DVD Ă©vĂ©nement, critique. La CLASSE d’Alexandre Kalioujny (1 DVD BelAir classiques)

Kalioujny-alexandre-sacha-danse-opera-paris-etoiles-dvd-belair-danse-critique-danse-ballet-classiquenews-dvdDVD Ă©vĂ©nement, critique. La CLASSE d’Alexandre Kalioujny (1 DVD BelAir classiques) – Le film passe les portes de l’École de Danse du Ballet de l’OpĂ©ra de Paris pour une immersion exceptionnellement vivante dans les coulisses et le laboratoire des jeunes danseurs en apprentissage ; les fameux « petits rats », ici pilotĂ©s par leur mentors et pĂ©dagogues les danseurs Étoiles Élisabeth Platel (directrice de l’École de Danse) et Charles Jude, transmetteurs du « style Alexandre Kalioujny », gĂ©nial et lĂ©gendaire pĂ©dagogue dont la leçon a marquĂ© de façon indĂ©lĂ©bile le propre style de l’OpĂ©ra français.
Alexandre Kalioujny dit « Sacha », naĂźt Ă  Prague en 1923 de parents russes Ă©migrĂ©s. Danseur Étoile au sein du Ballet de l’OpĂ©ra national de Paris alors dirigĂ© par Serge Lifar, Kalioujny est nommĂ© professeur de danse au Conservatoire de Nice. L’OpĂ©ra de Paris le rappelle en 1970, plĂ©biscitĂ© par l’ensemble des Étoiles parisiennes pour qu’il poursuive la transmission de son art. Sa mĂ©thode de travail est d’autant plus apprĂ©ciĂ©e des danseurs qu’elle cultive trĂšs haute technique et fluiditĂ© du mouvement.
HĂ©ritier de cette maĂźtrise, Rudolf Noureev, alors Directeur de la Danse, avait le projet dĂšs 1985, d’écrire un livre sur ses cours, mais s’éteint avant de rĂ©aliser ce tĂ©moignage pourtant essentiel. Aujourd’hui, dĂ©tenteurs de cette pratique inestimable, Élisabeth Platel et Charles Jude transmettent devant la camĂ©ra les exercices Ă  maĂźtriser, le sens de la mĂ©thode, l’esprit de ce style incomparable et si identifiable aujourd’hui.

LA CAMERA RÉVELE COMMENT LA RÉPÉTITION FAIT LE TRAVAIL
 Les danseurs Étoiles Charles Jude et Elisabeth Platel prĂ©sentent Ă  la poutre devant leurs Ă©lĂšves, puis commentent Ă  l’image chaque exercice, prĂ©cisant ce qui est enjeu, ce que « Sacha » (Alexandre Kalioujny) souhaitait travailler en particulier, ce que chaque mouvement et figure permettait de rĂ©aliser dans la continuitĂ© du ballet. Le film ainsi rĂ©alisĂ© par Denis Sneguirev tout en tournant autour des apprentis, souligne ici l’importance de la transmission. Sont abordĂ©s, dĂ©cortiquĂ©s devant la camĂ©ra : les pliĂ©s, les dĂ©gagĂ©s, les ronds et les fondus, les battements, petits sauts, ballotĂ©s, exercices de pointes, Ă©quilibres
 le travail du corps prend ici tout son sens. Le spectateurs prend conscience de la prĂ©paration et du quotidien du danseur : un enchaĂźnement permanent cultivant dans la souplesse, l’équilibre, la prĂ©cision, l’assise pour assurer les sauts et l’élĂ©vation
 La diversitĂ© des figures enchaĂźnĂ©es ainsi donne le tournis ; mais c’est le quotidien des jeunes danseurs qui apprennent ce qu’ils sont dans la quĂȘte esthĂ©tique, dans l’articulation et la performance physique. L’oeil de la camĂ©ra analyse et rĂ©vĂšle tout cela. En passant de la poutre Ă  la scĂšne, les spectateurs prennent mieux conscience de ce qui est en jeu dans cette stratĂ©gie athlĂ©tique oĂč le corps dessine ; oĂč le travail des petits pas (et de la rĂ©pĂ©tition) dĂ©veloppe un dessin plus global, rĂ©vĂšle et permet l’essor chorĂ©graphique : ce qui peut jaillir dans la reprĂ©sentation, au delĂ  de la maĂźtrise technique.

 

CLIC D'OR macaron 200Les sĂ©quences constituent un tĂ©moignage captivant qui tout en complĂ©tant la connaissance du grand public sur un volet principal du Ballet parisien, prĂ©sente aux jeunes danseurs, les piliers de la technique classique. BelAir ne pouvait mieux complĂ©ter sa dĂ©jĂ  riche collection de dvd consacrĂ©e Ă  la danse, aux chorĂ©graphes et aux grands ballets qu’il s’agisse des Ă©coles françaises ou russe, de Paris Ă  Saint-PĂ©tersbourg, de Kiev Ă  Berlin, Milan ou Zurich


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DVD Ă©vĂ©nement, critique. La CLASSE d’Alexandre KALIOUJNY (1 DVD BelAir classiques) – Prix indicatif : 23,93 euros – CLIC de CLASSIQUENEWS novemre 2020

Contenu additionnel / BONUS :
Entretiens avec Élisabeth Platel (1)
Discussion entre Charles Jude & Élisabeth Platel
Entretien avec Charles Jude
Entretien avec NoĂ«lla Pontois, Danseuse Étoile
Entretien avec Attilio Labis, Danseur Étoile
Entretien avec Gil Isoart, Danseur et pédagogue
Entretien avec les Ă©lĂšves (filles)
Entretien avec les élÚves (garçons)

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TEASER VIDEO

 

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DVD, critique. La BayadÚre : Théùtre Mikhailovsky (1 dvd nov 2019 BelAir classiques)

bac182-bayadere duato  BELAIR dvd classiquenews critique dvdDVD, critique. La BayadĂšre : ThĂ©Ăątre Mikhailovsky (1 dvd nov 2019 BelAir classiques). A la suite de ces lectures des grands classiques (La Belle au bois dormant et Casse-Noisette), le chorĂ©graphe Nacho Duato, directeur artistique du Ballet du ThĂ©Ăątre Mikhailovsky aborde Ă  son tour La BayadĂšre, mythe amoureux lĂ©gendaire qui associe passion et malĂ©diction. Ainsi dans une Inde fantasmĂ©e, la prĂȘtresse et le guerrier ne peuvent rĂ©aliser leur amour ni sur cette terre ni dans l’au-delĂ . La lecture de Duato reste respectueuse de la conception originelle de Marius Petipa et Ludwig Minkus : nĂ©anmoins l’espagnol fluidifie l’action, Ă©carte les lourdeurs et poncifes antĂ©rieurs; pour une Ă©vocation Ă©lucidĂ©e, clarifiĂ©e des tableaux orientalistes (exit les pantomimes statiques) oĂč la reconstitution de la cour des Maharajas offre une nouvelle conception de la danse classique, Ă  la fois Ă©lastique et acrobatique. Un dĂ©fi rĂ©ussi pour le Ballet du ThĂ©Ăątre Mikhailovsky dont l’écalt et l’assurance s’appuient sur les Ă©toiles de la troupe : Angelina Vorontsova, Victor Lebedev, Andrea LaĆĄĆĄĂĄkovĂĄ, ce dernier trĂšs convaincant dans le rĂŽle de Gamzatti.

