Compte rendu, opéra. Nantes, Cité des Congrès, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold,… Orch. nat. des Pays de la Loire. Pascal Rophé, direction.

lohengrin- vignette 160 ANO-16-18-20-septembre-2016-ano-lohengrin-skryscraper-160-600Compte rendu, opéra. Nantes, Cité des Congrès, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold,… Orch. nat. des Pays de la Loire. Pascal Rophé, direction. Plateau solide et efficace, surtout orchestre dans la puissance et la nuance. … ce Lohengrin made in Nantes, de surcroît en version de concert …. vaut bien des Bayreuth;  inutile de bouder votre plaisir, Jean-Paul Davois, directeur bien inspiré d’Angers Nantes Opéra, confirme une belle intuition : en programmant sur la scène de la Cité des Congrès de Nantes, ce Wagner sans décors ni costumes, le directeur général nous offre une immersion dans la grande forge wagnérienne ; car c’est bien le chef et l’orchestre qui en sont les vedettes;  instruments acteurs, au verbe foisonnant et aux accents millimétrés, tant la direction du chef Pascal Rophé nous satisfait, et même nous comble par une sobriété soucieuse de couleurs ; habile et ductile dans l’enchaînement des épisodes dramatiques ; très convaincante dans l’équilibre des pupitres, jouant sur le relief  des cuivres omniprésents  (l’enjeu ici à travers de nombreux passages militaires est bien là préservation de l’Empire allemand); jouant tout autant de la rutilante harmonie des bois…  d’un magicien angélisme quand paraît à chaque fois la trop candide Elsa (flûtes aériennes, évanescentes).

davois et maestro rophe lohengrin nantes angers opera critique classiquenewsPascal Rophé se saisit du drame wagnérien où triomphe supérieur, souverain, le venin haineux d’Ortrud, seule capable de chasser l’unique chevalier venu de Montsalvat pour sauver la jeune ( et si démunie) duchesse de Brabant, et surtout le succès des armées impériales. Malgré la lumière que convoque chaque apparition du  chevalier au cygne, Lohengrin, Wagner conçoit un opéra viscéralement noir, et sans issue, soulignant combien aimer en confiance est impossible, combien les hommes ne méritent pas la chance de salut qui leur est, une fois dans leur vie, accordé. La féerie médiévale est conduite par une vision désespérée d’un compositeur qui est lui-même, à l’époque de la conception de son opéra, inquiété, pourchassé, rendu fugitif en Europe. Photo ci contre : Jean-Paul Davois et le maestro Pascal Rophé (DR), nouvelle coopération prometteuse, déjà riche en arguments convaincants grâce à ce Lohengrin de début de saison 2016-2017… 

 

 

 

Angers Nantes Opéra réussit à réunir chanteurs, chœurs, orchestre et chef en une production convaincante

Une offre wagnérienne à Nantes et à Angers qui ne se refuse pas…

 

 

Dès l’ouverture, la direction de Pascal Rophé affirme une conception volontaire et très précise du drame ; la clarté du geste saisit ; la construction réalise ce prodigieux rêve d’Elsa dont l’éclat (premier coup des timbales) marque l’implosion prodigieuse qui se transmet jusqu’au chevalier qui ayant entendu sa prière, descendra du ciel, pour la sauver… Directeur musical de l’Orchestre national des Pays de la Loire depuis 2014, Pascal Rophé tout au long de la soirée se montre un wagnérien captivant ; on suit le chef sans sourciller, le laissant nous conduire d’un acte à l’autre avec une subtilité sobre réellement habile et très juste. La coopération entre le chef, son orchestre et Angers Nantes Opéra se révèle en ce sens positive, et … prometteuse.

 

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HUNOLD catherine-hunold1Vocalement, c’est l’Ortrud magnétique de Catherine Hunold qui vole la vedette : l’acte II – acte où la sirène manipulatrice sème dans l’esprit d’Elsa le poison du doute, est son acte;  port de magicienne implacable et majestueuse dans la lignée des Médée et des Armide, des opéras baroques et préclassiques, la mezzo voluptueuse sait injecter sa suffisance impériale quitte dans un rapport sadique à dominer voire humilier ses proies trop complaisantes : évidemment Telramund le prince accusateur d’Elsa dont elle fait le bras armé de sa vengeance  (très convaincant Robert Hayward qui façonne et nuance lui aussi son personnage : sa grande aisance scénique ajoute à sa crédibilité); et quand la sorcière noire invoque l’esprit de Wotan et de Freia – claire préfiguration du Ring à venir,  Catherine Hunold fait valoir la souplesse lohengrin angers nantes opera tenor telramund xQwnPoCliLHGVlwXm5aDyhoc_Rwabpz8-z21pnh5zb0jamais forcée de ses graves vénéneux en somptueuse déité wagnérienne;  on lui doit cet aplomb convaincant qui avait fait la réussite de sa Bérénice de Magnard à l’Opéra de Tours (avril 2014) comme la valeur de sa flamboyante Sémélé, cantate de Dukas Prix de Rome, qui lui doit d’avoir été ainsi remarquée au disque (CLIC de classiquenews, octobre 2015).

kirch daniel ohengrin nantes angersChez les hommes, le roi Henri l’oiseleur de Jean Teitgen, impose une belle ardeur de juge médiateur malgré la raideur de son jeu d’acteur : c’est bien le seul qui ne regarde jamais ses partenaires pendant le spectacle ni ne se retourne vers le choeur qui assure pourtant nombre de ses entrées. Le Lohengrin de Daniel Kirch (photo ci contre) fait valoir les mêmes qualités que son Paul dans La Ville Morte de Korngold, somptueuse production présentée par Angers Nantes Opéra, et pour nous fleuron de sa saison 2015 – 2016 (mars 2015) : le ténor allemand qui chante depuis longtemps et Lohengrin et Parsifal, possède l’exacte couleur du caractère, même si parfois quand se déploient les tutti de l’orchestre, la voix couverte devient inaudible. Mais son “In fernem Land“, quand le Chevalier dévoile son identité divine et miraculeuse, le ténor sur un tapis orchestral murmuré, se fait diseur, d’une sincérité qui touche (saluons dans ce sens, l’intelligence nuancée du chef). Familier des productions baroques et préromantiques, de Rameau à Salieri et jusqu’à Méhul, le baryton Philippe-Nicolas Martin réussit toutes ses déclarations déclamées en Héraut bien chantant et naturellement puissant. D’abord un peu terne voire trop lisse, l’Elsa de Juliane Banse dont le mérite est justement de s’être économiser depuis le début, réussit incontestablement sa dernière scène (de jeune épousée) dans laquelle celle qui doit tout au Chevalier se dévoile agitée, en panique, insistant lourdement auprès de Lohengrin, exigeant que son sauveur lui révèle enfin son nom et d’où il vient. Elle avait pourtant juré de ne jamais poser la question. En se parjurant ainsi, la pauvre oie blanche perd tout et permet à celle qui l’a manipulée, de vaincre définitivement.

 

pascalrophe-ouestfrance-3La vivacité dramatique du chef s’avère une grande réussite ; l’implication des instrumentistes et des choeurs  (engagés, nerveux, dans l’action), la prestation globalement convaincante des solistes font toute la  valeur de ce Wagner à voir absolument à Angers le 20 septembre prochain au Centre de Congrès  (19h), ultime représentation. Quand Bayreuth continue de décevoir soit par l’absence des grands chanteurs, soit par l’indigence ou l’outrance de mises en scènes trop décalées, Angers Nantes Opera vous propose un Wagner de grande classe qui à juste titre place chanteurs et instrumentistes sur le plateau et au devant de la scène… une invitation en ouverture de sa nouvelle saison 2016 – 2017 qui ne se refuse pas.

 

 

 

 

Compte rendu, opéra. Nantes, Cité des Congrès, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold, Robert Hayward, Juliane Banse, Jean Teitgen, Philippe Nicolas Martin.., choeurs d’Angers Nantes Opéra, de l’Opéra de Montpellier, Orchestre national des Pays de la Loire. Pascal Rophé, direction.

Illustrations : Catherine Hunold (Ortrud) et Pascal Rophé (DR)

 

 

Lohengrin de Wagner à Nantes et à Angers

lohengrin-angers-nantes-opera-582-390NANTES, ANGERS : Lohengrin, 16,18,20 septembre 2016. En version de concert. Lohengrin, opéra conçu en 1848 à l’époque des révolutions européennes, sera créé après le tumulte, en 1850 à Weimar grâce à l’engagement de son ami et bientôt beau-père, Franz Liszt. Wagner est alors un compositeur fugitif, pourchassé en Allemagne, à cause de ses positions auprès des révolutionnaires. Fuyant Dresde (à l’issu des journées de mai 1849), Wagner rejoint Paris puis Zurich, où il se fixe jusqu’en 1860 : c’est là que désespéré et suicidaire, il ébauche le projet de son grand œuvre, La Tétralogie. Fresque déjà cinématographique d’une conception inouïe et inédite alors dont la réalisation sera possible après Tristan und isolde, au moment de sa double rencontre, – toutes deux miraculeuses dans sa vie, Cosima, la fille de Liszt, qu’il épousera, et surtout Louis II de Bavière, jeune monarque possédé par la poésie héroïque et médiévale du compositeur, lequel avec Tannhäuser, créé à Dresde en 1845, et Lohengrin, a définitivement élaboré l’opéra romantique germanique. Avec Genoveva de Schumann, exactement contemporaine de… Lohengrin, et comme ce dernier, créé après les révoltes de 1848.

 

 

 

L’échec d’Elsa, la perte de Lohengrin

 

Rienzi de WagnerDans Tannhäuser, Wagner précise la place du héros artiste, c’est à dire lui-même, incompris mais porteur d’avenir, qui est sauvé par l’amour d’une femme pure (Elisabeth). Avec Lohengrin, le héros est toujours porteur d’une mission salvatrice : sauver l’humanité mais sa rencontre avec une mortelle, Elsa (princesse de Brabant qu’il vient défendre chevaleresquement), se conclut par un échec : la jeune femme choisie par l’élu (descendu du ciel) se montre indigne de l’amour de Lohengrin… lequel, après avoir dévoilé son identité messianique et divine, rejoint le ciel. LIRE NOTRE PRESENTATION COMPLETE DE LOHENGRIN de WAGNER à NANTES et à ANGERS 

 

 

Wagner : Lohengrinboutonreservation
version de concert — opéra romantique en 3 actes
d’après Parzival de Wolfram von Eschenbach, et Lohengrin de Nouhuwius

NANTES, La Cité : vendredi 16, dimanche 18 septembre 2016

ANGERS, Centre de Congrès : mardi 20 septembre 2016

Semaine à 19h, le dimanche à 14h30

Avec Daniel Kirch, Lohengrin
Juliane Banse, Elsa
L’excellente mezzo française : Catherine Hunold, Ortrud
Robert Hayward, Telramund…
Orchestre national des Pays de La Loire
Pascal Rophé, direction

 

 

Réservations, infos, présentation sur le site d’ANGERS NANTES OPERA

 

DAVOIS-jean-paul-angers-nantes-opera-CARRE-portraitVOIR aussi notre entretien avec Jean-Paul Davois, directeur d’Angers Nantes Opéra / présentation de la nouvelle saison et de la production en version de concert de LOHENGRIN de Richard Wagner

 

 

 

Lohengrin de Wagner à Nantes et à Angers

lohengrin-angers-nantes-opera-582-390NANTES, ANGERS : Lohengrin, 16,18,20 septembre 2016. En version de concert. Lohengrin, opéra conçu en 1848 à l’époque des révolutions européennes, sera créé après le tumulte, en 1850 à Weimar grâce à l’engagement de son ami et bientôt beau-père, Franz Liszt. Wagner est alors un compositeur fugitif, pourchassé en Allemagne, à cause de ses positions auprès des révolutionnaires. Fuyant Dresde (à l’issu des journées de mai 1849), Wagner rejoint Paris puis Zurich, où il se fixe jusqu’en 1860 : c’est là que désespéré et suicidaire, il ébauche le projet de son grand œuvre, La Tétralogie. Fresque déjà cinématographique d’une conception inouïe et inédite alors dont la réalisation sera possible après Tristan und isolde, au moment de sa double rencontre, – toutes deux miraculeuses dans sa vie, Cosima, la fille de Liszt, qu’il épousera, et surtout Louis II de Bavière, jeune monarque possédé par la poésie héroïque et médiévale du compositeur, lequel avec Tannhäuser, créé à Dresde en 1845, et Lohengrin, a définitivement élaboré l’opéra romantique germanique. Avec Genoveva de Schumann, exactement contemporaine de… Lohengrin, et comme ce dernier, créé après les révoltes de 1848.

 

 

 

L’échec d’Elsa, la perte de Lohengrin

 

Rienzi de WagnerDans Tannhäuser, Wagner précise la place du héros artiste, c’est à dire lui-même, incompris mais porteur d’avenir, qui est sauvé par l’amour d’une femme pure (Elisabeth). Avec Lohengrin, le héros est toujours porteur d’une mission salvatrice : sauver l’humanité mais sa rencontre avec une mortelle, Elsa (princesse de Brabant qu’il vient défendre chevaleresquement), se conclut par un échec : la jeune femme choisie par l’élu (descendu du ciel) se montre indigne de l’amour de Lohengrin… lequel, après avoir dévoilé son identité messianique et divine, rejoint le ciel. L’opéra porteur d’un amour romantique pur, pourtant prometteur, s’achève sur la perte de l’harmonie et l’échec du divin et de l’humain, de l’artiste et de la société. Il est vrai qu’Elsa, pourtant sincère, se laisse passivement manipuler par le couple noir Ortrud / Telramund.

 

A l’acte I, Telramund est vaincu… Wagner expose le contexte politique du Brabant chaotique : Telramund accuse la princesse Elsa de Brabant d’avoir assassiner son jeune frère Gottfried pour règne avec son mystérieux amant. Le Roi Henri l’oiseleur venu démêler l’intrigue demande à Elsa de choisir le héros qui saura défendre son honneur et se battre contre Telramund : un inconnu, étranger au Brabant s’avance alors et soumet Telramund.

Au II, la promesse d’Elsa… alors qu’il a accepté de défendre Elsa si elle ne lui demande jamais qui il est, Lohengrin ne peut empêcher que le doute et le soupçon gagner finalement le coeur de sa fiancée. C’est que le couple noir, celui de la sorcière Ortrud et de Telramund l’accusateur ne cesse de tirailler la princesse de Brabant… La noce qui s’annonce est voilée par le manque de confiance que la jeune femme réserve à celui qui l’a pourtant sauvée.

Au III : L’échec d’Elsa, le départ de Lohengrin… Lohengrin tue Telramund mais Elsa a commis l’irréparable en posant la question à son sauveur : qui est-il ? Lohengrin dévoile devant tous son identité : il est le fils de Parsifal, gardien du sanctuaire contenant la Saint Graal à Montsalvat ; mais le pouvoir magique qu’il détient reste puissant tant qu’il demeure inconnu. En rompant la promesse qui les liait, Elsa a détruit leur avenir et provoque le retour de l’élu, Lohengrin,le chevalier blanc, au Ciel. Agenouillé, Lohengrin ressuscite le jeune Gottfried (qu’Ortrud avait transformé en cygne…) qui dès lors, incarne l’avenir encore incertain du Brabant, désormais démuni, orphelin de la protection divine. Elsa trop fragile, s’évanouit et meurt dans les bras de son jeune frère ressuscité.

 

 

 

 

Wagner : Lohengrinboutonreservation
version de concert — opéra romantique en 3 actes
d’après Parzival de Wolfram von Eschenbach, et Lohengrin de Nouhuwius

NANTES, La Cité : vendredi 16, dimanche 18 septembre 2016

ANGERS, Centre de Congrès : mardi 20 septembre 2016

Semaine à 19h, le dimanche à 14h30

Avec Daniel Kirch, Lohengrin
Juliane Banse, Elsa
L’excellente mezzo française : Catherine Hunold, Ortrud
Robert Hayward, Telramund…
Orchestre national des Pays de La Loire
Pascal Rophé, direction

 

 

Réservations, infos, présentation sur le site d’ANGERS NANTES OPERA

 

DAVOIS-jean-paul-angers-nantes-opera-CARRE-portraitVOIR aussi notre entretien avec Jean-Paul Davois, directeur d’Angers Nantes Opéra / présentation de la nouvelle saison et de la production en version de concert de LOHENGRIN de Richard Wagner

 

 

 

La Guerre des Théâtres à NANTES et à ANGERS

guerre des theatres fuzelier matrone d ephese opera comique francoise rubelin clic de classiquenewsAngers Nantes Opéra. La Querelle des Théâtres. 30 sept-14 octobre 2016. NAISSANCE et IMPERTINENCE de L’OPERA-COMIQUE. Elle pleure et se lamente à pleurer des litres d’eau… La Veuve d’Ephèse est désespérée ; mais Combine sa servante fomente un astucieux stratagème pour l’en libérer : car la figure du truculent Polichinelle n’est pas sans exciter les ardeurs de la dame en noire… On a déjà vu à l’opéra la rencontre improbable de la scène tragique larmoyante et des comédiens italiens… voyez du côté de Richard Strauss et de son librettiste francophile, Hugo von Hofmannsthal (Ariadne aux Naxos). Ici même choc des genres et fastueuses intrigues comiques…

Au XVIIIè, Comédie Française et Académie Lyrique se disputent le monopole de la scène parisienne : la rivalité est à son paroxysme et derrière leurs coups d’éclats s’intensifie la guerre entre le théâtre chanté et le théâtre parlé. Depuis 1673 et sa première tragédie en musique (Cadmus et Hermione), l’opéra à la française entend égaler voire dépasser la tragédie classique conçue par Corneille et Racine ; de fait, au XVIIIè, la musique théâtrale s’est aillée une solide réputation mettant en péril les comédiens. Or héritière des théâtres de la Foire, volontiers parodiques et comiques, une nouvelle veine se précise, l’opéra-comique. Le public se passionne pour les nouvelles représentations d’autant plus délirantes et inventives que ses sœurs ainées, Opéra et Comédie française s’entendent pour mieux ruiner son essor… en pure perte. La formidable production portée par l’équipe des Lunaisons et son fondateur, le baryton Arnaud Marzorati évoque les avatars d’un genre devenu immédiatement populaire mais qui dût surmonter bien des défis et limitations pour le déploiement de son art ; sur les planches, tels que pouvaient les voir alors les spectateurs de la Foire, Saint-Martin et Saint-Laurent, les personnages héritiers de la Commedia dell’Arte : Colombine et Polichinelle/Pulcinella, astucieux, spirituels ; Pierrot plus benêt ; sans omettre les marionnettes (qui ici critiquent la solennité ridicule de l’opéra français tragique et antique…) et aussi le personnage larmoyant comique de la Matrone d’Ephèse, veuve inconsolable qui dans le livret de Fuzelier transmis par l’intrigue de La Matrone d’Ephèse de 1714 (qui a été intégré dans la conception du spectacle), ajoute la veine du lamento et de la prière à répétition, pour renforcer les contrastes dramatiques d’une action haute en couleurs ; tous les personnages composent une action à rebondissements qui récapitule toutes les interdictions imposées au genre nouveau, et toutes les solutions aptes à les surmonter (faire chanter le public à l’aide d’écriteaux puisque les acteurs ne pouvaient plus eux-même chanter…). Pour mieux railler les genres nobles antérieurs, les auteurs convoquent concrètement l’Opéra et la Comédie, sujets à de délirantes apparitions, du dernier comique. L’Opéra-Comique affirme ainsi sa formidable verve insolente et impertinente, sa prodigieuse facilité à se réinventer et redéfinir avec elle, la forme du spectacle… Passionnante et vivante approche.

 

 

 

 

LA GUERRE DES THEATRES présentée par
ANGERS NANTES OPERA
7 représentations

NANTES THÉÂTRE GRASLINLa Guerre des Théâtres d'après Fuzelier
vendredi 30 septembre, dimanche 2, mardi 4, mercredi 5, vendredi 7 octobre 2016
ANGERS GRAND THÉÂTRE
mercredi 12, jeudi 13, vendredi 14 octobre 2016
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

 

RESERVEZ VOTRE PLACE

 

 

OPÉRA COMIQUE D’APRÈS LA MATRONE D’ÉPHÈSE (1714) DE LOUIS FUZELIER (1672-1752).
Musiques de Jean-Joseph Mouret, Marin Marais, Jean-Philippe Rameau, Jean-Baptiste Lully, Louis-Nicolas Clérambault. Créé à l’Opéra Comique de Paris, le 8 avril 2015.

MISE EN SCÈNE : JEAN-PHILIPPE DESROUSSEAUX
DIRECTION ARTISTIQUE : ARNAUD MARZORATI
CONSEILLÈRE THÉÂTRALE : FRANÇOISE RUBELLIN

avec
Sandrine Buendia, Colombine, L’Opéra
Bruno Coulon, Arlequin
Jean-Philippe Desrousseaux, La Comédie-Française, Polichinelle
Jean-François Lombard, La Matrone d’Éphèse
Arnaud Marzorati, Pierrot, Un Exempt

Ensemble La Clique des Lunaisiens
Mélanie Flahaut, flûte, basson
Isabelle Saint-Yves, viole de gambe, dessus de viole
Massimo Moscardo, luth
Blandine Rannou, clavecin

 

 

LIRE notre compte rendu du spectacle La Guerre des Théâtres, créée à l’Opéra-Comique à Paris (avril 2015)

 

VOIR notre teaser vidéo La Guerre des Théâtres par Les Lunaisons, Arnaud Marzorati.

 

 

 

Lohengrin à Nantes et à Angers

lohengrin-angers-nantes-opera-582-390NANTES, ANGERS : Lohengrin, 16,18,20 septembre 2016. En version de concert. Lohengrin, opéra conçu en 1848 à l’époque des révolutions européennes, sera créé après le tumulte, en 1850 à Weimar grâce à l’engagement de son ami et bientôt beau-père, Franz Liszt. Wagner est alors un compositeur fugitif, pourchassé en Allemagne, à cause de ses positions auprès des révolutionnaires. Fuyant Dresde (à l’issu des journées de mai 1849), Wagner rejoint Paris puis Zurich, où il se fixe jusqu’en 1860 : c’est là que désespéré et suicidaire, il ébauche le projet de son grand œuvre, La Tétralogie. Fresque déjà cinématographique d’une conception inouïe et inédite alors dont la réalisation sera possible après Tristan und isolde, au moment de sa double rencontre, – toutes deux miraculeuses dans sa vie, Cosima, la fille de Liszt, qu’il épousera, et surtout Louis II de Bavière, jeune monarque possédé par la poésie héroïque et médiévale du compositeur, lequel avec Tannhäuser, créé à Dresde en 1845, et Lohengrin, a définitivement élaboré l’opéra romantique germanique. Avec Genoveva de Schumann, exactement contemporaine de… Lohengrin, et comme ce dernier, créé après les révoltes de 1848.

 

 

 

L’échec d’Elsa, la perte de Lohengrin

 

Rienzi de WagnerDans Tannhäuser, Wagner précise la place du héros artiste, c’est à dire lui-même, incompris mais porteur d’avenir, qui est sauvé par l’amour d’une femme pure (Elisabeth). Avec Lohengrin, le héros est toujours porteur d’une mission salvatrice : sauver l’humanité mais sa rencontre avec une mortelle, Elsa (princesse de Brabant qu’il vient défendre chevaleresquement), se conclut par un échec : la jeune femme choisie par l’élu (descendu du ciel) se montre indigne de l’amour de Lohengrin… lequel, après avoir dévoilé son identité messianique et divine, rejoint le ciel. L’opéra porteur d’un amour romantique pur, pourtant prometteur, s’achève sur la perte de l’harmonie et l’échec du divin et de l’humain, de l’artiste et de la société. Il est vrai qu’Elsa, pourtant sincère, se laisse passivement manipuler par le couple noir Ortrud / Telramund.

