FESTIVAL BACH de TOUL

TOUL-festival-Bach-annonce-concerts-festival-presentation-BACH-A-TOUL-2019-classiquenewsTOUL, Festival BACH : 1er, 7, 8, 15, 22 sept 2019. Reprise dynamique du Festival BACH de TOUL, avec 4 nouveaux programmes (les dimanches) particuliĂšrement fĂ©dĂ©rateur et festif, qui pĂ©rennisent toujours l’actualitĂ© de la musique de Jean-SĂ©bastien. GrĂące Ă  l’initiative de l’organiste Pascal Vigneron (auteur d’une rĂ©cente intĂ©grale des Variations Goldberg), dĂ©but le dim 1er sept en la cathĂ©drale Saint-Etienne (Ɠuvre pour orgue avec la classe d’Orgue de la Musikhochschule de Stuttgart), puis le sam 7 et dim 8 sept : intĂ©grale du clavier bien tempĂ©rĂ© au clavecin, au piano, Ă  l’orgue (avec Pieter-Jan Belder, Clavecin – Dimitri Vassilakis, Piano – Pascal Vigneron, Orgue) ; le 15 sept concert exceptionnel avec Richard Gallianno, accordĂ©on, puis le 22 sept : Bach et HĂŠndel – Concertos pour orgue – Transcriptions de Marcel DuprĂ© – Jean Paul Imbert, orgue. Et bien d’autres concerts, Ă©vĂ©nements et actions pĂ©dagogiques Ă  suivre en octobre 2019

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

VOIR le dĂ©tail des programmes et notre prĂ©sentation du Festival BACH de TOUL qui a lieu toute l’annĂ©e, jusqu’au 12 octobre 2019 (13 concerts Ă©vĂ©nements)

http://www.classiquenews.com/toul-festival-bach-classe-dorgue-du-cnsmd-lyon-14-juil-15h/

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

LIRE aussi notre entretien avec PASCAL VIGNERON, organiste, directeur artistique du Festival BACH de TOUL 

vigneron-pascal-organiste-festival-BACH-TOULPASCAL VIGNERON : “La lĂ©gitimitĂ© du festival s’est imposĂ©e petit Ă  petit, grĂące notamment Ă  la prĂ©sence du Grand Orgue Curt Schwenkedel construit en 1963. C’est un instrument nĂ©o-baroque, dĂ©diĂ© Ă  la musique ancienne, avec une ouverture contemporaine sur le troisiĂšme clavier. C’est le plus grand opus de Curt Schwenkedel, et lorsqu’il fut construit, c’était un vĂ©ritable pari sur l’avenir. Nous l’avons entiĂšrement remis Ă  jour, grĂące au concerts de Maitre Yves Koenig, qui a compris d’emblĂ©e l’intĂ©rĂȘt d’un instrument de cette taille pour l’interprĂ©tation de l’oeuvre d’orgue de Johann Sebastian Bach. Michel Giroud, qui fut apprenti de Curt Schwenkedel apporta un concours inestimable par ses conseils.” (extrait)

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

TOUTES LES INFOS et les modalités pratiques pour se rendre aux concerts, événements, exposition du 10Ú Festival JS BACH de TOUL sur le site du Festival Bach de TOUL

 

https://www.toul.fr/?festival-bach-2019-10-ans

 

BACH festival TOUL festival BACH de toul annonce presentation programme par classiquenews

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Téléchargez la brochure du 10Ú Festival BACH de TOUL

 

https://www.toul.fr/IMG/pdf/livret_bach_2019-web.pdf

TOUL-festival-Bach-annonce-concerts-festival-presentation-BACH-A-TOUL-2019-classiquenews

 
 

TOUL, Festival BACH : Classe d’orgue du CNSMD Lyon (14 juil, 15h)

BACH festival TOUL festival BACH de toul annonce presentation programme par classiquenewsTOUL, 10Ăšme FESTIVAL BACH, jusqu’au 12 octobre 2019. En 2019, le Festival Bach de la Ville de Toul fĂȘte ses 10 ans. Noyau d’une nouvelle saison festive, soulignant les 10 ans du Festival, les Grandes Orgues de la CathĂ©drale Saint-Etienne cĂ©lĂšbrent ainsi le gĂ©nie de Jean-SĂ©bastien Bach. Comme aussi les grandes pages de la musique (signĂ©es Couperin, Mozart
 ou Haendel, autre gĂ©nie et contemproain de Jean-SĂ©bastien). Ainsi il n’y a pas qu’à Leipzig que les grandes orgues de la ville abordent l’écriture de Bach en en questionnant la portĂ©e poĂ©tique comme le souffle universel. Bach est indĂ©modable ; sa musique, une source d’inspiration intacte ; les concerts et Ă©vĂ©nement (confĂ©rences, exposition
) du Festival BACH Ă  TOUL nous le prouvent encore pour sa 10Ăš Ă©dition en 2019. D’emblĂ©e, le visuel du Festival 2019 annonce la couleur (et la figure d’un Bach intemporel comme revivifiĂ©) : perruque fluo, lunettes de soleil
 c’est un star Rock.

En 10 ans, – depuis 2008, TOUL accueille le Festival Bach qui sous la direction artistique de l’organiste Pascal Vigneron marie astucieusement «  Ɠuvres populaires et programmes audacieux ». Les Festivaliers ont pu y applaudir l’approche particuliĂšre des personnalitĂ©s musicales tels l’organiste Olivier Latry, Rhoda Scott, le Quatuor Ludwig, le Choeur de l’OpĂ©ra de Stettin, le Choeur Variations de Strasbourg, l’Orchestre de Chambre du Marais 
 En 2019, les Ɠuvres majeures du Director Musices de Leipzig sont jouĂ©es, en majoritĂ© dans la CathĂ©drale Saint-Etienne de Toul : motet, cantates, grand Ricercar ; en particulier l’intĂ©grale des piĂšces pour orgue (plusieurs concerts les 23 juin, 14 juillet, 1er septembre ; Les Variations Goldberg (sujet d’un week end complet, rĂ©alisĂ©es au clavecin, Ă  l’orgue, au piano, les 29 et 30 juin 2019) ; l’intĂ©grale du Clavier bien tempĂ©rĂ©, le 7 sept, au clavecin, piano et orgue ; Concertos pour orgue (le 22 sept) ; 
 et pour conclusion de ce cycle Ă©vĂ©nement : L’Art de la fugue BWV 1080 : « Le testament musical de Johann Sebastian Bach », concert de clĂŽture le 12 octobre Ă  la CollĂ©giale Saint-Gengoult.
Les festivaliers Ă  TOUL n’omettront pas le concert Ă©vĂ©nement de l’accordĂ©oniste Richard Galliano le 15 septembre (CathĂ©drale Saint-Etienne).

toul-saint-etienne-orgue-festival-bach-de-toul-concerts-festival-BACH-TOUL-critique-concert-annonce-classiquenews

 

Grand orgue de la Cathédrale de Saint-Etienne à TOUL (DR)

 

TOUL-festival-Bach-annonce-concerts-festival-presentation-BACH-A-TOUL-2019-classiquenewsPour la 10Ăšme Ă©dition 13 concerts et rendez-vous musicaux (jusqu’au 12 octobre 2019), une grande exposition inĂ©dite sur le thĂšme de Bach et la Bible (jusqu’au 22 septembre Ă  la CathĂ©drale Saint-Etienne), une confĂ©rence consacrĂ©e Ă  l’une des plus grandes Ɠuvres de Jean SĂ©bastien Bach « L’Art de la Fugue » renouvellent notre connaissance du gĂ©nie de Leipzig. Tremplin des jeunes tempĂ©raments Ă  l’orgue, le Festival Bach de Toul met aussi en lumiĂšre les nouveaux talents des classes d’orgue du CNSMD de Lyon et de l’école de musique de Stuttgart (3 concerts intitulĂ©s « Classes d’orgue »).

Le Festival n’oublie pas de sensibiliser les plus jeunes cette annĂ©e : une programmation jeune public, inscrite dans les programmes pĂ©dagogiques des Ă©coles maternelles et primaires de la Ville de TOUL, est simultanĂ©ment dĂ©veloppĂ©e (dont les 10 et 11 oct entre autres, « L’Art de la fugue expliquĂ©e aux enfants », voir calendrier ci dessous).

FESTIVAL BACH DE TOUL 2019

Directeur artistique : Pascal Vigneron

Jusqu’au 12 octobre 2019 :
13 concerts célÚbrent BACH

_______________________________

1er, 2 et 4 avril 2019 – CitĂ©a Projections Scolaires du film :
« Il était une fois Johann Sebastian Bach » de Jean Guilermou

28 avril 2019 – 16h – CathĂ©drale Saint Etienne. Eric Lebrun, St-Antoine des Quinze Vingt , CNR de Saint-Maur – Choeur GrĂ©gorien de Nancy-Toul Bach – De Grigny – Boely – Widor

11 mai 2019 – 20h – CathĂ©drale Saint Etienne – Nuit des CathĂ©drales. Pascal Vigneron, Directeur du festival Bach de Toul – Choeur Consort Musica Vera. François Couperin – Messe pour les Paroisses

Un été à TOUL
pour célébrer JS BACH

______________________________

15 juin 2019 – 20h30 – CathĂ©drale Saint Etienne. Motets « jesu Meine Freude BWV 227 – « Lebet den Herren » – Cantate Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen, BWV 12
Les plus belles arias pour voix solos : J.Cassar – A.Maugard – C.Einhorn – C.Gautier – M.Heim. Orchestre de Chambre du Marais – Choeur Consort Musica Vera – Pascal Vigneron, direction

16 juin 2019 – 16h – CathĂ©drale Saint Etienne. L’offrande Musicale, « Grand Ricercar Ă  6 – Suite en si mineur BWV 1067 – Cantate des Paysans BWV 2012. Johanne Cassar – C.Gautier – VĂ©ronique Reinbold – Choeur Consort Musica Vera – Dir. Jean-Baptiste Nicolas, Orchestre de Chambre du Marais – Pascal Vigneron, direction

23 juin 2019 – CathĂ©drale Saint Etienne.
La classe d’Orgue du Conservatoire National SupĂ©rieur de Paris – Professeurs : Olivier Latry – Michel Bouvard, Louis Julien – Loriane Llorca – Seoyoung ChoĂŻ – L’oeuvre d’Orgue de J. S. Bach

29 et 30 juin 2019 – MusĂ©e de Toul – CollĂ©giale Saint-Gengoult – CathĂ©drale Saint Etienne : « « Week-End des Variations Goldberg BWV 988 ». Pieter-Jan Belder, clavecin – Dimitri Vassilakis, piano – Pascal Vigneron, orgue

7 juillet 2019 – 16h – CathĂ©drale Saint Etienne
Les plus belles pages de la musique baroque et classique – Bach – Haendel – Telemann – Vivaldi – Mozart.
Orchestre de Chambre du Marais, Pascal Vigneron (direction)

14 Juillet 201915h – CathĂ©drale Saint Etienne
La classe d’Orgue du Conservatoire National SupĂ©rieur de Lyon – Professeur : François Espinasse, Emmanuel Culcasi – Yanis Dubois – Fanny Cousseau
L’oeuvre d’Orgue de J. S. Bach