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CLIC D'OR macaron 200DVD, critique. La BayadĂšre : ThĂ©Ăątre Mikhailovsky (1 dvd nov 2019 BelAir classiques) – Bel Air Classiques a dĂ©jĂ  publiĂ© prĂ©cĂ©demment en dvd, du mĂȘme Duato, La Belle au bois dormant au Staatsballett Berlin, BAC131 BAC431) – Bonus: entretiens avecVladimir Kekhman (directeur du ThĂ©Ăątre Mikhailovsky) et Nacho Duato

DVD, critique. Tricentenaire de la Galerie DorĂ©e – Le Concert de la Loge (1 dvd BelAirclassique)

galerie-doree-concert-tricentenaire-julien-chauvin-dvd-critique-concert-classiquenews-concert-de-la-logeDVD, critique. Tricentenaire de la Galerie DorĂ©e – Le Concert de la Loge (1 dvd BelAirclassique)LIEU PATRIMONIAL, EMBLEMATIQUE
 Le lieu est lovĂ© au centre de Paris, et ne se visite que pour le JournĂ©e du Patrimoine. Pourtant c’est l’écrin le plus raffinĂ© de la peinture du XVIIĂš, commande de 1635 par Louis PhĂ©lypeaux de La VrilliĂšre et depuis lors appelĂ© « Galerie La VrilliĂšre » ou Galerie dorĂ©e : le Français fastueux et richissime voulait sa galerie de peinture selon le modĂšle romain de la galerie FarnĂšse par les Carrache (1607) ; mais ici, les artistes français dĂ©passent leur prĂ©dĂ©cesseurs italiens : la voĂ»te Ă  la fresque comme Ă  Rome est peintre par Perrier ; les ors sertissent 12 joyaux de la peinture française rĂ©alisĂ©s par les plus grands peintres d’alors, livrĂ©s pour la plus tardive en 1665 : Poussin, Guerchin, Reni, 
 des toiles grandioses pour une galerie devenue lĂ©gendaire. A juste tire. Le plafond a disparu remplacĂ© par une copie au XIXĂš ; des boiseries murales furent ajoutĂ©es pour encadrer les toiles du XVIIù
 lesquelles furent ensuite dispersĂ©es dans les musĂ©es de France. Le lieu appartient aujourd’hui Ă  la Banque de France qui fĂȘtait en juin 2018, son tricentenaire.

UN CONCERT ECLECTIQUE
 Pour se faire le violoniste Julien Chauvin, leader de son ensemble Le Concert de la Loge offrent un programme cĂ©lĂ©bratif, prĂ©cisant les tubes baroques contemporains des toiles souhaitĂ©es et livrĂ©es pour PhĂ©lipeaux ; ajoutant aussi des partitions romantiques, en relation avec les statues des 4 continents rajoutĂ©es en 1872
 L’éventail est large, les styles Ă©voquĂ©es aussi : Marais, Couperin, surtout Rameau dont la magie des couleurs dialogue avec les tableaux au mur. Le chant lyrique complĂšte le cycle, celui de la soprano Jodie Devos (trĂšs convaincante LakmĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Tours) qui chante Haendel, joliment, un peu sagement : absence d’une vĂ©ritable scĂšne lyrique ? ; offre un beau minois Ă  l’évocation de la Vierge (Stabat Mater de Boccherini)
 On gardera en souvenir la prĂ©cision chantante des instrumentistes, et les plans rapprochĂ©s, dĂ©taillĂ©s, gĂ©nĂ©reux de la camĂ©ra sur certains Ă©lĂ©ments de la Galerie DorĂ©e
 qui n’a pas usurpĂ© son nom.

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Programme détaillé

GALERIE DORÉE | LE CONCERT DU TRICENTAIRE
[DVD & BLU-RAY]

Jean-Baptiste Lully : Le Bourgeois gentilhomme
– « Marche pour la cĂ©rĂ©monie des Turcs »

Joseph Haydn : Symphonie Le Matin, Hob. I:6
– Adagio et Allegro

Georg Friedrich Haendel : Semele
– « Come, Zephyrs, come » | Jodie Devos (soprano)

François Couperin : Les Barricades mystérieuses

François Couperin : Tic Toc Choc | Justin Taylor (clavecin)

FĂ©licien David : Quatuor no 1 en fa mineur
– Allegretto | Quatuor Cambini-Paris

Marin Marais : Les Voix humaines | Thomas Dunford (luth)

Improvisation dans le style bunraku
(théùtre de marionnettes japonais) | Atsushi Sakaï (violoncelle)

Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes
– « Danse du grand calumet de la paix » | Justin Taylor (clavecin)

Wolfgang Amadeus Mozart : Quatuor en si b majeur, K. 458
– « La chasse », Allegro | Quatuor Cambini-Paris

Jean-Baptiste Prin : Fanfare de Chasse

Joseph Haydn : Symphonie Le Soir, Hob. I:8
– Menuet

Georg Friedrich Haendel : Trionfo del tempo e del disinganno, HWV46a – « Un pensiero nemico di pace »
Jodie Devos (soprano)

Luigi Boccherini : Stabat Mater, G 532a
– « Virgo virginum praeclara »
Jodie Devos (soprano)

Antonio Vivaldi : Il Gardellino, RV 428 – Allegro
Antonio Vivaldi : Tempesta di Mare, RV 433 – Allegro
Antonio Vivaldi : La Notte, RV 439
– « Il Sonno, fantasmi » | Tami Krausz (traverso)

Georg Friedrich Haendel : Giulio Cesare in Egitto
– « Da Tempeste » | Jodie Devos (soprano)

Marc-Antoine Charpentier : Te Deum, H. 146
– PrĂ©lude

Jean-Baptiste Lully : Le Bourgeois gentilhomme
– « Marche pour la cĂ©rĂ©monie des Turcs »

Le Concert de la Loge
Quatuor Cambini-Paris
Violon et direction : Julien Chauvin

Soprano : Jodie Devos
Clavecin : Justin Taylor
Luth-théorbe : Thomas Dunford
Violoncelle : Atsushi Sakai
Traverso : Tami Krausz

Enregistré en juin 2018

1 Livre + DVD BelAir Classiques BAC171 – 1h17 minutes

https://belairclassiques.com/film/galerie-doree-le-concert-du-tricentenaire-concert-de-la-loge-julien-chauvin-jodie-devos-thomas-dunford-justin-taylor-dvd-blu-ray

VOIR le teaser vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=UjY4a-HNBdc&feature=emb_logo

DVD, critique. JANACEK : De la maison des morts / From the house of the dead. Young, Castorf (1 dvd Bel Air classiques, 2018)