 

A l’acte I, Telramund est vaincu… Wagner expose le contexte politique du Brabant chaotique : Telramund accuse la princesse Elsa de Brabant d’avoir assassiner son jeune frère Gottfried pour règne avec son mystérieux amant. Le Roi Henri l’oiseleur venu démêler l’intrigue demande à Elsa de choisir le héros qui saura défendre son honneur et se battre contre Telramund : un inconnu, étranger au Brabant s’avance alors et soumet Telramund.

Au II, la promesse d’Elsa… alors qu’il a accepté de défendre Elsa si elle ne lui demande jamais qui il est, Lohengrin ne peut empêcher que le doute et le soupçon gagner finalement le coeur de sa fiancée. C’est que le couple noir, celui de la sorcière Ortrud et de Telramund l’accusateur ne cesse de tirailler la princesse de Brabant… La noce qui s’annonce est voilée par le manque de confiance que la jeune femme réserve à celui qui l’a pourtant sauvée.

Au III : L’échec d’Elsa, le départ de Lohengrin… Lohengrin tue Telramund mais Elsa a commis l’irréparable en posant la question à son sauveur : qui est-il ? Lohengrin dévoile devant tous son identité : il est le fils de Parsifal, gardien du sanctuaire contenant la Saint Graal à Montsalvat ; mais le pouvoir magique qu’il détient reste puissant tant qu’il demeure inconnu. En rompant la promesse qui les liait, Elsa a détruit leur avenir et provoque le retour de l’élu, Lohengrin,le chevalier blanc, au Ciel. Agenouillé, Lohengrin ressuscite le jeune Gottfried (qu’Ortrud avait transformé en cygne…) qui dès lors, incarne l’avenir encore incertain du Brabant, désormais démuni, orphelin de la protection divine. Elsa trop fragile, s’évanouit et meurt dans les bras de son jeune frère ressuscité.

 

 

 

 

Wagner : Lohengrinboutonreservation
version de concert — opéra romantique en 3 actes
d’après Parzival de Wolfram von Eschenbach, et Lohengrin de Nouhuwius

NANTES, La Cité : vendredi 16, dimanche 18 septembre 2016

ANGERS, Centre de Congrès : mardi 20 septembre 2016

Semaine à 19h, le dimanche à 14h30

Avec Daniel Kirch, Lohengrin
Juliane Banse, Elsa
L’excellente mezzo française : Catherine Hunold, Ortrud
Robert Hayward, Telramund…
Orchestre national des Pays de La Loire
Pascal Rophé, direction

 

 

Réservations, infos, présentation sur le site d’ANGERS NANTES OPERA

 

DAVOIS-jean-paul-angers-nantes-opera-CARRE-portraitVOIR aussi notre entretien avec Jean-Paul Davois, directeur d’Angers Nantes Opéra / présentation de la nouvelle saison et de la production en version de concert de LOHENGRIN de Richard Wagner

 

 

 

ANGERS NANTES OPERA, saison 2016 – 2017. Présentation

ANGERS NANTES OPERA, saison 2016 – 2017. La nouvelle saison lyrique défendue par Jean-Paul Davois, directeur général d’Angers Nantes Opéra promet d’être passionnante. Dans un récent grand entretien pour classiquenews, Jean-Paul Davois a longuement expliqué les avantages de l’institution qu’il dirige, comme Syndicat Mixte, jouant avant tous les autres théâtres d’Opéra en France, la carte de la mutualisation régionale, ici entre deux villes, Angers et Nantes pourtant distantes de 100 km, mais aujourd’hui étroitement impliquées, d’autant plus portées avec l’émergence et l’affirmation des possibilités nouvelles de Nantes Métropole. LIRE notre grand entretien “CULTURA” avec Jean-Paul Davois (juin 2016).

 

 

angers-nantes-opera-saison-2016-2017-evenement-festival-operas-lyrique-critique-annonce-presentation-CLASSIQUENEWSEQUILIBRE, PERTINENCE… Souhaitons longue vie à ce fonctionnement exemplaire en France qui place le lyrique au devant de la scène culturelle, non pas tant par les moyens investis que surtout par l’intelligence et le discernement d’une politique artistique toujours aussi passionnante à suivre. La nouvelle saison 2016 – 2017 ne déroge pas à une règle couronnée de nombreux succès et réalisations majeures pour nous. C’est même un cas d’école et l’on se demande même comment Angers Nantes Opéra, doté de moins de moyens financiers que certaines autres grandes maisons (de fait, labellisées “nationales”) assure ainsi chaque saison, une diversité aussi réfléchie, alliant création, équilibre, pertinence, qu’il s’agisse des plateaux sélectionnés (chanteurs, chefs et metteurs en scène), que des sujets et thématiques de réflexion, offerts à l’analyse et à la compréhension de tous les publics, dont en particulier les jeunes spectateurs auxquels sont destinées des actions ciblées de sensibilisation et d’éducation. On se souvient des formidables ateliers, débats, rencontres menés auprès des collégiens autour des thématiques permises par les productions dernières telles La Ville Morte de Korngold (la présence des traces de l’ancienne ville à Nantes, l’ancrage du passé dans la vie actuelle… VOIR notre reportage vidéo : L’opéra pour les lycéens) ou plus proche de nous, les sujets dénonçant la tyrannie et la terreur des systèmes autoritaires tels qu’ils percent dans le premier opéra de François Paris produit en création mondiale (avril et mai 2016), Maria Republica (reportage vidéo complet réalisé par classiquenews.com en mai dernier à Nantes).

LOHENGRIN DE WAGNER… La nouvelle saison d’Angers Nantes Opéra totalise ainsi 6 productions lyriques, chacune marquant manifestement une partie du répertoire musical. Pleins feux d’abord sur Wagner, -rare mais toujours puissant à Nantes et Angers : le dernier spectacle wagnérien concernait la meilleure mise en scène et depuis inégalée d’Olivier Py : Tristan und Isolde et sa formidable machinerie. Ainsi, le 16 septembre à Nantes (La Cité) puis le 20 au Centre de congrès d’ Angers (soit les plus grandes salles de la région), affichent Lohengrin, en version de concert -, une invitation à ne se concentrer que sur l’éblouissante musicalité chambriste de la partition : vrai défi pour l’orchestre appelé à en relever les défis et subtilités (Orchestre national des Pays de la Loire sous la direction de Pascal Rophé). Avec dans les rôles du quatuor vocal central : Daniel Kirch (Lohengrin), Juliane Banse (Elsa) pour le couple “blanc”, Robert Hayward (Talramund) et l’éblouissante Catherine Hunold (Ortrud) pour le couple noir voué au mal. Saluons la scène nantaise et angevine d’offrir un grand rôle à Catherine Hunold, mezzo onctueux, puissant, charnel qui nous avait saisi dans la recréation à Tours de Bérénice de Magnard (VOIR notre reportage vidéo : Bérénice de Magnard, avril 2014), et récemment dans un cd incontournable : Cantates de Paul Dukas dont elle assurait à elle seule la qualité du cycle enregistré / cf. cantate Sémélé de 1889).

LA GUERRE DES THEATRES… Du 30 septembre au 14 octobre 2016, place après le Wagner médiéval, aux querelles des théâtres baroques au XVIIIè, quand La Comédie Française et l’Opéra rivalisent d’imagination pour faire obstruction à la verve piquante et de plus en plus populaire des spectacles de la Foire, c’est à dire de l’opéra comique. La Guerre des Théâtres d’après La Matrone d’Ephèse de Fuzelier (1714) met en scène la rivalité des institutions parisiennes entre elles où jaillit l’essor irrépressibles de l’Opéra-Comique. L’équipe des Lunésiens portée par l’excellent et audacieux baryton Arnaud Marzorati défend une scène drôle, parodique, délirante aussi (associant personnages sérieux français et figures de la Commedia dell’arte) dont le charme tient essentiellement au mélange savoureux des genres. Classiquenews a filmé plusieurs extraits de ce spectacle convaincant qui restitue la genèse difficile de l’Opéra-Comique au XVIIIè.

ORPHEE AUX ENFERS… Dernier spectacle 2016 et pour les fêtes, soit du 22 novembre à Nantes puis du 14 au 18 décembre à Angers, la verve d’Offenbach investit les scènes lyriques des deux théâtres, prolongement évident du Fuzelier impertinent de La Guerre des théâtres. Orphée aux enfers (créé en 1858, révisé en 1874) est un opéra parodique et comique qui égratigne sérieusement les divinités de l’Olympe, grâce au génie d’Offenbach …Sous la direction de Laurent Campellone, et dans la mise en scène de Ted Huffman, plusieurs chanteurs de la génération habituellement “baroqueuse” prennent le chant en main, dessinant de brûlantes et prometteuses individualités : ainsi entre autres, Jennifer Courcier (Cupidon), Mathias Vidal (Aristée, Pluton), Marc Mauillon (Mercure)… ces deux derniers ayant été particulièrement distingués par la rédaction de classiquenews grâce à leur dernier récital / enregistrement discographique, réalisés d’une main de maître (Mathias Vidal : Grands Motets de Mondonville sous la direction de l’excellent chef hongrois György Vashegyi, clic de classiquenews d’avril 2016Marc Mauillon chante le premier bel canto florentin : “li due Orfei”, Caccini et Peri, clic de classiquenews d’avril 2016).

LITTLE NEMO en création... Le propre d’Angers Nantes Opéra chaque nouvelle saison est de nous surprendre avec une nouvelle création ou un ouvrage connu (ou pas) du XXème siècle : début 2017, ne manquez pas ainsi, le nouveau spectacle “pour enfants”, intitulé “Little Nemo“, qui en réalité s’adresse à tous les publics, aux jeunes et à leurs parents… L’opéra inédit revisite le mythe créé entre 1905 et 1914 et sous forme d’un feuilleton dans la presse New Yorkaise, il y a donc presque un siècle… mais ici le jeune héros a grandi et 40 ans plus tard s’interroge sur ce qu’il est devenu (un trader désabusé qui a tué son humanité), ayant perdu à tort ou à raison, son âme d’enfant. L’opéra en création mondiale est mis en musique par David Chaillou sur le canevas dramatique et poétique conçu par Olivier Balazuc et Arnaud Delalande. Première à Nantes, le 14 janvier 2017 (puis 18 et 21 suivants), puis en mars (22 et 24) à Angers.

LES NOCES DE FIGARO… Ils sont les metteurs en scène vedette d’Angers Nantes Opéra grâce à une coopération régulière et qui a produit de superbes réalisations visuelles et dramatiques : Tosca, Falstaff, Le Château de Barbe-Bleue, L’Affaire Makropoulos, plus récemment Don Giovanni et donc, cette saison : Les Noces de Figaro, nouvelle production mozartienne à l’affiche du Théâtre Graslin de Nantes, les 6, 8, 10, 12 et 14 mars 2017, puis à Angers (5,7, 9 avril). Patrice Caurier et Moshe Leiser sont des passionnés de théâtre, habités par le souci du détail, hantés par la cohérence dramaturgique jusqu’au moindre geste. Pour Jean-Paul Davois qui les invite presque à chaque saison, le duo façonne souvent des productions miraculeuses qui touchent par leur cohérence et leur impact psychologique. Leur Don Giovanni la saison dernière avait marqué les esprits par la crudité et la violence dévoilées dans les rapports amoureux et les situations. Lumière directe et blanche, barbarie ordinaire au pied d’une barre d’immeuble où la cage d’ascenseur désigne un désenchantement à l’oeuvre, qu’en sera-t-il pour Les noces, cet opéra des femmes d’après Beaumarchais ?

LA DOUBLE COQUETTE : BAROQUE ET CONTEMPORAIN… Enfin l’ultime production présentée par Angers Nantes Opéra en mai 2017 (10 et 11 à Nantes puis du 15 au 20 mai à Angers) offre un mariage particulièrement réussi entre écriture baroque et écriture contemporaine, fusionnées en un spectacle unique d’une vocalité continue, passionnante. Un disque (Les Troqueurs; La Double Coquette) a même été déjà publié (et critiqué par la Rédaction de Classiquenews) : Gérard Pesson complète dans une style original et complémentaire la partition imaginée au XVIIIè par Antoine Dauvergne (1753), disciple du grand Rameau : La Double Coquette… contre la perversité manipulatrice de son fiancé Damon, l’intelligente Florise n’hésite pas à se travestir (en Dariman) pour mieux perdre l’impudent qui pensait séduire Clarice. On connaît le jeu des illusions et des faux semblants sur l’échiquier amoureux : mais ici la perte des repères et le trouble s’immiscent à mesure que le jeu des écritures musicales, entre Dauvergne et Pesson, intensifie leur imbrication. Cette Double Coquette est aussi une histoire de double écriture… pour le plus grand plaisir du spectateur qui s’en trouve délicieusement trompé. Par l’ensemble sur instruments d’époque, Amaryllis (Spectacle créé en 2014 à Besançon).

 

 

 

Angers Nantes Opéra, temps forts de la saison 2016 – 2017. Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site d’ANGERS NANTES OPERA

VOIR aussi notre grand entretien vidéo avec Jean-Paul Davois à propos de la nouvelle saison lyrique d’Angers Nantes Opéra, saison 2016-2017 : préambule : l’opéra c’est de la musique et du théâtre, présentation des 6 productions

 

 

 

DAVOIS-jean-paul-classiquenews-angers-nantes-opera-ANO-582-JPDAVOIS1-copyright-Vincent-Jacques-NBAUTRE SUJET VIDEO avec Jean-Paul Davois : “CULTURA, les professionnels de la culture prennent la parole”, Jean-Paul Davois dresse le bilan culturel en France à  travers Angers Nantes Opéra… Le régime des intermittents : quel accord, quels enjeux ? La réforme des territoires, les subventions, le futur d’Angers Nantes Opéra comme Syndicat mixte dans l’échiquier géopolitique et Nantes Métropole, y-a-t-il une crise de la Culture en France ? … grand entretien politique et culturel par la Rédaction de classiquenews.com

 

 

 

 

CULTURA : grand entretien avec Jean-Paul Davois, directeur général d’ANGERS NANTES OPERA

CULTURA, les professionnels de la culture prennent la parole… CLASSIQUENEWS fait son tour de France de la CULTURE et amorce une grande consultation sur l’état de la culture en France. Notre magazine vidéo CULTURA offre une nouvelle tribune vidéo aux Professionnels de la Culture qui devant la caméra de classiquenews, témoignent, s’engagent, précisent les sujets brûlants et polémiques à traiter d’urgence. VOIR

davois-jean-paul-davois-entretien-classiquenews-nouvelle-saison-lyrique-2016-2017-presentation-explication-grand-entretien-classiquenewsEn juin 2016, Jean-Paul Davois, directeur général d’ANGERS NANTES OPERA, cosignataire des récents communiqués du SYNDEAC (Syndicat des entreprises artistiques et culturelles) dont celui intitulé « CULTURE : une démolition en cours ? » (mai 2016) s’exprime sur le fonctionnement du Syndicat mixte ANGERS NANTES OPERA (une formule adaptée aux nouvelles réalités locales); sur les Intermittents (à partir de 3:55) ; sur les réformes territoriales et leurs conséquences (à 10:11); la réduction des budgets pilotés par les politiques (à 14:38) ; la complémentarité des subventions de l’Etat, de la Région, de la Métropole… (à 18:15) ; enfin, le directeur général d’Angers Nantes Opéra souligne le fonctionnement vertueux de l’institution (ANO) qu’il dirige (entre Angers et Nantes) dans la nouvelle carte géopolitique 2016 (dernière question à 20:58).

VOIR aussi la présentation commentée expliquée de la nouvelle saison lyrique d’ANGERS NANTES OPERA 2016-2017 par Jean-Paul Davois

ANGERS NANTES OPÉRA : la nouvelle saison 2016 – 2017 par Jean-Paul Davois

davois-jean-paul-davois-entretien-classiquenews-nouvelle-saison-lyrique-2016-2017-presentation-explication-grand-entretien-classiquenewsSaison 2016 – 2017, ANGERS NANTES OPÉRA : Jean-Paul Davois présente et commente la nouvelle saison lyrique 2016 – 2017. Un préambule tout d’abord, indicateur et marqueur pour la première scène lyrique en Pays Nantais : l’opéra c’est autant du théâtre que de la musique. C’est ce souci du texte et cette quête de sens qui détermine et caractérise chaque nouvelle saison lyrique à Nantes et à Angers, conçue par le directeur général d’Angers Nantes Opéra, Jean-Paul Davois. La magie du théâtre, la force et la justesse des mots, l’ivresse de la musique… façonnent souvent un équilibre délicat et prometteur d’enchantements scéniques … Paris et défis constatés derechef dans la nouvelle saison lyrique d’Angers Nantes Opéra 2016 – 2017 (à suivre ici, les temps forts de la nouvelle saison lyrique d’Angers Nantes Opéra par la Rédaction de classiquenews)…

DAVOIS-jean-paul-classiquenews-angers-nantes-opera-ANO-582-JPDAVOIS1-copyright-Vincent-Jacques-NBAUTRE SUJET VIDEO avec Jean-Paul Davois : “CULTURA, les professionnels de la culture prennent la parole”, Jean-Paul Davois dresse le bilan culturel en France à  travers Angers Nantes Opéra… Le régime des intermittents : quel accord, quels enjeux ? La réforme des territoires, les subventions, le futur d’Angers Nantes Opéra comme Syndicat mixte dans l’échiquier géopolitique et Nantes Métropole, y-a-t-il une crise de la Culture en France ? … grand entretien politique et culturel par la Rédaction de classiquenews.com

Compte rendu, opéra. Nantes, Théâtre Graslin, le 25 mai 2016. Svadba, d’Ana Sokolovic (2011, création française : Aix en Provence, juillet 2015). Florie Valiquette, Milica

Compte rendu, opéra. Nantes, Théâtre Graslin, le 25 mai 2016. Svadba, d’Ana Sokolovic (2011, création française : Aix en Provence, juillet 2015). Florie Valiquette, Milica. Si vous tapez sur le net « SVADBA » (Noce en bulgare), vous tombez immanquablement sur des centaines de photographies avantageuses de jeunes couples enamourés aux poses suaves : c’est du rêve et du glamour, à la santé insolente qui s’étale sans complexes, parfois outrageusement. Sur les planches de l’Opéra de Nantes, rien de tel. Un théâtre épuré, japonisant, aux mouvements et gestuelle millimétrés, sous une lumière ténue, suggestive, feutrée qui les font paraître presque graves. Tout relève ici de l’allusion et de la suggestion, de la pudeur surtout à travers un jeu physique fluide dans sa continuité ; grâce aussi à une vocalité permanente, séduisante, implorante, sensible… d’une tenue parfois sidérante : allitérations, accents, murmures, onomatopées, répétitions de mots, repris a voce sola, en duo, par toutes les voix. Mais c’est un cercle restreint tout au long de ce drame de la pudeur où 6 voix de femmes jouent la plus profonde polyphonie humaine que l’on ait vue, sous la direction du jeune chef, à la métrique gestuelle d’une impeccable précision, Sébastien Boin.

 

 

 

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Svadba, une polyphonie de la pudeur à 6 voix

 

 

La compositrice Ana Sokolovic née à Belgrade en 1968 signe dans ce spectacle créé en 2011, – de moins d’une heure-, une épure fascinante qui va crescendo, de l’enthousiasme insouciant au cri final, solitude déchirante dans le silence, expression d’une inquiétude qui porte cependant tout le déroulement de cette ronde de jeunes filles en fleurs. Car s’il s’agit de la veillée d’une future mariée, – divagation synthétique de toute une vie de jeune fille qui à présent se doit de passer à l’âge adulte, jamais le nom de l’époux n’est cité ; ni la relation que la jeune Milica entretient avec lui : mariage arrangé et donc forcé, noces d’amour et de tendresse partagée ? Ni les vrais sentiments qui inspirent et portent la jeune épousée : est-elle heureuse, est-elle triste ? Tout cela à la fois sans que l’on sache vraiment ce qui se jouera demain. Rien n’est précisé et c’est dans ce vide criant, cette incertitude de plus en plus lourde que s’insinue la charge poétique d’un spectacle déchirant. Saluons le sens de la nuance, – ce dernier cri final idéalement énoncé, incarné par Florie Valiquette qui interprète avec une intensité filigranée la figure centrale de la mariée, Milica. Sur le plateau, les corps forment arabesques ; les voix se conjuguent en une compréhension plus grave que ne le laisse supposer les apparentes joutes collectives. On pense au sacrifice d’une vierge, à la barbarie tenue silencieuse de sociétés archaïques, car au fond, Milica est-elle véritablement heureuse ce soir ? Tant il y a dans son jeu propre et dans la figuration de ses amies, de la nostalgie, du regret, de la tristesse contenue. Elles sont mobiles et presque amusées, mais tellement contraintes. Ce plateau ressemble à une arène. Et la fiancée à marier est l’agneau que l’on va immoler.     4670146_7_4194_les-six-actrices-de-svabda-sur-scene-le-27_554e507ab34f5d92e96d77ce14f26533C’est dans ce repli de la pudeur que se déploie la force visuelle et scénique de cet opéra créé en France lors du dernier festival d’Aix en Provence (été 2015) et que reprend avec raison, Angers Nantes Opéra dont on applaudit toujours le discernement artistique majeur. Reste qu’il est incroyable qu’aucune scène parisienne et francilienne n’ait eu la curiosité de programmer cette perle vocale de moins d’une heure… Pour tous ceux qui n’ont pas vu sa magie collective, sa justesse onirique, il faut absolument en mesurer la délicate gravité en répondant à l’offre d’Angers Nantes Opéra. A ne pas manquer au Grand Théâtre d’Angers, les dimanche 29 (14h30) et mardi 31 mai 2016 (20h). RÉSERVER

 

 

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distribution DIRECTION MUSICALE: SÉBASTIEN BOIN – MISE EN SCÈNE: TED HUFFMAN ET ZACK WINOKUR – DÉCOR ET COSTUMES: SAMAL BLAK – LUMIÈRE: MARCUS DOSHI avec Florie Valiquette, Milica Liesbeth Devos, Danica Beate Mordal, Lena Pauline Sikirdji, Zora Anna Destraël, Nada Mireille Lebel, Ljubica et Raphaël Simon, percussions.

 

 

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Illustrations : 1 et 3 : © Jef Rabillon pour ANGERS NANTES Opéra 2016

SVADBA d’Ana Sokolovic

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Angers Nantes Opéra : Svadba, jusqu’au mai 2016. Jusqu’au 31 mai 2016. Présenté en création à l’été 2015, par le festival d’Aix en Provence, au Théâtre du Jeu de Paume, Svadba, l’opéra de la compositrice serbe Ana Sokolović, est d’une beauté sobre et irrésistible ; c’est un objet vocal non identifié, un opéra dont le seul sujet est la voix (de femme), un drame qui tient du rite et de la transe (sans orchestre et sans véritable action), déployé en une heure, où chant et jeu de scène (deux metteurs en scène Ted Huffman et Zack Winokur, quand même), dessinés dans leurs lignes essentielles réalisent un théâtre épuré, d’une franchise absolue. Tout s’articule la veille d’une noce dans les Balkans : les 6 chanteuses expriment désirs, espérance et émois d’un collectif féminin qui dit aussi les peines et la barbarie de notre monde.

