Compte-rendu : Fontdouce. Abbaye, 20ème festival estival, le 26 juillet 2013. Concert inaugural. Baptiste Trotignon, Natalie Dessay, Philippe Cassard. Mélodies françaises.

philippe cassard et natalie dessay Ă  fontdouceSaint-Bris des Bois en Charente-Maritime accueille l’inauguration du 20ème Festival de l’Abbaye de Fontdouce. L’endroit magique datant du 12e siècle concentre beautĂ© et mystère. Le concert exceptionnel d’ouverture se dĂ©roule en deux parties Ă  la fois contrastĂ©es et cohĂ©rentes. Il commence de façon tonique avec le pianiste jazz Baptiste Trotignon et se termine avec un duo de choc, la soprano Natalie Dessay et Philippe Cassard au piano !

 

 

Festival de l’Abbaye de Fontdouce,
le secret le mieux gardĂ© de l’Ă©té !

 

SituĂ©e entre Cognac et Saintes, Ă  deux pas de Saint-Sauvant, l’un des plus beaux villages de France, l’ancienne Abbaye Royale obtient le classement de Monument Historique en 1986. Elle fait ainsi partie du riche patrimoine naturel et culturel de la rĂ©gion. Elle en est sans doute l’un de ses bijoux, voire son secret le mieux gardé ! Le maĂ®tre du lieu (et prĂ©sident du festival Thibaud Boutinet) a comme mission de partager la beautĂ© et faire connaĂ®tre l’histoire et les milles bontĂ©s du site acquis par sa famille il y a presque 200 ans. Après notre sĂ©jour estival et musical Ă  l’Abbaye de Fontdouce, toute l’Ă©quipe met du coeur Ă  l’ouvrage et le festival est une indĂ©niable rĂ©ussite !

Le Festival comme le site historique acceptent avec plaisir la modernitĂ© et font plaisir aussi aux amateurs des musiques actuelles. L’artiste qui ouvre le concert est un pianiste jazz de formation classique : Baptiste Trotignon rĂ©gale l’audience avec un jeu Ă  l’expressivitĂ© vive, presque brĂ»lante, qui cache pourtant une vĂ©ritable dĂ©marche intellectuelle. Notamment en ce qui concerne sa science du rythme, très impressionnante. Le pianiste instaure une ambiance d’une gaĂ®tĂ© dansante, dĂ©contractĂ©e, contagieuse avec ses propres compositions ; il fait de mĂŞme un clin d’oeil Ă  la musique classique avec ses propres arrangements « dĂ©rangeants » d’après deux valses de Chopin. Mais son Chopin transfigurĂ© va très bien avec son Ă©loquence subtilement jazzy. La musique du romantique  d’une immense libertĂ© formelle, se prĂŞte parfaitement aux aventures euphoriques et drolatiques de Trotignon. Un dĂ©but de concert tout en chaleur et fort stimulant qui prĂ©pare bien pour la suite classique ou l’oĂą explore d’autres sentiments.

L’entracte tonique est l’occasion parfaite pour une promenade de dĂ©couverte, tout en dĂ©gustant les boissons typiques du territoire. Le sensation de beautĂ© paisible au long du grand prĂ©, l’effet saisissant et purement gothique de la salle capitulaire, les couleurs et les saveurs du patrimoine qui font vibrer l’âme… Tout prĂ©pare en douceur pour le rĂ©cital de mĂ©lodies par Natalie Dessay et Philippe Cassard.

Ils ont dĂ©jĂ  collaborĂ© pour le bel album des mĂ©lodies de Debussy « Clair de Lune » paru chez Virgin Classics. Pour ce concert d’exception, les deux artistes proposent Debussy mais aussi Duparc, Poulenc, Chabrier, FaurĂ©, Chausson… Un vĂ©ritable dĂ©lice auditif et poĂ©tique, mais aussi sentimental et théâtral. Natalie Dessay chante avec la vĂ©racitĂ© psychologique et l’engagement Ă©motionnel qui lui sont propres. Un registre grave limitĂ© et un mordant moins Ă©vident qu’auparavant n’enlèvent rien Ă  la profondeur du geste vocal. Elle est en effet ravissante sur scène et s’attaque aux mĂ©lodies avec un heureux mĂ©lange d’humour et de caractère. La diva interprète « Le colibri » de Chausson  avec une voix de porcelaine : la douceur tranquille qu’elle dĂ©gage est d’une subtilitĂ© qui caresse l’oreille. Philippe Cassard est complètement investi au piano : il s’accorde merveilleusement au chant avec sensibilitĂ© et rigueur. La « Chanson pour Jeanne » de Chabrier, la plus belle chanson jamais Ă©crite selon Debussy, est en effet d’une immense beautĂ©. Les yeux de la cantatrice brillent en l’interprĂ©tant ; nous sommes Ă©blouis et Ă©mus, au point d’avoir des frissons, par la dĂ©licatesse de ses nuances et par la finesse arachnĂ©enne de ses modulations. « Il vole » extrait des Fiançailles pour Rire de Poulenc est tout sauf strictement humoristique. La complicitĂ© entre les vers de Louise de Vilmorin et la musique du compositeur impressionne autant que celle entre le pianiste et la soprano. Sur scène, ils s’Ă©clatent, font des blagues, quelques fausses notes aussi, se plaignent du bruit des appareils photo… ils mettent surtout leurs talents combinĂ©s au service de l’art de la mĂ©lodie française, pour le grand bonheur du public enchantĂ©.

DĂ©couvrir ainsi la magie indescriptible de l’Abbaye de Fontdouce et dĂ©guster sans modĂ©ration les musiques de son festival d’Ă©tĂ© reste une expĂ©rience mĂ©morable !

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