METZ : concert d’ouverture par David Reiland, le 13 sept 2019

reiland-david-chef-maaestro-orchestre-national-de-metz-critique-concert-critique-opera-classiquenewsMETZ-concerts-operas-festivals-sur-classiquenews-saison-musicale-selection-concerts-opera-arsenal-metz-classiquenews-cite-musicale-metzMETZ, Arsenal. Le 13 sept 19 : Mozart, Berlioz. D. Reiland. Concert symphonique d’ouverture de la nouvelle saison 2019 2020. L’orchestre maison ouvre le grand bal musical de sa nouvelle saison 2019 2020 : sous la direction du chef David Reiland, nouveau directeur musical in loco, le programme promet d’être à la fois généreux et orchestralement passionnant. En septembre 2019, Metz est ainsi à la fête, grâce au premier concert symphonique de septembre. Au programme, grand bain orchestral avec le dernier MOZART, virtuose de l’écriture orchestrale et d’une furieuse invention dans un triptyque ultime que les plus grands chefs ont pris soin d’aborder avec la profondeur et l’énergie requise et dont David Reiland nous propose le volet final, la Symphonie n°41 dite « Jupiter » : véritable manifeste de l’éloquence et de la souveraineté orchestrale, traversé dès son premier mouvement par un feu romantique irrésistible. A cette source, s’abreuve Beethoven, l’inventeur de l’orchestre romantique avec MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsBerlioz. Apothéose conclusive, le dernier morceau fugué, lumineux et victorieux, semble synthétiser tout ce que véhicule l’esprit des Lumières. Mais le directeur musical du National de METZ célèbre aussi, aux côtés de Mozart, l’année BERLIOZ 2019 : il nous réserve une nouvelle lecture de sa Symphonie avec alto, « Harold en Italie » de 1834. Berlioz , jamais en reste d’une nouvelle forme, y réinvente le plan symphonique avec instrument obligé. Dans Harold, il prolonge de nombreuses innovations inaugurées dans la Symphonie Fantastique de 1830, mais s’intéresse surtout à redéfinir la relation entre l’instrument soliste et la masse de l’orchestre : pas vraiment dialogue, ni confrontation ; en réalité, c’est une approche « picturale », l’alto apportant sa couleur spécifique dans la riche texture orchestrale, fusionnant avec elle, ou se superposant à elle… Comme toujours chez Berlioz, l’écriture symphonique sert un projet vaste et poétique, où l’écriture repousse toujours plus loin les limites et les ressources de l’orchestre monde. Concert événement.

 

 

A Metz, pour ouvrir la saison 2019 2020 de la Cité Musicale, David Reiland dirige le National de Metz dans un programme ambitieux, réjouissant : MOZART / BERLIOZ

 

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METZ Arsenal, grande salleboutonreservation
vendredi 13 septembre 2019, 20h
Concert symphonique d’ouverture
nouvelle saison 2019 2020
1h15 + entracte

Wolfgang Amadeus Mozart : Symphonie n°41 (Jupiter)
Hector Berlioz : Harold en Italie

RÉSERVEZ VOTRE PLACE

https://www.citemusicale-metz.fr/agenda/concert-ouverture-de-saison_1

 
 

 

 

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HAROLD en ITALIE (1834)
berlioz-150-ans-berlioz-2019-dossier-special-classiquenewsRien dans la vie de Berlioz n’égale le déferlement de flux passionnel à l’évocation de son séjour italien, lié à l’obtention du Prix de Rome en 1830. En marque l’accomplissement révolutionnaire, la Symphonie Fantastique, manifeste éloquent de la réforme entreprise par Hector au sein de son orchestre laboratoire. Tout autant exaltées, les années qui suivent ses fiançailles avec la belle aimée, l’actrice Harriet Smithson (octobre 1833). Même si la comédienne adulée dans Shakespeare lui apporte son lot de dettes, le couple connaît de premières années bénies, comme l’affirme la naissance de leur seul fils, Louis. Le jeune père compose alors une partition délirante, voire autobiographique (comme pouvait l’être l’argument de la Fantastique) mais ici avec un instrument obligé, l’alto. Pressé par Paganini, Berlioz écrit une symphonie avec alto, quand il lui était demandé au préalable un concerto pour alto. Ainsi s’impose le génie expérimental de Berlioz : toujours repousser les limites du champs instrumental dans une forme orchestrale toujours mouvante. Hector s’inspire du héros de Byron, Childe Harold, être fantasque, rêveur, mélancolique, toujours insatisfait… le double de Berlioz ? Découvrant la partition inclassable, Paganini s’étonne et déçu, déclare : je n’y joue pas assez. Finalement c’est le virtuose Chrétien Uhran qui crée l’oeuvre nouvelle le 23 nov 1834 au Conservatoire de Paris. En 4 parties, le programme répond à l’imaginaire berliozien qui inscrit toujours le héros messianique, seul, fier, face au destin ou à la force des éléments ou des paysages…