L’Automne Ă  TOUL
pour célébrer JS BACH

______________________________

1er Septembre 2019 – 16h – CathĂ©drale Saint Etienne
La classe d’Orgue de la Musikhochschule de Stuttgart – Professeur : Jurgen Essl, Mar VaquĂ© Mur – Sören Gieseler – Shihono Higa – L’oeuvre d’Orgue de J. S. Bach

7 septembre 2019 – 19h / 8 septembre 2019 – 15h30 – CollĂ©giale Saint-Gengoult : IntĂ©grale du Clavier Bien tempĂ©rĂ© BWV 846-893. Pieter-Jan Belder, Clavecin – Dimitri Vassilakis, Piano – Pascal Vigneron, orgue. Virtualis I

15 septembre 2019 – 16h – CathĂ©drale Saint Etienne Concert Exceptionnel – Richard Gallianno , AccordĂ©on

22 septembre 2019 – 16h – CathĂ©drale Saint Etienne
Bach et HĂŠndel – Concertos pour orgue – Transcriptions de Marcel DuprĂ© – Jean Paul Imbert, orgue

8 octobre 2019 – 20h – MusĂ©e d’Art de d’Histoire de Toul ConfĂ©rence en collaboration avec le CELT. « L’art de la fugue, Ă©nigme mathĂ©matique et philosophique »

10 et 11 octobre 2019 – MusĂ©e d’Art et d’Histoire de Toul Concerts scolaires « L’Art de la Fugue expliquĂ©e aux enfants »

12 octobre 2019 – 20h30 – CollĂ©giale Saint-Gengoult
L’Art de la fugue BWV 1080 – Le testament musical de Johann Sebastian Bach. Philippe Portejoie, International Sax Quartet – Pascal Vigneron , orgue. Virtualis de Concert

EXPOSITION

Exposition « BACH ET LA BIBLE, PREMIÈRE MONDIALE EN FRANÇAIS »
Jusqu’au 22 septembre 2019
CATHEDRALE SAINT-ETIENNE DE TOUL
En collaboration avec la BIBELGESELLSCHAT de LEIPZIG et AEMC2

_____________________________________

TOUTES LES INFOS et les modalités pratiques pour se rendre aux concerts, événements, exposition du 10Ú Festival JS BACH de TOUL sur le site du Festival Bach de TOUL
https://www.toul.fr/?festival-bach-2019-10-ans

BACH festival TOUL festival BACH de toul annonce presentation programme par classiquenews

Téléchargez la brochure du 10Ú Festival BACH de TOUL
https://www.toul.fr/IMG/pdf/livret_bach_2019-web.pdf

TOUL-festival-Bach-annonce-concerts-festival-presentation-BACH-A-TOUL-2019-classiquenews

Compte-rendu, concert. Bachfest, Alte Börse, Leipzig, le 23 juin 2019. Joseph Haydn : Quatuor à cordes n° 5, opus 76 / J-S Bach / Dimitri Chostakovitch : Quatuor à cordes n°8, opus 110. Quatuor ELIOT

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianCompte-rendu, concert. Bachfest, Alte Börse, Leipzig, le 23 juin 2019. Joseph Haydn : Quatuor Ă  cordes n° 5, opus 76 / Jean-SĂ©bastien Bach : extraits d’oeuvres / Dimitri Chostakovitch : Quatuor Ă  cordes n°8, opus 110. Preuve s’il en est besoin de la variĂ©tĂ© des Ă©vĂ©nements proposĂ©s lors de la Bachfest, le prĂ©sent concert permet de dĂ©couvrir l’un des jeunes quatuors allemands parmi les plus prometteurs du moment. FormĂ© en 2014 Ă  Francfort, oĂč il est toujours en rĂ©sidence, le quatuor rassemble des solistes venus d’horizons divers : deux Russes, un Canadien et un Allemand. Entre eux, l’entente et l’Ă©coute mutuelle semblent Ă©vidents dĂšs les premiĂšres mesures du Quatuor Ă  cordes n° 5, opus 76 (1797) de Haydn, entonnĂ©es dans l’acoustique sonore de l’ancienne bourse aux Ă©changes (reconstruite Ă  l’identique aprĂšs-guerre). L’Ă©nergie du premier violon irradie en un geste dĂ©monstratif dans les passages verticaux, rapidement suivi par ses collĂšgues qui ne lui cĂšdent en rien dans le tranchant. On est loin de la sĂ©rĂ©nitĂ© fantasmĂ©e de “Papa Haydn”, ici revigorĂ© par une fougue toujours excitante. Les parties apaisĂ©es exclut tout dramatisme et vibrato, au service d’une lecture qui privilĂ©gie la perfection technique et la musique pure.

Les diffĂ©rents extraits d’oeuvres de Bach permettent ensuite Ă  chacun de se distinguer individuellement, notamment dans l’Andante de la sonate BWV 1003 (habituel bis des plus grands violonistes) ou dans le cĂ©lĂ©brissime prĂ©lude de la Suite pour violoncelle BWV 1007. Le concert atteint cependant son point d’orgue avec l’une des plus belles interprĂ©tations du Quatuor Ă  cordes n° 8 (1960) de Chostakovitch qu’il nous ait Ă©tĂ© donnĂ© d’entendre. Les jeunes solistes surprennent dĂšs l’introduction par une lecture dĂ©taillĂ©e et analytique qui allĂšge son cĂŽtĂ© sombre : la pudeur ainsi Ă  l’oeuvre laisse sourdre une Ă©motion Ă  fleur de peau, ce que confirme le violent contraste du premier tutti, Ă  la hargne rageuse. Le thĂšme dansant qui suit est murmurĂ© dans les piani, avant une nouvelle rupture façon “feu sous la glace”. Seule la toute fin du morceau perd quelque peu en intensitĂ©, mais n’enlĂšve rien Ă  la trĂšs favorable impression d’ensemble. Cette lecture sans concession donne en effet un Ă©crin passionnant Ă  cet ouvrage d’essence symphonique. En bis, les interprĂštes nous rĂ©galent du Da Pacem Domine d’Arvo Part, pour le plus grand bonheur de l’assistance, visiblement ravie.

Compte-rendu, concert. Bachfest, Alte Börse, Leipzig, le 23 juin 2019. Joseph Haydn : Quatuor Ă  cordes n° 5, opus 76 / Jean-SĂ©bastien Bach : extraits d’oeuvres diverses / Dimitri Chostakovitch : Quatuor Ă  cordes n°8, opus 110. Eliot Quartett : Maryana Osipova (violon), Alexander Sachs (violon), Dmitry Hahalin (alto), Michael Preuß (violoncelle). CrĂ©dit photo : © Bachfest Leipzig : Gert Mothes.

 

Compte-rendu, concert. Bachfest, Nikolaikirche, Leipzig, le 22 juin 2019. Jean-SĂ©bastien Bach : Cantates de Weimar (III) Akademie fĂŒr Alte Musik Berlin/ R Alessandrini.

bach jean sebastian sebastien portrait vignette par classiquenews bach_js-jean-sebastianCompte-rendu, concert. Bachfest, Nikolaikirche, Leipzig, le 22 juin 2019. Jean-SĂ©bastien Bach : Cantates de Weimar (III). A l’instar de sa voisine Dresde, Leipzig ne cesse de retrouver sa splendeur d’antan, d’annĂ©e en annĂ©e, effaçant les erreurs architecturales de l’aprĂšs-guerre par d’opportuns rehabillages ou reconstructions dans un style ancien. Pratiquement dĂ©diĂ© aux piĂ©tons, le centre-ville est d’ores et dĂ©jĂ  envahi par les touristes en cette saison estivale, tous sĂ©duits par les nombreuses terrasses Ă  chaque coin de rue. Outre l’attrait Ă©vident que reprĂ©sentent les gloires musicales locales (Bach et Mendelssohn bien sĂ»r, mais aussi… Wagner, natif de la CitĂ©), il faudra se perdre dans les nombreux et splendides passages couverts dont l’Ă©tat de conservation ne manquera pas d’impressionner les amateurs.

Pendant dix jours, la Bachfest donne Ă  entendre des accents venus des quatre coins du monde – les Français reprĂ©sentant les deuxiĂšmes visiteurs europĂ©ens en nombre (hors Allemagne) aprĂšs les NĂ©erlandais. On ne s’en Ă©tonnera pas, tant la manifestation fait figure d’Ă©vĂ©nement avec pas moins de 150 manifestations organisĂ©es pendant cette courte pĂ©riode, permettant de faire vivre un rĂ©pertoire centrĂ© sur la famille Bach et ses contemporains, sans oublier Mendelssohn, et ce Ă  travers toute la ville et les environs. On pourra aussi opportunĂ©ment coupler sa visite avec le festival Haendel, qui se tient dans la ville voisine de Halle la semaine prĂ©cĂ©dent la Bachfest.

bechfest-2019-alessandrini-weimar-cantates-critique-concert-leipzig-critique-concert-critique-opera-sur-classiquenews

 

Parmi les joyaux de la citĂ©, l’Eglise Saint-Nicolas et ses surprenantes colonnes vĂ©gĂ©tales aux tons pastels “girly”, alternant vert et vieux rose, tient une place prĂ©pondĂ©rante (elle a notamment accueilli la crĂ©ation de la Passion selon Saint-Jean de Bach), et ce d’autant plus que son excellente acoustique en fait un lieu prisĂ© pour les concerts. C’est ici que se dĂ©roule l’un des plus attendus de cette Ă©dition 2019, sous la direction de Rinaldo Alessandrini. Son geste Ă©nergique met d’emblĂ©e en valeur les qualitĂ©s individuelles superlatives de l’Akademie fĂŒr Alte Musik Berlin, trĂšs engagĂ©e pour rendre leur Ă©clat Ă  ces cantates d’apparat, toutes composĂ©es pour Weimar. On soulignera notamment le trompette solo impressionnant de suretĂ© et de justesse ou le violoncelle solo gorgĂ© de couleurs, tandis que les chanteurs atteignent aussi un trĂšs haut niveau.

Si Katharina Konradi impressionne par son aisance technique au service d’un timbre superbe, on est plus encore sĂ©duit par la noblesse des phrasĂ©s d’Ingeborg Danz, tout simplement bouleversante d’Ă©vidence dans son premier air. Les quelques limites rencontrĂ©es dans les accĂ©lĂ©rations restent cependant parfaitement maitrisĂ©es par cette chanteuse qui sait la limite de ses moyens. A ses cotĂ©s, Patrick Grahl donne tout l’Ă©clat de sa jeunesse Ă  son incarnation, portĂ©e par une diction impeccable et une voix claire. Enfin, Roderick Williams passionne tout du long par l’intensitĂ© de ses phrasĂ©s et l’attention accordĂ©e au texte, mĂȘme s’il se laisse parfois couvrir par l’orchestre. Que dire, aussi, du parfait choeur de chambre de la RIAS, aux interventions aussi millimĂ©trĂ©es qu’irradiantes de ferveur ? Sans doute pas le moindre des atouts de ce concert en tout point splendide.

leipzig-alessandrini-cantates-weimar-leipzig-critique-concert-critique-opera-festival-critique-par-classiquenews

 

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu, concert. Bachfest, Nikolaikirche, Leipzig, le 22 juin 2019. Jean-SĂ©bastien Bach : Cantates de Weimar (III). Cantates «Herz und Mund und Tat und Leben», BWV 147a, «Nun komm, der Heiden Heiland», BWV 61, «Wachet! betet! betet! wachet!», BWV 70a, «Christen, Ă€tzet diesen Tag», BWV 63. Martin Henker (rĂ©citant), Katharina Konradi (soprano), Ingeborg Danz (alto), Patrick Grahl (tĂ©nor), Roderick Williams (basse), RIAS Kammerchor, Akademie fĂŒr Alte Musik Berlin, Rinaldo Alessandrini (direction). CrĂ©dit photo : © Bachfest Leipzig : Gert Mothes.

