQUENEWS-dvd-bel-air-classiques-DVD, compte rendu critique. Rimski Korsakov : La FiancĂ©e du Tsar, Barenboim, Tcherniakov (Berlin 2013, 1 dvd Bel Air classiques). Hors de Russie, le meilleur opĂ©ra de Rimski suscite un engouement lĂ©gitime par la richesse de son orchestration comme le traitement finement caractĂ©risĂ©e des protagonistes. Rimski offre en 1899 (Moscou, Théâtre Solodonikov) aux cĂ´tĂ©s de Tchaikovski un théâtre lyrique qui faisait dĂ©faut au pays des tsars;  opĂ©ra national certes par l’emploi de mĂ©lodies spĂ©cifiques empruntĂ©es souvent au folklore (chanson du banquet, choeur “le houblon sauvage”, cantilène de Lioubatcha…) mais aussi sujet illustrant l’histoire russe comme c’est le cas des ouvrages tout aussi fondateurs de Modest Moussorgski, gĂ©nie du genre historique (Boris  Godounov, la Khoventchina).

 

CLIC_macaron_2014Renom plus ou moins lĂ©gitime liĂ© au nom de Dmitri Tcherniakov – scĂ©nographe âpre plus théâtral que vraiment lyrique, la prĂ©sente production Ă©tait attendue comme le loup blanc au sein du marcato lyrique europĂ©en : elle a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en 2011 au Covent Garden de Londres, reprise ici Ă  Berlin en octobre 2013, avant de gagner La Scala, terre de Barenboim il est vrai, en mars 2014.

Rimski n’a pas le sens dramatique d’un Moussorgski chez lequel chaque infime dĂ©tail, chaque accent sert la fluiditĂ© des enchaĂ®nements ou intensifie la construction narrative. Si la baguette manque d’activitĂ© fluide et inspirĂ©e, l’accumulation de mĂ©lodies plus enchaĂ®nĂ©es que vĂ©ritablement associĂ©es produit l’ennui, surtout oĂą l’ampleur massive et solennelle des tableaux choraux alternĂ©e de façon mĂ©canique avec les airs solistes dans le III plombent la tension.

A Berlin, Barenboim dirige un Grygori et une Marfa saisissants de justesse jalouse

Une distribution quasi idéale

Rien de tel ici. Toujours très cohĂ©rent dans sa grille de lecture, Tcherniakov installe un studio tĂ©lĂ© (plateau tournant) dont les coulisses et ce qui tend vers l’image finale, dĂ©voile la manipulation auprès des masses dont sont maĂ®tres les politiques. Le pouvoir est d’abord une question de communication et de maĂ®trise de l’image;  pas sĂ»r que la conception reflète vraiment l’Ă©poque du drame (Moscou au XVIème siècle) mais le regard appartenant bien aux codes de notre Ă©poque surmĂ©diatisĂ©e, inscrit les personnages de Rimski dans un questionnement critique politique, rĂ©solument contemporain  (ce que confirme d’ailleurs les costumes choisis). Si le livret de Rimski cite clairement le Tsar Ivan IV (le Terrible), prĂ©cisĂ©ment en 1572 Ă  Moscou, Tcherniakov montre de façon presque universelle et manifestement symbolique, la fabrique politique dans ses coulisses ou la rĂ©cupĂ©ration et le dĂ©tournement des portrait de souverains anciens façonnent l’idĂ©e d’un sauveur messianique /  le fameux “petit père des peuples” – on connaĂ®t la chanson-,  qui d’image ou d’icĂ´ne virtuelle prĂ©alable, prend chair par le truchement de la machinerie mĂ©diatique.