1 – Harold aux montagnes, scène de mĂ©lancolie, de bonheur et de joie (adagio – allegro) – souvenirs de Berlioz de ses promenades dans les Abruzzes Ă  l’époque de son sĂ©jour romain : traitement insolite, la partie d el’alto qui surgit ou se glisse dans la masse orchestral, s’y superpose ou fusionne, mais ne dialogue jamais selon le principe du concerto. Berlioz agit comme un peintre
2 – Marche des pèlerins chantant la prière du soir (allegretto) / souvenir des pèlerins italiens aperçus Ă  Subiaco. Berlioz y exprime la souffrance des pĂ©nitents marcheurs, forcenĂ©s (rĂ©pĂ©tition de segments monotaunes de 8 mesures)
3 – SĂ©rĂ©nade d’un montagnard des Abruzzes Ă  sa maĂ®tresse / Allegro assai – allegretto : le cor anglais s’empare de la mĂ©lodie simple et amoureuse
4 – orgie de brigands, souvenirs / aucun dĂ©veloppement symphonique chez Berlioz ne peut s’achever sans un dĂ©lire sensuel dĂ©braillĂ©, Ă  la fois autoritaire et ivre (comme plus tard Ravel) / Allegro frenetico : la force rythmique trĂ©pigne, entraĂ®nant l’alto qui est saisi d’un haut le cĹ“ur face Ă  la sauvagerie libĂ©rĂ©e (Berlioz prĂ©cise ici « l’on rit, boit, frappe, brise, tue et viole »). Rien de moins.
La création suscite un vif succès. Mais Berlioz éternel frustré, désespère de n’attirer plus de foule. Mais compensation, il devient critique musical responsable de la chronique musicale dans le Journal des Débats, à la demande du directeur, Louis-François Bertin (portraituré par Ingres). S’il n’est écouté par le plus grand nombre, il sera lu par un lectorat mélomane, choisi et curieux.

 

 

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reiland david face vignette maestro classiquenewsDAVID REILAND, directeur musical de l’Orchestre National de Metz… Chef belge (nĂ© Ă  Bastogne), David Reiland fait partie des baguettes passionnantes Ă  suivre tant son travail avec les musiciens d’orchestre renouvellent souvent l’approche du rĂ©pertoire. Chaque session en concert apporte son lot d’ivresse, de dĂ©passement, de rĂ©lĂ©vations aussi pour le public. Dans son cas, l’idĂ©al et le perfectionnisme constants portent une activitĂ© jamais neutre, une intention sensible qui fait parler la musique et chanter les textes… Metz a le bĂ©nĂ©fice de ce tempĂ©rament enthousiasmant dont la nouvelle saison 2019 – 2020 devrait davantage dĂ©voiler la valeur de son travail avec l’Orchestre National de Metz dont il est directeur musical depuis 2018.
Il aime exprimer l’âme, le souffle de la musique en un geste habité, qui se fait l’expression d’un contact physique avec la matière sonore qu’il rend franche ou soyeuse, âpre ou onctueuse, toujours passionnément expressive à l’adresse du public.