 

 

COMPTE RENDU, concert. WEIßENFELS, Bachfest, Schlosskapelle in Neu Augustusburg, le 22 juin 2019. J-S Bach : Cantates de Weimar (II). Pierlot.

BACH-JS-jean-sebastian-582-390-BACH-JS-4johann-sebastian-bachCompte-rendu, concert. Bachfest, Schlosskapelle in Neu Augustusburg, WEIßENFELS, le 22 juin 2019. Jean-SĂ©bastien Bach : Cantates de Weimar (II) / Philippe PIERLOT.C’est un concert de la chaussure ?” commente malicieusement un touriste anglais en visitant le musĂ©e de la chaussure de Weißenfels, quelques minutes avant d’assister au concert donnĂ© dans la chapelle du ChĂąteau. Un trait d’humour Ă  mĂȘme d’animer la visite d’un musĂ©e aux murs dĂ©crĂ©pis, dont la richesse et la diversitĂ© des collections, tournĂ©es vers le monde, doivent toutefois inciter Ă  dĂ©passer ce premier regard dĂ©favorable. Cette collection passionnante rappelle les grandes heures industrielles de la ville de Weißenfels, situĂ©e Ă  mi chemin entre Weimar et Leipzig (Ă  environ trente minutes en car de cette derniĂšre).

La visite de la citĂ© nichĂ©e en contrebas du ChĂąteau nous rappelle combien l’ex-Allemagne de l’Est, au-delĂ  des grandes villes d’ores et dĂ©jĂ  en grande partie rĂ©novĂ©es, n’a pas encore effacĂ© tous les stigmates de la dĂ©sindustrialisation : la fuite de nombreux habitants explique pourquoi autant de maisons dĂ©labrĂ©es et de commerces fermĂ©s donnent une triste mine au centre-ville. En grande partie Ă©pargnĂ©e par les bombardements de la DeuxiĂšme guerre mondiale, Weißenfels possĂšde pourtant un potentiel touristique qui devrait l’aider Ă  accĂ©lĂ©rer sa rĂ©novation : le prĂ©sent concert contribue Ă  cette revitalisation, ce dont on ne peut que se fĂ©liciter.

leipzig-festival-bach-de-leipzig-cantates-messe-de-Bach-critique-concert-critique-opera

Le concert se situe dans le cadre du cycle des seize “cantates de Weimar”, donnĂ© en quatre concerts par la Bachfest avec des formations variĂ©es, qui permet de s’intĂ©resser Ă  Jean-SĂ©bastien Bach (1685-1750) en tant que compositeur de cour. Bach fut notamment organiste et premier violon pour le duc de Saxe-Weimar de 1708 Ă  1717, tout en gardant ensuite de bonnes relations avec lui. L’Allemagne, alors Ă©miettĂ©e en une multitude de royaumes, duchĂ©s ou principautĂ©s, voit en effet ces diffĂ©rentes cours se disputer les faveurs des plus grands compositeurs : le rayonnement artistique de cette riche pĂ©riode n’a de cesse de fasciner encore aujourd’hui.
Les cantates prĂ©sentĂ©es par Philippe Pierlot Ă  Weißenfels (qui faisait partie du fief de Weimar et non de Leipzig) ont toutes Ă©tĂ© composĂ©es entre 1714 et 1716, mais offrent toutefois une variĂ©tĂ© digne de l’inspiration du maitre allemand. Elles trouvent Ă  s’Ă©panouir dans la chapelle du chĂąteau, bĂ©nĂ©ficiant d’une acoustique Ă©tonnamment prĂ©cise, obtenue en faisant jouer les interprĂštes au niveau de la tribune de l’orgue : on gagne en confort sonore ce que l’on perd en proximitĂ© avec les artistes.

Les interprĂštes mettent un peu de temps Ă  se chauffer, d’autant que le tempo un peu trop vif de Philippe Pierlot ne les aide guĂšre au dĂ©but. Peu Ă  peu, la direction gagne cependant en respiration, en une lecture chambriste sĂ©rieuse et de bonne tenue, mais qui ne soulĂšve pas l’enthousiasme pour autant – du fait notamment d’un violoncelle solo assez prosaĂŻque. Les solistes montrent un bon niveau gĂ©nĂ©ral, dominĂ© par le superbe Leandro Marziotte, un contre-tĂ©nor aux phrasĂ©s naturels et aĂ©riens, sans parler de son timbre dĂ©licieusement veloutĂ©. Hannah Morrison a quant Ă  elle un aigu un peu dur dans les parties difficiles et des passages de registres arrachĂ©s dans la virtuositĂ©. Lorsqu’elle quitte les passages pĂ©rilleux, elle remplit parfaitement sa partie, de mĂȘme que le tĂ©nor correct d’Hans Jörg Mammel, en dehors des accĂ©lĂ©rations qui mettent Ă  mal la justesse. Enfin, on aime la puissance et l’expressivitĂ© de la basse Matthias Vieweg, mĂȘme s’il a parfois tendance Ă  se laisser emporter par son tempĂ©rament, occasionnant un placement de voix approximatif. A suivre.

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu, concert. Bachfest, Schlosskapelle in Neu Augustusburg, Weißenfels, le 22 juin 2019. Jean-SĂ©bastien Bach : Cantates de Weimar (II). Cantates «O heilges Geist- und Wasserbad», BWV 165 – Mein Herze schwimmt im Blut, BWV 199, «Barmherziges Herze der ewigen Liebe», BWV 185, «Ach! ich sehe, itzt, da ich zur Hochzeit gehe», BWV 162, «Mein Gott, wie lang, ach lange», BWV 155. Hannah Morrison (soprano), Leandro Marziotte (alto), Hans Jörg Mammel (tĂ©nor), Matthias Vieweg (basse), Ricercar Consort, Philippe Pierlot (direction). Illustrations : © Bachfest Leipzig / Gert Mothes

 

 

 

CD, événement. JS BACH : Partitas pour clavecin, intégrale. Jean-Luc Ho, clavecins. Coffret 3 cd NoMadMusic

HO Jean-luc 3 cd coffret JS BACH critique review clavecin partitas clavecin partitas pour clavecin volume 3 jean-luc ho cd nomad musicBach ne serait Jean-SĂ©bastien sans les Six Partitas : attentif Ă  en exprimer le souffle et la gĂ©niale rhĂ©torique Ă  la fois abstraite (mais moins conceptuelle donc plus accessible et proche que le Clavier bien tempĂ©rĂ©) et (surtout) aussi sensuelle, le claveciniste Jean-Luc Ho offre une lecture, finement incarnĂ©e, Ă©quilibrĂ©e et solaire d’un fini admirable. Car il est clair, Ă©loquent, mais aussi subtilement Ă©noncĂ©, riche en intentions et connotations, servis par une trĂšs convaincante technique. Le cycle forme le premier recueil publiĂ© aprĂšs son installation Ă  Leipzig (1726), Ă©ditĂ© en une totalitĂ© affirmĂ©e et assumĂ©e en 1731. C’est Ă©videmment le choix concertĂ© et rĂ©flĂ©chi d’un auteur soucieux de sa notoriĂ©tĂ© : la valeur accordĂ©e par le MaĂźtre Ă  ce premier ensemble, justifie le soin apportĂ© par l’interprĂšte moderne, prĂȘt Ă  s’engager pour en rĂ©vĂ©ler la valeur, c’est Ă  dire la secrĂšte unitĂ©, la subtile profondeur.

Vertus d’un toucher humble… Jean-Luc Ho s’affirme en pudeur

Magie des Partitas sous influence française

CLIC_macaron_2014Ho sait Ă©clairer toutes les richesses des Partitas en en restituant la filiation implicite, pas ou peu manifeste avec les canevas habituels Ă  l’Ă©poque de Bach s’agissant de suites purement instrumentales : suites de danses, prĂ©sence des PrĂ©ludes, ouverture et schĂ©ma Ă  la française (La France et sa passion pour la pulsion chorĂ©graphique dans les ballet, art national et monarchique autoproclamĂ©, est fondamentale ici : cf. la Sarabande de la Partita n°6), rĂ©fĂ©rences orchestrales ou mĂȘme symphoniques voire opĂ©ratiques (sinfonia de la 2Ăšme, Ouverture de la 4Ăš) ; concrĂštement, les Partitas n’ont souvent d’italien que leur titre car l’esprit, l’essence, le feu intĂ©rieur… sont sous influence française. Le choix d’ailleurs du mot Partitas serait surtout une volontĂ© d’inscrire dans le sillon prĂ©cĂ©dent tracĂ© par son prĂ©dĂ©cesseur Ă  Leipzig, Johann Kuhnau (lui-mĂȘme en son temps, au XVIIĂš, auteur de Partien / Partitas, dĂ©jĂ  fameuses).

Aux cĂŽtĂ©s des mieux identifiĂ©es : Allemande, Courante, Sarabandes, Gigues, Menuet… et Galanterien…, Ă©coutez donc en leur spĂ©cificitĂ© en question : Praeludium, PrĂ©lude, Praeambulum, sinfonia, fantasia, toccata… autant de titres divers, distincts qui disent une subtilitĂ© Ă  retrouver aujourd’hui… dans une approche finement nuancĂ©e et caractĂ©risĂ©e. Manifestement, JS soucieux de sĂ©duire les amateurs / connaisseurs, souhaite affirmer en artiste Ă  la mode, son allĂ©geance Ă  la fusion des goĂ»ts : Italie et France. Une synthĂšse que son gĂ©nie germanique Ă©blouit comme nul autre. Universel et accessible, Bach s’adresse Ă  tous et chacun selon son niveau, tout en prĂ©servant Ă  chaque fois, le raffinement de l’Ă©criture contrapuntique et fuguĂ©e : un art de la dentelle et des combinaisons abstraites totalement maĂźtrisĂ©, dont tĂ©moigne le recueil dans sa diversitĂ© cohĂ©rente et qui s’exprime avec une fluiditĂ© habile dans le jeu de Jean-Luc Ho. Ce balancement entre la virtuositĂ© et la clartĂ© structurelle impose le gĂ©nie d’un bach conceptuel et aussi intelligible.
Pour servir un plan particularisĂ©, les 6 Partitas sont ici abordĂ©es chacune sur un clavecin diffĂ©rent. VersatilitĂ©, adaptabilitĂ©, sensibilitĂ© organologique… autant de dĂ©fis que l’interprĂšte a choisi de relever et… vaincre.