 Svadba, opéra a capella

svadba-mariage-opera-pour-6-femmes-a-cappella-aix-en-provence-angers-nantes-opera-presentation-dossier-critique-sedba-juin-2015--puis-mai-2016-anna-sokolovic-compositrice-serbeDans Svadba (« mariage » en serbe), la future mariée Milica, vit ses dernières heures de célibataire, le soir de la veillée et la nuit d’avant son mariage, avec ses amies d’enfance : ultimes échanges en complicités, dernière insouciance aussi, et gestes tendres qui signent des adieux irréversibles, soit le passage de la jeunesse souvent irresponsable au statut d’épouse respectable et adulte… Ana Sokolovic se serait-il indirectement inspirée de Noces de Stravinski ? Stravinsky et Ramuz avaient joué sur un assemblage de contines et chansons populaires, Sokolovic fait de même mais la compositrice accentue l’unité forte du cycle vocal en travaillant surtout sur l’articulation et le rythme naturels du serbe. D’une méticuleuse sélection de mélodies, de leur enchaînement millimétré, la créatrice fait une fresque organiquement continue, au souffle irrésistible dont la dramaturgie se produit irrésistiblement dans le choc et les consonances du verbe : jeu de formes, pulsions, onomatopées… c’est une danse tournoyante, sorte de transe qui révèle chaque âme à elle-même en un rituel de vérité atemporel.

 

 

 

Angers Nantes Opéra présente
Svadba (création 2015)

Nantes, Théâtre Graslin
Les 20, 21, 24 et 25 mai 2016

Angers, Grand Théâtre
Les 29 et 31 mai 2016

Toutes les infos et les modalités de réservation sur le site ANGERS NANTES OPERA 

 

 

 

ANGERS. Le nouveau Don Giovanni du duo Caurier et Leiser

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?Angers Nantes Opéra. Don Giovanni : 4,6,8 mai 2016. Nouvelle production attendue à Angers. Un Don Giovanni comme condamné, acculé à expirer, exprime en une course dernière et enivrée, ses dernières forces vitales, résolument tournées sur le désir et la séduction manipulatrice, dominatrice, dévorante. C’est donc un “ténébreux” séducteur, conscient de la mort et du néant, un cynique malgré lui qui au crépuscule d’une existence creuse et déjà angoissée qui surgit sur les planches ; en somme un héros déjà romantique. Chaque tableau met en scène comme une série répétitives, la mise à mort de ses victimes, chacune selon sa propre sensibilité : “Il est trop tard pour le fidèle et droit Leporello, trop tard pour la vengeresse Donna Anna, l’aimante Elvire, la naïve Zerline, Don Juan n’est déjà plus de ce monde. Décadent par lassitude de vivre, moquant les amants trompés, esquivant les coups, il a perdu sa noblesse à la roulette du désespoir, défie encore l’ici et l’au-delà. Et croque la mort à belles dents,” comme le précise la présentation de la nouvelle production sur le site d’Angers Nantes Opéra.

 

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Agent d’une nouvelle clairvoyance, Don Giovanni transmet à ses victimes la conscience de la mort…

Don Giovanni, opéra de l’effroi

Voilà donc le portrait d’un jouisseur qui ne croyant plus en rien, s’amuse à détruire et à manipuler, se délectant de l’effroi spécifique qu’il fait naître dans l’esprit de chacune de ses victimes trop conciliantes, ou trop naïves. Qui est vraiment Don Giovanni ? Un ami noir qui nous ouvre les yeux, décille notre âme sur son propre aveuglement ? La fin a-t-elle réellement le sens d’une rédemption ?  L’agent de la clairvoyance est certes châtié car son message était trop violent et trop brutal même s’il était juste et vrai… L’insolence et la liberté de Don Giovanni sont le dernier cri de l’homme rebelle à sa propre fin.

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Le dramma giocoso de Mozart et de Da Ponte
, son librettiste enchanté/enchanteur, – créé à Prague avec un phénoménal succès en 1787-,  joue sur l’ambivalence des genres mêlés : sérieux et tragique (le couple Donna Anna et Ottavio), le naif et léger, un rien comique (Leporello, Masetto et Zerlina) ; plus attachante reste l’amoureuse loyale, aimante, généreuse et miséricordieuse pour l’infâme bourreau qui la fait souffrir (Elvira)… Comme à chaque fois, Mozart perce le cœur de chacun des protagonistes, héros solitaire de sa propre destinée qui dans l’opéra, se révèle, sans vraiment trouver d’apaisement ni de résolution. Car au final, après la chute du héros dans les enfers, chacun se retrouve face à lui-même, confronté à son effrayante impuissance… Pourtant la fin de Don Giovanni est à la mesure de son geste existentiel : radicale, exacerbée, jusqu’auboutiste. Face à son destin, le convive de pierre / la statue du commandeur, le héros tend une main sûre et solide, tout en sachant qu’il en sera pétrifié / condamné, foudroyé. Comme pour tous les chefs d’oeuvre, Don Giovanni nous renvoie le miroir de notre illusion perpétuelle. Après Tirso de Molina et son Abuseur de Séville et l’Invité de pierre (1630), après Molière (février 1665), la partition mozartienne s’inspire ouvertement de l’opéra de Giuseppe Gazzaniga de 1786 (et du livret mixte, poétiquement déjà trouble de Giovanni Bertali) comme du délire fantasque d’un Goldoni. Alors qui croire ? La grave et sincère Elvira ? Le bouffon Leporello, double réaliste du séducteur, et son complice en tout, au point de revêtir l’identité de son maître pour mieux tromper et séduire ? La vérité est cachée dans la musique classique et romantique, tragique et légère d’un Mozart décidément universel, intemporel.
La nouvelle production a été présentée à Nantes du 4 au 12 mars 2016 créée l’événement, - première réalisation mozartienne pour le duo Caurier et Leiser à Angers et à Nantes (à l’initiative de Jean-Paul Davois, directeur du Théâtre),  est jouée à l’Opéra Graslin. Toute programmation lyrique se doit un jour ou l’autre d’aborder la question fondamentale posée par Don Giovanni, Mozart et Da Ponte… mais aussi insidieusement par l’aventurier séducteur Casanova – modèle du XVIIIème pour notre héros-, car il a effectivement participé à l’élaboration de l’opéra pour sa création praguoise…  Nouvelle production attendue, donc incontournable. Reprise  les 4, 6 et 8 mai 2016 à Angers (Grand Théâtre).

 

 

 

 

Don Giovanni de Mozart à Nantes et à Angers
Livret de Lorenzo da Ponte.
Créé au Théâtre des États de Prague, le 29 octobre 1787.

NANTES THÉÂTRE GRASLIN
vendredi 4, dimanche 6, mardi 8, jeudi 10, samedi 12 mars 2016

ANGERS GRAND THÉÂTRE
mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 mai 201
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

DIRECTION MUSICALE : MARK SHANAHAN
MISE EN SCÈNE : PATRICE CAURIER ET MOSHE LEISER
DÉCOR : CHRISTIAN FENOUILLAT
COSTUMES : AGOSTINO CAVALCA
LUMIÈRE : CHRISTOPHE FOREY

avec
John Chest, Don Giovanni
Andrew Greenan, Le Commandeur
Gabrielle Philiponet, Donna Anna
Philippe Talbot, Don Ottavio
Rinat Shaham, Donna Elvira
Ruben Drole, Leporello
Ross Ramgobin, Masetto
Élodie Kimmel, Zerlina

Chœur d’Angers Nantes Opéra Direction Xavier Ribes 
Orchestre National des Pays de la Loire

 

LIRE aussi notre compte rendu Don Giovanni de Mozart par le duo de metteurs en scène Patrick Caurier, Moshe Leiser : “Don Giovanni, fascinant auto destructeur” par notre rédacteur envoyé spécial à Nantes, Pedro Octavio Diaz (le 6 mars 2016 à Nantes, Opéra Graslin)

 

Informations, réservations, distribution sur le site d’Angers Nantes Opéra / Don Giovanni de Mozart

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OPERA : MARIA REPUBLICA, création à Nantes jusqu’au 28 avril 2016

dépêche 
MARIA REPUBLICA, création à Nantes, Théâtre Graslin, jusqu’au 28 avril 2016

 

 

 

CREATION majeure à NANTES : MARIA REPUBLICA, rebelle mystique

 

 

C’est la production lyrique à ne manquer sous aucun prétexte ! Un opéra contemporain, engagé, pacifiste, fraternel : Maria Republica inspiré par Agustin Gomez-Arcos, républicain antifranquiste forcené, est le nouvel opéra en création mondiale, présenté et commandé par Angers Nantes Opéra dont le directeur général, Jean-Paul Davois a assuré les conditions de gestation et de réalisation. La première a eu lieu le 19 avril dernier sous la direction de l’excellent chef français Daniel Kawka, auquel nous devons une lecture fine et allusive de Pelléas et Mélisande, sur la même scène du Théâtre Graslin de Nantes.

Maria Republica est une partition captivante dont l’écriture politique, subtile, scintillante dans la tradition debussyste est signée François Paris. C’est le premier opéra du compositeur qui a souhaité dédier son ouvrage à tous ceux ceux qui s’opposent aux fascismes…

CREATION. MARIA REPUBLICA au Théâtre Graslin de NANTESDe fait, la putain rouge, condamnée parce qu’elle a contracté la syphilis, accepte de rejoindre un monastère pour y être “régénérée”, c’est à dire reformatée. L’opéra plonge dans un univers carcéral et religieux, étouffant et écoeurant où les sœurs et leur mère Révérende s’adonnent sous le nom de la religion aux pires sévices et tortures. Maria dont les parents ont été tués, dont l’enfance et l’innocence ont été détruites par un état policier, se venge en feignant la soumission à la règle monastique, terrible, effrayante, criminelle. La mise en scène de Gilles Rico (là aussi une première) invente un univers fascinant, entre cauchemar (à la Goya, à la Ken Russel) et onirisme car l’opéra même engagé, et politique, reste ici, et nul part ailleurs, une formidable machine esthétique. Production événement. A ne pas manquer, jusqu’au 28 avril 2016. VOIR LE TEASER VIDEO MARIA REPUBLICA présenté par Angers Nantes Opéra

 

 

 

 

GRAND REPORTAGE VIDEO

CLASSIQUENEWS accompagne les grands événements lyriques de notre temps et soutient la création lyrique contemporaine.

CLASSIQUENEWS a élu “coup de coeur” la production de Maria Republica en création à Nantes.

VOIR les 2 volets du GRAND REPORTAGE MARIA REPUBLICA par le studio CLASSIQUENEWS.COM :

VOLET 1 : le travail préparatoire avant la création (l’opéra avant l’opéra), répétition orchestre, premières impressions par Gilles Rico et François Paris. Comment s’est déroulé l’élaboration du premier opéra de François Paris, MARIA REPUBLICA créé le 19 avril 2016 à Nantes, Théâtre Graslin. Entretien avec François Paris (compositeur), Gilles Rico (Metteur en scène), Jean-Claude Fall (auteur du livret)… Reportage vidéo exclusif © classiquenews.com 2016 — réalisation : Philippe Alexandre Pham

VOLET 2 : la réalisation finale : les thèmes de l’opéra, les personnages, l’écriture musicale…  A quoi ressemble et quels sont les points de force du premier opéra de François Paris, MARIA REPUBLICA créé le 19 avril 2016 à Nantes, Théâtre Graslin. Entretien avec François Paris (compositeur), Gilles Rico (Metteur en scène), Jean-Claude Fall (auteur du livret)… Reportage vidéo exclusif © classiquenews.com 2016 — réalisation : Philippe Alexandre Pham

 

 

 

Réservations, informations, billetterie :

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REPORTAGE VIDEO : Création mondiale de Maria Republica de François Paris (volet 2/2)

maria-republica-photo-2-582-390-homepage-annonce-teaser-classiquenewsGrand reportage vidéo. Création mondiale de Maria Republica, Partie 2/2 : le spectacle en création… Thèmes, sujets, réalisation scénographique, personnages, l’écriture musicale, … A quoi ressemble et quels sont les points de force du premier opéra de François Paris, MARIA REPUBLICA créé le 19 avril 2016 à Nantes, Théâtre Graslin. Entretien avec François Paris (compositeur), Gilles Rico (Metteur en scène), Jean-Claude Fall (auteur du livret)… Reportage vidéo exclusif © classiquenews.com 2016 — réalisation : Philippe Alexandre Pham

VOIR aussi le teaser vidéo de Maria Republica, création mondiale présentée par Angers Nantes Opéra

PARIS-francois-opera-maria-republica-angers-nantes-opera-avril-2016-2048x1536-fit_laquomanca-ouvre-nouveaux-horizons-musiquesraquo-CARRE-vignette-300-300Le premier opéra de François Paris est un événement lyrique, la production en création mondiale à ne pas manquer. Inspiré du roman de Agustín Gómez-Arcos, l’opéra affirme une fulgurance dramatique, électrique, hypnotique qui en s’appuyant sur le livret de Jean-Claude Fall exprime le combat d’une femme violée, torturée, détruite sur l’autel du fascisme et que l’Eglise complice de la terreur, entend « régénérée » en l’accueillant en son sein. Le miracle de la partition vient du raffinement de l’écriture (4 tempéraments, microtonalités d’une précision inouïe, vrais défis pour les musiciens interprètes, chef, instrumentistes, chanteurs…).

Commande d’Angers Nantes Opéra, souhaitée et accompagnée par Jean-Paul Davois, directeur de la Maison lyrique, la partition saisit littéralement par la justesse de ses accents, la violence et la force de son déroulement dramatique auquel la (première) mise en scène de Gilles Rico apporte onirisme, intensité, expressivité, profonde cohérence. Durant 2 heures, l’action va jusqu’à son inéluctable dénouement : des flammes inquiétantes, insidieuses… éclats / éclairs de tension progressive … jusqu’au feu final, salvateur, libératoire. Maria Republica est une rebelle insoumise que le choix de sa mort rend sublime ; sa lutte pour la fraternité et l’humanité, contre tous les racismes et les extrêmismes gagne une hauteur universelle. L’opéra Maria Republica est un chef d’oeuvre absolu qui place l’opéra tel un écrin critique à l’esthétisme stupéfiant.  Opéra en création à Nantes, Théâtre Graslin, pour 5 dates événements : les 19, 21, 24, 26 et 28 avril 2016. Production coup de coeur de CLASSIQUENEWS, élue « CLIC de CLASSIQUENEWS » d’avril 2016. REPORTAGE OPERA by CLASSIQUENEWS © studio CLASSIQUENEWS — Réalisation : Philippe-Alexandre Pham, avril 2016

 

 

CLIC D'OR macaron 200Angers Nantes Opéra sous la direction de Jean-Paul Davois affirme ainsi nettement son attachement a un théâtre engagé, fort, critique… Le spectacle est l’événement lyrique de ce printemps 2016. Et c’est à Nantes et nul part ailleurs qu’il se produira en 5 dates incontournables : les 19, 21, 24, 26 et 28 avril 2016. Coup de coeur de CLASSIQUENEWS, donc logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

 

 

 

Réservations, informations sur le site d’Angers Nantes Opéra

 

 

MARIA-REPUBLICA-angers-nantes-opera-582-390
Illustrations : Maria et ses visions © photos studios CLASSIQUENEWS.COM 2016

 

LIRE notre présentation complète de l’opéra en création à Nantes le 19 avril 2016 : MARIA REPUBLICA de François Paris

 

REPORTAGE VIDEO : Création mondiale de Maria Republica de François Paris (volet 1/2)

maria-republica-photo-2-582-390-homepage-annonce-teaser-classiquenewsGrand reportage vidéo. Création mondiale de Maria Republica, Partie 1/2 : travail préparatoire, du roman à l’œuvre scénique. Comment s’est déroulé l’élaboration du premier opéra de François Paris, MARIA REPUBLICA créé le 19 avril 2016 à Nantes, Théâtre Graslin. Entretien avec François Paris (compositeur), Gilles Rico (Metteur en scène), Jean-Claude Fall (auteur du livret)… Reportage vidéo exclusif © classiquenews.com 2016 — réalisation : Philippe Alexandre Pham

 

 

VOIR aussi le teaser vidéo de Maria Republica, création mondiale présentée par Angers Nantes Opéra

 

VOIR aussi notre VOLET 2/2 : MARIA REPUBLICA, opéra en création à Nantes. La réalisation du spectacle, les thèmes, l’écriture musicale, les personnages… 

 

CLIC D'OR macaron 200Angers Nantes Opéra sous la direction de Jean-Paul Davois affirme ainsi nettement son attachement a un théâtre engagé, fort, critique… Le spectacle promet d’être l’événement lyrique de ce printemps 2016. Et c’est à Nantes et nul part ailleurs qu’il se produira en 5 dates incontournables : les 19, 21, 24, 26 et 28 avril 2016. Coup de coeur de CLASSIQUENEWS, donc logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

 

 

 

Réservations, informations sur le site d’Angers Nantes Opéra

 

 

MARIA-REPUBLICA-angers-nantes-opera-582-390
Illustrations : Maria et ses visions © photos studios CLASSIQUENEWS.COM 2016

 

LIRE notre présentation complète de l’opéra en création à Nantes le 19 avril 2016 : MARIA REPUBLICA de François Paris

 

VIDEO, teaser, annonce. MARIA REPUBLICA de François Paris, création mondiale

maria-republica-vignette-carre-classiquenewsVIDEO, teaser. OPERA, création : MARIA REPUBLICA à. NANTES, Théâtre Graslin. Premières impressions d’un événement lyrique à ne pas manquer. Classiquenews a pu assister aux premières sessions de travail de l’équipe artistique portant la prochaine création de l’opéra MARIA REPUBLICA. Le premier ouvrage lyrique du compositeur François Paris d’après la pièce et le roman de l’espagnol  Agustin Gomez-Arcos cible très précisément le combat d’une femme détruite sur l’autel du despotisme et de l’hypocrisie en particulier celle de l’église. Arcos cite le franquisme et sa politique de terreur comme la complicité de l’église, machine à rééduquer les âmes égarées.

Anarchiste et rebelle contre les tenants du pouvoir tyrannique, Maria pourtant condamnée, défend la sainte liberté : pas de liberté supérieure à celle du choix de sa propre mort. Et la pute rouge, incarcérée mais en réalité insoumise, ménage le temps qui lui est imposé pour réaliser sa vengeance : tout faire sauter dans ce couvent de fausses religieuses aux agissements sataniques à vomir.

D’un traumatisme vécu sous le franquisme, le metteur en scène Gilles Rico dont c’est la première mise en scène, signe une réalisation directe et franche qui sait tout dénoncer avec une mesure visuelle et un sens exceptionnel de l’élégance esthétique : exprimer, dénoncer tout en sensibilité picturale et visions fantastiques.

 

 

MARIA REPUBLICA : une rebelle mystique

 

Gilles Rico maîtrise l’essence de l’opéra comme action théâtrale, soucieux de la clarté dramatique et construit l’épreuve de Maria, comme un combat universel.

CREATION majeure à NANTES : MARIA REPUBLICA, rebelle mystique

 
 

gilles-rico-c-jef-rabillon MARIA REPUBLICA -798x576 On y dénote certaines références aux gravures démoniaques et dénonciatrices que Goya a  produit entre réalisme cynique et horreur crépusculaire. Gilles Rico fait son propre terreau du baroque anarchiste d’Arcos, en déduit ce grand macabre, théâtre écoeurant de la manipulation et de la corruption humaine : dans ce jeu du dégoût magnifique, les officiants – ici la Révérende mère et ses acolytes voilées professent une religion démoniaque et pratiquent des rituels sataniques où la pure cruauté s’expose et torture les pauvres âmes à “réformater”. La force des tableaux (scène de spiritisme, de possession, de viol…; parodie religieuse quand Maria prononce ses voeux..), leur beauté onirique, le rythme du drame musical qui se déroule en 2h sans entracte comme un film noir, une odyssée au souffle inextinguible jusqu’au dénouement expiatoire… construisent un nouvel opéra dense, barbare, qui en respectant sa source littéraire, est surtout drame musical efficace et cohérent  où le raffinement de l’écriture apporte aussi sa couleur hypnotique.

 

 

maria-republica-photo-2-582-390-homepage-annonce-teaser-classiquenews

 

 

PARIS-francois-opera-maria-republica-angers-nantes-opera-avril-2016-2048x1536-fit_laquomanca-ouvre-nouveaux-horizons-musiquesraquo-CARRE-vignette-300-300 L’une des qualités maîtresses de l’écriture de Francois Paris est son souci permanent dune vocalité constamment audible, sertie d’éclats millimetrés à l’orchestre dont la parure sonore s’enrichit d’une bande sonore électronique produite en temps réel et respectant les tempi du chef (excellent Daniel Kawka, pilotant ses musiciens de l’Ensemble Orchestral Contemporain). En découlent plusieurs séquences envoûtantes, d’une vérité à la fois déchirante et poétique, entre songe et réalité, … celle entre autres où au comble de la souffrance Maria et son frère devenu Christ de supplice derrière elle, entonnent un chant viscéral, beau et lugubre, cri-berceuse des opprimés désespérés mais tenaces. La distribution promet de tenir les promesses d’une partition envoûtante, mêlant horreur et onirisme. A travers le corps supplicié de Maria, se dresse le cri des grands martyrs, des rebelles mythiques. Superbe création.

 

 

CLIC D'OR macaron 200Angers Nantes Opéra sous la direction de Jean-Paul Davois affirme ainsi nettement son attachement a un théâtre engagé, fort, critique… Le spectacle promet d’être l’événement lyrique de ce printemps 2016. Et c’est à Nantes et nul part ailleurs qu’il se produira en 5 dates incontournables : les 19, 21, 24, 26 et 28 avril 2016. Coup de coeur de CLASSIQUENEWS, donc logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

 

 

 

Réservations, informations sur le site d’Angers Nantes Opéra

 

 

MARIA-REPUBLICA-angers-nantes-opera-582-390

Illustrations : Maria (bras ouverts et poings serrés) et le Christ sauvage © photo Jeff Rabillon Angers Nantes Opéra 2016 – Maria et ses visions, maria et Rosa © photos studios CLASSIQUENEWS.COM 2016

 

 

 

Création événement : Maria Republica à Nantes

maria-republica-vignette-carre-classiquenewsOPERA, création.NANTES, Théâtre Graslin. Premières impressions d’un événement lyrique à ne pas manquer. Classiquenews a pu assister aux premières sessions de travail de l’équipe artistique portant la prochaine création de l’opéra MARIA REPUBLICA. Le premier ouvrage lyrique du compositeur François Paris d’après la pièce et le roman de l’espagnol  Agustin Gomez-Arcos cible très précisément le combat d’une femme détruite sur l’autel du despotisme et de l’hypocrisie en particulier celle de l’église. Arcos cite le franquisme et sa politique de terreur comme la complicité de l’église, machine à rééduquer les âmes égarées.

Anarchiste et rebelle contre les tenants du pouvoir tyrannique, Maria pourtant condamnée, défend la sainte liberté : pas de liberté supérieure à celle du choix de sa propre mort. Et la pute rouge, incarcérée mais en réalité insoumise, ménage le temps qui lui est imposé pour réaliser sa vengeance : tout faire sauter dans ce couvent de fausses religieuses aux agissements sataniques à vomir.

D’un traumatisme vécu sous le franquisme, le metteur en scène Gilles Rico dont c’est la première mise en scène, signe une réalisation directe et franche qui sait tout dénoncer avec une mesure visuelle et un sens exceptionnel de l’élégance esthétique : exprimer, dénoncer tout en sensibilité picturale et visions fantastiques.

 

MARIA REPUBLICA : une rebelle mystique

 

Gilles Rico maîtrise l’essence de l’opéra comme action théâtrale, soucieux de la clarté dramatique et construit l’épreuve de Maria, comme un combat universel.