RImski fiancee du tsar tcherniakov sposa-per-lo-zar-2-e1394983942622Par exemple, trouvaille qui fonctionne, la fiancĂ©e du tsar , au moment du choix par le souverain confrontĂ© Ă  une palette de prĂ©tendantes aux charmes divers, est donc selon la terminologie internet le sujet d’une sĂ©lection opĂ©rĂ©e en un vaste “chat” ;  remisĂ©e au second plan, l’intrigue principale au profit du manège Ă  images. .. la sombre vengeance nĂ©e de la jalousie (ourdie par Lioubatcha contre les plans de Gregory) peine Ă  trouver sa lisibilitĂ©;  pourtant le noeud du drame ne manque pas de piquant : le garde du corps du Tsar Grigory (baryton) bien qu’aimĂ© de Lioubatcha (mezzo), adore la belle Marfa (soprano), elle mĂŞme promise consentante au jeune Lykov. Il demande au mage sorcier Momelius, un philtre d’amour pour envoĂ»ter l’Ă©lue de son coeur… Mais Marfa jalouse de la beautĂ© de sa rivale commande un autre philtre magique qui enlaidira la pauvre convoitĂ©e : Momelius accepte mais Lioubatcha devra se donner Ă  lui (II). Rebondissement au III : le Tsar Ivan veut choisir sa fiancĂ© (le chat chez Tcherniakov) : il choisit Marfa ! Au IV, Marfa agonise : elle a bu le philtre, mais lequel ? Grigory fait assassiner le premier fiancĂ© de Marfa Lykov, puis se dĂ©nonce quand de son cĂ´tĂ© Lioubatcha s’accuse Ă©galement car c’est elle qui a Ă©changĂ© les filtres, provoquant l’agonie de la jeune fille. Gregory GryasnoĂŻ la poignarde et appelle sur lui les pires châtiments. L’intrigue sentimentale et sanglante qui sacrifie froidement deux jeunes amants (Marfa/Lykov) met en lumière le diabolisme des deux autres, non amoureux mais passionnĂ©s et jaloux, Gregory et Lioubatcha. Le Tsar n’Ă©tant ici qu’un accessoire permettant de planter le dĂ©cor de cet opĂ©ra historique.

 

En prenant le contre pied de l’action centrale Tcherniakov la rend parfois confuse et opaque (le livret qui passe auprès des critiques peu scrupuleux, pour invraisemblable n’en mĂ©ritait pas tant). Certes le cadre et le plateau sont flatteurs mais le dispositif pour ingĂ©nieux qu’il soit (on peut y voir une transposition moderne de la fameuse machinerie visuelle si essentielle Ă  l’Ă©poque baroque) souligne l’accessoire au dĂ©triment de la force et de la clartĂ© dramatique pourtant bien prĂ©sentes.

Vocalement, la distribution somptueuse et cohĂ©rente promettait un tout autre approfondissement de l’ouvrage: Anita Rashvelishvili compose une Lioubacha tenace, subtile, foncièrement jalouse dont la confession finale (quand elle voue avoir empoisonnĂ© sa rivale Marfa par l’Ă©change des philtres) produit son assassinat (Gregory fou de haine poignarde violemment celle qui s’est donnĂ©e au magicien). Une telle prĂ©sence si rare sur la scène fait de l’ombre Ă  la très correcte Marfa d’Olga Peretyatko au format pourtant – finalement-, limitĂ©, mĂŞme si ses limites s’accordent Ă  la fragilitĂ© sacrifiĂ©e du personnage convoitĂ©e;  superbe figure de la trahison, en revanche, le timbre clair et flexible du baryton Johannes Martin Kränzle surprend et convainc dans le rĂ´le de Grigori GriaznoĂŻ : il y a chez lui une naĂŻvetĂ© diabolique qui Ă©merge continĂ»ment. MĂŞme le Lykov (fiancĂ© sacrifiĂ© de Marfa) de Pavel Cernoch Ă©blouit par sa prĂ©sence vocale très subtile. La baguette souple et habile dans les transitions de Daniel Barenboim exploite toutes les qualitĂ©s de la Staatskapelle de Berlin : l’ouvrage en gagne (grâce aussi Ă  quelques tailles dans les sĂ©quences) une unitĂ© et une continuitĂ© organique que nous ne soupçonnions pas. Plus que recommandable. En dĂ©pit de la machinerie omniprĂ©sente conçue par Tcherniakov, Barenboim rĂ©tablit la place du chant, de la musique, de l’action lyrique dans une version qui saisit par la justesse Ă©motionnelle de chaque chanteur acteur. La distribution quasi idĂ©ale et la baguette Ă©ruptive du chef suscitent donc le CLIC de classiquenews. Belle surprise de l’Ă©tĂ© 2015.