PlutĂŽt qu’un jeu pĂ©remptoire, voire dĂ©monstratif, outrageusement contrastĂ©, Jean-Luc Ho prĂ©fĂšre – secrĂšte ascendance d’un tempĂ©rament asiatique oblige ?-, l’articulation sobre, un souci des Ă©quilibres (registres, rythmes, contrepoints et jeux fugues), une lecture rentrĂ©e, pudique, sommaire et un peu lisse diront les plus rĂ©servĂ©s ; sobre, prĂ©cise, … amoureuse, rĂ©pondront les plus convaincus. Ici la flexibilitĂ© souvent trĂšs naturelle du toucher et des intentions du jeu nuancent de façon dĂ©cisive l’apparente austĂ©ritĂ© du style. L’Allemande de la Partita n°4, sous son Ă©quilibre apparent, dĂ©voile une secrĂšte tension active qui accrĂ©dite la grande richesse expressive et la conception tout en nuances du claviĂ©riste. Tout en finesse et sans tapage, le claveciniste Jean-Luc Ho livre un tĂ©moignage personnel et habitĂ©, nous osons dire finement incarnĂ© des Partitas italiennes et françaises du gĂ©nie de Bach Ă  Leipzig. Face Ă  l’Ă©loquence savante du texte, et s’agissant de Bach, l’un des plus sophistiquĂ© mĂȘme-, Jean-Luc Ho se rĂ©vĂšle en ciselant les vertus Ă©quilibrĂ©es qui font la probitĂ© de l’interprĂšte. CLIC de classiquenews de janvier 2016.

CD, événement. JS BACH : Partitas pour clavecin, intégrale. Jean-Luc Ho, clavecins. Coffret 3 cd NoMadMusic, série numérotée limitée NMM 016. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2016.

La messe en si de JS Bach

France Musique. Dimanche 23 aoĂ»t 2015, 21h. En direct de la Chaise Dieu : Bach : la Messe en si. BenoĂźt Haller, direction. Entre 1724 (crĂ©ation du sanctus) et 1749, Bach Ă©difie sa propre cathĂ©drale chorale, synthĂšse de toute une vie dĂ©diĂ©e Ă  cĂ©lĂ©brer Dieu par le truchement d’une Ă©criture contrapuntique complexe et directe. Ses proportions et la succession d’Ă©pisodes fervents laisse croire Ă  un testament musical, moins Ă  une oeuvre liturgique destinĂ©e Ă  ĂȘtre jouĂ©e le temps d’une cĂ©lĂ©bration Ă  l’Ă©glise. Bach s’approprie les 5 sections de la Messe : Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus et Agnus Dei, organisĂ©s comme autant de jalons d’une rĂ©flexion sur le sens du sacrĂ©, la finalitĂ© de la musique comme l’objectif de la pratique chorale et vocale.

bach_jean_sebastien_portrait-eisenach-haussmann-1730Kyrie et Gloria sont tout d’abord jouĂ©s dans le cadre d’une messe, en 1733 pour le serment du nouvel Ă©lecteur de Saxe, le Prince FrĂ©dĂ©ric-August II : Ă  48 ans, Bach cherche ainsi Ă  se faire remarquer et obtenir le poste de compositeur officiel de la Cour de Saxe. Le choeur Ă  5 voix dessine une arche d’entrĂ©e spectaculaire et solennelle pour le Kyrie et ses 3 sous parties (Kyrie eleison, Christe eleison, Kyrie eleison) : le caractĂšre du Kyrie est celui d’une priĂšre, appel de dĂ©tresse lancĂ© par l’Evangile au Dieu de misĂ©ricorde. Pour soutenir la priĂšre, une fugue aux instruments, souligne l’imploration… jusqu’Ă  l’accord final, lumineux qui se fait exclamation de soulagement. Puis le Christe eleison, en forme de duo Ă  l’italienne pour 2 sopranos, affirme une nouvelle certitude en rĂ© majeur, ton  de la joue sĂ»re et radieuse, qui exprime aussi la double nature du Christ, dieu et homme Ă  la fois. Le Kyrie eleison suivant insiste sur l’esprit de contrition et de pĂ©nitence qui est au cƓur du repentir luthĂ©rien.

Le Gloria : chantĂ© par les anges au moment de NoĂ«l, l’Ă©pisode du Glora affirme une joie irrĂ©pressible de plus en plus Ă©clatante : Gloire Ă  Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. Les trompettes affirment le miracle de l’incarnation, creusant le contraste saisissant, complĂ©mentaire entre l’Ă©clatant Gloria cĂ©leste et le tendre Pax terrestre. Le choeur Ă  5 voix d’hommes reprend du service pour souligner le point axial du Qui tollis peccata mundi, pilier de l’architecture. Le Gloira souligne aussi la force de la confession de foi dans l’Agneau salvateur et rĂ©dempteur.

Le Credo est un texte complexe de 9 parties, aboutissement des discussions thĂ©ologiques tenues lors des deux Conciles  de NicĂ©e, en 321 et de Constantinople en 385, aux premiĂšres heures du christianisme, quand Constantin dĂ©clare la religion du Christ, religion officielle de l’empire romain. La conception de Bach, architecte et inĂ©gnieur sans Ă©quivalent Ă  son Ă©poque Ă©blouit par la justesse des options, en particulier dans les 3 sections qui mettent en avant le Christ : Incarnatus est, Crucifixus, Resurrexit. Pour le mystĂšre de l’incarnation, Bach imagine un climat lent, serein, grave et d’une humilitĂ© confondante. Le Crucifixus est une chaconne descendante, de sorte que le compositeur associe tragĂ©die de la Croix douloureuse et sacrificielle et gravitĂ© irrĂ©pressible. Contrastent avec ce temps de l’approfondissement tragique, l’Ă©clat des trompettes marquant la RĂ©surrection (Resurrexit).

Sanctus, Osanna, Benedictus sont unis par une mĂȘme ferveur. Le sanctus est une priĂšre collective de louange et de cĂ©lĂ©bration sereine (choeur Ă  6 voix) Ă  laquelle succĂšde l’hymne entonnĂ© par les tĂ©nors, Pleni sunt caeli et gloria ejus (fugue complexe spectaculaire). EnserrĂ© entre deux Osanna, le Benedictus cher Ă  la rhĂ©torique baroque des contrastes; est toute sĂ©rĂ©nitĂ© suspendue, contemplative (une voix : tĂ©nor soliste, flĂ»te et continuo)

Agnus Dei
MĂȘme introspection mĂ©ditative pour l’Ă©vocation de l’Agneau portant les pĂ©chĂ©s du monde. Bach sollicite la voix de l’alto, recyclant une mĂ©lodie de l’Oratorio de l’Ascension BWV11, sur un texte identique au Kyrie. Le dernier vers Dona nobis pacem, Ă©noncĂ© par le choeur gĂ©nĂ©ral saisit par son souffle de rĂ©conciliation fraternelle et universelle, Ă  partir de mĂȘme notes que dans le Gloria (Gratias agimus tibi), refermant ainsi son grand livre fervent selon le principe de rĂ©pĂ©tition comme s’il s’agissait d’un Ă©cho et du prolongement de ce qui a Ă©tĂ© dit prĂ©cĂ©demment, assurant aussi l’unitĂ© organique et profonde de l’Ă©difice ainsi Ă©laborĂ©. Exposition, drame et agitation, contemplation et rĂ©flexion puis pacification d’un temps d’Ă©panouissement et de certitude finale.

logo_france_musique_DETOUREDimanche 23 août 2015, 21h. En direct de la Chaise Dieu : Bach : la Messe en si. Benoßt Haller, direction

Haute-SaĂŽne. Festival Musique et MĂ©moire : Week end Bach (24,25,26 juillet 2015)

Haute-SaĂŽne. Festival Musique et MĂ©moire : Week end Bach / Vox Luminis (24,25,26 juillet 2015).

2Ăšme week end Musique et MĂ©moire
(Haute SaĂŽne)

Ensemble en résidence : Vox Luminis, Lionel Meunier
Thématique : Bach, une famille au long cours !

 

visuel festival Musique et MĂ©moire 2015Le second week end musical du Festival Musique et MĂ©moire 2015 met Ă  l’honneur la famille Bach : les prĂ©dĂ©cesseurs de Jean-SĂ©bastien et ses fils, sont d’immenses musiciens et compositeurs que Vox Luminis rĂ©vĂ©le en pleine lumiĂšre. Fabrice Creux, directeur du festival en Haute-SaĂŽne donne carte blanche Ă  Vox Luminis, l’ensemble vocal et instrumental dirigĂ© par la basse Lionel Meunier : dĂ©couvrir les origines du Bach mĂ»r. Jean-SĂ©bastien est lui-mĂȘme l’hĂ©ritier d’une tradition musicale familiale oĂč la continuitĂ© dans l’excellence et la ferveur, l’originalitĂ© et la profondeur, reste de mise. A travers la diversitĂ© des formes (motets, cantates
), dans le maillage raffinĂ© et complexe des sensibilitĂ©s de chaque membre de la famille, Ă©merge peu Ă  peu le gĂ©nie du plus grand compositeur du clan : Jean-SĂ©bastien. Rares les occasions de suivre pas Ă  pas Bach avant Bach. Musique et MĂ©moire permet d’explorer la maturation et l’inspiration du compositeur baroque, tout en goĂ»tant l’acoustique particuliĂšre de chaque lieu investi : HĂ©ricourt, Lure, Fresse
 Nous avions quittĂ© Vox Luminis Ă  Saintes, oĂč le 12 juillet dernier, le collectif interprĂ©tait Purcell et Fux en un programme intensĂ©ment dĂ©ploratif (LIRE notre compte rendu concert Vox Luminis Ă  Saintes : Purcell, Fux…).

 

meunier lionel vox luminis CLASSQUENEWS.COMDĂ©jĂ  invitĂ© en 2012, Vox Luminis revient au festival Musique et MĂ©moire pour se consacrer en 3 concerts Ă  l’origine du gĂ©nie de Bach : de quelle tradition familiale, Jean-SĂ©bastien est il l’hĂ©ritier ? Musique et MĂ©moire rĂ©pond Ă  la question. InstallĂ© en Belgique (Namur, lieu emblĂ©matique de l’excellence chorale), Vox Luminis est nĂ© en 2014 sous l’impulsion de son fondateur, le flĂ»tiste et chanteur Lionel Meunier. La souplesse et la prĂ©cision vocale, le souci de la sonoritĂ© Ă  la fois pleine et articulĂ©e caractĂ©risent depuis ses dĂ©buts, le geste musical de Vox Luminis (Voix de lumiĂšre en latin). Qu’il s’agisse de piĂšces sacrĂ©es ou profanes, Vox Luminis cisĂšle une approche saisissante par ses nuances expressives, le sens du texte, la prĂ©Ă©minence de l’intelligibilitĂ© et un dramatisme jamais appuyĂ© : agissant, selon le rythme naturel du souffle.

 

 

vox luminis lionel meunier festival musique et memoire juillet 2015

 

 

 

Week end Bach Ă  Musique et MĂ©moire

3 concerts Ă©vĂ©nements pour comprendre d’oĂč vient Jean-SĂ©bastien Bach

 

Vendredi 24 juillet, 21h (Ă©glise luthĂ©rienne d’HĂ©ricourt) : motets de Johann, Johann Christoph, Johann Michael, Johann Ludwig Bach. RĂ©pĂ©tition publique ouverte Ă  17h.

Samedi 25 juillet, 21h (Ă©glise Saint-Martin) : Bach, la lignĂ©e d’Arnstadt. Heinrich, Johann Michael, Johann Christoph, Jean-SĂ©bastien Bach : cantates. RĂ©pĂ©tition publique ouverte Ă  18h.