 

CREATION majeure à NANTES : MARIA REPUBLICA, rebelle mystique

 

gilles-rico-c-jef-rabillon MARIA REPUBLICA -798x576On y dénote certaines références aux gravures démoniaques et dénonciatrices que Goya a  produit entre réalisme cynique et horreur crépusculaire. Gilles Rico fait son propre terreau du baroque anarchiste d’Arcos, en déduit ce grand macabre, théâtre écoeurant de la manipulation et de la corruption humaine : dans ce jeu du dégoût magnifique, les officiants – ici la Révérende mère et ses acolytes voilées professent une religion démoniaque et pratiquent des rituels sataniques où la pure cruauté s’expose et torture les pauvres âmes à “réformater”. La force des tableaux (scène de spiritisme, de possession, de viol…; parodie religieuse quand Maria prononce ses voeux..), leur beauté onirique, le rythme du drame musical qui se déroule en 2h sans entracte comme un film noir, une odyssée au souffle inextinguible jusqu’au dénouement expiatoire… construisent un nouvel opéra dense, barbare, qui en respectant sa source littéraire, est surtout drame musical efficace et cohérent  où le raffinement de l’écriture apporte aussi sa couleur hypnotique.

PARIS-francois-opera-maria-republica-angers-nantes-opera-avril-2016-2048x1536-fit_laquomanca-ouvre-nouveaux-horizons-musiquesraquo-CARRE-vignette-300-300L’une des qualités maîtresses de l’écriture de Francois Paris est son souci permanent dune vocalité constamment audible, sertie d’éclats millimetrés à l’orchestre dont la parure sonore s’enrichit d’une bande sonore électronique produite en temps réel et respectant les tempi du chef (excellent Daniel Kawka, pilotant ses musiciens de l’Ensemble Orchestral Contemporain). En découlent plusieurs séquences envoûtantes, d’une vérité à la fois déchirante et poétique, entre songe et réalité, … celle entre autres où au comble de la souffrance Maria et son frère devenu Christ de supplice derrière elle, entonnent un chant viscéral, beau et lugubre, cri-berceuse des opprimés désespérés mais tenaces. La distribution promet de tenir les promesses d’une partition envoûtante, mêlant horreur et onirisme. A travers le corps supplicié de Maria, se dresse le cri des grands martyrs, des rebelles mythiques. Superbe création.

 

 

CLIC D'OR macaron 200Angers Nantes Opéra sous la direction de Jean-Paul Davois affirme ainsi nettement son attachement a un théâtre engagé, fort, critique… Le spectacle promet d’être l’événement lyrique de ce printemps 2016. Et c’est à Nantes et nul part ailleurs qu’il se produira en 5 dates incontournables : les 19, 21, 24, 26 et 28 avril 2016. Coup de coeur de CLASSIQUENEWS, donc logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2016.

 

 

 

Réservations, informations sur le site d’Angers Nantes Opéra

 

 

 

Illustration : Maria (bras ouverts et poings serrés) et le Christ sauvage © photo Jeff Rabillon Angers Nantes Opéra 2015

 

 

 

MARIA REPUBLICA de François Paris, création lyrique à Nantes et à Angers

Agustín-Gomez-Arcos-582-MARIA-REPUBLICANANTES. Maria Republica, création. 19-28 avril 2016. Création attendue, prometteuse portée par Angers Nantes Opéra en 5 soirées événements. Tragédie contemporaine inspirée par la barbarie du Franquisme, celle relatée par l’Espagnol Agustín Gómez-Arcos (né Andalou en 1933), dès les années 1960, l’opéra en création, Maria Republica, dresse fièrement l’étendard de ses valeurs, d’autant plus actuelles et marquantes que l’actualité la plus récente à Paris, a démontré les vertus fondamentales de la République pour affirmer la volonté du vivre ensemble, contre la haine du vivre contre les autres. Liberté contre terreur. Fraternité, égalité, … contre haine et barbarie. La verve cynique, lyrique, nourrie de saine espérance et de dépression décisive de l’écrivain ibérique imagine la transformation d’une prostituée condamnée et maudite en rebelle Carmen, figure rouge de la résistance magnifique (tout est perdu mais tout est possible) ; entre les murs du couvent où elle doit se repentir, Maria Republica se relève meurtrie, accablée mais plus forte que jamais. La souffrance et l’obstination qui a percé, l’a régénérée. Le texte de 1966, âpre et mordant, enivré et tendre aussi, inspire au compositeur François Paris, un nouvel opéra, nouvel écrin pour contenir et projeter la violence d’un drame édifiant, fraternel, bouleversant.


PARIS francois opera maria republica angers nantes opera avril 2016 2048x1536-fit_laquomanca-ouvre-nouveaux-horizons-musiquesraquoLA RESISTANCE PLUS FORTE QUE LA HAINE. La vie d’Agustín Gómez-Arcos (décédé en 1998) est à elle seule un roman, semée d’épreuves comme de défis. Né en 1933 à Enix (Andalousie), l’enfant d’une fratrie de 9, connaît privation, brimades, tyrannie quand Franco s’empare du pouvoir en 1939. Le fascisme muselle les libertés, torture toute forme de résistance. Inquiété à cause de son homosexualité, l’écrivain rejoint Barcelone, puis l’Angleterre enfin la France à partir de 1966 ; catharsie libératoire, activité de reconstruction comme de résistance aussi, l’écriture prend une importance vitale. Textes, romans et pièces de théâtre précisent une sensibilité ardente qui a lutté contre la dictature, s’est exilée, a choisi une nouvelle langue pour exprimer et diffuser sa propre voix militante et engagée (L’Agneau carnivore, écrit en français, publié en 1975), dénonçant la passivité silencieuse, la lâcheté collective, l’échec de la vie et de la société quand s’affirment l’absence de solidarité, de résistance fraternelle. Après L’Agneau carnivore, Maria Republica paru en 1983, prolonge les figures féminines du refus après Ana Non (1977). Suivront Mère Justice, en 1992, La Femme d’emprunt, en 1993, L’Ange de chair, en 1995… Une grande écriture pour souhaitons-le, un grand opéra.
Grâce à la direction affûtée de Jean-Paul Davois, Angers Nantes Opéra  poursuit sa quête de sens, une exigence rare dans l’espace lyrique en France. Exigence qui honore la direction de l’actuelle maison d’opéra entre Angers et Nantes : encore marquée par les attentats de Paris, notre société a besoin de s’interroger en profondeur sur elle-même : l’opéra, porteur d’une culture critique et engagée, doit certes divertir tout en posant les bonnes questions : une humanité fraternelle est-elle encore possible ?

 

 

 

Maria Republica de François Paris
d’après Agustín Gómez-Arcos
Création, première mondiale
Daniel Kawka, direction musicale
Gilles Rico, mise en scène

NANTES Théâtre GraslinANO-maria-republica-classiquenews-home-582-390-annonce-opera-creation-angers-nantes-opera
5 représentations
mardi 19, jeudi 21, dimanche 24, mardi 26, jeudi 28 avril 2016
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

Opéra pour 7 chanteurs, 15 instrumentistes et ensemble électronique
Livret de Jean-Claude Fall, d’après le roman Maria Republica de Agustín Gómez-Arcos.
Créé au Théâtre Graslin de Nantes, le mardi 19 avril 2016.

avec
Sophia Burgos, Maria Republica
Noa Frenkel, La révérende Mère

Solistes XXI
Direction : Rachid Safir
Marie Albert, Céline Boucard, Benoît-Joseph Meier,
Els Janssens-Vanmunster,
Raphaële Kennedy

Ensemble orchestral contemporain
Direction : Daniel Kawka

CIRM, centre national de création musicale
Direction:  François Paris

Production Angers Nantes Opéra
[Opéra en français avec surtitres]

 

 

 

MARIA-REPUBLICA-creation-nantes-angers-nantes-opera-classiquenews-presentation-coup-de-coeur-clic-de-classiquenews

 

 

 

Création à Nantes : Maria Republica

Agustín-Gomez-Arcos-582-MARIA-REPUBLICANANTES. Maria Republica, création. 19-28 avril 2016. Création attendue, prometteuse portée par Angers Nantes Opéra. Tragédie contemporaine inspirée par la barbarie du Franquisme, celle relatée par l’Espagnol Agustín Gómez-Arcos (né Andalou en 1933), dès les années 1960, l’opéra en création, Maria Republica, dresse fièrement l’étendard de ses valeurs, d’autant plus actuelles et marquantes que l’actualité la plus récente à Paris, a démontré les vertus fondamentales de la République pour affirmer la volonté du vivre ensemble, contre la haine du vivre contre les autres. Liberté contre terreur. Fraternité, égalité, … contre haine et barbarie. La verve cynique, lyrique, nourrie de saine espérance et de dépression décisive de l’écrivain ibérique imagine la transformation d’une prostituée condamnée et maudite en rebelle Carmen, figure rouge de la résistance magnifique (tout est perdu mais tout est possible) ; entre les murs du couvent où elle doit se repentir, Maria Republica se relève meurtrie, accablée mais plus forte que jamais. La souffrance et l’obstination qui a percé, l’a régénérée. Le texte de 1966, âpre et mordant, enivré et tendre aussi, inspire au compositeur François Paris, un nouvel opéra, nouvel écrin pour contenir et projeter la violence d’un drame édifiant, fraternel, bouleversant.

ANO-maria-republica-classiquenews-home-582-390-annonce-opera-creation-angers-nantes-operaLA RESISTANCE PLUS FORTE QUE LA HAINE. La vie d’Agustín Gómez-Arcos (décédé en 1998) est à elle seule un roman, semée d’épreuves comme de défis. Né en 1933 à Enix (Andalousie), l’enfant d’une fratrie de 9, connaît privation, brimades, tyrannie quand Franco s’empare du pouvoir en 1939. Le fascisme muselle les libertés, torture toute forme de résistance. Inquiété à cause de son homosexualité, l’écrivain rejoint Barcelone, puis l’Angleterre enfin la France à partir de 1966 ; catharsie libératoire, activité de reconstruction comme de résistance aussi, l’écriture prend une importance vitale. Textes, romans et pièces de théâtre précisent une sensibilité ardente qui a lutté contre la dictature, s’est exilée, a choisi une nouvelle langue pour exprimer et diffuser sa propre voix militante et engagée (L’Agneau carnivore, écrit en français, publié en 1975), dénonçant la passivité silencieuse, la lâcheté collective, l’échec de la vie et de la société quand s’affirment l’absence de solidarité, de résistance fraternelle. Après L’Agneau carnivore, Maria Republica paru en 1983, prolonge les figures féminines du refus après Ana Non (1977). Suivront Mère Justice, en 1992, La Femme d’emprunt, en 1993, L’Ange de chair, en 1995… Une grande écriture pour souhaitons-le, un grand opéra.
Grâce à la direction affûtée de Jean-Paul Davois, Angers Nantes Opéra  poursuit sa quête de sens, une exigence rare dans l’espace lyrique en France. Exigence qui honore la direction de l’actuelle maison d’opéra entre Angers et Nantes : encore marquée par les attentats de Paris, notre société a besoin de s’interroger en profondeur sur elle-même : l’opéra, porteur d’une culture critique et engagée, doit certes divertir tout en posant les bonnes questions : une humanité fraternelle est-elle encore possible ?

 

 

 

Maria Republica de François Paris
d’après Agustín Gómez-Arcos
Création, première mondiale
Daniel Kawka, direction musicale
Gilles Rico, mise en scène

NANTES Théâtre Graslin
5 représentations
mardi 19, jeudi 21, dimanche 24, mardi 26, jeudi 28 avril 2016
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

Opéra pour 7 chanteurs, 15 instrumentistes et ensemble électronique
Livret de Jean-Claude Fall, d’après le roman Maria Republica de Agustín Gómez-Arcos.
Créé au Théâtre Graslin de Nantes, le mardi 19 avril 2016.

avec
Sophia Burgos, Maria Republica
Noa Frenkel, La révérende Mère

Solistes XXI
Direction : Rachid Safir
Marie Albert, Céline Boucard, Benoît-Joseph Meier,
Els Janssens-Vanmunster,
Raphaële Kennedy

Ensemble orchestral contemporain
Direction : Daniel Kawka

CIRM, centre national de création musicale
Direction:  François Paris

Production Angers Nantes Opéra
[Opéra en français avec surtitres]

 

 

 

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Création lyrique : MARIA REPUBLICA à Nantes

Nantes. Maria Republica, création. 19-28 avril 2016. Création attendue, prometteuse portée par Angers Nantes Opéra. Tragédie contemporaine inspirée par la barbarie du Franquisme, celle relatée par l’Espagnol Agustín Gómez-Arcos (né Andalou en 1933), dès les années 1960, l’opéra en création, Maria Republica, dresse fièrement l’étendard de ses valeurs, d’autant plus actuelles et marquantes que l’actualité la plus récente à Paris, a démontré les vertus fondamentales de la République pour affirmer la volonté du vivre ensemble, contre la haine du vivre contre les autres. Liberté contre terreur. La verve cynique, lyrique, nourrie de saine espérance et de dépression décisive de l’écrivain ibérique imagine la transformation d’une prostituée condamnée et maudite en rebelle Carmen, figure rouge de la résistance magnifique (tout est perdu mais tout est possible) ; entre les murs du couvent où elle doit se repentir, Maria Republica se relève meurtrie, accablée mais plus forte que jamais. La souffrance et l’obstination qui a percé, l’a régénérée. Le texte de 1966, âpre et mordant, enivré et tendre aussi, inspire au compositeur François Paris, un nouvel opéra, nouvel écrin pour contenir et projeter la violence d’un drame édifiant, fraternel, bouleversant.

ANO-maria-republica-classiquenews-home-582-390-annonce-opera-creation-angers-nantes-operaLA RESISTANCE PLUS FORTE QUE LA HAINE. La vie d’Agustín Gómez-Arcos (décédé en 1998) est à elle seule un roman, semée d’épreuves comme de défis. Né en 1933 à Enix (Andalousie), l’enfant d’une fratrie de 9, connaît privation, brimades, tyrannie quand Franco s’empare du pouvoir en 1939. Le fascisme muselle les libertés, torture toute forme de résistance. Inquiété à cause de son homosexualité, l’écrivain rejoint Barcelone, puis l’Angleterre enfin la France à partir de 1966 ; catharsie libératoire, activité de reconstruction comme de résistance aussi, l’écriture prend une importance vitale. Textes, romans et pièces de théâtre précisent une sensibilité ardente qui a lutté contre la dictature, s’est exilée, a choisi une nouvelle langue pour exprimer et diffuser sa propre voix militante et engagée (L’Agneau carnivore, écrit en français, publié en 1975), dénonçant la passivité silencieuse, la lâcheté collective, l’échec de la vie et de la société quand s’affirment l’absence de solidarité, de résistance fraternelle. Après L’Agneau carnivore, Maria Republica paru en 1983, prolonge les figures féminines du refus après Ana Non (1977). Suivront Mère Justice, en 1992, La Femme d’emprunt, en 1993, L’Ange de chair, en 1995… Une grande écriture pour souhaitons-le, un grand opéra.
Grâce à la direction affûtée de Jean-Paul Davois, Angers Nantes Opéra  poursuit sa quête de sens, une exigence rare dans l’espace lyrique en France. Exigence qui honore la direction de l’actuelle maison d’opéra entre Angers et Nantes : encore marquée par les attentats de Paris, notre société a besoin de s’interroger en profondeur sur elle-même : l’opéra, porteur d’une culture critique et engagée, doit certes divertir tout en posant les bonnes questions : une humanité fraternelle est-elle encore possible ?

 

 

 

Maria Republica de François Paris
d’après Agustín Gómez-Arcos
Création, première mondiale
Daniel Kawka, direction musicale
Gilles Rico, mise en scène

NANTES Théâtre Graslin
5 représentations
mardi 19, jeudi 21, dimanche 24, mardi 26, jeudi 28 avril 2016
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

Opéra pour 7 chanteurs, 15 instrumentistes et ensemble électronique
Livret de Jean-Claude Fall, d’après le roman Maria Republica de Agustín Gómez-Arcos.
Créé au Théâtre Graslin de Nantes, le mardi 19 avril 2016.

avec
Sophia Burgos, Maria Republica
Noa Frenkel, La révérende Mère

Solistes XXI
Direction : Rachid Safir
Marie Albert, Céline Boucard, Benoît-Joseph Meier,
Els Janssens-Vanmunster,
Raphaële Kennedy

Ensemble orchestral contemporain
Direction : Daniel Kawka

CIRM, centre national de création musicale
Direction:  François Paris

Production Angers Nantes Opéra
[Opéra en français avec surtitres]

 

 

 

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Nouveau Don Giovanni à Nantes et à Angers

Mozart : Les Noces de Figaro. L'opéra des femmes ?Angers Nantes Opéra. Don Giovanni : 4-12 mars 2016. Nouvelle production attendue à Nantes puis à Angers. Un Don Giovanni comme condamné, acculé à expirer, exprime en une course dernière et enivrée, ses dernières forces vitales, résolument tournées sur le désir et la séduction manipulatrice, dominatrice, dévorante. C’est donc un “ténébreux” séducteur, conscient de la mort et du néant, un cynique malgré lui qui au crépuscule d’une existence creuse et déjà angoissée qui surgit sur les planches ; en somme un héros déjà romantique. Chaque tableau met en scène comme une série répétitives, la mise à mort de ses victimes, chacune selon sa propre sensibilité : “Il est trop tard pour le fidèle et droit Leporello, trop tard pour la vengeresse Donna Anna, l’aimante Elvire, la naïve Zerline, Don Juan n’est déjà plus de ce monde. Décadent par lassitude de vivre, moquant les amants trompés, esquivant les coups, il a perdu sa noblesse à la roulette du désespoir, défie encore l’ici et l’au-delà. Et croque la mort à belles dents,” comme le précise la présentation de la nouvelle production sur le site d’Angers Nantes Opéra.

 

 

Nouveau Don Giovanni électrique esthétique

 

 

Agent d’une nouvelle clairvoyance, Don Giovanni transmet à ses victimes la conscience de la mort…

Don Giovanni, opéra de l’effroi

Voilà donc le portrait d’un jouisseur qui ne croyant plus en rien, s’amuse à détruire et à manipuler, se délectant de l’effroi spécifique qu’il fait naître dans l’esprit de chacune de ses victimes trop conciliantes, ou trop naïves. Qui est vraiment Don Giovanni ? Un ami noir qui nous ouvre les yeux, décille notre âme sur son propre aveuglement ? La fin a-t-elle réellement le sens d’une rédemption ?  L’agent de la clairvoyance est certes châtié car son message était trop violent et trop brutal même s’il était juste et vrai… L’insolence et la liberté de Don Giovanni sont le dernier cri de l’homme rebelle à sa propre fin.

FUSSLI hamlet DOn Giovanni 1793
Le dramma giocoso de Mozart et de Da Ponte
, son librettiste enchanté/enchanteur, – créé à Prague avec un phénoménal succès en 1787-,  joue sur l’ambivalence des genres mêlés : sérieux et tragique (le couple Donna Anna et Ottavio), le naif et léger, un rien comique (Leporello, Masetto et Zerlina) ; plus attachante reste l’amoureuse loyale, aimante, généreuse et miséricordieuse pour l’infâme bourreau qui la fait souffrir (Elvira)… Comme à chaque fois, Mozart perce le cœur de chacun des protagonistes, héros solitaire de sa propre destinée qui dans l’opéra, se révèle, sans vraiment trouver d’apaisement ni de résolution. Car au final, après la chute du héros dans les enfers, chacun se retrouve face à lui-même, confronté à son effrayante impuissance… Pourtant la fin de Don Giovanni est à la mesure de son geste existentiel : radicale, exacerbée, jusqu’auboutiste. Face à son destin, le convive de pierre / la statue du commandeur, le héros tend une main sûre et solide, tout en sachant qu’il en sera pétrifié / condamné, foudroyé. Comme pour tous les chefs d’oeuvre, Don Giovanni nous renvoie le miroir de notre illusion perpétuelle. Après Tirso de Molina et son Abuseur de Séville et l’Invité de pierre (1630), après Molière (février 1665), la partition mozartienne s’inspire ouvertement de l’opéra de Giuseppe Gazzaniga de 1786 (et du livret mixte, poétiquement déjà trouble de Giovanni Bertali) comme du délire fantasque d’un Goldoni. Alors qui croire ? La grave et sincère Elvira ? Le bouffon Leporello, double réaliste du séducteur, et son complice en tout, au point de revêtir l’identité de son maître pour mieux tromper et séduire ? La vérité est cachée dans la musique classique et romantique, tragique et légère d’un Mozart décidément universel, intemporel.
La nouvelle production présentée à Nantes du 4 au 12 mars 2016 créée l’événement, - première réalisation mozartienne pour le duo Caurier et Leiser à Angers et à Nantes (à l’initiative de Jean-Paul Davois, directeur du Théâtre),  est jouée à l’Opéra Graslin. Toute programmation lyrique se doit un jour ou l’autre d’aborder la question fondamentale posée par Don Giovanni, Mozart et Da Ponte… mais aussi insidieusement par l’aventurier séducteur Casanova – modèle du XVIIIème pour notre héros-, car il a effectivement participé à l’élaboration de l’opéra pour sa création praguoise…  Nouvelle production attendue, donc incontournable. Reprise ensuite les 4, 6 et 8 mai 2016 à Angers (Grand Théâtre).

 

 

 

 

Don Giovanni de Mozart à Nantes et à Angers
Livret de Lorenzo da Ponte.
Créé au Théâtre des États de Prague, le 29 octobre 1787.

NANTES THÉÂTRE GRASLIN
vendredi 4, dimanche 6, mardi 8, jeudi 10, samedi 12 mars 2016

ANGERS GRAND THÉÂTRE
mercredi 4, vendredi 6, dimanche 8 mai 201
en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

DIRECTION MUSICALE : MARK SHANAHAN
MISE EN SCÈNE : PATRICE CAURIER ET MOSHE LEISER
DÉCOR : CHRISTIAN FENOUILLAT
COSTUMES : AGOSTINO CAVALCA
LUMIÈRE : CHRISTOPHE FOREY

avec
John Chest, Don Giovanni
Andrew Greenan, Le Commandeur
Gabrielle Philiponet, Donna Anna
Philippe Talbot, Don Ottavio
Rinat Shaham, Donna Elvira
Ruben Drole, Leporello
Ross Ramgobin, Masetto
Élodie Kimmel, Zerlina

Chœur d’Angers Nantes Opéra Direction Xavier Ribes 
Orchestre National des Pays de la Loire

 

 

 

Informations, réservations, distribution sur le site d’Angers Nantes Opéra / Don Giovanni de Mozart

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Compte rendu, opéra. Nantes, Théâtre Graslin, le 11 décembre 2015. Humperdinck : Hansel et Gretel. Jeannette Fischer, Marie Lenormand, Norma Nahoum, Dima Bawab… Emmanuelle Bastet, mise en scène. Thomas Rösner, direction.

Compte rendu, opéra. Nantes, Théâtre Graslin, le 11 décembre 2015. Humperdinck : Hansel et Gretel.  Dans l’affaire du russe Dimtri Tcherniakov au sujet de sa lecture  trop libre de Dialogues des Carmélites, le juge a tranché (en l’occurrence la Cour d’Appel de Paris): un metteur en scène trop décalé, dénaturant le sens d’un opéra, en réécrivant par exemple la fin d’une partition a contrario des intentions originelles du compositeur,  peut donc être condamné et l’enregistrement de son “forfait”, interdit à la vente. Effet de la malscène que certains ont fustigé depuis des décennies, fatigue des connaisseurs irrités, plutôt audace et ténacité des ayant droits portés par un combat légitime… c’est bien la première fois qu’une décision de justice s’attaque au dispositif d’une mise en scène contestable.