JANACEK de maison des morts critique classiquenews critique dvd opera bac173-cover-fromthehouseofthedead-recto-siteok-500x712DVD, critique. JANACEK : De la maison des morts / From the house of the dead. Young, Castorf (1 dvd Bel Air classiques, 2018). Avant de mourir Janacek (en 1928) nous laisse son opĂ©ra inspirĂ© de Dostoievski : De La Maison des morts, crĂ©Ă© Ă  Brno, Ă  titre posthume en 1930. L’OpĂ©ra de BaviĂšre Ă  Munich a prĂ©sentĂ© en 2018 la mise en scĂšne de Frank Castorf dont le goĂ»t pour les symboles gĂ©ants et en plastic avait dĂ©routĂ© les bayreutiens, dans sa vision plutĂŽt laide du Ring. Pour illustrer plutĂŽt qu’exprimer la dĂ©faite de notre sociĂ©tĂ© de consommation, il imagine un lieu perdu, aux marques publicitaires Ă©culĂ©es et bien lisibles (ont-elles versĂ© leur financement ?) formant un fatras prĂ©fabriquĂ© qui tient du mirador et de l’abri de ZAD
 ChĂ©reau avait marquĂ© la mise en scĂšne de l’ouvrage Ă  Aix en 2007, mai dans une tout autre rĂ©flexion sur l’ensevelissement progressif des humanitĂ©s. Castorf semble rĂ©pĂ©ter les tics visuels du Ring de Bayreuth pour les imposer chez Janacek. MĂȘme dĂ©ception pour la fosse dont le son toujours tendu, certes opulent et prĂ©sent d’un bout Ă  l’autre, est comme poussĂ© ; il semble indiquer dans la direction de Simone Young, l’absence de vision intĂ©rieure plus tĂ©nue, la perte des nuances. Evidemment, cette pĂąte orchestrale qui dĂ©ferle, finit par couvrir les voix, Ă©cartant lĂ  aussi tout travail filigranĂ© sur le texte. Or la langue est primordiale chez Janacek, lui qui a tant rĂ©formĂ© le langage musical Ă  partir de ses propres recherches sur la notion de musique parlĂ©e, n’hĂ©sitant pas Ă  intĂ©grer dans son Ă©critures les motifs et formules dĂ©couvertes tout au long d’un vrai travail de collecte ethnomusicologique. Cette notion de prĂ©cision linguistique et d’intelligibilitĂ© musicale produit ce rĂ©alisme poĂ©tique si particulier chez le compositeur morave. D’autant qu’aprĂšs Jenufa, Katia Kabanova, La Petite Renarde rusĂ©e, L’Affaire Makropoulos
 De la Maison des morts s’affirme bien comme le prolongement et l’aboutissement de cette esthĂ©tique personnelle et puissante. De ce point de vue, la direction de Simone Young, linĂ©aire, illustrative, en rien trouble ni ambivalente, tombe Ă  plat.

janacekLa poĂ©sie philosophique de Janacek rappelle combien l’homme est reliĂ© et dĂ©pendant d’un cycle qui le dĂ©passe et dont il doit respecter l’équilibre des Ă©nergies s’il veut survivre. Cette immersion (autobiographique dans le cas de Dostoievski) dans les profondeurs des bagnes dĂ©veloppe tout une perspective noire et lugubre, oĂč l’homme perd pied, et se laisse dĂ©truire dans la folie, la violence, la haine, une brutalitĂ© spĂ©cifiquement humaine.
L’Aljeja d’Evgeniya Sotnikova, comme le Morozov d’Ales Briscein sont parfois inaudibles. Mais plus puissants naturellement que leurs partenaires, Bo Skovhus (Siskov) et Charles Workman (Skuratov) tirent leur voix de ce jeu sonore et diluĂ©, car ils sont leurs personnages ; Ăąmes de souffrance, figures d’une humanitĂ© au bout du bout. Le premier a dĂ©jĂ  passĂ© le guĂ© et est enseveli ; le second, est comme enivrĂ© et anesthĂ©siĂ© par le dĂ©nuement et la misĂšre : pour toute rĂ©ponse, Workman tisse une vocalitĂ© intĂ©rieure, pourtant lumineuse dans ce monde des tĂ©nĂšbres. Le chanteur touche juste du dĂ©but Ă  la fin, dans un numĂ©ro d’équilibriste et de funambule heureux, lunaire et finalement dans l’espĂ©rance. Rien que pour cette incarnation, le spectacle mĂ©rite absolument d’ĂȘtre vu et connu.

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DVD, critique. LeoĆĄ JANACEK (1854-1928) : De la maison des morts. MUNICH, OpĂ©ra de BaviĂšre, / Nationaltheater. OpĂ©ra en 3 actes, livret du compositeur, d’aprĂšs DostoĂŻevski. Mise en scĂšne : Frank Castorf. Peter Rose (Alexander Petrovitch Goriantschikov) ; Bo Skovhus (Chichkow) ; Evgeniya Sotnikova (Alieia) ; AleĆĄ Briscein (Filka Morozov) ; Christian Rieger (Le commandant) ; Charles Workman (Skuratov). BAYERISCHES STAATS Orchester / Chorus / ChƓur de l’OpĂ©ra national de BaviĂšre ; Orchestre National de BaviĂšre ; direction : Simone Young. EnregistrĂ© Ă  Munich, printemps 2018. 1 dvd Bel Air classiques. CrĂ©dits photographiques : © Wilfried Hösl – Parution : 14 fĂ©vrier 2020. PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur BelAir classiques

TEASER VIDEO
https://www.youtube.com/watch?v=r7Bt9k_NPwU&feature=emb_logo

DVD. Wagner : TannhaĂŒser. Waltz / Barenboim (Berlin, avril 2014)

tannhauser wagner barenboim seiffert pape mattei opera dvd review critique classiquenewsDVD, compte rendu critique. Wagner : TannhaĂŒser. Waltz / Barenboim (Berlin, avril 2014). DĂšs l’ouverture enchaĂźnĂ© Ă  la plage vĂ©nusienne, sorte de nocturne voluptueux, le TannhĂ€user de Sasha Waltz n’est pas aussi “catastrophique” que la chorĂ©graphe insatisfaite aprĂšs la sĂ©rie des premiĂšres reprĂ©sentations a souhaitĂ© le dĂ©clarer (prĂ©cisant que pour la reprise de cette production en avril 2015, elle aurait rĂ©visĂ© sa copie offrant une mise en scĂšne chorĂ©graphiĂ©e diffĂ©rente : l’histoire ne dit pas si un nouveau dvd en sortira). La combinaison danseurs et acteurs se dĂ©roule mĂȘme idĂ©alement : il est vrai que le ballet de VĂ©nus et cette Bacchanale, orgie problĂ©matique dĂšs le dĂ©but, se rĂ©vĂšle a contrario du pain bĂ©ni pour la chorĂ©graphe dĂ©sireuse de fusionner chant et danse : de fait dans une sorte de capsule monumentale suspendue, VĂ©nus (somptueuse Marina Prudenskaya) et le toujours excellent Peter Seiffert dans le rĂŽle-titre paraissent face aux spectateurs aprĂšs s’ĂȘtre frottĂ©s aux corps dĂ©nudĂ©s des danseurs, dans cette demisphĂšre nacrĂ©e. L’image est esthĂ©tique et l’action parfaitement claire. Donc pas d’Ă©chec Ă  ce stade.

Pour le reste du drame, Waltz hĂ©site hĂ©las entre l’oratorio et l’Ă©pure il est vrai, ne dĂ©fendant pas une vision clairement dĂ©finie de son TannhĂ€user. La chorĂ©graphe metteure en scĂšne a-t-elle rĂ©ellement approfondi la question ? S’est-elle interrogĂ©e sur la mission du poĂšte / artiste que dĂ©fend ici Wagner ? Pour crĂ©er, l’artiste doit souffrir donc vivre, au sein de la communautĂ© des hommes, ses frĂšres…

Pourtant dĂšs le dĂ©but, les choses sont Ă©loquentes : devenu dieu aux cĂŽtĂ©s de VĂ©nus, le chantre TannhaĂŒser s’ennuie grave malgrĂ© les dĂ©lices voluptueux qu’il peut consommer sans limites.