reiland david-reiland-2-412x332Formé à Bruxelles, Paris, puis au Mozarteum de Salzbourg, en poste au Luxembourg et maintenant à Metz, David Reiland a su affirmer une belle énergie qui prend en compte le formidable outil qu’est la salle de concert de l’Arsenal de Metz ; son acoustique cultive la transparence qui convient idéalement à son agencement architecturale intérieure : dans cet écrin à l’élégance néoclassique, Le chef à Metz entend défendre le répertoire du XVIIIè musique (Mozart et Haydn), mais aussi la musique romantique française, afin de séduire et fidéliser tous les publics (surtout ceux toujours frileux à l’idée de pousser les portes de l’institution pour y ressentir l’expérience orchestrale).
David Reiland dirigeait déjà l’Orchestre messin dans la Symphonie n°40 de Mozart en 2015…

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CD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41 (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical)

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 2 cd Sony classical. Parues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 dernières Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, les plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La ClĂ©mence de Titus, La FlĂ»te enchantĂ©e…), suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, Ă©ditĂ© en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews)  ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette rĂ©alisation particulièrement attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui dĂ©fendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaĂ®nĂ©s, en un tout inĂ©luctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à Ă©voquer une partition touchĂ©e par la grâce divine, dont la ferveur sincère nous touche Ă©videmment par sa justesse poĂ©tique et les moyens mis en Ĺ“uvre pour en exprimer le sens ?

 

CLIC_macaron_2014La souple vivacité des instruments d’époque éclaire le raffinement et l’énergie d’un Mozart prébeethovénien… qui semble de facto dans ses 3 ultimes massifs symphoniques ouvrir un nouveau monde; son style prépare déjà l’éclosion du sentiment romantique : on demeure saisi par la sombre coloration si pudique et ténue de la symphonie intermédiaire et centrale la 40 en sol mineur, tissée dans une étoffe des plus intimes comme si Mozart s’y révélait personnellement entre les notes… Harnoncourt sait approfondir pour chaque épidode/mouvement, une irrésistible tension où propre à l’été 1788, à l’occasion d’une très courte période de productivité, Mozart accouche de ce cycle qui frappe par son intelligence trépidante, l’espoir coûte que coûte, même s’il est aussi capable de vertiges noirs et suffocants, par un sens du temps tragique et tendre qui ne s’embarrasse d’aucune formule européenne si commune à son époque : le langage qu’y développe Mozart n’appartient qu’à lui, et dans bien des mesures, il annonce tous les grands symphonistes romantiques du siècle suivant…

 

Harnoncourt en digne successeur de Bruno Walter qui dans les annĂ©es 1950, il y a 60 ans, apportait lui aussi un tĂ©moignage et une comprĂ©hension dĂ©cisifs chez Sony classical, marque de toute Ă©vidence l’interprĂ©tation mozartienne dans ce double cd incontournable. Outre la pertinence du propos, le chef, pionnier de la rĂ©volution baroque, montre avec quel feu juvĂ©nile et rĂ©formateur, il entend encore nous apprendre des choses sur Mozart ! Le geste est en soi exemplaire et admirable : d’une jeunesse exceptionnelle…A ce degrĂ© d’approfondissement, il partage une acuitĂ© artistique avec son pair en France, William Christie. En soulignant que la 40ème ne comporte pas de rĂ©elle entrĂ©e ni de finale, – comme la 39ème dont le finale en forme de destruction mĂ©lodique puis harmonique attend une rĂ©solution-, Harnoncourt qui distingue nettement l’immense portique finale de la 41 (Jupiter), apporte la preuve de l’unitĂ© interne associant les 3 volets en une triade insĂ©parable. Ici chaque mouvement engendre la pulsion de celui qui s’enchaĂ®ne après lui, semble en dĂ©couler naturellement… RĂ©ussir cette fluiditĂ© cyclique et d’une profonde cohĂ©rence organique est dĂ©jĂ  en soi un dĂ©fi mĂ©ritant qui fait toute la valeur de cette nouvelle interprĂ©tation des Symphonies de Mozart.

