RIMSKY : Le COQ D’OR (pour l’année du coq 2017)

rimsky korsakov Nikolay_A_Rimsky_Korsakov_1897ARTE. Dimanche 26 février, 00h15 : Le Coq d’or de Rimsky-Korsakov (Bruxelles, 2016-2017). Comme Sadko, opéra féerique (et aquatique), Le Coq d’or – qui est son dernier opéra-, incarne ce raffinement instrumental souvent orientalisant dont Rimsky-Korsakov, génie orchestrateur, porte à ses ultimes déploiements. Ici, l’univers onirique du conte inspire l’une des musiques les plus suggestives. Tsar Dodon (souverain d’un pays imaginaire) est usé, en fin de souffle, il n’aspire plus qu’à de reposantes siestes. Un astrologue lui offre une créature mécanique fantastique, un coq d’or, capable de l’avertir de tout danger extérieur, menaçant les frontières de l’empire.

ONIRISME DRAMATIQUE, RAFFINEMENT ORCHESTRAL, ANTIMILITARISME DU TEXTE… Le livret de Bielski s’inspire du drame en vers de Pouchkine, lequel aime à retisser les brumes spirituelles des légendes populaires russes. Le Coq d’or, oiseau messianique, qui peut veiller et alerter,  est chanté par un soprano, tandis que l’action de l’opéra est introduite par le personnage de l’Astrologue (ténor, devant selon RImsky, cultiver sa voix de tête… comme s’il s’agissait d’une pythie atemporelle) qui, annoncé par le xylophone, invite le spectateur à s’immerger dans le rêve dramatique, dès le bref prélude. Bientôt l’appel à la volupté de Dodon (basse), est débordé par la guerre qu’il doit mener (acte II)… sur le champs de bataille (qui voit la déroute de son armée), Dodon découvre sous une tente, la femme vénéneuse (et nymphomane), la reine de Chemakha (soprano : superbe « hymne au soleil ») ; le roi lui offre ses biens, son royaume, la noce est annoncé. Au III, c’est l’heure des comptes : l’Astrologue réclame contre le Coq d’or, son dû : la propre fiancée du Tsar. Celui-ci refuse et le tue en lui fracassant le crâne… Alors le Coq réalise la vengeance de l’Astrologue trahi : il tue l’Empereur.

rimsky-korsakov-portrait-Le dernier opéra de Rimski, jamais représenté de son vivant, fut mis à l’index de la censure impériale : trop critique vis à vis du pouvoir, – de surcroît avec la mort du souverain en fin d’action! L’ouvrage ne sera créé qu’en 1909 (Moscou). Le farfelu et le délire poétique du texte ne doivent pas masquer l’engagement de Rimsky au moment de la Révolution bolchévique de 1907 : le compositeur avait ouvertement soutenu contre l’ordre et le régime en place, l’appel des étudiants du Conservatoire de Moscou à changer de système.

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ARTE, dimanche 26 février 2017, 00h15. Rimsky-Korsakov : Le Coq d’or. Production de La Monnaie, Bruxelles.

Pavlo Hunka - Tsar Dodone
Alexey Dolgov - Tsarévitch Guidone
Alexander Vassiliev - Voïvode Polkane
Agnes Zwierko - Intendante Amelfa
Alexander Kravets - Astrologue
Venera Gimadieva - Tsarine de Chemakhane
Konstantin Shushakov - Tsarévitch Aphrone
Sheva Tehoval - Coq d’or (Chant)
Sarah Demarthe - Cog d’or (danse)

Choeur et orchestre de La Monnaie, Bruxelles
Alain Altinoglu, direction (première production lyrique dirigée par le nouveau directeur musical)

Ce que nous pensons de cette production (Bruxelles, décembre 2016). HONNÊTE mais pas mémorable.  Achevé à l’été 1907, Le Coq d’or, – un opéra désigné pour l’astrologie chinoise 2017 (année du coq), ne fut pas créé du vivant de Rimsky. Le compositeur jugea irrecevables les coupes exigées par le censure tsariste, choquée qu’un ouvrage lyrique « ose » représenter la mort du souverain et mettre en scène des critiques directes de sa conception du pouvoir. D’autant qu’alors, le faible fantoche Nicolas II n’a guère briller face aux japonais en 1905.

Dans cette production bruxelloise, d’un opéra créé en 1909 à Moscou, puis représenté dans le cadre des Ballets Russes à Paris, en 1914 mais dans une version avec danseurs (chorégraphie de Fokine), la charge satirique voire politique du propos central de Rimsky est écarté pour un spectacle total, visuellement séduisant.  C’est de toute évidence souligner une part non négligeable de la fantasmagorie féerique des opéras de Rimsky (Snegourotchka, Sadko, Kitège, sans omettre le souffle épique poétique de Shéhérazade). Partisan du loufoque théâtral, Laurent Pelly écarte souvent toute allusion trop politique ou polémique dans ses mises en scènes, ne s’intéressant qu’à l’univers clos du théâtre et du jeu scénique. Il le fait ici, derechef, sans rien suggérer du Rimsky engagé, plus révolutionnaire que tsariste : voilà qui confirmera encore et encore l’image du compositeur, bourgeois et conforme, conteur sans conscience. Au point qu’il récupère des motifs déjà vus dans de précédentes productions (autocitations malvenues : l’armée de Dodon au II, rappelle beaucoup les soldats figurants remarqués dans sa Fille du régiment… qui aura fait le tour des salles d’opéra). De fait le chef, Alain Altinoglu, directeur musical de la Monnaie de Bruxelles depuis janvier 2016, sculpte – trop peut-être, cette matière onirique,étincelante, au point de la rendre souvent sirupeuse. Dans cette production d’un pur artifice, certes décoratif, le brillant volatile porte so chant soprano depuis la coulisse d’où chante la soprano. D’ailleurs, le plateau vocal st honn^te sans plus : aucun des profils pourtant très caractérisés par Rimsky ne s’imposant réellement par son intelligence ni sa présence scénique. Décevante est même la nympho royale reine de Chemakha dont la voix n’a pas la pertinence de la robe (d’argent) et de sa posture en créature fantasmatique parfois déjantée.

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