Si visuellement le spectacle est beau, hĂ©las le parti dramaturgique reste flottant et imprĂ©cis : le jeu des acteurs Ă©tant  en dĂ©finitive… inexistant.

On passe rapidement sur l’Elisabeth d’Ann Petersen (maillon trop faible d’un cast quasi irrĂ©prochable : quel dommage !). Comme Pavarotti dont il partage sur le tard (Ă  60 ans) la corpulence, l’excellent et si subtil Peter Seiffert – dĂ©jĂ  remarquĂ© par la RĂ©daction de classiquenews dans le rĂŽle tout autant vertigineux et extĂ©nuant de l’Empereur dans la Femme sans ombre de Richard Strauss, est aussi piĂštre acteur qu’il est diseur exceptionnel. Son rĂ©cit de Rome est juste et sa repentance d’autant plus acceptable : le chant est stylĂ©, sobre, nuancĂ© : un contre-exemple rĂ©jouissant et passionnant des hurleurs criards habituels dans le rĂŽle. Belle prise de rĂŽle pour Peter Mattei qui fait un Wolfram lui aussi tissĂ© dans la finesse, la profondeur, la sĂ©duction sincĂšre (Romance Ă  l’Ă©toile). Herman acquiert lui aussi une puissante stature humaine grĂące Ă  la noblesse ductile de la basse RenĂ© Pape.

Dans la fosse, Daniel Barenboim, vrai champion de la soirĂ©e, conduit les instrumentistes de la Staatskapelle avec une tension profonde laissant se dĂ©ployer de superbes couleurs chaudes et enivrantes en un tissu orchestral fluide et souple, mĂȘme s’il ne s’agit pas de la version parisienne de 1861 car la version dresdoise premiĂšre (1845) pĂȘche par certains passages arides et brutaux, diminuant justement la continuitĂ© organique du drame musical. Le chef connaĂźt son Wagner comme peu (voir son Tristan entre autres). Il sait exploiter toutes les ressources expressives du plateau, en Ă©troite fusion avec le chant de l’orchestre.

DVD, compte rendu critique. Wagner : TannhÀuser. Opéra en 3 actes: version originelle de Dresde, 1845 (comprenant aussi la Bacchanale). René Pape, Peter Seiffert, Peter Mattei, Prudenskaya, Petersen, Sonn, Schabel, Sacher, Martinik, Grane. Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction. Enregistrement réalisé en avril 2014 à Berlin. 2 dvd Bel Air Classiques.


DVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann, nouvelle version Fritz Oser (Christoph Marthaler,Teatro Real de Madrid, mai 2014)

offenbach-contes-d-hoffmann-madrid-marthaler-cambreling-dvd-belair-classiquenews-review-compte-rendu-critique-CLASSIQUENEWS-home-dvd-livres-cd-actualites-musique-classique-operaDVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann, nouvelle version Fritz Oser (Christoph Marthaler,Teatro Real de Madrid, mai 2014)… Il est des productions qui ne mĂ©ritent pas d’ĂȘtre fixer par la vidĂ©o : ce spectacle, l’un des derniers programmĂ©s par le regrettĂ© GĂ©rard Mortier pour le Teatro real de Madrid, porte tous les critĂšres de sa direction artistique si affĂ»tĂ©e : sens du thĂ©Ăątre, parfois trop excessive, modernisation des livrets et des situations, rationalisation de la rĂ©alisation scĂ©nique ; disons que les amateurs pour lesquels l’opĂ©ra est surtout du thĂ©Ăątre, seront Ă©videmment comblĂ©s ; les amateurs d’un opĂ©ra thĂ©Ăątral seront satisfaits : le suisse Christoph Marthaler fait du… Marthaler c’est Ă  dire du thĂ©Ăątre dĂ©senchantĂ©, dĂ©sincarnĂ© Ă  l’extrĂȘme oĂč percent sans discontinuitĂ© le cynisme barbare, la cruautĂ© glaçante des situations oĂč l’on compte toujours et systĂ©matiquement les coups des oppresseurs manipulateurs au dĂ©triment de leurs victimes. Ici, le dispositif en trois actes rĂ©tablit heureusement l’importance de l’acte vĂ©nitien de Giuletta, Ă©gale figure amoureuse pour Hoffmann, aux cĂŽtĂ©s d’Olympia et d’Antonia. La rĂ©alisation et le jeu d’acteurs citent continĂ»ment le regie theater, scĂšne froide, distanciĂ©s, grimaçante (au sens strict du terme, oĂč les corps se bousculent, s’entrechoquent, s’exacerbent ou s’hytĂ©risent (Prologue) Ă  la façon des gestes et attitudes des fous d’un asile psychiatrique, convoquant une galerie de silhouettes dĂ©calĂ©es, handicapĂ©es passablement triviales aux tics irrĂ©pressibles (les choeurs comptant leur lot de femmes Ă  barbes), d’oĂč le cadre de la scĂšne primordiale qui prĂ©sente une salle de dessin dans un sanatorium ou une pension de soins : au dĂ©but Hoffmann paraĂźt en pensionnaire (peignoir blanc, le plus souvent en proie au dĂ©lire manifeste). Ecueil, comme toujours, le personnage protecteur de la Muse / Niklaus, manque de clartĂ© : faisant le lien entre rĂ©alitĂ© et songe, la figure de la mezzo Anne Sofie von Otter, en poivrotte dĂ©jantĂ©e, manque son emploi : gestes caricaturaux et rĂ©pĂ©titif et comme toute la production, français en bouillie inintelligible.
offenbach marthaler christoph-hoffmann2_madrid_javier_del_realUn trait reste commun entre tous les tableaux : leur manque (assumĂ©) de poĂ©sie et d’onirisme. Le fantastique convoquĂ© sur la scĂšne par Marthaler reste continĂ»ment glacial Ă  la façon d’un tableau de Beckmann ou de Kirchner, et des expressionnistes allemands des annĂ©es 1930, – on pense Ă©videmment Ă  Otto Dix, et son hyperrĂ©alisme sordide et grinçant… c’est cependant un expressionnisme assagi, plus grisĂątre sous des Ă©clairages froids. Le metteur en scĂšne aime l’agitation simultanĂ©e sur la scĂšne au risque de rendre confuse une action dĂ©jĂ  compliquĂ©e. Les interprĂštes qui travaillent avec lui savent que jusqu’aux derniĂšres minutes avant la premiĂšre, Marthaler laissent chacun aller jusqu’Ă  ses limites : pas de cadre, pas de ligne… l’idĂ©e d’une performance sur scĂšne. Mais scrupuleux sur le rythme et la succession des Ă©pisodes, Marthaler sait parfaitement jusqu’oĂč le thĂ©Ăątre peut investir l’opĂ©ra. Ce qui permet de digĂ©rer malgrĂ© ses excĂšs, toutes ses mises en scĂšne.