 

 

harnoncourt nikolaus

 

 

 

Au centre du triptyque, la Symphonie centrale, la fameuse et irrĂ©sistible K550 en sol mineur (enregistrĂ©e en dĂ©cembre 2012), est l’axe le plus prenant et le plus saisissant du cyle mozartien. Le sol mineur est la tonalitĂ© de la mort et de la tristesse… Dans le premier mouvement, Harnoncourt soigne la morsure des cors, l’ivresse de la construction façonnĂ©e comme une course Ă  l’abĂ®me… Du second mouvement (andante), il Ă©claire l’ombre caressante et plus mystĂ©rieuse d’une rĂŞverie … (superbe horizon des cordes Ă©vanescentes et concrètes Ă  la fois). Le travail sur le murmure colorĂ© des bois (chant ciselĂ© de la clarinette) est exceptionnel. Sa claire diction et les multiples Ă©clairs de lumière telle la succession d’aubes d’une sereine espĂ©rance sont d’un ton dĂ©jĂ … beethovĂ©nien.  Dans le IIIè mouvement, l’Ă©loquence de l’harmonie instrumentale se montre poussĂ©e Ă  l’extrĂŞme : rondeur et fruitĂ© des bois, Ă©clat nuancĂ© des vents : c’est un idĂ©al pastoral (cors profonds et caressants) qui annonce lĂ  encore tellement le grand Ludwig. Plus incisif encore, au bord de l’implosion, l’Allegro assai du IV se montre mordant et comme aspirĂ© par une irrĂ©pressible force d’engloutissement. Et pourtant dans cette machine Ă  coupe, l’Ă©criture exacerbĂ©e semble Ă©manciper la forme jusqu’Ă  sa dĂ©sintĂ©gration, Harnoncourt sait encore cultiver l’incomparabale nostalgie et la suave tendresse dont il a le secret. Le rĂ©sultat final est un Ă©tourdissement qui rĂ©clame Ă©videmment la rĂ©solution apportĂ© par l’ut  majeur de la 41è, jupitĂ©rienne… vaste architecture de reconstruction progressive, particulièrement bienvenue après l’activitĂ© inouĂŻe de la K550; quand il parle de cette opus axial et dĂ©cisif dans l’Ă©claircissement de la passion mozartienne, Harnoncourt indique ouvertement le gĂ©nie divin de Wolfgang… ce qui justifie donc l’usage du terme d’oratorio pour l’ensemble du cycle.
On savait que les trois dernières Symphonies Ă©taient liĂ©es par une secrète cohĂ©rence : Harnoncourt nous en  dĂ©voile toute la magie interne, le flux organique, le jeu des rĂ©ponses de l’une Ă  l’autre. Mais Ă  travers sa sensibilitĂ© et sa justesse poĂ©tique, c’est essentiellement la sincĂ©ritĂ© de Mozart et sa modernitĂ© qui se dĂ©voilent sans fards en une prodigieuse rĂ©alisation.La Seul K 550 en donne une irrĂ©sistible illustration.

Ainsi, la seule Symphonie en sol et l’Ă©coute des morceaux les plus introspectifs (Andante et son questionnement fondamental et profond) puis du Finale (en forme de tourbillon irrĂ©solu) confirme, entre classicisme et romantisme, l’Ă©tonnante modernitĂ© de Wolfgang : un explorateur visionnaire, un gĂ©nie dĂ©finitivement inclassable qui en 1788 ose l’inouĂŻe, permet Ă  tous les autres grands compositeurs après lui de poursuivre la grande histoire symphonique. Il ne s’agit pas seulement d’un jeu formel mais bien de traits singuliers aux rĂ©sonances de l’ombre oĂą Mozart pose continument la question du sens de la musique et des moyens propres au discours musical. Le dernier mouvement fait apparaĂ®tre l’extĂ©nuation de la mĂ©lodie puis l’implosion du cadre harmonique. Jamais aucun symphoniste n’a Ă©tĂ© si loin dans le dĂ©veloppement de la forme … une sorte de mise Ă  plat du mĂ©tier Ă  laquelle Harnoncourt apporte un souci des timbres,  de chaque intention instrumentale veillant autant au relief qu’Ă  l’Ă©quilibre des combinaisons entre pupitres.