Dimanche 26 juillet, 17h (Ă©glise Sainte-Antide, Fresse) : Pachelbel et Bach. Cantates de jeunesse (sans rĂ©cit ni choral harmonisĂ©). Pachelbel grand mai de la famille et proche du pĂšre de Jean-SĂ©bastien (Ambrosius) a transmis au futur Cantor de Leipzig, une maitrise exceptionnelle de la forme cantate, ce dĂšs sa prime jeunesse. Le programme dĂ©voile ce que doit JS Bach Ă  l’art de Pachelbel.

 

 

RĂ©servations et informations sur le site du festival Musique et MĂ©moire

03 84 49 33 46

festival@musetmemoire.com

www.musetmemoire.com

 

Compte rendu, concert. Lyon. Chapelle de la Trinité, 11 juin 2014. Collegium Gent, Philippe Herreweghe : cantates et oratorios des Bach

Philippe Herreweghe portraitUn thĂšme Ascensionnel, des variations sur l’ombre et la lumiĂšre, traversant quatre cantates et oratorios de la famille Bach : la chapelle de la TrinitĂ© lyonnaise est cadre idĂ©al pour une telle RĂ©surrection. Philippe Herreweghe ,haut spĂ©cialiste du monde de Bach, donne Ă©lan joyeux mais sereine gravitĂ© Ă  ces partitions de mystique et de recherche.

 

La douceur de la Trinité

Ecoutant, Ă©bloui par la perfection et la pertinence des choix stylistiques de Philippe Herreweghe, les quatre cantates et oratorios de la famille Bach, on se dit que le moindre des devoirs pour un  spectateur, c’est aussi d’aller chercher  les « correspondances » significatives qui enrichissent des moments si prĂ©cieux. (A plus forte raison si le spectateur signataire de ces lignes est investi d’un (si petit !) pouvoir de critique, mais nommons-le mĂ©morialiste, c’est plus modeste
). Dans un concert comme celui qui vient de clĂŽturer en gloire  la « saison baroque » en TrinitĂ© lyonnaise, c’est le lieu privilĂ©giĂ© qui incite Ă  la mise en relations de l’ « entendre » et du « voir ». La restauration impeccable de cette Chapelle aux allures d’église permet  de ne pas  faire sentir le « rĂ©nové », la patine du temps (rĂ©cent) a dĂ©jĂ  appliquĂ© ses marques, peut-ĂȘtre  les harmoniques et les rĂ©sonances  de multiples concerts depuis plus de deux dĂ©cennies ont-elles contribuĂ© Ă  cette douceur  de la Trinité 

Au pays de Descartes et de Poussin

Il est vrai que c’est ici baroquisme Ă  la française, donc sous le signe d’une modĂ©ration sans tentation d’un trop  de fiĂšvre au pays de Descartes, Poussin et Champaigne. Les tableaux du chƓur sont sagement encadrĂ©s par le marbre orthogonal, les quatre statues sont dans la gestuelle trĂšs baroque de  « l’ostentation », mais indiquent avec  quasi-rĂ©serve un Ciel  oĂč siĂšge la Parole : une consigne de modĂ©ration qui semble « faite » pour un chef non ibĂ©rique ou italien, mais venu des brouillards nord-occidentaux
Bref, Philippe Herreweghe, en cette  thĂ©matique de l’Ascension(nel), garde l’élĂ©gante distanciation  malgrĂ© tout si engagĂ©e qui a imprimĂ© sa marque dans le microcosme baroqueux. Les gestes des bras et des mains paraissent souvent menus, se mouvant dans un espace intime, et en ceux-lĂ  s’exprime parfois – sans mots, Ă©videmment -,   – une tendresse qu’implore vers ses interprĂštes  le regard pourtant « presque trop( ?) sĂ©rieux ».

Le Verbe s’est fait chair

 Sans doute aussi  un enregistrement tĂ©lĂ©visuel du concert ajoute t-il Ă  la tension des interprĂštes. Les sourires  viendront une fois accompli le parcours de chaque Ɠuvre, et alors la sĂ©vĂ©ritĂ© du MaĂźtre se dĂ©tendra
 Parfois aussi le corps se penche comme pour exprimer l’action musicale, le frĂ©missement, et ajoutant  son  « tout entier » aux mains qui dĂ©jĂ  implorent  l’impatience soucieuse de perfection. En arriĂšre et en dedans, bien sĂ»r, se tient l’esprit dont on se rappelle que la formation initiale du chef – mĂ©decine, rayon psychĂš – a guidĂ© vers le mal quantifiable. En paraphrasant l’Evangile de Jean, on dirait qu’avec Herreweghe « le Son, comme Verbe, s’est fait chair et habite parmi nous. ». Et les beautĂ©s musicales dans leur adaptation Ă  la pensĂ©e en retrait silencieux sont offertes  en des effectifs du « milieu », entre les masses  qui prĂ©valurent –et parfois « caricaturĂšrent » – dans une conception « post-romantique  », et la cure de minceur qu’ont appliquĂ©e – non sans sĂ©duction argumentaire, paradoxale et purificatoire-  les minimalistes rigoureux comme J.Rifkin ou Sigiswald Kuijken.

Un effectif raisonnable

 Entre Jordaens ou Rubens et Le Greco, Herreweghe se rapprocherait  du mystique espagnol, au moins pour cĂ©lĂ©brer Bach en voyage lyonnais : douze vocaux (chƓur et solistes), un  chiffre de symbolique apostolique, et 22 instrumentistes, en nombre raisonnable, non plĂ©thorique. Glissons  encore vers le visuel :  des volumes tantĂŽt tendant aux blocs, tantĂŽt traversĂ©s de lumiĂšres mouvantes, et tous transcendĂ©s par l’action impĂ©rieuse jusque dans son repli lyrique. C’est bien ce qui rend unique le son du Collegium Gent, lui-mĂȘme patiemment cimentĂ©, colorĂ©, fondu-enchainĂ© par son exigeant fondateur.

Le centre spirituel du choral

 Les partitions de la Famille Bach y paraissent dans leur vĂ©ritĂ© ,religieuse pour les croyants-chrĂ©tiens,  et du domaine sacrĂ© de l’humain, pour « les autres », incluant tous les rĂ©cits, toutes les histoires et les symboliques. Ainsi le langage –parlĂ© dans les « poĂ©sies » de livret, qui certes ne sont pas toutes inspirĂ©es, « musiqué », toujours – permet  d’atteindre le Sens universel pour ceux qui acceptent d’emprunter – fĂ»t-ce un temps – ce chemin. La synthĂšse de cet  art, oĂč certains guides de la pensĂ©e comme Luther ont une place Ă©minente, c’est le choral : clameur sans cri, flux et reflux de sons organisĂ©s et ardents qui rationalise l’écriture et rend accessible au plus grand nombre, voilĂ  bien le « petit monde » au sein du grand monde qu’est chaque cantate, moment d’unanimitĂ© en action pour les fidĂšles et mĂȘme les Ă©coutants, Ă©cho de ce que « chantait » le chƓur dans la tragĂ©die de l’AntiquitĂ©.

Dans le creuset de l’inspiration collective

Les solistes de chaque « groupe en trio », conquiĂšrent Ă©videmment leur individualitĂ© au sein  du voyage des sons : la basse  Peter Kooij, parfois hĂ©ros de puissance (BWV.43) et aussi angoissĂ© que bercent les flĂ»tes (B.11), l’alto Damien Guillon, Ă  la voix « isangĂ©lique », quelque part hors du monde (B.11), le tĂ©nor Thomas Hobbs, Ă  l’éclat lyrique (B.43) et parfois suppliant (cantate de J.M.Bach), la soprano  Dorothee Mields,  consolatrice (B.43) et sortant de l’ ombre (B.43). On n’oublie pas non plus  des moments parfaits dans les groupes, des images Ă  rĂ©sonance poĂ©tique : le miroir enflammĂ© des cuves sonores que sont les timbales, , la discrĂšte, studieuse  et sage silhouette de l’organiste, les basses magiques des violoncelles (B.43)et de la contrebasse (B.11), la ponctuation exulltante et ensoleillĂ©e  des trompettes, le profil mĂ©ditatif du hautboĂŻste japonais, la noble projection d’attitude bergmanienne de la 3e basse Ă  stature lĂ©gendaire
 Nul n’est en concurrence, tout se fond dans le creuset de l’inspiration collective.

Le Soir et les PĂšlerins d’EmmaĂŒs

Et puis, enchĂąssĂ©e entre les cantates-oratorios  du Descendant, on rencontre la brĂšve cantate de Johann-Michael, Ascendant –cousin germain du pĂšre de J.S.B., pĂšre de Maria-Barbara (la 1Ăšre Ă©pouse du GĂ©nie), et pas du tout nĂ©gligeable affluent du systĂšme  « fluvial »  des Bach aux XVIIe et XVIIIe. : rĂ©vĂ©lation saisissante de densitĂ© dramatique, de frĂ©missement poĂ©tique oĂč le Soir ( Abend) se contrepointe du chant Ă©perdu  des cordes comme oiseaux se rĂ©pondant Ă  travers  les arbres, avant que le  quatuor vocal  ne dise qu’il faut affronter le vieillissement du Temps. Avec le BWV 6, on suit le rĂ©cit des PĂ©lerins d’EmmaĂŒs, et lĂ  aussi une « tragĂ©die du paysage »(mental) va des coups de lumi-re hollandais-XVIIe au clair-obscur, au mystĂšre habitĂ© de Rembrandt, avec une voix de soprano qui s’abandonne Ă  la contemplation mystique de ce que les yeux ne sauraient d’emblĂ©e saisir. On songe lĂ  encore Ă  un texte inattendu de Julien Gracq, dans son « Beau TĂ©nĂ©breux » : « entre RĂ©surrection et Ascension, ces appari tions fuyantes, douteuses, crĂ©pusculaires, si poignantes  d’une lumiĂšre de dĂ©part » : allez, Ă  vos livres, spectateurs de la TrinitĂ©, encore un effort et vous serez « en correspondances » !

De Van Eyck au Tintoret

Travaillons donc (sur)  le souvenir actif de telles fĂȘtes, recherchons ensemble dans l’histoire picturale ce qui d’ailleurs ne figurepas tant dans un XVIIIe contemporain de J.SB. que dans ce qui « remonte » en vĂ©ritĂ© thĂ©ologique des arts, au XVIe itallen ( agitation poĂ©tique de Tintoret, douceur de Titien, dĂ©corative de VĂ©ronĂšse : tiens ,les rangĂ©es de balustrades  balconnantes sur la nef de la Trinité !), ou au XVe de la pĂ©ninsule ( Giotto, Masaccio, Uccello). Sans surtout oublier, du cĂŽtĂ© de chez Philippe H. et du Collegium, les Flamands du naturalisme spiritualiste, Van Eyck, Van der Weyden, Van der Goes, visionnaires d’Agneau Mystique et d’Annonciations. Tout cela, sans doute plus que l’ascensionnel baroque d’églises autrichiennes et allemandes
 Et puis, sous l’éclat usurpateur des triomphes guerriers (la mise en dĂ©route des ennemis dans BWV 11), un Ă©cho visuel et auditif du malheur des temps qu’engendrĂšrent les guerres religieuses (celle des Trente Ans de l’Europe du Centre au XVIIe) et de la conquĂȘte monarchique sanglante (les armĂ©es de Louis XIV saccageant le Palatinat)


L’art, l’Histoire, ne sont-ils pas uniques mais faisant partie de l’Un, splendeurs, menaces  et horreurs inextricablement mĂȘlĂ©es ? Mais  pacifions tout cela par une Parole claudĂ©lienne : « l’esprit crĂ©ateur, l’esprit de vie, la grande haleine pneumatique, le dĂ©gagement  de l »esprit qui enivre ! ».