 

 

 

 

DVD, compte rendu critique. Rimski Korsakov : La FiancĂ©e du Tsar. Olga Peretyatko, Marfa. Johannes Martin Kränzle, Grygori GriaznoĂŻ. Pavel Cernoch (Ivan Lykov), … choeur du Staatsoper im Schiller Theater , Staatskapelle de Berlin. Daniel Barenboim, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scène. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  l’OpĂ©ra-Théâtre Schiller de Berlin, en octobre 2013. 1 dvd Bel Air classiques BAC 105.

 

 

 

DVD, compte rendu critique. Thierry Escaich : Claude. Bou, Rhorer (1 dvd BelAir classiques)

CLAUDE escaich Badinter dvd bel air classiques critique DVD classiquenewsDVD, compte rendu critique. Thierry Escaich : Claude. Bou, Rhorer (1 dvd BelAir classiques). Commande de l’opĂ©ra de Lyon Ă  Thierry Escaich et crĂ©e in loco en mars 2013, l’opĂ©ra Claude est le fruit d’un texte engagĂ© contre la peine de mort rĂ©digĂ© par Robert Badinter que la question passionne depuis toujours et pour laquelle il s’est battu sans flĂ©chir obtenant l’abolition pure simple, fait marquant du quinquennat Mitterrand 1 (le 18 septembre 1981). Sur la violence et la barbarie, la vision engage un dĂ©bat ouvert et ici non rĂ©solu sur la responsabilitĂ© qui incombe Ă  celui qui impose la haine jusqu’au meurtre. Si l’on prend partie d’un cĂ´té  comme de l’autre – victimes ou bourreaux, le vrai sujet reste  en profondeur : comment expliquer les origines du mal ? Y a t il toujours corrĂ©lation entre misère et criminalitĂ©?  En d’autres termes y a t-il fatalitĂ© si l’on est nĂ© misĂ©rable? Mais l’opĂ©ra ajoute aussi une autre thĂ©matique tout aussi cruellement moderne : l’enfer et l’enjeu de la prison.
Les conditions de dĂ©tention -inhumaines et de façon criante sont aussi  dĂ©noncĂ©es dans une mise en scène qui pourrait concentrer tout ce que l’univers carcĂ©ral aujourd’hui prĂ©sente en dysfonctionnement insupportable, nos sociĂ©tĂ©s modernes cumulant les Ă©checs quant Ă  la question des prisonniers qui dans l majoritĂ© des cas, appelĂ©s Ă  sortir, doivent ĂŞtre accompagnĂ©s et rĂ©Ă©duquer pour rĂ©ussir leur rĂ© insertion. .. On voit bien que l’opĂ©ra crĂ©Ă© Ă  Lyon suscite bien des interrogations et relance le dĂ©bat sur un scandale sociĂ©tal san fin.

Hugo aseptisé

InspirĂ© de Claude Gueux de Victor Hugo, le livret Ă©voque avec Ă©conomie et force la violence banale qui ronge et dĂ©truit les liens humains dans la prison de Claude après sa condamnation Ă  mort : haine entre les geĂ´liers et les dĂ©tenus, haine entre les prisonniers eux-mĂŞmes car la prison devient le miroir rĂ©aliste et fidèle d’une sociĂ©tĂ© en Ă©chec, comme mise en cage, face au meurtre et Ă  la violence humaine.

Pas facile de rendre compte d’un opĂ©ra oĂą la tension Ă©tait surtout palpable dans le regard global moins dans le dĂ©tail. Pourtant après la crĂ©ation lyonnaise, le tĂ©moignage vidĂ©o souligne (surtout) la force dramatique du baryton français Jean-SĂ©bastien Bou dans le rĂ´le titre (de surcroĂ®t parfaitement intelligible, apport capital pour sa prise de rĂ´le), le bartyon compose d’abord un personnage dont la photogĂ©nie ardente embrase l’image. A contrario, on regrette la faiblesse du personnage tenu par le contre tĂ©nor Rodrigo Ferreira (dans le rĂ´le de son compagnon de cellule Albin). Si la direction d’acteurs est convaincante, la mise en scène efficace, c’est Ă  dire ici centrĂ©e sur la barbarie sous toutes ses formes, y compris le directeur de la prison : Jean-Philippe Lafont, droit dans ses bottes, inflexible… totalement inhumain comme le reste des protagonistes, on reste nettement moins convaincus par la musique, finalement linĂ©aire et “grise”, continĂ»ment tendue sans aucune envolĂ©e lyrique a minima humaine voire humaniste de Thierry Escaich : manque de temps, manque d’inspiration ou questions et sujets trop impressionnants ? La rĂ©alitĂ© est lĂ  : la partition nous déçoit par sa rudesse et sa monotonie âpre  et sourde… fallait il uniquement privilĂ©gier l’Ă©touffement et la saturation qui noient le chant des solistes comme l’arabesque parfois prenante des choeurs?  Difficile question d’esthĂ©tique. .. pour nous la musique de Claude manque de trouble, de souffle, de vertiges et aussi d’hĂ©donisme. Hugo mĂ©ritait mieux, c’est Ă©vident. Pourtant Thierry  Escaich ne manque pas de talent.  Parmi les disques rĂ©cents, “Nuits HallucinĂ©es” (2011) en tĂ©moignait (surtout Barque solaire crĂ©Ă© en 2008) : d’une richesse de texture souvent foisonnante. … la source s’est tarie dans le portrait de Claude emprisonnĂ©. Dommage .