Les Contes d’Hoffmann passĂ©s Ă  la moulinette Marthaler

Hystérisé, déshumanisé, clinique : Offenbach revisité à Madrid

Las, cette proposition reste trop thĂ©Ăątrale, d’autant que cĂŽtĂ© voix, l’imprĂ©cision et l’intelligibilitĂ© sont hĂ©las de mise. Aucun chanteur ne maĂźtrisant le français, Ă  l’exception de l’Olympia de la piquante macĂ©donienne Ana Durlovski (la seule qui ait vraiment l’aisance et le style requis, et qui chante la Reine de la Nuit dans La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart), le spectateur perd 90% du texte. Vive les surtitres. Measha Brueggergosman qui gagne en Antonia puis Giuletta, deux rĂŽles importants, a un organe trop Ă©pais, une articulation engorgĂ©e et basse qui manque singuliĂšrement de finesse… et le gĂ©ant amĂ©ricain Eric Cutler campe un Hoffmann sans rĂ©elle conviction : il chante, guĂšre plus, sans vraiment donner l’impression de comprendre ce qu’il dit.

otter anne sofie von niklausse la muse offenbach les contes d hoffmannDans la fosse, la direction de Cambreling, d’abord dur et martiale (Prologue puis acte d’Olympia) s’assagit et s’affine avec Antonia… Il serait temps enfin que les thĂ©Ăątre d’opĂ©ras investissent dans des orchestres sur instruments d’Ă©poque pour restituer toutes les nuances de partitions qui mĂ©riteraient meilleure interprĂ©tation. Au final, qu’avons nous ? Un spectacle surinvesti par l’homme de thĂ©Ăątre Christoph Marthaler dont le systĂšme connotant tout le cycle des symboles et rĂ©fĂ©rences au Regietheater germanique finit par rendre confus la force onirique des trois portraits de femme, le portrait d’Hoffmann en déçu, dĂ©sabusĂ© de l’amour, la complicitĂ© pendant les actes d’illusion, de sa protectrice la Muse/Niklaus (Anne Sofie von Otter a constamment l’air d’une sdf Ă©chappĂ© d’un bar qui traverse la scĂšne sans s’intĂ©grer rĂ©ellement Ă  l’action). Les connaisseurs de Marthler applaudiront ; les autres seront plus rĂ©servĂ©s. Reste que voir Anne-Sofie von Otter incarnant Niklaus en clocahrde alcoolisĂ© aux attitudes dĂ©lirantes est un grand moment de thĂ©Ăątre plus dĂ©concertant que passionnant (la voix elle, demeure inaudible).

DVD, compte rendu critique. Offenbach : Les contes d’Hoffmann (1881), nouvelle version Fritz Oser. Eric Cutler (Hoffmann), Anne Sofie von Otter (La muse/Niklaus), Vito Priante (Lindorf, Coppelius, Dr Miracle, Dapertutto), Ana Durlovski (Alympia), Measha Brueggergosman (Antonia, Giuletta), Jean-Philippe Lafont (Luther, Crespel)… Choeurs et orchestre du Teatro Real de Madrid. Sylvain Cambreling, direction. Chrisotph Marthaler, mise en scĂšne. Enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2014. 1 dvd Belair classiques BAC 124 / BAC 424.

DVD, compte rendu critique. Rimski Korsakov : La Fiancée du Tsar, Barenboim, Tcherniakov (Berlin 2013, 1 dvd Bel Air classiques)

rimsky-korsakov-fiancee-du-tsar-bride-barenboim-tcherniakov-berlin-oct-2013-compte-rendu-critique-CLASSIQUENEWS-dvd-bel-air-classiques-DVD, compte rendu critique. Rimski Korsakov : La FiancĂ©e du Tsar, Barenboim, Tcherniakov (Berlin 2013, 1 dvd Bel Air classiques). Hors de Russie, le meilleur opĂ©ra de Rimski suscite un engouement lĂ©gitime par la richesse de son orchestration comme le traitement finement caractĂ©risĂ©e des protagonistes. Rimski offre en 1899 (Moscou, ThĂ©Ăątre Solodonikov) aux cĂŽtĂ©s de Tchaikovski un thĂ©Ăątre lyrique qui faisait dĂ©faut au pays des tsars;  opĂ©ra national certes par l’emploi de mĂ©lodies spĂ©cifiques empruntĂ©es souvent au folklore (chanson du banquet, choeur “le houblon sauvage”, cantilĂšne de Lioubatcha…) mais aussi sujet illustrant l’histoire russe comme c’est le cas des ouvrages tout aussi fondateurs de Modest Moussorgski, gĂ©nie du genre historique (Boris  Godounov, la Khoventchina).

 

CLIC_macaron_2014Renom plus ou moins lĂ©gitime liĂ© au nom de Dmitri Tcherniakov – scĂ©nographe Ăąpre plus thĂ©Ăątral que vraiment lyrique, la prĂ©sente production Ă©tait attendue comme le loup blanc au sein du marcato lyrique europĂ©en : elle a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en 2011 au Covent Garden de Londres, reprise ici Ă  Berlin en octobre 2013, avant de gagner La Scala, terre de Barenboim il est vrai, en mars 2014.

Rimski n’a pas le sens dramatique d’un Moussorgski chez lequel chaque infime dĂ©tail, chaque accent sert la fluiditĂ© des enchaĂźnements ou intensifie la construction narrative. Si la baguette manque d’activitĂ© fluide et inspirĂ©e, l’accumulation de mĂ©lodies plus enchaĂźnĂ©es que vĂ©ritablement associĂ©es produit l’ennui, surtout oĂč l’ampleur massive et solennelle des tableaux choraux alternĂ©e de façon mĂ©canique avec les airs solistes dans le III plombent la tension.

A Berlin, Barenboim dirige un Grygori et une Marfa saisissants de justesse jalouse

Une distribution quasi idéale

Rien de tel ici. Toujours trĂšs cohĂ©rent dans sa grille de lecture, Tcherniakov installe un studio tĂ©lĂ© (plateau tournant) dont les coulisses et ce qui tend vers l’image finale, dĂ©voile la manipulation auprĂšs des masses dont sont maĂźtres les politiques. Le pouvoir est d’abord une question de communication et de maĂźtrise de l’image;  pas sĂ»r que la conception reflĂšte vraiment l’Ă©poque du drame (Moscou au XVIĂšme siĂšcle) mais le regard appartenant bien aux codes de notre Ă©poque surmĂ©diatisĂ©e, inscrit les personnages de Rimski dans un questionnement critique politique, rĂ©solument contemporain  (ce que confirme d’ailleurs les costumes choisis). Si le livret de Rimski cite clairement le Tsar Ivan IV (le Terrible), prĂ©cisĂ©ment en 1572 Ă  Moscou, Tcherniakov montre de façon presque universelle et manifestement symbolique, la fabrique politique dans ses coulisses ou la rĂ©cupĂ©ration et le dĂ©tournement des portrait de souverains anciens façonnent l’idĂ©e d’un sauveur messianique /  le fameux “petit pĂšre des peuples” – on connaĂźt la chanson-,  qui d’image ou d’icĂŽne virtuelle prĂ©alable, prend chair par le truchement de la machinerie mĂ©diatique.