Lyon, Chapelle de la Trinité, 11 juin  2014. J.S.Bach (1685-1750) et J.M.Bach  (1649-1694) : cantates et oratorios. Collegium de Gent. Philippe Herreweghe, direction.

Peinture. Le nouveau portrait de Jean-SĂ©bastien Bach Ă  Leipzig

bach_jean_sebastien_portrait-eisenach-haussmann-1730Peinture. Le nouveau portrait de Jean-SĂ©bastien Bach Ă  Leipzig. Perruque grise Ă  rouleaux et mise impeccable, voici le nouveau portrait authentifiĂ© de sa majestĂ© Johann Sebastian Bach, Jean-SĂ©bastien Bach (1685-1750), rĂ©cemment acquis (2013) par la Bachhaus d’Eisenach auprĂšs d’un collectionneur privĂ©. Le portrait au pastel Ă©tait connu depuis longtemps car il trĂŽnait parmi les portraits conservĂ©s Ă  Hambourg par le fils gĂ©nial de Jean-SĂ©bastien, Carl Philipp Emmanuel. JS Bach y figure Ă  l’Ăąge de 45 ans soit vers 1730, grĂące au talent du portraitiste Elias Haussmann. Bach est alors directeur de la musique (Director musices) de Leipzig depuis 7 ans (nommĂ© en 1723), directeur du Collegium Musicum (1729-1737 puis 1739-1744), participant de fait aux rĂ©unions actives du CafĂ© Zimmermann. Il est aussi nommĂ© en 1736, compositeur de la Chapelle royale de Saxe. Le portrait consacre donc la pĂ©riode la plus active du compositeur, responsable de l’activitĂ© musicale des deux Ă©glises majeures de Leipzig : Saint-Nicolas et Saint-Thomas. C’est l’Ă©poque aussi oĂč le pĂšre ne manque aucun des opĂ©ras importants Ă  Dresde oĂč son autre fils, Wilhelm Friedemann est organiste.Le portrait sera visible dĂ©sormais dans les collections permanentes du musĂ©e Bach d’Eisenach, la ville natale du compositeur baroque Ă  partir du 1er mai 2014.

Compte-rendu : 20 Ă©dition du Festival de Verbier (Suisse, Valais), 3 concerts, les 22, 23 et 24 juillet 2013. Milos Karadaglic, guitare ; David Carpenter (alto), Julien Quentin (piano) ; Simon Keenlyside (voix), Emanuel Ax (piano).

Verbier Festival logoVerbier 2013 (Suisse). TroisiÚme et derniÚre journée sur alpages valaisans : un jeune guitariste, Milos Karadaglic, va poétiquement de Bach en Villa-Lobos ; un altiste virtuosissime (D.Carpenter) et un pianiste inspiré (J.Quentin) font redécouvrir Hindemith, avant que ça ne se gùte un peu dans un show des Carpenter-boys-and girls ; et un baryton, S.Keenlyside, voyage en compagnie de son pianiste E.Ax du cÎté de chez Brahms, Wolf, Ravel et Fauré.

 

 

Sous le regard de Bach

 

Un guitariste-soliste Ă  Verbier, la chose n’est pas courante, et ce jeune classique –MontĂ©nĂ©grin de naissance – apporte Ă  l’église matinale un climat de beautĂ©, de douceur, de dĂ©licatesse capable de se muer  en Ă©nergie. On le verra, on l’a dĂ©jĂ  vu, discret, attentif aux concerts « des autres », musicien d’évidence chambriste pour qui admiration et partage ne sont entachĂ©es de nulle pose.
Comme Milos Karadaglic a raison de se placer d’abord sous l’invocation de J.S.Bach, en PrĂ©lude et Fugue tout en tendresse, avec espace  sonore filtrĂ© comme si chaque note ou accord traversait une vitre en se teintant des reflets mouvants de la lumiĂšre physique ou spirituelle !
Bach de conversation et d’intimitĂ© – une trĂšs petite fille, Ă  cĂŽtĂ© de moi, fredonne en sourdine, juste, ce qu’elle Ă©coute -, d’échos rĂ©pĂ©tĂ©s. Et en Fugue : complexitĂ© des voix perçues sans nulle vĂ©hĂ©mence et parfaitement lisible, prĂ©cautionneux agencement aussi de la polyphonie qui parfois « chuinte » comme la pluie des soirs prĂ©cĂ©dents


Un musicien de Shakespeare

Puis on passe Ă  Villa-Lobos, patrie d’élection oĂč un instrumentiste si averti sait faire rĂ©sonner les places de la ville, les patios et les chambres de la maison au BrĂ©sil. PrĂ©lude, Ă©tudes et valse – Ă  parfum de passĂ© qui remonte puis s’efface -, ralentis exquis, sforzandi savants, autoritĂ© impĂ©rieuse alternent et s’imbriquent. Un kalĂ©idoscope sud-amĂ©ricain de cinq compositeurs qui jouent sur la nostalgie, les paysages, d’agrĂ©ables images un peu attendues de danses, mais aussi des Ă©pisodes de stridence et de la technique moderne (battue sur la caisse de l’instrument)
M.Karadglic prĂ©sente courtoisement les Ɠuvres – hĂ©las, que d’anglais
humoristique dont les francisants invĂ©tĂ©rĂ©s laissent perdre tant de nuances ! -, et se montre l’introducteur idĂ©al Ă  une forme de beautĂ© des sons – tiens, puisqu’il est question de langue anglaise : un personnage venu de quelque comĂ©die oĂč Shakespeare lui ferait prononcer et vivre l’éloge de la musique, voie d’accĂšs aux plus hautes rĂ©vĂ©lations


L’alto  et le piano d’Hindemith

En dirait-on autant dans la mĂȘme Ă©glise (elle en a vu et en verra d’autres, il est vrai !), l’aprĂšs-midi dĂ©butant, d’un curieux concert  Ă  huit voix et deux volets ? Tout d’abord, deux interprĂštes d’élite y ont choisi dans la littĂ©rature d’alto-piano – relativement exiguĂ«, on le sait -    une partition de Paul Hindemith (1895-1963), lui-mĂȘme trĂšs valeureux altiste. Hindemith souffrit de la vindicte nazie – qu’il abhorrait : il finit par s’exiler, d’abord en Suisse puis aux Etats-Unis, en 1939 -, mais hĂ©sitait entre crĂ©ation initialement un peu dadaĂŻsante et tempĂ©rament d’architecte malgrĂ© tout hĂ©ritier d’un classicisme revisitĂ©, pour terminer par cette seconde voie. Sa Sonate op.11 (de 1919) est d’intensitĂ© expressive qui entraĂźne dans le tourbillon des passions. Ses accĂšs de fureur, ses embardĂ©es intenses, une valse ambiguĂ«, une coda enragĂ©e, laissent entrevoir des Ă©claircies du temps de paix extĂ©rieure et intĂ©rieure. Le cadre thĂšme-et-variations semble vite un leurre, tant l’imprĂ©visible discours heurte le principe d’une Forme stable. David Carpenter et Julien Quentin en sont traducteurs de son chaleureux, d’intensitĂ© expressive parfois bouleversante. Mais on sent dans le comportement de l’altiste une thĂ©ĂątralitĂ© d’esthĂ©tique vigoureuse, dont les virtualitĂ©s restent Ă  venir


Kreisler et le Sapeur Camembert

Car il y a du Paganini de l’alto dans ce diable d’homme. Ou plutĂŽt la rĂ©fĂ©rence romantique allemande s’impose vite : c’est le MaĂźtre de Chapelle qui est apparu, ce grand fou de Johannes Kreisler qu’ETA Hoffmann inventa et dont Schumann Ă©tait obsĂ©dĂ©. Les cinĂ©philes y ajouteront une touche d’Anthony Perkins jeune, et ce rien de sarcastique, douloureux et provocateur que signait Charles Denner
 Chez Piazolla des Quatre-Saisons sud-amĂ©ricanisĂ©es, D.Carpenter a fait venir sa famille (au sens propre : trois Carpenter, donc, -et  figuré :  Ă  huit ) : il virevolte, excite ses partenaires, grimace ou sourit son message hyper-communicatif oĂč Piazzolla perd dans ce survoltage une part de sa poĂ©sie. On finit par s’interroger : Verbier a-t-il raison d’abriter et de patronner ce dĂ©lire, mĂȘme si des piĂšces annexĂ©es tournent au dĂ©licieux kitsch ferroviaire (une Valse TranssibĂ©rienne d’Alexei Shor) et aux vertiges d’Europe Centrale ? Ou bien : va pour une Ă©dition de 20e anniversaire qui pousse  l’extraversion Ă  la borne sans laquelle le Sapeur Camembert n’eĂ»t vu qu’absence fĂącheuse de limites ?

Deux Wanderer

Reste, au soir tombant et de belle lumiĂšre, la perfection d’un de ces rĂ©citals – on devrait dire : dialogues – oĂč voix et piano sont compagnons d’un voyage romantique puis moderne. La voix du  baryton anglais Simon Keenlyside est de celles qui ne souffrent pas la critique : ampleur, nuance, inflexion, vaillance, et toutes ces sortes de qualitĂ©s nĂ©cessaires aux grands interprĂštes des rĂŽles mozartiens, verdiens ou bergiens. Elle est sous-tendue par une prescience et  une culture peu communes du texte et de la situation opĂ©ratiques ; et on doit aussi souligner une attirance trĂšs justifiĂ©e vers l’univers du lied et de la mĂ©lodie, en un vĂ©cu qui fait aller au fond du texte et de ses subtilitĂ©s. Choisissant pour co-Wanderer un pianiste de la dimension d’E.Ax – si courtois et souriant, partenaire idĂ©al en musique de chambre, comme on sait -, S.Keenlyside ne peut qu’ĂȘtre qu’exigeant dans ce Voyage, oĂč son polyglottisme fait alterner, comme si cela lui Ă©tait « natal », l’allemand des lieder et le français des mĂ©lodies


La mariée trop belle ?

Nous Ă©mettrons cependant une rĂ©serve qui vaut pour le seul FaurĂ©. « La fiancĂ©e », Ă  l’inverse de ce qui est conté  dans Les Histoires Naturelles, non point « n’arrive pas », mais arrive trop : ici, « la mariĂ©e (n’est-elle) pas trop belle » ? MariĂ©e, fiancĂ©e,on l’aura compris, c’est la voix lyrique avec son Ă©loquence verbale, un rien de projection abusive des sons, de l’ambitus – ĂŽ combien virtuose et maĂźtrisé ! -, ce par quoi l’hĂ©roĂŻque  perfection peut contaminer le « si joli petit bruit » dont FaurĂ© fit prĂ©sent Ă  Verlaine. En tout cas, Brahms – le sans-opĂ©ra qui eĂ»t honte de s’exhiber en scĂšne – trouve ici des traducteurs idĂ©aux de sa fureur ou de ses visions apaisantes. Le piano se fait carillon de Harpe Eolienne, houle d’inĂ©puisable (DĂ©sespoir). La voix parcourt l’étendue, du murmure au presque cri (A travers la Lande) ou au quasi-parlando (Au CimetiĂšre). Tout aussi admirable et en intuition profonde pour Hugo Wolf, le clavier devient ironique ritournelle (RandonnĂ©e pĂ©destre), dĂ©tachĂ© de tout (Comment rester serein ?), porteur d’absence en son petit motif rĂ©current (A une Noce), devant l’à-peine voix de la complainte amoureuse et le coup de gong de la FatalitĂ© (Le Chasseur).