Claude de Thierry Escaich (mars, 2013)
Opéra en un prologue, seize scènes, deux interscènes et un épilogue
Livret de Robert Badinter d’après Claude Gueux de Victor Hugo
CrĂ©ation mondiale – Commande de l’OpĂ©ra de Lyon – CrĂ©Ă©e le 27 mars 2013 Ă  l’OpĂ©ra de Lyon.
Mise en scène : Olivier Py
Décors et costumes : Pierre-André Weitz

Claude: Jean-SĂ©bastien Bou
Le Directeur : Jean-Philippe Lafont
Albin : Rodrigo Ferreira
L’Entrepreneur/Le Surveillant GĂ©nĂ©ral : Laurent Alvaro
Premier personnage/Premier Surveillant : RĂ©my Mathieu
Deuxième personnage/Deuxième Surveillant : Philip Sheffield
La Petite fille  : Loleh Pottier
La Voix en écho : Anaël Chevallier
Premier détenu : Yannick Berne
Deuxième détenu : Paolo Stupenengo
Troisième détenu : Jean Vendassi
L’avocat : David Sanchez Serra
L’avocat gĂ©nĂ©ral : Didier Roussel
Le Président : Brian Bruce

Orchestre, choeurs et MaĂ®trise de l’OpĂ©ra de Lyon
Direction musicale : Jérémie Rohrer

DVD, compte rendu critique. Escaich / Badinter : Claude, 2013. Jean-SĂ©bastien Bou, Claude. Rodrigo Ferreira (Albin), Jean-Philippe Lafont (le directeur de la prison)… Orchestre, chĹ“ur de l’OpĂ©ra de Lyon. JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction. 1 dvd Bel Air classiques BAC 118 . Livret / notice de 20 pages (français / anglais). Bonus entretien avec Thierry Escaich et Robert Badinter par Anne Sinclair. Enregistrement Ă  l’OpĂ©ra national de Lyon le 4 mars 2013. 1 DVD, durĂ©e 1h37 minutes (opĂ©ra) + 26 minutes (bonus), sous-titres en français et en anglais

DVD. Coffret Verdi (BelAir classiques)

Verdi 2013 : La Traviata, Aida, Macbeth (Coffret 3 opĂ©ra, 5 dvd BelAir classiques) …   Pour cĂ©lĂ©brer le bicentenaire verdi 2013, l’Ă©diteur BelAir classiques sort de son dĂ©jĂ  (riche) catalogue lyrique, 3 opĂ©ras dans 3 productions, toutes, d’une Ă©gale cohĂ©rence dramatique et visuelle. Trois tempĂ©raments scĂ©nographiques d’une forte tenue et qui viennent opportunĂ©ment fĂŞter Verdi en soulignant son exigence théâtrale, et rappeler que toutes les productions d’opĂ©ras, fussent-elles dĂ©calĂ©es/actualisĂ©es, ne sont pas forcĂ©ment indigestes.