RImski fiancee du tsar tcherniakov sposa-per-lo-zar-2-e1394983942622Par exemple, trouvaille qui fonctionne, la fiancĂ©e du tsar , au moment du choix par le souverain confrontĂ© Ă  une palette de prĂ©tendantes aux charmes divers, est donc selon la terminologie internet le sujet d’une sĂ©lection opĂ©rĂ©e en un vaste “chat” ;  remisĂ©e au second plan, l’intrigue principale au profit du manĂšge Ă  images. .. la sombre vengeance nĂ©e de la jalousie (ourdie par Lioubatcha contre les plans de Gregory) peine Ă  trouver sa lisibilitĂ©;  pourtant le noeud du drame ne manque pas de piquant : le garde du corps du Tsar Grigory (baryton) bien qu’aimĂ© de Lioubatcha (mezzo), adore la belle Marfa (soprano), elle mĂȘme promise consentante au jeune Lykov. Il demande au mage sorcier Momelius, un philtre d’amour pour envoĂ»ter l’Ă©lue de son coeur… Mais Marfa jalouse de la beautĂ© de sa rivale commande un autre philtre magique qui enlaidira la pauvre convoitĂ©e : Momelius accepte mais Lioubatcha devra se donner Ă  lui (II). Rebondissement au III : le Tsar Ivan veut choisir sa fiancĂ© (le chat chez Tcherniakov) : il choisit Marfa ! Au IV, Marfa agonise : elle a bu le philtre, mais lequel ? Grigory fait assassiner le premier fiancĂ© de Marfa Lykov, puis se dĂ©nonce quand de son cĂŽtĂ© Lioubatcha s’accuse Ă©galement car c’est elle qui a Ă©changĂ© les filtres, provoquant l’agonie de la jeune fille. Gregory GryasnoĂŻ la poignarde et appelle sur lui les pires chĂątiments. L’intrigue sentimentale et sanglante qui sacrifie froidement deux jeunes amants (Marfa/Lykov) met en lumiĂšre le diabolisme des deux autres, non amoureux mais passionnĂ©s et jaloux, Gregory et Lioubatcha. Le Tsar n’Ă©tant ici qu’un accessoire permettant de planter le dĂ©cor de cet opĂ©ra historique.

 

En prenant le contre pied de l’action centrale Tcherniakov la rend parfois confuse et opaque (le livret qui passe auprĂšs des critiques peu scrupuleux, pour invraisemblable n’en mĂ©ritait pas tant). Certes le cadre et le plateau sont flatteurs mais le dispositif pour ingĂ©nieux qu’il soit (on peut y voir une transposition moderne de la fameuse machinerie visuelle si essentielle Ă  l’Ă©poque baroque) souligne l’accessoire au dĂ©triment de la force et de la clartĂ© dramatique pourtant bien prĂ©sentes.

Vocalement, la distribution somptueuse et cohĂ©rente promettait un tout autre approfondissement de l’ouvrage: Anita Rashvelishvili compose une Lioubacha tenace, subtile, fonciĂšrement jalouse dont la confession finale (quand elle voue avoir empoisonnĂ© sa rivale Marfa par l’Ă©change des philtres) produit son assassinat (Gregory fou de haine poignarde violemment celle qui s’est donnĂ©e au magicien). Une telle prĂ©sence si rare sur la scĂšne fait de l’ombre Ă  la trĂšs correcte Marfa d’Olga Peretyatko au format pourtant – finalement-, limitĂ©, mĂȘme si ses limites s’accordent Ă  la fragilitĂ© sacrifiĂ©e du personnage convoitĂ©e;  superbe figure de la trahison, en revanche, le timbre clair et flexible du baryton Johannes Martin KrĂ€nzle surprend et convainc dans le rĂŽle de Grigori GriaznoĂŻ : il y a chez lui une naĂŻvetĂ© diabolique qui Ă©merge continĂ»ment. MĂȘme le Lykov (fiancĂ© sacrifiĂ© de Marfa) de Pavel Cernoch Ă©blouit par sa prĂ©sence vocale trĂšs subtile. La baguette souple et habile dans les transitions de Daniel Barenboim exploite toutes les qualitĂ©s de la Staatskapelle de Berlin : l’ouvrage en gagne (grĂące aussi Ă  quelques tailles dans les sĂ©quences) une unitĂ© et une continuitĂ© organique que nous ne soupçonnions pas. Plus que recommandable. En dĂ©pit de la machinerie omniprĂ©sente conçue par Tcherniakov, Barenboim rĂ©tablit la place du chant, de la musique, de l’action lyrique dans une version qui saisit par la justesse Ă©motionnelle de chaque chanteur acteur. La distribution quasi idĂ©ale et la baguette Ă©ruptive du chef suscitent donc le CLIC de classiquenews. Belle surprise de l’Ă©tĂ© 2015.

 

 

 

 

DVD, compte rendu critique. Rimski Korsakov : La FiancĂ©e du Tsar. Olga Peretyatko, Marfa. Johannes Martin KrĂ€nzle, Grygori GriaznoĂŻ. Pavel Cernoch (Ivan Lykov), … choeur du Staatsoper im Schiller Theater , Staatskapelle de Berlin. Daniel Barenboim, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scĂšne. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  l’OpĂ©ra-ThĂ©Ăątre Schiller de Berlin, en octobre 2013. 1 dvd Bel Air classiques BAC 105.

 

 

 

DVD, compte rendu critique. Thierry Escaich : Claude. Bou, Rhorer (1 dvd BelAir classiques)

CLAUDE escaich Badinter dvd bel air classiques critique DVD classiquenewsDVD, compte rendu critique. Thierry Escaich : Claude. Bou, Rhorer (1 dvd BelAir classiques). Commande de l’opĂ©ra de Lyon Ă  Thierry Escaich et crĂ©e in loco en mars 2013, l’opĂ©ra Claude est le fruit d’un texte engagĂ© contre la peine de mort rĂ©digĂ© par Robert Badinter que la question passionne depuis toujours et pour laquelle il s’est battu sans flĂ©chir obtenant l’abolition pure simple, fait marquant du quinquennat Mitterrand 1 (le 18 septembre 1981). Sur la violence et la barbarie, la vision engage un dĂ©bat ouvert et ici non rĂ©solu sur la responsabilitĂ© qui incombe Ă  celui qui impose la haine jusqu’au meurtre. Si l’on prend partie d’un cĂŽté  comme de l’autre – victimes ou bourreaux, le vrai sujet reste  en profondeur : comment expliquer les origines du mal ? Y a t il toujours corrĂ©lation entre misĂšre et criminalitĂ©?  En d’autres termes y a t-il fatalitĂ© si l’on est nĂ© misĂ©rable? Mais l’opĂ©ra ajoute aussi une autre thĂ©matique tout aussi cruellement moderne : l’enfer et l’enjeu de la prison.
Les conditions de dĂ©tention -inhumaines et de façon criante sont aussi  dĂ©noncĂ©es dans une mise en scĂšne qui pourrait concentrer tout ce que l’univers carcĂ©ral aujourd’hui prĂ©sente en dysfonctionnement insupportable, nos sociĂ©tĂ©s modernes cumulant les Ă©checs quant Ă  la question des prisonniers qui dans l majoritĂ© des cas, appelĂ©s Ă  sortir, doivent ĂȘtre accompagnĂ©s et rĂ©Ă©duquer pour rĂ©ussir leur rĂ© insertion. .. On voit bien que l’opĂ©ra crĂ©Ă© Ă  Lyon suscite bien des interrogations et relance le dĂ©bat sur un scandale sociĂ©tal san fin.