La fuite en avant ou la course Ă  l’abĂ®me qui impose son rythme et son oeuvre de dĂ©mantèlement laisse en fin de parcours l’auditeur littĂ©ralement dĂ©boussolĂ© : Mozart ouvre des perspectives jamais explorĂ©es avant lui… l’Ă©loquence millimĂ©trĂ©e des instruments montre Ă  quel degrĂ© de maturitĂ© linguistique le chef autrichien a conduit ses instrumentistes, proposant des sonoritĂ©s jubilatoires inoubliables oĂą cuivres, vents et bois caressants et remarquablement loquaces prĂ©parent Ă  tous les langages et toutes les syntaxes des symphonistes après Mozart dont Ă  Vienne, Ă©videmment Beethoven et Schubert.

Autant la sol mineur dĂ©route par sa palpitation envoĂ»tante fondamentalement irrĂ©solue,  autant dès son entrĂ©e magistrale par son allegro vivace,  la Jupiter affirme sa souveraine quiĂ©tude balisĂ©e Ă  laquelle Harnoncourt apporte de superbe respirations sur un tempo plutĂ´t (lui aussi) serein. Le Cantabile qui suit affirme mais sur le ton d’une tendresse franche, le sentiment de plĂ©nitude avec des pupitres (bois et vents) d’une fusion magique. Mozart n’Ă©vite pas quelques lueurs plus inquiĂ©tantes,  tentation de l’abĂ®me bientĂ´t effacĂ©e/attĂ©nuĂ©e par la somptuositĂ© discursive de l’orchestre aux teintes et nuances d’une diversitĂ© Ă©tonnante. Mais on sent bien que la dynamique jaillissante et millimĂ©trĂ©e, les mille nuances expressives et les mille couleurs qu’apporte Harnoncourt profite de sa connaissance très poussĂ©e de la vie et de l’écriture mozartiennes : Harnoncourt a en mĂ©moire, l’expĂ©rience de Mozart dans l’oratorio haendelien et dans celui des grands compositeurs contemporains, en particulier CPE Bah dont il dirige l’oratorio La RĂ©surrection et l’Ascension de JĂ©sus, au printemps 1788 soit juste avant de composer le triptyque qui nous occupe : scintillement instrumental,  raffinement orchestral,  combinaisons jubilaire des solistes de chaque pupitre. … l’idĂ©e d’un rapprochement entre l’Ă©criture hautement inspirĂ©e du fils Bach est Ă©videmment tentante. Qu’il soit ou nom fondamentalement inspirĂ© par un sujet sacrĂ© fondant sa religiositĂ© expliquant sous la plume de Harnoncourt l’usage du terme « oratorio » …, l’Ă©loquence très individualisĂ©e de chaque instrument ou de chaque pupitre rappelle Ă©videmment par leur jeu concertant en dialogue permanent,  l’arène continue d’un vrai drame instrumental – nous ne dirions pas oratorio mais plutĂ´t en première choix, opĂ©ra instrumental-, dont la souffle et comme le discours nous parlent constamment. La pulsation rayonnante du finale de la 41 (Jupiter) en marque la victoire finale, le point d’accomplissement,  et dans le cycle tripartite,  la rĂ©solution spectaculaire tournĂ©e vers la lumière… comme le final de La FlĂ»te enchantĂ©e ou encore par son entrain d’une irrĂ©pressible activitĂ©,  le tourbillon conclusif des Noces. On y retrouve le mĂŞme sentiment : mĂŞme si cette fin rĂ©tablit l’Ă©quilibre qui a vacillĂ©,  on sent nettement que la machine peut repartir affirmant toujours et encore l’oeuvre refondatrice d’un Mozart lumineux et bâtisseur. La vision est supĂ©rieurement approfondie,  superbement rĂ©alisĂ©e. On savait Harnoncourt immense Mozartien comme l’ont Ă©tĂ© hier Erich Kleiber ou Karl Böhm, ou Karajan, Giulini, Abbado… La trilogie symphonique pourrait bien ĂŞtre le point central de son testament artistique et musical.  Double cd magistral. Un accomplissement de tout l’Ă©difice dĂ©jĂ  abondamment documentĂ© du Harnoncourt mozartien chez Sony classical.

 

 

CD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical).