 

 

boîte magique : La Traviata, Aida, Macbeth

3 Verdi pour 1 centenaire

 

coffret_DVD_Verdi_belairclassiques.coffretPrenez cette Aida (Zurich 2006) aux dĂ©cors grandiloquents volontairement pompeux voire pompiers (très Second Empire selon la vision de Nicolas Joel) : l’intimisme de la fresque Ă©gyptianisante (huit clos psychologique comme La Traviata) y est pourtant idĂ©alement prĂ©servĂ© avec des solistes convaincants (la wagnĂ©rienne Nina Stemme dans le rĂ´le-titre et la somptueuse alto Luciana d’Intino qui fait une rivale redoutable (AmnĂ©ris)… : deux âmes fĂ©minines parfaitement opposĂ©es et contrastĂ©es qui se disputent Ă  raisons l’hĂ©roĂŻque Radamès.

Voyez ensuite ce Macbeth de 2009 Ă  l’OpĂ©ra de Paris : la vision moderne et très cinĂ©matographique de Dmitri Tcherniakov insuffle au mythe des Ă©poux criminels, un parfum d’inhumanitĂ© parfaitement atroce, un drame noir et glaçant aux effluves contemporaines … qui laisse toute sa place au théâtre. Magnifique spectacle.

Quant Ă  La Traviata devenue lĂ©gendaire et Ă  juste titre, en provenance d’Aix en Provence 2003 (il y a donc 10 ans dĂ©jĂ ), le spectacle dĂ©montre qu’une bonne actualisation poĂ©tique rĂ©gĂ©nère notre perception du conte amoral mais si touchant de Violetta ValĂ©ry ; selon la vision, – rĂŞve ou cauchemar-, de l’excellent Peter Mussbach, la dĂ©voyĂ©e courtisane parisienne erre en Maryline au bord d’une autoroute quand le fil de l’action se dĂ©roule Ă  la façon d’un road-movie. Voir Mireille Delunsch, diva radicale prĂŞte Ă  se mettre en danger, scĂ©niquement et vocalement, en blonde platine, inondĂ©e de lumière sous le feu des projecteurs qui semblent la brĂ»ler sur place, reste un autre grand moment visuel et lyrique. Des instants que tout liricophile, passionnĂ© ou dĂ©butant, se doit de possĂ©der. Beau choix pour un coffret cĂ©lĂ©bratif hautement recommandable.

 

Coffret Verdi 2013 : La Traviata, Aida, Macbeth (Coffret 3 opéra, 5 dvd BelAir classiques)

 

descriptif du coffret Verdi BelAir classiques

LA TRAVIATA : 
Mireille Delunsch • Matthew Polenzani
Mise en scène : Peter Mussbach
Festival d’Aix-en-Provence (2003)

AIDA : 
Nina Stemme • Salvatore Licitra
Mise en scène : Nicolas Joel
Opernhaus ZĂĽrich (2006)

MACBETH
Dimitris Tiliakos • Violeta Urmana
Mise en scène : Dmitri Tcherniakov
Opéra national de Paris (2009)

 

DVD. Magnificat (Heinz Spoerli, 2011)

DVD. Heinz Spoerli : Magnificat (Zurich, 2011). 1 dvd Belair classiques …OpĂ©ra de Zurich, 2011: le ballet de jeunes danseurs dirigĂ©s et souvent magnifiĂ©s par leur maĂ®tre Ă  danser et chorĂ©graphe attitrĂ©, Hans Spoerli aborde l’aspiration spirituelle de Jean-SĂ©bastien Bach Ă  travers un nouveau ballet centrĂ© sur le Magnificat prĂ©cĂ©dĂ© de plusieurs pièces isolĂ©es, airs de cantates ou purs instrumentaux… Au gĂ©nie du mouvement de Spoerli revient dĂ©jĂ  une rĂ©alisation antĂ©rieure absolument sublime : Cello suites d’après les Suites pour violoncelle de Bach. Ici mĂŞme exaltante signature, mĂŞme style accompli : Ă©loge des corps aĂ©riens et d’une souple Ă©lĂ©gance, vitalitĂ© souvent partagĂ©e d’un danseur l’autre, d’un couple Ă  l’autre, sous les dispositifs lumineux particulièrement soignĂ©s.