 

 

 

 Savoureuse et spirituelle féerie

 

 

Unknown-2Rien de tel avec Emmanuelle Bastet qui formée à l’école de Robert Carsen, ne cesse de nous dire combien elle aime les partitions abordées, combien elle les respecte. Mieux, la metteure en scène, familière d’Angers Nantes Opéra, avec un sens de l’image et cet oeil esthétique qui dépoussière les œuvres, sait construire un drame dans sa cohérence et sa profondeur émotionnelle. Comme on avait pu en apprécier la grande justesse poétique dans sa version d’Orphée et Eurydice de Gluck (tableau des âmes heureuses), Emmanuelle Bastet traite du thème de l’enfance, du courage et de l’innocence, avec une inspiration délirante aussi, au comique irrésistible, en particulier dans le tableau de la rencontre entre la sorcière Grignotte et les jeunes héros, Hansel et Gretel. En Reine mère so brittish et toute de rose vêtue (tasse de thé en mains), puis en blonde fatale, meneuse de revue, avec une référence à Cruella d’enfer des 101 dalmatiens de Disney, la sorcière est totalement revisitée, bénéficiant de la performance toute en finesse de l’excellente JeannetteFischer.

 

 

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Pourtant gênée par sa robe (traîne et coupe impossible), la soprano piquante et pétillante, insidieuse et déjantée fait une magicienne totalement hallucinée, vamp astucieuse au tempérament irrésistible. C’est évidement le pilier de la production. A ses côtés, les deux jeunes chanteuses, aux poses et style d’ados contemporains et parfaitement investies dans les rôles d’Hansel et de Gretel (Marie Lenormand et Norma Nahoum), ajoutent à la forte attraction de l’action. La première apparition de Dima Bawab (en marchand de sable) enchante ; fruit d’une vision mûre sur l’architecture du drame lyrique, le dernier tableau où les enfants se perdent dans la forêt, représente un immense pommier stylisé où comme une quête du Graal enfin réalisée, les affamés peuvent se rassasier : toute la recherche de la nourriture, depuis l’injonction de la mère au tout début de l’opéra, puis le départ précipité des héros pour la satisfaire, y gagne une grandeur et une profondeur poétique absolument justes : l’ouvrage de Humperdinck n’est pas qu’un divertissement pour jeune public, c’est surtout un conte féerique et philosophique (une manière de Flûte Enchantée) où évidemment l’orchestre à sa part – majeure.

Dans la fosse, comme il l’avait fait lors de la somptueuse production de La Ville Morte de Korngold, le jeune chef Thomas Rösner (habituel complice d’Emmanuelle Bastet ici aussi pour Lucio Silla de Mozart) prend la partition flamboyante, instrumentalement très ambitieuse dès l’ouverture et ses cuivres introductifs d’une puissante noblesse, à bras le corps. Généreux, un peu tendu en début de représentation, puis souple et réellement spirituel dans la séquence du pommier nourricier, puis du sommeil des enfants, le chef restitue l’ambition wagnérienne d’une partition souvent envoûtante (et qui fut immédiatement saluée par Richard Strauss entre autres…).

 

 

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Hansel et Gretel, l'opéra féerique d'HumperdinkLa présence des animaux familiers (et complices des deux jeunes protagonistes) ; le changement à vue des décors (immenses lampadaires de ville mobiles sur le plateau) ; le jeu des jeunes choristes de la Maîtrise de la Perverie, encore gauches certes dans certains gestes pour le chœur final, mais marquants quand ils sont enfin libérés ; l’exceptionnelle subtilité de la sorcière grâce à Jeannette Fischer font les délices de cette nouvelle production présentée pour les fêtes par Angers Nantes Opéra. A voir au Théâtre Graslin de Nantes jusqu’au 18 décembre 2015, puis au Quai à Angers, les 5 et 6 janvier 2016. Charme et rires garantis.

 

 

LIRE aussi notre dossier Hansel et Gretel d’Humperdink

France Musique diffuse l’opéra Hansel et Gretel à l’Opéra de Nantes le samedi 26 décembre 2015, 19h.

 

 

Illustrations : Hansel et Gretel d’Humperdinck par Emmanuelle Bastet pour Angers Nantes Opéra © Jef Rabillon 2015
 

Les Chevaliers de la Table ronde d’Hervé à NANTES

herve opera chevaliers table ronde critique annonce review classiquenews 1 20151122-chevaliers-4NANTES, Graslin. Hervé: Les Chevaliers de la table ronde : les 9, 10, 12, 13, 14 janvier 2016. Création lyrique de novembre. La Table ronde d’Hervé réunit une galerie de portraits déjantés qui égratigne le profil des vertueux soldats du Graal… Pour faire rire, Hervé en vrai rival d’Offenbach n’hésite pas à parodier, détourner, mais avec finesse et subtilité. Les Chevaliers de la Table ronde, créé en 1866, est le premier volet des opérettes / opéra bouffes d’Hervé ; suivront L’Œil crevé, Chilpéric et Le Petit Faust. L’ouvrage prend prétexte des aventures arturiennes, de Lancelot ou Merlin pour déployer tout un nouvel imaginaire fortement inspiré par le fantastique et l’esprit de féérie dans le style médiéval. Hervé inaugure un comique délirant et potache, surréaliste et féerique dont la veine poétique annonce « Sacré Graal » des Monty Python.

Hervé : le vrai rival d’Offenbach

herve chevaliers table ronde opera herve critique review annonceEn vrai rival d’Offenbach dont Hervé connaît bien les ficelles pour en avoir chanter les rôles, l’ouvrage ainsi révélé, souligne la force et la cohérence d’une écriture dramatique souvent irrésistible : les nombreux personnages secondaires (dont les quatre chevaliers « ridicules ») impose sur la scène un spectacle ambitieux, capable de rivaliser avec les productions de l’Opéra-Comique contemporaines. Hervé s’y montre maître des quatre registres familiers à l’Opéra-Comique : la parodie (des genres sérieux, de la musique étrangère), la vitalité rythmique, une virtuosité décalée, une grande richesse mélodique immédiatement.

Dans la suite du style troubadour, depuis le Second moire qui s’intéresse aux citations historicistes dont le néogothique (souvent assimilé au registre sacré ou mystique), le Moyen Age est une forte source de fascination et de créativité musicale : chez Hervé, aux côtés des chevaliers souvent potaches ou parodiés (Rodomont, Roland et même le « sage » Merlin y sont fragilisés, et bien peu responsables), se distingue à l’inverse, l’intelligence des femmes : Mélusine, Totoche, Angélique qui chacune à sa manière, incarne les caractères de l’expressivité féminine: l’amour, la jalousie, la cupidité, la sensualité. La production est la première mise en scène du machinsite et décorateur d’Olivier Py, Pierre-André Weitz.

En génie de l'opérette romantique : Hervé ressuscite

 

 

 

 

 

boutonreservationLes Chevaliers de la table ronde d’Hervé à Nantes
Théâtre Graslin, les 9, 10, 12, 13, 14 janvier 2015

Opéra-bouffe en 3 actes créé en 1866
Paroles de Henri Chivot & Alfred Duru
Musique de Florimond Ronger dit Hervé (1825-1892)
Version pour treize chanteurs et douze instrumentistes

 Production événement reprise à Angers, Grand Théâtre : les 16, 17, 19 janvier 2016

 

et dans de nombreuses salles en France, à l’occasion d’une tournée événement : 35 dates en France, Belgique et Italie, jusqu’en mars 2016.

Direction musicale : Christophe Grapperon
Mise en scène : Pierre-André Weitz
Assisté de Victoria Duhamel

 

Avec Damien Bigourdan (le Duc Rodomont), Antoine Philippot (Sacripant), Arnaud Marzorati (Merlin), Manuel Nuñez Camelino (le jeune ménestrel Médor), Ingrid Perruche (la duchesse Totoche), Lara Neumann (Angélique), Chantal Santon-Jeffery (la magicienne Mélusine), Clémentine Bourgoin (Fleur de neige), Rémy Mathieu (Roland), David Ghilardi (Amadis),Théophile Alexandre (Lancelot), Jérémie Delvert (Renaud), Pierre Lebon (le Danois Ogier)…

Compagnie LES BRIGANDS
(avec les musiciens de l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine du 22 au 27 novembre)

 

LIRE aussi 

herve par lui meme actes sud livres critique classiquenews operette offenbach herve ISBN 978 2 330 05650 6Livres, compte rendu critique. Hervé par lui-même. Par Pascal Blanchet (Editions Actes Sud). La riche correspondance d’Hervé aux directeurs de théâtre : Emile Perrin l’inflexible directeur de l’Opéra-comique ; Eugène Bertrand, directeur des Variétés ; ses propres écrits aussi préface (pour Chilpéric), textes divers, mais aussi les minutes du son procès de 1856 (détournement de mineur, un jeune serveur qu’il invita chez lui…) mais aussi livrets, articles (fantasques comme celui sur le trombone), … racontent ici l’épopée du Compositeur toqué, vrai inventeur de l’opérette (au milieu des années 1850), interprète et rival de Jacques Offenbach. Louis-Auguste-Florimond Ronger, dit Hervé (1825- 1892), montre un courage et une ténacité hors normes, la certitude de pouvoir apporter concrètement des éléments importants dans l’histoire de l’opéra : son ambition, créer un ouvrage sur la scène de l’Opéra Comique… LIRE la critique complète Hervé par lui-même (Actes Sud)

 

 

Hansel et Gretel à Nantes et à Angers

Hansel et Gretel, l'opéra féerique d'Humperdink NANTES, ANGERS. Jusqu’au 6 janvier 2015, Hansel et Gretel. L’opéra des fêtes. A vivre en famille.C’est la nouvelle production événement de cette fin d’année, présentée par Angers Nantes Opéra où devrait se confirmer la talent pour la clarté dramatique, d’une metteur en scène particulièrement inspirée : Emmanuelle Bastet. C’est une partenaire conviée par Angers Nantes Opéra et qui a signé auparavant, Lucio Silla (esthétique, d’une efficacité tranchée), un sublime Orphée et Eurydice, entre réalisme et onirisme, La Traviata, et plus récemment Pelléas et Mélisande (transposé avec un sens cinématographique très léché, dans une réalisation qui pourrait être un film d’Hitchcok). Qu’en sera-t-il pour Hansel et Gretel, conte féerique qui ne s’adresse pas qu’aux enfants : la musique y est aussi raffinée et pensée que les œuvres de Wagner (le modèle d’Humperdink) ou Richard Strauss (qui fut immédiatement fasciné par la musique d’Hansel et Gretel). La nouvelle production présentée par Angers Nantes Opéra s’annonce comme l’événement lyrique de cette fin d’année 2015.

Une voix et non des moindres sut dès 1893 reconnaître l’incroyable talent du jeune wagnérien et mesurer dans ses justes proportions, sa fabuleuse originalité, Richard Strauss : « Quel humour rafraîchissant, quelle exquise naïveté mélodique, quel art et quelle finesse dans le traitement de l’orchestre, quelle perfection dans la construction de l’ensemble, quelle invention florissante, quelle merveilleuse polyphonie, et le tout original ; nouveau et si véritablement allemand. »

L’on ne saurait être plus pertinent et élogieux : si la valeur des grands chefs d’oeuvre se mesure à leur reconnaissance immédiate et surtout populaire, Humperdink par sa fraîcheur musicale renoue avec le Mozart de La Flûte enchantée, féerique et pourtant philosophique, s’adressant autant aux enfants qu’à leurs parents. Une qualité que comporte en tout points le génial Humperdink et son inusable, Hansel et Gretel.

 

Hansel et Gretel d’Humperdink, 1893
Présenté par Angers Nantes Opéra
Conte musical en 3 tableaux
Nouvelle production
7 dates événements,
Du 11 décembre 2015 au 5 janvier 2016

Livret de Adelheid Wette, d’après Hänsel und Gretel, conte populaire recueilli par les frères Grimm dans le premier volume des Contes de l’enfance et du foyer [Kinder-und Hausmärchen].
Créé au Théâtre Grand-Ducal de la cour de Weimar, le 23 décembre 1893.

boutonreservationNANTES, Théâtre Graslin
Vendredi 11 décembre, 20h
Dimanche 13 décembre, 14h30
Mardi 15 décembre, 20h
Jeudi 17 décembre, 20h
Vendredi 18 décembre 2015, 20h

ANGERS, Le Quai
Mardi 5 janvier 2016, 20h
Mercredi 6 janvier 2016, 20h

réservez vos places

THOMAS RÖSNER, direction
EMMANUELLE BASTET, mise en scène

Vincent Le Texier, Pierre
Eva Vogel, Gertrude
Marie Lenormand
Norma Nahoun
Jeannette Fischer
Dima Bawab, Le Marchand de sable

Maîtrise de la Perverie
Gilles Gérard, direction

Chœur d’Angers Nantes Opéra
Xavier Ribes, direction
Orchestre National des Pays de la Loire

Nouvelle production Angers Nantes Opéra
[Opéra en allemand avec surtitres français

Angers Nantes Opéra : nouvel HANSEL et GRETEL

Hansel et Gretel, l'opéra féerique d'HumperdinkCE SOIR, première. Angers Nantes Opéra. Humperdink : Hansel et Gretel, 11 déc 2015>6 janvier 2015. C’est la nouvelle production événement de cette fin d’année, présentée par Angers Nantes Opéra où devrait se confirmer la talent pour la clarté dramatique, d’une metteur en scène particulièrement inspirée : Emmanuelle Bastet. C’est une partenaire conviée par Angers Nantes Opéra et qui a signé auparavant, Lucio Silla (esthétique, d’une efficacité tranchée), un sublime Orphée et Eurydice, entre réalisme et onirisme, La Traviata, et plus récemment Pelléas et Mélisande (transposé avec un sens cinématographique très léché, dans une réalisation qui pourrait être un film d’Hitchcok). Qu’en sera-t-il pour Hansel et Gretel, conte féerique qui ne s’adresse pas qu’aux enfants : la musique y est aussi raffinée et pensée que les œuvres de Wagner (le modèle d’Humperdink) ou Richard Strauss (qui fut immédiatement fasciné par la musique d’Hansel et Gretel). La nouvelle production présentée par Angers Nantes Opéra s’annonce comme l’événement lyrique de cette fin d’année 2015.

Un conte pour enfants
devenu opéra post wagnérien, féerique et onirique

 

La misère produit dans l’esprit des âmes enfantines, innocentes des prodiges d’imagination pour conjurer la morsure de la faim ou l’enfer des nuits glaciales : ainsi le frère et la soeur Hansel et Gretel échafaudent en un délire onirique et grotesque un conte de sucrerie et de chocolat où se joue leur rapport au monde et leur relation à l’autorité, incarnés ici dans la personne de la vorace et terrifiante Sorcière Grignote.

Otkrytoe Pismo  Hamperdink Postcard-1910Plutôt que de plonger dans l’adaptation un rien trop terrifiante des frères Grimm, Humperdink préfère intégrer la vision d’Adelheid Wette, sa sœur dont la sensibilité apporte une douceur tendre qui manquait à la légende originelle. L’opéra qui en découle par sa musique alliant puissance et raffinement porte la connaissance aiguë et plutôt très admirative de Richard Wagner, d’autant que Humperdink ne fait pas que renouveler le dramatisme symphonique et hypnotique de Wagner : il sait le renouveler ; il a travaillé avec le maître de Bayreuth participant à la création de Parsifal en 1882 à 26 ans seulement (peut-on se remettre d’une telle expérience ?). A la mort de son mentor et maître, le 14 février 1883, Humperdink reste inconsolable. L’histoire allait montrer que Humperdink pouvait assimiler, transposer, renouveler l’art wagnérien au théâtre : immense défi éprouvé par les plus grands compositeurs germaniques et français… dont peu surent en effet réaliser ce projet.

En 1890 quand se précise l’idée d’Hansel et Gretel, Humperdink doit se réconcilier avec un milieu hostile à ses prises de position wagnériennes: sa soeur Adelheid lui propose de mettre en musique un conte pour les enfants qu’elle a elle même écrit, pour l’anniversaire de son mari. D’un pari familial à peine pris au sérieux, l’opéra à naître prend peu à peu forme, devenant même pour le jeune compositeur nostalgique de Wagner, voire dépressif, une sorte de baume salvateur.
Passéiste : oh que non ! La partition s’impose immédiatement sur les scènes d’abord allemandes, devenant  l’opéra des fêtes par excellence : apportant à son auteur un pactole enviable à une époque où composer un opéra pouvait encore faire recettes :  soit deux millions de marks-or, rien qu’entre 1900 et 1910 pour son auteur.

Une voix et non des moindres sut dès 1893 reconnaître l’incroyable talent du jeune wagnérien et mesurer dans ses justes proportions, sa fabuleuse originalité, Richard Strauss :  « Quel humour rafraîchissant, quelle exquise naïveté mélodique, quel art et quelle finesse dans le traitement de l’orchestre, quelle perfection dans la construction de l’ensemble, quelle invention florissante, quelle merveilleuse polyphonie, et le tout original ; nouveau et si véritablement allemand. »

L’on ne saurait être plus pertinent et élogieux : si la valeur des grands chefs d’oeuvre se mesure à leur reconnaissance immédiate et surtout populaire, Humperdink par sa fraîcheur musicale renoue avec le Mozart de La Flûte enchantée, féerique et pourtant philosophique, s’adressant autant aux enfants qu’à leurs parents. Une qualité que comporte en tout points le génial Humperdink et son inusable, Hansel et Gretel.

 

Hansel  et Gretel d’Humperdink, 1893
Présenté par Angers Nantes Opéra
Conte musical en 3 tableaux
Nouvelle production
7 dates événements,
Du 11 décembre 2015 au 5 janvier 2016

Livret de Adelheid Wette, d’après Hänsel und Gretel, conte populaire recueilli par les frères Grimm dans le premier volume des Contes de l’enfance et du foyer [Kinder-und Hausmärchen].
Créé au Théâtre Grand-Ducal de la cour de Weimar, le 23 décembre 1893.

boutonreservationNANTES, Théâtre Graslin
Vendredi 11 décembre, 20h
Dimanche 13 décembre, 14h30
Mardi 15 décembre, 20h
Jeudi 17 décembre, 20h
Vendredi 18 décembre 2015, 20h

ANGERS, Le Quai
Mardi 5 janvier 2016, 20h
Mercredi 6 janvier 2016, 20h

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THOMAS RÖSNER, direction
EMMANUELLE BASTET, mise en scène

Vincent Le Texier, Pierre
Eva Vogel, Gertrude
Marie Lenormand
Norma Nahoun
Jeannette Fischer
Dima Bawab, Le Marchand de sable

Maîtrise de la Perverie
Gilles Gérard, direction

Chœur d’Angers Nantes Opéra
Xavier Ribes, direction
Orchestre National des Pays de la Loire

Nouvelle production Angers Nantes Opéra
[Opéra en allemand avec surtitres français

Angers Nantes Opéra. Nouvelle production d’Hansel et Gretel

Hansel et Gretel, l'opéra féerique d'HumperdinkAngers Nantes Opéra. Humperdink : Hansel et Gretel, 11 décembre 2015>6 janvier 2015. C’est la nouvelle production événement de cette fin d’année, présentée par Angers Nantes Opéra où devrait se confirmer la talent pour la clarté dramatique, d’une metteur en scène particulièrement inspirée : Emmanuelle Bastet. C’est une partenaire conviée par Angers Nantes Opéra et qui a signé auparavant, Lucio Silla (esthétique, d’une efficacité tranchée), un sublime Orphée et Eurydice, entre réalisme et onirisme, La Traviata, et plus récemment Pelléas et Mélisande (transposé avec un sens cinématographique très léché, dans une réalisation qui pourrait être un film d’Hitchcok). Qu’en sera-t-il pour Hansel et Gretel, conte féerique qui ne s’adresse pas qu’aux enfants : la musique y est aussi raffinée et pensée que les œuvres de Wagner (le modèle d’Humperdink) ou Richard Strauss (qui fut immédiatement fasciné par la musique d’Hansel et Gretel). La nouvelle production présentée par Angers Nantes Opéra s’annonce comme l’événement lyrique de cette fin d’année 2015.

Un conte pour enfants
devenu opéra post wagnérien, féerique et onirique

 

La misère produit dans l’esprit des âmes enfantines, innocentes des prodiges d’imagination pour conjurer la morsure de la faim ou l’enfer des nuits glaciales : ainsi le frère et la soeur Hansel et Gretel échafaudent en un délire onirique et grotesque un conte de sucrerie et de chocolat où se joue leur rapport au monde et leur relation à l’autorité, incarnés ici dans la personne de la vorace et terrifiante Sorcière Grignote.

Otkrytoe Pismo  Hamperdink Postcard-1910Plutôt que de plonger dans l’adaptation un rien trop terrifiante des frères Grimm, Humperdink préfère intégrer la vision d’Adelheid Wette, sa sœur dont la sensibilité apporte une douceur tendre qui manquait à la légende originelle. L’opéra qui en découle par sa musique alliant puissance et raffinement porte la connaissance aiguë et plutôt très admirative de Richard Wagner, d’autant que Humperdink ne fait pas que renouveler le dramatisme symphonique et hypnotique de Wagner : il sait le renouveler ; il a travaillé avec le maître de Bayreuth participant à la création de Parsifal en 1882 à 26 ans seulement (peut-on se remettre d’une telle expérience ?). A la mort de son mentor et maître, le 14 février 1883, Humperdink reste inconsolable. L’histoire allait montrer que Humperdink pouvait assimiler, transposer, renouveler l’art wagnérien au théâtre : immense défi éprouvé par les plus grands compositeurs germaniques et français… dont peu surent en effet réaliser ce projet.

En 1890 quand se précise l’idée d’Hansel et Gretel, Humperdink doit se réconcilier avec un milieu hostile à ses prises de position wagnériennes: sa soeur Adelheid lui propose de mettre en musique un conte pour les enfants qu’elle a elle même écrit, pour l’anniversaire de son mari. D’un pari familial à peine pris au sérieux, l’opéra à naître prend peu à peu forme, devenant même pour le jeune compositeur nostalgique de Wagner, voire dépressif, une sorte de baume salvateur.
Passéiste : oh que non ! La partition s’impose immédiatement sur les scènes d’abord allemandes, devenant  l’opéra des fêtes par excellence : apportant à son auteur un pactole enviable à une époque où composer un opéra pouvait encore faire recettes :  soit deux millions de marks-or, rien qu’entre 1900 et 1910 pour son auteur.

Une voix et non des moindres sut dès 1893 reconnaître l’incroyable talent du jeune wagnérien et mesurer dans ses justes proportions, sa fabuleuse originalité, Richard Strauss :  « Quel humour rafraîchissant, quelle exquise naïveté mélodique, quel art et quelle finesse dans le traitement de l’orchestre, quelle perfection dans la construction de l’ensemble, quelle invention florissante, quelle merveilleuse polyphonie, et le tout original ; nouveau et si véritablement allemand. »

L’on ne saurait être plus pertinent et élogieux : si la valeur des grands chefs d’oeuvre se mesure à leur reconnaissance immédiate et surtout populaire, Humperdink par sa fraîcheur musicale renoue avec le Mozart de La Flûte enchantée, féerique et pourtant philosophique, s’adressant autant aux enfants qu’à leurs parents. Une qualité que comporte en tout points le génial Humperdink et son inusable, Hansel et Gretel.

 

Hansel  et Gretel d’Humperdink, 1893
Présenté par Angers Nantes Opéra
Conte musical en 3 tableaux
Nouvelle production
7 dates événements,
Du 11 décembre 2015 au 5 janvier 2016

Livret de Adelheid Wette, d’après Hänsel und Gretel, conte populaire recueilli par les frères Grimm dans le premier volume des Contes de l’enfance et du foyer [Kinder-und Hausmärchen].
Créé au Théâtre Grand-Ducal de la cour de Weimar, le 23 décembre 1893.