Hugo aseptisé

InspirĂ© de Claude Gueux de Victor Hugo, le livret Ă©voque avec Ă©conomie et force la violence banale qui ronge et dĂ©truit les liens humains dans la prison de Claude aprĂšs sa condamnation Ă  mort : haine entre les geĂŽliers et les dĂ©tenus, haine entre les prisonniers eux-mĂȘmes car la prison devient le miroir rĂ©aliste et fidĂšle d’une sociĂ©tĂ© en Ă©chec, comme mise en cage, face au meurtre et Ă  la violence humaine.

Pas facile de rendre compte d’un opĂ©ra oĂč la tension Ă©tait surtout palpable dans le regard global moins dans le dĂ©tail. Pourtant aprĂšs la crĂ©ation lyonnaise, le tĂ©moignage vidĂ©o souligne (surtout) la force dramatique du baryton français Jean-SĂ©bastien Bou dans le rĂŽle titre (de surcroĂźt parfaitement intelligible, apport capital pour sa prise de rĂŽle), le bartyon compose d’abord un personnage dont la photogĂ©nie ardente embrase l’image. A contrario, on regrette la faiblesse du personnage tenu par le contre tĂ©nor Rodrigo Ferreira (dans le rĂŽle de son compagnon de cellule Albin). Si la direction d’acteurs est convaincante, la mise en scĂšne efficace, c’est Ă  dire ici centrĂ©e sur la barbarie sous toutes ses formes, y compris le directeur de la prison : Jean-Philippe Lafont, droit dans ses bottes, inflexible… totalement inhumain comme le reste des protagonistes, on reste nettement moins convaincus par la musique, finalement linĂ©aire et “grise”, continĂ»ment tendue sans aucune envolĂ©e lyrique a minima humaine voire humaniste de Thierry Escaich : manque de temps, manque d’inspiration ou questions et sujets trop impressionnants ? La rĂ©alitĂ© est lĂ  : la partition nous déçoit par sa rudesse et sa monotonie Ăąpre  et sourde… fallait il uniquement privilĂ©gier l’Ă©touffement et la saturation qui noient le chant des solistes comme l’arabesque parfois prenante des choeurs?  Difficile question d’esthĂ©tique. .. pour nous la musique de Claude manque de trouble, de souffle, de vertiges et aussi d’hĂ©donisme. Hugo mĂ©ritait mieux, c’est Ă©vident. Pourtant Thierry  Escaich ne manque pas de talent.  Parmi les disques rĂ©cents, “Nuits HallucinĂ©es” (2011) en tĂ©moignait (surtout Barque solaire crĂ©Ă© en 2008) : d’une richesse de texture souvent foisonnante. … la source s’est tarie dans le portrait de Claude emprisonnĂ©. Dommage .

Claude de Thierry Escaich (mars, 2013)
Opéra en un prologue, seize scÚnes, deux interscÚnes et un épilogue
Livret de Robert Badinter d’aprĂšs Claude Gueux de Victor Hugo
CrĂ©ation mondiale – Commande de l’OpĂ©ra de Lyon – CrĂ©Ă©e le 27 mars 2013 Ă  l’OpĂ©ra de Lyon.
Mise en scĂšne : Olivier Py
Décors et costumes : Pierre-André Weitz

Claude: Jean-SĂ©bastien Bou
Le Directeur : Jean-Philippe Lafont
Albin : Rodrigo Ferreira
L’Entrepreneur/Le Surveillant GĂ©nĂ©ral : Laurent Alvaro
Premier personnage/Premier Surveillant : RĂ©my Mathieu
DeuxiĂšme personnage/DeuxiĂšme Surveillant : Philip Sheffield
La Petite fille  : Loleh Pottier
La Voix en écho : Anaël Chevallier
Premier détenu : Yannick Berne
DeuxiÚme détenu : Paolo Stupenengo
TroisiÚme détenu : Jean Vendassi
L’avocat : David Sanchez Serra
L’avocat gĂ©nĂ©ral : Didier Roussel
Le Président : Brian Bruce

Orchestre, choeurs et MaĂźtrise de l’OpĂ©ra de Lyon
Direction musicale : Jérémie Rohrer

DVD, compte rendu critique. Escaich / Badinter : Claude, 2013. Jean-SĂ©bastien Bou, Claude. Rodrigo Ferreira (Albin), Jean-Philippe Lafont (le directeur de la prison)… Orchestre, chƓur de l’OpĂ©ra de Lyon. JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction. 1 dvd Bel Air classiques BAC 118 . Livret / notice de 20 pages (français / anglais). Bonus entretien avec Thierry Escaich et Robert Badinter par Anne Sinclair. Enregistrement Ă  l’OpĂ©ra national de Lyon le 4 mars 2013. 1 DVD, durĂ©e 1h37 minutes (opĂ©ra) + 26 minutes (bonus), sous-titres en français et en anglais

DVD. Coffret Verdi (BelAir classiques)

Verdi 2013 : La Traviata, Aida, Macbeth (Coffret 3 opĂ©ra, 5 dvd BelAir classiques) …   Pour cĂ©lĂ©brer le bicentenaire verdi 2013, l’Ă©diteur BelAir classiques sort de son dĂ©jĂ  (riche) catalogue lyrique, 3 opĂ©ras dans 3 productions, toutes, d’une Ă©gale cohĂ©rence dramatique et visuelle. Trois tempĂ©raments scĂ©nographiques d’une forte tenue et qui viennent opportunĂ©ment fĂȘter Verdi en soulignant son exigence thĂ©Ăątrale, et rappeler que toutes les productions d’opĂ©ras, fussent-elles dĂ©calĂ©es/actualisĂ©es, ne sont pas forcĂ©ment indigestes.

 

 

boĂźte magique : La Traviata, Aida, Macbeth

3 Verdi pour 1 centenaire

 

coffret_DVD_Verdi_belairclassiques.coffretPrenez cette Aida (Zurich 2006) aux dĂ©cors grandiloquents volontairement pompeux voire pompiers (trĂšs Second Empire selon la vision de Nicolas Joel) : l’intimisme de la fresque Ă©gyptianisante (huit clos psychologique comme La Traviata) y est pourtant idĂ©alement prĂ©servĂ© avec des solistes convaincants (la wagnĂ©rienne Nina Stemme dans le rĂŽle-titre et la somptueuse alto Luciana d’Intino qui fait une rivale redoutable (AmnĂ©ris)… : deux Ăąmes fĂ©minines parfaitement opposĂ©es et contrastĂ©es qui se disputent Ă  raisons l’hĂ©roĂŻque RadamĂšs.

Voyez ensuite ce Macbeth de 2009 Ă  l’OpĂ©ra de Paris : la vision moderne et trĂšs cinĂ©matographique de Dmitri Tcherniakov insuffle au mythe des Ă©poux criminels, un parfum d’inhumanitĂ© parfaitement atroce, un drame noir et glaçant aux effluves contemporaines … qui laisse toute sa place au thĂ©Ăątre. Magnifique spectacle.