Eloge de la ligne

BAC089Sans atteindre au miracle de leur ballet antĂ©rieur, Magnificat pâtit esentiellement de la direction musicale dure et martiale de Minkowski dans la fosse qui confond tension martiale et expression. Que ce Bach sonne rugueux et rien que tendu… quand les corps Ă  contrario sur le plateau dessinent en arabesques dĂ©liĂ©es dĂ©licates un hymne d’une tendresse souvent confondante. Car le signe distinctif de Spoerli demeure ce souci de la silhouette, corps totalement dĂ©ployĂ© dont les enchevĂŞtrements d’un corps Ă  l’autre semblent recomposer l’art de la ligne florentine, la fameuse serpentine utilisĂ©e par Michel-Ange, qui intègre le sujet dans l’espace et dans le mĂŞme temps le fait tournoyer dans les 3 dimensions. Le chorĂ©graphe s’appuie sur le collectif juvĂ©nile de plus de 40 danseurs sur scène, en particulier sur le trio (2 hommes, 1 femme) qui revient rĂ©gulièrement.
Tout au long du trop court Magnificat (Ă  peine 30 mn), on note l’action Ă©voquĂ©e Ă  travers le placement au centre des planches de scène, de blocs scindant symboliquement l’espace en deux places dĂ©limitĂ©es (lieux affrontĂ©s des communautĂ©s religieuses qui s’ignorent et se mĂ©prisent car l’intolĂ©rance et le fanatisme sont aussi Ă©voquĂ©s dans le ballet)… c’est d’ailleurs le monticule des mĂŞmes blocs situĂ©s Ă  jardin en fin d’action qui s’effondre sous la montĂ©e d’un humanitĂ© rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e sans conflits… beau message.
Parmi les quelques heureuses trouvailles qui s’enchaĂ®nent saluons en particulier le pas de deux sur la barcarolle d’Et misericordia pour tĂ©nor et alto: la pure poĂ©sie des mouvements Ă©crits pour un couple de danseurs (homme et femme) souligne au delĂ  du texte religieux, cet indĂ©finissable abstraction musicale d’oĂą jaillit la force d’un sens purement chorĂ©graphique : l’invention de Spoerli atteint son meilleur, utilisant le vocabulaire classique (figure tournante sur une pointe pour la danseuse) avec toujours, signe du chorĂ©graphe, ce souci de la ligne dĂ©ployĂ©e. Nous retenons aussi l’Esurientes pour alto et flĂ»tes obligĂ©es oĂą un superbe trio de danseuses (d’une grâce fluide inouĂŻe) est rejoint par la danseuse soliste… nouvel instant de grâce ineffable sur les mots pourtant rĂ©volutionnaires du texte sacrĂ© : quand les riches seront dĂ©possĂ©dĂ©s et les pauvres, rassasiĂ©s … (!).Ajouter en fond de scène, la projection d’un ciel avec ses nuages en Ă©volution accĂ©lĂ©rĂ©e, fait toujours son effet : une ivresse visuelle adaptĂ©e Ă  l’exaltation irrĂ©pressible du Gloria, vĂ©ritable jaillissement de plĂ©nitude collective et doxologique avec l’Ă©clat si particulier des trompettes percutants et cinglantes.
Dommage en effet que dans la fosse l’orchestre sur instruments d’Ă©poque de l’OpĂ©ra de Zurich, La Scintilla, ailleurs partenaire flamboyant de Cecilia Bartoli, n’offre aucun Ă©clat sous la direction mĂ©canique et sans finesse de Marc Minkowski. MĂŞme dĂ©ception pour les solos vocaux massacrĂ©s par une voix dĂ©finitivement usĂ©e et des aigus Ă  la limite de l’inaudible (airs des cantates qui prĂ©cèdent le Magnificat). Heureusement ce qui se passe sur scène est d’une toute autre tenue : c’est un nouvel accomplissement dans l’Ă©criture du très inspirĂ© Heinz Spoerli.
Magnificat. ChorĂ©graphie de Heinz Spoerli. Musiques de Johann Sebastian Bach (1685-1750). Ballet de Zurich (Zurich Ballet). Danseurs solistes : Galina Mikhaylova, Sarah-Jane Brodbeck, Juliette Brunner, Samantha Mednick, She Yun kim, Melanie Borel, Vahe Martirosyan, Filipe Portugal, Arman Grigoryan, Olaf Kollmannsperger. Orchestra La Scintilla. Marc Minkowski, direction. EnregistrĂ© en fĂ©vrier 2012 Ă  l’OpĂ©ra de Zurich. 1 dvd Bel Air classiques BAC089