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Vendredi 11 décembre, 20h
Dimanche 13 décembre, 14h30
Mardi 15 décembre, 20h
Jeudi 17 décembre, 20h
Vendredi 18 décembre 2015, 20h

ANGERS, Le Quai
Mardi 5 janvier 2016, 20h
Mercredi 6 janvier 2016, 20h

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THOMAS RÖSNER, direction
EMMANUELLE BASTET, mise en scène

Vincent Le Texier, Pierre
Eva Vogel, Gertrude
Marie Lenormand
Norma Nahoun
Jeannette Fischer
Dima Bawab, Le Marchand de sable

Maîtrise de la Perverie
Gilles Gérard, direction

Chœur d’Angers Nantes Opéra
Xavier Ribes, direction
Orchestre National des Pays de la Loire

Nouvelle production Angers Nantes Opéra
[Opéra en allemand avec surtitres français

Compte rendu, concert. Sablé sur Sarthe, le 16 octobre 2015. Histoires sacrées : Carissimi (Jonas, Jephté), MA Charpentier (Le reniement de Saint-Pierre). Stradivaria. Bertrand Cuiller, direction. Christian Gangneron, mis en scène.

Que donne une troupe lyrique en itinérance ? Que vaut l’expérience d’un chœur habitué aux salles d’opéra, confronté comme ici aux nouveaux défis d’un tréteau placé dans une église, à la rencontre de nouveaux spectateurs ? Acoustique réverbérante incontrôlable, dispositif scénique aléatoire dépendant de la configuration du lieu (lequel à priori n’est pas conçu pour un spectacle), nouveaux profils de spectateurs… les épreuves ne manquent pour cette nouvelle production défendue par Angers Nantes Opéra et dont l’enjeu (exemplaire) est d’oser la rencontre avec de nouveaux spectateurs, hors du théâtre lyrique traditionnel et dans une forme repensée pour l’occasion. Subventionnés par les impôts des contribuables, les maisons d’opéras entretiennent souvent une routine qui ne profitent qu’à ceux qui connaissent déjà le lyrique (et qui donc font la route pour aller l’entendre). Ici, grâce à l’initiative d’Angers Nantes Opéra, de son directeur idéalement engagé, Jean-Paul Davois, le principe est tout autre et même inverse, tout en respectant l’accessibilité du spectacle pour le plus grand nombre, en particulier pour celles et ceux pour lesquels aller à l’opéra est trop difficile, du seul fait de la distance pour s’y rendre. Plutôt que de venir à l’opéra, c’est l’opéra qui s’invite dans les villes du territoire.

 

 

 

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Angers Nantes Opéra diffuse l’opéra hors les murs

Le Lyrique dans les territoires

 

Le choix des œuvres est réfléchi : les oratorios romains de Carissimi, créateur du genre dans la Rome du XVIIè ; les Histoires sacrées de Charpentier, son élève et tout autant génial … les deux formes sont effectivement conçus pour l’église et son acoustique. Rien à dire donc sur la trilogie sacrée à laquelle nous assistons, dans le site où nous la découvrons. L’exemple moral de Jonas, de Pierre ou de Jephté – figures lumineuses (ou sombre dans le cas du traître Pierre) de l’Ancien et du Nouveau Testament-, prend une dimension naturelle, presque évidente sous la voûte de l’église Notre-Dame de Sablé. C’est un prolongement aguerri à Sablé car depuis septembre, en ouverture de sa nouvelle saison lyrique, Angers Nantes Opéra a fait tourner la production dans plusieurs églises de Nantes.

L’éloquence des gestes, la succession des épisodes d’un dramatisme resserré parfois fulgurant prennent un sens régénéré dans la réalisation du metteur en scène Christian Gangneron : or les obstacles ne sont pas minces pour réussir une telle production. Le nombre des choristes en ferait pâlir plus d’un : 30 chanteurs sur la scène et présents en totalité tout au long de chaque séquence ; il faut un solide métier pour vaincre et écarter l’effet de la masse comme de la confusion. Pari relevé pourtant d’autant que chaque choriste mis en avant selon son tempérament, invité à chanter et à jouer, défend trois partitions dont l’enjeu est bien la dramatisation édifiante des actes de l’Histoire sacrée. Le jeu expressif préserve la surenchère et s’inscrit constamment dans une mesure qui rend intelligible chaque situation dramatique. La cohérence renforce la séduction du triptyque : l’air de Jonas, déchirant de la part de celui qui connaît mieux que personne la vacuité de la nature humaine, préfigure déjà en ouverture, la prière déchirante de Jephté puis de sa fille, à l’extrémité du spectacle. Unité stimulante du triptyque.

 

 

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Chaque drame contient un air, point fort psychologique et dramatique : sous la lumière et sur ce fond noir qui découpe les profils, chaque séquence prend des allures de tableau vivant, convoquant la comédie populaire de Latour, le ténébrisme éblouissant du Caravage. Christian Gangneron reprend en vérité un spectacle déjà présenté en 1987 mais ici, dans une configuration toute autre, où le nombre des acteurs chanteurs sur le plateau a considérablement modifié les moyens de réalisation. Les voix habituées au grand répertoire lyrique (XIXème essentiellement) articulent pourtant, s’ingénient à caractériser sans élargir chaque intervention vocale. L’intonation est subtilement calibrée, le style remarquable d’attention à l’autre ; et le format sonore global répond malgré la forte réverbération à l’obligation d’intelligibilité (conduit par le chef des chœurs d’Angers Nantes opéra, Xavier Ribes) : l’équilibre avec les instrumentistes de Stradivaria reste délectable du début à la fin.

Vocalement, les parties solistes les plus exigeantes sont confiés à 3 solistes très convaincants : le ténor Hervé Lamy (Jonas d’abord, puis très émouvant père de Jephté), l’excellent Francisco Fernández-Rueda (intense, ardent, précis : son Pierre est humain et finement tiraillé), surtout – révélation de la soirée : la soprano d’origine algérienne Hadhoum Tunc qui éblouit par sa subtilité et sa grande maîtrise technique dans le rôle de la fille de Jephté. La jeune cantatrice n’est pas seulement naturelle et idéalement fluide malgré la très grande tension du rôle, c’est aussi une actrice convaincante qui sait nuancer son caractère dans ce souci des équilibres précédemment évoqués.

La surprise est donc totale et la curiosité comme l’enseignement moral, subtilement réalisés. Les initiatives de ce type sont rares : inédites même dans l’Hexagone. Un Chœur qui s’engage et se dépasse ;  un metteur en scène jouant finement des allusions cinématographiques et picturales pour la clarification de sommets baroques… autant de composantes qui nous font vivre le lyrique et l’expérience du spectacle vivant, différemment, dans l’intensité et la proximité. Stimulante aventure.
La production présentée par Angers Nantes Opéra poursuit sa tournée en novembre 2015 à Rennes (Cathédrale, le 4 novembre) puis en 2016, à Angers : incontournable. Consulter le site d’Angers Nantes Opéra pour connaître les dernières dates des reprises du spectacle Histoires Sacrées, Carissimi / Marc-Antoine Charpentier.

 

 

 

Compte rendu, concert. Sablé sur Sarthe, le 16 octobre 2015. Histoires sacrées : Carissimi (Jonas, Jephté), MA Charpentier (Le reniement de Saint-Pierre). Chœur d’Angers Nantes opéra (Xavier Ribes, direction). Stradivaria. Bertrand Cuiller, direction. Christian Gangneron, mise en scène.

 

Illustrations : photos Jef Rabillon © Angers Nantes Opéra 2015

Angers Nantes Opéra. Ullmann: Der kaiser von Atlantis. Nantes, 2,4,7 novembre 2015

L'Empereur d'Atlantis à NantesAngers Nantes Opéra. Ullmann: Der kaiser von Atlantis. Nantes, 2,4,7 novembre 2015. Fable macabre depuis les camps… En 1943, dans le camp de Terezín (Thérésine, ouvert en 1941, antichambre tchèque d’Auschwitz), L’Empereur d’Atlantis est composé aux portes de la mort et malgré la terreur barbare des bourreaux nazis. Viktor Ullmann imagine en un duo lugubre, un masque à deux visages : Arlequin plein de vie et de facétie ; la mort, cette grande faucheuse qui rappelle l’urgence de vivre et l’incontournable tragédie du quotidien à Terezín. trop forte, trop juste… l’opéra sera interdit aussitôt. Musiciens, chanteurs, et le jeune librettiste Petr Kien seront envoyés et exécutés à Auschwitz. Viktor Ullmann lui-même avant d’être envoyé à la mort, confiera sa partition à un ami qui prendra soin de la transmettre pour que nous l’écoutions aujourd’hui. A Terezín,Viktor Ullmann était chargé
de la vie musicale d’un camp ghetto oscillant entre 50000 et 60000 personnes dont une grande colonie de musiciens qu’il a occupé avec quelques autres en composant de
Ullmann viktor empereur atlantis kaiser dessin CLASSIQUENEWS kaiser-bozzetto-di-kiennombreuses partitions (Musique instrumentale et de chambre de Gideon Klein ou de Paval Haas, sans omettre Hans Krasa qui a composé dès 1938 son fameux opéra pour les enfants : Brundibar joué pour les jeunes âmes du camps de l’horreur). Jeunes acteurs chanteurs, musiciens, compositeurs ont tous péris après avoir été transférés pour extermination au camp d’Auschwitz-Birkenau en octobre 1944 (seul le chef Karel Ancerl sera miraculeusement épargné).

 

 

 

Terezín, 1943. Atlantis, ou la grâce aux enfers

 

 

A Terezín, 144 000 juifs furent enfermés dont 33 000 ne survécurent pas à leur détention (Typhus, sévices infâmants…) et 84 000 partirent pour les camps d’extermination… Soucieux des apparences et pour masquer l’inimaginable, les nazis alimentèrent une savante désinformation parlant de Terezín comme une ville heureuse pour les artistes, fabriquant même un film de propagande donc parfaitement et cyniquement mensonger : Le Führer donne une ville aux juifs. En définitive, seulement 19 000 survivants réchappèrent à la machine infernale conçue par les nazis. Aujourd’hui, l’éclat et la profondeur de la partition laissée par Ullmann porte le désir inaltéré de vivre, porté par une irrépressible volonté de vaincre la mort et la fatalité. En un dessein humaniste et spirituel, la main qui a écrit et conçu cet opéra offre après l’abomination des faits, un formidable espoir et à l’art, une vocation première : défendre la vie, élever les aspirations de l’être malgré l’horreur absolue.
ULMANN viktor-ullmann-1383579021-view-1_0A Terezín dès septembre 1942, Viktor Ullmann se donne sans compter comme responsable de la vie musicale. Il nous reste 18 partitions de sa main de cette époque sombre. Il avait tout prévu : studio pour la musique nouvelle, Collegium Musicum pour la musique baroque, mais aussi conférences, rencontres, et 26 critiques de musique. L’art et la vie musicale revêtent alors un sens salvateur : « C’est ici, à Terezín, lorsque dans notre vie de tous les jours il nous fallut vaincre la matière avec le concours de la forme, lorsque tout ce qui avait rapport aux Muses contrastait si extraordinairement avec l’environnement qui était le nôtre, que se trouvait la véritable école des Maîtres. »
Dessinateur formé aux Beaux-Arts de Prague, le librettiste de L’Empereur d’Atlantis, Petr Kien a laissé des centaines de dessins dont plusieurs tableaux de scène de l’opéra dont il écrivit le livret. D’une clairvoyance glaçante, l’auteur Viktor Ullmann écrivit en tête de la partition de L’Empereur d’Atlantis : « Les droits d’exécution sont réservés par le compositeur jusqu’à sa mort, donc pas très longtemps. » On ne saurait être plus réaliste et cynique sur sa propre condition.

 

 

L’empereur d’Atlantis / Der Kaiser von Atlantis de Viktor Ullman (Terezín, 1942 / 1943)
Philippe Nahon, direction
Louise Moaty, mise en scène

Pierre-Yves Pruvot, L’Empereur Overall
Wassyl Slypak, La Mort et Le Haut-Parleur
Sébastien Obrecht, Arlequin et Un Soldat
Natalie Perez, Bubikopf et La Jeune Fille
Anna Wall, Le Tambour
Ars Nova, ensemble instrumental
Direction : Philippe Nahon

boutonreservationNANTES, THÉÂTRE GRASLIN
lundi 2, mercredi 4, samedi 7 novembre 2015 à 20h

 

 

Illustrations : Visuel pour L’Empereur d’Atlantis par le photographe Thomas Prioir (DR/Angers Nantes Opéra saison 2015 / 2016) – Dessin d’un tableau de l’Empereur d’Atlantis représenté à Terezín par Petr Kien – Viktor Ullman (DR)

L’Heure espagnole à Nantes et à Angers

Angers Nantes Opéra. Ravel : L’Heure Espagnole, 9-23 septembre 2015. Créée  à l’Opéra-Comique en mai 1911, la comédie musicale imaginée par Ravel joue avec délices et subtilité des genres mêlés, à la fois chronique réaliste et féerie aux parfums allusivement espagnole (l’action se déroule à Tolède au XVIII ème).
Maurice_Ravel_1925Épouse de l’horloger Torquemada, Concepcion s’ennuie ferme : elle compte les heures et ne peut guère solliciter le poète Gonzalve, apparemment épris mais qui repousse toujours toute effusion. C’est un séducteur impuissant qui la rend chèvre. Aussi quand paraît le beau muletier Ramiro, la jeune femme s’éprend aussitôt de lui… Le vaudeville un rien coquin et savoureux inspire à Ravel, une forme inédite, musicalement extrêmement sophistiquée, à la mesure de son génie comme orchestrateur toujours audacieux, jamais en manque d’inspiration et d’expérimentation. Outre le raffinement de son langage musical, la justesse de sa prosodie (les récitatifs et dialogues sont d’une précision exceptionnelle), Ravel subjugue encore aujourd’hui par la modernité du sujet : il y est bien question du désir féminin. Concepcion aime les hommes et exprime son désir de façon manifeste sous couvert de l’anecdote et de la comédie. La liberté de ton, la franchise des situations, souvent très comiques (les hommes cachés dans les horloges à la barbe de Torquemada), tout cela réinvente la scène théâtrale à l’aube de la première guerre, et souligne l’originalité d’un Ravel décidément inclassable : son imaginaire lyrique relève déjà d’un impressionnisme surréaliste réceptif à l’activité de la psyché ici féminine : seule le personnage de Concepcion et dans une moindre mesure, Ramiro grâce au regard que lui porte la jeune espagnole, ont vraiment de l’épaisseur. Il n’en fallait pas moins pour rebuter l’audience parisienne, jamais très ouverte à tant de nouveautés poétiques.

 

 

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C’est la première production lyrique d’Angers Nantes Opéra dirigée par le chef Pascal Rophé, directeur musical de l’ONPL

Nantes, La Cité : les 9 et 11 septembre 2015

Angers, Centre de Congrès: les 22 et 23 septembre 2015

Couplées à L’Heure espagnole : la quatrième pièce des Miroirs de Ravel : Alborada del Gracioso (L’Aubade au bouffon) et la musique pour ballet de Manuel de Falla : Le Tricorne.

Angers Nantes Opéra. Oratorios de Carissimi et Histoires sacrées de Charpentier dans les églises de Nantes

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneAngers Nantes Opéra. Baroque, Histoires sacrées, 16 septembre-3 octobre 2015. Carrissimi et Marc-Antoine Charpentier. Au XVIIè, la ferveur religieuse s’éprouve dans le cadre théâtral de l’oratorio, nouveau genre né en Italie simultanément à l’opéra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes héroïques des premiers martyrs chrétiens. A Rome, le génie de Carrissimi s’affirme (Jonas et Jephté), à tel point que les compositeurs français et européens se pressent pour recevoir la leçon du maître romain : Marc-Antoine Charpentier venu à Rome comme peintre, découvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance réalisée quelques décennies précédentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maître de l’oratorio, genre rebatisé en France, après sa formation auprès de Carrissimi, “histoire sacrée”. En témoigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment où Lully crée l’opéra français pour Louis XIV à Versailles (tragédie en mussique), le génie d’un Charpentier soucieux de sensualité italienne autant que de déclamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilités expressives de la musique, en particulier quand l’enchaînement des épisodes favorise caractérisation, coup de théâtre, contrastes saisissants… A Rome au début des années 1660 (à 17 ou 18 ans), Charpentier concentre une rare expérience de l’oratorio tel qu’il était pratiqué alors par Carissimi mais aussi les frères Mazzocchi, Orazio Benevoli, Francesco Beretta : il apprend à leurs côtés, à maîtriser une langue sensuelle et dramatique d’une séduction inconnue en France. L’auteur de Médée (1693), fut nommé au poste prestigieux de maître de musique à la Sainte-Chapelle de Paris (1698, à 55 ans) : il y compose sa fameuse Messe Assumpta est Maria, sommet de la ferveur baroque française du Grand Siècle. Molière ne s’était pas trompé en préférant alors Charpentier à Lully, pour ses comédies ballets, quand Lully préféra s’engager avec passion dans le genre de la tragédie lyrique. Même s’il n’eut aucun poste officiel à Versailles, Charpentier très apprécié du parti italophile (Duc de Chartres), suscita néanmoins l’estime de Louis XIV qui la gratifia d’une pension pour service rendu aux Bourbons, entre autres pour les musiques composées pour les messes du Grand Dauphin (début des années 1680).

 

boutonreservationAngers Nantes Opéra dans les églises de Nantes dès le 16 septembre et jusqu’au samedi 3 octobre 2015, puis et à Angers à la Collégiale Saint-Martin, les 15,16,18, 19 mars 2016 (20h) offre un florilège spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrées françaises, excellence d’une transmission étonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

 

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi à Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur, cordes et basse continue. Créé à Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome, vers 1645.

 

 

Charpentier, Carissimi dans les églises de Nantes

 

La figure du Dieu baroque telle qu’elle est illustrée par Charpentier et Carissimi au XVIIè est une instance punitive et inflexible. Les actions représentées appellent à l’humilité, la contrition, la soumission aux injonctions divines… Les héros éprouvés suscitent chez les “spectateurs/auditeurs”, un profond sentiment de compassion. Rien de tel pour susciter les vocations et convertir les fidèles venus en masse assister aux drames sacrés. Jonas est avalé par la baleine parce qu’il avait désobéi à l’ordre divin ; Pierre est ici puni voire humilié parce qu’il a renié sa foi ; surtout, chez Carissimi, Jephté doit immoler son bien le plus précieux, sa propre fille (un thème que l’on retrouve dans d’autres épisodes à l’Opéra : Abraham sacrifiant son fils Isaac, ou Idoménée devant tuer son fils Idamante… mais à la différence de Jephté définitivement perdue, une main salvatrice vient au dernier moment sauver l’innocente victime). Ainsi les dieux ont soif : il leur faut du sang humain, preuve de la soumission terrestre au ciel rageur et avide. Développé puis perfectionné pour les Oratoriens de Philippe de Néri (dont l’ordre fut officialisé par le Pape Grégoire XIII en 1575), la forme de l’oratorio prolonge les premières expériences de chants expressifs (polyphonies doxologiques ou laudes). Avec Carissimi, la musique offre un cadre et un rythme dramatique au texte ; son impact sur les foules suscite l’adhésion des croyants, ainsi l’oratorio romain est-il favorisé par le pape pour convertir les âmes perdues depuis la Réforme. Dans les années 1640, Carissimi reprend à son compte les modèles de musique sacrée théâtrale fixée par Emilio de’Cavalieri et Monteverdi, au début du XVIIè : il en découle cette langue sensuelle et expressive que Charpentier exporte à Paris à la fin des années 1660 : continuité, transmission, sublimation.

 

 

 

Mise en scène : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

Chœur d’Angers Nantes Opéra, dirigé par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes Opéra, créée le mercredi 16 septembre 2015 à Nantes, d’après la production de l’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique, créée à l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustration : Caravage : l’Incrédulité de Saint-Thomas, Marie-Madeleine pénitente (DR)

 

 

ANGERS NANTES OPERA : présentation de la nouvelle saison 2015-2016

angers nantes operaANGERS NANTES OPERA. Présentation de la nouvelle saison lyrique 2015-2016. Jean-Paul Davois, directeur général, présente les temps forts de la nouvelle saison lyrique d’ANGERS NANTES OPERA. Don Giovanni mis en scène par le duo Caurier/Leiser, Hansel et Gretel version Emmanuelle Bastet, création européenne de Svadba (présenté cet été à Aix 2015), L’Empereur d’Atlantis d’Ullmann, mais aussi Les Chevalier de la table ronde par Hervé (génie oublié de l’opérette au XIXè et vrai rival d’Offenbach), Maria Republica de François Paris, en création mondiale… autant d’événements lyriques qui font d’ANGERS NANTES OPERA, un lieu unique en France, rayonnant par son souci de fusionner théâtre et musique, soucieux de sens et porteur de débats critiques sur des sujets de société ou de philosophie… Jean-Paul Davois, Directeur général d’ANGERS NANTES OPERA explique ses choix et apporte les vertus d’un discours engagé qui place le spectacle lyrique au coeur du débat… entretien vidéo exclusif © CLASSIQUENEWS.COM

Compte rendu, opéra. Angers, Le Quai, mardi 16 juin 2015. Tchaikovski : Eugène Onéguine. Gelena Gaskarova (Titiana), Charles Rice (Onéguine), Suren Maksutov (Lenski), Claudia Huckle (Olga)… Orchestre national des Pays de la Loire. Chœur d’Angers Nantes Opéra. Lukasz Borowicz, direction. Alain Garichot, mise en scène.

Compte rendu, opéra. Angers, Le Quai, mardi 16 juin 2015. Tchaikovski : Eugène Onéguine. Gelena Gaskarova (Titiana), Charles Rice (Onéguine), Suren Maksutov (Lenski), Claudia Huckle  (Olga)… Orchestre national des Pays de la Loire. Chœur d’Angers Nantes Opéra. Lukasz Borowicz, direction. Alain Garichot, mise en scène. Fin de saison pleinement réussie pour Angers Nantes Opéra en cette mi juin 2015… preuve est encore offerte sur les planches du mariage réjouissant entre théâtre et musique.

 

 

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La production de cet Eugène Oneguine n’est pas seulement cohérente sur le plan vocal mais mais elle est aussi somptueusement dirigée  (effet “dernière” probablement devant une salle du Quai  à Angers, comble et résolument enthousiaste votre trépignante pour les saluts). C’est aussi confirmant le talent reconnu et récompensé du metteur en scène Alain Garichot, un moment de théâtre épuré et clair qui s’avère en cours d’action très efficace : des scènes sans accessoires inutiles, des tableaux sobres et visuellement forts dont certaines transitions véritablement “cinématographiques” nous ont parues subtilement dosée, comme l’enchaînement de l’air de la lettre de Tatiana et celle du choeur de femmes qui suit dans la continuité est assurée / résolue par l’ample drapé blanc d’abord suspendu, puis tombant des cintres (très élégamment), qui devient ample pièce à repriser pour la foule des lavandières ou des servantes soudainement sur scène. C’est aussi la dernière scène, fastueuse et sociale, plus solennelle aussi, chez le prince et la princesse Grémine (Tatiana devenue femme de pouvoir et épouse admirable) avec en fond de scène un immense globe terrestre phosphorescent, comme une lune irradiante qui exprime le recul qui se fait vertige dans l’esprit d’Oneguine ; le séducteur célibataire, amer et désabusé avant l’âge, jette un regard amer voire panique sur une vie passée / gâchée, il n’a que 26 ans ; il prend conscience qu’il n’a jamais cessé d’aimer Tatiana, celle là-même qu’il a, quelques années auparavant, humiliée en repoussant ses avances. La dernière scène Tatiana / Oneguine est à cet égard saisissante dans sa sobriété calculée, où le duo terrassé par ce retournement, se détache parfaitement dans une chambre noire, lieu dénudé, sublimateur de leur ultime confrontation.