Naturalisme puis métaphysique

Puis vient le Temps faurĂ©en : certes en impeccable diction, et d’une belle science de la « variation » et du climat – verlainien, hugolien, ou de seconde veine poĂ©tique -, mais Ă  voix trop corsĂ©e, trop engagĂ©e, un peu complaisante Ă  elle-mĂȘme. Tandis qu’il faudrait aller vers le mystĂšre  si tendrement accordĂ© aux « sens extasiĂ©s », au « silence profond » et au « rĂȘve des chers instants », sous les mĂ©lĂšzes de Verbier entrant bientĂŽt dans l’automne et les fayards dont le feuillage palpite dans la lumiĂšre de l’encore-Ă©té  Approbation enthousiaste, en revanche, pour le mini-opĂ©ra des Histoires Naturelles oĂč l’ironie souvent cruelle de Renard rencontre celle de Ravel. Et parfois une onde tendre baigne la mĂ©lodie si dĂ©tachĂ©e en son rĂ©cit magique (Le Grillon) au fond du jardin nocturne, l’immobilitĂ© troublante d’un paysage de pure matiĂšre (le Martin PĂȘcheur) repose du comique acide ou explosif ( irrĂ©sistibles Pintade et Paon). La virtuositĂ© parfois stridente, le naturalisme d’observation animale qui donnent un suprĂȘme contentement amusĂ© seront calmĂ©s  par un triple bis schubertien (et on regrette l’absence de Franz au programme !) : miracle, mezza voce, de douceur, d’extase, de grĂące limpide et de mĂ©taphysique sans insistance, comme pour ĂȘtre pris par la main et conduit devant les paysages de l’alpe, nuit tombĂ©e


20 édition du Festival de Verbier (Suisse, Valais), 3 concerts, les 22, 23 et 24 juillet 2013. Milos Karadaglic, guitare ; David Carpenter (alto), Julien Quentin (piano) ; Simp Keenlyside (voix), Emanuel Ax (piano).

 

 

Compte-rendu : Paris. Théùtre du Chùtelet, le 26 juin 2013. Récital Sumi Jo. Jeff Cohen, piano.

Sumi Jo JetVingt-six ans aprÚs ses débuts parisiens, Sumi Jo est de retour dans la capitale, dans la grande salle du Chùtelet, pour un récital avec piano au programme varié et coloré. Les styles et les époques se succÚdent, offrant un panorama des possibilités actuelles de la soprano coréenne. Moulée dans une superbe robe blanche sirÚne, la chanteuse ouvre le concert avec de la musique du seicento.

 

 

Eternelle jeunesse de Sumi Jo

 

AprĂšs un Bach parfait pour chauffer l’instrument, place Ă  l’immobilitĂ© poignante du « Music for a While » de Purcell, dans lequel la ligne se dĂ©ploie, souveraine, parfaitement sous contrĂŽle, dans une mezzo voce immaculĂ©e. Puis, c’est la virtuositĂ© du « Da tempeste » extrait de ClĂ©opĂątre qui tourbillonne, feu d’artifice de vocalises Ă  l’imagination dĂ©bordante. Dans le « Sposa son disprezzata » pseudo-vivaldien, l’un de ses chevaux de bataille, la soprano sculpte une intĂ©rioritĂ© Ă  fleur de lĂšvres d’une belle Ă©motion. Dans la mĂ©lodie française, la dĂ©licatesse de la cantatrice est encore de mise, notamment dans un « Si mes vers avaient des ailes » de Reynaldo Hahn rĂȘveur et poĂ©tique.
Pour clore la premiĂšre partie, un nouveau coup d’éclat : les insensĂ©es Variations de Proch, oubliĂ©es aujourd’hui mais grand numĂ©ro de virtuositĂ© dĂ©bridĂ©e qui faisait il fut un temps le bonheur des sopranos d’agilité  et qui fait toujours celui du public quand il est rĂ©alisĂ© avec autant de panache et de stupĂ©fiante autoritĂ©, couronnĂ© en outre par un suraigu triomphant qui achĂšve de soulever la salle.
L’entracte passĂ©, Sumi Jo, vĂȘtue Ă  prĂ©sent d’une longue robe fushia aux voiles improbables comme elle seule sait les porter, nous emmĂšne en Espagne avec quelques mĂ©lodies, puis nous ravit par des miniatures de Mahler, d’une exquise musicalitĂ©.
Enfin, les deux derniĂšres piĂšces virtuoses, tant attendues, du programme : la cĂ©lĂ©brissime Vocalise de Rachmaninov, aux courbes sensuelles, et Parla d’Arditi, valse de salon purement dĂ©corative, mais Ă  l’efficacitĂ© redoutable, tant elle flatte cette virtuose jouvence qu’on admire chez la chanteuse aprĂšs plus d’un demi-siĂšcle de carriĂšre.
A ses cÎtés, lui tissant un tapis solide et soyeux, Jeff  Cohen demeure le plus sûr des soutiens.
Le public est heureux, et en redemande. Comme un retour en enfance, ce sera le Wiegenlied de Mozart, Ă  la tendresse maternelle et rassurante. Changement total d’atmosphĂšre avec « I got rythm » de Gershwin, au swing entraĂźnant, dans lequel Jeff Cohen se libĂšre totalement avec un entrain communicatif.
Puis, devenu traditionnel parmi les rappels, « O mio babbino caro », au legato absolu et à la messa di voce enchanteresse.
Enfin, suite Ă  l’approbation du public, un couplet de la chanson d’Olympia des Contes d’Hoffmann d’Offenbach, un rĂŽle que la diva connaĂźt bien et interprĂšte Ă  la perfection, dardant son suraigu cadentiel comme un dĂ©fi au temps qui passe, mettant les spectateurs dĂ©finitivement Ă  ses pieds, saluĂ©e par une standing ovation des plus mĂ©ritĂ©es.
Une grande dame du chant, qu’on revoit toujours avec la mĂȘme dĂ©lectation.

Paris. ThĂ©Ăątre du ChĂątelet, 26 juin 2013. Johann Sebastian Bach : Mein glĂ€ubiges Herze, BWV 68. Henry Purcell : Oedipus, “Music for a While”.   Georg Friedrich Haendel : Giulio Cesare, “Da tempeste”. Antonio Vivaldi : Bajazet, “Sposa son disprezzata”. Gabriel FaurĂ© : Chanson d’amour. Reynaldo Hahn : Le Printemps, Si mes vers avaient des ailes. Gabriel Fauré : Notre amour. Claude Debussy : La Romance d’Ariel. Heinrich Proch : Tema e Variazoni “Deh, torna mio bene”. Joaquin Turina : Cantares, op. 19 n°3. Fernando Obradors : Del caballo mĂĄs sutil. Joaquin Rodrigo : ÂżDe dĂłnde venĂ­s, amore?. Heitor Villa-Lobos : Melodia sentimental. Gustav Mahler : Ich ging mit Lust, Hans und Grethe, FrĂŒhlingsmorgen, Ablösung im Sommer. Sergei Rachmaninov : Vocalise. Luigi Arditi : Parla. Sumi Jo, soprano. Jeff Cohen, piano.

Compte-rendu : Saintes. Abbaye aux dames, le 21 mai 2013. Bach, Haydn, Mozart. La Symphonie des LumiĂšres. Nicolas Simon, direction.

Nicolas Simon chefPour clore une saison riche en Ă©vĂšnements et dĂ©couvertes, l’Abbaye aux dames invite le jeune orchestre ” La Symphonie des LumiĂšres ” dirigĂ© par Nicolas Simon, jeune chef prometteur, Ă©lĂšve entre autres de Philippe Herreweghe, ex membre des Siecles pour lesquels il fut et violoniste et assistant de Francois-Xavier Roth. Le nouvel orchestre est composĂ© Ă  80% de musiciens issus du Jeune Orchestre Atlantique (JOA) dont la vocation est de former sur instruments d’Ă©poque, de jeunes professionnels tout juste diplĂŽmĂ©s en les faisant jouer, au cours de sessions de travail d’une semaine (programme classique et romantique en alternance) sous la direction de chefs aguerris.
Nicolas Simon a lui aussi suivi la formation sur instruments anciens : il y a cultivĂ© sa passion pour une approche plus prĂ©cise et surtout magistralement vivante, selon la connaissance des styles et des pratiques d’Ă©poque.   Les jeunes gens prennent ainsi l’habitude de travailler avec des hommes et des femmes dont les techniques diffĂ©rentes sont au final autant d’atouts majeurs, de nouveaux dĂ©fis propices Ă  l’approfondissement et la comprĂ©hension de plus en plus fine des oeuvres.

Pour ce concert, les trois compositeurs du programme sont contemporains les uns des autres : Carl Philippe Emmanuel Bach (1714-1788), Joseph Haydn (1732-1809), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Les trois hommes se sont rencontrés et se sont mutuellement influencés au cours de leur carriÚre.

Chaque style incarnent Ă  sa façon l’esthĂ©tique Sturm und Drang (TempĂȘte et Passion), c’est l’inflexion du goĂ»t qui annonce l’essor d’un nouveau dramatisme sentimental, le romantisme … Le mouvement a inspirĂ© nombre de compositeurs en Europe en gĂ©nĂ©ral et dans les pays de langue allemande en particulier.

Le Concerto n°9 composé en 1777 par Wolfgang Amadeus Mozart
(1756-1791) qui l’a dĂ©diĂ© Ă  une jeune virtuose française : mademoiselle Jeunehomme d’ou le surnom du chef d’ouvre du jeune compositeur. La pianiste Vanessa Wagner s’installe au piano. La jeune femme, artiste Ă  l’activitĂ© dĂ©bordante, reconnue depuis plusieurs annĂ©es au niveau international, connait parfaitement le rĂ©pertoire Mozartien qu’elle aborde rĂ©guliĂšrement depuis ses dĂ©buts de concertiste. Elle aborde le concerto  tout en simplicitĂ©, faisant chanter les touches de l’instrument avec une grĂące  incomparable. L’accompagnement de l’orchestre et de son chef souligne agrĂ©ablement les harmonies que Mozart a savamment distillĂ© dans les pages composĂ©es pour le piano. C’est essentiellement le format sonore plus chambriste qui favorisant les Ă©quilibres entre les instruments rĂ©tabli la profondeur poĂ©tique de l’oeuvre : pleine de charme, de sensibilitĂ©, de gravitĂ© sous la caresse mĂ©lodique.

La direction ferme et souple de Nicolas Simon est agrĂ©able et la musique de Mozart, si complexe et pleine de piĂšges malgrĂ© son apparente facilitĂ© aussi bien pour l’orchestre que pour la soliste, est sublimĂ©e ; le geste sĂ»r et millimĂ©trĂ© fait rĂ©sonner la tendresse mozartienne, entre subtilitĂ© et finesse, sous les voutes de l’abbatiale.