Quant Ă  La Traviata devenue lĂ©gendaire et Ă  juste titre, en provenance d’Aix en Provence 2003 (il y a donc 10 ans dĂ©jĂ ), le spectacle dĂ©montre qu’une bonne actualisation poĂ©tique rĂ©gĂ©nĂšre notre perception du conte amoral mais si touchant de Violetta ValĂ©ry ; selon la vision, – rĂȘve ou cauchemar-, de l’excellent Peter Mussbach, la dĂ©voyĂ©e courtisane parisienne erre en Maryline au bord d’une autoroute quand le fil de l’action se dĂ©roule Ă  la façon d’un road-movie. Voir Mireille Delunsch, diva radicale prĂȘte Ă  se mettre en danger, scĂ©niquement et vocalement, en blonde platine, inondĂ©e de lumiĂšre sous le feu des projecteurs qui semblent la brĂ»ler sur place, reste un autre grand moment visuel et lyrique. Des instants que tout liricophile, passionnĂ© ou dĂ©butant, se doit de possĂ©der. Beau choix pour un coffret cĂ©lĂ©bratif hautement recommandable.

 

Coffret Verdi 2013 : La Traviata, Aida, Macbeth (Coffret 3 opéra, 5 dvd BelAir classiques)

 

descriptif du coffret Verdi BelAir classiques

LA TRAVIATA : ‹Mireille Delunsch ‱ Matthew Polenzani
Mise en scĂšne : Peter Mussbach
Festival d’Aix-en-Provence (2003)

AIDA : ‹Nina Stemme ‱ Salvatore Licitra
Mise en scĂšne : Nicolas Joel
Opernhaus ZĂŒrich (2006)

MACBETH
Dimitris Tiliakos ‱ Violeta Urmana
Mise en scĂšne : Dmitri Tcherniakov
Opéra national de Paris (2009)

 

DVD. Magnificat (Heinz Spoerli, 2011)

DVD. Heinz Spoerli : Magnificat (Zurich, 2011). 1 dvd Belair classiques …OpĂ©ra de Zurich, 2011: le ballet de jeunes danseurs dirigĂ©s et souvent magnifiĂ©s par leur maĂźtre Ă  danser et chorĂ©graphe attitrĂ©, Hans Spoerli aborde l’aspiration spirituelle de Jean-SĂ©bastien Bach Ă  travers un nouveau ballet centrĂ© sur le Magnificat prĂ©cĂ©dĂ© de plusieurs piĂšces isolĂ©es, airs de cantates ou purs instrumentaux… Au gĂ©nie du mouvement de Spoerli revient dĂ©jĂ  une rĂ©alisation antĂ©rieure absolument sublime : Cello suites d’aprĂšs les Suites pour violoncelle de Bach. Ici mĂȘme exaltante signature, mĂȘme style accompli : Ă©loge des corps aĂ©riens et d’une souple Ă©lĂ©gance, vitalitĂ© souvent partagĂ©e d’un danseur l’autre, d’un couple Ă  l’autre, sous les dispositifs lumineux particuliĂšrement soignĂ©s.

Eloge de la ligne

BAC089Sans atteindre au miracle de leur ballet antĂ©rieur, Magnificat pĂątit esentiellement de la direction musicale dure et martiale de Minkowski dans la fosse qui confond tension martiale et expression. Que ce Bach sonne rugueux et rien que tendu… quand les corps Ă  contrario sur le plateau dessinent en arabesques dĂ©liĂ©es dĂ©licates un hymne d’une tendresse souvent confondante. Car le signe distinctif de Spoerli demeure ce souci de la silhouette, corps totalement dĂ©ployĂ© dont les enchevĂȘtrements d’un corps Ă  l’autre semblent recomposer l’art de la ligne florentine, la fameuse serpentine utilisĂ©e par Michel-Ange, qui intĂšgre le sujet dans l’espace et dans le mĂȘme temps le fait tournoyer dans les 3 dimensions. Le chorĂ©graphe s’appuie sur le collectif juvĂ©nile de plus de 40 danseurs sur scĂšne, en particulier sur le trio (2 hommes, 1 femme) qui revient rĂ©guliĂšrement.
Tout au long du trop court Magnificat (Ă  peine 30 mn), on note l’action Ă©voquĂ©e Ă  travers le placement au centre des planches de scĂšne, de blocs scindant symboliquement l’espace en deux places dĂ©limitĂ©es (lieux affrontĂ©s des communautĂ©s religieuses qui s’ignorent et se mĂ©prisent car l’intolĂ©rance et le fanatisme sont aussi Ă©voquĂ©s dans le ballet)… c’est d’ailleurs le monticule des mĂȘmes blocs situĂ©s Ă  jardin en fin d’action qui s’effondre sous la montĂ©e d’un humanitĂ© rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e sans conflits… beau message.
Parmi les quelques heureuses trouvailles qui s’enchaĂźnent saluons en particulier le pas de deux sur la barcarolle d’Et misericordia pour tĂ©nor et alto: la pure poĂ©sie des mouvements Ă©crits pour un couple de danseurs (homme et femme) souligne au delĂ  du texte religieux, cet indĂ©finissable abstraction musicale d’oĂč jaillit la force d’un sens purement chorĂ©graphique : l’invention de Spoerli atteint son meilleur, utilisant le vocabulaire classique (figure tournante sur une pointe pour la danseuse) avec toujours, signe du chorĂ©graphe, ce souci de la ligne dĂ©ployĂ©e. Nous retenons aussi l’Esurientes pour alto et flĂ»tes obligĂ©es oĂč un superbe trio de danseuses (d’une grĂące fluide inouĂŻe) est rejoint par la danseuse soliste… nouvel instant de grĂące ineffable sur les mots pourtant rĂ©volutionnaires du texte sacrĂ© : quand les riches seront dĂ©possĂ©dĂ©s et les pauvres, rassasiĂ©s … (!).Ajouter en fond de scĂšne, la projection d’un ciel avec ses nuages en Ă©volution accĂ©lĂ©rĂ©e, fait toujours son effet : une ivresse visuelle adaptĂ©e Ă  l’exaltation irrĂ©pressible du Gloria, vĂ©ritable jaillissement de plĂ©nitude collective et doxologique avec l’Ă©clat si particulier des trompettes percutants et cinglantes.
Dommage en effet que dans la fosse l’orchestre sur instruments d’Ă©poque de l’OpĂ©ra de Zurich, La Scintilla, ailleurs partenaire flamboyant de Cecilia Bartoli, n’offre aucun Ă©clat sous la direction mĂ©canique et sans finesse de Marc Minkowski. MĂȘme dĂ©ception pour les solos vocaux massacrĂ©s par une voix dĂ©finitivement usĂ©e et des aigus Ă  la limite de l’inaudible (airs des cantates qui prĂ©cĂšdent le Magnificat). Heureusement ce qui se passe sur scĂšne est d’une toute autre tenue : c’est un nouvel accomplissement dans l’Ă©criture du trĂšs inspirĂ© Heinz Spoerli.
Magnificat. ChorĂ©graphie de Heinz Spoerli. Musiques de Johann Sebastian Bach (1685-1750). Ballet de Zurich (Zurich Ballet). Danseurs solistes : Galina Mikhaylova, Sarah-Jane Brodbeck, Juliette Brunner, Samantha Mednick, She Yun kim, Melanie Borel, Vahe Martirosyan, Filipe Portugal, Arman Grigoryan, Olaf Kollmannsperger. Orchestra La Scintilla. Marc Minkowski, direction. EnregistrĂ© en fĂ©vrier 2012 Ă  l’OpĂ©ra de Zurich. 1 dvd Bel Air classiques BAC089