 

 

 

Angers Nantes Opéra reprend la mise en scène d’Alain Garichot créée en 1997 à Nancy

Théâtre de l’épure et du drame intérieur

 

Du reste, ce jeu d’acteurs, dépouillé, cite continûment par la place qu’il préserve à la vérité des gestes, des regards aussi, sous un éclairage souvent éblouissant et froid, le théâtre de Tchekov, auquel la mélancolie d’un Tchaikovski lui-même terrassé (au moment de la composition de son opéra) par une catastrophe intime, apporte un écho fraternel. De l’un à l’autre s’écoule une même sensibilité inouïe pour la vie intérieure de chaque personnage : une vision pudique et tragique qu’Alain Garichot respecte à la lettre dans une réalisation millimétrée … La tragédie amoureuse qui se noue devant nous, entre deux coeurs sacrifiés, décalés, gagne une puissance et une grandeur romantique intensifiées par l’intelligence dans le traitement des situations.

tchaikovski-eugene-oneguine-angers-nantes-opera-premiere-scene-Larina-Olga-Tatiana-Philppievna-juin-2016D’une succession de scènes parfaitement exposées,  on retient les plus réussies esthétiquement et dramatiquement : le quatuor des femmes au lever de rideau : superbe exposé des solitudes / générations juxtaposées mais néanmoins  exceptionnellement exprimée où  jaillit aussi la force tendre / amère de la nostalgie. Sur ce point les seconds rôles sont tout autant admirables de profondeur, de gravité, de sincérité  (la nourrice Philippievna : très juste Stefania Tocczyska-, la mère de Tatiana : admirable Larina de Diana Montague …), sans omettre le choeur maison qui réussit ici comme souvent un très beau travail dans l’expression de la foule si sollicitée pourtant, comme un contrepoint au drame intimiste (le premier choeur des serfs célébrant la maîtresse du domaine agricole et qui vient aussi toucher salaire;  le bal ou paraît le français vieux style de Monsieur Triquet et dont Garichot  fait avec beaucoup de justesse l’anniversaire de Tatiana. …) : ici et là le tissu humain, la résonance émotionnelle de chaque situation est parfaitement restituée. On y retrouve à la fois épuré et très expressif le dévoilement des passions les plus intimes soudainement affleurantes comme les signes d’un cataclysme intérieure qui transfigurent les êtres. Une même approche avait déjà frappé les spectateurs de Titus et Bérénice de Magnard, présenté à l’Opéra de Tours la saison dernière, production événement récompensée par le Prix du syndicat de la critique 2014, et surtout sujet d’un reportage vidéo complet par les équipes de CLASSIQUENEWS.COM.

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Dans ce théâtre opéra, le jeu tout en pudeur et en intériorité féline de la soprano russe Gelena Gaskarova fait merveille ; on peut regretter ici et là certains aigus tenus sans être projetés comme a su le faire une Freni en son temps, métal incandescent qui s’embrasait au moment du duo final, mais l’intensité du style, le souci du texte (qui rétablit évidemment le théâtre), la sincérité pleine et continue du personnage éblouissent littéralement, rendant ce portrait de femme, adolescente romantique… devenue femme de loyauté malgré sa passion ancienne, totalement convaincante. Hélas, l’Onéguine de Charles Rice nous paraît moins abouti, moins subtilement poli ; le baryton franco-britannique n’est réellement juste et naturel … qu’à la fin de la soirée, en cynique terrassé par l’amour et pourtant d’une impuissance bouleversante. A leurs côtés, tout en nuances et précision, le ténor Suren Maksutov imprime au caractère généreux mais trahi de Lenski, une force tendre non moins troublante ; enfin renforçant davantage l’attrait du quatuor vocal, l’Olga de la britannique Claudia Huckle enchante par la caresse de son timbre grave somptueux, superbe incarnation de la soeur de Tatiana, elle aussi frappée par le destin. Créée à Nancy en avril 1997, la production conserve toujours sa force allusive, sa vérité épurée. Une relecture théâtralement ciselée d’autant mieux servie ce soir par une distribution particulièrement convaincante et un orchestre capable sous la direction de Lukasz Borowicz, de finesse sans pathos.

 

 

angers nantes operaAinsi s’achève superbement, la saison lyrique d’Angers Nantes Opéra 2014-2015. La prochaine saison promet d’être riche voire tout autant saisissante, accordant comme rarement ailleurs, théâtre et musique. C’est aussi une nouvelle programmation particulièrement engagée, fidèle au souci moral et humaniste défendu depuis ses débuts dans la place par le directeur des lieux, Jean-Paul Davois. Découvrez la nouvelle saison lyrique 2015-2016 d’Angers Nantes Opéra. VOIR notre dernier reportage vidéo ANGERS NANTES OPERA dédié à la sensibilisation à l’opéra des collégiens et lycéens, autour de La Ville Morte de Korngold (mars 2015).

 

 

 

D’autres reportages opéra dédiés à ANGERS NANTES OPERA ? Les voici :

La Ville Morte de Korngold, mise en scène par Philippe Himmelmann

Pelléas et Mélisande, mise en scène d’Emmanuelle Bastet

Prochain spectacle présenté par ANGERS NANTES OPERA à partir de la rentrée 2015 : L’Heure espagnole de Ravel, à partir du 9 septembre 2015 au Théâtre Graslin de Nantes. 

Compte rendu, opéra. Angers, Le Quai, mardi 16 juin 2015. Tchaikovski : Eugène Onéguine. Gelena Gaskarova (Titiana), Charles Rice (Onéguine), Suren Maksutov (Lenski), Claudia Huckle  (Olga)… Orchestre national des Pays de la Loire. Chœur d’Angers Nantes Opéra. Lukasz Borowicz, direction. Alain Garichot, mise en scène.

 

 

Illustrations : © Jeff Rabillon 2015 / Angers Nantes Opéra, juin 2015 :
- Onéguine et Tatiana dans le duo final,
- la première scène (quatuor vocal féminin)
- Tatiana écrivant sa déclaration à Onéguine

 

 

Angers, Le Quai : ce soir, dernière représentation d’Eugène Onéguine

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Angers, Le Quai. Tchaïkovski : Eugène Onéguine, ce soir mardi 16 juin 2015, 20h. Erreurs de jeunesse… Tatiana, jeune âme romantique s’éprend d’un cynique désabusé Eugène, qui par orgueil tue en duel son meilleur ami, le plus loyal, Lenski, pourtant promis à la belle Olga. Ecartée Tatiana devient princesse Grémine et quand elle retrouve en fin d’action Onéguine, enfin conscient et réceptif à son amour, il est trop tard : Tatiana ne quittera pas son époux pour le dandy léger. L’amertume et les remords d’Onéguine, la constance de Tatiana, en un contraste saisissant ferment ce chapitre de l’école amoureuse, initialement conçue par Pouchkine en 1830.

Eugène Onéguine à Angers, les 14 et 16 juin 2015Tchaikovski porte à la scène la langue puissante et directe de Pouchkine, l’inventeur de la langue russe au théâtre. Le compositeur adapte 3 fois ses pièces et drames : Mazeppa en 1884, La Dame de Pique en 1890 et donc Eugène Onéguine en 1877, première approche pouchkinienne, la plus dense, la plus introspective aussi, dans laquelle il projeta certainement ses propres sentiments. La force d’Eugène Onéguine n’est pas spectaculaire mais psychologique et émotionnelle, dévoilant deux décalées, inadaptées au monde : Eugène par son cynisme et ses blessures, comme Tatiana dans son rêve de Cendrillon. En définitive, Tchaïkovski de décrit pas les vers de Pouchkine : il les exprime. Angers Nantes Opera reprend la production d’Eugène Onéguine, créé en Lorraine en 1997. LIRE notre présentation complète

 

 

 

boutonreservationNantes / Théâtre Graslin
mardi 19, jeudi 21, dimanche 24, 
mardi 26, jeudi 28 mai 2015

Angers / Le Quai
dimanche 14 (14h30), mardi 16 juin 2015 (20h)

 

 

 

eugene_oneguine_nantes_2015_1_Eugène Onéguine de Tchaikovski à Angers Nantes Opéra
Scènes lyriques – en trois actes et sept tableaux.
Livret de Piotr Ilitch Tchaïkovski et Constantin Chilovski d’après Eugène Onéguine, roman en vers de Alexandre Pouchkine.
Créé au Théâtre Maly de Moscou, le 29 mars 1879.
Direction musicale: Lukasz Borowicz
Mise en scène: Alain Garichot

avec
Charles Rice, Eugène Onéguine
Gelena Gaskarova, Tatiana
Claudia Huckle, Olga
Suren Maksutov, Lenski
Oleg Tsibulko, Le Prince Grémine
Diana Montague, Madame Larina
Stefania Toczyska, Filipievna
Éric Vignau, Monsieur Triquet
Éric Vrain, Un Capitaine et Zaretski

 

 

Choeur d’Angers Nantes Opéra
Direction Xavier Ribes

Orchestre National des Pays de la Loire

Production de l’Opéra de Nancy et de Lorraine,
créée à Nancy le 19 avril 1997.
[Opéra en russe avec surtitres en français]

 

 

VIDEO. Reportage. Angers Nantes Opéra : l’opéra pour les lycéens (action de sensibilisation autour de La Ville Morte de Korngold, mars 2015)

angers-nantes-opera-korngold-action-culturelle-pour-les-lyceens-reportage-video-classiquenews-mars-2015-l-opera-pour-les-lyceens-action-de-sensibilisationVIDEO. Reportage. Angers Nantes Opéra : l’opéra pour les collégiens (action de sensibilisation autour de La Ville Morte de Korngold, mars 2015). En mars 2015, Angers Nantes Opéra renouvelle ses actions de sensibilisation à l’opéra auprès des collégiens et de leurs professeurs. L’institution lyrique développe à l’adresse des collégiens un parcours découverte à Nantes visant à les sensibiliser à l’opéra La Ville Morte de Korngold, à l’affiche du Théâtre Graslin : parcours dans la ville, réflexion sur la représentation de la mort, rencontre avec les jeunes choristes du chœur de la Perverie, analyse du film vidéo de Pierrick Sorrin sur Nantes au Château des ducs de Bretagne à Nantes, spectacle d’intervention “Fantastique S” ( réalisation du collectif EDA – Maude Albertier et Matthieu Malet)… reportage exclusif © CLASSIQUENEWS.COM 2015… reportage exclusif © CLASSIQUENEWS.COM 2015.

Angers Nantes Opéra, nouvelle saison 2015 – 2016

angers-nantes-opera-nouvelle-saison-2015-2016-brut-visuel-vierge-classiquenewsAngers Nantes Opéra, saison 2015 – 2016. 9 productions font les délices de la nouvelle saison lyrique d’Angers Nantes Opéra, institution unique en France portée par deux municipalités depuis 2002, Angers et Nantes : cycle prometteur qui démontrera à nouveau le discernement exemplaire du directeur Jean-Paul Davois dans l’art d’acclimater théâtre et musique, alliance propice à dévoiler la déroute de notre monde, l’urgence à défendre une scène humaniste, engagée, critique. Ici opéra rime avec enseignement, prise de conscience voire fulgurance. Réflexion autant que divertissement, éducation autant que dépaysement.

 

 

Dans les faits, Angers Nantes Opéra ouvre largement les portes du lyrique (actions de sensibilisation vers tous les publics grâce à l’activité de son action culturelle) et diffuse sur le territoire l’expérience lyrique (concerts hors les murs). Angers et Nantes sont donc les deux cœurs palpitants d’une formidable machine magique, ancrée dans la réalité, orientée vers la rue, destinée au plus grand nombre. L’élite n’a pas lieu ici et la culture est un avenir qui se partage entre tous. On ne peut que souscrire à une telle vision.

 

 

Nouvelle saison d’Angers Nantes Opéra  2015 – 2016
En voici les 9 étapes :

Ravel : L’heure Espagnole (version de concert)
couplé avec l’Alborada del gracioso de Ravel et Le Tricorne de de Falla
Nantes, les 9 et 11 septembre 2015
Angers, les 22 et 23 septembre 2015

Carissimi / Charpentier : Histoires Sacrées
Jonas, Jephté, le reniement de Pierre
Stradivaria
Hors les murs dans les Pays de La Loire
Eglises de Nantes, du 16 septembre au 2 octobre 2015
Angers, les 16, 16 18 et 19 mars 2016

Viktor Ullmann : L’Empereur d’Atlantis
Pierre-Yves Pruvot – Ars Nova
Nantes, les 2,4 et 7 novembre 2015

Humperdinck : Hansel et Gretel
nouvelle production
Emmanuelle Bastet, mise en scène
Nantes, les 11,13,15,17,18 décembre 2015
Angers, les 5 et 6 janvier 2016

Hervé : Les Chevaliers de la table ronde
nouvelle production
Les Brigands
Pierre-André Weitz, mise en scène
Nantes, les 9,10,12,13 et 14 janvier 2016
Angers, les 16, 17, 19 janvier 2016

Mozart : Don Giovanni
nouvelle production
Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scène
Nantes, les 4, 6, 8, 10, 12 mars 2016
Angers, les 4, 6 et 8 mai 2016

François Paris : Maria Republica
création mondiale
Ensemble Orchestral Contemporain
Daniel Kawaka, direction
Nantes, les 19,21,24,26 et 28 avril 2016

Ana Sokolovic (née en 1968) : Svadba
création européenne
Nantes, les 20, 21,24,25 mai 2016
Angers, les 29 et 31 mai 2016
(création en juillet 2015 à Aix en Provence)

Poulenc : La Voix humaine
couplée avec Siegfried Idyll de Wagner et Divertimento pour cordes de Mozart
Karen Vourc’h – ONPL
Nantes, les 10 et 12 mai 2016
Angers, les 17 et 19 mai 2016

 

Angers Nantes Opéra, la nouvelle saison 2015-2016

Le Théatre sur la ville

l’opéra, un combat exaltant quand il est porteur de sens

 

 

angers-nantes-opera-saison-lyrique-2015-2016-ullmann-empereur-d-atlantisJean-Paul Davois parle dans la brochure papier de la nouvelle saison, de courage et de liberté dans un édito engagé comme à son habitude : au regard des événements barbares qui marquent l’actualité où la culture et la liberté d’expression sont outrageusement martyrisées, le directeur général d’Angers Nantes Opéra, hors des caprices individuels et des narcissismes de postures, défend “la valeur symbolique et sacrée de la culture“, terrain de réflexion, de liberté, de fraternité. Porteurs de sens ici, deux productions se détachent : L’Empereur d’Atlantis, créé, répété dans le camps de Terezin en 1943 comme un pied de nez sublime et dérisoire contre les nazis ; Maria Republica d’Agustin Gómez-Arcos dont la liberté de parole offre un superbe chant cathartique après les traumatismes et les blessures perpétrés par le franquisme. L’opéra porteur de sens a un bel avenir. Il a élu à Angers et à Nantes, un asile fécond dont l’accomplissement porte et transfigure comme nul part ailleurs, l’opéra comme représentation nécessaire, si propice à ” celui qui s’en nourrit”.

angers-nantes-opera-730-187-visuel-banner-classiquenews-nouvelle-saison-2015-2016Angers Nantes Opéra fait figure cette saison encore de foyer actif pour les nouvelles productions et la création. Ainsi, on attend déjà les 3 nouvelles productions : Hansel et Gretel (mis en scène par Emmanuelle Bastet), Les Chevaliers de la table ronde (Christophe Grapperon) et Don Giovanni (Patrice Caurier et Moshe Leiser). Les créations sont doubles cette année avec Maria Republica en création mondiale (sous la direction de Daniel Kawka) puis en création européenne, Svadba d’Ana Sokolovic. Prochaines critiques, présentations et annonces, comptes rendus et reportages vidéo dans le cours de la saison nouvelle sur classiquenews.com.

Toutes les infos et les modalités de réservations sur le site d’Angers Nantes Opéra saison 2015-2016

 

 

Illustrations empruntées à l’identité visuelle de la nouvelle saison lyrique d’Angers Nantes Opéra 2015 – 2016 : les fulgurances poétiques de © Thomas Prior / Angers Nantes Opéra saison 2015 – 2016

Angers Nantes Opéra. Eugène Onéguine de Tchaikovski

tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1Angers Nantes Opéra. Tchaïkovski : Eugène Onéguine. 19 mai-16 juin 2015. 7 représentations. Erreurs de jeunesse… Tatiana, jeune âme romantique s’éprend d’un cynique désabusé Eugène, qui par orgueil tue en duel son meilleur ami, le plus loyal, Lenski, pourtant promis à la belle Olga. Ecartée Tatiana devient princesse Grémine et quand elle retrouve en fin d’action Onéguine, enfin conscient et réceptif à son amour, il est trop tard : Tatiana ne quittera pas son époux pour le dandy léger. L’amertume et les remords d’Onéguine, la constance de Tatiana, en un contraste saisissant ferment ce chapitre de l’école amoureuse, initialement conçue par Pouchkine en 1830.

 

 

 

reprise attendue d’Onéguine à Angers et à Nantes

Tchaikovski : exprimer Pouchkine

 

Subtil orchestrateur, génial mélodiste, dramaturge né aussi, Tchaikovski peint en 1877, l’univers poli voire hypocrite de la bonne société russe de la fin XIXè, puritaine, faussement croyante, barbare, superficielle. Sa faculté à exprimer les sentiments nobles et purs (l’air de la lettre de Tatiana qu’elle adresse à Onéguine), la désespérance et la solitude maudite aussi (l’air de Lenski : l’un des plus beaux de toute la littérature lyrique russe) affirment le talent du compositeur habile narrateur, fin psychologue. Finalement il n’est que Onéguine qui ne chante pas vraiment d’air mais sa présence quasi continuelle, conduit l’œuvre, dévoile le sombre ressentiment d’un cœur détruit qui finalement s’ouvre à l’amour, sans être vraiment sauvé ; l’errance et la résignation sont ses lots intimes.

Tchaikovski porte à la scène la langue puissante et directe de Pouchkine, l’inventeur de la langue russe au théâtre. Le compositeur adapte 3 fois ses pièces et drames : Mazeppa en 1884, La Dame de Pique en 1890 et donc Eugène Onéguine en 1877, première approche pouchkinienne, la plus dense, la plus introspective aussi, dans laquelle il projeta certainement ses propres sentiments. La force d’Eugène Onéguine n’est pas spectaculaire mais psychologique et émotionnelle, dévoilant deux décalées, inadaptées au monde : Eugène par son cynisme et ses blessures, comme Tatiana dans son rêve de Cendrillon. En définitive, Tchaïkovski de décrit pas les vers de Pouchkine : il les exprime. Angers Nantes Opera reprend la production d’Eugène Onéguine, créé en Lorraine en 1997.

 

 

 

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mardi 19, jeudi 21, dimanche 24, 
mardi 26, jeudi 28 mai 2015

Angers / Le Quai
dimanche 14, mardi 16 juin 2015

 

 

 

Eugène Onéguine de Tchaikovski à Angers Nantes Opéra
Scènes lyriques – en trois actes et sept tableaux.
Livret de Piotr Ilitch Tchaïkovski et Constantin Chilovski d’après Eugène Onéguine, roman en vers de Alexandre Pouchkine.
Créé au Théâtre Maly de Moscou, le 29 mars 1879.
Direction musicale: Lukasz Borowicz
Mise en scène: Alain Garichot

avec

Charles Rice, Eugène Onéguine

Gelena Gaskarova, Tatiana

Claudia Huckle, Olga

Suren Maksutov, Lenski

Oleg Tsibulko, Le Prince Grémine

Diana Montague, Madame Larina

Stefania Toczyska, Filipievna

Éric Vignau, Monsieur Triquet

Éric Vrain, Un Capitaine et Zaretski

 

 

Choeur d’Angers Nantes Opéra
Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

Production de l’Opéra de Nancy et de Lorraine,
créée à Nancy le 19 avril 1997.
[Opéra en russe avec surtitres en français]

 

 

La Ville morte de Korngold à Nantes

korngold erich_korngold unelogo_francemusiqueRADIO.France Musique, samedi 25 avril 2015, 19h. Korngold: La Ville Morte. Production événement reprise par Angers Nantes Opéra en mars dernier, La Ville Morte, opéra de jeunesse de Korngold (composé avec son père) et créé en 1920, serait le dernier grand opéra romantique assimilant et Strauss, et Wagner et Lehar. Une fresque flamboyante et lyrique qui adapte au théâtre, l’univers symboliste du roman Bruges la morte de Rodenbach. Paul est un jeune veuf qui ne parvient pas à se remettre de la mort de sa femme, Marie : rêve-t-il ou vit-il chaque scène d’un songe cauchemardesque? La jeune comédienne Marietta qui lui rappelle tant son aimée perdue, ne cesse pourtant de parjurer son idéal de pureté et d’absolu religieux. Futur compositeur pour Hollywood, Korngold naîtrise déjà tout le langage de l’orchestre et de l’opéra dans ce chef d’oeuvre absolu qui recycle avec tempérament et originalité l’opéra fleuve, autre défi pour les metteurs en scène et les chefs, La Femme sans ombre de Strauss.

Lire aussi le contre rendu critique de notre rédacteur Alexandre Pham qui assistait à la représentation nantaise du 13 mars dernier : La Ville Morte de Korngold présenté par Angers Nantes Opéra :

« La Ville morte c’est Bruges selon la vision de Paul : un monde sans espoir ni rémission. Le veuf inconsolable depuis la perte de son épouse Marie, s’enfonce dans un état dépressif dont l’opéra offre plusieurs facettes délirantes quoi qu’intensément poétiques.  C’est le génie du compositeur qui la vingtaine triomphante, assure à l’orchestre une langue flamboyante inversement suractive à l’apathie du héros.

Mort et illusion

korngold-villl-morte-angers-nantes-opera-plan-general-acte-I-copyright-jeff-rabillon-2015-angers-nantes-operaSoulignons d’emblée, la direction qui souligne le flux organique la démesure délirante et orgiaque de l’écriture orchestrale tout en n’oubliant pas toutes les autres sources et climats auxquels le jeune prodige Kongold a su puiser : l’incroyable sensualité de la Salomé de Strauss (pour les scènes de Marietta), les accents épiques et l’atmosphère mystérieuse et fantastique de La femme sans ombre du même Strauss,  l’expressionnisme post romantique d’un Schoenberg,  l’instrumentation mahlérienne aussi (ses climats et alliances instrumentales singulières), sans omettre l’orientalisme mélodique caressant, élégantissime d’un Lehar.  Cette culture musicale plutôt dense, se révèle dans la direction du chef Thomas Rösner et tout le mérite lui revient de porter l’architecture dramatique d’une oeuvre miroitante, en bien des points de vue fascinante : la succession des épisodes si contrastés dont il rétablit sous l’ampleur cinématographique de l’écriture symphonique,  la charge satirique et souvent grinçante du drame : tout le tableau dyonisiaque et délirant (parodie de Robert le Diable à l’acte II) où Paul imagine Brigitta en nonne – un nouvel avatar pour celle qui vit dans l’adoration,  de Paul puis de Dieu,  selon les propres termes de l’excellente mezzo Maria Riccarda Wesseling. C’est surtout un tableau charge contre la pensée corsetée du veuf, contre l’image de Brugges la morte (et la très pieuse) qui s’interdit tout nouveau souffle.

korngold-juntunen-helena-marietta-opera-nantes-graslin-jusqu-au-17-mars-2015Dans ce parcours spirituel et chaotique qui met en images le délire dépressif du héros percent plusieurs scènes et tempérament. La romance fascinée du Pierrot,  véritable double parodique de Paul, (somptueuse valse nostalgique “mon désir,  mon délire….”) la propension du drame pour le cauchemar et l’angoisse déformante qui fait naître dans l’esprit dépressif du pauvre Paul,  une tangible course à l’abîme. Le timbre articulé et subtilement suave du jeune baryton John Chest est à saluer. L’ivresse dont se réclame la si lascive Marietta est exprimée par l’enflure océane de l’orchestre,  un prolongement naturel du Strauss de La Femme sans ombre dont l’effectif orchestral est, comme ici, le plus vaste du répertoire. La proposition scénique de Philipp Himmelmann donne à voir la folie diffractée de Paul sous l’aspect d’une plateforme divisée en 6 cubes espaces, tour à tour éclairés, dont l’action est parfois simultanée. LIRE  la critique complète de La Ville Morte de Korngold par Alexandre Pham

VOIR notre reportage vidéo complet La ville Morte Die Töte stadt de Korngold présenté par Angers Nantes Opéra en mars 2015

France Musique, samedi 25 avril 2015, 19h. Korngold: La Ville Morte.