Au retour de l’entracte, Nicolas Simon prend la parole pour prĂ©senter briĂšvement le mouvement Sturm und Drang qui a inspirĂ© Carl Philipp Emmanuel Bach (1714-1788) et  Joseph Haydn (1732-1809). Le jeune chef parle d’ailleurs des deux compositeurs avec passion ; il en distingue les particularitĂ©s et les obstacles : tout ce qui fonde leur maniĂšre spĂ©cifique; il donne une interprĂ©tation dynamique et vivante de la symphonie hambourgeoise du fils du kantor de Leipzig (qui reunit le seul pupitre des cordes). L’oeuvre, sombre et tourmentĂ©e, comme nombre de piĂšces musicales, thĂ©Ăątrales ou picturales de cette pĂ©riode, est bien pensĂ© mais l’ensemble. Nicolas Simon rĂ©ussit pourtant, grĂące Ă  une direction limpide, Ă  livrer une lecture de l’oeuvre de Bach vivante, dynamique, s’appuyant sur des accents imprĂ©visibles mais justes.

C’est surtout dans la symphonie n°49 de Joseph Haydn (1732-1809) que le chef donne la pleine mesure de son talent de maestro; Haydn qui, lui aussi, compose son oeuvre en plein Sturm und Drang n’en propose pas moins une symphonie plus allante et dynamique que celle du fils Bach : un concentrĂ© d’Ă©lĂ©gance et de retenue, pourtant nuancĂ©e par l’humour et la facĂ©tie (trait spĂ©cifique au Viennois). Et Nicolas Simon, pourtant trĂšs bon dans l’ouvre prĂ©cĂ©dente, est excellent pour diriger une symphonie qui l’inspire visiblement beaucoup.

Jeune formation en devenir et dĂ©jĂ  convaincante par sa fermetĂ© stylistique et son tempĂ©rament sonore, la Symphonie des LumiĂšres rĂ©unit des anciens du Jeune Orchestre Atlantique; ils y ont la possibilitĂ© de s’accomplir dans un collectif marquĂ© par la complicitĂ© et le souci de la prĂ©cision comme de l’expression. FormĂ© dans la mĂȘme Ă©cole, Nicolas Simon promet demain de figurer parmi les directions les plus inventives et les plus dĂ©fricheuses qui soient. L’approche sur instruments anciens a non seulement de beaux jours devant elle mais peut compter grĂące Ă  un tempĂ©rament aussi captivant, de prochaines dĂ©couvertes Ă  venir.  Que Saintes accueille le premier concert de La Symphonie des LumiĂšres en Charente-Maritime est logique : ici de jeunes musiciens sur instruments d’Ă©poque ont appris leur mĂ©tier ; ce soir, ils jouent ensemble au sein de l’orchestre que l’un d’entre eux a eu le courage et la tĂ©nacitĂ© de fonder. C’est un beau symbole de continuitĂ© et d’accomplissement. Formation Ă  suivre.

Saintes. Abbaye aux dames, le 21 mai 2013. Carl Philipp Emmanuel Bach (1714-1788) : symphonie hambourgeoise en si bĂ©mol majeur; Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie N°49 en fa mineur; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : concerto pour piano N°9 “jeunehomme”. La Symphonie des LumiĂšres; Vanessa Wagner, pianoforte. Nicolas Simon, direction.

Andreas Scholl, portrait (2013)

TĂ©lĂ©, ARTE. Andreas Scholl, contre tĂ©nor, le 19 janvier 2014, 0h10 … Le quadra hautre-contre allemand Andreas Scholl (nĂ© en 1967) a marquĂ© l’interprĂ©tation du rĂ©pertoire baroque (Purcell, Bach, Haendel…) dans les annĂ©es 1985-2010 grĂące Ă  une voix d’une remarquable onctuositĂ© flexible qui l’a distinguĂ© d’entre ses pairs.
Incarnant alors l’idĂ©al vĂ©nĂ©rĂ© des Farinelli ou Senesino et Cafarelli, le timbre aigu du chanteur n’a cessĂ© de fasciner et de troubler. Quoi de plus dĂ©concertant qu’un homme chantant avec des aigus fĂ©minins, jouant sur scĂšne de plusieurs identitĂ©s … ?

 

 

 

portrait du contre ténor Andreas Scholl

l’aventure des castrats
Une voix pour CĂ©sar
Arte, Dimanche 19 janvier 2014, 0h10

 

Andreas SchollRiche d’une expĂ©rience de vingt ans comme chanteur professionnel, Andreas Scholl se livre ici : il explique comment il a conservĂ© sa voix d’enfant malgrĂ© la mue… Mais une technique solide ne suffit pas pour interprĂ©ter : l’art du chanteur doit aussi maĂźtriser les qualitĂ©s d’un acteur. Comme professeur Ă  l’Ă©cole de musique de Mayence, le haute contre qui prend sa retraite peu Ă  peu, commente et explique ce qui fait aujourd’hui les qualitĂ©s d’un bon haute contre…

Documentaire de Manfred Schyko (Allemagne, 2013, 51 mn).

 

 

 

Son dernier album chez Decca remonte à mars 2012 (Cantates de Bach). En voici la critique que rédigeait alors notre collaborateur Camille de Joyeuse :

Scholl Andreas Cantates Bach DeccaLa voix a perdu de son Ă©lasticitĂ©, cette suavitĂ© premiĂšre, naturellement lumineuse et Ă©clatante… En revanche, elle a gagnĂ© en intelligence d’Ă©locution, en justesse et intensitĂ© stylistique : le Bach d’Andreas Scholl est un acte profondĂ©ment investi, aux aspĂ©ritĂ©s nouvelles plus proche du cƓur que d’un hĂ©donisme vocal ailleurs… si lisse et ennuyeux chez bon nombre de ses confrĂšres dont la surprise du timbre passĂ©e, fait place souvent Ă  … un vide sidĂ©ral quant au phrasĂ© et Ă  l’expressivitĂ© ; souvent s’agissant des altos (et sopranos) masculins, l’ennui perce vite, laissant criante une indiffĂ©rence totale Ă  un chant souple et surtout vivant; ici, rien de tel; au contraire, Andreas Scholl incarne une Ă©volution trĂšs intĂ©ressante de sa voix et de sa tessiture, preuve qu’on peut chanter longtemps et bien… parce que les choix de rĂ©pertoire, intelligents et opportuns, ont mĂ©nagĂ© le cƓur du timbre… Prudence et sagesse de l’interprĂšte, plutĂŽt rares chez les chanteurs.

D’emblĂ©e, la cohĂ©rence du programme rĂ©vĂšle un regard rĂ©flĂ©chi et trĂšs personnel: se dessine ainsi un chemin en spiritualitĂ© qui pourrait synthĂ©tiser toute l’expĂ©rience fervente dont Bach laisse un tĂ©moignage parmi les originaux et les plus poignants du baroque sacrĂ©; Il ne s’agit pas seulement de sĂ©lectionner les cantates correspondant au timbre du contre-tĂ©nor; il est aussi question d’ un parcours poĂ©tique et spirituel dont le sens se rĂ©alise grĂące Ă  la trĂšs fine continuitĂ© et correspondance des thĂšmes abordĂ©s dans les textes des cantates ainsi abordĂ©es et combinĂ©es.

 

 

Elévation, spiritualité, ferveur

La blessure de la voix illumine la priĂšre dialoguĂ©e avec le hautbois soliste de l’air du dĂ©but de la BWV 82: Ich Habe genug… (1727: cantate originellement pour basse pour la fĂȘte de la Purification, que le contre-tĂ©nor allemand chante dans la version alternative pour mezzo, cordes et hautbois: climat serein et apaisĂ© qui pourtant grĂące Ă  cette attention aux mots se fait monologue palpitant, subtilement incarnĂ©; caractĂšre intimiste d’une brulante vĂ©ritĂ© dans l’articulation ciselĂ©e du verbe. C’est la certitude du croyant touchĂ© par la grĂące angĂ©lique de l’Enfant ( air central qui est le plus dĂ©veloppĂ©: Schlummert ein, ihr matten Augen…).

Contrepointant le chemin introspectif touchĂ© par le MystĂšre de la 82, la 169 frappe par son climat d’emblĂ©e plus jubilatoire, d’une gaietĂ© d’abord dĂ©licieusement portĂ©e par l’orgue introductif; Andreas Scholl convainc dĂ©s son premier air parfaitement prĂ©parĂ© par l’arioso prĂ©cĂ©dant: certitude Ă  nouveau du croyant dont le cƓur sans jamais dĂ©vier de sa route, se rĂ©serve Ă  Dieu; contre les illusions du monde terrestre dont l’air d’une trĂšs subtile et douce gravitĂ© dĂ©signe la vanitĂ©, la voix ouvre tout un horizon cĂ©leste ; Le parcours de l’Ăąme implorante qui aspire a la fin de dĂ©livrance est enfin accompli dans la sĂ©lection des deux airs finaux: rĂ©citativo accompagnato de la BWV 161, auquel l’air aux cloches de la BWV 53 apporte l’ultime rĂ©ponse en forme de rĂ©solution pour tout le programme.

Si les instruments manquent de subtilitĂ©, le chant expressif, prĂ©cis, naturel et trĂšs juste d’Andreas Scholl prĂ©serve l’approfondissement spirituel dĂ©posĂ© dans le texte: vision de la derniĂšre heure Ă©prouvĂ©e ici comme une bĂ©atitude pacifiante. L’aboutissement de toute quĂȘte spirituelle. La sincĂ©ritĂ© du style, la justesse de l’intonation touchent indiscutablement. Magnifique rĂ©cital. Superbement conçu.

Andreas Scholl, contre-ténor: Jean-Sébastien Bach, Cantates BWV 82, 169, + extraits des BWV 150, 200, 161, 53. Andreas Scholl, contre ténor. Orchestre de chambre de Bùle. 1 cd Decca. Enregistré en janvier 2011 en France. Ref: 478 2733

 

 

En 2008, Radio Classique dĂ©diait un portrait au contre tĂ©nor Andreas Scholl. Voici la notice qu’Ă©crivait alors notre rĂ©dacteur Ernst van Beck :

RĂ©vĂ©lĂ© Ă  partir de 1990, alors qu’il avait Ă  peine dĂ©passĂ© la vingtaine, Andreas Scholl poursuit une carriĂšre sans faute de goĂ»t, imposant son timbre lumineux, souple et angĂ©lique, saisissant par l’Ă©galitĂ© de son Ă©mission et aussi une absence de vibrato expressif… AprĂšs RenĂ© Jacobs, c’est le grand “Bill” (William Christie) qui le repĂ©rant au cours d’une audition, lui offre d’enregistrer la partie d’alto dans le Messie de Haendel (1994). Sa carriĂšre Ă©tait lancĂ©e: Cantates de Bach, Monteverdi, Vivaldi, puis une collaboration long terme avec Philippe Herreweghe, dans les champs Ă©lysĂ©ens composĂ©s par le Cantor de Leipzig (Messe en si, Passion selon Saint-Jean et selon Saint-Matthieu…). Timbre raffinĂ©, diseur des climats plus discrets et allusifs, le contre-tĂ©nor allemand, ĂągĂ© de 40 ans (nĂ© le 10 novembre 1967), sĂ©duit toujours autant en ange, Ă©vangĂ©liste, verbe sacrĂ© incarnĂ©, plutĂŽt que caractĂšre de la scĂšne lyrique.