CD, annonce. Mozart : les 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 1 cd Sony classical)

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD, annonce. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 1 cd Sony classical). Parues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 dernières Symphonies de Mozart (°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, le plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres, suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, Ă©ditĂ© en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews) ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette rĂ©alisation attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui dĂ©fendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaĂ®nĂ©s, en un tout inĂ©luctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à Ă©voquer une partition touchĂ©e par la grâce divine, dont la ferveur sincère nous touche Ă©videmment par sa justesse poĂ©tique et les moyens mis en Ĺ“uvre pour en exprimer le sens ?

harnoncourt nikolausLa souple vivacitĂ© des instruments d’époque Ă©claire le raffinement et l’énergie d’un Mozart prĂ©beethovĂ©nien… qui semble de facto dans ses 3 ultimes massifs symphoniques ouvrir un nouveau monde; son style prĂ©pare dĂ©jĂ  l’éclosion du sentiment romantique : on demeure saisi par la sombre coloration si pudique et tĂ©nue de la symphonie intermĂ©diaire et centrale la 40, tissĂ©e dans une Ă©toffe des plus intimes comme si Mozart s’y rĂ©vĂ©lait personnellement entre les notes… Harnoncourt sait approfondir pour chaque Ă©pidode/mouvement, une irrĂ©sistible tension oĂą propre Ă  l’étĂ© 1788, Ă  l’occasion d’une très courte pĂ©riode de productivitĂ©, Mozart accouche de ce cycle qui frappe par son intelligence trĂ©pidante, l’espoir coĂ»te que coĂ»te, mĂŞme s’il est aussi capable de vertiges noirs et suffocants, par un sens du temps tragique et tendre qui ne s’embarrasse d’aucune formule europĂ©enne si commune Ă  son Ă©poque : le langage qu’y dĂ©veloppe Mozart n’appartient qu’à lui, et dans bien des mesures, il annonce tous les grands symphonistes romantiques du siècle suivant… Harnoncourt en digne successeur de Bruno Walter qui dans les annĂ©es 1950, il y a 60 ans, apportait lui aussi un tĂ©moignage et une comprĂ©hension dĂ©cisifs chez Sony classical, marque de toute Ă©vidence l’interprĂ©tation mozartienne dans ce double cd incontournable. Outre la pertinence du propos, le chef, pionnier de la rĂ©volution baroque, montre avec quel feu juvĂ©nile et rĂ©formateur, il entend encore nous apprendre des choses sur Mozart ! Le geste est en soi exemplaire et admirable : d’une jeunesse exceptionnelle… qui partage une acuitĂ© artistique avec pair en France, William Christie, comme si dans leurs deux cas, les annĂ©es et l’expĂ©rience stimulaient davantage l’activitĂ© de deux cerveaux dĂ©fricheurs. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)En soulignant que la 40ème ne comporte pas de rĂ©elle entrĂ©e ni de finale, – comme la 39ème dont le finale en forme de destruction mĂ©lodique et harmonique attend une rĂ©solution-, Harnoncourt qui distingue nettement l’immense portique finale de la 41 (Jupiter), apporte la preuve de l’unitĂ© interne associant les 3 volets en une triade insĂ©parable. Triptyque orchestral d’une invention inĂ©dite Ă  son Ă©poque, les 3 Symphonies rĂ©vèlent ainsi un plan d’une rare cohĂ©rence : la 39ème emporte par son ardeur juvĂ©nile, printanière ; la 40ème frappe par sa conscience aiguisĂ©e, ses interrogations parfois paniques auxquelles la 41ème rĂ©pond dans la lumière. Ici chaque mouvement engendre la pulsion de celui qui s’enchaĂ®ne après lui, semble en dĂ©couler naturellement… RĂ©ussir cette fluiditĂ© cyclique et d’une profonde cohĂ©rence organique est dĂ©jĂ  en soi un dĂ©fi mĂ©ritant qui fait toute la valeur de cette nouvelle interprĂ©tation des Symphonies de Mozart. Prochaine critique complète des 3 dernières Symphonies de Mozart par Nikolaus Harnoncourt et le Concentus Musicus de Vienne dans le mag cd de classiquenews. Elu « CLIC » de classiquenews de septembre 2014.