 

Angers Nantes Opérakorngold la ville morte angaers nantes operaville
Erich Wolfgang Korngold : Die Tote Stadt : La Ville Morte
Production créée à Nancy le 9 mai 2010

Thomas Rösner, direction
Philipp Himmelmann, mise en scène

Daniel KirchPaul
Helena JuntunenMarietta
Allen BoxerFrank
Maria Riccarda WesselingBrigitta
Elisa CenniJuliette
Albane CarrèreLucienne
Alexander SpragueVictorin et Gaston
John ChestFritz
Rémy MathieuLe Comte Albert

Nantes, Théâtre Graslin : les 8, 10, 13, 15 (14h30), 17 mars 2015 à 20h.

 

 

 

 

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Compte rendu critique, opéra. Nantes, Théâtre Graslin,  le 13 mars 2015. Korngold : La Ville Morte,  Die Töte Stadt,  1920. Daniel Kirch (Paul), Helena Juntunen (Marietta / Marie), Maria Riccarda Wesseling (Brigitta), Alex (Franck), (Pierrot)…. ONPL.  Thomas Rösner,  direction. Philipp Himmelmann,  mise en scène.

La Ville morte c’est Bruges selon la vision de Paul : un monde sans espoir ni rémission. Le veuf inconsolable depuis la perte de son épouse Marie, s’enfonce dans un état dépressif dont l’opéra offre plusieurs facettes délirantes quoi qu’intensément poétiques.  C’est le génie du compositeur qui la vingtaine triomphante, assure à l’orchestre une langue flamboyante inversement suractive à l’apathie du héros.

Mort et illusion

korngold-ville-morte-nantes-opera-graslinSoulignons d’emblée, la direction qui souligne le flux organique la démesure délirante et orgiaque de l’écriture orchestrale tout en n’oubliant pas toutes les autres sources et climats auxquels le jeune prodige Kongold a su puiser : l’incroyable sensualité de la Salomé de Strauss (pour les scènes de Marietta), les accents épiques et l’atmosphère mystérieuse et fantastique de La femme sans ombre du même Strauss,  l’expressionnisme post romantique d’un Schoenberg,  l’instrumentation mahlérienne aussi (ses climats et alliances instrumentales singulières), sans omettre l’orientalisme mélodique caressant, élégantissime d’un Lehar.  Cette culture musicale plutôt dense, se révèle dans la direction du chef Thomas Rösner et tout le mérite lui revient de porter l’architecture dramatique d’une oeuvre miroitante, en bien des points de vue fascinante : la succession des épisodes si contrastés dont il rétablit sous l’ampleur cinématographique de l’écriture symphonique,  la charge satirique et souvent grinçante du drame : tout le tableau dyonisiaque et délirant (parodie de Robert le Diable à l’acte II) où Paul imagine Brigitta en nonne – un nouvel avatar pour celle qui vit dans l’adoration,  de Paul puis de Dieu,  selon les propres termes de l’excellente mezzo Maria Riccarda Wesseling. C’est surtout un tableau charge contre la pensée corsetée du veuf, contre l’image de Brugges la morte (et la très pieuse) qui s’interdit tout nouveau souffle.

Dans ce parcours spirituel et chaotique qui met en images le délire dépressif du héros percent plusieurs scènes et tempérament. La romance fascinée du Pierrot,  véritable double parodique de Paul, (somptueuse valse nostalgique “mon désir,  mon délire….”) la propension du drame pour le cauchemar et l’angoisse déformante qui fait naître dans l’esprit dépressif du pauvre Paul,  une tangible course à l’abîme. Le timbre articulé et subtilement suave du jeune baryton John Chest est à saluer.
L’ivresse dont se réclame la si lascive Marietta est exprimée par l’enflure océane de l’orchestre,  un prolongement naturel du Strauss de La Femme sans ombre dont l’effectif orchestral est, comme ici, le plus vaste du répertoire.

La proposition scénique de Philipp Himmelmann donne à voir la folie difractée de Paul sous l’aspect d’une plateforme divisée en 6 cubes espaces, tour à tour éclairés, dont l’action est parfois simultanée.

Magique vidéo

korngold-juntunen-helena-marietta-opera-nantes-graslin-jusqu-au-17-mars-2015Le tableau le plus réussi reste l’apparition en grand écran de l’image de Marie l’épouse morte de Paul avec laquelle il communie concrètement aux portes de la folie : le dispositif est l’un des plus impressionnants de toutes les installations vidéos que nous avons pu voir jusque là : il ne s’agit plus d’une effet plaqué ni d’un gadget mais de l’expression la plus juste du monde surnaturel et fantastique qui colorent alors cette scène de résurrection : le duo qui se développe alors entre ce visage démesuré et vivant, et Paul enfoncé dans le culte de la défunte,  frappe par sa justesse,  sa profondeur, sa magie visuelle. Le dispositif évoque très précisément la distanciation des deux mondes réunis,  comme il rend très vivante la présence obsessionnelle dans l’esprit de Paul,  de son épouse.  Le fait que cette image projetée est en fait réalisée en direct dans un studio derrière la scène (la cantatrice chante en temps réel),  ajoute à la force stupéfiante de cette image ; il grandit aussi le mérite qui revient à la soprano incarnant Marie et Marietta : fabuleuse et vénéneuse Helena Juntunen,  soeur aînée de Salomé,  ou mieux Salomé elle même,  si elle n’avait pas été tuée par Strauss (à la fin de l’opéra éponyme : ici Marietta incarne toutes les sirènes vampirisantes et vénéneuses dont Paul très croyant s’interdit un temps le commerce…).

Bête de scène,  diffusant / incarnant cette ivresse sensuelle avec une innocence perverse,  la soprano finlandaise illustre idéalement cette créature provocante et dominatrice que Paul réussit un temps à neutraliser avant de succomber honteusement à ses charmes: il n’est que la mort pour effacer cette figure démoniaque pour apaiser l’esprit d’un Paul trop faible et coupable.
Qu’il ait rêvé ou pas,  Paul reste seul sur scène définitivement accablé par ses propres doutes. Pour lui les choses sont claires : ni rédemption ni salut. De ce fait, même s’il nous a semblé fatigué, avec des aigus tirés, le ténor Daniel Kirch relève les défis d’un rôle continûment exigeant qui réclame une endurance sans pareil au sein du répertoire. Vocalement perfectible,  l’intonation est juste et la faiblesse du veuf idéalement dépressive. Interdit de résurrection,  Paul semble finalement inerte dans son cube cercueil.

Mais pourtant,  quel somptueux cataclysme orchestral la fosse a su nous distiller. L’opéra se nourrit des désirs,  délires et fantasmes du héros. Qu’il les rêve ou les vive réellement, Paul est un archétype du héros solitaire romantique post wagnérien  la réussite de Philippe Himmelmann est de nous en offrir une flamboyante mise en image. Ici le rêve le dispute au cauchemar,  le réel à l’illusion, … l’opéra est une machine enchanteresse.  Après avoir vu la production présentée à Nantes,  nous n’en doutons pas. Voici assurément avec la Tristan und Isolde de Wagner version Olivier Py,  l’un des spectacles les plus envoûtants présentés par Angers Nantes opéra … on rêve d’y applaudir bientôt ce qui en serait un prolongement naturel par l’onirisme promis comme l’envoutement orchestral ( et avec un plateau vocal à l’avenant): la déjà citée Femme sans ombre de Richard Strauss, Die frau ohne schatten de 1919).

Compte rendu critique, opéra. Nantes, Théâtre Graslin,  le 13 mars 2015. Korngold : La Ville Morte,  Die Töte Stadt,  1920. Daniel Kirch (Paul), Helena Juntunen (Marietta / Marie), Maria Riccarda Wesseling (Brigitta), Allen Boxer (Franck), (Pierrot)…. ONPL.  Thomas Rösner,  direction. Philipp Himmelmann,  mise en scène.

Angers Nantes Opéra. La Tectonique des nuages (création)

cugny-tectonique-des-plaques-angers-nantes-opera-opera-jazz-582Angers Nantes Opéra. Cugny : La Tectonique des nuages, création. 7<29 avril 2015. Nantes et Angers présentent en création un nouvel opéra jazz né de la rencontre entre Laurent Cugny et surtout Bill Evans avec lequel il a partagé une tournée décisive dont allait déboucher plusieurs ouvrages hommages, de la part du Français pour le génial trompettiste et compositeur américain devenu son modèle: la biographie en 1989 : Las Vegas Tango, Une vie de Gil Evans ; puis l’étude : Électrique, Miles Davis 1968-1975… Nommé directeur de  l’Orchestre national de jazz entre 1994 et 1997, Laurent Cugny exprime encore son admiration pour Evans lors de concerts hommages mémorables. Naturellement, La Tectonique des nuages pose les jalons de rencontres fécondes. Ce nouvel opéra réalise surtout sa passion de la voix et du chant, c’est un essai pour concilier la forme lyrique très codée et la liberté du geste improvisé, musicalement ciselé qui est au cœur du jazz. Librement inspiré de Cloud Tectonics du portoricain José Rivera, l’opéra jazz imaginé par Laurent Cugny prolonge et enrichit une première forme créée au festival Jazz à Vienne en juillet 2006.

 

 

 

Nouvel opéra jazz

 

cugny-laurent-portraitAinsi en 2015, près de 10 ans après sa première esquisse, pour ses 60 ans, Laurent Cugny peut ainsi suivre au piano les avatars et métamorphoses, rencontres et petits miracles vécus par Celestina, Anìbal et Nelson… nouveaux héros ou antihéros de son opéra jazz.  La prose et les sujets de Rivera cultive ce réalisme onirique, le délire fantastique et magique déjà favorisés chez Gabriel Garcia Marquez que Rivera admire depuis toujours. Le portoricain avait écrit le scénario du film Sur la route (2012, à partir du roman de Jack Kerouac), road movie lumineux marqué par l’espoir et la soif de vivre d’un trio atypique et décalé.
Dans La tectonique des nuages, Célestine se laisse porter au gré de son désir dans les bras d’Anibal ou de son frère, Nelson. Trio sulfureux, bouleversant, humain… où le mouvement météorologique exprime les cataclysmes intérieurs et intimes des personnages amoureux.
Sur les scènes d’Angers Nantes Opéra, la voix du personnage principal, Annibal, est celle de David Linx, -vocalises et timbre spécifiques- qui avait déjà enregistré une première version en 2010.
Sur le plan musical, Laurent Cugny invente un subtil métissage mélodique où sensualité et swing tissent le fil d’une nouvelle épopée, riche en références et clins d’oeil au tango, à la valse et tant d’autres climats dans lesquels s’incarnent la grandeur dérisoire des amours en filigrane…

 

 

boutonreservationNantes, Théâtre Graslin
les 7,8,9, 10 avril 2015

Angers, Grand Théâtre
Les 28 et 29 avril 2015

La Tectonique des nuages
Opéra-jazz – [commande d’État].

Nouvel opéra, librement adapté de Cloud Tectonics de José Rivera. 
Traduction française de Isabelle Famchon. 
Musique de Laurent Cugny. 
Livret de François Rancillac. 
Textes chantés de Yann-Gaël Poncet.
Créé au Théâtre Graslin de Nantes, le 7 avril 2015.
Direction musicale : Laurent Cugny – 
assistante à la mise en scène et direction du mouvement: Charlotte Delaporte,
avec 
David Linx, Anìbal de la Luna. 
Laïka Fatien, Celestina del Sol
. Yann-Gaël Poncet, Nelson de la Luna
et
Laurent Cugny, piano. 
Thomas Savy, saxophone, clarinettes. 
Pierre-Olivier Govin, saxophones
. Arno de Casanove, trompette. 
Denis Leloup, trombone. 
Éric Karcher, cor. 
Laurent Derache, accordéon. 
Frédéric Favarel, guitares
. Joachim Govin, contrebasse. 
Frédéric Chapperon, batterie

Reportage vidéo : La Ville Morte de Korngold, 1920 au Théâtre Graslin de Nantes, jusqu’au 17 mars 2015

NANTES : La Ville Morte de Korngold, production événementVIDEO, reportage. Créé en 1920, l’opéra La Ville Morte de Korngold d’après le roman de Robenbach est un sommet lyrique dont le flamboiement fait la synthèse entre Strauss, Lehar, Mahler, Wagner… le futur grand compositeur pour le cinéma américain y signe une fresque symphonique plus expressionniste que symboliste dont le scintillement permanent de l’orchestre exprime l’impuissance dépressive de son héros, PAUL, jeune veuf inconsolable dont l’opéra représente le délire et les visions fantastiques. Production événement à l’Opéra Graslin de Nantes, les 8, 10, 13, 15 et 17 mars 2015. Entretiens avec Philipp Himmelmann, Thomas Rösner, Maria Riccarda Wesseling, Helena Juntunen, Daniel Kirch… © CLASSIQUENEWS.COM 2015

LIRE aussi notre présentation complète de la reprise de La Ville Morte de Korngold, au Théâtre Graslin de Nantes, 5 représentations : les 8, 10, 13, 15 et 17 mars 2015

Compte rendu, opéra. Nantes. Théâtre Graslin, le 8 novembre 2014. Cavalli : Elena. Monica Pustilnik, direction. Jean-Yves Ruf, mise en scène. Gaia Petrone, Anna Reinhold, Christopher Lowrey, Emiliano Gonzalez Toro, …

elena--trio-anagers-nantes-opera-jeff-rabillon-2014-580-380En 3 heures de temps, voici du pur bel canto non pas romantique ni bellinien… mais baroque ; formidable immersion dans le génie lyrique vénitien, creuset irrésistible d’une formidable et épique hybridation des genres.  Ce Cavalli dévoilé à Aix cet été, se voit confirmé à Nantes (avant Angers puis Rennes) : accompagnant le dernier Monteverdi à Venise, aussi créatif et moderne que son contemporain Cesti – autre génie du XVII ème italien précisément vénitien-, Francesco Cavalli démontre ici une maestria sublime dans l’expression des passions amoureuses,  travestissements,  lamentations pathétiques voire plongée tragique sans omettre nombre de saillies bouffonnes totalement délirantes à la clé. ..  autant de facettes irrésistibles qui fondent une scène lyrique parmi les plus foisonnantes jamais conçues.  L’opéra vénitien du XVII ème offre une synthèse exceptionnelle de l’invention théâtrale y musicale : tous les registres s’y mêlent. Certes pas de choeur (propre à l’opéra romain) ni de danses (emblème de la cour de France) mais une compréhension sensible et profonde du coeur humain proche souvent de la parodie,  de la satire aussi auxquelles se joint une bonne dose de cynisme saisissant.  Cavalli et son librettiste ont façonné un échiquier troublant et vertigineux – un « tourner manège shakespearien »- où les situations exacerbées – entre rêve ou cauchemar- révèlent les aspirations souterraines, et tous les moyens mis en oeuvre pour les réaliser.

Le génie de Cavalli confirmé à Nantes. Aucun des nombreux personnages n’est épargné. Sauf Créon peut être : roi magnanime au III qui rétablit l’innocence d’Hippolyte et permet à Thésée de retrouver celle qu’il n’avait au final jamais cessé d’aimer. Au départ, dès le début du Prologue, la truculente « Discorde » montre bien ce qui dirige le monde… Ainsi contre tout attente et avec le soutien de Neptune (fieffé agitateur), Thésée enlève Hélène à la barbe de son faux père Tyndare. Ajoutez que la plus belle femme du monde ne pourrait se contenter d’un seul prétendant…. comptez au moins un autre : Ménélas … que ses sentiments conduisent au travestissement : il prend l’identité d’une amazone, « Elisa » pour pénétrer jusqu’à la palestre où la divine blonde a coutume de s’entraîner à la lutte avec ses suivantes expérimentées.

1000 nuances du désespoir…

Gaia_Petrone_QFVenise aime la confusion des sentiments et des sexes aussi notre Elisa/ Ménélas suscite elle-même le désir de deux mâles imprévus ici : le roi Tyndare et le compagnon de Thésée,  Pirrithoüs. .. la galerie ne serait pas complète sans les figures obligées de tout opéra vénitien : désespoir noir, délire buffon. Donc d’abord, l’emblème du désespoir dont les vénitiens ont fait une spécialité : le lamento. .. Ainsi sont taillés les arias si fugaces de Tyndare (pauvre chenu frappé par la beauté d’Elisa : très crédible Krzysztof Baczyk, jeune basse russe à suivre) mais surtout des sublimes victimes de l’amour au comble de l’anéantissement : Ménestée, le fils de Créon (claire référence au Nerone monteverdien : Anna Reinhold fait scintiller son timbre sombre et chaud),  soupirant en souffrance face à l’inaccessible Hélène qui en taquine et cruelle veille bien à lui refuser tout regard compréhensif;  et surtout la remarquable figure d’Hippolyte,  compagne légitime de l’ignoble et volage Thésée (on est loin de Rameau car ce Thésée là est une crapule de la première espèce). Tyndare, Ménestée, Hippolyte… Cavalli leur réserve de sublimes airs de désenchantement amoureux, vertiges et abysses émotionnels dont l’opéra vénitien est bien le seul alors à sonder tous les reliefs de la profondeur. Juste et foudroyante Hippolyte : ce que fait la jeune mezzo italienne Gaia Petrone (portrait ci-dessus) du personnage humilié, trahi, relève… du miracle vocal. Son incarnation illumine toute la seconde partie du spectacle (fin du II, totalité du III : tant pis pour nos voisins partis à l’entracte)…

Du délire bouffon déjanté au voluptueux ineffable…

Puis, à l’extrémité de cette palette d’affects,  se hisse lui aussi très haut dans l’investissement peut-être plus scénique que vocal, le bouffon délirant,  incarnation de la folie qui gouverne les hommes, d’Iro du ténor argentin Emiliano Gonzalez Toro : Platée délurée avant l’heure, parfois lubrique, souvent mordante,  aiguillon dramatique qui exacerbe toute situation si elle n’a pas donné ce qu’il en attendait. N’oublions pas non plus cet autre lyre qui depuis Monteverdi fait la valeur du drame vénitien : le sublime langoureux, cette sensualité conquérante qui est l’apanage de la première scène d’Elena (le soprano voluptueux jamais forcé et coloré de Giulia Semenzato se glisse très naturellement dans le corps de la sirène envoûtante).

Volupté cynique. On comprend bien que de la part de Cavalli, le thème d’Hélène n’est qu’un prétexte : prétexte à aborder toutes les tares humaines qu’amour suscite en une cascades d’effets imprévus. Faux semblants, quiproquos, langueur feinte (Ménélas/Elisa vis à vis de Pirithoüs), vraie détestation jusqu’au crime organisé (Menestro contre Teseo)… tout cela révèle l’éloquente maturité de l’opéra vénitien  des années 1640-1650 (une source à laquelle s’abreuve la France de Mazarin et du jeune Louis XIV puisque Cavalli fait créer Ercole Amante à Paris en 1660) : un opéra pionnier premier qui sait divertir en brossant une satire délicieusement abjecte de l’âme humaine. Après une telle traversée éprouvante, du pur bouffon aux cavernes tragiques, il faut bien ce final d’un langoureux souverain où les deux couples recomposés se retrouvent, comme après le songe d’une nuit de cauchemar : Elena/Menelao et Ippolita/Teseo.

Comme dans La Calisto, autre joyau lyrique dû au génie cavallien, hier ressuscité avec une audace devenue légendaire par le trio Maria Bayo/René jacobs/Herbert Wernicke, voici cette Elena plus voluptueuse et terriblement cynique encore, où coule un vrai sens du théâtre et des situations dramatiques contrastées déjantées. Du pain béni pour les chanteurs-acteurs et les metteurs en scène. A Nantes aux côtés des interprètes déjà cités, soulignons la versatilité piquante du soprano toujours incarné de Marianna Flores (tour à tour : Erginda, la suivante d’Elena au I qui désespère de n’être pas ravie comme sa patronne ! ; Junon du Prologue et même Pollux au III, prêt à venger sa soeur Hélène) ; la vocalità elle aussi très sûre du contre ténor Christopher Lowrey à la tenue vocale et scénique irréprochable, sans omettre le Diomède et Créonte très crédibles également de Brendan Tuohy. Voilà longtemps que l’on avait pas écouté une telle distribution. La palme du trouble séduisant allant au Ménélas du contre-ténor américano coréen Kangmin Justin Kim qui joue très habilement de sa silhouette gracile et souple, de sa voix androgyne pour incarner le Ménélas le mieux efféminé qu’on ait jamais vu. De telle sorte que le désir de Pirithoüs s’en trouve ô combien légitime.

Tout cela compose un spectacle captivant de bout en bout, dont on aurait parfois aimé un continuo plus nuancé et subtilement lascif, quoique continûment expressif (ce n’est pas Leonardo Garcia Alarcon qui dirige ce soir mais Monica Pustilnik) et judicieusement caractérisé (le clavecin-luth toujours lié aux rôles d’Elena et de Menelao). La mise en scène en forme d’arène insiste sur la conception d’un théâtre de confrontation et d’opposition d’autant plus légitime que le livret dans la première partie souligne l’éloge du larcin, de la tromperie, de la fraude, actes familiers du duo Thésée/Pirithoüs, parfaits bandits-escrocs des coeurs.

On savait que l’opéra vénitien du XVIIè marquait un premier âge d’or du genre : la preuve en est clairement donnée ce soir à Nantes. Prochaines représentations à Angers vendredi 14 (20h) et dimanche 16 novembre 2014 (14h30). Incontournable.

Nantes. Théâtre Graslin, le 8 novembre 2014. Cavalli : Elena. Dramma per musica, en un prologue et trois actes. Livret de Nicolò Minato sur un argument de Giovanni Faustini. Créé au Teatro San Cassiano de Venise, le 26 décembre 1659.

Monica Pustilnik, direction musicale
Jean-Yves Ruf, mise en scène

avec

Giulia Semenzato, Elena et Venere
Kangmin Justin Kim, Menelao
Fernando Guimarães, Teseo
Gaia Petrone, Ippolita et Pallade
Carlo Vistoli (Nantes)
& Rodrigo Ferreira (Angers), Peritoo
Emiliano Gonzalez Toro, Iro
Anna Reinhold, Menesteo et La Pace
Krzysztof Baczyk, Tindaro et Nettuno
Mariana Flores, Erginda, Giunone et Castore
Milena Storti, Eurite et La Verita
Brendan Tuohy, Diomede et Creonte
Christopher Lowrey, Euripilo, La Discordia et Polluce
Job Tomé, Antiloco

Cappella Mediterranea

Illustrations : Jeff Rabillon © Angers Nantes Opéra 2014